Volume XXVII, n° 12 Le seul hebdomadaire de la région publié une fois par mois
Première édition

(L'édition corrigée, destinée au marché américain, paraît le jeudi
)
Le lundi 6 août 2018

Canaça...  canuçi...  canocu...  canicule
Et c'est pas fini : août est en marche !

Note : 

À tous ceux qui nous lisent en Firefox, Explorer, Zoopsuite, Dreamweaver ou Chrome (et même à ceux qui nous lisent avec des lecteurs spécifiquement adaptés aux coutumes de l'Afghanistan et certaines parties non encore explorées de Pointe-St-Charles) nous désirons vous informer que nous éprouvons diverses difficultés à formater notre hebdomadaire depuis la transition entre des applications qui n'ont pas été transférées ou transposées adéquatement entre les dernières versions de Windows ou MacOS (sans compter qu'un de nos chroniqueurs est toujours un fan du Commodore 64). Le tout devrait être corrigé avant la prochaine édition, celle de la rentrée, en septembre prochain. 

Cela étant dit...

Cette édition :

Georges Ohnet, Johnny Weissmuller, Charles Trenet, Anatole France, Ernest Renan, La femme au foyer, des chimpanzés, des extra-terrestres, le prix Nobel de littérature, une lettre de Serge, Lincoln assassiné,Valentino, Séraphin, Judas et Tarzan, Tours, les vacances de la construction, Granby (Québec), Euripide, Alberto Manguel, Restif de la Bretonne, Courteline, Monique Leyrac et... Félix Leclerc.

Bonne lecture !

La direction

             

 

Les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées à partir de ce lien.
 
      Simon Popp

Anatole France et les prix littéraires

  «Je n'ai pas de talent. Si j'avais du talent, on me copierait. Si on me copiait, je serais populaire. Et si j'étais populaire, n'importe qui pourrait me lire. Dieu merci, je n'ai pas de talent.» 
(Jules Renard - Journal) 

C'était en février dernier, si je me rappelle bien - je suis trop éloigné pour vérifier : c'est l'été et je suis, comme on disait, chez nous quand j'étais jeune, «en villégiature», c'est-à-dire «éloigné-des-chars», «éloigné de tout» (y compris des endroits où l'on sert des boissons distillées et même fermentées) -, c'était donc, probablement en février dernier, que Copernique se demandait à propos d'un livre de Michael Wolf sur Trump et d'un autre de Teilhard de Cardin (*) «Comment on pouvait écrire une critique d'un mauvais livre..

(*) Voir l'édition du 5 février du Castor , section «Lectures» (Note de l'éditeur)

Ben, figurez-vous que j'en ai trouvé une, et une superbe par dessus le marché. À propos d'un roman de Georges Ohnet, publié en 1888, sous le titre de «Volonté».

Georges Ohnet

Qui fut Georges Ohnet ? Un écrivain né en 1848, et décédé en 1918, dont l'oeuvre consista en une quarantaine de romans et une dizaine de pièces de théatre publiés entre 1875 et 1918. L'encyclopédie Wikipédia dit, de lui, qu'«il connut un très grand succès et les tirages de ses romans furent extrêmement importants», mais parle très peu de son talent d'homme de lettres sauf pour préciser que le Guide-Parisien le considérait, en 1896, comme «le romancier favori de la bourgeoisie».

En ce qui le concerne, j'ai consulté le catalogue de la Grande Bibliothèque du Québec pour savoir si ses romans étaient encore disponibles. Oui... mais dans des des éditions des années vingt, que sur demande et que pour consulation sur place. Alors, si vous avez l'intention d'écrire un mémoire ou une thèse de doctorat sur ce regretté littérateur, il faudra vous armer de patience.

Mais je parlais de critique et d'une question que se posait Copernique à propos de «mauvais livres».

Un détour :

Vous savez l'aversion très vive que j'ai envers les prix littéraires. On pourrait même décrire cette aversion comme étant du domaine de la phobie, phobie que j'ai développée dès mon adolescence quand j'ai appris que le prix Nobel de la littérature, décerné pour la première fois en 1901, avait été attribué à Sully Prud'homme puis, entre 1901 et 1910, à Frédéric Mistral et Romain Rolland et, en 1921, à un auteur que j'ai en horreur depuis qu'on m'a forcé à le lire et l'imiter en Syntaxe, Méthode ou Versification : Anatole France. On me disait alors que c'était un des plus grands écrivains de langue française du XXe siècle, que sa prose était un exemple du génie français, qu'il allait éventuellement être classé parmi les plus grands écrivains de tous les temps et je ne sais plus combien d'autres idioties du même genre.


Anatole France

J'ai récemment consulté la liste des nobelisés à ce jour. On en compte, forcément, aujourd'hui, plus de de cent dix et, parmi ces récipiendaires, j'ai trouvé des noms tels que : André Gide, Faulkner, Hemingway, Saul Bellow, Marquez... et je suis certain que certains voudraient que j'ajoute à cette liste Camus, Pasternak, Sartre (qui a refusé d'en faire partie) et même l'un des tous derniers : Bob Dylan. - En tout et partout, je crois qu'on pourrait s'entendre sur une dizaine, peut-être quinze noms encore, mettons «lisibles» aujourd'hui ou tout simplement facilement disponibles en librairie. - Pour le reste, avouez qu'en terme de pourcentage, ce n'est pas ce qu'on pourrait appeler un succès.

Or, il s'agit là que d'un prix. Il en existe plusieurs autres :

En France, l'an dernier, on en a décerné 258 qui vont du célèbre Goncourt au Grand prix de littérature sportive (le prix Tristan-Bernard) en passant par le Prix du Festival de Cognac (catégories «Prix du roman noir français», «Prix du roman noir étranger» et «Prix du roman policier français») sans oublier le Prix des agents de la Mairie de Paris.

Vous ne me croyez pas ? - Alors allez jeter une coup d'oeil sur cette page :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_prix_litt%C3%A9raires_fran%C3%A7ais

Mais ne vous arrêtez pas là. Consultez, tant qu'à y être, la liste des prix décernes en Belgique, aux États-Unis, en Angleterre et ailleurs. Un liste, par pays, se trouve à cette adresse :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_prix_litt%C3%A9raires

Jetez, par exemple, un coup d'oeil sur la liste de ceux décernés l'an dernier au Québec - 134 au dernier décompte :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_prix_litt%C3%A9raires_qu%C3%A9b%C3%A9cois

Ca y'est ? Vous avez fait le tour ?

Qu'est-ce que vous diriez si, à ces prix, l'UdeNap en décernait un autre à son tour ? - Appelons-le «Grand prix des auteurs qui méritent encore d'être lus». 

Trois conditions :

1 - Le prix serait attribué à titre posthume. Tous ses récipiendaires devront être décédés depuis au moins cinquante ans. Ce qui, au Canada, du moins, rendrait leurs oeuvres du domaine public. Cela éviterait les pressions que pourraient exercer les Éditeurs détenant un contrôle quelconque sur un de leurs auteurs encore sous contrat. Et ça pourrait permettre aux petits Éditeurs de publier le lendemain la partie de l'oeuvre de l'auteur primé qu'ils jugeraient appropriée.

2 - Le prix concernerait une oeuvre ou l'ensemble des écrits d'un écrivain dont la première publication daterait pas plus tard que cent ans et il faudrait qu'au moins un des écrits de cet écrivain soit toujours disponible en librairie. Mettons cent cinquante. - Cela, pour éviter que certains petits comiques essaient d'introduire dans le lot des classiques comme Molière, Racine ou Corneille, déjà assez connus comme c'est là.

Et, finalement :

3 - Seraient acceptés tous les écrivains du monde entier, quelle que soit leur langue d'origine, à condition qu'ils aient été traduits en français et que cette traduction datent d'au moins trente ans et qu'il n'y ait pas de droits d'auteur sur cette traduction.

Songer maintenant, compte tenu de ces conditions, si, dans les années qui suivent, Camus, Pasternak, Sartre, nommés ci-dessus, pourraient encore être considérés comme de véritables candidats.

Mais, qu'est-ce que cela peut bien avoir affaire avec Anatole France, Georges Ohnet et la critique d'un mauvais livre ?

Pour ça, lire l'extrait dans la section «Lecture» du présent Castor.

Un vrai bijou. De quoi me reconcilier avec Anatole.

Simon

 

      Herméningilde Pérec


 Valentino, Séraphin, Judas et Tarzan 

 À ces noms, en toute honnêteté, il aurait fallu, pour qu'il y ait une certaine concordance avec le texte qui suit, que j’ajoute - ou que j’ajoutasse – ceux de «Mathusalem», «Tartuffe», «Don Juan» et même «Georges».

Ce sont, ces noms, les premiers que j’ai entendus, jeune et qui servaient à décrire divers membres de ma famille, de notre entourage ou de lointaines connaissances que personne ne fréquentait. Faut dire que je n’avais aucune idée de qui il pouvait s’agir ou ce que ces noms qu’on leur donnait pouvait vouloir dire. Je me souviens même d’une sainte qui s’appelait «Nitouche», nom qu’on donnait à une grande-tante du côté maternel et dont la famille, par alliance (les «Néron»), habitait assez loin, quand même, de notre patelin et qui n’était pas de celles avec lesquelles on voulait être associé.

«Georges». Son nom, curieusement, était toujours précédé de «beau» ; on disait de quelqu’un qu’il était : «Beau comme Georges». Or, comme il n’y avait pas de Georges dans ma famille, je me suis toujours demandé qui pouvait être ce «Beau Georges». Plus tard, j'appris que c'était un personnage fictif et, du même coup, la signification du mot «fictif». Cela s'est passé à peu près à la même époque où j'ai enfin compris qui étaient ou qui avaient été, presque dans l’ordre : Judas, Samson, Mathusalem et Noé. De même que plusieurs autres issus d'un livre sacré qu'il m'e serait inutile, ici, de nommer.  Valentino quant à lui, m'est venu beaucoup plus tard quand j’entendis une de mes tantes dire de son beau-frère qu’il se coiffait toujours «à la Valentino».


Rudolph Valentino

Idem en ce qui concerne «Tarzan», nom que j’ai pu éventuellement associer à un comédien du nom de Johnny Weissmuller dont on avait présenté un film dans la salle paroissiale à je-ne-sais-plus-quelle-occasion.


Johnny Weissmuller

Par la suite, j’ai su qui avaient été ou furent «Tartuffe», «Don Juan», «Harpagon», «Sosie», «Crésus», «Job», «Mécène» et d'autres dont j'ai oublié les noms et à propos desquels il me suffirait de consulter la liste des personnages de divers romanciers ou dramaturges pour m'en rappeler. - Je pensais justement à Biggles il y a quelques minutes...

Certains me sont revenus longtemps après qu’ils eurent disparus du langage courant. «Séraphin», par exemple, pour décrire un avare comme le personnage de «Séraphin Poudrier» dans «Un homme et son péché» de Claude-Henri Grignon (qui fut, longtemps après, à l'origine de la télé-série «Les Belles histoires des pays d’en-haut»). Et puis il y a eu «Matamore» , personnage vantard et fanfaron de la Comedia dell’Arte, repris par Corneille dans «La comédie de l’Illusion» (que j’ai, soit dit en passant, refilé à Simon pour qu’il nous en fasse une critique). Quant à «Géronte», ça m'a pris du temps pour apprendre qu'il avait donné son nom à la «gérontologie»...

Que dire, maintenant de noms propres qui sont devenus communs ? 

- Nicolas Chauvin, ce soldat mythique de Napoléon qui admirait tant son empereur et qui fut probablement inventé par les chansonniers de la Restauration. Il a donné l'adjectif chauvin et le nom chauvinisme

- Dulcinée du Toboso (Dulcinea del Toboso) : nom que donne Don Quichotte à la dame de ses pensées dans le roman de Miguel de Cervantes. À cause de l'immense popularité de ce roman, le nom devint synonyme de bien-aimée, avec un côté ironique ou familier : «Voici ma dulcinée». 

- Poubelle, du nom d’Eugêne Poubelle qui, sous la IIIe République signa un arrêté préfectoral relatif à l'enlèvement des ordures ménagères, pour lutter contre l'entassement des déchets dans les rues de la région parisienne. 

- «Beau Brummell»… Français ? – Pas du tout. Cette expression vient de George Bryan Brummell, né en 1776, décédé en 1840 qui fut un pionnier du dandysme britannique durant la Régence. Le mot «dandysme» est d’ailleurs d’origine anglaise. - Cette dernière information, je la dois à Copernique.

Pourquoi me souvient-il de tous ces noms ce matin ? - Parce qu'on m'a dit il n'y a pas longtemps que je ressemblais de plus en plus à Ernest Renan.


Ernest Renan

Bizarre. Je me pensais plus en «Père Jéricho». Celui dans «Ce sacré grand-père» de Jacques Poitrenaud (1968).

H. Pérec

 

       Copernique Marshall

  En vacances  

Hé oui ! Presque tout le mois de juillet.

Toute la famille réunie dans une immense maison près de Tours, en France, louée pour l'occasion.

Albert qui termine cette année son doctorat en histoire ; Marie et son époux Charles, heureux parents d'un petit qui aura deux ans cette année (Adrien) ; Léon qui ne s'est pas fait prier pour voyager avec nous et Mycroft qui habite Paris depuis trois ans déjà.

Jusqu'à mes parents, en Écosse pour l'été, qui sont venus passer une semaine avec nous.

Chaud ? Oui, mais pas tant qu'à Napierville où on m'a dit qu'on a connu des trente et des quarante (avec ce malheureux facteur humidex dont je ne sais rien de rien).

De toutes façons, y'avait une piscine derrière la maison et, pas très loin, une piste pour cyclistes - croyez-le ou non - avec, à sa base, une ancienne route romaine.

Peu lu, mais beaucoup écouté. Surtout mon père qui parle de moins en moins mais dont chaque mot est une révélation... qui nous a dit qu'il ne se baignait plus parce que son maillot avait deux trous : un dans le coude droit et l'autre dans le genou gauche.

Ce que j'ai hâte d'avoir l'âge - non : la sagesse - pour parler comme lui : simplement, avec de courtes phrases qui résument des années de réflexionnements...

Et puis vous savez quoi ? - À cinquante-huit ans (ben quoi ? personne ne rajeunit !) je suis retombé en amour avec Cléo que j'ai épousée il y a déjà 28 ans.

Et si vous n'avez pas encore pris vos vacances, ben : profitez-en

Copernique

P.-S. : Lu ? Un peu quand même : La princesse de Clèves et deux Simenon

 

       Jeff Bollinger


Le travail et la femme au foyer 

 J'ai lu il y a quelques années - ou on m'a fait lire - un article paru dans le Scientific American sur l'évolution du travail de la femme au foyer basé sur une étude plus ancienne rédigée quelque chose comme cinquante ou soixante-quinze ans auparavant. Dans cet article, on démontrait que, malgré tous les appareils ménagers qu'on retrouvait dans les foyers d'aujourd'hui, la somme de travail qu'on demandait à une femme moderne n'avait pas cessé d'augmenter depuis le début des années vingt.

Pour en avoir parlé plusieurs fois, je n'ai pas été étonné de constater que peu de femmes qui, aujourd'hui, ont à leur disposition des aspirateurs, des lessiveuses automatiques, des sécheuses, des cuisinières programmables, des lave-vaiselles, des fours à micro-ondes, etc. se sont dites surprises de ce résultat.

Les raisons données étaient multiples : la quantité et la variété des vêtements que l'on porte aujourd'hui (et la fréquence qu'on les utilise) avaient plus que doubler ; les meubles, les tapis, les objets décoratifs sont de plus en plus nombreux ; préparer les repas est devenu une tâche de plus en plus complexe qui demande de deux à trois fois plus de temps (avec des réceptions que l'on donne, les nouvelles règles de l'alimentation, le nombre de produits que l'on sert, etc.) Ajouter à cela les travaux scolaires qui exigent une attention plus poussée, des sorties plus fréquentes, des connaissances minimales sur ce qui se passe dans le monde... Et voilà !

Cette étude était plus que convainquante et je n'ai jamais douté de ses résultats. 

Et puis une autre m'a frappé récemment. Plusieurs autres en fait car on se penche souvent depuis la fin des années quarante sur l'impact psychologique du passage de la vie rurale à la vie urbaine, du travail à l'extérieur, du déplacement quotidien de la banlieue à son lieu de travail, de l'éclatement des familles et surtout de la quantité d'informations qu'il faut absorber au jour le jour pour ne pas sentir isolé.

Celle qui a attiré mon attention est la surprenante ignorance dans laquelle se trouve plus de 85% de la population du monde et qui est celle de l'évolution de la personnalité de chacun. Brièvement - et c'est ce que démontre une série de récherches effectuées dans ce domaine - à chaque moment de sa vie, chacun d'entre nous est convaincu qu'il a atteint un certain stade qui demeurera stable et inchangé jusqu'à sa mort en ce sens que, que l'on soit âgé de vingt, trente, quarante et même soixante ans, l'on demeure convaincu que l'on aura toujours les mêmes approches à la réalité, les mêmes goûts, les mêmes attitudes devant les problèmes auxquels l'on aura à faire face. Et cela va de la conviction que notre intelligence sera toujours la même et, avec quelques variantes, seules notre santé et notre mémoire seront - dans un avenir lointain - en phases légèrement déclinantes. Or, tout cela est faux.

Notre personnalité non seulement évolue avec le temps, mais elle se modifie, parfois complètement, selon ce qui nous arrive et les impacts qu'on certains événements sur son développement. Et sur quoi est basée cette opinion ? Non pas sur le passé de ceux sur lesquels ces études ont été effectuées, mais sur ce chacun de ceux qui y ont participé avait prévu être dans cinq ou dix ans, ces études ayant été effectuées sur de longues périodes. Quinze ans, dans un cas.

Simon, à qui j'en parlais l'autre jour, me disait qu'il était non seulement d'accord avec ces conclusions, mais qu'il avait été surpris de constater à quel point sa propre personnalité avait évolué depuis q'il avait pris sa retraite, «Oh, me disait-il, je suis toujours le même, mais je suis obligé de constater que ce qui était très important il y a à peine quelques années de ça me paraît d'une extrême futilité aujourd'hui, ce qui est loin d'avoir été une modification mineure dans ma vie.»

«Oui, je lis toujours, ajoutait-il. J'ai toujours lu. Sauf que je ne lis plus de la même façon. Je m'attache à des détails que je ne voyais pas quand j'avais cinquante ans et qui sont, aujourd'hui, d'une grande importance... - Et si tu me permets, je ne parlerai pas d'argent, d'amour, de carrière, de sexe... de tout ce à quoi pendant des années, j'ai vu des gens sensés - ou supposés l'être - prendre des décisions d'une monstrueue imbécilité parce qu'ils étaient convaincus que cela faisait partie de leur vie, de leur soi, de leur...Qu'est-ce que tu disais au juste ? De leur... personnalité.»

Ralph Waldo Emerson, m'a mentionné Copernique il y a deux jours à peine, a dit une phrase mémorable un jour : qu'il ne souvenait pas plus des livres qu'il avait lus ni des repas qu'il avait pris ; mais que les deux avaient fait de lui ce qu'il était... (*)

(*) «I cannot remmber the books I've read any more than the meals I have eaten ; even so, they have made me» (Note de l'éditeur)

Chose certaine je ne suis plus qui j'ai été il y a dix, vingt ans et, avec une certaine appréhension, je me demande qui je vais devenir.

***

Deux chromosones 

Deux chromosones nous séparent des chimpanzés dont l'intelligence très particulière peut se résumer à un point situé entre la semi-conscience et l'instinct... quoiqu'il faudrait, dans leur cas, redéfinir l'intelligence qui, chez les humains, serait «l'ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle» ou «l'aptitude à s'adapter à une situation, à choisir des moyens d'action en fonction des circonstances». 

Il y a plusieurs années, on distinguait les humains des chimpanzés par leur faculté de créer et d'utliser des outils. Depuis, diverses études ont démontré que les chimpanzés non seulement savaient se servir d'outils rudimentaires (des branches d'arbre pour extraire le miel d'un nid d'abeille, par exemple), mais qu'ils les conservaient et les transportaient avec eux. Suivirent le langage, la mémoire, la créativité, l'interraction sociale, les caractéristiques humaines telles que la pitié, l'entraide, etc. - Jusqu'à présent, tout cela n'a fait que démontrer que «l'intelligence» des chimpanzés est différente de celle des humains à cause de divers facteurs : environnement, histoire, expérience, etc. Sauf qu'on ne peut pas les considérer comme inintelligent.

Ma question est tout autre : 

Supposons qu'il existe, à quelque part dans l'univers, des êtres qui ont deux chromososes de plus que nous. Du genre chez qui les enfants de cinq ans sont capables de lire et comprendre Shakespeare, résoudre des équations algébriques et suivrent le déroulement de situations très complexes impliquant plusieurs facteurs tels que la vitesse, la température, la distance entre deux points, etc. Supposons que ces êtres aient découvert comment se déplacer non d'une planète à l'autre dans leur système «solaire» mais d'un système «solaire» à un autre et qu'ils découvrent accidentellement ou autrement notre système et notre planète. 

Ma question est : 

Dans quelle mesure ces êtres seraient-ils intéressés à entrer en communication avec des êtres dont «l'intelligence», par rapport à la leur, est celle de la nôtre par rapport à celle des chimpanzés ? 

J'en ai une autre : 

Pourquoi tous les supposés contacts avec des extra-terrestres qu'on nous rapporte surviennent à des endroits éloignés de nos grands centres et impliquent des gens qui, sans ces contacts, n'auraient aucune chance d'être connus ? 

Exception faite de L. Ron Hubbard, le fondateur de la Scientologie.

***

Et puis... 

Une lettre, cette semaine, de mon ami Serge. Sérieuse, drôle et triste.

Aberdeen, Scotland
Le dimanche, 29 juillet 2018

Cher toi,

Il y a longtemps, je crois, que je t'ai écris. Ou que je t'ai vu, même.

Alors pourquoi aujourd'hui ? C'est que, pour la nième fois - la deuxième en six semaines -, on m'a reproché de
flirter avec la blonde d'un de mes amis. Par cet ami, naturellement.

Flirter, moi ? - Je ne sais même pas ce que c'est que flirter ! Je ne saurais te dire comment séduire non seulement une femme, mais même une jeune fille qui en serait à ses premiers pas amoureux ou une vielle dame en phase finissante.

Je ne comprends rien aux relations entre hommes et femmes, entre femmes et hommes et même entre hommes et hommes. Je suis
ASPIE ! - J'imagine qu'ayant, au fil des ans, appris à - écoute-moi bien - bluffer une certaine normalité qu'on ne s'en aperçoit pas, mais le fait demeure que je le suis toujours...

J'essai d'être gentil - agréable - avec tout le monde. Je ne cherche pas la chicane, les altercations, les problèmes. Si la personne avec laquelle je parle est un fervent golfeur, nous allons parler de golf pendant tout le temps que je serai en sa présence. - Tu sais que j'ai récemment appris presque par coeur tous les règlements du foot (soccer) ? Tout simplement parce que j'ai dû cotoyer, à cause de la coupe du monde, des fanatiques de foot et que je ne voulais pas passer pour un ignare. - Enfin... tu sais ce que je veux dire car :

J'ai appris à être en mesure de passer des soirées complètes avec des collectionneurs de costumes militaires, des amateurs de musique pré-baroque et même des spécialistes en constitution américaine... - Sauf que tout ça m'occasionne souvent des ennuis...

Ainsi :

Quand je suis en présence d'une personne du sexe apposé, tu comprends bien que je ne suis pas de ceux qui vont lui dire que les vêtements qu'elle porte ne lui conviennent pas, que son rouge à lèvre est peu apétissant ou que leur peau, contre la mienne, me semblerait être celle d'un lézard (même si c'est le cas). - Conséquence : je flirte.

Or justement, j'ai flirté récemment avec une femme qui aurait toute les raisons du monde de s'acheter un rasoir électrique et une autre dont les vergetures pourraient servir de modèles pour faire des matelas (à condition qu'on les recouvre d'un pied de plumes ).

Et en plus, j'aurais insulté leurs amis.

Entre hommes, me semble qu'on devrait au moins se dire la vérité.

Et ben non.

Anyway, je pense de plus en plus à Simon qui veut devenir un villageois semi-excentrique sauf qu'entre lui et son âge, il me reste trois, quatre décennies à flirter et insulter...

Reste les boisson distillées car, entre toi et moi, les fermentées...

Ton ami qui, j'espère, n'ose pas flirter avec ta femme,

Serge

Jeff

 

Les vacances de la construction 

Mais oui, je comprends : mon père était plombeur. La première fois qu'il est resté à la maison à ne rien faire, c'est quand y'a eu la main brûlée par un apprenti qui lui avait versé du plomb fondu au lieu d'à l'intérieur d'un cercle de deux tuyaux de fonte où y'vait de l'étoupe pour les réunir. - Les vieux plombeurs à l'écoute savent de quoi je parle.

Le reste du temps, il travaillait. Cinq jours et demi, puis cinq jours (seulement) par semaine. Quelques congés ici et là. Il est mort jeune. D'usure. Pas de vieillesse : d'usure.

Les vacances, c'étaient pour les riches. L'été, il trouvait ça o.k. la chaleur. mais l'hiver, sur des chantiers, c'était la misère.

Alors on a institué, de son vivant, les deux semaines de vacances de la construction : les deux dernières de juillet.

Ça a eu comme effet d'arrêter le tiers de la population dans leurs occupations normales parce que, figurez-vous, la construction, ça implique ben du monde : les vendeurs de tapis, de gyproc, de deux par quatre, de bouts de fils, de poignées de porte et même les ceusses qui fabriquent ces machins qui servent à dérouler le papier de toilette. Plus leurs conjoints ou conjointes.

Les prix de location de chalets, de chambres d'hôtels et même des repas au restaurant ont augmenté en conséquence.

Moi, j'arrive du Maine. Deux heures à la frontière. La plus longue et la moins gardée du monde. À ce que les frères A. et C. Skonmadit.

Je suis épuisée et je recommence à travailler demain (aujourd'hui quand vous lirez ceci).

Georges

 

        Fawzi Malhasti


 Morceau choisi 

 L'âme des poètes

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
La foule les chante un peu distraite
En ignorant le nom de l'auteur
Sans savoir pour qui battait leur coeur
Parfois on change un mot, une phrase
Et quand on est à court d'idées
On fait la la la la la lé
La la la la la lé

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues

Leur âme légère, c'est leurs chansons
Qui rendent gais, qui rendent tristes
Filles et garçons
Bourgeois, artistes
Ou vagabonds.

Longtemps, longtemps, longtemps
La la la...

(Charles Trenet) 

Fawzi

 

         De notre disc jockey - Paul Dubé

346ième enregistrements et pas encore de Leclerc !

Il y a de ces lapsus qui ne s'expliquent pas.

Remédions, remédions.

Facile, vous allez me dire : «T'as qu'a faire tourner un de ses versions de "Moi mes souliers" ou du "P'tit bonheur"...» - C'est une idée, mais j'ai mieux :

Une chanson écrite par lui, mais qu'il n'a jamais endisquée parce qu'elle a été écrite pour une femme, et pas n'importe laquelle : Monique Leyrac, Celle qui a fait vibrer les coeurs des Québécois au cours des années soixante et soixante-dix.

La voici, chantant «Femmes d'autrefois et d'aujourd'hui» :

Cliquer sur la note : Second

paul

 

Nouvelles

On nous reproche souvent, à nous de l'équipe du Castor™, le seul véritable hebdomadaire de la région, créé pour défendre les intérêts de son campus universitaire et ses quartiers immédiats, de ne pas être en contact avec la vraie réalité. Celle de tous les jours. Celle qu'on peut lire dans les journaux du monde et écouter sur certaines chaines de radio ou de télévision.

Alors, pour ceux qui veulent vraiment savoir ce qui se passe dans le monde en ce moment, voici quelques uns des grands, des moyens et petits titres de nouvelles qu'on pouvait récemment lire dans divers sites journalistiques d'ici et d'ailleurs :

- Justin Trudeau aurait enfreint en juin 2017 la Loi sur les conflits d'intérêts. - M. Trudeau aurait en effet reçu deux paires de lunettes de soleil de style « aviateur », à l’occasion de sa visite en la province de l'Ile-du-Prince-Edouard, lunettes fabriquées par Fellow Earthlings, une entreprise locale de Guernsey Cove. - La valeur des deux paires de lunettes est de 300 $, mais les règles fédérales sur les conflits d’intérêts stipulent que les cadeaux dont la valeur excède 200 $ doivent être déclarés au maximum 30 jours après avoir été acceptés. - Le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, Mario Dion, a confirmé que Justin Trudeau a reçu une amende de 100 $, qu’il a payée.

- Une fillette de 9 ans a été repêchée des eaux près du barrage Frontenac au centre-ville de Sherbrooke dans les eaux de la rivière Magog en fin d'après-midi le samedi 28 juillet dernier.

- Un paraventiste a perdu la vie en parapente (sic) près de la ville de Mont-Saint-Pierre en Gaspésie le dimanche 29 juilliet. Il aurait, selon un porte-parole de la Sûreté du Québec, atterri sur la grève, mais une fois arrivé au sol «sa voile aurait pris dans le vent».

- Trois enfants auraient été mordus par des coyotes en une semaine à Montréal.

- 91 morts dans des incendies en Grèce.

- Un jeune homme a été tué dans la nuit de vendredi à samedi (27 au 28 juillet) . La victime a été retrouvée grièvement blessée à l'arme blanche vers 2 h 30 samedi dans un stationnement de la rue Authier à Granby. Son décès a été constaté à l'hôpital.


Granby, Québec

 - Un Canadien équipé d'une combinaison ailée se serait tuer en Suisse le 27 juillet dernier.

- L'Impact serait satisfait de son mois de juillet.

- Le mannequin Zombie Boy, Rick Genest, qui s'était fait connaître pour ses nombreux tatouages, notamment dans un vidéoclip de Lady Gaga, a été retrouvé mort mercredi (1er août) après-midi.

- Et au Cambodge Hun Sen a été réélu tandis qu'une nouvelle application sur le site d'information du Vatican permetrait dorénavant d'écouter en direct les discours du pape en cinq langues.

 

L'extrait du mois


Hors de la littérature 

(Voir l'introduction à cet extrait dans la chronique de Simon Popp)

Le titre du nouveau roman de M. Georges Ohnet contient beaucoup de sens en un seul mot. Ce titre est toute une philosophie. Volonté, voilà qui parle au cœur et à l’esprit ! Volonté, par Georges Ohnet ! Comme on sent l’homme de principes, qui n’a jamais douté ! Volonté, par Georges Ohnet, soixante-treizième édition ! Quelle preuve de la puissance de la volonté ! [...]

M. Georges Ohnet a voulu avoir soixante-treize éditions et il les a eues. En vérité, plus je relis ce titre, plus j’y trouve d’intérêt. C’est sans contredit la plus belle page qui soit sortie de la plume de M. Georges Ohnet. [...]

Volonté, par Georges Ohnet, soixante-treizième édition, que cela est bien écrit !
J’avoue que le reste du livre m’a paru inférieur. [...]

Comme philosophe, M. Georges Ohnet ne me satisfait pas. Sous ce jour, je le trouve faible. Je voudrais n’avoir pas à l’apprécier à un autre point de vue [...] mais puisque enfin M. Ohnet fait des romans, il est équitable et nécessaire de le traiter en romancier. C’est ce à quoi je vais donc procéder avec tous les ménagements dont je suis capable. [...]

Eh bien, puisqu’il me faut juger M. Ohnet comme auteur de romans, je dirai, dans la paix de mon âme et dans la sérénité de ma conscience, qu’il est, au point de vue de l’art, bien au-dessous du pire.

J’ai eu l’honneur d’être présenté l’hiver dernier à M. Georges Ohnet, et je me suis convaincu, comme tous ceux qui l’ont approché, que c’est un très galant homme. Il parle d’une manière fort intéressante, avec une bonne humeur tout à fait agréable. Il m’a inspiré de la sympathie. Je sais de lui des traits qui l’honorent, je l’estime profondément, mais je ne connais pas de livres qui me déplaisent plus que les siens. Je ne sais rien au monde de plus désobligeant que ses conceptions, ni de plus disgracieux que son style. [...]

Si je m’étais cru, je serais mort sans avoir lu une ligne de M. Ohnet. Je me serais épargné cette pénible et dangereuse épreuve. Je mets beaucoup de soin à éviter dans la vie ce qui me semble laid. Je craindrais de devenir très méchant si j’étais forcé de vivre en face de ce qui me choque, me blesse et m’afflige. C’est pourquoi j’étais résolu à ne pas lire Volonté. Mais le sort en a disposé autrement.

J’ai lu Volonté, et j’ai d’abord été très malheureux. Il n’y a pas une page, pas une ligne, pas un mot, pas une syllabe de ce livre qui ne m’ait choqué, offensé, attristé. [...] Je n’avais jamais lu encore un livre si mauvais : cela même me le rendit considérable, et je finis par en concevoir une espèce d’admiration. M. Ohnet est détestable avec égalité et plénitude ; il est harmonieux et donne l’idée d’un genre de perfection. C’est du génie cela. [...] Tout ce qu’il touche devient aussitôt tristement vulgaire et ridiculement prétentieux. Les miracles de la nature et de l’humanité, la splendeur du ciel et la beauté des femmes, les trésors de l’art et les secrets délicieux des âmes, enfin, tout ce qui fait le charme et la sainteté de la vie devient, en passant par sa pensée, d’une écœurante banalité. [...] Et il aime vivre ! C’est incompréhensible ! [...] 

Volonté fera les délices d’un grand nombre de personnes. [...] 

Il faut aussi que les pauvres d’esprit aient leur idéal. N’est-il pas vrai que les figures de cire, exposées aux vitrines des coiffeurs inspirent des rêves poétiques aux collégiens ? Or, les romans de M. Georges Ohnet sont exactement, dans l’ordre littéraire, ce que sont, dans l’ordre plastique, les têtes de cire des coiffeurs.

Anatole France

 

Book Review - Lectures


Les textes qui suivent - et les précédents - ne doivent pas être considérés comme de véritables critiques au sens de «jugements basés sur les mérites, défauts, qualités et imperfections» des livres, revues ou adaptations cinématographiques qui y sont mentionnés. Ils se veulent surtout être de commentaires, souvent sans rapport direct avec les oeuvres au sujet desquelles les chroniqueurs qui les signe désirent donner leurs opinions, opinions que n'endosse pas nécessairement la direction du Castor™ ni celle de l'Université de Napierville.


Euripide - Alceste (438 avant Jésus-Christ)
(Quelques réflexions à la suite d'une relecture.)

Je ne lis pas le grec. Mes études. dites «classiques», je les ai faites en latin ; un latin que je lis toujours, mais de plus en plus difficilement et donc, de plus en plus, avec une traduction en français ou en anglais dans la page gauche. (Ex. : Éditions Les Belles Lettres, Guillaume Budé, Boulevard Raspail, Paris - Prévoir une deuxième hypothèque pour tout achat.) Alors, quand je veux me replonger dans mes Grecs, je ne peux faire autrement que me fier aux traductions (*) qu'on en a faites.

(*) dans mon premier jet de ce texte, j'avais écrit ici, «contradictions» (sic)

Or, il n'y a pas longtemps, voulant relire Alceste d'Euripide, j'ai été bien content de retrouver dans ma bibliothèque les deux volumes de son théâtre (enfin : ce qui nous est parvenu), traduit par Louis Humbert dans les années dix (1910) sauf que je n'ai pas jugé prudent de me promener avec, dans mon sac, ces deux «précieux» volumes : papier fin, tranche hachurée, dos en cuir, etc. (mais surtout datant de ma lointaine jeunesse). - Alors je me suis pointé sur Kindle où j'ai retrouvé tout Euripide, en anglais toutefois, mais pour la modique somme de 1,99$. Son traducteur ? Un dénommé Theodore Alois Buckley (1825-1856) qui, pour une raison quelconque s'est dit qu'il fallait traduire Euripide en un anglais du XVIe ou XVIIe siècle. - Vous comprenez ce que je veux dire ? - «Thou» pour «You», «Dost» pour «Do», «Wert» pour «Was», «Commeth» pour «Comes» et ainsi de suite.


Euripide

Qu'à cela ne tienne, me suis-je dit : j'ai assez lu de Shakespeare pour m'y retrouver. Ah oui ? Lisez-en le début :

«O mansions of Admetus, wherein I endured to acquiesce in the slave’s table, though a God ; for Jove was the cause, by slaying my son Aesculapius, hurling the lightning against his breast: whereat enraged, I slay the Cyclops, forgers of Jove’s fire.»

Et comparez en français (Louis Humbert) :

«Ô palais d'Admète, où j'ai dû me contenter de la table des serviteurs, tout dieu que je suis. Ainsi l'a voulu Jupiter qui a tué mon fils Esculape, en le frappant au coeur de sa foudre ; et moi, dans ma colère, j'ai frappé les Cyclopes qui forgent les traits célestes.»

Toute une différence, n'est-ce pas ? - Le pire, c'est que si mon Kindle contient un dictionnaire, la moitié des mots (anglais) sur lesquels je suis resté bloqué me sont revenus avec la mention «mot inconnu». - La belle affaire ! - Alors, j'ai remis dans mon sac et mon Kindle et un des deux volumes d'Humbert. Et c'est là que je me suis aperçu que les traducteurs étaient de vrais traiîres («Traduttore, traditore».)

Des exemples ? En voici quelques uns notés presque au hasard :
 

«...which ulcerate my soul...»
«...ce qui déchire mon coeur...»

«Would that I never had married and dwelt with her in this palace..
«Plût aux dieux que je l'eusse jamais épousée, que je fusse jamais avec elle entré dans ces demeures...»

«My mother brought me forth to heavy fortune
«C'est pour un cruel destin que m'a mère m'a enfanté

«Never to see thy dear wife's face again before thee, is severe.»
«C'est un triste sort que de ne plus avoir devant soi le visage d'une épouse chérie.»

«Thou canst not have all things, which thou oughtest not.» (sic) 
«Tu n'obtiendras rien de ce qu'il convient pas que tu obtiennes.»

«She attired herself becomingly.»
«Elle se para richement.»

«No, for the destined day makes its attack upon her.»
«L'heure fatale la contraint

«... thenceforward...»
«... désormais...»

«...ofttimes... oft...»
«... plusieurs fois... encore...»

Mais attendez : je n'ai pas fini !

À la Grande Bibliothèque (Bibliothèque et Archives nationales du Québec ou BAnQ.qc.ca) j'ai retrouvé pas moins de cinq autres traductions en français et trois en anglais.

Des françaises. j'en ai retenues trois dont voici les débuts :

« Adieu, maison d'Admète, où je dus supporter de manger parmi les valets, moi, un Dieu ! Zeus en fut cause. Il avait abattu mon fils Asclépios, d'un trait ardent en plein coeur. Dans ma colère alors contre les artisans du feu divin j'ai tué les Cyclopes. »
( Marie Delcourt-Curvers - Folio (Gallimard) - 1962)

« Ô palais d'Admètos, tu m'as vu sans murmure à la table mercenaire prendre place avec la simplicité d'un dieu ! Zeus, qui tua mon fils en est le responsable ; Asclépios reçut en son sein la flamme des Cyclopes, et mon courroux immola ces forgerons divins. » 
(Henri Bergouin et Georges Duclos - Garnier-Flammarion - 1966)

«Ô demeure d'Admète, où j'ai connu le goût du pain des hommes, où j'ai mangé assis parmi les serviteurs. Jupiter avait frappé mon fils. Sa foudre avait tari la source vive du Guérisseur. Moi, Apollon, j'ai percé de mes flèches les artisans du feu du Ciel.» 
(André Bonnard - Éditions de l'Aire - 2012)

Et j'ai retrouvé par la suite, dans la bibliothèque numérique Wikisource, ceci :

« Ô demeure d'Admètos, où j'ai subi la table servile, bien qu'étant Dieu ! Zeus, en effet, fut cause de ceci, ayant tué mon fils Asklèpios d'un coup de foudre dans la poitrine. Et j'en fus irrité, et je tuai les Kyklopes, ouvriers du feu divin..
(Leconte de Lisle - Éditeur inconnu - 1884)

Bon, me suis-je dit, on peut se permettre certaines licenses («parmi les valets... à la table mercénaire... parmi les serviteurs.... à la table servile...»), mais quand même !

Voici un autre exemple de ces licenses :

(Dialogue entre une servante [S] et le choeur [C])

Theodore Alois Buckley

S - You may call her both alive and dead
C - And how can the same woman be both dead and alive ?
S - Already she is on the verge of death and breathing her life away.


Louis Humbert

S. - Tu peux dire à la fois qu'elle vit et qu'elle est morte.
C. - Mais comment la même personne peut-elle être morte et vivante 
S. - Déjà elle s'affaisse et rend l'âme.

Marie-Delcours-Curvers :

S. - Dis-la vivante ou dis-la morte, tout ausi bien
C. - Et comment à la fois être mort et vivant ?
A. - Elle est déjà défaillante, expirante.


Henri Berguin et Georges Duclos :

S. - Tu pourrais la nommer morte ensemble et vivante.
C. - Et comment dans la mort garder les yeux ouverts ?
S. - Entends qu'elle agonise et glisse vers le gouffre.

André Bonnard :

S. - Ah ! Tu peux dire qu'elle est à la fois morte et vivante.
C. - Vivante et morte ? Explique-toi.
S. - La face prostrée vers la fosse et l'âme pantelante.

Leconte de Lisle :

S - Tu peux dire qu'elle est vivante et morte à la fois
C - Comment peut-on être morte, et vivre ?
S - Déjà elle penche la tête et elle rend l'âme.

J'ai même retrouvé, ailleurs, d'un certain René Artaud (Inspecteur général des écoles) qui écrivait, en 1842 : 

S - Elles est expirante et à l'agonie...

Et, d'un René Biberfeld

S - Déjà elle s'affaisse, déjà elle se meurt.

Est-ce qu'on a le droit dans ces conditions de parler non plus de licenses, mais d'incongruités ?

Dois-je en dire plus ? 

Conclusion : 

Jeune gens, si le théâtre grec ancien vous intéresse, apprenez le grec !

Remarque :

Mais vous allez peut-être me demander pourquoi, à mon âge, je me replonge dans ces antiquités ? 

C'est que j'ai pensé qu'une version pour marionettes - celles qu'on anime de l'intérieur avec trois doigts. («Sock puppets» en anglais) - serait peut-être utile pour l'édification de la jeunesse.»

Pour le choeur ? J'hésite entre un vieux gramophone ou une sorcière du genre de celles dans Macbeth.

Simon

Références : 

Louis Humbert (1845-1921) fut professeur au Lycée Condorcet. Theodore (William)

Alois Buckley (1825-1856) est connu pour ses traductions d'Homère, d'Eschyle, de Sophocles, etc. Marie-Delcourt-Curvers (1891-1979) fut une philologue classique, helléniste et historienne de la littérature belge francophone. 

Henri Bergouin et Georges Duclos furent tous les deux des professeur agrégés de lettres classiques, le premier au Lycée de poitiers, le second au Lycée Michel de Montaigne à Bordeaux (dans les années 1930 à 1950...) 

André Bonnard, né à Lausanne le 16 août 1888 et mort dans la même ville le 18 octobre 1959, est un enseignant, helléniste, traducteur et écrivain vaudois. 

Par ailleurs, inutile de présenter Leconte de Lisle à la masse intelligente et cultivée de nos lecteurs. 

Quant à Messieurs Artaud Et Biberfeld, je n'ai pas pu trouver de plus amples renseignements.

***

Alberto Manguel - A History of Reading - Knopf, 1996 
  (Une histoire de la lecture - Trad. : Christine Leboeuf
  Leméac - 1998)

(Un second coup d'oeil)

Voici ce que j'ai dit de ce livre en mai dernier :

«Ce livre, je l'ai trouvé, en traduction française, chez une amie qui, si je m'en souviens bien me dit, en me le prêtant qu'il était "bien". Une fois rentré chez moi, j'ai noté qu'il avait été écrit et publié originellement en anglais et, après un premier coup d'oeil, je me le suis immédiatement procuré dans cette langue via Kindle.

Bah, que je me suis dit, quatre cents pages. J'en ai pour deux soirées." - "Ah oui ?" - Une véritable litote. - J'ai mis trois semaines à le lire ; trois semaines et deux autres pour mettre mes notes en ordre. - Pourquoi ? - Parce que c'est un livre fort intéressant, rempli d'anecdotes, de détails, de choses qu'on a toujours voulu savoir, mais qu'on n'a jamais eu le temps de trouver.

Ainsi, dans ce livre, j'ai appris qu'on a cessé de lire à haute voix que vers le dixième siècle, mais qu'Alexandre le Grand lisait en silence et, mieux encore ceci :

Qu'au Xe siècle [...] le grand vizir de Perse, Abdul Kassem Ismael, afin de ne pas se séparer durant ses ​voyages de sa collection de cent dix-sept mille volumes, faisait transporter ceux-ci par une caravane de quatre cents chameaux entraînés à marcher en ordre alphabétique.

Je vais revenir plus tard sur ce volume car j'ai l'intention de le relire immédiatement.

C'est ce que j'ai fait depuis et même deux fois :

***

Qu'est-ce que «Une histoire de la lecture» ?

C'est un livre qui traite de la lecture sous toutes ses formes :

  • De l'acte de lire en tant qu'activité visuelle et cérébrale.

  • De la transformation de dessins divers sensés représenter des quantités et des objets à des hiéroglyphies résumant des syllabes, puis à des lettres et des chiffres qui, combinés ensemble, finirent par représenter des mots, des phrases et surtout des idées. 

  • De l'histoire de l'écriture à travers les siècles. 

  • Des premiers écrivains. 

  • Des écrivains qui ont eu une influence sur l'écriture en tant que telle. 

  • Du passage de la lecture à haute voix à la lecture en silence. (Et du pourquoi.)

  • De l'importance qu'a eu le passage du parchemin aux livres. 

  • Des premières bibliothèques. 

  • De l'histore de la classification des livres. 

Et de tout ce qui a découlé depuis que la lecture s'est répandue dans le monde, y compris les autorités qui tentèrent d'interdire certains écrits jusqu'à l'éclatement de la connaissance à l'échelle mondiale. 

Et de beaucoup d'autres choses.

Bref : un livre qui se veut de tout ce qui concerne l'écriture en général, de tous les écrits rédigés depuis son invention, y compris les médias par lesquels ses écrits ont été distribués, conservés, où, comment et qui s'est occupé de les conserver.

Voici ce qu'en disent les éditeurs (version française) :

«Célébration heureuse de la plus civilisée des passions humaines, qualifiée par Georges Steiner (*) de "lettre d'amour à la lecture", cette histoire écrite du côté du plaisir et de la gourmandise est un livre savant qui se lit comme un roman d'aventures. Parti à la recherche des raisons qui ont fait aimer le livre à travers les âges - et parfois l'ont fait cible d'exécuteurs totalitaires - l'auteur entreprend en effet un voyage dont chaque étape lui est occasion de détours, de visites, de réflexions. La ferveur d'Alberto Manguel est si communicative que l'on se prend à être impatient de la suite comme s'il y avait une intrigue en cours. Et il y en a une... En effet cette histoire de la lecture est aussi une histoire du lecteur, de sorte que la passion qui la sous-tend s'accompagne d'une véritable étude de moeurs - moeurs des scripteurs, des passeurs, des liseurs, des lecteurs.»

(*) Francis George Steiner, né le le 23 avril 1929 à Neuilly-sur-Seine, est un écrivain anglo-franco-américain,spécialiste de littérature comparée et de théorie de la traduction. Auteur de nombreux essais sur la théorie du langage et de la traduction et sur la philosophie de l'éducation, il est surtout réputé pour ses critiques littéraires, notamment dans The New Yorker et le Times Literary Supplement. (Wikipedia)

Ses chapitres :

La dernière page (The Last Page)
     La dernière page (The Last Page)

Faits de lecture (Acts of Reading)
     Lire des ombres (Reading Shadows)
     Lire en silence (The Silent readers)
     Le livre de la mémoire (The Book of Memory)
     L'apprentissage de la lecture (Learning to Read)
     La première page manquante (The Missing First Page)
     Lire des images (Picture Reading)
     Écouter lire (Being Read To)
     La forme du livre (The Shape of the Book)
     Lecture privée (Private Reading)
     Métaphores de la lecture (Metaphors of Reading)

Pouvoirs du lecteur (Powers of the Reader)
     Commencements (Beginnings)
     Ordonnateurs de l'univers (Ordainders of the Universe)
     Lire l'avenir (Reading the Future)
     Le lecteur symbolique (The Symbolic reader)
     Lire en lieu clos (Reading within Walls)
     Le voleur de livres (Stealing Books)
     L'auteur en lecteur (The Author as a Reader)
     Le traducteur en lecteur (The Translator as a Reader)
     Lectures interdites (Forbidden Reading)
     Le fou du livre (The Book Fool)

Pages de fin (Endpaper Pages)
     Pages de fin (Endpaper Pages)

Nous avons déjà cité un passage du Voleur de livres dans notre numéro de mai dernier.

On trouvera à la fin du présent texte le début du dernier chapitre (Pages de fin) qui, comme on le notera en le lisant, est en fait le chapitre qui aurait dû être inséré au lieu et à la place du premier (La dernière page). - Alberto Manguel est quelque peu espiègle, ce qui rend sa lecture si agréable.

J'ai noté (au hasard) :

Une photo : debout près d’une longue rangée d’étagères grossières, un moine coréen retirant l’une des tablettes de la Tripitaka Koreana vieille de sept siècles et conservée dans le temple d'Haeinsa Janggyeong Panjeon. (Le ou la Tripitaka Koreana est un recueil de textes sacrés bouddhiques gravés sur quatre-vingt mille tablettes de bois.)

[...] Les gouvernements totalitaires ne sont pas seuls à craindre la lecture. Les lecteurs sont brutalisés dans les ​cours d’écoles et dans les vestiaires comme dans les bureaux et prisons d’Etat. Presque partout, la communauté des lecteurs a une réputation ambiguë qui vient de son autorité acquise et d’un pouvoir entr’aperçu. On devine dans la relation entre un lecteur et un livre quelque chose de sage et de profitable, mais on la trouve aussi dédaigneusement élitiste et exclusive, peut-être parce que l’image d’un individu pelotonné dans un coin, oublieux en apparence des grondements du monde, suggère une intimité impénétrable, un œil égoïste et une occupation singulière et cachottière.

Une citation du poète américain Walt Whitman  alors directeur d'un journal, le 1er juin 1846 : “Nous éprouvons un réel désir de parler de nombreux sujets à tous les gens de Brooklyn ; et ce ne sont pas tellement leurs neuf pence que nous désirons. ​Une sympathie d’un genre curieux (n’y avez-vous jamais pensé?) naît dans l’esprit du directeur d’un journal envers le public qu’il sert… Une communion quotidienne crée une sorte de fraternité entre hommes et femmes des deux parties.

À propos de Margaret Fuller, Oscar Wilde prétendait que Vénus lui avait donné “tout, sauf la beauté” et Pallas “tout, sauf la sagesse”.

George Santayana, philosophe américain d’origine espagnole : “Il y a des livres dans lesquels les notes en bas de page, ou les commentaires griffonnés dans la marge par quelque lecteur, sont plus intéressants que le texte.

Pour Jacques Derrida, tout écrit est lisible même si l’instant de sa création est perdu à jamais et même si l’on ignore ce que son auteur voulait dire au moment où il l’écrivait, qui est aussi celui où il l’abandonnait à sa dérive essentielle.

Dans un texte célèbre, Roland Barthes suggérait qu’on distingue l’écrivain de l’écrivant : «Le premier accomplit une fonction, le second une activité ; pour l’écrivain, écrire est un verbe intransitif ; pour l’écrivant, le verbe mène toujours à un objectif – endoctrinement, témoignage, explication, enseignement. Sans doute pourrait-on faire la même distinction entre les deux rôles du lecteur : celui du lecteur pour qui le texte justifie son existence du seul fait d’être lu, sans motivation ultérieure (pas même le plaisir, puisque la notion de plaisir est implicite dans l’acte de lire), et celui du lecteur animé par une motivation ultérieure (l’étude, la critique) et pour qui le texte est un véhicule permettant d’accéder à une autre fonction. Parfois avec succès. Parfois non, comme dans le cas de l’écriture étrusque, dont nous n’avons pas encore décodé les subtilités.»

Le poète Richard Wilbur a ainsi résumé la tragédie qui accable une civilisation dont les lecteurs ont disparu :

Aux poètes étrusques

Rêvez sans frein, frères immobiles, qui dans l’enfance 
Avez reçu avec le lait de vos mères la langue maternelle, 
Matrice pure dans laquelle, unissant le monde et l’esprit,
Vous vous êtes efforcés de laisser derrière vous quelque vers 
Telle une trace fraîche sur un champ de neige 
Sans prévoir que tout pouvait fondre et disparaître

On trouvera notamment plusieurs références et détails sur : la Bibliothèque d'Alexandrie, la librairie papale d'Avignon, la Bibliothèque des califes de Cordoue et même la Bibliothèque de Babel de Borgès.

Une citation du poète gaulois Ausone : "Tu as acheté des livres et rempli des rayons, ô amoureux des Muses. Cela signifie-t-il que tu es désormais savant ? Si tu achètes aujourd’hui des instruments à cordes, plectre et lyre : Crois-tu que demain le royaume de la musique t’appartiendra ?"

Généralement classé dans la section Fiction, Les Voyages de Gulliver, de Jonathan Swift, un roman d’aventures humoristique, pourrait être reclassé dans Sociologie (en tant qu'étude satirique de l’Angleterre du XVIIIe siècle) ; Littérature pour enfants (une fable amusante où il est question de nains, de géants et de chevaux qui parlent) ; Imaginaires (un précurseur de la science-fiction) ; Voyages (un voyage fabuleux) ; Classiques (une partie du patrimoine littéraire occidental)...

Richard de Bury : “J’ai quelquefois rêvé qu’à l’aube du Jugement dernier, quand les grands conquérants, les juristes et les hommes d’Etat viendront recevoir leurs récompenses – leurs couronnes, leurs lauriers, leurs noms gravés, indélébiles, sur le marbre impérissable – le Tout-Puissant se tournera vers Pierre et dira, non sans une certaine envie, quand il nous verra venir avec nos livres sous le bras : Vois, ceux-là n’ont pas besoin de récompense. Nous n’avons rien ici à leur donner. Ils ont aimé la lecture.

Italo Calvino : "Lire, c'est aller à la rencontre d'une chose qui va exister."

Extrait du dernier chapitre :

Dans un récit célèbre d’Ernest Hemingway, Les Neiges du Kilimandjaro, le protagoniste mourant se rappelle toutes les histoires qu’il n’écrira jamais. “Il savait au moins vingt bonnes histoires de là-bas, et il n’en avait jamais écrit une seule." Pourquoi ? Il en évoque quelques-unes mais la liste doit, bien entendu, être interminable. Les rayons des livres que nous n’avons pas écrits, comme ceux des livres que nous n’avons pas lus, s’étendent dans les ténèbres, au fin fond de la bibliothèque universelle. Nous sommes toujours au début du début de la lettre A. Au nombre des livres que je n’ai pas écrits – au nombre de ceux que je n’ai pas lus – se trouve L’histoire de la lecture.

Je l’aperçois, là, à l’endroit précis où finit la lumière de cette section de la bibliothèque et où commence l’obscurité de la suivante. Je sais exactement à quoi ressemble ce livre. Je peux me représenter sa couverture et imaginer le contact généreux de ses pages blanc cassé. Je peux imaginer avec une précision voluptueuse, sous la jaquette, la sensualité de sa reliure entoilée de noir, ainsi que les lettres dorées en relief. Je sais la sobriété de sa page titre, son épigraphe spirituelle et sa dédicace émouvante. Je sais qu’il possède un index abondant et curieux, qui fera mes délices intenses, avec des têtes de chapitre comme (je tombe par ​hasard sur la lettre T) : Tabous et censure, Tentation du lecteur, Tarzan et sa bibliothèque, Théâtralité de la page, Tolstoï (ses livres fétiches), Tombeaux, Tortues (voir à : Carapaces et peaux d’animaux), Toucher les livres, Tourments du récitant, Transmigration des âmes de lecteurs (cf. Prêts de livres) (*). 

(*) En anglais : Tantalus for readers, Tarzan’s library, Tearing pages, Toes (reading with), Tolstoy’s canon, Tombstones, Torment by recitation, Tortoise (see Shells and animal skins), Touching books, Touchstone and censorship, Transmigration of readers’souls (see Lending books).

Je sais qu’il y a dans le livre, telles les veines dans le marbre, des signatures d’illustrations que je n’ai encore jamais vues : une fresque du VIIe siècle représentant la bibliothèque d’Alexandrie vue par un artiste contemporain ; une photographie de Rimbaud en Afrique, en train de lire à haute voix dans un jardin sauvage, sous la pluie ; un croquis de la chambre de Pascal, à Port-Royal, où l’on voit les livres qu’il avait sur son bureau ; une photographie des livres trempés d’eau de mer sauvés par une passagère du Titanic et sans lesquels elle aurait refusé d’abandonner le navire ; la liste de cadeaux de Noël dressée par Greta Garbo en 1933, rédigée de sa main, montrant que parmi les livres qu’elle allait acheter se trouvait Miss Lonelyhearts, de Nathanael West ; Emily Dickinson dans son lit, un bonnet orné de ruches douillettement noué sous le menton, avec six ou sept livres épars autour d’elle, dont je distingue mal les titres.

J’ai le livre ouvert devant moi, sur la table...

Ma cote ?

9,5 sur 10 - Vaut vingt fois le prix d'un livre de cuisine !

Note sur l'auteur :

Romancier, essayiste, éditeur, critique littéraire, éminent polyglotte et traducteur de réputation internationale... 

Alberto Manguel est né à Buenos Aires en 1948, a vécu en Italie, en France, en Angleterre et à Tahiti avant de s'établir au Canada dont il est citoyen depuis 1988.

Ajout :

Outre La bibliothèque de Babel de Borgès mentionné ci-dessus, un autre livre sur lequel je reviendrai le mois prochain et que Manguel m'a rappelé est celui de l'écrivain tchèque Bohumel Hrabal, «Une trop bruyante solitude» (Robert Laffont, 2006), une nouvelle autour d'un personnage dont le métier consiste à pilonner des ouvrages interdits...

Simon

 

Le courrier


Ms Diane Sawyer - Birmingham, Alabama

Ceux qui ne croient pas en l'intelligence artificielle sont les mêmes qui ne croyaient pas en l'efficacité de la ligne Maginot.

M. Daniel Pigeot - Paris XIIIe

Une théorie - récente - veut que Lincoln n'aurait pas été assassiné ; que, prévoyant ce qui allait arrivé au Parti Républicain sous la présidence de Trump, il se serait suicidé.

Mr. Percy Aylmer - Shawinigan, Québec

Si La presse écrite est en voie de disparition ? Pas du tout. – C’est du moins l’opinion du forgeron, cordonnier et de l’horloger du Quartier Universitaire de Napierville.

 

Cette édition du Castor est dédiée à :


 
Restif de la Bretonne
(1734-1806)
c


Je ne vois pas pourquoi on ne se paierait pas le luxe d'élever au général Von Kluck, place de la Concorde, par exemple, une statue équestre qui porterait, gravés dans le granit de son socle, ces mots :

Au Général Von Kluck,
Auteur principal
de la victoire de la Marne
la France reconnaissante.

- Courteline

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Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro

 

Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est , depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

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