Volume XXVIII, n° 6 Le seul hebdomadaire de la région publié une fois par mois Le lundi 4 février 2019

Février

Rappel :

Le site de l'Université de Napierville est, depuis le premier janvier dernier, en reconstruction.

Il s'agit là d'un travail qui pourrait, compte tenu de son ampleur, prendre plusieurs semaines. - Hé ! Nous sommes là depuis 2001 !

Certains liens, de ce fait, pourraient s'avérer brisés ou des pages pourraient être temporairement indisponibles.

Nous rapporter tous problèmes à l'adresse qui suit :

(Supprimer l'espace entre le «c» et le «@»)

hperec @udenap.org

Merci.

Au programme aujourd'hui :

Un très sérieux commentaire de Simon Popp... même deux ! (Ou serait-ce trois ?) - De la variété des bibliothèques dans la Province de Québec et une paire de jeans. - Des pingouins et des pingouines. - L'Église accommodante -  Virginia Woolf - Un mariage dans un quartier pauvre de Londres (en 1904) - Où est passé un certain 1$ ? (A partir de deux «vieux» pocket books) - Houellebecq [wɛlbɛk] - Homère et l'Iliade - Shelby Foote - 92,8 kilomètres - Proust - Alphonse Allais - Marie Lloyd - Histoire et histoires... - Mrs. Dalloway, Tolstoï et Léautaud -  Marcel Aymé, John Le Carré, Prosper Mérimée et Juliette Gréco. - Une mini-lampe de poche très versatile et... Shakespeare.

Bonne lecture !

***

À noter : 

Un index du contenu de nos numéros de l'an 2018 : Cliquez ICI.

                              

BLANC

 

Les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien.
 
      Simon Popp

Sérieusement

On m'a demandé pour le nième fois l'autre jour, pourquoi je n'écrivais pas mes «mémoires»... euh... pas tout à fait : mes «souvenirs» ou quelque chose dans le genre de «comment j'ai rencontré untel ou "unetellle" [du domaine de la "célébrité"]»... «ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu, ce qui m'est arrivé au cours de mes "voyages" [sous-entendu : "nombreux"]»... ou même «comment la vie se déroulait dans les années 40, 50, 60...»... - Ma réponse demeure toujours la même : elle consiste en un haussement de l'épaule qui signifie : «Parce que je n'en vois tout simplement pas l'utilité.» - Ni pour moi, ni pour les autres. - Autre chose aussi : tant et aussi longtemps que ma vie aura un futur je vais m'abstenir de me réfugier dans un passé qui, à mes yeux, peut-être trop habitués à le revivre, me semble bien ordinaire.

C'est que je me suis toujours considéré - et je me considère encore aujourd'hui - comme un de ces milliers de commis-voyageurs qu'on rencontre dans les bars d'hôtel et qui n'ont rien à dire parce que leurs vies ressemblent à celles de tous leurs confrères ; qu'elles se limitent à croire qu'ils sont importants, que, sans eux, le monde serait sans dessus dessous et qu'ils n'ont jamais eu peur de leur boss.

La mienne n'a jamais été plus imagée ou remarquable outre le fait que je suis tombé en amour une fois, comme tout le monde ; que j'ai voyagé un peu, comme tout le monde et que j'ai eu ma part de succès et d'insuccès, comme tout le monde. Pavillon de banlieue compris.

«Mais vous avez beaucoup écrit» me dit-on régulièrement. C'est exact. Pour mieux apprendre à lire car si j'avais à résumer ce à quoi j'ai consacré la plupart de mes temps libres, compte tenu de mon manque flagrant d'entregent,  je n'aurais qu'un mot à dire : la lecture. - Plus précisément la littérature. Pas n'importe laquelle, mais celle qu'on considère l'unique, la grande, la vraie ; celle qui a guidé les écrivains de tous les temps et qu'on retrouve brillamment décrite par Proust dans Le Temps retrouvé (II,67) :

«[Celle qui nous permet] de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans l'avoir connue, et qui est tout simplement notre vie, la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie, par conséquent, réellement vécue, cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas "développés". »

Oh ! Je n'ai jamais prétendu avoir eu, ni même avoir tout à fait compris ce feu sacré qui a fait d'humbles scribouilleurs de grands écrivains et qui leur a permis de «développer leurs clichés», et d'en transmette des images ou «positifs» à leurs lecteurs en leur rappelant que  :

«... peut-être est-ce le néant qui est le vrai et tout notre rêve est-il inexistant, mais alors nous sentons qu'il faudra que ces phrases [que nous découvrons en lisant], ces notions qui existent par rapport à elles, ne soient rien non plus. Nous périrons, mais nous avons pour otages ces captives divines qui suivront notre chance. Et la mort avec elles a quelque chose de moins amer, de moins inglorieux, peut-être de moins probable.» (Proust encore : Sw. 11, 182.)

(Montherlant, l'anarchiste de droite (*), disait, pour sa part, qu'il avait connu le vrai bonheur le jour où on lui avait fait connaître la «révélation de l'art d'écrire», c'est-à-dire «la révélation de ce qu'il était». [Le 13e César - Oeuvre posthume - Gallimard, 1970]).

(*) Pierre Sipriot, Montherlant sans masque  I - L'enfant prodigue, Laffont, 1982.

Sauf que tout cela ne sont que des mots. - Très vite, j'ai réalisé que ce n'est pas en regardant les clichés des autres que les miens allaient émerger du néant...

Alors j'ai écrit.

Non pas pour publier, ni, surtout, pour gagner ma vie et certainement pas pour être connu, mais tout simplement pour mettre de l'ordre dans mes idées et m'en rappeler ; m'en rappeler pour leur donner une certaine continuité et, qui sait ? un certain sens.

Depuis mes premiers essais - oh ! il y a longtemps de cela... - je n'ai jamais cessé d'écrire parce qu'en plus, j'ai eu un énorme plaisir à constater à quel point une langue, qu'elle soit française, anglaise ou latine, pouvait exprimer des subtilités, lorsque écrite, des subtilités qu'elle ne pouvait pas exprimer autrement, même si, écrites (ces subtilités), parfois, il fallait les dire à voix haute.

C'est une chose que j'ai découverte ici et là, et qui m'a frappé encore il n'y a pas si longtemps en lisant Louis-Ferdinand Céline. Non pas son Voyage au bout de la nuit, mais son roman suivant, Mort à crédit. - Dès son premier chapitre. - Car si la langue que Céline y utilise semble être la même que dans son précédent roman (une pseudo-langue parlée), elle a, dans Mort à crédit quelque chose en plus : la présence en arrière-plan de celui qui l'a écrite, la présence de l'écrivain que fut Céline, celui qui se cachait derrière Bardamu dans le Voyage et qui, de phrases en phrases dans la Mort, devient celui qu'on lit. 

Mais laissons aux exégètes et aux rédacteurs de thèses se pencher sur ce point de vue qui en vaut bien d'autres.

Simon

P.-S. : «Pas pour publier ? - Mais que faites-vous alors dans le Castor™ ?» m'a-ton demandé. - Bonne question. -  J'y vérifie si mon écriture, si mes notes, sont en adéquation avec ce que je pense. - Je m'en aperçois quand les deux, trois lecteurs qui me lisent, me citent incorrectement ou qu'ils me reprochent d'avoir écrit ce que je ne pensais pas. - Et puis, pour écrire, il faut un cadre, un minimum de discipline, une certaine régularité.

***  

Plus sérieusement encore

« "The cat sat on the mat" is NOT a story.  
But "The cat sat on the dog's mat"           
is the BEGINNING of a story. »              
- John Le Carré

J'ai mis cette citation en exergue car elle me rappelle trop souvent - je mettrais volontiers, ici, un «hélas !» - que la plupart des gens que je connais, sauf pour des raisons autres que le plaisir, préfèrent lire non pas pour «développer leurs clichés», mais tout simplement se faire raconter des histoires ; des histoires souvent déguisées en bulletins de nouvelles, en pseudo-essais, pseudo-biographies, en commentaires sur la politique, le sport ou les stars du moment et ainsi, lorsqu'ils prennent un livre entre leurs mains, réussissent, parfois difficilement, à en déchiffrer les mots, les phrases puis finalement les chapitres, ils oublient ce que certains écrivains ont essayé de leur communiquer et deviennent le personnage dont ils viennent de lire les aventures (ou mésaventures), se découvrent tout à coup le goût de faire de la voile ou, pire encore, se convainquent d'être devenus meilleurs parce qu'ils ont lu quelqu'un qui pensait comme eux.

«Les histoires peuvent se lirent de deux façons :  
on peut les lire en tant qu'histoires et on peut les
lire en
écoutant comment elles sont racontées. »
- George B. Fielding

C'est ce qui explique, peut-être, les best sellers dont la vie moyenne est de quelques mois ou ces livres d'auteurs «dont la réputation n'est plus à faire», parce qu'on les voit de plus en plus à la télévision ou dont on a tiré un film de leur l'avant-dernier roman. 

Dans «Sesame and Lilies» (1865), John Ruskin dit des livres de ce genre que ce sont des «Hour books» ou des livres «qui aident à passer le temps» écrits pour ceux qui n'ont pas la patience d'approfondir leur univers. L'image qu'il utilise est celui du chercheur d'or ; qu'il faut à celui qui veut découvrir la véritable richesse de la littérature la même attitude que celui qui est à la recherche d'un trésor : une énorme détermination, une longue solitude et beaucoup de travail.

(Voir plus ou moins à ce propos mes commentaires sur le dernier roman de Michel Houellebecq dans la section «Lectures» de ce Castor™.)

*

J'ai, de toutes évidences, dû mal lire ou mal compris ce qu'on m'a enseigné à propos de la lecture car je suis convaincu que toutes les histoires qu'on retrouve dans les romans (en particulier) ne sont là que pour permettre à un écrivain d'exprimer des choses qui seraient d'un prodigieux ennui exprimées autrement. - Et cela, je n'ai jamais pu l'expliquer ou le faire comprendre, entre autres, aux grands lecteurs de romans d'amour, d'aventure ou issus de la «vraie vie» y compris les polars et, depuis quelques années, les romans d'espionnage. En bref : aux grands lecteurs d'histoires. 

Et l'on me demande pourquoi, aux histoires de Marcel Aymé, de Mérimée et la plupart de celles d'Henry James  (et de Maupassant - voilà : je l'ai nommé !), je préfère celles - si difficiles à lire ! - de Gide, de Proust ou de Joyce ou d'Oscar Wilde - Tiens, je l'avais oublié celui-là !) dont les messages sont sous-jacents, souvent en arrière-plan. --- Une parenthèse : de la phrase précédente, biffer le nom d'Henry James ! ---  C'est ce qui fait que, après avoir lu beaucoup d'histoires, car j'ai lu beaucoup d'autres choses que Wittgenstein ou Teilhard de Chardin, je préfère le personnage de Sherlock Holmes à celui d'Hercule Poirot, celui de George Smiley à celui de James Bond.

           
Holmes                      Poirot                    Smiley                Bond

Autre chose que j'ai notée, surtout avec l'âge, c'est que,  quand je lis des histoires, il m'arrive rarement d'imaginer les personnages, les scènes ou endroits où ces histoires se déroulent. Je lis des mots, des phrases, m'arrêtant, comme il se doit, aux signes de ponctuation et aux coupures qui engendrent des paragraphes. - Je lis des pensées ;  les pensées de celui qui s'est servi  de ces phrases, de ces signes de ponctuation et de ces coupures, pour exprimer ses idées ou, plus précisément, sa vision du monde. Mais je peux comprendre qu'on puisse en écrire de ces histoires. Je le comprends d'autant plus qu'en en relisant, sachant ce à quoi leurs auteurs ont voulu en venir, je ne peux faire autrement que constater et admirer à quel point ils s'en sont servis pour révéler ce qu'ils n'auraient pas pu faire autrement Ainsi : 

La science de la déduction ne saurait avoir été mieux expliquée que par Sherlock Holmes (quoi que dans son cas, il aurait peut-être mieux valu qu'on parle d'induction). - L'influence du temps et les intermittences du coeur, traités psychologiquement, auraient été très pénibles à lire sans l'immense fresque qu'est À la recherche du Temps perdu. - Quant aux ducs et duchesses que l'on retrouve dans Saint-Simon, n'est-il pas raisonnable de penser qu'ils n'ont rien à voir avec ce que Saint-Simon a bien voulu nous communiquer ? - Et que serait Shakespeare que je considère, comme Copernique, le plus grand écrivain de tous les temps, que serait-il sans ses personnages ?

***      

Aymé Mérimée James Maupassant Joyce Le Carré

***

Ce qui m'amène - je ne sais plus exactement pourquoi - à parler des genres, des styles et des techniques utilisés par les écrivains qui ont un certain message à transmettre :

Les genres sont connus. Certains écrivains se sont servi de dialogues (théâtre), d'autres de récits divers (romans, nouvelles, contes), d'autres de la poésie (chansons, ballades, sonnets...) et d'autres encore d'un autre genre dit biographique ou autobiographique. On peut même ajouter à ces genres, les fables, les confessions et même les maximes...  - Et à l'intérieur de ces genres littéraires, on retrouve des variantes à l'infini. Qui n'a jamais entendu parler du théâtre de l'absurde, du roman épistolaire ou des poèmes en prose... ?

Le style est souvent confondu avec les genres.  Il peut être discontinu (courtes phrases successives), complexe (longues phrases qui s'emboîtent les unes dans les autres) ; il peut être oratoire, affectif (émotif), rhétorique... et peut être même constitué uniquement de dialogues (théâtre), de descriptions à la première personne ou de descriptions par une personne omniprésente qui peut successivement pénétrer dans les pensées de différents personnages ; et ainsi de suite.

C'est dans la technique que je me suis plu le plus souvent à repérer ce qu'un auteur a essayé de me faire comprendre ou me décrire - je le répète - sa vision du monde ;  mais quels efforts j'ai dû faire pour m'adapter à différentes manifestations de cette technique ; à celle de Balzac, par exemple, qui s'est adressé régulièrement à «son» lecteur ; à celle de Céline qui a utilisé une pseudo-langue orale pour son «Voyage au bout de la nuit» ; ou au «stream of consciousness» de James Joyce et de Virginia Woolf qui s'en sont délibérément servi pour rédiger, en partie dans le cas de Joyce et presque exclusivement dans le cas de Madame Woolf, l'un, dans son «Ulysse» et l'autre, dans son «Mrs. Dalloway» ayant auparavant trouvé presque parfaits leur «The Dead» et leur «A Room of One's Own» qui, curieusement, dans le cas de Madame Woolf, a été écrit quatre ans plus tard, sauf que son origine était plutôt une conférence qu'une chose qu'on devait lire.


Virginia Woolf

Ma conception de la littérature ? 

Vous la trouverez dans une page non signée que je soupçonne avoir été écrite par le Professeur il y a plusieurs années et qui est à la base du site dans lequel le Castor™ est publié, Cette page que la direction m'a autorisé à reproduire dans cette édition, vous la trouverez dans la section «Extrait du mois» ci-dessous. - Elle s'intitule, je n'ai aucune idée pourquoi, «Ailleurs», mais je peux vous affirmer que tous ceux qui participent à ce site en ont adopté les principes.

Par modestie, sans doute le Professeur a tenu, contre la règle essentielle derrière ces principes et qui y est décrite que cette page ne soit jamais reliée directement ou indirectement à d'autres et qu'aucun lien ne mène vers elle. - Vous comprendrez ce que je viens de dire quand vous en aurez pris connaissance.

Note : Exceptionnellement, la section «Extrait du mois» a été déplacée dans ce numéro, immédiatement après cette chronique.

Pour le moment, je ne peux ajouter qu'une chose... euh... deux :

Si j'écris, c'est pour mieux comprendre ce que je lis.

et

Si je lis, c'est pour mieux comprendre qui je suis.

Et pour cela, je n'ai, à ce jour, pas trouvé d'autres moyens que celui de chercher à comprendre ce que les autres m'ont dit de leurs univers.

*

Finalement, à ceux qui me reprochent souvent de changer d'idée ou, pire encore, de me répéter continuellement, je tiens à les référer à une chronique que j'ai écrite en avril 2016 - il y aura bientôt trois ans - et qui s'intitulait «Écrire». Elle se trouve au numéro 109 de la page suivante : popp_011.htm.

Simon

P.-S. : Un livre à lire  à ceux qui ont trouvé ce que je viens d'écrire sur les techniques littéraires non pas génial mais intéressant : «Proust's Narrative Techniques» de B. G. Rogers publié par la Librairie Droz de  Genève (1965), cette librairie-éditeur qui me fait souvent penser à José Corti de Paris. - Les libraires m'auront compris ! - Excellent livre sur les techniques littéraires sauf que l'auteur se limite à celles relatives aux récits contenus dans À la recherche et non à l'ensemble écrit selon une méga-technique.

*

And more of the same :

Évidemment, tout ce qui précède, y compris la page précitée, se rapporte à une certaine définition de la littérature. On est loin de la «littérature engagée» de Sartre (Qu'est-ce que la littérature ? - Gallimard, 1948) dans lequel il est catégorique sur un point : qu'«Écrire n’est pas peindre, écrire n’est pas composer de la musique. En effet, contrairement au peintre ou au musicien qui se contentent de présenter les choses et de laisser le spectateur y voir ce qu’il veut, l’écrivain, lui, peut guider son lecteur.» - On est loin également de l'écriture «automatique» à la Robert Desnos où l'écrivain lui-même ne contrôle pas sa plume. - Ni entre les deux d'ailleurs.

J'ai dit «définition». J'aurais peut-être dû utiliser le mot «conception» ou celui de «perception» dans le sens de «ce en quoi consiste la littérature» pour quelqu'un qui la considère comme un art, un mot qui exige, lui aussi, une définition. 

Proposons celle-ci : 

«L'art est une façon de décrire le monde destinée à produire chez l'homme un état particulier de sensibilité et des idées lui permettant d'en saisir, sinon le sens, du moins un point de vue différent de celui qu'un  examen superficiel  lui renvoit.»

*

Cela étant dit... Garçon ! Un double. Sur des glaçons !

Simon

 

L'extrait du mois


Ailleurs

(Une page extraite de ce site. - La page originelle se trouve ICI.)

Il faut s'imaginer une page où il n'y a rien d'écrit.... et des milliers de pages contenant des textes, des images, des extraits sonores et des bouts de film qui convergent vers elle. On peut également s'imaginer cette page comme étant celle de laquelle on peut aller vers toutes les autres soit directement, soit en passant par d'autres pages. On peut aussi s'imaginer des pages reliées entre elles et qui ne convergent nulle part.

«On se retrouvait dans un dédale inextricable de ruelles, de carrefours et de culs-de-sac, qui ressemblait à un écheveau de fil brouillé par un chat» (Victor Hugo)

L'idée d'une sphère multidimensionnelle, refermée sur elle-même, mais en continuelle expansion avec des liens qui permettent de passer d'un point à un autre, n'est pas étrangère à cette vision car, si d'une page on peut passer à une autre, cette autre n'est pas nécessairement adjacente ni dans le temps, ni dans l'espace à cette première.

«Oui, cela pourrait commencer ainsi, ici, comme ça, d'une manière un peu lourde et lente, dans cet endroit neutre qui est à tous et à personne, où les gens se croisent presque sans se voir, où la vie de l'immeuble se répercute...» (Georges Perec - La vie mode d'emploi

Pour que le tout soit néanmoins cohérent, il faut accepter :

1) que chaque page, pour être reliée aux autres, doit forcément être accessible d'une ou de plusieurs autres pages mais elle doit également diriger le lecteur vers une ou plusieurs autres sinon cette page deviendrait un cul-de-sac,

2) que, pour avoir accès à l'ensemble de ces pages, on ne doit pas être obligé de passer par une en particulier, chaque page étant indépendante tout en étant reliée aux autres.

3) La contrainte, s'il y en a une, est que les pages ne doivent pas se suivre séquentiellement sauf lorsque leur contenu individuel est trop important pour être manipulé efficacement. Appelons ces pages ou groupe de pages, des méga-pages ; leur ensemble, quoique constitué de plusieurs pages, doit être soumis aux mêmes règles que les pages uniques.

*** 

Il faut s'imaginer un ensemble de ces pages (ou de méga-pages) en perpétuelle évolution : le contenu de chaque page pouvant être modifié à tout moment ou tout simplement supprimé, remplacé, ou non, par un autre.

À cet ensemble il est possible de joindre un ou plusieurs index, ces index ne devant cependant pas servir à guider le lecteur mais à le transporter d'une page à une autre autrement que par un lien direct ; ces index peuvent également servir à lui indiquer si tel ou tel sujet est traité à l'intérieur de l'ensemble car, si les pages ne sont regroupées par sujets, une même page peut contenir plusieurs sujets et les mêmes sujets peuvent être traités dans des pages non reliées entre elles. Et il faut surtout prévoir que le lecteur ne débutera pas nécessairement par une page précise mais qu'il pénétrera dans cet univers par une page que, souvent, le hasard d'une recherche lui aura indiquée.

«People who ask "Is Oedipus Rex a real story ?" miss the point : in one sense, it is fiction, in another, more important sense, the story is more true than the headlines in today's newspapers.

Masks have a reality of their own, just as drama do. - The real question is not "Is Oedipus Rex a real story ?" but : "What does the creation tells us about the creator ?"» (Phil Pastras)

I.e. :

«Les gens qui se demandent si Oedipe-Roi a vraiment existé  ratent complètement ce que sa tragédie doit leur inspirer. Essentiellement, il s'agit d'une histoire qui se rapportent à des faits - qu'ils soient fictifs ou non - plus importants que ceux qu'ils peuvent lire à la une de leurs quotidiens.

«Les masques font partie de la réalité tout comme les drames, qu'ils soient vrais ou faux. Ils nous renseignent plus sur ceux qui les portent car les créations nous renseignent sur leurs créateurs.» (Phil Patras)

***

Il faut s'imaginer un homme dont on ne connaît rien et qui nous est présenté pour la première fois. Nous le voyons dans un certain contexte : dans un restaurant, à son travail, au cours d'une réunion quelconque, à un événement sportif ou culturel. Nous examinons ses vêtements, son visage, ses lunettes. Nous apprenons qu'il fume, qu'il boit du scotch, qu'il est sûr de lui ou nerveux.

Voilà quelques pages gravées dans notre cerveau à propos de ce Monsieur X. - Il se peut même que ce jour-là, nous n'apprenions même pas son nom. 

Plus tard, en d'autres circonstances, nous rencontrons le même homme ; en compagnie, cette fois-là, de sa conjointe. Nous apprenons qu'il est marié, qu'il a deux enfants, qu'il demeure dans un pavillon de banlieue, qu'il conduit une voiture sport. - D'autres pages. plus tard, encore, nous le revoyons chez des amis où il nous fait part qu'il a lu Tournegueniev, qu'il a vu tel ou Nosferatu, The Wedding March et From Russia With Love, qu'il a aimé le premier mais pas le deuxième, qu'il collectionne les horloges et, de pages en pages, nous finissons par nous faire une idée de ce que peut être cet homme : ce à quoi il pense, s'il est logique, imaginatif, sensible, s'il rêve ou s'il ne rêve pas. - S'il sait mentir ; ou s'il change d'idées souvent. - S'il a une bonne mémoire ou même un côté mystérieux.

Il faut s'imaginer la vie de cet homme vue au travers les pages que d'autres ont retenues de sa personne. - Pour l'un, il sera ceci, pour un autre, il sera différent.

Il faut s'imaginer un site qui aurait pour point d'origine les pages relatives à cet homme et que ces pages nous seront présentées dans un ordre plus ou moins aléatoire, que l'importance ne sera pas donné à ses faits et gestes mais à ses pensées, ses humeurs, ses connaissances ; que ces pensées, humeurs ou connaissances soient importants ou non, ce sera à nous de décider.

***

Il faut s'imaginer un site où le réel va côtoyer l'irréel, un site où les personnages fictifs agiront dans la réalité, où les personnages réels poseront des gestes dans l'irréel. Il faut s'imaginer un site où les informations qui y sont contenues pourront être vraies ou fausses, où beaucoup d'importance sera donnée à des choses qui n'en ont pas et aucune importance à celles qui en ont, où les liens ne mèneront pas nécessairement là où l'on pense aller. Il faut s'imaginer un site constitué de pages apparemment sans but. Et il faut aussi s'imaginer un site où l'humour, les pièges et les fausses pistes ne seront pas exclus.

Il faut s'imaginer un site dont le contenu nous en dira plus long sur son créateur que sur sa création.

*

L'auteur de cette page et le fondateur du site où elle paraît serait, selon des rumeurs persistantes,  le Professeur Marshall, mais cela n'a jamais été confirmé.

 

      Herméningilde Pérec


92,8 kilomètres
ou :
L'accommodante Église

Deux choses :

1) Les réunions du comité de rédaction du Castor™ dites «réunions de révision» ont lieu les samedis antérieurs à sa publication soit : a) le premier samedi du mois ou b) le dernier du mois précédent si le premier lundi n'est pas précédé d'un samedi faisant partie du mois où il est publié.

et 

2) Les réunions du comité de rédaction du Castor™ dites «réunions de planification» ont lieu le samedi qui suit immédiatement le premier lundi du mois ou, si ce lundi est un jour férié, le deuxième du même mois sauf, si ce samedi fait partie d'un weekend de trois jours, ou le troisième si ce samedi est à plus de deux semaines du premier lundi du mois suivant ; sinon, on s'en remet au samedi voté lors de la dernière réunion du samedi mentionné dans le paragraphe précédent, exceptions faites des éditions de septembre et de décembre qui sont décidés lors des «réunions de révision» des mois précédents.

Et une troisième :

3) Depuis le premier janvier dernier, le siège social étant déménagé à 92,8 kilomètres du parvis de l'église du Saint-Sépulcre et des Deux Vierges au coeur du quartier universitaire de Napiervillle, le continuum espace-temps des participants aux réunions précitées a été quelque peu perturbé. - Ceux qui, en effet, tenaient à assister à la messe de huit heures en l'église précitée pour ensuite prendre leur petit-déjeuner avant de se rendre à l'ex-siège social où les réunions débutaient à 9h30 précises se sont vus privés ou de leur messe, ou de leur petit-déjeuner (ou des deux) compte tenu de l'heure qu'ils devaient dorénavant prendre pour se rendre du parvis de l'église précitée au nouveau siège social.

Épineux problème.

Or, l'Église, dans sa millénaire sagesse, a su accommoder tous et chacun, y compris Madame M., veuve du feu marguillier Y***. qui, depuis 26 ans, assiste à tous les matins à la messe de huit heures. - Cette messe a été devancée d'une heure et, pour madame M., il a été convenu qu'elle pourrait toujours y assister à l'heure à laquelle elle est habituée car cette messe sera diffusée en différé sur grand écran dans la chapelle à gauche, en entrant.

Rien de nouveau sous le soleil. 

L'Église n'a-t-elle pas, par le passé, su accommoder, dans des situations plus complexes, un fuhrer allemand, un duce italien, un caudillo espagnol et le président du conseil d'un Estado Novo portugais ?

L'Église n'a-t-elle pas, sans pression aucune, su accomoder ses fidèles carnivores en abolissant récemment l'obligation de ne pas manger de la viande les vendredis ? A rendre caduque la notion des limbes pour les enfants morts sans avoir été baptisés ? Et, dans un geste sans précédent, admettre, en 1992, que Galilée avait raison ?

Voilà.

*

En ce qui a trait aux raisons qui ont exigé le déménagement mentionné ci-dessus, elles sont - le Professeur nous l'a confirmé -  nombreuses et multiples, et, quand nous, les membres du conseil d'administration de cet important organe, les aurons analysées, nous y reviendrons. 

Suffit de mentionner pour le moment qu'il ne s'agit pas là d'une décision prise à la légère, plusieurs mois s'étant, en effet, écoulés entre le moment où l'idée d'éloigner les archives du Castor™ de celles de l'UdeNap (pour des raisons de sécurité et de conservation) a fait son apparition et sa réalisation. - Voilà pour les informations immédiates.

Quant aux premiers effets de cette séparation, un nous est immédiatement parue comme très important ; c'est celui de la distance entre le Quartier Universitaire et l'ex-bureau de poste du quartier de les Coteaux autrefois dit Côteau-Station : le 92,8 kilomètres mentionné ci-dessus et que nous venons d'en expliquer la solution.

H. Pérec

 

       Copernique Marshall

En attendant Godot

Heureusement je n'ai pas eu à me rendre aux USA au cours des dernières semaines, particulièrement au cours de la récente «Fermeture du Gouvernement américain» durant lesquelles, les Fêtes et la météo aidant, les files d'attente ressemblaient dans les aéroports - ce sont des collègues qui me l'ont rapporté - à celles des branchés qui ont voulu jusqu'à tout récemment se procurer le dernier iPhone lors d'un Black Friday. (*)

(*) Qu'est-ce que vous dites de ça, Monsieur Popp : une phrase qui contient des références à huit - d'aucuns diront neuf - sujets qui pourraient susciter des altercations dans des endroits où l'on consomme, parfois en quantités abondantes, des boissons fermentées (et même distillées) : les USA, la fermeture de son Gouvernement, les Fêtes, la météo, les files d'attente, les iPhones, les branchés (qui veulent s'en procurer un) et les ventes lors des Black Fridays. - Dix et même onze si j'ajoute mes collègues et les aéroports.

Réponse de Monsieur Popp : «Merci, Copernique, vous venez d'écrire là une phrase qui illustre très bien ce que je disais à propos de porter une attention particulière à non seulement la signification d'une suite de mots, mais la lecture de chacun, chaque signes de ponctuation, etc.»

Aux USA ? - Pas besoin d'avoir eu à m'y rendre : dans un rayon de moins de 70 kilomètres,  j'ai eu à passer cinq heures (5 HEURES !) dans mon auto le mercredi 23 du mois dernier (au moment où vous lirez ceci). - Pourquoi, ce jour-là ? - Parce que, optimiste comme je suis, je me suis fié à la météo prévoyait 5 cms de neige alors qu'il en ait tombé 25 entre mon départ et mon arrivé et 15 là où je suis allé.

Avec des heures de conférences sur divers sujets - sur clé USB lisible via la radio de mon auto - , je n'ai pas eu à m'ennuyer sauf qu'on s'inquiète toujours dans ces moments-là. de ce qui se passe à la maison. En ces jours où les pannes électriques sont non seulement régulières mais multiples et nombreuses.

Me suis-je inquiété ? Pas du tout. 

Voici, à cet égard, une chronique de Monsieur Pérec datant de quelques jours après la tempête de verglas dont on commérera le vingtième anniversaire le 11 du mois courant :

*

Note : cette tempête, pour ceux qui ont la mémoire courte a causé des pannes électriques dans presque toute la grande région de Napierville et, pour certains, des pannes qui ont duré plusieurs jours.

     LE PROFESSEUR ET LES PANNES D'ÉLECTRICITÉ
    
(Texte de : Herméningilde Pérec, son secrétaire temporaire permanent)

Hier midi : panne d'électricité au Bar *** sur la rue St-Denis, en face du Théâtre qui porte le même nom.

Grâce à l'intervention du Professeur, le courant fut vite rétabli mais l'objet de la conversation était fixé.

- Dites-moi, Professeur, ça ne vous inquiète pas ces pannes comme celle que nous avons connue il y a quelques jours ? lui demandai-je.

- Pas du tout.

- Vous vous êtes "équipé" ?

- Je me suis, comme vous dites "
équipé", mais depuis longtemps.

- Comment ?

- D'abord avec un foyer à chaque étage et du bois à longue durée de la Vatfair-Fair Century Old Wood Manufacturing Co. - Pour la chaleur. - Le même bois dont on se sert pour fabriquer des meubles centenaires.

- Mais pour la nourriture ?

- Je me sers d'un fourneau à pédales de mon invention, un fourneau qui combine à la fois exercice et nourriture.

- Et l'éclairage ?

- C'est ce qu'il y a de plus facile. Tenez.

Il sortit de sa poche une petite lampe de poche de la grosseur d'un crayon.

Alidor Peg Donato qui se trouvait à nos côtés pouffa de rire.

- Vous voulez nous faire [ac]croire que vous vous êtes éclairés avec ce machin ? demanda-t-il.

- Parfaitement, lui répondit le Professeur. Même que si vous adoptiez ce système, vous pourriez couper vos factures d'Hydro de moitié.

- Vous voulez rire ?

- Pas du tout. C'est à partir d'une invention de mon grand-père, aujourd'hui propriété de la Vatfair-Fair Wind, Hydro and Water Power Company, que j'ai solutionné le problème de l'éclairage lors des pannes électriques et la solution, vous l'avez devant vous.

- Mais ça fonctionne comment ?

- Longue histoire ! - Il faut remonter pour cela à 1901, alors que mon grand-père, le Grand Marshall était au pays de Galle pour se procurer des branches de saule carbonisées pour ses oeuvres au fusain.  Ayant noté les problèmes d'éclairage dans les mines locales, il suggéra à l'un de leur propriétaire d'utiliser un système de miroirs qui, placés à angles divers, pourrait suffire à éclairer toutes les galeries de sa charbonesque exploitation. - Simple en soi, le système consistait à installer tout d'abord un grand miroir au dessus du puits principal et de diriger les rayons du soleil perpendiculairement dans ce puits; puis, au niveau de chaque
galerie, d'autres miroirs qui reflétaient cette naturelle clarté jusqu'au plus profond de la mine : une idée aussi importante que l'invention de la cane formée, comme on le sait d'un parapluie débarrassée de sa toile et de ses baleines et rabattu vers le sol. - On y voyait comme en plein jour.

- Et ça marche toujours ?

- Non, hélas. Depuis la venue du Wales Miror Polishing Union, les coûts sont devenus exorbitants.

- Oui mais chez nous, dans nos maisons ?

- Voilà où ma transformation entre en jeu : j'ai installé dans chaque pièce de ma demeure des boules de miroirs comme il y en avait autrefois dans les bals populaires. - Vous devez vous souvenir de celui du Rosario Ballroom de Saint-jean. - De n'importe quelle pièce, ce petit faisceau lumineux, grâce au mouvement rotatif de chaque boule, suffit à éclairer toute la maison.

- Les miroirs sont grossissants ?

- On ne peut rien vous cacher.

Nous commandâmes d'autres Perrier et un long moment se déroula pendant que nous examinions, Alidor, la poétesse Fawzi Malhasti et votre serviteur, le stylo.

Le silence fut brisé‚ par Alidor, l'incrédule :

- Dites donc, Professeur, pour que votre truc fonctionne, il faut que les boules tournent continuellement.

- C'est exact.

- Vous les faites tourner comment, sans électricité ?

- J'ai un génératrice.

Fin de la citation.

J'ai une génératrice.

Copernique

 

       Jeff Bollinger


 Math 'sup ! 

«Voici deux livres qui pourraient t'intéresser», me dit Monsieur Popp en me refilant deux vieux Pelican Books (une division des Penguin Books), l'un datant de 1944 (ré-édition de 1964) et l'autre de 1951 (ré-édition de 1969) :

Riddles in Mathematics d'Eugene P. Northrop

Facts from Figures de M. J. Moroney.

 

                                        

Le premier débute par un puzzle assez particulier :

Trois hommes entre dans un bar, prennent chacun un verre et demande l'addition. «Ce sera 30$», dit le garçon et chacun d'avancer un billet de 10$ que le garçon s'empresse d'aller porter au caissier de l'établissement. - Le caissier regarde l'addition et lui dit : «Ce n'était pas 30$ qu'il fallait leur charger, mais 25$. - Voici 5$ que tu leur remettras.» - Le garçon retourne voir ses clients en se disant  : «5$ divisé par trois ? -  Comment puis-je leur remettre cela adéquatement ?» Il mit alors 2$ dans sa poche et remit à chacun 1$ avec ses excuses. - Une fois les clients partis, il se dit : «3 fois 9$, ça fait 27$ et j'ai 2$ dans mes poches. Un total de $29 sur trois billets de 10$... Où est passé le dollar qui manque ?»

Je n'ai pas eu le temps, encore, de me pencher sur le deuxième volume (qui est un livre traitant de statistiques), mais près de 250 pages sur les paradoxes en mathématique, en géométrie, en algèbre et en ce qui concerne l'«infini, les probabilités et  la logique...» Wow !

J'en ai pour des mois.

Merci, Monsieur Popp et, aux lecteurs du Castor™, je n'ai pas fini de vous étonner...

Jeff

Note : Je n'ai pas demandé pourquoi, mais ces deux Pocket Books contiennent l'avis suivant : «For copyright reasons this edition is not for sale in the U.S.A or Canada».

 


 Autour d'une paire de jeans 

J'ai ri à gorge «d'employé» (Merci Simon !) lors de la dernière réunion des chroniqueurs du Castor™ quand j'ai entendu Monsieur Popp (qu'est-ce que c'est que cette idée de se tutoyer entre nous ? Monsieur Popp a deux fois mon âge, Monsieur Pérec presque trois et l'on voudrait que je les appelle Simon et Hermy !) - m'enfin... ; quand j'ai entendu Monsieur Popp parler de ses abonnements aux bibliothèque de Montréal, de Westmount, de l'Université McGill, de l'Université de Napierville (forcément), mais aussi à la Grande Bibliothèque du Québec et, depuis le déménagement du siège social du Castor™ à Les Coteaux, à celle de la ville de Valleyfield.... - «Tout dépend de ce que je veux lire.» a-t-il dit.

Le lendemain, j'en ai parlé à ma chum de fille dont le chum connaît une fille qui travaille dans une bibliothèque en banlieue de Montréal et c'est là que j'ai appris que tout dépendait de la clientèle de chaque biblio et de son mandat. À la Grande Bibliothèque, par exemple, on est considéré comme un dépositaire de la «culture» québécoise et qu'en conséquence, tous les livres - et en particulier ceux publiés au Québec - doivent y être conservés à perpétuité tandis qu'une bibliothèque comme celle de Westmount peut, sans problème, se spécialiser plus en livres anglophones par rapport aux francophones. Et puis y a toujours les questions de l'espace disponible, des budgets, des utilisateurs qui, à certains endroits, ont des besoins spécifiques : livres techniques, best-sellers, livres anciens, etc. - Et, je me suis laissé dire que... quand le grand patron d'une bibliothèque «y fou' le bordel» et s'en va, ben... c'est le «free-for-all» !

«Trouver Tacite en latin, disait Monsieur Popp, est un casse-tête et si, il y a une vingtaine d'années, je pouvais trouver à la bibliothèque de Verdun (une sixième !) la plupart des livres publiés sur Proust avant 1950, ben... aujourd'hui, ils n'y sont plus. On les a élagués...»

Plus tard, j'ai appris qu'ayant absorbé la bibliothèque de la ville et du séminaire de Valleyfield et celle rattachée au CEGEP local a cru intelligent de garder les éditions des Belles-Lettres de Paris, la seule qui, encore aujourd'hui, publie à peu près toute la littérature gréco-latine dans des éditions bilingues, mais cela m'éloigne de l'affaire dont à laquelle je voulais vous parler de, aujourd'hui (une expression que je n'oublierai jamais !) ; les jeans.

Un détour :

Y'a pas longtemps, mon chum enfile une chemise que je ne lui avait jamais vue sur le dos. Belle coupe, belle couleur, bref : une belle chemise. «Où t'as pris ça ?» - «Chez W***...10 $» qu'il m'a répondu. DIX DOLLARS ! La même, chez La Baie, en vente, m'en aurait coûté au moins cinquante...

Exploitées, nous sommes, nous les femmes ? - Oui, mais pas tout le temps. C'est sûr que les rasoirs roses de chez BIC coûte plus cher que les mêmes, bleus, destinés aux hommes, mais cela n'est pas si flagrant dans le domaine des jupes et des blouses.

Jeune, quand j'avais un autre corps (me semble que c'était y'a pas si longtemps,,,) je me souviens m'être trouvée bien intelligente de me procurer mes blouses blanches dans le rayon des garçons sauf que pour une paire de jeans, je n'ai jamais eu le choix. Il fallait et il faut toujours que j'en essaye dix avant d'en trouver une qui me «fait». - Là encore, c'est ma chum de fille qui est déjà sorti avec un gars qui travaillait chez M***, qui m'a expliqué que les femmes ont ont entre vingt et trente «shapes» contrairement aux hommes qui n'ont que trois. Çafaque... si une fille qui cherche une paire de n'importe quoi, grandeur de deux à quatre ben, elle est mieux de se pointer tôt pour être sûre d'en trouver une. Avant, forcément, les ventes et les spéciaux en tous genres.

Raison de plus pour introduire et rendre obligatoire le port du tchador au Québec sauf que ça va rendre ben des enfants en Asie plus pauvres encore qu'ils le sont en ce moment. Et pis comment jouer des fesses dans ces machins-là ?

À bien y penser, Monsieur Popp devrait se compter chanceux avec ses livres en latin.

George

P.-S. : Et la photo ci-dessus ? Monsieur Popp m'a dit qu'il en avait vu deux paires de jeans semblables - et uniquement deux - en cinquante ans, mais qu'il n'est sûr si la deuxième, il ne l'a pas vu en rêve.

 

        Fawzi Malhasti


Poésie choisie
Voici les paroles d'une chanson (sic) enregistrée par Juliette Gréco en 1970. Ces paroles sont de Frédéric (Max) Botton, auteur-compositeur et interprète français, né en 1936, décédé en 2008, qui, entre 1967 et 1981 a enregistré ses propres chansons mais qui, jusqu'au début des années 2000, a écrit et composé des tubes pour une foule d'interprètes dont : Annie Girardot, Barbara, Catherine Sauvage, Charlotte Gainsbourg, France Gall, Henri Salvador, Joséphine Baker, Magali Noël, Mireille Darc, Patachou, Philippe Clay, Régine, Sylvie Vartan, Zizi Jeanmaire et de nombreux autres.

Cette chanson a pour titre Les pingouins et c'est joli comme tout.

Vous pouvez l'entendre (et la voir) chantée par Juliette Gréco sur YouTube à l'adresse qui suit : 

https://www.youtube.com/watch?v=0mPhqYm5vnQ

Merci Paul !

*

Les pingouins

On voit beaucoup d' pingouins
Mais beaucoup moins d'pingouines
Alors que les pingouines
Y'en a plus que d' pingouins.
Sans doute que les pingouins
Sont plus gais qu' les pingouines
Alors que les pingouines
Sont trist's, on le devine'. 

Les p'tits pingouins
Se tienn't la main
De façon divine
Les petit's pingouines
Ne se tiennent rien, non, rien
Les petits pingouins
Boiv'nt du bon vin
Dans des petits bouges
Les petit's pingouines
Préfèr'nt le gros rouge 

Parfois quand un pingouin
Rencontre une pingouine
Ils jouent, on l'imagine
Toujours aux quatre "goins"
Car les gentils pingouins
Ont très peur des pingouines
Et les vilaines pingouines
Détestent les pingouins 

Les p'tits pingouins
S' mett'nt un fond d'teint
Ou bien quelques huiles
Les p'tits pingouines
Ne se mettent rien , non rien !
Les p'tits pingouins
Ont des p'tits points
Souvent qu'ils épilent
Les petit's pingouines
Trouv'nt pas ça viril ! 

Et si l'on voit de loin
Ces pingouins, ces pingouines,
Bien d'autres en sourdine
Gravissent nos chemins
Car chacun sait très bien
Qu'les pingouins, les pingouines
Surtout s'ils se dandinent
Ressemblent aux humains 

Petits pingouins petits humains
Vivez comme des reines
Ce s'rait pas la peine
De nous faire tout c' popotin
Petits pingouins petits humains
De façon certaine
Y'a qu'les je t'aime
Qui ne trompent point.

Fawzi

P.-S. : Merci à ceux qui m'ont écrit pour mentionner à quel point ils avaient apprécié les rimes qui ne rimaient pas du poème d'Alphonse Allais que j'ai inséré dans cette chronique le mois dernier. - Ce que j'ai oublié d'ajouter, c'est que ce poème était de ceux, qui, selon Allais, ont été écrits par un poète sourd et muet, et qu'il tenait à ce qu'on les connaisse pour constater que la poésie est également un phénomène oral. - Mais Allais qu'on a souvent qualifié d'oulipien avant l'Oulipo était un homme très versé dans l'art de la rime. La preuve est dans ces deux vers holorimes parmi les nombreux qu'il a composés :

Par les bois du Djinn, où s'entasse de l'effroi
Parle et bois du gin ou cent tasses de lait froid.

(C'est d'ailleurs sous le titre de «Par les bois du Djinn / Parle et bois du gin» que feu François Caradec, a publié et annoté les poésies complètes d'Allais, chez Fayard en 1997 et à nouveau, chez Gallimard en 2005.)


Alphonse Allais

 

         De notre disc jockey - Paul Dubé


Avec le temps...

Quand on me demande combien d'enregistrements j'ai sur mes - pardon - mon disque externe (quoique j'en possède plusieurs car... avec des quatre, cinq, six terra-octets qui se vendent pour moins de 200$...), je réponds invariablement entre 40.000 et 60.000, mais la vérité se situerait plus près, je crois, entre 80 à 90.000, si ce n'est pas 100.000 car beaucoup de ces enregistrements sont en double, sinon triple. C'est le cas, surtout des chansons françaises que je collectionne depuis des années.

Difficile à croire, mais je jure qu'il n'y a pas un de ces enregistrement que je n'ai pas écouté au moins une fois. - En d'autres mots, je ne suis pas un collectionneur de musique digitalisée, mais bel et bien un musicomane, un bonhomme pour qui la musique sous toutes ses formes est d'une importance capitale dans la vie. Il y a quand même des exceptions dans ce que j'écoute : je ne peux pas supporter la musique hawaïenne ni celle du Moyen-Orient et je ne comprends rien à la musique orientale. Va pour le Country and Western, les ennuyeuses chansons irlandaises (surtout chantée en groupe), le swing des années quarante, le rock des années cinquante et même les chants amérindiens sauf que j'ai quelques réserves (plusieurs même) pour le rap, le hip-hop, le New Wave et certaines choses qui auraient dû être enregistrées sur des matériaux biodégradables.

Mon compositeur favori ? Beethoven dont les quatuors à cordes, même après plus de cinquante ans d'écoute, me fascinent toujours. Et je demeure un inconditionnel de Pelléas et Mélisande de Debussy, du concerto pour clarinette et orchestre de Mozart, certaines choses de John Cage et la plupart des disques de Louis Armstrong (des années vingt), de Miles Davis (50 et 60), de Coltrane, de Monk, etc. - De chacun, je possède plusieurs versions de leurs créations - Du Ring de Wagner également dont la version Furtzwangler a été introuvable pendant des années. - Et j'ai oublié Malher, je crois.

Je pourrais de toutes façons continuer ce genre d'énumération longtemps, mais quelques chansons populaires me reviennent en tête constamment. À cause de la période durant laquelle elles ont été enregistrés, de leurs, aujourd'hui, presque mythiques interprètes et tout ce qu'elles soulèvent de souvenirs que j'aurai aimé conserver si j'avais vécu à l'époque où elles ont été endisquées. L'une d'entre-elles est Les mains de femmes créée par Mayol en 1905, une autre est Si vous l'aviez compris créée par Fred Gouin en 1930 et je pense tout-à-coup à La chanson des yeux clos composée par René de Buxeuil qui la créa en 1920...

Aujourd'hui, je voudrais vous en faire écouter une datant de 1904 et chantée par une vedette, sinon la plus grande vedette du Music-Hall anglais du début du siècle dernier, Marie Lloyd qui, malgré sa popularité n'a pas été invitée à chanter au premier Royal Variety Performance, une soirée-bénéfice au profit des oeuvres de charité de sa majesté britannique que l'on célèbre chaque année depuis 1912 et à laquelle au moins un membre de la famille royale se doit d'assister et au cours de laquelle les artistes populaires donnent leur prestation. - Raison pour laquelle on n'a pas invité madame Lloyd ? - Parce qu'on la trouvait trop peuple, trop vulgaire.

 

On estime à plus de cinquante mille personnes le nombre de ceus qui se sont déplacées pour assister à ses obsèques en 1922... Sic transit...

La voici dans une de ses chansons typiques, Coster's Wedding de Fred Cliffe et Charles Moore où elle chante sur un fond de gaîté et de tristesse la célébration d'un mariage qui vient d'avoir lieu à Bethnal Green, un des quartiers les plus pauvres de Londres au tournant du siècle dernier.

There's bin a reg'lar 'How-de-do-dee-do' this Morning, boys
For such a splicing-up o' pairs you never saw
Just seventeen of us, got wed for bett'r or wuss
And we had none of us been never spliced before
We live in Bethnal Green - that's near the Old Red Church, you know
Where they ties all the Coster couples up for love
There was fathers, there was mothers,
Sisters, uncles, aunts and brothers
In the pewses and the gall'ry up above...

Pour écouter, cliquez sur la note :

paul

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Et pour notre émission radio :

(Nouveau format, nouvelle heure)

 
 

Book Review - Lectures

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Houellebecq, Michel - Sérotonine - Flammarion - 2019

Reçu de mon régulier correspondant, qui habite face au parc Lafontaine, à Montréal, (pour que vous puissiez dorénavant l'identifier, car, lui, maintenant se reconnaît), le message suivant, que je vous recopie avec sa permission :

«J'ai terminé la lecture de ce roman dans un état de parfaite indécision. La qualité de l'oeuvre est indéniable au plan de l'écriture mais d'une telle noirceur que cela m'a entraîné dans un état de langueur, de lassitude et d'affaissement. Roman qui démarre pourtant sur [des] chapeaux de roues. Un Houellebecq incisif, drôle, hilarant par moments par sa mordante ironie.

«Florent, le narrateur, un homme d'à peine 46 ans vit une déprime monumentale. Il prend sa dose maximale quotidienne de Captorix, un médicament assimilable à la pilule du bonheur, un supplément de Sérotonine, dans le but d'apaiser son chagrin insupportable, son stress constant, son mal de vivre insoutenable. L'absorption de ce médicament à dose massive provoque des effets secondaires indésirables : la nausée, la perte de libido voire son extinction. Le narrateur n'éprouve plus de désir sexuel, ses tentatives de masturbation échouent. Ce roman est une plongée nostalgique dans un passé supposément heureux au temps où il était étudiant, et plus tard lors de ses nombreuses conquêtes amoureuses lesquelles malheureusement se soldent par des échecs répétitifs. Un vide abyssal se dégage de ce qu'il fut et maintenant de ce qu'il est : un être vivant dans un passé révolu, un être sans vie sociale volontaire, un être sciemment détaché de tout contact humain normal. Il décide alors de disparaître sans laisser d'adresse, il s'enfuit, il se quitte lui-même mais se retrouve constamment confronté à son image déplorable qu'il déteste.

«À la première lecture, je suis passé d'un état de pur plaisir à un état de graduelle déception en raison des attentes élevées que j'entretiens à l'égard de cet auteur brillant,
[mais] non conformiste. En fermant le livre, je me suis dit que Houellebecq manquait de souffle, que [cette] dernière oeuvre se limitait à un exposé gratuit et scabreux d'expériences sexuelles. Est-ce que Houellebecq serait obnubilé par le sexe me suis-je demandé ?

«Il faut lire ce roman en sortant du cadre purement formel et étroit dans lequel l'auteur nous enferme pour libérer notre libre arbitre, aller au delà de la première interprétation, fausse à mon humble avis. Ce roman parait au moment où la France est plongée dans un drame social, un profond chaos dont l'issue est improbable, incertaine. Houellebecq est un visionnaire, souvenons-nous de
Soumission, ce brûlot qui a ébranlé les bien-pensants, les apôtres de la rectitude politique dans l'Hexagone. La lente et inéluctable chute du narrateur, ingénieur agricole, sa plongée vers une mort désirée mais effrayante, ne serait-ce pas une brillante métaphore de la France actuelle, voire de l'Occident ? J'ai d'abord lu Houellebecq au premier degré. Quelle erreur ! Ce type est vachement intelligent malgré l'image désagréable qu'il dégage. Je viens de comprendre...»

Voilà ce que j'appelle un véritable compte-rendu d'un livre ou, dans le présent cas, un roman : on en décrit le thème, le style et l'atmosphère général qui s'en dégage, bref : on le décrit adéquatement... à deux, trois choses près : celle de s'adresser des lecteurs qui connaissent déjà Houellebecq et celle de prendre pour acquit que tous ces lecteurs sont au courant de la situation politique et social en France (au moment où il fut écrit). - Je dis «un véritable compte-rendu» car, en ayant pris connaissance, j'ai été convaincu que j'allais savoir à quoi m'en tenir si jamais il me venait à l'esprit de lire ce récit de 352 pages.

Ne l'ayant pas lu, n'ayant jamais lu quoi que ce soit de Houellebecq, je ne saurais en ajouter davantage, mais qu'il me soit permis, ici, de répondre à ce correspondant qui, je le répète, habite en face au parc Lafontaine, à Montréal (côté ouest), en m'éloignant complètement de son propos, comme on le fait en politique :

D'abord, cher K. (ce n'est pas sa véritable initiale de son prénom), vous n'êtes pas le premier qui me parle de Houellebecq ni la première fois qu'on me parle de ses romans. - Forcément : il est un écrivain à la mode, il est de tous les magazines littéraires et l'on retrouve ses livres dans les vitrines de toutes les librairies. - Je ne saurais vous dire comment comment cette omniprésence est arrivée car, avec la publicité, la télévision et l'internet, tout, aujourd'hui, semble se produire spontanément comme si le présent était aussi présent que le passé. D'où ma méfiance, mais j'y reviens après la parenthèse qui suit :

Il est notoire. à ce qu'on me dit constamment, que je ne lis rien, depuis des années, de ce qui s'est publié depuis 1945. Notoire peut-être, mais faux car j'ai lu et continue à lire autant d'auteurs de la deuxième moitié du XXe siècle que j'en ai lu de la première. Vous voulez des noms ? Pérec, Assouline, Caradec,  Pivot, D'Ormesson, Cheng, Etiemble, Foote, Forsythe, Groulx, Hadria, Dubois, et plusieurs autres ;  et je ne saurais vous énumérer la quantité d'essayistes américains et britanniques des dernières années dont j'achète systématiquement tous les volumes : Hitchens, Burke, Dawkins, Buckley, Grayling, Pinker, Harris... (dois-je mentionner le romancier Le Carré ?). - Passez-moi, en outre, les auteurs qui ont débuté avant 45 et qui ont écrit jusque dans les années 80 et 90.

Comparativement, cependant, aux nombres de livres publiés avant 1950, je serais d'accord pour dire que je n'en parle pas beaucoup. - Je n'en parle pas beaucoup parce que, par rapport à ceux publiés au cours des années  1900-1945, il faudrait, j'en suis certain, en lire cinq fois plus pour en trouver d'aussi intéressants. - Les livres, comme les vins, ont besoin d'être décantés. - Mais qu'à cela ne tienne : je n'ai pas à justifier le fait que, oui, il est rare qu'on me retrouve avec un livre d'un auteur à la mode à la main.

Fin de la parenthèse.

Ma méfiance (vis-à-vis les livres récents) a deux sources :

La première est qu'un écrivain dont le message est compris par la majorité de ses (et de mes) contemporains ne fait que me rappeler ce que je suis en apparence et ce que je constate superficiellement autour de moi et non pas ce que je suis réellement, mais surtout ce je pourrais ou que mes contemporains pourraient devenir, ce  que je vais vraiment devenir si je ne change pas d'idées et ce qu'il deviendront dans dix, vingt, trente ans, pour la même raison. (Quoique, dans mon cas, trente ans - et même vingt - me semble d'un optimisme débridé.)

Un vrai écrivain doit, à mon avis, être, en son temps, un visionnaire et non pas un descriptif ; il doit être un futuriste en quelque sorte, comme un  peintre, un sculpteur, un architecte : il doit ouvrir des fenêtres et dire : «Voici ce que je vois, regardez» ; et non : «Voici ce que vous voyez.» - C'est ce qui explique les intérieurs des résidences au fil des ans. -  En 1950, par exemple, on était avant-gardiste si on avait sur ses murs des cubistes et non plus les impressionnistes qu'on retrouvait sur les murs des plus chics demeures dans les années trente et quarante... - Tenez : j'ai, chez moi,  des affiches de Jackson Pollock sur quelques-uns de mes murs. Ces affiches choquent ceux qui les voient pour la première fois et j'ai beau leur expliquer qu'ils sont l'oeuvre d'un peintre décédé il y a plus de cinquante ans, on me dit en avance sur mon temps ! - Je n'en suis, hélas, rendu qu'à lui.

La deuxième est de nature historique et dans le cas de Houellebecq, j'ai dix bonnes raisons de me méfier de ses écrits. Il a en effet été le récipiendaire des prix suivants :

  • Prix Tristan-Tzara 1992, pour La Poursuite du bonheur

  • Prix de Flore 1996, pour Le Sens du combat

  • Prix Novembre 1998, pour Les Particules élémentaires

  • Meilleur livre de l'année du magazine Lire 1998, pour Les Particules élémentaires

  • Prix Impac 2002, pour Atomised (trad. anglaise des Particules élémentaires)

  • Prix Interallié 2005, pour La Possibilité d'une île

  • Prix Goncourt 2010, pour La Carte et le Territoire

  • Prix de la BnF 2015, pour l'ensemble de son œuvre

  • Prix Oswald-Spengler 2018, pour l'ensemble de son œuvre et, en particulier, Soumission

  • Prix La Tour Carnet 2018, pour l'ensemble de son œuvre

Vous dvez connaître la boutade de Groucho Marx à propos de l'opinion des autres (et que Simon Popp nous a récemment rappelée) :  «Vous dites que c'est une bonne idée, hein ? Alors elle ne doit pas en être une.» - Appliquez-là ici. - Appliquez-là en particulier en rapport avec le Prix Goncourt, le plus prestigieux de tous ceux qui précèdent :

On en a distribué 114 depuis sa création et si vous consultez la liste de ses récipiendaires, vous ne serez pas étonné de constater le nombre de ceux qui sont totalement disparus de la vie littéraire dans moins d'une décennie de leur nomination. Personnellement, en parcourant cette liste, je n'ai reconnu qu'onze noms que je crois être encore relativement encore lus de nos jours ou dont les oeuvres, à tout le moins, pourraient être encore disponibles en librairie (quoique la plupart du temps en commandes spéciales), 11 sur 114 : c'est moins de 10%. Et, de ces noms, il aurait fallu quand même que j'élimine Proust qui, comme dit l'expression, «se l'est scandaleusement payé» (à l'époque où il valait encore quelque chose) et  Romain Gary qui se l'est «tapé» deux fois... - Bref : le Goncourt est loin d'être une référence.

Ma conclusion est que si votre Houellebecq en a été un des récipiendaires, il a une chance, comme tous les récipiendaires précédents, d'environ 9 pour cent d'être encore lu dans dix ans. - maintenant, faites le calcul avec ses neuf autres prix...

Dans ces conditions, compte tenu de ce que vous venez de m'en dire, compte tenu de ce qu'on m'en a dit, compte tenu du premier coup d'oeil que j'ai jeté sur un de ses livres (longs paragraphes !), si vous permettez, je vais attendre un peu,

N'en déplaise à ceux qui me diront que c'est un auteur intelligent et visionnaire. j'ai déjà suffisamment de difficultés à lire et relire les visions d'André Gide (1869-1951) et même de John Ruskin (1819-1900).

*

Pose - pas de calembours, s.v.p. - chez le phorographe : 

        
  

*

Qu'on me comprenne bien : je ne dis pas que Houellebecq est un mauvais écrivain. Je dis tout simplement qu'ayant été récipiendaire, entre autres, du prix Goncourt, il est plus que probable qu'il soit, comme tous les récipiendaires précédents, tout aussi important et capitalissime que l'un d'entre eux et qu'il devienne éventuellement un écrivain tout aussi important et tout aussi méconnu dans dix, vingt, trente ans que 90% d'entre eux. Parce que son message (si message il y a) sera devenu tout aussi inutile et désuet que les leurs. - Alors pourquoi je le lirais, lui. plutôt que l'écrivain que tous les critiques ignorent et qui est en train d'écrire un des deux ou trois livres qui vont marquer le XXIe siècle, de son demi-sous-sol à Rosemont ou de sa mansarde dans le XIIe et qui, pour manger et se payer le papier sur lequel il écrit, il est livreur de pizza. Parce que son livre, si jamais on le publie de son vivant, fera partie des milliers qu'on publie tous les ans et, comme la plupart d'entre-eux, sera ignoré de la critique., surtout s'il n'a pas les qualités d'excellence à la base de cette critique et dont, malheureusement je n'aurai pas la chance de connaître parce qu'il me faudrait lire tout ce qui publie de semaines en semaines.

Prêtez-moi un peu d'intelligence, voulez-vous ? Celle de savoir que si je n'ai pas encore compris le monde décrit par la peinture post-Pollock (qui est décédé, je le répète, il y a plus de cinquante ans), comment voulez-vous dans ces conditions que je reconnaisse un grand écrivain con-tem-po-rain ?

Oui, je sais : je suis sectaire, intolérant, intransigeant, têtu, doctrinaire et étroit d'esprit, mais ce que je peux m'amuser à lire des classiques !

Un seul problème : il me semble que mes contemporains, ceux qui ont mon âge, soient encore plus perdus que je le suis.

Quant aux critiques, lire ceux qui l'étaient il y a trente, quarante, cinquante ans et noter les grands écrivains qu'ils ont loupés.

En toutes amitiés, etc.

*

Et puis, j'ose ou j'ose pas ?

Il semblerait que plus ça change :

«Vous savez ce qu'étaient les écrivains [à cette époque] ? Je vais vous le dire., moi, car j'ai vécu parmi eux. À peu près tous des amoraux, et pour la plupart,  soit insignifiants, soit carrément mauvais, en tous cas, d'un caractère beaucoup plus bas - et c'était déjà pas brillant - que ceux que j'avais rencontrés dans ma vie militaire. - Et ces gens qui faisaient semblant d'être des prédicateurs - enfin : d'avoir un secret pour le bonheur du monde -, en réalité , leur désir le plus vrai et le plus intime, la seule chose qui les occupait pour de bon, c'était de recevoir le plus de louanges et le plus d'argent possible. Ce qui leur plaisait énormément, c'était être entourés d'estime, d'avoir des aventures galantes, c'était toucher pas mal d'argent...» - Léon Tolstoï - Confessions.

Simon

P.-S. : Pauvre Léautaud qui a dit toute sa vie qu'il se sentirait déshonoré si on lui attribuait un prix littéraire ! Devant les faits comme ceux que je viens d'avancer, il a dû, depuis sa mort, se retourner dans sa tombe cinq cents fois. Selon mes calculs, il devrait être aujourd'hui tout près de l'entrée du cimetière de Chantenay-Malabry où il a été inhumé, presque au centre.

Note : une sculpture d'un chat en pierre orne sa pierre tombale.

***

Virginia Woolf - Mrs Dalloway - Hogarth Press, 1925
ou :
Virginia Woolf et le «stream of consciousness»

   Note :

Je voulais, ce mois-ci, parler de Suétone et de Tacite, deux auteurs que Simon m'a suggérés il y a plusieurs mois et que je n'ai commencé à lire qu'il y a à peine quelques semaines, mais, quand j'ai lu mes notes, j'ai réalisé que j'étais en train d'écrire un long essai sur ces deux historiens (en italiques, s.v.p., Monsieur le typographe), chose qui ne convient pas aux comptes-rendus généralement publiés dans le Castor™. - Le temps de résumer tout cela, de mettre, comme dit Simon, de l'ordre dans mes idées, et je vous reviendrai sous peu. Le mois prochain peut-être. En attendant, Mrs Dalloway :

*

(À J. L à qui j'ai souvent dit que je n'avais aucune idée de ce qu'était le présent.)

Ce n'est pas la première fois que je lis de longs passages de ce roman dit être «un des meilleurs romans de tous les temps» (au numéro 37, selon une récente liste, derrière A la recherche du temps perdu, Don Quichotte, Ulysses [de James Joyce], The Great Gasby, Moby Dick, La guerre et la paix et Les frères Karamazov... (*)

(*) Même si cette liste classe « Les misérables» au 56e rang, «L'idiot» au 67e, «Frankenstein» au 79e et «Voyage au bout de la nuit» au 85e... et qu'elle contient des titres comme «Tom Jones» [d'Henry Fielding], «Gone with the Wind» et «Lord of the Flies»... -- Les listes valent ce qu'elles valent... -- La preuve est que dans une autre liste, «Mrs. Dalloway» n'est même pas mentionné. Par contre on y retrouve «Une chambre à soi» en 69e place, devant «Tropismes» de Nathalie Sarraute ! (73e), «Au-dessous du volcan» de Malcom Lory (85e), mais derrière «Sous le soleil de Satan» de Bernanos, (45e), «Le lotus bleu» d'Hergé (18e) et «Le petit prince» de Saint-Ex (4e)...

Non, ce n'est pas la première fois et sans doute pas la dernière qu'après quelques et souvent plusieurs pages, je m'arrête tout simplement en me disant qu'il faudra bien, un de ces jours que je persévère et que je décrypte (sic) ce livre tel qu'il a été publié, c'est-à-dire dans l'ordre qu'il a été publié, du début à la fin, sauf que  je n'en suis pas encore rendu là.

J'en suis, au moins à comprendre pourquoi ; c'est quelque chose qui a à voir avec son style narratif : ce «stream of consciousnes» que Madame Woolf a utilisé pour insérer, ça et là, des - comme dire ? - «pincements de coeur» (?), comme il nous en arrive à tous, régulièrement.

Je connais quelqu'un qui appelait ces moments des «bouffées de honte» qui surgissaient, disait-elle, «entre un flux ininterrompue d'impressions» (ou des mots à cet effet) qui lui parvenaient de nulle part ou de tout ce qui l'entourait : la couleur d'un tissu, la une d'un journal, la sonnerie d'un téléphone, le cri d'un enfant, la chaleur d'une tasse de café, le saut d'un chat sur sa table de travail, la paroi rugueuse d'un mur en stucco...

Loin de moi de penser, même un instant, qu'on aurait pu raconter la journée de Mrs. Dalloway autrement. Ce serait absurde, mais il me faut, pour excuser mes hésitations, constamment me rappeler que je fais partie d'une génération pour laquelle une narration écrite, quelle qu'elle soit, doit suivre les normes de l'écriture et non pas calquer une des caractéristiques de la pensée humaine qui n'est pas constituée de mots, ni de phrases, surtout pas de paragraphes et de chapitres, mais bien - quitte à me répéter - d'«impressions» qui se manifestent plus ou moins spontanément et hors de notre contrôle. Et pourtant...

Je suis de ceux pour qui la poésie a cette caractéristique de nous rappeler non pas nos banals faits et gestes répétés sans cesse et qui occupent la plupart de nos pensées, mais ces émotions que nous ressentons bien malgré nous, à un moment où, souvent, nous en sommes bien loin. - Ou le contraire, comme Paul-Marie Lapointe a réussi à nous le démontrer avec son admirable «écRiturEs».

La forme parfaite de ces rappels m'a toujours semblé être le haïku, ces poèmes composés de 17 mores (son élémentaire émis lors de la phonation et généralement répartis en trois vers qui en contiennent respectivement 5, 7 et 5) et qui sont sensées nous mettre dans un état d'âme quelconque, un état d'âme fugitif et surtout inexprimable autrement. Mais qui suis-je pour oser poser des questions à propos d'une oeuvre écrite il y aura bientôt cent ans ?

Comme Simon qui, écrivant, dans sa chronique d'aujourd'hui (ou serait-ce dans le compte-rendu d'une de ses lectures ?) se sent peu moderne avec ses affiches d'un peintre mort il y a cinquante ans, je me trouve bien en retard par rapport à ce roman, tout comme je me sens bien loin d'un poète du XIXe qui refermant son livre du devoir en «pressentait violemment la voile»...

Une voile - des voiles - faite(s), dans Mrs. Dalloway, par la présence en va-et-vient de Peter, l'arrivée de Sally, la mort de Septimus et... ce Premier Ministre qui, comme tous les politiciens de l'époque ne se préoccupait guère des victimes du «shell shock»...

 

C'est dans un genre auquel je suis peu habitué et quelque peu réfractaire..

Et voilà qu'on me dit  que si j'ai de la difficulté à lire Virginia Woolf, c'est que je ne suis pas une femme... - Hélas non, mais pauvres femmes ! - Ce qu'elles doivent avoir de la difficulté, en contre-partie, à lire tous ces livres écrits, depuis deux, trois mille ans presque exclusivement par des hommes... - Misogynie que tout cela : elles sont et ont toujours été plus intelligentes que nous : elles ont moins écrit, c'est tout. - Ou voudraient-elles qu'on adhère inconditionnellement au crédo dont le premier article est qu'elles ne peuvent pas être comprises ?

Y'a des choses dont il ne faut pas parler, comme dit mon père «in mixed company».

Voilà, ce sera tout pour aujourd'hui sur Madame Dalloway qu'au demeurant je trouve un peu superficielle, mais ce n'est qu'une impression qui disparaîtra, j'en suis certain, aussi fugitive qu'elle est venue  quand j'aurai fini de la connaître.

Copernique

***

Alessandro Baricco - Homère, Iliade - Albin Michel, 2006
Traduction de l'italien par Françoise Brun de :
Omero, Iliade, 2004

Je ne fais pas partie d'un milieu (mais lequel ?) où l'on peut savoir si Homère est encore lu de nos jours. Je sais qu'on peut trouver facilement une édition courante de son Iliade ou de son Odyssée et je ne connais aucune bibliothèque qui n'en a pas une copie. Les deux sont disponibles en plusieurs versions (je veux dire en plusieurs formats) sur Internet  et j'imagine qu'il en existe une version  en grec ancien, en grec moderne et en diverses traductions : en anglais, français, allemand, espagnol, italien,  russe  et, j'imagine, même en espéranto. mais lit-on encore Homère ? 

C'est une question qu'Alessandro Baricco, récipiendaire de nombreux prix (dont, ne vous en déplaise, Monsieur Popp : le Campiello en 1991, le Viareggio, en 1993, le Médici étranger, en 1995, etc.) semble s'être posé avant d'écrire son Homère, Iliade dont l'origine remonte à vouloir  lire en public, des heures durant, tout l'Iliade, un projet qui s'est avéré irréalisable car il aurait fallu «une quarantaine d'heures et un public vraiment très patient». Aussi a-t-il pensé à en faire une adaptation et le livre mentionnée ci-dessus en est la version écrite telle que lue en public à Rome et à Turin, transmise simultanément à la radio à l'automne 2004.

En 2005, dans sa préface jointe à ses premières traductions, Baracco se dit conscient du paradoxe que représente un texte grec, traduit en italien, adapté dans la même langue et traduit en «mettons chinois», mais. précise-t-il, «Borges aurait adoré». Sans doute. Peut-être pas l'authenticité, mais le paradoxe.

J'y reviens dans un instant, mais auparavant, j'aimerais mentionner un autre livre tout aussi, non pas paradoxal, mais aussi étonnant - qui a été mentionné plusieurs fois ici même, - C'est celui de Shelby Foote qui a mis vingt ans à écrire The Civil War : A Narrative, un livre de près de 3 000 pages (3 volumes) racontant sous la forme d'un récit l'histoire de la Guerre Civile Américaine des premiers coups de canon tirés à Fort Summer en 1863 à la reddition du général sudiste  Robert E. Lee à Appotomax en 1865 ; non seulement sous la forme d'un récit, mais un récit sans index, sans notes en bas de page, ni aucune référence à plus de trois cents livres qu'il a consultés avant et au cours de sa rédaction. - Ce livre est aujourd'hui considéré non pas «le livre définitif» en son genre (et sur la Guerre Civile Américaine), mais un des très important parmi ceux qui ont été rédigés  sur ce sujet. - À lire absolument par ceux que ce sujet intéresse.

À Baricco, maintenant et son Homère, Iliade :

Pour rédiger son texte (179 pages), Alessandro Baricco dit avoir :

1) D'abord et avant tout, fait des coupures pour ramener sa lecture à «une durée compatible avec la patience d'un public moderne». Il a supprimé les répétions (nombreuses dans l'Iliade) et les apparitions des dieux, parties les plus étrangères à la sensibilité moderne et qui, dit-il dans sa préface, «cassent la narration».

2) Il a ensuite tenté d'éliminer toutes les aspérités archaïques qui éloignent le récit de son sens premier tout en tentant de conserver le rythme du texte originel. - Là, je n'ai pas cherché à savoir lesquelles ni ce à quoi il se référait.

3) Il a mis le récit sous la forme subjective en choisissant une série de personnages de l'Iliade en leur faisant raconter leurs histoires, i.e. : Au lieu d'écrire "le père prit sa fille entre ses bras",  son texte fut transformé en «mon père me prit dans ses bras"...

4) Il fit quelques adjonctions (peu nombreuses) pour éclaircir certains passages, adjonctions, en italiques dans le texte imprimé qui, dit-il, doivent être considérés comme des «des restaurations déclarées, en acier et en verre [par exemple]¸sur des façades gothiques.»

Le résultat ? - N'ayant, comme tout le monde,  jamais lu en entier Homère, ni dans son Iliade, ni dans son Odyssée, je ne saurai dire si Alessandro Baricco a réussi son pari ; s'il en a rendu l'essence, la poésie, le rythme ou tout ce qui fut Homère. Je peux affirmer cependant que son texte, en français, traduit de l'italien, traduit du grec ancien, est fort plaisant à lire et que, ayant quand même une bonne idée de ce qu'est l'Iliade, je n'ai pas eu l'impression en le lisant qu'il en a fait un stupide résumé et il m'a semblé que je pourrai dorénavant dire que, oui, je sais - ou plutôt  - oui j'en connais plus la signification et, de ce fait, je comprends mieux  la raison pour laquelle, après plus de deux mille ans, on persiste à dire que c'est un texte qu'il ne faut pas négliger.

Copernique

P.-S. : À 24,95$, un peu cher quand même, mais c'est le prix d'un James Bond (et demi) et, même, d'une édition bon marché de l'Iliade et de l'Odyssée en un volume.

 

Le courrier


M. Raoul Tanguay-Monty - Rionero in Vulture PZ, Italie

Oui, ça pourrait être une solution, construire votre prochaine résidence sur le terre-plein au milieu d'une autoroute, mais il faudra prévoir être en mesure de sortir de votre garage à quelque 90 ou 100 kilomètres à l'heure. - Prévoir également une rampe pour les camions de livraison.

Mlle Joséphine Otari - Kingsbridge, U.K.

La phrase la plus longue de Proust (856 mots) se trouve dans Sodome et Gomorrhe (SG I, 36) :

« Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire, jusqu’à la découverte du crime ; sans situation qu’instable, comme pour le poète la veille fêté dans tous les salons, applaudi dans tous les théâtres de Londres, chassé le lendemain de tous les garnis sans pouvoir trouver un oreiller où reposer sa tête, tournant la meule comme Samson et disant comme lui : “Les deux sexes mourront chacun de son côté” ; exclus même, hors les jours de grande infortune où le plus grand nombre se rallie autour de la victime, comme les juifs autour de Dreyfus, de la sympathie – parfois de la société – de leurs semblables, auxquels ils donnent le dégoût de voir ce qu’ils sont, dépeint dans un miroir, qui ne les flattant plus, accuse toutes les tares qu’ils n’avaient pas voulu remarquer chez eux-mêmes et qui leur fait comprendre que ce qu’ils appelaient leur amour (et à quoi, en jouant sur le mot, ils avaient, par sens social, annexé tout ce que la poésie, la peinture, la musique, la chevalerie, l’ascétisme, ont pu ajouter à l’amour) découle non d’un idéal de beauté qu’ils ont élu, mais d’une maladie inguérissable ; comme les juifs encore (sauf quelques-uns qui ne veulent fréquenter que ceux de leur race, ont toujours à la bouche les mots rituels et les plaisanteries consacrées) se fuyant les uns les autres, recherchant ceux qui leur sont le plus opposés, qui ne veulent pas d’eux, pardonnant leurs rebuffades, s’enivrant de leurs complaisances ; mais aussi rassemblés à leurs pareils par l’ostracisme qui les frappe, l’opprobre où ils sont tombés, ayant fini par prendre, par une persécution semblable à celle d’Israël, les caractères physiques et moraux d’une race, parfois beaux, souvent affreux, trouvant (malgré toutes les moqueries dont celui qui, plus mêlé, mieux assimilé à la race adverse, est relativement, en apparence, le moins inverti, accable celui qui l’est demeuré davantage), une détente dans la fréquentation de leurs semblables, et même un appui dans leur existence, si bien que, tout en niant qu’ils soient une race (dont le nom est la plus grande injure), ceux qui parviennent à cacher qu’ils en sont, ils les démasquent volontiers, moins pour leur nuire, ce qu’ils ne détestent pas, que pour s’excuser, et allant chercher comme un médecin l’appendicite l’inversion jusque dans l’histoire, ayant plaisir à rappeler que Socrate était l’un d’eux, comme les Israélites disent de Jésus, sans songer qu’il n’y avait pas d’anormaux quand l’homosexualité était la norme, pas d’anti-chrétiens avant le...

...Christ, que l’opprobre seul fait le crime, parce qu’il n’a laissé subsister que ceux qui étaient réfractaires à toute prédication, à tout exemple, à tout châtiment, en vertu d’une disposition innée tellement spéciale qu’elle répugne plus aux autres hommes (encore qu’elle puisse s’accompagner de hautes qualités morales) que de certains vices qui y contredisent comme le vol, la cruauté, la mauvaise foi, mieux compris, donc plus excusés du commun des hommes ; formant une franc-maçonnerie bien plus étendue, plus efficace et moins soupçonnée que celle des loges, car elle repose sur une identité de goûts, de besoins, d’habitudes, de dangers, d’apprentissage, de savoir, de trafic, de glossaire, et dans laquelle les membres mêmes, qui souhaitent de ne pas se connaître, aussitôt se reconnaissent à des signes naturels ou de convention, involontaires ou voulus, qui signalent un de ses semblables au mendiant dans le grand seigneur à qui il ferme la portière de sa voiture, au père dans le fiancé de sa fille, à celui qui avait voulu se guérir, se confesser, qui avait à se défendre, dans le médecin, dans le prêtre, dans l’avocat qu’il est allé trouver; tous obligés à protéger leur secret, mais ayant leur part d’un secret des autres que le reste de l’humanité ne soupçonne pas et qui fait qu’à eux les romans d’aventure les plus...

...invraisemblables semblent vrais, car dans cette vie romanesque, anachronique, l’ambassadeur est ami du forçat : le prince, avec une certaine liberté d’allures que donne l’éducation aristocratique et qu’un petit bourgeois tremblant n’aurait pas en sortant de chez la duchesse, s’en va conférer avec l’apache ; partie réprouvée de la collectivité humaine, mais partie importante, soupçonnée là où elle n’est pas, étalée, insolente, impunie là où elle n’est pas devinée; comptant des adhérents partout, dans le peuple, dans l’armée, dans le temple, au bagne, sur le trône; vivant enfin, du moins un grand nombre, dans l’intimité caressante et dangereuse avec les hommes de l’autre race, les provoquant, jouant avec eux à parler de son vice comme s’il n’était pas sien, jeu qui est rendu facile par l’aveuglement ou la fausseté des autres, jeu qui peut se prolonger des années jusqu’au jour du scandale où ces dompteurs sont dévorés ; jusque-là obligés de cacher leur vie, de détourner leurs regards d’où ils voudraient se fixer, de les fixer sur ce dont ils voudraient se détourner, de changer le genre de bien des adjectifs dans leur vocabulaire, contrainte sociale, légère auprès de la contrainte intérieure que leur vice, ou ce qu’on nomme improprement ainsi, leur impose non plus à l’égard des autres mais d’eux-mêmes, et de façon qu’à eux-mêmes il ne leur paraisse pas un vice. »

À noter que la phrase la plus connue de Proust, la première d'À la recherche du Temps perdu ne contient que 8 mots :

« Longtemps je me suis couché de bonne heure. »

M. Vernon Lesage - Thyngen, Suisse

Nous ne sommes malheureusement pas très versés dans le cyclisme, mais d'après les  différents spécialistes que nous avons consultés, il semblerait que les tandems, modèle Quousque de la firme Cicéron et fils (dépliant «Oratio in Catilinam», I, 1) seraient supérieurs aux tamdems similaires fabriqués par les Vélos Tacite Inc. («Annalium», Liber I, XIII).

À noter que, selon Le Point (26 avril, 1976), les femmes, depuis 1936, se heurtent toujours à la phallocratie du tandem et qu'il doit définitivement être utilisé, en couple,  l'homme à l'avant et la femme à l'arrière.

Mme Aubrey Doyon - Belleville (On), Canada

Shakespeare

Mlle  Patricia Cartier - Grande-Synthe (59760), France

Aux dernières nouvelles, le prix moyen d'une maison unifamiliale, à Montréal, était de 334.000 $, celui d'un appartement ou logement en copropriété 264.900 $ et le prix d'un «plex» 520.000 $.

M. Grégoire Lamare, Beverlo, Belgique

Au moment où nous écrivons ces lignes, la température extérieur dans la municipalité où se trouve le siège social du Castor™ est de moins 4 degré Celsius; moins 9 avec le refroidissement éolien (dont on peut se procurer un exemplaire à la procure de l'université).

Ms Megan Briggs - Bishopdale (Nelson 7011), Nouvelle-Zélande

Shakespeare.

 

Cette édition du Castor est dédiée à :


 

Mary Lloyd
(1870-1922)

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Vatfair, Planter, Hencourt

Avocats

Tour Marshalluk - Quartier Universitaire Napierville

Téléphone : 88-06 - Sonner deux coups.

                 


 

«Les juifs, les chrétiens et les musulmans soutiennent que leurs livres sacrés (l'Ancien Testament, la Bible et le Coran) contiennent des vérités si profondes et qu'ils répondent  à tous les besoins fondamentaux de l'humanité et qu'en conséquence, ils ne peuvent avoir été rédigés que sous la dictée d'un être tout puissant. - Un athée est une personne qui a lu ces livres et trouvé que ces deux affirmations sont pour le moins sujettes à caution.»

- Sam Harris 

«Ah les problèmes qu'on aurait pu éviter si les premiers mots de la Bible eussent été "Il était une fois" plutôt que "Au commencement, Dieu créa..." !»

- Anonyme

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