On connaît peu cet homme effacé, ponctuel, à l'écriture fine mais toujours lisible qui, pendant plus de trente ans, a su tenir avec tant de pondération la chronique mondaine de la Gazette de Saint-Romuald (et qui en fut le principal statisticien). - N'eût été de son immense patience à compiler les transactions du
Groupe Vatfair-Fair et les données nécessaires à la compilation des horoscopes publiés régulièrement par
Madame Saintout et ses assistants dans le Supplément de la dite Gazette, on eut pu supposer que sa vie s'est déroulé uniquement en marge des Grands de ce monde et en particulier ceux de l'Université de Napierville (et de la Vatfair-Fair & Co.) dont il rapportait avec précision et exactitude tous les moindres faits et gestes.
À sa mort, survenue sans bruit le 11 novembre 1998, on eut pu considérer qu'il avait été sinon heureux non malheureux d'avoir mené une vie si tranquille mais voilà :
Une malle, une immense malle, remplie de manuscrits divers fut découverte dans sa modeste chambre en face de l'édifice de la Gazette, à Saint-Romuald même, par un lointain cousin de Saint-Germain-en-Laye.
Ces manuscrits, à première vue indéchiffrables allaient être jetés quand une enveloppe sur laquelle l'adresse du défunt avait visiblement été écrite de la main même du détenteur
[1] actuel de la Chaire de Séismologie Appliquée de l'Université de Napierville attira l'attention du déçu héritier. - Flairant la bonne affaire, il confia cette enveloppe à un collectionneur d'Issoudun qui a eu tôt fait d'en aviser les autorités de l'UdeNap.
Un étudiant fut mandaté pour étudier la chose, puis son chargé de cours, son professeur (et son assistant) jusqu'à ce que le tout parvint aux oreilles du détenteur (voir note 1) de la Chaire de Littérature de l'Université de Napierville,
Olaf de Huygens-Tremblay. - Le reste a été raconté dans les Anales de cette faculté :
La malle, èa l'isntart de Fernando Pessoa,
contenait, aux bas mots, plus de cinq mille manuscrits divers, écrits tantôt en français, tantôt en anglais mais souvent, aussi, dans une langue inconnue de tous que le Professeur eut tôt fait de décoder et qui s'apparentait à un état primitif du samurien.
Le contenu de ces manuscrits ? - Des dizaines, des centaines, des milliers de notes plus ou moins autobiographiques, des poèmes, des compte-rendus de lecture, un scénario de film, etc., etc.
Les exégèses auront à se pencher pour les prochains dix ou vingt ans sur cette masse étonnante d'écrits dont divers extraits, plus ou moins reconstitués ont été récemment publiés dans la Gazette de Saint-Romuald et déjà, ils laissent percer l'image d'une vie intérieure profonde.
De l'avis de tous, il pourrait s'agir là de la plus importante découverte napiervilloise de la fin du XXe siècle.
Tout comme les travaux de
ceux qui se sont penchés sur ceux de Pierre
G. Harmant, la presque totalité des manuscrits de Monsieur
Lavallée peuvent être consultés en la chancellerie de la Vatfair-Fair. -
S'adresser au secrétariat près du fauteuil voltaire, en entrant, à
gauche.