|
Pour les chroniques précédentes de nos correspondants
cliquez sur
ce lien .
|
|
Simon Popp
Quarantaine
«Chaque personne est bien seule.»
(Marcel Proust)
C'est dans des moments comme celui que
nous traversons présentement que certains d'entre nous (je dis bien :
«certains») sont d'immenses privilégiés.
Nous vivons, je crois, dans un pays dont
les Gouvernements ne semblent pas avoir de réticences à faire ce
qui doit être fait pour lutter contre une pandémie ; qui,
surtout, n'essaient pas de nous cacher la vérité contrairement aux
dirigeants de nos voisins du sud qui semblent, surtout par la bouche de
leur incompétent, menteur, fabulateur et - disons le mot - fourbe président,
ne font que dire ce qu'ils imaginent que leur population voudrait
entendre.
Tout, aux dernières paroles de leur président
(au moment où j'écris ces lignes) devrait être sous contrôle à Pâques
? Il est évident qu'il n'a jamais entendu parlé de la Trinité(*)...
(*) 20 avril, 27 avril,
4 mai sujet à révision,
aux dernières nouvelles (Note de l'éditeur)
Privilégiés ?
Plus que privilégiés. En ce qui me
concerne, je suis un privilégié parmi les privilégiés, un de ceux
qui, confiné à la maison, est en santé, a d'autres passe-temps que
celui de regarder la télé et puis, quand j'y pense, pas d'enfants en
bas-âge pour ruiner sa tranquillité. Ni, encore, de problèmes financiers sauf que je
regarde d'un oeil incertain l'argent-papier en ma possession qu'on
commence à refuser partout.
M'enfin !
Peu enclin aux manifestations puériles
de sympathie (y'en a-t-il d'autres ?), je dois avouer que je pense de plus en plus
et de façons non feintes
à ceux qui ne sont pas dans mon cas.
Et un grand merci à ma voisine et son
conjoints qui se sont offerts pour se rendre aux endroits (épicerie,
pharmacie...) où je ne devrais pas aller.
P.-S. (Le dimanche 5 avril)
:
Je regardais mon agenda, hier. - C'était
bien le 14 mars dernier que le Gouvernement de la Province a ordonné la
fermeture des bars, la mi-(à ce moment-là)-fermeture des restaurants,
mais la fermeture complète des
cinémas, arénas, centres sportifs... et interdit les rassemblements de plus de X personnes, n'est-ce
pas ? - Pas il y a deux, mais bien trois semaines. Et on
nous annonce que d'ici la fin d'avril, l'on reverra ces règlements
(beaucoup modifiés depuis)... - Excusez-moi, mais fin avril, début
mai, ce n'est pas dans trois, mais bien quatre semaines...
- On en sera à ce moment-là à sept semaines et tout indique
qu'on n'en sera pas à la fin.
Il est peut-être temps que l'on commence
à ne plus se conter de grosses menteries :
On n'est pas sorti du bois (de
l'auberge, comme disent nos amis européens).
Restons chez soi, oui. mais autant
vraiment faire face à ce qui nous attend.
Est-ce que vous vous souvenez de ces
ennuyeux cours qu'on nous donnait (à l'époque) sur l'hygiène mentale
?
En terminant
Une directive a été donné à nous tous
pour ce numéro du Castor™ :
N'oubliez pas - c'est important - en
ce temps morne - de
faire rire nos lecteurs !
Voici ma contribution :
Deux blagues que je connais depuis
des années et qui ne font jamais rire ceux à qui je les ai répétées
:
1) le seul opéra Western connu : Oedipus
Tex.
2) le nom de la baleine n'ayant qu'un seul côté
: Moebius Dick.
Elles me font penser aux escaliers qu'on
peut monter ou descendre et qui, depuis des siècles, ont évité qu'on
soit obligé d'en construire deux pour passer d'un étage à un autre
Et à
une question que je me pose depuis des années :
Les gens, dans les miroirs, savent-ils
qu'ils n'existent pas ?
Simon

|
|
Herméningilde Pérec
Sale temps pour les vieux
J'ai lu, relu ou écouté
divers communiqués sur ce virus au nom et au numéro dont je n'arrive pas à me
rappeler et qui, tout-à-coup, mais pas tout-à-fait, est venu
cogner à nos portes. - À mon âge, socialement confiné à la maison, je n'ai eu que ça
à faire. Ça et regarder les «nouvelles» à la télé.
- Pourquoi confinés ? Pour une raison que les plus jeunes auront oublié dans
cinq ans, sans doute deux, et que les moins jeunes tenteront en vain
de raconter, dans dix ans, à leurs petits enfants, de la même
façpn que mon grand-père a voul m'entretenir de la Guerre des
Boers...
À noter que j'ai écrit «nouvelles» entre
guillemets car parmi celles que j'ai pu lire (dans les journaux
publiés via l'Internet) et celles que j'ai pu voir et entendre à la télévision,
il me semble que, globalement, nous, les habitants de ma région,
n'avons pas lu, entendu, consulté les mêmes sites ou les mêmes
organes.
Cela m'a amené à penser que,
depuis le temps que je promène comme tout le monde dans cette
vallée de larmes, j'ai vécu sous la douce coupole de l'illusion qu'on
me comprenait quand je disais quelque chose... enfin... qu'on ne
me comprenait pas directement, mais qu'on devinait ce que ce que
je voulais dire. C'était mon côté optimiste.
Et voilà que, depuis l'arrivée
de ce virus - au nom et au numéro dont je n'arrive pas à me
rappeler -, mon utopique vision de la communication entre humain
vient d'en prendre un coup.
Ainsi :
Quoique je ne suis pas prêt à
l'admettre volontairement, je suis vieux ; et la consigne
actuelle
pour les gens de mon âge,
au moment où j'écris ces tristes lignes, moment qui pourrait
durer un certain temps (qu'on me dit «court» !), veut que
je demeure à... demeure, dans ma demeure il va sans
dire, mais surtout éloigné de tous
mes contemporains et que j'évite surtout de me présenter en
personne, sauf en cas d'urgence, dans des établissements tels que ceux
dits pharmaceutiques, d'alimentation ou hospitaliers. La raison
de cette consigne (j'eusse préféré un mot moins écoférant) est que les gens de ma génération seraient particulièrement
sensibles aux effets néfastes de cette chose - au nom et au numéro
dont je n'arrive pas à rappeler - qui, contagieuse, pourrait entraîner notre disparition dans
une proportion supérieure à la moyenne lorsque incorporée dans
nos humbles structures biologiques.
Cela m'a été facile de le
comprendre. C'est l'effet contraire qui m'a étonné.
D'un possible effet, je suis
devenu une cause ; d'une potentielle victime, je suis devenu un
perpétrant ; d'un éventuel pestiféré, je suis
devenu un pestiférateur.

Au début, on évitait de me
parler à un, puis à deux mètres de distance. En l'espace de
quelques jours, on s'est mis
à traverser la rue pour ne pas me croiser. Et, le surlendemain, on
n'osa plus me saluer même de l'autre côté de la Place du Grand
Marshall. Aujourd'hui, on en est à vingt mètres de ma
porte d'entrée (!). Et mon voisin m'a regardé tout-à-l'heure
avec de gros yeux quand je me suis aventuré jusqu'à mon bac à
déchet...
Lancera-t-on après demain des
pierres sur mon humble chaumière ? Mettra-t-on le feu à mon
auto ?
Et qui sait si on n'en est pas à fabriquer des cocktails molotov
?
Je crois qu'on a mal compris ce
que d'aucuns ont appelé des consignes, d'autres des directives
et, un petit groupe, un onzième commandement.
Clarifions :
On n'a pas dit que les
gens de mon âge étaient des porteurs de virus au nom, etc.
On a dit que nous étions
plus vulnérables à ses néfastes effets.
Ce qui revient à dire que :
Nous tenir éloigné
et nous demander de rester confinés en nos domiciles sont des
largesses qu'on nous octroie. On nous dit : «Restez chez
vous, nous allons vous protéger !»
Bonnes gens, ne me saluez point
: c'est à moi et aux gens de mon âge de vous saluer et de vous
remercier.
Non pas mauvaise , mais moins
bonnes gens : si je vous
salue d'un grand geste quand je vous rencontre, ce n'est pas le
signe d'un mort-vivant qui tient à vous amener dans son sillon,
mais d'un humble futur-vivant qui vous indique que votre aide est
fort appréciée.
H. Pérec

|
|
Copernique Marshall
Dernière minute
Ne vous illusionnez pas plus
sur ma situation.
Ce n'est pas parce qu'on est le
fils du Professeur et l'arrière-petit-fils du Grand Marshall
(qui a connu, lui, la grippe espagnole) qu'on est à l'abri de
tous les soucis :
Je suis, comme tout le monde,
confiné à la maison. Avec toute ma famille (et les situations
que cela implique). Je n'ai pas accès à mes archives. J'ai des
paiements à rencontrer. Je ne sais pas quand tout cela va se
terminer. Ni ce qui va se passer après. Et les journées où il
pleut, surtout, sont très longues.
Comme vous, je regarde la télé
dans l'espoir d'avoir des nouvelles encourageantes. Je n'en reçois
pas plus que vous en recevez.
La chose qui me frappe
cependant, c'est la totale ignorance dans laquelle nos dirigeants
improvisent leurs décisions :
- Isoler les gens à la maison
? Parfait ! Et suggérer aux gens de ne pas se rapprocher a plus
d'un mètre, même deux de quelqu'un d'autre ? Encore mieux ! -
Oops, on a oublié les itinérants, les drogués, les
anarchistes, les fanatiques religieux, ceux qui ne savent ni
lire, ni écrire ou qui n'ont pas accès à l'information... Et
pourtant, s'il y en qui sont susceptibles de répandre ce qui ne
doit pas être répandu...
- Soigner les gens ?
Naturellement. - Mais avec quoi ? Et puis où ? Nous avons
combien de lits disponibles ? Et il faut de l'équipement...
en plus ?
- Les activités non
essentielles. C'est sûr qu'ils faut les arrêter ! - C'est
que... ça va occasionner des mises à pieds... Combien ? Dans
quels secteurs ? Et ces gens-là, de quoi vont-ils vivre ?
- Payer ? - Euh... pas de
monnaie ni d'argent-papier. Alors comment ? - Et s'il y en a qui
n'ont pas de cartes de crédit, de débit ?
- Ben... on va leur envoyer
des sous. - Comment, à qui, combien ? Et nous les prendrons où,
ces sous ?
- Les frontières ! - J'allais
oublier les frontières ! Faut les fermer. -Et aux Canadiens qui
veulent revenir au pays... qui
se trouvent en Floride, en France, en Espagne... ?
- Et ainsi de suite.
Une chose, quand même, me paraît
très clair : il a beau être débordé mais entre le fils du «vrai»
Trudeau (c'est une chose que j'ai entendue il n'y a pas
longtemps) et cet idiot du village qu'est Trump...
Bout de bon Dieu, quel incompétent
que ce sans (doute) pseudo-milliardaire de
mes deux!
Copernique
J'allais oublier :
La blague qui m'a toujours fait
rire ?
Elle se passe dans un théâtre
d'amateurs d'une petite ville sans importance. Son directeur était
un homme qui aimait «les histoires vraies» et avait décidé un
jour de monter «Le journal d'Anne Frank» d'un auteur très méconnu.
Pour cela, il engagea un metteur-en-scène qui ne connaissait
rien au théâtre (mais qui lui avait fait un deal sur une
télé de 54"), des comédiens plus ou moins sans talent
(tous de sa famille immédiate) et,
dans le rôle principal, une jeune serveuse qu'il avait repérée
dans un snack bar. Les décors furent confiés à un peintre en bâtiment
qui était - ça, on l'a su après - daltonien, la musique écrite par une dame
patronnesse
qui ne savait jouer, au piano, qu'une partie d'une sonate de
Beethoven, la régie étant assurée par un sans-métier qui ne
savait ni lire, ni compter.
Ce qui frappa les spectateurs,
le soir de la première, ce fut surtout l'incapacité de la jeune fille
jouant le rôle d'Anne Frank de se souvenir de son texte (le
souffleur était asthmatique). Sa
diction, de plus, n'était pas ce qu'on aurait qualifier de très
claire. Et elle était bègue.
Bref, le spectacle n'allait pas
remporter un prix - quel qu'il fut - ce soir-là.
Assez, qu'au troisième acte,
lorsque la Gestapo entra en scène et demanda : «Où est Anne
Frank ?», tous les gens dans la salle se levèrent et crièrent
: «Elle est dans le grenier....»
C. M.

|
|
Jeff Bollinger
Ma chronique...
Je ne sais pas si
elle fera partie de cette édition du Castor™, mais elle
parlait de grands nombres.
Dérisoire qu'elle
semblera quand on aura pris connaissance ceux qu'on nous défile
à la télévision depuis quelques jours. Plus d'un million, ici,
plus de 100,000 là. On prévoit entre 100 et 200 mille
morts aux États-Unis ! - SI TOUT VA TEL QUE PRÉVU !
J'écris ceci de
la maison où toute ma famille est réunie ou plutôt... confinée
depuis deux semaines.
Oui, nous sommes
bien. Les jeux de société fonctionnent à merveille. Nous ne
manquons de rien. Mais...
Y'a comme des
questions que personne n'ose poser.
Bonne chance à
tous et à toutes !
Jeff
Note :
Voici la chronique que nous faisait parvenir Jeff il y a
trois semaines.
La direction
*
Mille milliards de...
J'ai appris
quelque chose que je savais pas il y a deux semaines. À propos
des milliards et des billions et des billions de quintillions, à
moins que ce soit un sextillion de quadrillions (que je
m'obstinais à prononcer quaTrillions à cause du chiffre quatre)
:
Qu'il existait
dans notre vaste monde, deux échelles pour nommer les chiffres
supérieurs à un million : la courte et la longue.
Dans la courte,
chaque nouveau nom de nombre plus grand que le million est MILLE
fois plus grand que le précédent. C'est la plus simple :
Mille millions
est l'équivalent d'un billion
Mille billions est celui d'un trillion
Mille trillions, un quadrillion (notez bien le «d»)
Enfin... vous voyez le genre :
quadrillions, quintillions,
sextillions, septillions...
Dans cette échelle
je serais théoriquement capable de compter jusqu'à 999
octillions. Si on me laissait le temps. - Quelque chose comme
jusqu'à la fin des temps plus une journée. Même si je n'en vois
pas l'utilité...
Une question,
quand même, me revient constamment en tête :
Comment écrit-on,
au long, 964 478 032 944 octets ?
C'est le contenu
d'UN de mes disques informatiques à la maison... Tout ce que je
sais, c'est que ça prend seize heures à copier d'un disque à
un autre...
*
L'autre échelle
s'appelle «la longue».
Celle-là est un
peu plus compliquée.
Mille millions
est l'équivalent d'un milliard (soit un billion dans la courte)
Mille milliards équivaut à un billion (soit un trillion dans
la courte)
Mille billions. un biliard (soit un quadrillion dans
la courte)
Et ainsi de suite...
(Avec des nombres nommés trilliards, quadrilliards...)
J'ai appris par la
suite que la courte était l'échelle la plus utilisée en Europe
(à l'exclusion du Royaume-Uni), au Brésil et aux États-unis
(sauf à Porto Rico) tandis qu'au Japon, au lieu de
combiner les chiffres en exposants de trois, on se sert de
l'exposant quatre mais qu'aux Indes, on les groupe par deux...
Pas de problème
en vue :
Même en comptant
mon avoir en millionième de quarts de cents, je ne vois pas quand au juste je
pourrai dire que je suis multi-milliardaire.
Faudrait que je
change mon nom à «Trump» et que je dise que mon seul nom en
marketing vaut un milliard. Ce qui n'est pas nécessairement
faux, mais j'ai une associée : mon épouse qui, à elle
seule vaut 999 mille quintillions sur un sextillion de ce
milliard.
Une blague ?
Je ne sais même
pas si c'est une blague ou non :
C'est l'histoire
de l'archéologue qui, ayant entrepris d'immenses calculs, avait
réussi à démontrer et publier, après des années de
recherches, divers travaux voulant la Grande Pyramide d'Égypte
contenait, dans le nombre de ses pierres, leur disposition,
orientation, poids, etc., tous les secrets du monde y compris le
principe d'Archimède, le fondement mathématique à l'origine du
calcul intégral, la vitesse de la lumière, l'oscillation de la
pendule de Foucault, jusqu'au E=MC2 d'Einstein et même
les secrets de la quadrature du cercle... jusqu'à ce qu'on le découvre,
un jour, en train de limer une pierre dans le passage menant en
son centre, pour démontrer que l' interprétation probabiliste
des coefficients linéaires du principe de superposition de Max
Borh était une supercherie.
Jeff

|
|
Georges Gauvin
Question : ai-je encore un emploi ?
Vendredi 13 mars. - Un
vendredi et un treize ! - Je
m'en souviens encore.
(Comme disait Simon
l'autre jour, on peut ne pas croire en la superstition, mais
parfois, qu'on y croit ou qu'on y croit pas, ça marche...) -
Voir note à la fin.
On nous a dit de ne pas
nous inquiétez, que nous serions payés quand même, mais de ne pas,
étant donné les circonstances, se pointer au travail, le lundi 16.
Depuis ce temps, rien.
- J'ai téléphoné à mon boss le 20 et il m'a répondu qu'il
attendait lui aussi, des directives de son boss. - Et de boss en boss,
on n'a pas encore entendu parler de quoi que ce soit. - Le 27, ouf !
Ma paie a été déposée dans mon compte et j'ai reçu la slip du
Capitaine Haddock (*) via
l'Internet la journée même.
(*) Haddock
pour «ad hoc»... loc. lat. signifiant «pour cela». -
Intervention anonyme.
Sur le site [de mes
employeurs] une note [Avis à tous nos employés] : «Nous nous
excusons de la situation, mais nous vous reviendrons sous peu...»
Sauf que ça fait deux semaines que cette note est là et y'a pas
d'adresse à qui envoyer des messages.
Ma chum de fille, celle
qui travaille à l'étage des boss - et qui elle non plus ne travaille
plus - m'a dit que la même chose est arrivé lors de la tempête du
verglas et que tout le monde a été payé... en '98...
En '98 ! Je ne me
souviens même pas si j'en étais déjà à mes premières périodes
!
«Ben oui, qu'a
m'a dit. On a été payé à rien faire pendant trois semaines...»
«À rien faire...»
C'est ben beau sauf que je m'en fais.
Pas pour la paie en
tant que telle (quoique...), mais de ce qui va arriver.
Le Ministre Legault a
bien beau avoir l'air calme, bien beau me rassurer, mais il ne dit
pas grand chose. Il ne nous parle pas des «vraies affaires»,
comme dit ma mère. Ma mère qui m'appelle dix fois par jour pour me
demander si je vais bien, si j'ai besoin de quelque chose alors que ce
serait à moi de lui demander.
Et c'est comme ça depuis
des jours, depuis trois -
semaines !
Ma voisine me dit qu'on
va bientôt «fermer» l'Île de Montréal. - Ouais ? Pis mon p'tit ?
Y va rester où, lui ? À Rosemont si c'est c'est là qu'il va se trouve
quand ça va arriver ? - Pas beaucoup de chances de ce côté car il
est là juste deux jours aux quinze jours, mais quand même...
«J'mange p'us,
j'dors p'us...» comme dit Charlebois (*)
Mais j'pense plus à :
«Docteur Kildare,
Marcus Welby, s'i' vous plaît, sauvez-moé la vie !» (**)
(*) Paroles de
la chansons «Le violent seul»
(**) Paroles
de la chanson «Ambulance Francoeur» du Groupe Aut'Chose
Georges
P.-S. :
Faites-vous-en pas : c'était juste pour rire. - Faut bien. par les
temps qui courent. Mais, parlant de rire :
*
Une blague, moi ?
Je ne comprends jamais
celles qu'on me raconte.
Je peux quand même répéter
un mot de Sacha Guitry. Et qui n'est pas drôle du tout quand on y
pense :
«Si les femmes
savaient ce que nous savons d'elles, elles n'auraient pas à se
maquiller pour nous cacher ce que, de toutes façons, nous ne
comprendrons jamais.»
Et je me souviens de
cette comédienne qui, considérablement avancée en âge, lui air répondu,
un jour, après qu'il lui ait dit qu'elle était très bien habillée :
«Monsieur, à mon
âge, on ne s'habille pas : on se couvre.»
*
Note : La citation
au début à propos de la superstition, n'est pas de moi : elle
provient d'une remarque que fit un jour Niels Bohr à Albert Einstein à
propos d'un fer à cheval. - Simon.

|
|
Fawzi Malhasti
Morceau choisi
J'avais pensé, pour ce numéro du
Castor, citer Les animaux de la peste pour un seul vers («Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés»)
mais Simon m'a volé mon punch
en suggérant d'insérer cette fable de La Fontaine dans la rubrique
«Extrait du mois». Vous pourrez la lire ci-dessous.
Désolé, Simon s'est excusé et, de
sa coutumière façon, m'a dit à l'oreille... qu'avec la fermeture
des salons de coiffure, nous allions sans doute voir la véritable
couleur des cheveux de nos amies tout en précisant... «... et
peut-être celle de ceux de quelques uns de leur ou leurs
conjoint(s)...».
Voici La chevelure de Charles
Baudelaire :
Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir !
La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d’autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.
J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l’ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève !
Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :
Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l’or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D’un ciel pur où frémit l’éternelle chaleur.
Je plongerai ma tête amoureuse d’ivresse
Dans ce noir océan où l’autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !
Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l’azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m’enivre ardemment des senteurs confondues
De l’huile de coco, du musc et du goudron.
Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?
Citation
Voici deux extraits, le début
et la fin, d'une opinion du très renommé chroniqueur américain, George
F. Will, parue récemment dans le Washington Post.
Il s'agit d'un texte
remarquable à bien des points de vue ; de ceux qui sont si anglais
qu'il ne faut même pas à songer à les traduire ; l'équivalent de
certaines tirades de Racine, revues et corrigées par Monty Python.
Je me suis permis, pour
qu'on puisse en apprécier la beauté (si, si : la beauté) d'en
annoter quelques mots.
Voici, d'abord, le
texte sans annotations :
Trump is no longer the worst person in
government
(Trump n'est plus la pire personne au gouvernement)
Donald Trump with his feral
cunning knew. The oleaginous Mike Pence, with his talent for toadyism
and appetite for obsequiousness, could, Trump knew, become America's most repulsive figure. Because his is the authentic voice of today's lickspittle
Republican Party, He clarifies this year's election : Vote Republican to ratify groveling
as governing.
[...]
Trump is what he is, a floundering, inarticulate jumble of gnawing insecurities and not-at-all compensenting vanities, which is pathetic. Pence is what he has chosen to be, wich is horrifying.
Bravo si vous
l'avez lu sans une seule fois consulter un dictionnaire !
Le
revoici, annoté :
Trump is no longer the worst person in
government
Donald Trump with his
feral (1) cunning
(2) knew. The oleaginous
(3) Mike Pence, with his talent for
toadyism (4) and appetite for
obsequiousness (5), could, Trump knew, become America's most repulsive figure. Because his is the authentic voice of today's
lickspittle (6) Republican Party, He clarifies this year's election : Vote Republican to ratify
groveling (7) as governing.
[...]
Trump is what he is, a floundering (8), inarticulate jumble of
gnawing (9) insecurities and not-at-all compensenting vanities, which is pathetic. Pence is what he has chosen to be, wich is horrifying.
Les
notes :
(1) Feral : sauvage, cruel, vicieux
(2) Cunning : plein de ruses, d'artifices, de stratagèmes ; fourbe, hypocrite, perfide.
(3) Oleaginous : «huileux»... se dit d'une personne qui a, vis à vis, ses
semblables, la consistance de l'huile
(4) Toadyism : toadyisme - tendance à flatter quelqu'un dans le but d'obtenir des faveurs du mot «toad» anglais : crapaud.
(5) Obsequiousness ; obséquiosité : tendance aux révérences, à la
flatterie, la servilité
(6) Lickspittle : lèche-bottine.
(7) Groveling : rampant
(8) Floundering : qui patauge
(9) Gnawing : qui ronge (i.e. : comme un rat).
Tout à fait délicieux
!
Fawzi
P.-S. : Une blague
? Oui. Une remarque plutôt. Celle d'un critique musical qui, à la
sortie d'un Parsifal de Wagner avait écrit «qu'on
n'entendrait pas de si tôt chanter nulle part si faux.» - Elle est
de Georgius, un des chanteurs français d'entre les deux guerres et que
Paul cite souvent.

|
|
De notre disc jockey - Paul Dubé
Bruit de fond
(Bruit ambiant, bruit environnant, son ambiant...)
J'ai parlé, il y a quelque temps, de l'expression anglophone «white
noise» (*) en mentionnant que je n'avais
pas trouvé d'équivalent en français. L'expression «bruit de fond»
m'a été suggéré pour son incontestable similarité, au théâtre, de notre
«toile de fond» qu'on appelle, en anglais, le «background scenery». Or là où
on utilise, toujours en anglais, le mot «noise», on ne peut pas toujours
se servir, en français, des mots tels que «bruit» ou «son» car
l'expression, en anglais, de «white noise» peut se rapporter à des
émanations sonores - lire : des vibrations perçues par nos
oreille - qui ne sont pas nécessairement des «bruits» ou des «sons»
plus ou moins désordonnés, - Nous en avons d'ailleurs mentionné deux
exemples dans notre texte : le verbiage (dans un discours) ou ces suites de
notes musicales n'ayant aucune signification.
Or, depuis le confinement auquel nous sommes présentement assujettis une
troisième forme de «white noise» m'est venue à l'esprit : celle
des bruits, sons, vibrations, bribes de conversations, souvent accompagnés
de musique en «arrière-plan» (sic) qui font partie de notre
environnement physique lorsque nous sommes seul ou avec d'autres... au café,
sur une terrasse, dans une salle à manger ou même une salle de réception
lors d'une noce, un congrès ou, je-ne-sais-pas-moi.. tenez : une conférence
de presse.
Et puis :
À l'extérieur, touts ces sons qui nous parviennent : en ville, le
bruits des autos, ceux des pas et des conversations des gens que l'on
croise, les portes et fenêtres qui s'ouvrent, se referment, les signaux de
circulation, les sirènes des ambulances ; tandis que dans la nature, c'est
le bruit du vent, le cri des oiseaux, la pluie, le bruit de pas dans la
neige, sur le gravier, le va-et-vient de la mer...
Pourquoi ce troisième type de «white noise» m'est-il venu à l'esprit
? - Par, justement, son absence !
J'habite seul, dans un endroit assez... je ne dirai pas «éloigné»,
mais «plutôt insonorisé» ; dans un tout petit village où une
automobile passe devant ma porte à toutes les vingt minutes... à
l'heure de pointe. L'été, j'y enregistre mes émissions de radio... les
fenêtres grandes ouvertes. - Mes «bruits de fond» ? quelques horloges
dont j'ai recommencé à entendre les tic-tacs oubliés depuis des années,
un réfrigérateur dont le moteur ronronne silencieusement de temps à
autres et puis, alors là, j'ai été récemment surpris, un
plus-que-silencieux purificateur d'air qui me signale sa présence que si
je m'approche et que je me mets à me demander ce qui peut bien m'envoyer
de l'air frais sur le visage.
*
Un aparté :
Ayant eu à me rendre à Wichita , dans le Kansas, il y a
plusieurs années de cela, je me suis dit que je pourrais peut-être en
profiter pour prendre une semaine de congé au lieu de me taper deux jours
de déplacements en avion - un à l'aller, l'autre au retour - pour... une
journée de rencontre sans importance. Non pas pour visiter Wichita que je
connaissais, hélas, déjà trop bien, mais pour m'y rendre doucement en
passant par le nord de l'état de New York (voir un musée et la
reproduction du système solaire à l'échelle dans la ville de X), par
Pittsburgh, visiter un ami, et voir en même, plus loin, l'Arche de
Saint-Louis, la croisée Nord-Sud de Y, la ville natale de Bierdebecke,
etc.) ... tout en faisant un tour à Chicago, au retour.
Pour musique, dans l'auto, j'avais, parce que je venais
tout juste d'en recevoir un exemplaire : les enregistrements, toutes les
symphonies de
Haydn.
Je ne sais plus au juste, ni à quel moment, j'en ai eu
jusque là de ce Haydn, . J'en étais, je crois à la soixantième ou la
soixante-et-deuxième de ses symphonies lorsque je suis immédiatement sorti de l'autoroute où je
circulais, rentré au premier centre commercial que j'ai pu apercevoir pour
aller me procurer n'importe quoi sauf d'autres Haydn et, de peur d'avoir la
même réaction avec n'importe quel autre compositeur, je crois avoir déboursé
quelques dollars pour des Rolling Stones, du Miles Davis ou peut-être même
du Frank Zappa.
(Note : cette expérience ne m'ayant rien appris, la même
chose m'est arrivée un peu plus tard avec quatre ou cinq opéras de
Mozart, mais je m'en suis tiré très bien en ce moment-là, ayant eu la présence
d'esprit de déposer d'autres types d'enregistrements dans mon coffre-à-gants.)
Cet aparté était pour vous dire, qu'aux prises avec
l'absence de «white noise», dans des circonstances comme celles
auxquelles nous sommes confrontés ces temps-ci, et seuls, il peut arriver
à certains d'entre nous (du moins, je l'espère car je ne veux pas me
sentir unique dans mon cas) de vouloir le combler avec du «noise»
approprié.
Et voici qu'en chrechant très peu, j'ai trouver sur YouTube (qui ou quoi
d'autres ?) des sons
ambiants en tous genres :
- Café ou terrasse (Paris, Hollywood, Tokyo... - si, si : Tokyo)
- Bars avec cocktail pianist
- Bords de mer (avec ou sans enfants)
- Bibliothèque
- Bibliothèque avec orage et pluie en «arrière-arrière plan»
- Et ainsi de suite
Tapez «Background noise» ou «Bruits de fond»... vous verrez...
En ce moment ? Je suis au Five Spot, entre deux sets.
Note : certains de ces enregistrements peuvent durer
jusqu'à dix heures !
paul
P.-S. :
Une blague ? Je n'en connais pas. - Quand un de ses compositeurs
favoris s'appelle Scriabin, on n'a pas se vanter d'avoir un certain
sens de l'humour. - Deux exceptions : 1) Ce sont les Irlandais qui ont inventé
la cornemuse et non les Écossais qui n'ont jamais su que c'était pour
plaisanter ; et 2) S'il y avait un semblant de justice sur terre,
Elvis serait encore en vie et tous ses imitateurs morts.

|
|
Lectures
Note :
Les textes qui suivent - et les précédents - ne doivent pas être considérés comme de véritables critiques au sens de «jugements basés sur les mérites, défauts, qualités et imperfections» des livres, revues ou adaptations cinématographiques qui y sont mentionnés. Ils se veulent surtout être de commentaires, souvent sans rapport direct avec les oeuvres au sujet desquelles les chroniqueurs qui les signent désirent donner leurs opinions, opinions que n'endosse pas nécessairement la direction du Castor™ ni celle de l'Université de Napierville.
|
Note :
La plupart des textes qui suivent ont été rédigés
et soumis à la direction du Castor™ avant le 15 mars dernier,
sauf un en particulier, et
doivent donc considérés comme antérieurs aux événements auxquels
fait présentement face la population non seulement du Québec et du
Canada, mais la plupart des régions du monde connu (ce qui n'exclue pas les parties non-encore explorées de
Pointe-Saint-Charles, ni la partie nord de Barraute en Abitibi).
Aujourd'hui :
- Pourquoi lit-on, pourquoi écrit-on ?
- La peste (Albert Camus, Gallimard, 1947)
- Romans policiers (6e volet)
- Poésie...
Pourquoi lit-on, pourquoi écrit-on ?
«Si vous restez assez longtemps sur
les rives d'une rivière,
vous verrez éventuellement les cadavres de vos ennemis passer.»
(Attention : texte remanié
plusieurs fois)
Il y a plusieurs façons
d'interpréter ce «proverbe». - Personnellement, j'y ai toujours lu que, si l'on vivait assez
longtemps, l'on finirait par avoir tout lu, tout vu, tout connu, y
compris des emmerdeurs de première classe et, la plupart du tempos,
deux ou trois belles-mères.
Aujourd'hui, en réponse (?) à
quelqu'un qui m'a demandé combien de personnalités j'ai
rencontrées au cours de
mon existence car il m'arrive
de temps à autres de mentionner certains personnages, plus ou
moins connus, notoires même, et avec qui j'ai déjeuné, causé, qu'on
m'a présentés, que j'ai rencontrés, souvent par hasard, avec qui,
dans certains cas, je
me suis lié d'amitié et qui sont même venus me rendre
visite, chez moi.
Pas que j'y tiens particulièrement. Mais,à un moment
donné, accumulé aux pieds du mur, il n'y a pas d'autres
solutions que celle d'obtempérer..
Ce que je peux dire honnêtement, c'est
que si
certains noms font partie
occasionnellement de ma conversation, c'est tout-à-fait sans arrières-pensées
et, la plupart du temps, en le regrettant tout
de suite après. «I am not, comme dirait Copernique, a name
dropper.» - Et pourtant... sur les rives de ma rivière, Dieu sait
qui j'ai pu voir passer !
Par exemples :
Un bonhomme, deux même,qui allaient devenir premier(s)
ministre(s) du Québec, une personne aujourd'hui membre du Sénat, des
vedettes de la radio, de la télévision et des records,
quelques interprètes - plusieurs même (de chansons françaises) et même
un musicien qui a fait partie du groupe «Jefferson Airplane» -, quelques peintres,
des sculpteurs (un en particulier), un tràes connu architecte, des
violonneux... tous connus
parfois mondialement.
Des écrivains
surtout.
       
Ce que je regrette le plus ? C'est
d'avoir oublié, en ce qui les concerne, de leur poser une question à laquelle, conséquemment, je n'ai jamais eu
réponse :
pourquoi ils écrivaient. Et cette autre, plus pointue (en ce
qui me concerne) :
pourquoi ils avaient cru utile de se faire publier.
Deux fois j'ai cru en lisant ou
regardant la télé deviner une réponse, de deux d'entre eux que,
justement, je n'ai jamais rencontrés :
D'Yves Thériault d'abord
que j'ai entendu dire, d'une
voie presque étouffée, sur les ondes de Radio-canada : «J'écris
parce que si je n'écrivais pas, je serais incapable de vivre...»

Yves Thériault
(1915-1983)
Et puis d'Isaac Asimov (1920-1992) ; «J'écris
parce que c'est tout ce que je sais faire!»

Isaac Asimov
(1920-1992)
Je pourrais, si je le voulais, ajouter
un troisième nom à ces deux-là, celui d'un écrivain que j'ai très bien
connu, qui m'a dit un jour à l'oreille, mais en ne semblant pas y croire beaucoup : «Pour la postérité»
; une boutade car il parlait à ce moment-là d'un autre écrivain que
je ne mentionnerai pas non plus et qui était considéré alors comme
le plus grand poète québecois (vivant).
Pour ma part, je l'ai déjà dit :
J'écris parce que c'est la seule façon
que j'ai pu trouver pour mettre de l'ordre dans un cerveau où les
pensées sont diffuses face à un monde que je trouve étrange. Et si
je publie, parfois, et au compte-gouttes, c'est pour savoir si, une fois ordonnées,
mes pensées peuvent être comprises par quelqu'un d'autre, ne
serait-ce qu'un seul autre.
Si j'ai souvent l'impression d'avoir
été parachuté sur cette terre ?
Oui. Et même très souvent. Ce n'est pas, dans le
fond ce qui m'inquiète. Ce qui m'a toujours emmerdé cependant, c'est
qu'on m'y a laissé nu, sans explication, chez des gens que je ne
connaissais pas et qui n'ont jamais su me faire comprendre pourquoi
eux s'y trouvaient et pourquoi ils avaient l'air de trouver ça tout-à-fait
normal.
Voilà ! N'en parlons plus.
Ce qui ne répond
pas, si vous avez bien fait attention, à la question que j'ai
substitué à celle qu''on m'a posée ni à celle qui m'est,
entre-temps, venue : pourquoi lit-on ? - Avouez que c'est un peu
paradoxal : on ne pourrait pas lire si personne n'écrivait. De là,
un sophisme : les écrivains écrivent pour
satisfaire les besoins de leurs lecteurs. Tout comme les personnalités,
les célébrités dont parle mon ami - si j'ai bien compris
dont il voulait que je lui parle - qui n'existeraient que pour
satisfaire la curiosité de leurs admirateurs. - Ce qui n'explique pas
pourquoi certaines d'entre-elles fuient leur public, ni d'ailleurs,
combien réussissent à le faire, vraiment ? - C'est si facile
pourtant. - Tenez...
Il s'agit de quelqu'un
que je n'ai jamais rencontré personnellement. - J'aurais pu, mais
comme je le considérais indigne de mon hommage... - J'ai failli le
faire quand même, contre ma volonté, car en sortant d'un
stationnement, un jour d'hiver, et donc en fonçant dans un amas de
semi-neige-semi-slush, je l'ai presque frappée. - C'est une expérience
(je parle de la rencontre) que j'aurai eu à partager avec quelqu'un
que j'ai connu par la suite et qui m'a raconté que, quelques années
auparavant, se trouvant sur un quai en Gaspésie, il vit venir vers
lui un bonhomme sans prétention, habillé comme un des pêcheurs du
coin, et qui le salua au passage. - Se retournant sur son passage, il
réalisa qu'il venait de croiser le Premier Ministre du Canada d'alors
: Pierre Elliott Trudeau....
Ce qui me rappelle que j'ai déjà vu
arrivé au restaurant où j'étais la veille d'un Jour de l'An son
ministre des finances , Marc Lalonde. Il était une heure du matin et
comme il habitait tout près, il était venu prendre un verre et
saluer les fêtards parmi lesquels je me trouvais... - Au même
restaurant, tandis que j'y pense, j'ai vu passer Sergio Leone, René
Lévesque et Geneviève Bujold... à côté de qui j'ai souvent dîné
(soupé)... ce qui m'amène à vous mentionner les noms de : Bernard
Blier... Juliette Gréco... Miles Davis... John Coltrane... Johnson et
ses deux fils... Drapeau et son musicien qui habitait à l'Île des
Soeurs où Gilles Pellerin...
Où en étais-je ? Ah oui : aux
lecteurs et aux écrivains.
Je suppose qu'il y a autant de raisons
de lire qu'il y a de lecteurs et autant d'écrivains qu'il y a de...
quoi, au juste ?
«La vie est un [véritablement]
un voyage», comme disait Anaxagore (que je n'ai pas connu).
Me reste encore plusieurs cadavres à
voir passer. Jusqu'à ce que je devienne celui d'un autre, assis plus
loin, en aval.
Plus tard :
C'est en prenant ma troisième marche
de la journée - le seul plaisir physique qui me reste hors chez moi
(et dont je ne peux jouir qu'à la condition de me tenir éloigné
des autres qui, comme moi...) - que je me suis rappelé d'une chose
que m'ont dit, sans s'en douter, les écrivains que j'ai connus :
qu'ils ne vivaient pas parmi nous, qu'ils ne participaient pas au
menus plaisir de l'existence, qu'ils ne nous regardaient pas : ils
nous étudiaient. Ils n'avaient qu'une chose en tête : écrire.
Mettre en prose ou en vers ce qu'ils voyaient et qui nous échappent
à tous : l'incompréhensibilité de notre univers ; le côté
abscons (1),
abstrus (2) des
choses, des événements, l'origine de la planète sur laquelle nous
vivons, son existence, sa fin, son déroulement impossible à saisir,
à pénétrer...
(1) Abscons : ce qui est
difficile à comprendre ; abstrus.
(2) Abstrus : ce qui est difficile à comprendre ;
abscons.
Ce que nous ne pensons pas entre deux
repas, en regardant un émission à la télé, en assistant à la
Finale de la Coupe du Monde, en conduisant notre voiture, en faisant
l'amour, en passant une semaine sur le bord de la mer... (C'est-à-dire
ce quoi nous ne pensons jamais ou très rarement [*])
... eux y pensent
constamment. Ils ont conscience de leur conscience et ne cessent de la
questionner.
[*] Suis-je le seul à connaître
autant de peronnes qui ne pensent JAMAIS, même pas rarement ?
Leurs deux traits les plus caractéristiques
: 1) ils ont habituellement une mémoire phénoménale, et 2) ils ne
pensent qu'à rentrer chez eux pour faire la chose la moins naturelle
du monde, écrire.
«Ce sont de drôl's de typs'»
disaient Léo Ferré des poètes car ils «...traversent la
brume...et se font conduire vers les pays d'absurdité...»
On en vu boire pour tout oublier et
d'autres devenir fous.
J'en ai connus qui devinaient
constamment ce que j'allais dire ; qui disaient n'importe quoi pour
qu'on les oublie ; et plusieurs... très malheureux, mais qui riaient
tout le temps ou plutôt qui faisaient rire les autres...
Certains, même se sont suicidés... en abandonnant tout pour devenir Monsieur
Tout-le-monde...
Ça répond à ta question, mon ami,
toi qui m'as demandé un jour de lui parler des célébrités que j'ai
rencontrés ?
Simon
La peste
(Albert Camus, Gallimard, 1947)
Je ne me souviens que vaguement de ce
roman que j'ai lu il y a cinquante ans - et peut-être plus - (Ce qui
ne me rajeunit pas). De son auteur non plus, Albert Camus, ce n'est pas un
écrivain dont je me
souviens précisément. À l'époque reculée que je viens de
mentionner, le seul livre de lui, que j'ai vraiment apprécié - et
que j'ai relu plusieurs fois depuis, peut-être six ou sept au cours
des cinq dernières décennies - fut Le mythe de Sisyphe qui, sans
bouleverser ma vie, a toujours été pour moi une source de - comment
dire ? - réflexions ou d'inspiration (?).
Non pas pour ce qu'il contient, son fond, ses idées et la philosophie
qui en est le sujet principal, mais pour le message qui s'en dégage, de
pages en pages, presque en filigrane, à savoir que : «la vie non
examinée ne vaut pas la peine d'être vécue», un principe qui
n'est pas de lui et qui
ne cesse d'être cité.
Le film, Monsieur Vincent de Maurice
Cloche (1947), était plus ma
tasse de thé à l'époque. Et à la charité telle que vue par Proust
: brute, efficace, mais sincère, s'étant débarrassé du concept de
la pitié et de tous rapports avec le «sens de la vie».
Une confidence ? - J'ai pratiqué toute
ma vie un métier qui consistait presque directement à aider les gens
aux prises avec des problèmes et j'y ai été parfaitement à l'aise
parce que j'avais appris jeune que j'allais être plus efficace en
faisant ce que j'avais à faire et non pas en tenant leurs mains dans les
miennes en tentant de les consoler.
Dire que j'ai oublié, de ce fait, et que
j'oublie particulièrement ce qui se passe autour de moi serait quand
même une exagération, mais c'est connu : mon empathie est toujours
une journée ou deux en retard sur les événements.

Mais si je comprends les malheurs
auxquels certaines personne ont à faire face présentement, ma sympathie a plutôt
tendance à pencher du côté de ceux pour qui la vie se résume à
des gestes mécaniques qu'ils posent depuis des années et qui
consistent à se lever le matin, s'habiller, déjeuner, prendre le métro,
se rendre au travail, bosser toute la journée pour revenir à maison
et passer la soirée à penser au week-end qui s'en vient où ils
pourront, enfin, croire qu'ils sont heureux parce qu'on leur a dit que
pêcher à la ligne, laver son auto, tondre son gazon et se demander
si leur équipe sportive allait, oui ou non, en finale sont des activités qui engendrent
le bonheur.
Retenus présentement à la maison avec leur conjoint
ou leur conjointe qui n'est plus celui ou celle qu'ils ont déjà
connu(e), des enfants qu'ils ne voyaient que quelques heures par jour et n'ayant comme seule activité l'écoute des
nouvelles qui ne les renseignent qu'à moitié sur leur sort, je vois
mal comment ils peuvent s'en sortir sans penser, de temps à autres,
au désespoir qui les guette ; surtout si la situation à laquelle
ils sont confrontés s'accompagne subitement d'une perte d'emploi et
d'un manque à très court terme d'argent et donc de problèmes de
plus en plus énormes, sans possibilité de s'en sortir.
Craignent-ils tout perdre ? À se
retrouver dans la rue ? À être obligés de repartir à zéro?
Qu'ils pensent à :
Isaac Asimov, auteur de plus de cinq
cents bouquins, à qui on demandait un jour ce qu'il ferait si
on lui disait qu'il ne lui restait plus que six mois à vivre et répondit
: «J'apprendrais à écrire plus vite à la machine.»
Christopher Hitchens à qui atteint
d'un cancer qu'il savait incurable on demandait comment il allait, répondait, peu avant de mourir : «Je suis en train de
mourir»
auquel il ajoutait un : «Mais vous aussi, d'ailleurs.»
Pour le reste, je suis sans parole.
Simon
P.-S. : Paraît que les ventes de La peste
(de Camus) ne
cesse d'augmenter dans le monde... depuis trois ou quatre semaines.
Dommage : c'est celles du Mythe de Sisyphe qui devraient.
Romans policiers 6
A) Traduttore, traditore
(Le traducteur est un traître)
J'avais prévu, pour ce sixième
commentaire, - et même annoncé, je crois - que j'allais parler de la
différence dans les styles utilisés par les deux principaux représentants
du mouvement «hard-boiled» («dur-à-cuire») dans la littérature
du polar américain ; de la manière d'écrire, en quelque sorte de
Dashiell Hammett, le fondateur du genre et de Raymond Chandler qui fut son
successeur. - J'allais plus particulièrement insister sur les
traductions (en français) qu'on a faites de leurs écrits et démontrer
que leurs styles étaient si particuliers qu'ils étaient
intraduisibles ou, du moins, traduits jusqu'à présent d'un manière
honteuse et indigne de leur talent, y compris par des gens aussi
intelligents que Boris Vian qui n'ont pas compris et ne comprennent
toujours pas ce qu'est l'Amérique et qui continuent à essayer de les
intégrer dans leur culture qui n'a aucun rapport avec celle qui est
omniprésente dans n'importe quel rue de Los Angeles, San Francisco,
New York ou Chicago.
Combien de fois faudra-t-il répéter
à ces traducteurs qui doivent sans doute parler un certain anglais -
mais définitivement pas l'Américain - plus ou moins couramment qu'il n'existe pas de
commissariat aux États-Unis ? qu'un
poste de police américain (particulièrement de precinct) n'a aucun rapport avec ce qui se
passe dans un établissement de «gardiens de la paix» ? qu'aucun Américain.
même le plus minable policier, dira «Monsieur le directeur» à son
supérieur ? que la plupart des bien-nantis aux USA sont des gens
issus du peuple ? que, faute grave, prendre un verre dans un café et
prendre le même dans un bar sont deux activités totalement différentes ?
Et voilà que je m'emporte !
J'insiste quand même : le slang américain
ne se traduit pas par de l'argot qui, à ce que je sache n'est pas ou
peu utilisé par les véritables criminels français.
Je résumerai (enfin...) le tout dans
un prochain commentaire car pour en venir là, il faut que je passe
par un troisième représentant du «hard-boiled», un dénommé...
B) Ross Macdonald
Jusqu'à présent, nous avons parlé de
qui et de quoi ?
1) De ce qu'était un roman
policier `2) De son origine, mais surtout du premier peut-être vrai roman policier,
celui d'un certain Wilkie
Collins [qui en 1868, publia un roman intitulé The
Moonstone] ; 3) D'Arthur Conan Doyle,
plus précisément de son personnage, Sherlock Holmes ; 4) de Dashiell Hammett,
à l'origine des polars dits «hard-boiled» et 5) de Raymond
Chandler, son plus ou moins successeur.
Nous avons parlé en outre de l'émergence
dans les années vingt et trente du roman policier non-classique,
celui cessa d'exister que dans des manoirs anglais pour passer dans l'univers des vrais criminels, celui décrit
dans les romans dits hard-boiled avec Hammett et Chandler.
À ce stade-ci, il pourrait sembler
sensé de faire un pas en arrière et de revenir au roman policier
classique pour démontrer qu'il s'est parallèlement développé au
cours des années de l'émergence des romans Hammett-Chandler, mais
en relisant divers exemples de ces deux genres de policiers, du début des années vingt
jusqu'au milieu des années quarante, je me suis aperçu que les deux
s'étaient influencés mutuellement en ce sens que les classiques étaient
descendus dans la rue tandis que les seconds s'étaient développés
littérairement (et non litéralement) en insérant dans leurs
narrations des éléments de psychologie, de rapports entre leurs
personnages et même des réflexions sur la société, de l'inégalité
entre les riches et les pauvres, etc.
Ce fut le cas, entre autres, des
romans du canado-américain Ross Macdonald (un nom à retenir)
dont Chandler trouvait le style prétentieux (sic), de
la même façon que Hammett aurait pu trouver celui, justement
de Chandler...
[...]
Voilà qu'on me dit d'écourter à
cause d'un virus.
Je vous reviendrai sous peu.
Copernique
Poésie
(Étant un salut à Rémi Tremblay
ayant retrouvé le dernier volet
qu'il a longtemps cru perdu d'une
trilogie écrite il y a...
longtemps.)
Pour ceux qui aiment lire, en ces
temps où nous n'en mourront pas tous (etc.), j'ai une suggestion à faire :
oubliez temporairement vos best-sellers, vos thrillers
et ces Times Best Books qu'on vous a recommandés (sans préjudice
à ceux issus du Prix Nobel, du Prix Goncourt, du Premier Roman pour
Jeune Fille au Coeur Étiolé... ) et surtout : la section qui
explique comment changer l'heure sur le panneau de votre Hyundai et
ce manuel pour l'entretien de votre tondeuse électrique. Pensez
plutôt à quand remonte votre dernière lecture d'un recueil de poèmes.
Mieux encore : à votre conception de la poésie et pourquoi, comme
la majorité d'entre vous, vous n'en lisez pas et, si vous en avez déjà
lus, pourquoi vous n'en lisez plus.
Votre conception de la poésie :
Est-elle ou a t-elle été lyrique,
engagée, didactique, moderniste ou post-moderniste ? Est-elle ou
a-t-elle été en vers ou en prose ? Devrait-elle être
expressive, rythmique, figurative et quel rapport pourrait-elle
avoir avec la calligraphie ? Et surtout : devrait-on la lire à
haute voix, la chanter ou tout simplement la lire ?
Et j'ai une autre question :
Êtes-vous un fan inconditionnel du
site «5 876 poèmes français célèbres» ?
- Ça existe, vous savez (*) et
plusieurs dans le même genre... sans compter les poèmes qu'on peut
lire dans les cartes de souhaits signées «Hallmark» (et autres)
en vente partout, même chez Doll-O-Rama).
(*) https://www.poesie-francaise.fr
Je vous le demande
parce que, comme le dit Hermy dans sa chronique d'aujourd'hui, n'ayant
rien d'autre à faire [ces temps-ci] que de classer les livres qui
sont dans ma bibliothèque, je suis resté un peu surpris du nombre de
recueils de poésie que j'y ai trouvés. certains en format de luxe,
d'autres dans des collections ou des anthologies reliées en imitation
de simili-cuirette (synthétique) ou en format poche, mais plus d'un sous
la forme de plaquettes ou de brochures, la plupart publiés à compte
d'auteurs, comme s'il était essentiel que les poèmes (entre
guillemets) qu'ils contiennent aient nécessité une certaine forme
physique pour exister.
La question «Pourquoi
écrit-on ?» posée au début d'une autre section du Castor™
pourrait prendre ici une tout autre signification, mais je ne tiens
pas particulièrement à la reposer en rapport avec ces recueils.
Je ne dirai pas non plus que ceux que
l'on trouve en ma possession, je les ai tous lus avec une grande
attention, mais, pour la plupart, oui. - Et la question que
je me suis toujours posé par rapport à leur existence a toujours
été et demeure encore - je crois - pertinente :
Quel est le but qu'on s'est fixé
en publiant de telles choses ?
J'y ai toujours vu une certaine forme
de mise en page, ou tout simplement une expression, une idée, un
moment qu'on a voulu figer dans le temps parce qu'elles ont semblé à
leurs auteurs dignes d'être retenus.
Quant aux contenus... Disons qu'il
serait très malhonnête de ma part d'y avoir attaché une certaine
importance. Vulgairement parlant, je me suis toujours foutu
magistralement si X tenait absolument à m'expliquer comme il baisait
avec Y (ou vice versa), si la pudding au chômeur était un plat supérieur
au Bifteck à la Helder ou si le soleil tournait ou pas autour de la
lune. - Je me suis toujours à cet égard comporté comme le baron
de Charlus qui substituait dans les poèmes d'amour les jeunes
filles qu'on y mentionnait à des jeunes hommes : s'il me fallait
changer de lunettes pour comprendre ce qu'on essayait de me dire,
j'ai volontiers consenti à ajuster ma vue. Mais:
Pour ce qui est de la forme, de la
sonorité, de l'impression générale que les sons des mots utilisés,
leurs combinaisons ou rapprochements pouvaient susciter en moi,
alors là, j'ai cru que j'avais l'obligation d'être intransigeant.
Ce que j'ai de
tous temps voulu savoir, c'est à quoi pensait, rêvait, expérimentait,
émotionnellement subissait... celui ou celle qui avait écrit ce ou
ces poèmes que j'avais sous les yeux et qu'il ou elle avait
absolument tenu à me transmettre et là, je dois avouer, que j'ai
été la plupart du temps très déçu.
Je n'ai jamais rien compris de ce que
a écrit René Char, par exemple, qui, comme le veut une rumeur, même
traduit en français, demeure incompréhensible. Et quand je
lis, parmi les recueils qu'on m'a envoyés, offerts, remis -
avec ou sans les compliments de leurs auteurs - ou que j'ai eu
l'audace de me procurer, des passages renéchardesques, j'ai développée
l'attitude ce celui qui reculait et qui continue de reculer par
instinct.
Parfois, the redeeming value
ou la valeur ultime et parfois salvatrice d'un fragment d'un
vers, d'un poème tout entier et même d'une bonne partie d'un
recueil m'ont frappé, presque inconsciemment au point où je me
suis dit : «Simon, cette plaquette, il faut que tu la mettes de
côté : elle a quelque chose qui t'échappe en ce moment.»
D'auteurs très renommés qui sont
sortis de l'ombre de plaquettes, et que j'ai relus, parfois, des mois et même des
années plus tard m'ont amèrement déçu
- et Dieu sait combien de fois je les ai lus -. D'autres, qui ont
erré qui qui errent encore dans la darkest section of my memory,
continuent d'être là et de m'étonner.
Comment, par exemple, vais-je oublier
«[entrer] au ciel par effraction» ? (*)
(*) Rémi Tremblay -
Lombrics, P. 24 - Les éditions RETARDÉES, 2020
Mais quand je pense à tout cela,
je m'en remets à l'oublié Trollope que je me permets de
paraphraser comme suit :
«Un poète se doit de décrire
ce qu'il voit non parce qu'il le voit,
mais parce qu'il y a des choses qu'il faut voir.»
Le reste, les beaux vers, les
belles images, les formules qui ne disent rien, les mots rares ne
sont que du verbiage de gens qui n'ont rien à dire et se croient
uniques parce qu'ils s'amusent avec des jeux que Monsieur de
Norpois appelaient «de dilettantes».
Simon
P.-S. : J'ai déjà parlé de ce Rémi
Tremblay ici et à qui j'ai dit qu'il devrait se lancer dans la chanson
(rédaction de lyrics ou paroles) à cause de la sonorité de
ces vers, mais qui écouter ? Sa voie ou la voix d'un autre ?
P.-S. 2 : Ce que pense l'Université
de Napierville de la poésie ? Consulter les pages suivantes :
- La poésie
féminine napiervilloise au XIXe siècle
- À
propos du poète «skin», Bob Lortie
et à lire et relire :
- Les poèmes sur les métaux usinés
de Madama Fawzi Malhasti.
Et pour terminer :
Le policier : «C'est évident :
la victime a deux trous dans le cou. Elle a été mordue par un
vampire.»
Le détective (amateur) tenant une fourchette
dans la main : «Mais alors, que faites-vous de cet instrument
qui est imbibé de sang ?»
Le policier : «C'est le seul côté
embêtant de cette affaire : pourquoi un vampire se serait-il servi d'une fourchette pour BBQ ?»

|
|
L'extrait du mois
Les Animaux malades de la peste
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil et dit : Mes chers amis...

Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir.
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Ane vint à son tour et dit :

... J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
Texte de
Jean de La Fontaine (1621-1695)

|
|
Le courrier
Mme Germaine Lanoie - Mons,
Belgique
Considérez-vous chanceuse,
Madame : vous êtes à 6 202 kilomètres de Washington, D.C. et 7 393 de
Fort Lauderdale, Fla., les deux endroits ou Donald Trump se trouvent la
plupart du temps.
M. Matthieu Duhamel - Tržišče,
Slovénie
La Marie du quartier*** ? -
Mais si qu'on la connaît. - On l'appelait «MTS».
M. Quincy Bolduc - Salt
Lake City -Utah
Le problème avec les
Mormons, c'est leur vision de l'après-vie : se retrouver en famille pour
l'éternité - Certains disent qu'il s'agit là d'une proposition nauséabonde.
Mme Josée Marchand,
Drummondville, Québec
Vous habitez la partie de
Drummondville autrefois connue sous le nom de Drummoville-SUD ? - Alors,
qu'est-ce que vous voulez qu'on vous dise ?

|
|
Dédicace
Cette
édition du Castor est dédiée à :
 Pierre
Fresnay
(Monsieur Vincent)
(1897-1975)

|
|
Le mot de la
fin
«Les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux.»
- Alphonse Allais

|
|
Autres sites à
consulter

Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie
Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro
|
|
Notes et autres avis
Clauses et conventions :
Le Castor™ de
Napierville est le fruit de plusieurs interventions de la part d'une
multitude d'intervenants :
-
En tête, son
programmeur qui a pour tâche de transformer son contenu en
fichiers HTML de telle sorte à ce qu'il puisse être diffusé en
textes lisibles sur Internet
-
En arrière-plan,
son éditeur qui réunit dans un ordre pré-établi les textes et
images qui en font parti
-
Les chroniqueurs,
chercheurs, concepteurs qui en rédigent chaque numéro.
-
Viennent ensuite
les correcteurs, vérificateurs, inspecteurs et surveillants qui
en assurent la qualité.
mais d'abord et avant
tout :
Autres informations,
conditions et utilisation
Le Castor™ de
Napierville est publié une fois par mois, le premier lundi de chaque
mois.
En haut, à gauche, à côté
de la date, est indiqué le numéro de sa version ou de son édition. Le
numéro1.0 indique sa première et suivent, selon les correctifs, ajouts
ou autres modifications, les numéros 1.2, 1.3, 1.4.... 2.0, 2.1, 2.2
etc. - La version 3.0 indique qu'il s'agit de son édition finale qui, généralement,
coïncide avec sa version destinée au marché américain, celle qui
paraît en principe avant ou le jeudi suivant sa première édtion.
Si le Castor™ de
Napierville a un siège social, il n'a pas de salle de rédaction et
compte tenu de la situation géographique de chacun de ses
collaborateurs, tout le ci-dessus processus se déroule in auditorium
c'est-à-dire en présence du public via l'Internet.
Nous prions nos lecteurs,
etc.
Historique :
Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est, depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.
De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.
Autres informations :
1 - Sauf indications contraires : Tous droits réservés. - Copyright © UdeNap.org. - La reproduction de tout ou partie du matériel contenu dans cette édition du Castor™ est interdite sans l'autorisation écrite des auteurs.
2 - Malgré l'attention portée à la rédaction de ce journal, ses auteurs ou son éditeur ne peuvent assumer une quelconque responsabilité du fait des informations qui y sont proposées.
3 - Tel que mentionné ci-dessus : les erreurs de frappe, de date et autres incongruités contenues dans ce Castor™ seront ou ont déjà été corrigées dans sa version destinée au marché américain.
4 - La direction du Castor™ tient à préciser qu'aucun enfant n'est victime d'agressions sexuelles au cours de la préparation, pendant la rédaction et lors de la publication de son hebdomadaire.
.
|
|
Liens :
Le Castor™ - Index (2018, 2019, 2020)
Le Castor™ - Fondation et équipe originelle
Le Castor™ - Organes affiliés
*
Le Castor™ - Édition précédente
Le Castor™ - Édition suivante
Le Castor™ - Édition courante

|