Volume XXIX, n° 12 - v. 1.7 Le seul hebdomadaire de la région publié une fois par mois Le 5 août  2019

 
    
Sommaire :

Au programme cette semaine :

Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon - Les vacances - Un jour de repassage - Henry Marie Joseph Frédéric Expedite Milton de Montherlant - Jean Bruno Wladimir de Paul le Fèvre d'Ormesson - Rémi Tremblay, Drain français & Les Pléiades - Cary Grant - Misogynie - Louis-Ferdinand Céline - Paragraphes, alinéas, lecteurs électroniques et lecture rapide - Une femme qui ne pense pas comme celles de son âge - Jorge Francisco Isodoro Luis Acevedo Borges - Jean Anouilh - Charles Trenet - Jack Kerouak, Tom Waits, Rownes Van Zandt et Mort Shuman - Julian Hartridge Green.

Bonne lecture !

 

 

         Chroniques

 
      Simon Popp

Devise 

On reproche - trop souvent d'ailleurs - aux responsables du Castor™ de publier, surtout avant sa version (corrigée) destinée au marché américain (celle qui paraît le premier jeudi du mois), une ou des versions contenant des fautes de frappe, des erreurs grammaticales ou de vocabulaire quand ce ne sont pas des anglicismes, des canadianismes ou des affirmations contradictoires. À cela, j'ai suggéré de mettre immédiatement en dessous de son bandeau la devise suivante, tirée des Mémoires de Saint-Simon :

«Pour bien corriger ce qu'on a écrit, il faut savoir bien écrire.»

Mais cela m'a été refusé.

Misogyne, Moi ?

Oui, je suis misogyne : je déteste les femmes qui se croient non seulement supérieures aux hommes, mais tout simplément égales à eux. Celles-là sont aussi stupides que les hommes qui se croient supérieurs aux femmes. mais ma misogynie s'arrête là.

Oh, j'ajouterai que je n'aime pas les femmes vulgaires, mais je n'aime pas les hommes vulgaires non plus. - Disons que je suis non pas misogyne, mais partiellement misanthrope.

*

Excusez-moi, mesdames, si je ne vous comprends pas toujours (lire : si je ne vous comprends que rarement), mais je suis convaincu d'une chose : vous n'êtes ni égales, si supérieures, ni inférieures aux hommes ; vous êtes différentes. Et si l'histoire vous a souvent reléguées dans une classe humanitaire peu enviable, c'est la faute aux hommes qui ne tenaient pas à s'y retrouvés seuls et qui ont eu haut la main sur sa rédaction.

Parmi les femmes que je considère dignes de la plus haute estime et à qui - corrigez-moi si j'ai tort - je suis consentant à soulever mon chapeau et même devant qui je voudrais me mettre à genoux pour les admirer, comptez sur (*) : Marie Curie, Rosa Parks, Jane Austen, Mary Wollstonecraft, Henriette Dessaulles, Virginia Woolf, Rosa Luxemburg, Wanda Landowka, Emmeline Pankhurst, Ada Lovelace, Clara Schumann (une récente découverte) et bien d'autres.

(*) Les liens renvoient vers Wikipédia.

Mais si, à ces noms, vous voulez que j'ajoute ceux de la Princesses Diana, Mère Thérésa et Simone de Beauvoir, je vais vous prier de m'excuser.

Je n'ai qu'une question à vous poser : comment pouvez-vous à la fois accepter d'être adorées et de vous faire traiter en inférieures ?

Note pour l'éditeur : Veuillez retirer cette dernière phrase de la version finale. 

***

De la difficulté de lire certains livres
(Ou : Une drôle de question - Suite)

(Voir la section «Lectures» du précédent Castor™)

Nous vous avons promis le mois dernier, Copernique et, selon la formule consacrée, celui qui a l'honneur de signer ces modestes lignes, de vous écrire quelques trucs pour apprendre à lire plus rapidement or, j'avais oublié que Copernique allait être absent la première moitié du mois (jusqu'au 15) et que j'allais être absent la dernière moitié (à partir du 17)... Nous n'en avons conséquemment pas eu le temps, mais qu'à cela ne tienne, nous avions déjà préparé deux textes ou plutôt deux variantes du même texte que nous joignons à la présente édition du Castor™ :

Premier texte, tel que publié aux Éditions Belles Lettres

Deuxième texte, tel que réorganisé pour être lu.

... sur lesquels je reviens dans une minute. (Deux ou trois, si vous lisez lentement.)

*

Tout découle d'une remarque que j'ai faite à propos des alinéas et des paragraphes dans laquelle je disais que certains auteurs, dont Henry James, avait tendance, après avoir exprimé une idée, à insérer immédiatement à la suite - et donc dans un même «paragraphe» - tous les détails, exemples ou preuves à l'appui rendant la lecture de ces sections de texte ainsi constitués fort désagréable et souvent fastidieuse.

Oui, il y a des exceptions à cette «règle» :

Proust, entre autres, est un de ceux qui se sont servis de ces longues, presque artificielles, sections de textes (les textes contenus entre deux alinéas) pour diverses raisons parmi lesquelles on retrouve celle de ralentir la rapidité à laquelle on pourrait le lire et dont l'utilité devient évidente au fur et à mesure qu'on finit par s'adapter à son style. Joyce et Virginia Woolf ont fait de même pour, cependant, d'autres effets. mais il s'agit là de véritables exceptions. 

À l'origine, on peut comprendre que la rareté et le coût des matériaux sur lesquels on écrivait ont fait en sorte qu'on a essayé d'éviter les espaces vides entre mots et phrases, mais aujourd'hui ?

Aujourd'hui, au grand dam de ceux qui sont convaincus que les livres-papier sont là pour rester (les mêmes qui considéraient les lampes à l'huile comme la première et dernière source d'éclairage de même que les chevaux comme unique moyen de transport au début du siècle dernier), cette manie n'a plus sa raison d'être sinon, marketing-wise, de laisser croire qu'un livre n'est pas aussi volumineux qu'il l'est en réalité. 

C'est un vieux truc que ne dédaigna pas Proust lorsqu'il fut question de publier la première partie de son À la recherche du Temps perdu chez Grasset à qui il suggéra même de joindre artificiellement plusieurs paragraphes afin de rendre cette première partie plus compacte. Sauf que ni lui, ni Grasset, ni tous les éditeurs qui allaient les suivre, n'avaient pas prévu les manipulations qu'on pourrait faire de ce premier volume et des subséquents lors de la venue de leur édition en format électronique. 

Car, outre le fait qu'on ne peut vraiment pas juger de la longueur d'un livre distribué sous la forme d'un fichier informatique, on peut, électroniquement faire plusieurs choses :

D'abord - cela j'en ai déjà parlé, je crois - on peut effectuer dans les trois mille et quelques pages de la Recherche (aujourd'hui quatre mille pages et plus, fort peu attirantes. dans sa dernière édition papier - en quatre volumes dans La Pléiade) des recherches en l'espace de quelques secondes.

Ensuite, on peut augmenter ou diminuer la grosseur des caractères (fonte) de n'importe quel volume à sa guise pour en rendre la lecture plus facile.

Et surtout - ce que je me permets souvent - de doubler les retours de chariot pour espacer davantage les alinéas existants et ajouter un alinéa à toutes les fois qu'on rencontre un point qui termine une phrase.

Cela, nous en donnerons, Copernique et moi quelques exemples ... éventuellement.

Pour le moment, voyez les deux textes ci-joints et jetez un coup d'oeil sur le premier formé de longs et pénibles paragraphes et regardez - nous les avons mis en caractères gras - les passages que nous suggérons de lire dans le deuxième.

Et dites-nous, après les avoir lus, si vous pensez avoir compris l'essentiel de son contenu...

(À suivre)

Simon

 

      Herméningilde Pérec


Publier ou non ?

C'est Simon, si je me souviens bien, qui a cité il y a un bout de temps déjà [*] (et qui le cite encore une fois aujourd'hui, à propos de d'Ormesson) Jorge Luis Borges qui écrivait en 1986 :

«Comme Coleridge, j'ai toujours su, dès mon enfance, que mon destin serait littéraire. Je ne savais pas alors que - comme le pensait Emily Dickenson - la publication n'est pas la partie essentielle du destin d'un écrivain.»

[*] Le Castor™ du 7 mars 2016 (Note de l'éditeur)

C'est une chose à laquelle nous pensons souvent, ici, chacun de notre côté et qui fait l'objet de discussions parfois en groupe au moment où nous nous réunissons pour planifier l'édition de ce journal-revue-magazine-périodique-électronique (appelez-le comme vous voudrez) qu'est Le Castor™, «le seul hebdomadaire de la région publié une fois par mois».

Simon, encore une fois, qui non seulement ne tient pas précisément à publier ce qu'il appelle ses fugitives divagations, et qui s'est presque objecté à ce qu'on les réunisse en ordre chronologique à la demande de certains lecteurs, écrivait à leur propos :

«Pas question, dans mon cas, de faire un best of, comme on l'a fait pour Copernique, car je n'ai justement pas de best of : que des annotations, souvent banales, insignifiantes même, et, oui, où il est évident que je suis très, mais alors très grognon

Tout en souhaitant à chacun de ses éventuels lecteurs de ne pas avoir «...patience de les relire en une session [comme il a dû le faire], car il risquera ainsi, de se retrouver avec une écoeurantite aigüe.»

*

- Oui, mais l'on publie puisque des lecteurs nous écrivent ou nous parlent de nos textes quand on les rencontre, disait Jeff Bollinger lors d'une de nos dernières rencontres.

- À qui le dites-vous !, ajouta Madame Malhasti

- Même qu'on me dit qu'une femme de mon âge ne pense pas ce que je pense !, renchérit Madame Gauvin

Et à Simon, toujours, de reprendre la parole en insistant pour dire qu'il se répétait pour la nième fois :

«Faites ce que vous voulez, pensez ce que vous voulez, mais continuez d'écrire. Pour publier ou ne pas publier. Cela n'a pas beaucoup d'importance. L'important, c'est de mettre en ordre ce que vous pensez, pour pouvoir ensuite corriger vos erreurs, changer de points de vue, cerner en quelque sorte qui vous êtes et constater avec le temps que vous évoluez. C'est le principe même de la libre-pensée, de la liberté. Totale et absolue.

«Publier ? Oui, si vous y tenez absolument. À condition que ce ne soit pas pour la gloire, la postérité ou pour faire de l'argent. Pour ça, il y a la littérature alimentaire ou populaire - Non : on fait lire aux autres ce que l'on a écrit pour vérifier si l'on pense non pas correctement, mais de façon compréhensible. À quoi peut servir un traité de métaphysique si aucun des métaphysiciens n'y comprend rien ?

«J'ai trop connu d'écrivains, de poètes, de musiciens, de peintres et même deux ou trois cinéastes qui se disaient incompris. - Mon opinion a toujours été la même : c'est qu'ils étaient incompréhensibles. Que leur vanité leur faisait penser qu'éventuellement (généralement après leur mort), ils seraient compris, tant mieux ou tant pis, mais je n'ai permis à aucun de me faire accroire qu'ils étaient des génies. Or :

Les génies finissent toujours par se faire comprendre. 
Même Joyce a réussi. 
Et de son vivant !

[...]

«Madame Gauvin, si on vous dit que les femmes de votre âge ne pensent pas ce que vous écrivez, vous est-il déjà venu à l'esprit que : 1) vous ne fréquentiez pas leurs milieux, que le vôtre était différent et 2) que si celles qui vous disent cela écrivaient, pensez-vous qu'elles seraient toujours du même avis ?»

Ça a  comme clos le débat. Pour cette journée-là.

*

En attendant, nous poursuiverons, pour la quelque centaine de lecteurs qui nous lisent - peut-être plus (nous n'avons pas les moyens de nous payer un compteur adéquat) car certains mois, c'est à deux, trois mille qu'on entre dans notre réseau - à mettre en ordre nos idées.

H. Pérec

P.-S. - Ajout de Simon Popp :

Merci Hermy d'avoir assez bien résumé ma pensée sur la publication ou non de ses écrits, mais il y a deux ou trois points je voudrais l'éclaircir un peu  plus :

1) À propos de la pensée de Borges :

Je crois que Borges n'a pas voulu dire que publier était une absurdité. La preuve est qu'il a passé sa vie à écrire et à être publié. Ce qu'il a dit, ou laissé sous-entendre, est qu'on peut parfaitement vivre une vie littéraire ou profondément axée autour de la littérature en ne publiant pas, c'est-à-dire qu'on peut en marge de la littérature être libraire, bibliothécaire, directeur d'un journal ou même professeur de littérature... quoique j'ai connu des professeurs «de français» - ou même de latin - qui n'avaient pas, à cinquante ans, encore lu la moitié de ce que j'avais lu à vingt...

2) Et là, je continue à me répéter :

On ne pense pas en mots et en lettres. Notre pensée est diffuse. Elle se crée à partir d'images, de sons, d'odeurs, de sensations à partir desquels on a l'impression de penser alors que nos véritables pensées proviennent d'une analyse de ces impressions sous la forme de mots et de phrases lesquels, par exemple, nous permettent de comprendre qui étaient les Grecs et les Romains de l'antiquité alors qu'il nous reste presque rien des civilisations sans écriture... sans littérature.

Simon

 

       Copernique Marshall

 Ferias

Une légende veut qu'Einstein, à Princetown, devait, à tous les ans, se soumettre, comme tous les professeurs de cette institution, à un examen médical et qu'un jour, ayant noté d'évidents signes de fatigue chez l'auteur de «La relativité restreinte» et de «La relativité générale», le médecin qui venait de l'examiner lui conseilla de prendre quelques semaines de vacances. «Des vacances ? lui demanda le savant. Que voulez-vous dire ?»

«Pensez, lui répondit le praticien, à ce que vous avez toujours voulu faire dans la vie et que vous n'avez jamais eu le temps et faites-le pendant deux, trois semaines.»

Le lendemain, Einstein était de retour dans son laboratoire.

Je ne suis pas Einstein, mais si on m'offrait, aujourd'hui, la possibilité de faire ce que j'ai toujours voulu faire dans la vie, je retournerais à mes «affligeants travaux» à l'aube, dès demain matin. - Et je ne suis pas le seul dans mon cas :

 - Simon me dit régulièrement que même s'il est aujourd'hui à la retraite, il continue de faire ce qu'il a toujours fait depuis aussi longtemps qu'il puisse s'en rappeler : il continue de lire, de se renseigner sur ce qu'il lit, de mener de petites enquêtes et d'émettre son opinion.

- Madame Malhasti me confirme qu'elle n'a jamais cessé d'écrire depuis qu'elle a, de peines et de misères, écrit son premier poème.

- Paul, notre disk-jockey me dit la même chose : il ne se passe pas une journée sans qu'il écoute de la musique.

- Monsieur Pérec, on n'en parle pas, mais même Jeff se dit bien satisfait dans son job et dans sa famille

Seule, Madame Gauvin est quelque peu réticente à dire que son travail la satisfait pleinement. «J'aimerais mieux m'occuper de mon jardin et de mon fils» dit-elle quand on lui demande ce qui la rendrait heureuse. «Alors pourquoi ? - Une question d'alimentation", dit-elle.

Alimentation, survie, avoir un minimum de confort, tout cela est fort compréhensible, mais - doit-on le répéter ? c'est un véritable truisme - la vie moderne avec ses bureaux, ses usines, ses appartements en ville ou ses pavillons en  banlieue sont largement responsables de cet état de choses qui est loin d'être l'exception. - Dire à Madame Gauvin qu'elle aurait pu choisir de devenir jardinière ou horticultrice ne fait qu'ajouter de l'huile sur le feu. - Reste la solution de tout faire pour aimer son travail, mais vous en connaissez, vous, des gens qui ont songé sérieusement, jeunes, à travailler dans un abattoir ou de vidanger des égouts ?

Bon, les choses ont bien changé depuis Les misérables de Victor Hugo, avec les syndicats d'ouvriers, les lois concernant les heures et les conditions de travail, mais on est loin, très loin de la coupe aux lèvres.

Les quelques jours où j'ai été absent récemment ?

Je les ai passés avec Cléo, mon épouse, chez Marie, ma fille, et son fils (3 ans cette année !) à une cinquantaine de kilomètres au nord (est) de Boston où son mari, Paul, avait loué une superbe maison au bord de la mer.

Sauf que, comme dit Simon souvent, pas intelligent et désorganisé comme je le suis, j'ai amené et relu Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline...  

Copernique

 

       Jeff Bollinger


Sur l'efficacité de la ligne Maginot

Je ne m'implique jamais dans les discussions où il est question de la disparition éventuelle des livres et de leur remplacement par des écrans tactiles. C'est une chose qui va se régler toute seule avec, peut-être, la transformation des grandes bibliothèques en musées.

Après tout, va-t-on vraiment détruire des bibliothèques qui sont, en fait, des musées ? Celle-ci, par exemple :

Bibliothèque de l'Abbaye de Saint-Florian en Autriche
(Photo [©] de Reinhard Görner)

Est-ce que, vraiment, on y effectue encore des recherches ? Peut-on y emprunter des livres ? Et où sont les endroits où l'on peut brancher son ordinateur ?

Par contre, ce qui m'inquiète, ce sont - après quoi ? deux et même trois décennies - les sites Internet sur lesquels on peut se fier.

Je cherchais l'autre jour des informations sur les grandes pyramides d'Égypte et suis tombé sur une série de sites où l'on en explique l'origine et la construction à des extraterrestres.

Vous avez déjà recherché sur Internet  une bonne, une vraie, une recette de soupe aux tomates qui peut vraiment être faite dans une cuisine ordinaire ? 

Des dix-huit dictionnaires de français disponibles, lequel consulter ?

Oh, à la rigueur, on peut toujours se fier à son jugement, mais qu'enseigne-t-on dans les écoles et les collèges aujourd'hui où tous les élèves finissent par se ressembler à la fin de leurs études ?

Chose qui continue de me frapper : les grands savants du passé semblent avoir réussi à développer leur connaissance malgré ce qu'ils ont appris de leurs prédécesseurs.

Sauf que j'ai des enfants... qui devront apprendre que : 

8/2(4) n'égale pas 16 mais 1

(Selon PEMDAS)

Jeff

 


Malheureusement le fichier contenant la chronique de Madame Gauvin pour cette édtion du Castor s'est avéré illisible et nous n'avons pu la rejoindre avant son départ  pour ses vacances annuelles.

Elle vous reviendra en septembre.

La direction

 

        Fawzi Malhasti


Morceau choisi

Les jours de repassage...

Les jours de repassage,
Dans la maison qui dort,
La bonne n'est pas sage
Mais on la garde encore.

On l'a trouvée hier soir,
Derrière la porte de bois,
Avec une passoire, 
Se donnant de la joie.

La barbe de grand-père
A tout remis en ordre
Mais la bonne en colère 
A bien failli le mordre.

Il pleut sur les ardoises,
Il pleut sur la basse-cour,
Il pleut sur les framboises,
Il pleut sur mon amour.

Je me cache sous la table.
Le chat me griffe un peu.
Ce tigre est indomptable
Et joue avec le feu.

Les pantoufles de grand-mère
Sont mortes avant la nuit.
Dormons dans ma chaumière.
Dormez, dormons sans bruit.

Berceau berçant des violes,
Un ange s'est caché
Dans le placard aux fioles
Où l'on me tient couché.

Remède pour le rhume,
Remède pour le coeur,
Remède pour la brume,
Remède…

Charles Trenet - La folle complainte

Fawzi

 

         De notre disc jockey - Paul Dubé


Poésie et musique

Voici ce que je lisais récemment de la plume de Guy Erisman (1) à propos de Charles Trenet :

«On a dit à juste raison que l'auteur de La Mer, d'Une noix et de dizaines de chansons parsemées d'images simples et touchantes, était un poète. 

«Certes oui, mais je ne lui ferais pas injure en disant qu'il n'est pas un poète "lisible". Trenet est un poète d'images et ce sont ses chansons, en tant que telles, qui sont [du domaine de la] poésie. Poète de l'image mais aussi parfois poète de l'absurde (comme il joue de l'allitération et de l'onomatopée !), poète de la fantaisie usant du sortilège des mots, mais ce sortilège ne se révèle que dans la chanson chantée mais non à la lecture.»

(Histoire de la chanson - Éditions Hermès - Paris, 1967, p. 174)

Je me suis rappelé ce passage en écrivant des commentaires à un de mes amis qui vient de publier son troisième recueil de poésies (2) en lui soulignant que si, à cause de mon âge, j'avais de la difficulté à comprendre sa langue et le message qui se dégageait de ses vers, j'ai été quand même impressioné par la «musique» qui ne cessait de résonner dans ma tête en lisant son texte et que, compte tenu de cette «musique», je serai plus enclin, à sa place, à écrire des chansons plutôt que des poèmes.

Et là, peut-être a-t-il compris que son véritable travail ne faisait que débuter.

Des poètes dont certaines choses ont été mises en musique, il y en a eu plusieurs et d'excellentes façons : Baudelaire, Rimbaud et Verlaine (surtout) par Ferré, Aragon par Ferrat et même de Banville et Villon par Brassens. Et puis, il y a eu également de véritables poètes qui ont chanté leurs oeuvres plutôt que de les écrire. On connaît entre autres mon admiration pour Lucien Francoeur, Bob Dylan et même Johnny Cash (sans oublier Jerry Boulet dont «Avec la voix que j'ai...» est un véritable bijou - pour ne pas dire «chef-d'oeuvre»). - Et il ne faut pas mourir sans avoir entendu chanter Rutebeuf par Joan Baez...

Or, voici que mon ami-poète me revient avec un CD récent (j'imagine) qui s'intitule «La nuitte est ma femme» d'un groupe qui s'appelle Les Pléiades dont les six enregistrements qu'il contient sont basés sur des textes de Jean-Louis (Jack) Kerouac.

Un seul problème : 

Si Kerouac en tant qu'auteur mérite un détour (à lire son On the Road ou Sur la route que je considère, pour ma génération, plus important que The Catcher in the Rye de Sallinger), il n'a jamais été, à mon avis, un véritable poète. Vaut mieux, de ce côté, se diriger vers Tom Waits, Rownes Van Zandt ou même Mort Shuman (tant qu'à y être)...

En voici (du CD) un extrait :

Cliquez sur la note : Second

***

(1) Pour savoir qui est le personnage qu'est Guy Erisman, consultez la page que Wikipédia lui a consacrée.

(2) Rémi Tremblay - Drain français (Vers politiques libres) - Illustrations de Fadoul - Les éditions Bouche Cousue, 2019.

Note : pour nos suggestions et enregistrements précédents, cliquez ICI

***

Et pour notre émission radio :

Note : temporairement hors d'usage

paul

 

 

L'extrait du mois


Antigone de Jean Anouilh

Un mot de moi :

Est-ce vous allez au théâtre ?

Je n'y vais plus ou à peu près plus depuis des années. Pourtant, il y a beaucoup de choses que j'aimerais y revoir, ou tout simplement voir.

L'Antigone de Jean Anouilh, par exemple. Notamment pour son prologue que voici.

*

DECOR

Un décor neutre. Trois portes semblables. Au lever du rideau, tous les personnages sont en scène. Ils bavardent, tricotent, jouent aux cartes.

Le Prologue se détache et s'avance.

LE PROLOGUE

Voilà. Ces personnages vont vous jouer l'histoire d'Antigone. 

Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout à l'heure, qu'elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. Elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout... 

Et, depuis que ce rideau s'est levé, elle sent qu'elle s'éloigne à une vitesse vertigineuse de sa soeur Ismène, qui bavarde et rit avec un jeune homme, de nous tous, qui sommes là bien tranquilles à la regarder, de nous qui n'avons pas à mourir ce soir. 

Le jeune homme avec qui parle la blonde, la belle, l'heureuse Ismène, c'est Hémon, le fils de Créon. Il est le fiancé d'Antigone. Tout le portait va vers Ismène : son goût de la danse et des jeux, son goût du bonheur et de la réussite, sa sensualité aussi, car Ismène est bien plus belle qu'Antigone ; et puis un soir, un soir de bal où il n'avait dansé qu'avec Ismène, un soir où Ismène avait été éblouissante dans sa nouvelle robe, il a été trouver Antigone qui rêvait dans un coin, comme en ce moment, ses bras entourant ses genoux, et il lui a demandé d'être sa femme. Personne n'a jamais compris pourquoi. Antigone a levé sans étonnement ses yeux graves sur lui et elle lui a dit « oui » avec un petit sourire triste... L'orchestre attaquait une nouvelle danse, Ismène riait aux éclats, là-bas, au milieu des autres garçons, et voilà, maintenant, lui, il allait être le mari d'Antigone. Il ne savait pas qu'il ne devait jamais exister de mari d'Antigone sur cette terre et que ce titre princier lui donnait seulement le droit de mourir. 

Cet homme robuste, aux cheveux blancs, qui médite là, près de son page, c'est Créon. C'est le roi. Il a des rides, il est fatigué. Il joue au jeu difficile de conduire les hommes. Avant, du temps d'Oedipe, quand il n'était que le premier personnage de la cour, il aimait la musique, les belles reliures, les longues flâneries chez les petits antiquaires de Thèbes. Mais Oedipe et ses fils sont morts. Il a laissé ses livres, ses objets, il a retroussé ses manches, et il a pris leur place. Quelquefois, le soir, il est fatigué, et il se demande s'il n'est pas vain de conduire les hommes. Si cela n'est pas un office sordide qu'on doit laisser à d'autres, plus frustes... Et puis, au matin, des problèmes précis se posent, qu'il faut résoudre, et il se lève, tranquille, comme un ouvrier au seuil de sa journée. 


Prologue d'Antigone au théâtre de l'Atelier en 1944 dans la mise en scèene d'André Barsacq
(photo deTobert Doineau)

La vieille dame qui tricote, à côté de la nourrice qui a élevé les deux petites, c'est Eurydice, la femme de Créon. Elle tricotera pendant toute la tragédie jusqu'à ce que son tour vienne de se lever et de mourir. Elle est bonne, digne, aimante. Elle ne lui est d'aucun secours. 

Créon est seul. Seul avec son petit page qui est trop petit et qui ne peut rien non plus pour lui. Ce garçon pâle, là-bas, au fond, qui rêve adossé au mur, solitaire, c'est le Messager.C'est lui qui viendra annoncer la mort d'Hémon tout à l'heure. C'est pour cela qu'il n'a pas envie de bavarder ni de se mêler aux autres. Il sait déjà... 

Enfin les trois hommes rougeauds qui jouent aux cartes, leurs chapeaux sur la nuque, ce sont les gardes. Ce ne sont pas de mauvais bougres, ils ont des femmes, des enfants, et des petits ennuis comme tout le monde, mais ils vous empoigneront les accusés le plus tranquillement du monde tout à l'heure. Ils sentent l'ail, le cuir et le vin rouge et ils sont dépourvus de toute imagination. Ce sont les auxiliaires toujours innocents et toujours satisfaits d'eux-mêmes, de la justice. Pour le moment, jusqu'à ce qu'un nouveau chef de Thèbes dûment mandaté leur ordonne de l'arrêter à son tour, ce sont les auxiliaires de la justice de Créon. 

Et maintenant que vous les connaissez tous, ils vont pouvoir vous jouer leur histoire.

 Elle commence au moment où les deux fils d'Oedipe, Etéocle et Polynice, qui devaient régner sur Thèbes un an chacun à tour de rôle, se sont battus et entre-tués sous les murs de la ville, Etéocle l'aîné, au terme de la première année de pouvoir, ayant refusé de céder la place à son frère. Sept grands princes étrangers que Polynice avait gagnés à sa cause ont été défaits devant les sept portes de Thèbes. Maintenant la ville est sauvée, les deux frères ennemis sont morts et Créon, le roi, a ordonné qu'à Etéocle, le bon frère, il serait fait d'imposantes funérailles, mais que Polynice, le vaurien, le révolté, le voyou, serait laissé sans pleurs et sans sépulture, la proie des corbeaux et des chacals...

 Quiconque osera lui rendre les devoirs funèbres sera impitoyablement puni de mort.

*

Pendant que le Prologue parlait, les personnages sont sortis un à un. Le Prologue disparaît aussi. L'éclairage s'est modifié sur la scène. C'est maintenant une aube grise et livide dans une maison qui dort. Antigone entr'ouvre la porte et rentre de l'extérieur sur la pointe de ses pieds nus, ses souliers à la main. Elle reste un instant immobile à écouter. La nourrice surgit...

Fawzi

 

Book Review - Lectures


Les textes qui suivent - et les précédents - ne doivent pas être considérés comme de véritables critiques au sens de «jugements basés sur les mérites, défauts, qualités et imperfections» des livres, revues ou adaptations cinématographiques qui y sont mentionnés. Ils se veulent surtout être de commentaires, souvent sans rapport direct avec les oeuvres au sujet desquelles les chroniqueurs qui les signe désirent donner leurs opinions, opinions que n'endosse pas nécessairement la direction du Castor™ ni celle de l'Université de Napierville.

Pour en finir avec Jean d'Ormesson

On m'a reproché récemment d'avoir été bien sévère, il y a quelque temps, envers Jean d'Ormesson. - Dans Le Castor™ du 6 mars 2017 , par exemple, celui où j'ai parlé de  son «Dieu, les affaires et nous» paru chez Laffont en 2015, et puis dans celui du 2 octobre 2017 où j'ai pousé l'audace de ne pas avoir trop aimé son «Guide des égarés» paru chez Gallimard en 2016.

Vous pouvez consulter, mais essentiellement, j'y ai dit d'abord et avant tout qu'il me restait de lui un très grand (j'insiste) et un très beau (j'insiste à nouveau) souvenir : celui d'avoir lu son «Au plaisir de Dieu» dès sa sortie, en 1974, sauf que j'ai mentionné, à la lecture de ces deux «dernières» parutions d'avoir bien pris note de ne pas, quand j'aurai son âge, vider mes tiroirs en précisant tout de même, dans un post-scriptum ceci :

«Jean d'Ormesson a déjà déclaré, à la télé, qu'il aurait voulu être écrivain, mais que le jeu de la célébrité lui avait fait rater sa carrière. - À le lire, je suis tout-à-fait d'accord. - Qui a déjà dit, à propos d'Anatole France qu'il était malheureux que tant de talents aient servi à n'écrire que des platitudes ? - Je ne saurai être aussi cruel envers d'Ormesson.»

Et puis, par rapport spécifiquement de son «Guide des égarés», j'ai - je l'avoue - osé écrire ceci :

«Heureusement, par rapport aux six cents pages de Dieu, les affaires et nous (28 cm X 18 cm), les cent vingt pages (22 cm X 14 cm), du Guide des égarés se lisent rapidement et les banalités, les lieux communs, les truismes mêmes qu'il contient n'ont pas tout à fait le temps de développer l'ennui ressenti à la lecture de Dieu, les affaires... »

Sauf que, masochiste comme je suis - et aussi curieux -, je me suis penché sur deux autres titres avant de reléguer les livres que j'ai de lui dans l'arrière-partie de ma bibliothèque :

UN

Paru en 2007 aux Éditions d'Héloïse d'Ormeson (sic) : «Odeur du temps (chroniques du temps qui passe)» - 480 pages - fut une sorte de prédécesseur au «Dieu, les affaires et nous» mentionné ci-dessus.

DEUX

Paru chez Gallimard en 1989, «Garçon de quoi écrire» - 282 pages - qui est un simili-interview de D'Ormesson par François Sureau, auteur de deux essais et d'un roman, membre du conseil d'État et directeur adjoint de CERUS.

*

J'ai jeté un coup d'oeil, mais un assez long quand même. sur le premier qui, heureusement, contient un index des différentes chroniques que d'Ormesson a repiquées parmi les centaines (milliers) qu'il a écrites du temps où il était au Figaro. Cela m'a permis d'en lire, par curiosité, une trentaine sur la centaine (et plus) qu'il contient. - Ma note ? 2.5 sur 5. - Essentiellement pour des choses comme ceci :  Qui s'intéresse encore, aujourd'hui, à Jean-Paul Toulet ou la grande passion littéraire entre Benjamin Constant et Germaine de Staël ? - Et cherchez dans votre entourage ceux qui ont entendu parler ou qui se souvienne de la femme de chambre de la baronne Putbus...

Du second, j'ai lu tout son contenu, page par page, du début à la fin et vous savez à qui j'ai pensé ?

À Groucho Marx qui, lors de son unique passage au Carnegie Hall de New York en 1972 (il a alors 82 ans), entra en scène de sa coutumière façon, mais avec un violon à la main. Une fois rendu au micro et après que les applaudissements (qui n'en finirent plus), il dit tout simplement : «I understand Jack Benny was here not too long ago. Well, I've had just about enough of Jack Benny and his violin !» - («Si j'ai bien compris Jack Benny était ici, il n'y a pas très longtemps. Vous savez quoi ? J'en ai jusque-là de Jack benny et de son violon !». De là, il jetta celui qu'il avait entre les mains sur le sol et le piétina jusqu'il n'en reste rien.

Well, I had just about enough of Jean d'Ormesson, his smile and his blue eyes. (J'en ai jusque là de Jean D'Ormesson, de son sourire et ses yeux bleus.)

Je n'irai pas lui faire l'honneur et brûler ses livres dans un autodafé, mais je vais quand même ajouter que :

D'Ormesson a beau écrire très bien (un modèle même !), mais bout de bon Dieu qu'il est ennuyant ! Et, malgré sa «jubilation collective» (c'est ce qu'on peut lire sur la couverture de son «Odeur du temps»,) il n'est pas drôle du tout. 

Il a cependant des opinions sur tout. 

Ce n'est pas défendu. - Au jour le jour. - Mais les réunir, des mois, des années plus tard, dans un volume ?

Il ne se pose vraiment pas quand même en homme qui-sait-tout, mais il est capable d'en donner une image parfaite, lançant en quelques minutes des dizaines d'anecdotes, répartis et citations de personnages illustres qu'il a rencontrés ou en provenance des centaines de milliers de volumes qu'il a lus au cours de sa vie, insistant, comme il se doit, sur ses failles personnelles, ses défauts et ses erreurs (la plupart en rapport avec des pécadilles). - Et en cela, il finit par être lassant car, en plus, je le répète : il ne sait pas rire.

(Un autre, non plus, qui ne sait pas rire est Julien Green, mais qui, contrairement à d'Ormesson, ne fait pas semblant de ne pas se prendre au sérieux : il l'est. Sauf que ce n'est pas de façon ostentatoire. - Lui aussi s'est prêté à une sorte de mini-interview au cours à la fin des années soixante-dix où il répond à diverses questions de Marcel Jullian. - J'en parle dans quelques instants.)

D'Ormenson ?

Qu'est-ce que je peux ajouter à ce qui précède ? Qu'il aura eu (car il est décédé en décembre 2017) l'influence qu'il a méritée ? - Ce ne serait pas trop loin de la vérité.

Au revoir, Monsieur d'Ormesson. Ce ne fut malheureusement pas un plaisir de vous connaître, mais si l'annonce de votre décès n'était qu'un canular, s'il vous plaît, rappelez-vous, avant d'écrire à nouveau, ce que vous avez dit une fois et que j'ai cité au début de cette chronique et puis ceci :

«Comme Coleridge, j'ai toujours su, dès mon enfance, que mon destin serait littéraire. Je ne savais pas alors que -  comme le pensait Emily Dickenson - la publication n'est   
pas la partie essentielle du destin d'un écrivain.
»
             
C'est d'un bonhomme que vous, Monsieur d'Ormessan, avez dit adorer : Jorge Luis Borges. C'était à Genève, le 19 mai 1986.

Simon

P.-S. :  J'ai compté le nombre de noms que d'Ormessson cite dans les trente premières page de «Garçon de quoi écrire» (vous avez bien lu : trente premières pages) : 172. - Si, Si : cent soixante plus douze. - En soustrayant de ce nombre ceux cités plus de cinq fois (Proust, 12 fois, Morand, 11, Chateaubriand, 8, et quelques autres),  j'ai repéré 104 noms uniques qui vont d'Alphonse Allais à Yourcenar en passant par : Bergson (quatre fois !), Breton, Céline, Catherine Deneuve, Flaubert, de Gaule, Hemmingway, Malarmé, Mauriac, Mittérand, Montherlant, Pascal, Pompidou, Rimbaud, saint Jean, Saint-Simon, Spinoza, Truffault et Valéry... sans oublier Racine, Napoléon et Lubitsch.

***

Du coq à l'âne

J'ai un ami à qui je reproche souvent... Non : à qui je fais remarquer plus ou moins régulièrement qu'il devrait avoir un plan de lecture, une sorte de liste de livres à lire basée sur une approche plus sélective de ce qui fait partie de la vraie littérature. 

Pas très gentil comme chose à dire et même un peu condescendant, mais que voulez-vous, on a les préjugés que l'on a. Et puis, pour m'excuser, je me dois d'ajouter que c'est pour lui éviter les erreurs que j'ai trop souvent commises dans mes lectures, quitte à lui supprimer le plaisir de choisir lui-même ses livres - C'est pour un bon motif, quoi.

Et puis voilà que depuis quelque temps j'ai lu à peu près tout ce qui m'est tombé entre les mains et au hasard par-dessus le marché. Des noms ? Poe, Baudelaire, Hawthorne, Caradec (Allais), la préface de Madame Bovary par Montherlant (et une autre dont je reparle dans d'autres instants), Tolstoï (La mort d'Ivan Illitch) et...

Julien Green en liberté
(Propos recueillis par Marcel Jullian à la fin des années 70)
À l'Atelier Marcel Jullian, 1980

De tous les écrivains qui se sont prêtés au jeu de questions-réponses, deux sont restés célèbres : Paul Léautaud interviewé par Robert Mallet et André Gide interviewé par Jean Amrouche. - De ces entretiens, on possède non seulement les textes mais les enregistrements (sonores) qui, aux dernières nouvelles, étaient toujours en vente ou généralement disponibles via l'Internet, à la FNAC, chez Amazon, etc. (Voir, entre autres, le site de France Culture.)

On sait que Gide, de son vivant, n'a jamais voulu qu'on en publie une copie écrite des conversations qu'il a eues avec Mallet prétextant, probablement avec raison, que l'intonation de sa voix, ses hésitations faisaient partie de ce qu'il avait à dire et que ces détails apportaient une dimension supplémentaire à ses propos, mais comme les deux sont aujourd'hui disponibles...

On a vu, par la suite, grâce à Pivot et plusieurs autres, que la télévision allait donner une dimension parfois exagérée de ce genre de «littérature», mais qu'importe. 

Julien Green n'a pas échappé à ce phénomène et on retrouvera sur YouTube plusieurs docus dans lequel on peut le voir dans un calme toujours surprenant faire une pause avant de répondre aux questions qu'on lui pose.

 Green en liberté est, à cet égard, moins spontané, mais à sa lecture, on peut comprendre qu'il s'agit de textes choisis, après les avoir sinon écoutés, du moins lus et relus, mais pas un seul moment ai-je eu l'impression en le lisant attentivement qu'on avait manipulé certaines réponses ou même questions car, il faut préciser qu'il ne s'agit pas d'une entrevue entre Green et Jullian, mais bel et bien de conversations notées sur le vif avec, parfois, des réflexions de Jullian auxquelles Green répond par un oui ou un non.

Se détache cependant, de Green, qui en est le principal parolier (si l'on peut le qualifier ainsi) un portrait fort inhabituel, mais conforme à tout ce qu'on a cru comprendre ou lire entre lignes de ces nombreux propos - en direct ou autrement - qu'il a tenus avant et après ceux notés dans cet «en liberté».

De Green, on est amateur ou on ne l'est pas - j'en suis un - et j'ai été ravi de trouver dans ma bibliothèque ce volume que j'ai acheté lors de sa sortie et que, pour une raison quelconque, je n'avais jamais eu le temps de lire...

Simon

***

Saint-Simon - Mémoires - Suite...

De toutes préfaces aux 18 volumes de l'Édition Ramsay des Mémoires de Saint-Simon (Le Duc de Castries, Sainte-Beuve, Hippolyte Taine, Barbey d'Aurévilly, Maurois, d'Ormesson, etc.) - 1977 à 1987 -, celle qui m'a paru la plus intéressante a été rédigée par Henry de Montherlant et jointe au volume numéro 12 couvrant la période de 1715-1717 quoique son texte se rapporte à l'ensemble.

Dans son style unique, Montherlant parle de Saint-Simon en ces termes :

«De sa vie, a-t-il réfléchi ? On ne saurait dire, à ne lire que les Mémoires. Il a des idées politiques, mais tout le monde en France a des idées politiques ; et les idées politiques n'ont rien à voir avec l'intelligence : des idées politiques ne sont jamais meilleures que d'autres ; elles triomphent ou non dans le concret, pour un temps plus ou moins bref, et c'est tout.»

A cela, il se permet d'ajouter ceci :

«Ses moralités sont courtes et plates. J'ai regret de ne lui voir jamais ces élargissements ni ces étendues bellissimes qui sont la gloire de tel de ses pairs : c'est une des grandes et divines supériorités de M. de Chateaubriand sur Saint-Simon - lesquels sont de tous ordres, - que ces brusques déchirures de la page dans quoi se développe soudain une vastitude pleine de musiques.

«D'autre part, un Bossuet, un Voltaire, un Chateaubriand encore, font l'histoire à leur manière, mais ils la font. Le Saint-Simon des
Mémoires est dénué de vues, c'est un chroniqueur qui ne proportionne pas, ou qui ne proportionne pas juste, qu'on laisse et qu'on reprend n'importe où, dont il reste peu dans l'esprit. Il n'a pas de profondeur et il n'a pas de hauteur.

«Ses portraits montrent un visage fade, poupin, la lèvre ensoleillée, le nez tel qu'on le dit
«spirituel» quand on le voit dans une chanteuse de caf'conc' ; et c'est bien cela, il ressemble à Mayol.»

Plus loin, il écrit que tout le monde, quand parurent les Mémoires, s'accorda pour dire qu'ils étaient «abominablement mal écrits» (citant la salonnière marquise du Deffand - 1696-1780) et il en remet :

«Il n'y a pas de style plus débraillé que celui de Saint-Simon. S'il ne s'agissait que de ses ellipses, de ses tics entêtants, de ses voltes et de ses caracoles ! Mais il y a sa syntaxe affolante, son macaroni de qui et de que, lés mots répétés, et surrépétés, les phrases sans queue ni tête, les culs-de-sac sensationnels. Durant des pages entières - surtout au début, - on va de catastrophe en catastrophe : il écrit à tombeau ouvert. Mais écrit-il "mal" ? Si oui, c'est qu'il écrit mal, mais avec  je ne sais quoi, qui fait en partie son originalité et sa force.»

  Et que :

«Ce galimatias merveilleux est la langue d'un des deux écrivains français les plus éblouissants en tant qu'artistes (lui et Chateaubriand) : presque tout style, à côté de celui-là, fait figure de style pauvre ou de style cuistre. Non sans raison, il épouvante les professeurs...»

Simon

 

Le courrier


Herr Lukas Wagner, Ottawa, Ont.. 

C'est exact. Beaumarchais avait un chien qui portait un collier sur lequel était inscrit : «Beaumarchais m'appartient.»

M. Benjamin Berthelette, Roanoke, Texas 

À Montréal ? Évitez autant que possible. - La semaine, il y a trop de voitures et au cours des week-end, pas assez de rues.

Signora maria Grazia Folliero, Shortgrove, UK 

119 mètres.

 

  Addenda

Solutions des jeux
(Qu'on a oublié d'insérer dans notre numéro précédent.)

Cendrillons de tous les temps

A : Soulier de femme chinoise - B : Crépide grecque - C : Botte Louis XIII - D : Bottine 1900 - E : Babouche - F : Chaussure Louis XVI - G :Mocassin - G : Mocassin - H : Ballerine - I : Escarpin moderne - J : Soulier 1650 - K : Chaussure à la poulaine.

Griffes de rois et reines

À gauche, de haut en bas : Dagobert 1er - Charles Quint - Catherine de Médicis - Jean sans Peur - François 1er - Louis XI.
À droite, de haut en bas : Louis XII - Marie Stuart - Louis XIV - Charles VIII.

La grille des grands capitaines

Horizontalement : Dunois - Murat - Guyneme - Bayard - Louvois - Galliéni - Hoche - Kléber.
Verticalement : Du Guesclin - Ney - Soult - Catinat - Marceau - Guise - Roland - Condé - Turenne.

Panorama d'inventions

A ; 1534 - B : (Pascal) 1641 - C : (Egypte) 4245 av. J.-C. - D : 1925 - E : (Roentgen) 1895 - F : (Darby) 1779 - G : (Sauvage) - H: (Archimèede) 250 av. J.-C. - I : (Jenner) 1775 - J : vers 1300 - K : (Niepce) 1824 - L : (Volta) 1800.

Nos excuses auprès des éditeurs du magazine Historia (Numéro 197 - Avril, 1963)

La direction

 

        Dédicace

Cette édition du Castor est dédiée à la mémoire de :

 

Cary Grant
(1904-1986
)

c

         Le mot de la fin


«La poésie dit ce que la prose ne peut pas dire, ce que l'enfant veut entendre, ce que l'adolescent veut comprendre. C'est analogue à la musique. La musique dit toutes sortes de choses. À la fois tout et rien. Je veux dire rien de précis. Un trio de Brahms, un nocturne de Chopin, expriment ce que toutes sortes de personnes rassemblées vont penser, mais ressentent de manière différente. C'est l'inexprimable. Je me souviens de ce que raconte Gide, dans un petit livre intitulé Poétique - qui je crois est peu connu il se trouvait en Angleterre avec le poète Housman connu pour le pessimisme de ses écrits et de ses conseils aux jeunes gens : «Un peu de courage, prends un revolver et fais-toi sauter la cervelle...» Il était aussi pessimiste que possible, mais c'était un vrai poète. Gide était donc assis à côté de lui, à je ne sais quel banquet, et Housman lui demanda : « Comment se fait-il Monsieur, que la France, qui est si douée, n'ait pas de poètes? » Alors, Gide, pris de court, a murmuré les noms de Baudelaire, Villon et Rimbaud, naturellement, puis... silence.
(*) La question est intéressante. Pour ma part, je crois que le sentiment poétique en France est extrêmement fort, mais pour des raisons que je n'arrive pas très bien à saisir, et qui sont dues sans doute à cette tendance vers l'abstrait de la langue française, la poésie a souvent reflué dans la prose. Il est certain qu'il y a une grande part de poésie chez Bossuet, il a le mouvement, ce quelque chose qui vous enlève, comme chez Lautréamont...»

- Julien Green
(En liberté

(*)  Dans la préface à son Anthologie de la poésie française, Gide décrit cette rencontre comme suit :

«En 1917, me trouvant à Cambridge, je fus aimablement convié à un de ces lunchs cérémonieux que donnent, régulièrement je crois, les membres de l'Université. [...] j'avais comme voisin de table A. E. Houssman [... qui] se tournant brusquement, me dit enfin en un français impecable et presque sans aucun accent :

- Comment expliquez-vous, Monsieur Gide, qu'il n'y ait pas de poésie française ?

Et comme interloqué, j'hésitais à le comrendre, il précisa :

- L'Angleterre a sa poésie, l'Allemagne a sa poésie, l'Italie a sa poésie. La France n'a pas de poésie...

Il vit assurément que je doutais si je devais prendre ces derniers mots pour une boutade impertinente, et continua de sorte que je ne pusse croire, de sa part, à de l'ignorance :

- Oh, je sais bien, vous avez eu Villon, Baudelaire...

J'entrevis aussitôt ce à quoi il tendait, et pour m'en assurer :

- Vous pourriez ajouter Verlaine, dis-je.

- Assurément, reprit-il ; quelques autres encore ; je les connais. Mais entre Villon et Baudelaire, quelle longue et constante méprise a fait considérer comme poèmes des discours rimés où l'on trouve de l'esprit, de l'éloquence, de la virulence, du pathos, mais jamais de la poésie.

Je ne sais pas trop ce que je lui répondis et n'ai pas gardé souvenir bien net de la suite de notre entretione...»

c

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