Vol. XXXI,  n° 1 - v. 2.6 Le seul hebdomadaire de la région publié une fois par mois Le lundi 7 septembre  2020
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Septembre

 

(Photo : Adrien, cinq ans - ©)

La rentrée

 
   À lire cette semaine :

Les Goncourt ! - Masques et COVID-19 - Paul-Louis Courier ou comment devancer son siècle - Burka, niqab et apiculture - Raymond Chandler - Éducation et enseignement - Livraison enregistrée, légumes biologiques et azote - Pablo Neruda et Shakespeare - Jackie Gleason - Un paradigme, mais nouveau - Son Éminence le Cardinal Moe Spitzman - Grevisse, le Petit Larousse et André Goose - Mozart, Salieri et Paisello - Learning English et l'astro-physique - De grosses f... - Michel Audiard - James Joyce, The Ballad of Persse O'Reilly et Finnegans Wake.

Bonne lecture !

 
Chroniques  

  Les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur CE LIEN.

 
Simon Popp

La rentrée, où, quand, pourquoi ?

J'ai rencontré, il n'y a pas longtemps, un bonhomme de quatre-vingt-treize ans (qui me l'a assez répété que je n'ai pas pu faire autrement que m'en rappeler) qui me disait que «dans son temps»... - pardon : qui commençait ce qu'il avait à dire, deux fois sur trois, par «dans mon temps» -...  l'enseignement se faisait à l'école et l'éducation à la maison. C'est à peu près la seule chose sensée qu'il aura dite dans l'heure que j'ai dû passer avec lui.

Au cours de ses interminables propos il m'expliqua qu'à l'école, on apprenait à lire et à compter, mais qu'après sa sixième ou sa septième année, il a compris qu'il n'apprendrait plus rien. «Le reste, dit-il, je l'ai appris sur le tas.» M'a pas dit lequel.

Je n'ai pas osé lui poser la moindre question ni mettre en doute sa parole car, après cinq minutes, j'ai compris qu'il ne voulait rien savoir ou qu'il était sourd, ou les deux à la fois.

Il m'a fait penser quand même qu'entre le système d'éducation par lequel il est passé, celui de mon père et le mien, du moins à la petite école, il n'y avait eu aucun changement. Dans mon cas, oui, mais mineur : au début de ma troisième rentrée, j'ai appris que les Frères, qui dirigeaient l'école où j'allais, avaient été invités à quitter l'endroit pour être remplacés par des professeurs laïques.

L'enseignement, alors, consistait à écouter, et apprendre à répéter ce que nos professeurs nous disaient. Que deux plus deux faisaient quatre ; que «leur» devant un verbe ne prenait pas de «s» ; qu'on pouvait acheter des petits Chinois pour cinq sous ; que si l'on communiait le premier vendredi de chaque mois pendant neuf mois, on était assuré d'aller au ciel, etc.

(Depuis, j'ai appris que deux plus deux pouvait égaler cinq à condition qu'ils soient assez volumineux, mais ce fera l'objet d'un autre tantôt.)

Un moment, à partir de la première année d'un cours qu'on disait «classique», j'ai cru qu'après avoir passé mon certificat de septième (essentiel à l'époque pour devenir pompier, ou gagner sa vie en conduisant un tramway) et donc, parmi ceux qui allaient faire des études supérieures, les choses allaient changer, mais non : ce n'était plus des vulgaires tables de multiplications qu'il fallait apprendre, mais des «rosa, rosae, rosam», des «John and Mary go to church» ou des mots comme «hypoténuse, racine carrée, équation...». - Même principe,  même ordonnance.

(J'ai déjà mentionné ici que c'est à un professeur de français que je dois, aujourd'hui, mon habitude de mentir, un de ces profs qui ont fait baver toute une classe pendant un trimestre en faisant lire à chacun d'entre-nous, ligne par ligne, Les femmes savantes de Molière. - Il m'a suffit de lui dire que j'étais d'accord avec ce qu'il nous avait répété vingt fois, dans le cadre de mon travail final.)

Plus tard, lors d'études - mais vraiment, cette fois-là - supérieures, j'ai non seulement cru, mais j'étais convaincu que ce système allait changer comme cela s'est passé au tout début des universités, qu'enfin, j'allais profiter de la connaissance de mes collègues sous la supervision d'un professeur-guide, qu'on allait me poser des problèmes à résoudre, qu'en groupe nous allions discuter les différentes approches qu'on pourrait prendre pour résoudre des choses banales comme la pauvreté, la famine ou comment en tant que citoyens, nous pourrions nous entendre sur la gestion de nos affaires.

Ben voilà. Après des années d'études et d'apprentissage, j'ai réalisé que pour obtenir un diplôme en quoi que ce soit, il fallait se plier aux exigences d'un magister qui les avaient apprises d'un plus vieux.

Mais j'ai appris autre chose : de ne pas me fier à l'enseignement, mais de suivre l'exemple de ceux qui ont réussi.

On me dit qu'aujourd'hui, ce n'est plus comme cela que ça se passe.

J'imagine qu'on a fait comme l'Église a fait : on a modifié la méthode, la présentation, on a reverni la façade, mais à en juger par les résultats, tout est demeuré fondamentalement inchangé.

Même principe, mêmes ordonnance.

Oops ! Il y a quand même une chose qui semble avoir changé : à en juger par la façon dont les parents «contrôlent» (?) leurs enfants en public, ils ne les éduquent pas. C'est une affligeante tâche qu'ils ont confiée aux éducateurs, nom donné à ceux qu'on appelait jadis des professeurs.

*

C'est-y moi ou quoi ?

Deux jeunes écervelées à qui à j'ai demandé de ne pas crier au restaurant récemment m'ont dit que, si je n'aimais pas le bruit, je devrais aller lire dans un salon de thé ou à la bibliothèque locale. Erreur de ma part.  Dire que depuis des années j'ai cru qu'un restaurant n'était pas un amphithéâtre ou un aréna. - Ce sont mes parents qui me l'ont dit, il y a longtemps. - C'est un secret que les éducateurs (voir ci-dessus) qui amènent rarement des enfants au restaurant n'ont pas l'occasion de leur dévoiler. 

Je ne me souviens plus qui, au juste, écrivait, qu'entre vingt et trente ans, il était impossible de savoir ce que cela avait été être plus jeune et que, passé la quarantaine, d'avoir eu vingt ans et que, au delà, on ne l'avait jamais été.

À la fin de ma carrière, je me suis dit : «Mais où sont les têtes grises à qui on pouvait demander conseil, qui savaient comme régler tel ou tel problème...». Jusqu'à ce que je réalise que j'étais devenu une tête grise.

Je ne saurai, aujourd'hui, élever des enfants. Je regarde ceux qui le font (puisqu'il en existe) et je me demande ce qui leur passe par la tête.

Je commence à en avoir assez de ceux qui, au Bureau de Poste, à l'épicerie, chez son garagiste, à qui je demande des questions aussi simples que : « C'est quoi la différence entre une livraison enregistrée et une livraison garantie, des légumes biologiques et ceux qui viennent du Mexique ou pourquoi on se sert aujourd'hui d''azote pour gonfler les pneus de ma voiture.»... me regardent comme si j'étais né il y a deux siècles et que je ne suis, conséquemment, qu'un être qui ne connaît rien de la vie moderne. - La plupart du temps, de toutes façons, je vois qu'en me répondant, ils disent n'importe quoi. La différence est celle qui existe entre une réponse sensée et l'énoncé d'un axiome. 

Je disais le mois dernier que j'en avais jusque là de la féminisation à outrance des mots qui décrivent les occupations des personnes et que je trouvais incroyable le nombre de cons qu'on pouvait rencontrer dans une seule seule journée.

C'est que j'ai oublié d'ajouter que j'en avais assez, également, de ce Trump de mes deux, de ce «scandale» (?) dont je ne connais aucun des détails (et dont je ne veux pas en connaître) en ce qui a trait à Trudeau (fils), mais surtout des idioties qu'on répète à droite et à gauche sur le COVID 19... qui passeront tous les trois comme des «détails» qui n'auront aucune répercussion à long terme sur l'Histoire de l'humanité.

Pensez à ce qui s'est passé après la Guerre 14-18. Vous vous en souvenez ? C'était il a cent ans, On parlait alors de l'Union des Nations, de la paix perpétuelle et ça a débouché, vingt ans plus tard sur la 39-45. 

Simon

 

      Herméningilde Pérec


Le masque

Il n'y a pas si longtemps, il me semble, qu'un grand débat avait lieu à l'Assemblée Nationale concernant l'interdiction dans les endroits publics de la burka ou du niqab (décidément, je ne m'habituerai jamais au mot contenant la lettre «q» non suivi de «u» - ça fait au moins cinq fois que j'y pense depuis ce matin), bref de tout voile couvrant en partie ou totalement le visage.

«Ce sont les apiculteurs qui trouveront ça moins drôle.» avait alors souligné notre chroniqueur Simon Popp.

Et voilà que depuis la rouverture de la plupart des établissements privés ou publics, tout ce que l'on peut apercevoir dans ces endroits ce sont des gens masqués comme les voleurs de banque de mon enfance.

Je n'ai, personnellement, aucune objection à en porter un sauf que j'entends de plus en plus autour de moi des jeunes et des moins jeunes dire que les masques qu'on nous enjoint de porter ne sont pas des protections adéquates  contre la COVID-19. C'est que - corrigez-moi si je me trompe - il me semble avoir entendu dire qu'il se s'agissait pas de se protéger soi, mais de protéger les autres au cas où nous serions, sans le savoir, porteurs de ce virus.

Mais allez dire ça à ceux qui sont convaincus :

  • que la transmission de la COVID-19 est une affaire principalement d'échange d'argent en papier

  • que les risques d'en mourir sont minimes sauf pour les personnes en mauvaise santé ou les gens âgés

  • que les statistiques sauf faussées par l'inscription automatique de personnes décédées pour d'autres causes dans la colonne des «atteintes de la COVID-19»

  • que les décès ont surtout lieu dans des centres de soins de longue durée

  • que le Chlorite Dioxide...

  • que le gouvernement a un plan qu'il nous cache

  • ...

En admettant que 50% des «morts dus à la COVID-19» sont morts d'autre causes, ça fait quand même plus de 90 000 morts, juste aux USA... (*)

(*) 100,000 au 14 septembre.

On en est rendu à quoi dans le monde ? 880 mille. 

440 mille morts. la population de la Guadeloupe.

Brrr.

H. Pérec

 

       Copernique Marshall


Nouveau paradigme

Je lisais, il y a deux minutes que «nouveau paradigme» était :

«Une expression de la seconde moitié du XXe et du début du XXIe siècle utilisée par des auteurs populaires, et notamment vulgarisée dans des magazines, invitant à une nouvelle représentation du monde dans les domaines les plus divers : management, alimentaire, économie, religion, finances, société...».

Je n'ai pas lu le reste.

Désolé, mais les romans policiers et James Joyce ont bouffé tout mon temps le mois dernier.

Copernique

 

       Jeff Bollinger


 English anyone ?

J'ai appris à parler l'anglais - correction : j'ai commencé à parler l'anglais - vers le milieu des années quatre-vingt. J'avais huit, neuf, peut-être dix ans. - À Ogunquit, dans l'état du Maine. Aux États-Unis. - C'était à l'époque où ceux qui n'avaient pas dépensé tout l'argent qu'il avait gagné dans les années cinquante et soixante - dont mon père - pouvaient encore amené leurs enfants au bord de la mer en juillet sans être obligés d'aller chez Household Finance ou d'utiliser leur carte Chargex

 Mes enfants parlent l'anglais depuis des années, depuis toujours il me semble, grâce à qui ? Aux enfants de mon voisin immédiat, Murray qui habite l'unique autre maison du cul de sac que nous habitons et qui, eux, parlent français depuis des années. - Que voulez-vous ? Nous sommes à virgule quatre kilomètres de la route qui mène au village le plus près. - Et entourés de terres agricoles qu'une succession du notaire de  St-Alphonse-de-Thiberge loue à une multi-nationale qui y cultive depuis des années du maïs. - C'est une situation que beaucoup m'envie.

Elle, cette situation, fut particulièrement heureuse pour mon plus vieux, celui qui s'intéresse à l'astronomie et, conséquemment, à l'astro-physique car, sur Internet, on peut trouver des tonnes et des tonnes de documentaires sur ces sujets, tous, malheureusement uniquement, ou presque, dans la langue de Shakespeare.

Il semblerait que la France ne croit pas nécessaire de filmer à diffuser les nombreuses - j'imagine - discussions, conférences, rencontres qui doivent avoir lieu en français dans les domaines scientifiques. Des vidéos en français, sur la langue, l'art sous toutes ses formes, la culture, la politique, il est très facile d'en trouver sur la toile, mais sur la science ? - Une idée sans doute que je me fais.

Jeff

P-Sssss :

1 - Un jour, je vous parlerai de mon grand-père qui, né en 1916, a su enseigner à mon père qu'il était impossible à n'importe quel pays au monde, quelle que soit sa richesse, de payer à TOUS ces citoyens une maison, une auto, un chalet dans les Laurentides et deux semaines de vacances en Floride tous les hivers. - Ceux qui connu cette glorieuse époque [années 50 et 60] pourraient vous dire qu'ils l'ont appris à leur dépens.

2 - Un jour, je vous parlerai de ce que c'est que d'apprendre une deuxième langue à dix ans et non à deux, trois ou quatre, et les effets que ça peut avoir sur sa propre langue... - Demandez à Monsieur Popp. - I. e. : N'avez-vous pas rencontré au cours de votre vie connu une de ces personnes qui pouvaient parler trois, quatre, six langues... et qui n'en parlaient aucune... correctement ?

 


   George Gauvin


Mes grosses f.. et, tant qu'à y être, le test du crayon...

Les rares amies qui savent que j'écris ici mes états d'âmes mensuels me reprochent, croyez-le ou non, de ne pas parler des vraies affaires ; de ne pas refléter ce qui se passe réellement dans la tête d'une femme de mon âge, de ne pas, pour ainsi dire, être une écrivaine (excusez-moi, monsieur Popp) du genre... féminin.

Comme si les affaires qui me viennent en tête seraient celles qui se résumeraient continuellement en :

  • ces choses qu'il ne me faut pas oublier avant de quitter la maison

  • ces habitudes que j'ai prises pour me défendre contre les machos qui me regardent les seins dans les ascenseurs

  • mes collègues (masculins) qui se penchent trop près pour m'indiquer un détails sur un mon ordinateur

  • ces serveurs dans les bars qui servent les gars qui sont arrivés avant moi...

  • etc., etc.

J'ai mauditement d'autres problèmes à m'occuper de :

Ma taille qui, des fois, grandit de huit centimètres dans une nuit.

Mon chum qui, après m'avoir fait l'amour, ouvre la télévision pour regarder les nouvelles.

Mon voisin, chauve et laid, qui me fait de l'oeil.

Ce roman que je lis et que je sais que je n'aurai pas le temps de comprendre parce que, demain, faut que je me lève à six heures.

Mon char qui commence à rouiller et dont je n'ai pas encore fini de payer.

Et puis mes fesses qui ne sont plus aussi fermes, mais qui jadis me disaient que je n'étais pas si pire.

Et ces seins en dessous desquels je n'ose plus mettre un crayon.

Bout de bon Dieu, que j'aimerais rencontrer, avant de mourir, ce prince charmant dont on m'a tant parlé quand j'étais jeune.

Un soir, Une nuit.

C't'y assez féminin à votre goût, chères lectrices ?

George

P.-S. : Mon prince charmant ? Omar Shariff - Oui, je sais, mais z'étaient pas Zhivago.

 

        Fawzi Malhasti


 Morceau choisi

Shakespeare, Prince de la lumière

Voici un texte du poète chilien Pablo Neruda (se son vrai nom Nefalti Ricardo Reyes), né en 1904, décédé à Santiago le 23 septembre 1973, douze jours après le coup d'État militaire qui renversa le gouvernement de Salvatore Alende, dans sa maison qu'on venait de saccager.

Il est tiré du recueil Né pour naître publié chez Gallimard en 1980 dans une édition préparée par Matilde Neruda et Miguel Otero Sylva, en 1977.  - Traduit de l'espagnol par Claude Couffon.


Pablo Neruda

Ce texte été écrit en 1964, année où Neruda traduisit Roméo et Juliette en espagnol.

*

Goneril, Régane, Hamlet, Angus, Duncan, Glansdale, Mortimer, Ariel, Léontes...

Les noms de Shakespeare, ces noms ont oeuvré durant notre enfance, ils se sont cristallisés, pour devenir des matériaux de nos songes. Lorsque nous commencions à peine de lire, ils cachaient un continent avec des fleuves et des rois, de clans et des châteaux, des archipels qui, un jour, nous seraient révélés. L'épiderme de la poésie - le premier soit d'un grand battant de cloche - nous enseignait les noms de protagonistes ténébreux ou rayonnants.

Plus tard, beaucoup plus tard, viennent les jours et les années où nous surprenons les veines et les vies qu'ils abritent. Nous découvrons des souffrances et des remords, des martyres et des cruautés, des êtres de sang, des créatures du vent, des voix qui s'illuminent pour une fête magique, des banquets auxquels accourent les fantômes ensanglantés. Et une infinité d'événements, et d'âmes, et de passions, et toute la vie.

Chaque époque a son barde qui assume la totalité des rêves et du savoir : il exprime la croissance, l'étendue du monde. II s'appelle tantôt Dante et tantôt Victor Hugo ; tantôt Lope de Vega et tantôt Walt Whitman.

Et surtout : Shakespeare.

Ces bardes accumulent les feuilles, mais dans les feuilles il y a des trilles, et sous les feuilles il y a des racines. Ce sont des feuilles de grands arbres.

Ce sont des feuilles et des yeux. Ces feuilles se multiplient et nous regardent, nous les petits hommes de tous les âges de transition, elles nous regardent et nous aident à nous découvrir : elles nous révèlent notre labyrinthe personnel.

En ce qui concerne Shakespeare, il faut parler d'une troisième révélation, qui en précède beaucoup d'autres : l'enchantement de sa poésie décantée. On trouve peu de poètes aussi compacts et secrets, aussi enclos dans leur propre diamant.

Ses sonnets furent taillés dans l'opale des pleurs, dans le rubis de l'amour, dans l'émeraude de la jalousie, dans l'améthyste du deuil.

Ils furent découpés dans du feu, ils furent façonnés avec de l'air, ils furent édifiés avec du cristal.

Ses sonnets furent arrachés à la nature de telle façon que, du premier au dernier, on entend courir l'eau, et danser le vent, et se succéder, dorées et fleuries, les saisons et leurs  fruits.

11s ont des clefs infinies, des formules magiques, une majesté statique, une célébrité de flèches.

Ses sonnets sont des drapeaux hissés l'un après l'autre aux plus hautes tours du château. Tous ont subi les intempéries et l'action du temps, mais ils conservent leurs étoiles amarante, leurs croissants turquoise, leur fulguration de coeur embrasé.

Je suis un vieux lecteur de la poésie de Shakespeare, de ses poèmes qui, contrairement à ses tragédies, ne mentionnent aucun nom et ne racontent ni batailles ni outrages.

Ils n'offrent, sur la blancheur du papier, que la pureté du chemin poétique, au long duquel les images glissent interminablement comme de petits navires chargés de miel.

Dans cette opulence où le pouvoir impatient de la création s'harmonise avec toute la somme de l'intelligence, nous pouvons voir et palper un Shakespeare constant et grandissant dont l'éminente vertu est moins sa puissance féconde que sa forme exigeante.

J'ai écrit sur mon exemplaire des Sonnets mon nom, ainsi que le jour et le mois où je l'ai acheté à Java, en 1930.

Voilà donc trente-quatre ans que ce livre m'accompagne.

Là-bas, dans l'Île lointaine, il m'offrit la permanence d'une source très pure, près des forêts et de la fabuleuse profusion des mythes inconnus, il fut pour moi la loi cristalline. Tant il est vrai que la poésie de Shakespeare, comme celle de Gongora et de Mallarmé, joue avec la lumière de la raison et impose un code rigoureux, bien que secret. En un mot, durant ces années de vie retirée, la poésie shakespearienne m'a permis de garder la communication avec la culture occidentale. J'inclus parmi les hauts constituants de cette dernière Pouchkine et Karl Marx, Bach et Halderlin, Lord Tennyson et Maïakovski.

Bien entendu, la poésie de Shakespeare est disséminée dans toutes ses grandes tragédies, dans les tours d'Elseneur, dans la maison de Macbeth, dans la barque de Prospéro, dans le parfum des grenadiers de Vérone.

Chaque tragédie a son tunnel dans lequel souffle un vent fantasmagorique. Le plus vieux son du monde : le battement du coeur humain, forme les mots inoubliables. Tout cela s'égrène et côtoie les apostrophes du peuple, les enseignes des marchés, les syllabes grossières des parasites et des bouffons, tandis que s'affronte et cliquette l'acier des armures délirantes.

Personnellement, j'aime chercher la poésie dans son glissement démesuré, lorsque Shakespeare la canalise et la laisse peinte sur le mur du temps, avec le bleu, l'émail et l'écume magique, cet amalgame qui la maintiendra gravée dans notre éternité.

Par exemple, dans l'idylle pastorale
Vénus et Adonis, publiée en 1593, il y a beaucoup d'ombres fraîches sur les eaux qui courent, des insinuations vertes de bocage qui chante, des cascades de poésie qui ruisselle et de mythologie qui fuit vers le feuillage.

Mais, brusquement, un poulain surgit et toute irréalité disparaît sous le choc de ses sabots quand «
ses yeux dédaigneux flambent, montrant sa courageuse ardeur, son haut désir».

On imagine que si un peintre représentait la scène «
il devrait rivaliser avec l'excellence de la nature», «ce qui vit surpassera les morts ». Il n'existe pas de description comparable à celle de ce cheval en chaleur frappant furieusement de ses pattes véritables les merveilleux sixains.

Le bestiaire shakespearien conserve des traces de nombreux animaux et son herbier garde la couleur et le parfum de multiples fleurs, mais je mentionne ce fringant poulain car il est le thème de l'ode, le mouvement génésique de la nature capté par un grand organisateur de songes.

Au cours des derniers mois de cet automne on m'a demandé de traduire
Roméo et Juliette.

J'ai accepté, mais très humblement. Très humblement, et par devoir, car je me sentais incapable de transposer en espagnol l'histoire passionnée de cet amour. Pourtant j'en éprouvais l'obligation puisque nous sommes dans la grande année shakespearienne, l'année de l'hommage universel au poète qui a donné à l'homme de nouveaux univers.

En traduisant consciencieusement et avec plaisir la tragédie des amants infortunés, j'ai fait une nouvelle découverte.

J'ai compris que derrière la trame de l'amour infini et de la mort saisissante s'abritait un autre drame, un autre sujet, un autre thème central.

Roméo et Juliette est un grand plaidoyer en faveur de la paix entre les hommes. C'est la condamnation de la haine inutile, la dénonciation de la guerre barbare et la célébration solennelle de la paix.

Lorsque le prince Escalus s'emporte avec de douloureuses paroles exemplaires contre les clans féodaux qui tachent de sang les rues de Vérone, nous comprenons qu'il est l'incarnation du bon sens, de la dignité, de la concorde.

Et quand Benvolio reproche à Tybalt ses penchants belliqueux : «
- Tybalt, ne veux-tu donc pas la paix dans ces rues ?», le farouche bretteur lui répond : «- Quoi ? Tu parles de paix ! Ce mot, je le hais !»

La paix était donc haïe par certains dans l'Europe élisabéthaine. Des siècles plus tard, Gabriela Mistral, poursuivie et injuriée pour ses opinions pacifistes, fut expulsée du journal chilien qui publiait depuis trente ans ses articles. «
La paix, ce mot damné», écrivit-elle alors, et l'expression fit fortune. On voit que le monde et la presse demeurent gouvernés par les Tybalts, par les spadassins.

Voici, par conséquent, une raison supplémentaire d'aimer William Shakespeare, le plus vaste des êtres humains. Nous n'aurons jamais trop de temps ni d'espace pour l'explorer et pour nous perdre en lui, pour graviter autour de sa stature, comme les Lilliputiens autour de Gulliver. Pour graviter loin sans jamais arriver au terme, en revenant toujours les mains pleines de parfum et de sang, de fleurs et de douleurs, de trésors périssables.

En cette occasion solennelle il me revient d'ouvrir la porte des hommages, de lever le rideau pour que sa figure pensive et éblouissante apparaisse. Et je pourrais lui dire, à quatre siècles d'intervalle :

«
Salut, Prince de la lumière ! Bonjour, histrions errants. Nous avons hérité de tes grands rêves qui alimentent encore les nôtres. Ta parole est l'honneur de la terre entière.»

Et j'ajouterais plus bas, à son oreille

«
Merci, camarade.»

Fawzi

 

         De notre disc jockey - Paul Dubé


Mozart forever

Qu'on me comprenne bien : je n'ai rien contre Mozart. Parmi les oeuvres que j'écoute constamment, son concerto pour clarinette a une place prépondérante. Et à ceux qui ne jure que par lui, mais qui le connaissent mal, j'ai toujours un grand plaisir à attirer leur attention sur sa  sérénade dite Grande partita (KV 361), particulièrement sur son troisième mouvement :

Cliquez sur la note :

Ou allez sur ce site :

https://www.youtube.com/watch?v=NecLh4YOT9M

À ses quatuors à cordes cependant, je préfère ceux de Beethoven. À ses pièces pour piano, je prèfère celles de Chopin. Et à ses opéras, je m'en tiens à Monteverdi et au Pelléas et Mélisande de Debussy. mais tout cela n'est qu'une question de goût personnel. (En ce sens que dire «"Prendre un verre de bière mon minou" est supérieur à ses symphonies» ne l'est pas.)

Ce que je lui reproche (quel grand mot !), c'est d'avoir éclipsé presque tous les musiciens de son temps et qui n'étaient pas tous des manchots.

Oui, je sais, depuis l'Amadeus de Milos Forman (1984), Antonio Salieri (1750-1825) est quelque peu sorti de l'ombre, mais dans les presque complètement oubliés compositeurs de l'époque, qui a entendu parler de Giovanni Paisello (1740-1816) dont les opéras (on en compte plus de quatre-vingt-dix) ont influencé et Mozart, et Rossini, ses quatuors à cordes, et Haydn et Beethoven... - Son Barbier de Séville (1782) demeure un de ceux qui est toujours au répertoire et se compare facilement à celui de Rossini et au Mariage de Figaro de... Mozart.

Vous en trouverez une représentation complète sous la direction de René Jacobs donné à Vienne en 2015 à l'adresse (YouTube) suivante :

https://www.youtube.com/watch?v=m3GgmX7cVzE

Si vous aimez quelque peu les opéras, vous serez peut-être étonné ne serait-ce que par son ouverture.

Pour le moment, j'aimerais attirer votre attention sur le premier de ses concertos (concerti) pour piano.

En voici le premier mouvement :

Cliquez sur la note :

Giovanni Paisello

Bonne écoute !

paul

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L'extrait du mois


Devancer son siècle ?

Voici une lettre écrite en 1821 par Paul-Louis Courier, l'un des grands pamphlétistes français, né en 1772 (17 ans avant la Révolution Française), au rédacteur du Censeur, un journal libéral français sous la Restauration.

Les passages en gras sont nôtres.

«Vous vous trompez, monsieur, vous avez tort de croire que mon placet (*) imprimé, dont vous faites mention dans une de vos feuilles, n’a produit nul effet. Ma plainte est écoutée. 

(*) Placet à son Excellence monsieur le Ministre. Voir : BnF (Gallica).

Sans doute, comme vous le dites, il est fâcheux pour moi que l’innocence de ma vie ne puisse assurer mon repos ; mais c’est la faute des lois, non celle des ministres. Ils ont écrit à leurs agents comme je le pouvais désirer, et plût à Dieu qu’ils eussent écrit de même aux juges, quand j’avais des procès, et à l’Académie, quand j’étais candidat. Cela m’eût mieux valu que tous les droits du monde, pour avoir le fauteuil et pour garder mon bien. Il faut en convenir, de trois sortes de gens auxquels j’ai eu affaire depuis un certain temps, savants, juges, ministres, je n’ai pu vraiment faire entendre raison qu’à ceux-ci. 

«J’ai trouvé les ministres incomparablement plus amis des belles-lettres que l’académie de ce nom, et plus justes que la justice. Ceci soit dit sans déroger à mes principes d’opposition.

«Vous nous plaignez beaucoup, nous autres paysans, et vous avez raison, en ce sens que notre sort pourrait être meilleur. Nous dépendons d’un maire et d’un garde champêtre qui se fâchent aisément. L’amende et la prison ne sont pas des bagatelles. Mais songez donc, monsieur, qu’autrefois on nous tuait pour cinq sous parisis. C’était la loi. Tout noble ayant tué un vilain devait jeter cinq sous sur la fosse du mort. Mais les lois libérales ne s’exécutent guère, et la plupart du temps on nous tuait pour rien.

«Maintenant il en coûte à un maire sept sous et demi de papier marqué pour seulement mettre en prison l’homme qui travaille, et les juges s’en mêlent. On prend des conclusions, puis on rend un arrêté conforme au bon plaisir du maire et du préfet. 

«Vous paraît-il, monsieur, que nous ayons peu gagné en cinq ou six cents ans? Nous étions la gent corvéable, taillable et tuable à volonté ; nous ne sommes plus qu’incarcérables. Est-ce assez, direz-vous ? Patience ; laissez faire ; encore cinq ou six siècles, et nous parlerons au maire tout comme je vous parle ; nous pourrons lui demander de l’argent s’il nous en doit, et nous plaindre, s’il nous en prend, sans encourir peine de prison.

«Toutes choses ont leurs progrès. Du temps de Montaigne, un vilain, son seigneur le voulant tuer, s’avisa de se défendre. Chacun en fut surpris, et le seigneur surtout, qui ne s’y attendait pas, et Montaigne qui le raconte. Ce manant devinait les droits de l’homme. Il fut pendu, cela devait être. Il ne faut pas devancer son siècle.

«Sous Louis XIV, on découvrit qu’un paysan était un homme, ou plutôt cette découverte, faite depuis longtemps dans les cloîtres par de jeunes religieuses, alors seulement se répandit, et d’abord parut une rêverie de ces bonnes sœurs, comme nous l’apprend La Bruyère. Pour des filles cloîtrées, dit-il, un paysan est un homme. Il témoigne là-dessus combien cette opinion lui semble étrange. Elle est commune maintenant, et bien des gens pensent sur ce point tout comme les religieuses, sans en avoir les mêmes raisons. 

«On tient assez généralement que les paysans sont des hommes. De là à les traiter comme tels, il y a loin encore. Il se passera longtemps avant qu’on s’accoutume, dans la plupart de nos provinces, à voir un paysan vêtu, semer et recueillir pour lui ; à voir un homme de bien posséder quelque chose. 

«Ces nouveautés choquent furieusement les propriétaires, j’entends ceux qui pour le devenir n’ont eu que la peine de naître.»

Paul-Louis Courier est mort assassiné en 1825.

La rédaction

 

Book Review - Lectures


Les textes qui suivent - et les précédents - ne doivent pas être considérés comme de véritables critiques au sens de «jugements basés sur les mérites, défauts, qualités et imperfections» des livres, revues ou adaptations cinématographiques qui y sont mentionnés. Ils se veulent surtout être de commentaires, souvent sans rapport direct avec les oeuvres au sujet desquelles les chroniqueurs qui les signe désirent donner leurs opinions, opinions que n'endosse pas nécessairement la direction du Castor™ ni celle de l'Université de Napierville.

 

James Joyce - Finnegans Wake
Traduit  de l'anglais par Philippe Lavergne (*)
Gallimard, 1982
(*) Vous avez bien lu : «Traduit de l'anglais...»

James Joyce - Finnegans Wake
Fragments adaptés par André du Bouchet
Introduction de Michel Butor
suivis de
Anna Livia Plurabella
(*)
Gallimard, 1962
(*) Avec une introduction de Philippe Soupault

                 

Finnegans Wake est, dans la littérature anglaise, un roman mythique ; un de ces romans que peu ont lus, mais dont on parle beaucoup. Ceux qui l'ont parcouru (on ne lit pas Finnegans Wake : c'est un roman illisible) l'ont généralement feuilleté au hasard, en tentant d'y retrouver une certaine continuité et même son début et sa fin car, curieusement, le début de sa première phrase se trouve à être la fin de la dernière. (J'y reviens dans un instant.)

Alors on fait quoi ? On consulte à droite et à gauche les innombrables études qui ont été publiées à son sujet :

  • A Reader's Guide to Finnegans Wake de William York Tindall - Farrar, Strauss and Giroux, 1970
  • The Art of James Joyce (Method and Design in Ulysses and Finnegans Wake) de A. Walton Litz - Oxford University Press, 1961
  • A Skeleton Key to Finnegans Wake de Joseph Campbell et Henry Morton Robinson - The Viking Press, 1966
  • The Decentered Universe of Finnegans Wake, A Structuralist Analysis de Margot Norris, 1974
  • Our Exagmination Round his Factification for Incamination or Work in Progress - Samuel Beckett and others - Shakespeare and Company, 1929
  • Arthur Power - Entretiens avec James Joyce et Souvenirs de James Joyce par Philippe Soupault - Belfond, 1979

...y compris (sait-on jamais ?) 

  • James Joyce, l'immense biographie de Richard Ellmann - Oxford University Press, 1959.

Illisible

Rien à faire : la plupart de ceux qui se sont attaqués à Finnegans Wake,  ce «monstre déconcertant» (*),  ont fini par battre en retraite en retenant une boutade de Joyce : «Je viens d'écrire un livre qui alimentera les discussions entre professeurs de littérature pendant des années.»

(*) Jean Paris - Joyce par lui-même - Seuil, 1963 - Voir plus loin.

Traduction ?

Si Finnegans Wake est illisible, que dire de tous ceux qui entreprennent de la traduire ?

*

Examinons brièvement la phrase dont nous parlions ci-dessus qui débute à la fin et qui se termine au début de ce livre de 628 pages (dans l'édition la plus courante, celle de The Viking Press de 1967) :

«[The key to. Given !] A way, a lone, a last, a loved, a long the...

«...riverrun, past Eve and Adam's, from swerve of shore to bend of bay, brings us by a commodius vicus of recirculation back to Howth Castle and Environs.»

Brièvement car, dans ces trente-huit mots, Joyce résume, comme Proust l'a fait avec son célèbre «Longtemps je me suis couché de bonne heure» tout son roman. Il les précède d'ailleurs de : «La clé» («The key») «[je vous la] donne !» («Given !»). - Il y fait allusion à Adam et Eve, du nom d'une église sur le Merchants Quay, à Dublin ; à Vico, le philosophe italien à l'origine des trois âges de l'histoire, le divin, l' héroïque et l' humain, âges qui finissent par se répéter ; à l'empereur Commodus, le dernier de l'âge d'or de l'Empire romain ; à un endroit dont les initiales «HCE» reviennent régulièrement dans le roman sous diverses formes. 

Jetons un coup d'oeil uniquement sur le début de cette phrase et sa possible signification :

En anglais : En français
   
A way, mais aussi away Une voie, un chemin, mais aussi... éloigné
A lone, mais aussi alone Un seul, mais aussi... solitaire 
A last, mais aussi alast Un dernier, mais aussi... finalement
A loved, mais aloved Un désiré, mais aussi... un détesté («a» privatif)
A long, mais aussi along Un  long, mais aussi... le long de
...  ...
Riverrun D'une rivière, mais aussi... le courant d'une rivière

 Voici comment Philippe Lavergne a «traduit» cette phrase :

«clés de. Données ! Au large vire et tiens-bon lof pour lof la barque au l'onde de l'... erre revie, pass'Evant notre Adame. d'erre rive en rêverie, nous recourante via Eco par chaise perçée de recircurlation vers Howth Castle et Environs.»

Je ne citerai pas d'autres exemples, mais, à la lecture de plusieurs passages de cette «traduction» (650 pages), il eut été préférable, je crois, que Gallimard lui donne le titre d'«interprétation personnelle». D'ailleurs, c'est en lisant son avant-propos, que j'en ai conclu que, texte pour texte, il était plus facile de m'en remettre à celui, même incompréhensible, de Joyce. En voici les trois premiers paragraphes :

«Aussi fou et génial que [le] Voyager de Star Trek, Finnegans Wake propose en majeur une variation privative de mots pouvant être lus dans toutes les langues et nuances, et en mineur comme un écho du Palais de Cristal et un reflet de l'Oiseau de Feu: faut-il vivre la transparence ou bien se faire acteur au théâtre d'ombres de ce souterrain communément appelé "conscience", mais que nous appellerons "absence"?

Tel ce personnage de Dostoievski, approximant son intimité toujours fuyante, James Joyce reprendra 17 fois le même chapitre décrivant la même lame des tarots: l'Etoile, arcane 17, qu'il fait celle de son destin. L'intérêt d'une traduction consiste donc, sans dé-voiler le texte, comme l'a bien enjoint Joyce, à faire ressortir l'aspect " traceur" de cette écriture moqueuse.

Dès le début, référence est faite au jeu de Mischmasch tel qu'énoncé dans ses règles par Lewis Carroll dans Vanity Fair en 1879: un joueur propose un noyau ou phonème autour duquel deux partenaires articulent des lettres, jusqu'à former par anastomoses mille et un mots homophones: ce sera, selon Joyce, l'optophone qui ontophane, la lyre magique à Pont de Wheatstone, ce qui n'est pas sans rappeler le biograph ou mutoscope de 1897, et le vitaphone de 1926, pour désigner les premiers pas du cinéma.»

Comme disait Richard Feynman à propos de la mécanique quantique, si, en lisant ce qui précède vous croyez avoir compris la démarche de Philippe Lavergne et, en conséquence, celle de Joyce, vous n'avez rien compris.

Dans le petit livre de du Bouchet, avec introduction de Michel Butor - suivi d'Anna Livia Plurabella - (104 pages), par contre...

Cliquer pour agrandir

.... Butor présente Finnegans Wake, en 1957, cinq ans avant la publication des adaptations de du Bouchet comme suit :

«Non, pour répondre à une question que l'on m'a posée vingt fois, notamment depuis que j'ai déclaré avoir pris la responsabilité d'écrire cet avant-propos, non, je n'ai jamais lu Finnegans Wake au sens ou vous entendiez le mot lire; non, certes, je n'ai jamais réussi, moi non plus, l'ayant attaqué à la première ligne, à le suivre jusqu'à la dernière sans en sauter un seul mot, évidemment, ni même une seule phrase, ou des pages entières.

Ce n'est pas vingt fois que je m'y suis repris, mais cent peut-être, ouvrant le texte ici ou là, à l'aventure, m'y arrêtant lorsque des mots, lorsque des phrases, lorsqu'une histoire ou lorsqu'un rêve s'y dessinaient pour moi, m'y attiraient...
»

Et voici comment du Bouchet les présente à son tour : 

«La première caractéristique de Finnegans Wake, en effet, c'est qu'une incroyable proportion des mots que nous y rencontrons ne se trouvent pas dans le dictionnaire anglais. Certains sont allés jusqu'à dire que Joyce avait inventé une nouvelle langue et naturellement déclaré qu'ils attendaient pour le lire qu'un homme dévoué ait eu la patience de consacrer sufisamment de temps à l'étude de ce nouvel idiome, pour pouvoir en donner une traduction en anglais normal. Mais cette façon de voir les choses, qui rend absurde le travail de Joyce, est une erreur complète sur le sens de son effort, et sur la nature même du langage dont il se sert.

Dans la mesure où la traduction doit être un équivalent qui produise autant que possible le même effet sur le lecteur que le texte original, il est certes justifié de soumettre la langue française à un traitement parallèle à celui que Joyce fait subir à l'anglais, mais il est absolument impossible d'en donner un équivalent en anglais normal; il faut alors se contenter d'interprétations, de lectures individuelles qui peuvent certes considérablement faciliter la nôtre, mais nullement la remplacer.
»

Qu'est-ce que nous disions tout à l'heure ? Qu'au lieu de traduction, il eut été préférable que Gallimard lui donne le titre d'«interprétation personnelle»

Et ce n'est pas non plus non plus une imitation de Joyce, mais d'un tentative d'explication et qu'en conséquence est essentiel - mon avis - de lire du Bouchet en présence du texte originel dont le son des mots est important pour, par exemple,que le «A way» devienne «Away» dans la phrase citée ci-dessus, qu'il a adaptéecomme ceci :

(À lire à haute voix)

«Les clés de. Données ! Le chemin l'unique l'ultime l'aimé le long... du courrive, passé notre Adame, des courbes de la côte aux bras de la baie, nous rame par commode vicus de recirculation, vers Howth, Château et Environs

(Sans compter les multitudes contre-sons qui, en arrière-plan, nous indiquent, surprise!, qu'un personnage est en train de passer devant un chantier de construction ou tout près d'un cours d'eau...)

Mais le plus révélateur dans ce petit livre présenté par Butor - nous le répétons de 104 pages - c'est la traduction de fragments d'Anna Livia Plurabella, un des passages-clés de Finnegans Wake, traduction qui a été faite en présence et avec la collaboration de Joyce lui-même.

Philippe Soupault :

«La traduction des fragments d'Anna Livia Plurabelle qui suivent a été faite ainsi : un premier essai a été tenté par Samuel Beckett, irlandais, lecteur à l'École Normale (*). Il a été aidé dans cette tâche par Alfred Perron, agrégé de l'Université, qui avait séjourné pendant un an à Dublin. Une révision de cette première version fut exécutée sous la direction de l'auteur par Paul-L. Léon, Eugène Jolas et Ivan Coll.

(*) Voir dans la liste des livres cités au début de cet article (Note de l'éditeur)

A la fin de novembre 1930, nous nous réunîmes, M. Joyce, M. Paul-L. Léon et moi-même, rue Casimir-Périer, chez notre ami Léon. Nous avions adopté un jour par semaine, le jeudi. A deux heures et demie M. Joyce arrivait et nous nous mettions immédiatement au travail. Nous étions installés autour d'une grande table ronde. M. Joyce dans un fauteuil fumait des maryland. M. Léon lisait le texte anglais, et je suivais la version française revue. Paul Léon détachait une phrase du texte anglais, je lisais la traduction de la phrase et nous discutions. Nous rejetions, d'accord avec M. Joyce, ce qui nous paraissait contraire au rythme, au sens, à la métamorphose des mots, et nous essayions à notre tour de proposer une traduction. M. Joyce nous exposait les difficultés, nous cherchions d'un commun accord des équivalents, nous trouvions une phrase plus rythmée, un mot plus fort. " Un moment", disait M. Joyce pour nous arrêter. Nous réfléchissions et tout à coup M. Joyce, Paul Léon ou moi-même découvrions exactement ce que nous cherchions. Ces séances duraient trois heures.

Nous eûmes besoin de quinze séances pour achever ce travail....»

Un court exemple de ce que ces séances ont donné :

Texte originale

Traduction française

   

O'
tell me about
Anna Livia ! I want to hear all

about Anna Livia. Well, you know Anna Livia ? Yes, of course, we all know Anna Livia. Tell me all. Tell me now. You'll die when you hear. Well, you know, when the old cheb went futt and did what you know. Yes, I know, go on. Wash quit and don't be dabbling. Tuck up your sleeves and loosen your talktapes. And don't butt me — hike! — when you bend. Or whatever it was they threed to make out he thried to two in the Fiendish park. He's an awful old reppe. Look at the shirt of him! Look at the dirt of it! He has all my water black on me. And it steeping and stuping since this time last wik.

O, 

dis-moi tout d'Ana Livia! Je veux tout savoir 

d'Ana Livia! Eh bien! tu connais Ana Livia?  Bien sûr tout le monde connaît Anna Livia. Dis-moi tout, dis-moi vite. C'est à en crever! Alors, tu sais, quand le vieux gaillarda fit karch et fit ce que tu 
sais. Oui je sais, et après, après? Lave tranquillement ton linge et ne patauge pas tant. Retrousse tes manches et délie ton battant. Et ne me cogne pas avec ta caboche, hein! Ou quel que fut le tréfleuve que le triplepatte qu'on dit qu'il trouva dans le parc de l'Inphernix. C'est un beau saalaud! Vois sa chemise à lui! Vois-moi cette saleté. Il m'a noirci toute mon eau. Et ça trempe et sa traîne toute une 
sommamaine.

Difficile de ne pas constater que Joyce tenait beaucoup à ce que, en français, le son des mots soient rout aussi important qu'en anglais. Mais il y a beacoup plus :

«Nous savions déjà par la lecture d'Ulysse que pour James Joyce la langue était un élément vivant de son oeuvre, je veux dire qu'il ne considérait pas les mots, la syntaxe ou le style comme des données. Dans son nouvel ouvrage il rompt définitivement l'équilibre et, après; la rupture, décide de remonter aux sources. Pendant toute la durée de sa vie, James Joyce a écouté avec attention, avec complaisance, ceux qu'il considère comme les véritables créateurs du langage, les gens du peuple, et il a suivi, avec la patience qui caractérise son " génie", les démarches de l'instinct verbal...» [etc., etc.]

(Il faudrait ici citer le texte de Philippe Soupault en entier.)

Mais nous nous contenterons de citer Jean Paris  :

«Les critiques qui, dès sa publication, regardaient Ulysse comme une impasse du roman, oubiaient qu'un homme de génie ne commet pas d'erreurs, que ses erreurs sont volontaires et sont les portails de la découverte...»

Découvertes ?

Un :

Vous vous souvenez qu'au début de ce trop long article j'ai mentionné les lettres «HCE» en disant qu'elles revenaient souvent dans Finnegans Wake ? Exemple : «Here Comes Everybody»... Ce sont les initiales d'un des personnages de ce roman : H. C. Earwicker. Or, qu'est qu'un «ear wick» ou un «ear wig» ? - Un insecte connu, en français sous le nom de perce-oreille. Ce qui amène Joyce à introduire dans son Finnegans Wake une chanson (musique et tout) qui porte tout simplement le titre de :

The Ballad of Persse O'Reilly

Voilà, sans doute, un détail qui échappera à des lecteurs anglophones. Mais des détails comme celui-là, que vous veniez de l'anglais, du français, de l'italien ou que vous connaissiez le grec ou le latin, ou même le sanskrit (sic), vous en trouverez des centaines, des milliers dans ce roman illisible, mais fascinant.

À chaque lecteur SON Finnegans Wake.

Le mien est en marche depuis des années.

Deux :

Je ne saurais terminer sans vous faire entendre - Si, si : entendre - James Joyce lui-même, récitant - chantant presque - en 1929, le début de son Anna Livia :

(Merci à Paul qui m'a fait découvrir cette rareté.)

Cliquez sur la note :

En quelques mots :

Finnegans Wake n'est pas un livre ayant un objectif quelconque, c'est un objectif ; c'est le monde dans lequel nous vivons constamment sans nous apercevoir, un monde au-delà de notre réalité de tous les jours, de nos rêves et de nos ambitions, un monde qui nous apparaît de temps à autres sous la forme de pensées diffuses. S'y plonger, c'est découvrir ce qui nous est indescriptible parce que nous n'avons pas les mots pour le décrire et qu'en conséquence, il nous faut inventer un nouveau langage basé sur les sources des premières paroles qui nous sont venues à l'esprit.

« bababadalgharaghtakamminarronnkonnbronntonnerrontu- onnthunntrovarrhounawnskawntoohoohoordenenthurnuk ! »

Copernique (avec la complicité de Simon Popp)

***

 Le bon usage - Grammaire langue française - 16e édition
Maurice Grevisse et André Goose
De Boeck (Groupe Albin Michel)

Observer - Décrire - Expliquer

C'est à la fin des années cinquante que j'ai pris connaissance pour la première fois du Bon usage de Grevisse qui en était, à ce moment-là à sa 6e édition (1955). De mémoire, je crois qu'au collège où j'étudiais, on en était encore au Précis (du même auteur), mais je me souviens très bien avoir eu, comme manuel scolaire, une Grammaire Larousse, ce qui ne me surprend pas parce que le seul dictionnaire qu'on consultait à l'époque était le Petit Larousse avec sa section des noms «propres» et ses pages «roses». Faut dire que le Petit Robert ne fit son apparition qu'en 1967.

Ce ne sont là que des détails. Mais s'il y a une chose dont je me souviens très bien que c'est à partir de cette lointaine époque que les mots «règles» et «fautes» sont disparus de mon vocabulaire en ce qui concerne la langue française ou, comme dit souvent Monsieur Perec, la française langue.

La semaine dernière, encore, j'entendais un anglophone, né en Grande Bretagne, qui parlait un français fort convenable, dire que le français était une langue difficile à maîtriser à cause de ses «règles» et «exceptions». «Vos grammaires, disait-il, ont pour chaque règle - et Dieu si vous en avez - des dizaines d'exceptions...» 

Je ne sais pas d'où provient ce mythe. Je soupçonne qu'il doit dater de François Premier, le premier roi de France à imposer la langue parlée en sa cour à l'ensemble de son territoire pour des questions administratives, mais ce serait m'éloigner non pas de mon opinion, mais de celles de Maurice Grevisse, André Goose, Paul Robert et Alain Rey, auteurs de la grammaire et du dictionnaire précités dont les principes de base sont:

D'observer la façon dont les francophones de France, de la Belgique, de la Suisse, du Québec, de l'Afrique - bref : du monde entier - parlent et écrivent

De décrire le plus adéquatement possible cette façon

Et d'en expliquer les sources et les causes. 

Et non pas :

À imposer des règles concernant la langue française.

À vous maintenant de vous sentir coupable si vous dites le mot «élévateur» au lieu de «ascenseur», un mot créé par l'inventeur d'un élévateur fonctionnant à pression.

Simon

***

Le prix Goncourt (toujours et encore)

J'y reviens parce qu'on m'en a encore parlé cette semaine.

Qu'on se le dise une fois pour toutes :

JE NE LIS PAS LES ROMANS DU PRIX GONCOURT !

(Ni tous les romans, livres, auteurs couronnés par un prix quelconque.)

Le Goncourt :

Il existe depuis 1903 et a donc été attribué 117 fois. Vous en trouverez la liste sur Wikipédia à l'adresse qui suit : «https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Goncourt».

117 fois, 117 noms ? - Non : Romain Gary en été récipiendaire deux fois : la première fois en 1956 (pour Les Racines du ciel) et la seconde sous le nom d'Émile Ajar en 1975 (pour La Vie devant soi). - Y'avait appris, lui, ce qui faisait un Goncourt et en avait profité pour mystifier ceux qui l'attribuent.

En supprimant son nom et les seize derniers récipiendaires (*), on se retrouve avec 100 noms choisis non pas au hasard, mais supposément avec grands soins par les membres d'un jury.

(*) Car, on ne sait jamais, il y aurait peut-être parmi nos lecteurs, certains qui auraient encore en mémoire - sait-on jamais - les noms de Atiq Rahimi (2008), Jérôme Ferrari (2012), Lydie Salvayre (2014), Leïla Slimani (2016), Nicolas Matthieu (2018) et du plus récent récipiendaire, Jean-Paul Dubois (2019), tous destinés à une gloire éternelle.

Parmi ces cent noms, je vous concéderai volontiers qu'une bonne dizaine doivent sans doute, être toujours disponibles en librairie, au moment où j'écris ces lignes, mais pas nécessairement pour le roman pour lequel ils ont reçu leur Goncourt :

  • Henri Barbusse (1916)

  • Marcel Proust (1919) dont le choix, à l'époque a fait scandale car les mauvaises langues disaient qu'il avait été choisi pour des raisons disons «amicales» - Ben quoi : des erreurs peuvent se produire.

  • Henri Troyat (1938)

  • Elsa Triolet (1944)

  • Maurice Druon (1948)

  • Julien Gracq (1951)

  • Simone de Beauvoir (1954)

  • Jean Cau (1961)

  • Bernard Clavel (1968)

  • Antonine Maillet (1979)

  • Marguerite Duras (1984)

  • Yann Queffélec (1985)

  • ...

Douze. Ajoutez-en trois autres. Huit, si vous voulez. Pour un grand total de :

Vingt auteurs sur un total de cent. Vingt pourcent. retenez ce nombre.

Pour ma défense :

Je me considère comme un grand lecteur. Non pas «grand» dans le sens de «astucieux», «subtil», «possédant un jugement sûr» ou tout simplement un «futé», mais dans le sens de «qui lit ou qui a lu beaucoup». Mes lettres de créances : 1) je lis, encore aujourd'hui, de deux à quatre livres par semaine ; 2) j'ai lu, dans une grande proportion tous les classiques : Racine, Molière, Saint-Simon, Voltaire, Rousseau, Proust, Verlaine, Rimbaud... peut-être pas intégralement, mais dans une large mesure (*) ; 3) je lis et lis encore non seulement des livres écrits en français, mais des livres, en traduction ou directement, publiés en langue anglaise, américaine, latine, grecque, espagnole, etc. ; et 4) je m'intéresse depuis toujours à l'histoire de la littérature en général, celle qu'on enseigne (ou qu'on oublie d'enseigner) dans les collèges, lycées ou universités.

(*) La correspondance de Proust (21 vols.), celle de Voltaire (7 volumes dans La Pléiade) je les ai consultées plus qu'autre chose ; j'ai oublié certains poèmes de Verlaine, etc.

Ainsi, dans la liste de mes douze noms, j'en  ai insérés quatre ou cinq parce que j'en ai beaucoup entendu parler et non parce que j'en ai personnellement pris connaissance. Barbusse, par exemple, ou Druon, ou Clavel qui ont écrit des choses sur des sujets qui ne m'ont jamais intéressé ou qu'ils ont traités d'une façon que j'ai jugé trop simpliste. Ce qui ne m'a pas empêché de regarder avec admiration l'adaptation pour la télévision qu'on a fait des «Rois maudits» (de Druon) en 1972. Pour les jeux, entre autres, de Jean Piat et Louis Seigner. - Quant à Simone de Beauvoir, j'ai cru qu'elle devait encore avoir, accidentellement, quelques lecteurs.

Voilà pour ce que j'appellerais mes références ou qualifications.

Vous ne les trouvez pas adéquates ? Vous persistez à dire que tous les jugements en ce qui a trait aux livres et à la littérature sont subjectifs ? Aucun problème :

Dressez votre propre liste. Soulignez les noms des auteurs parmi les cent récipiendaires du Prix Goncourt mentionnés ci-dessus et dites-moi si vous réussissez à retenir plus de vingt noms. - Si vous êtes un lecteur, disons «moyen», je serais prêt à parier que vous aurez de la difficulté à en dégager plus que dix.

Je vais allez plus loin : je vais vous en concéder VINGT-CINQ ! Mais en retour, vous allez me donner raison pour ce qui suit :

Sur CENT Prix Goncourt, distribués entre 1903 et 2003, SOIZANTE-QUINZE POURCENT... 

ont été attribués à des auteurs qui sont tombés dans la plus parfaite oublie après quelques années ou même, dans certains cas, quelques mois, et dont
on n'a jamais republié les ouvrages.

Autrement dit, lorsque vous lirez le prochain Goncourt, il est plus que probable, que vous allez lire, trois fois sur quatre (et je suis très optimiste), un livre qui sera du domaine du passé très rapidement.

Je serais d'ailleurs surpris si vous allez le retrouver en librairie dans les mois qui vont suivre sa publication.

Maintenant, appliquez cette règle à l'ensemble des livres qu'on poublie de nos jours.

Pourquoi perdre 75% de votre temps à lire autre chose que des livres qui non pas vont durer, mais qui ont durés et deurent depuis des années et des années ? Des siècles même.

Moi ? Je m'en tiens particulièrement, quant aux prix littéraires à la boutade (?) de Paul Léautaud (toujours disponible dans les bonnes librairies, lui) :

«Moi ? Gagner un prix littéraire ? Je me sentirais déshonoré.»

Et ce que je viens de dire s'applique particulièrement aux listes qu'on publie de temps à autres, basées sur les lecteurs d'un magazine, d'un groupe littéraire ou de discussions entre amis. 

Un libraire m'a déjà dit un jour qu'avec une bonne publicité TOUT se vendrait aujourd'hui. - Pas sûr. - Il faudrait une publicité sans pareil pour DONNER certains Goncourt aujourd'hui.

Et de Bernard Pivot, cette grande pensée :

«Aujourd'hui, toute le monde publie sauf... quelques auteurs.»

Simon

 *

Romans policiers

Un nouveau commentaire et deux annexes ont été ajouté à la série. - Voir ICI.

 

Le courrier


Mme Pierette Guay - Christchurch, Nouvelle Zélande

De l'utilisation de la virgule dans la poésie de John Milton.

M. Chatles Dumoulin - Grasse, France

Le mot anglais «entrepreneur» n'a pas d'équivalent en français. Ni le mot «commuter» d'ailleurs.

M. Désiré Givry - Régina, Saskatch... Sasquat... Saskwa... SK

«La pensée parallèle des moines contestataires de l'Afghanistan lors du grand schisme de mil cinquante quatre.» (Michel Regnier)

M. Aloin Saucier - Bredene, Belgique

«La fabrication des archets de violons en Auvergne au dix-septième siècle» (Partie 1 et 2) - Sur France 2.

M. Jacques Bourgeois - Saratoga Spring, New York

Etch-a-Sketch

Mrs. Amanda Samantha Amanda - Tuscaloosa, Alabama 

8 pourcent.

 

Dédicace


Cette édition du Castor est dédiée à :

 

Jackie Gleason
(1916-1987)

Alias :

Reginald Van Gleason III
Joe the Bartender
Charlie Bratten
Rum Dum
Fenwick Babbit
The Bachelor
Rudy the Repairman
Poor Soul
Stanley R. Sogg

Ralph Kramden

et

The Great One

 

Le(s) mot(s) de la fin


Insultes à la Audiard :

  • Faut pas parler aux cons, ça les instruit
  • Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche
  • Heureux sont les fêlés car ils laisseront passer la lumière
  • La justice, c'est comme la Sainte Vierge, si on ne la voit pas de temps en temps, le doute s'installe
  • Dans les situations critiques, quand on parle avec un calibre bien en pogne, personne ne conteste plus. Y'a des statistiques là-dessus.
  • Si ton grand-père n'est pas banquier, veux-tu me dire à quoi ça sert d'être juif
  • Quand les types de 130 kilos disent quelque chose, les types de 60 kilos écoutent
  • Pourquoi certains n'auraient pas tout ? Il y en a qui n'ont rien. Ça fait l'équilibre.

*

Il y a dix ans dans le Castor™ :

«L'éducation religieuse ?

Elle consiste à expliquer pourquoi il faut suivre les conseils, avis et recommandations d'un groupe de sages dont le symbole est un homme cloué sur deux planches de bois ou d'un autre groupe dont les membres se tournent vers l'est sept fois par jour ou d'un troisième dont les adeptes s'assoient dans la position du lotus, d'un quatrième dont le système de justice consiste, entre autres, à lapider, d'un cinquième...

Personnellement, je crois que Jésus-Christ, lors de son retour sur terre, n'appréciera pas qu'on ait affiché pendant des siècles des croix un peu partout. - Les dieux, généralement, ont la mémoire longue.
»

(Son éminence, le Cardinal Moe Spitzman)  

 

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Salaberry-de-Valleyfield
Consulter leur site :
https://girouxchocolatier.ca

***

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Tour Marshalluk - Quartier Universitaire - Napierville

Téléphone : 88-06 - Sonner deux coups.

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Téléphone : 88-09 - Demandez Sam.

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Autres sites à consulter :


Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro

 

Notes et autres avis :


Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est , depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

Nous rappelons à notre aimable clientèle que :

1 - L'édition régulière du Castor™ paraît le 1er lundi de chaque mois.

2 - L'édition corrigée du Castor™, destinée au marché américain, paraît le 1er jeudi de chaque mois.

3 - De mini-éditions peuvent paraître le 2e ou 3 lundi de chaque mois.

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Frequenter hortatus es ut opiniones, si quas paulo curatius scripsissem,           
colligerem plublicaremque. Superest ut nec te consilii nec me paeniteat obsequii...
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(Pline le Jeune à son ami Septicus)         )