Volume XXVII, n° 9 Le seul hebdomadaire de la région publiée une fois par mois Le lundi 1er mai 2017
     

Printemps !

Rue Vinet, Montréal, le jeudi 27 avril 2017


Le Castor, souvent cité sous le nom de  «Le Catsor» ou «Le Csator» (à cause des nombreuses erreurs typographiques qu'on y trouve), est en perpétuelle évolution. L'humour ou le sarcasme parfois s'y pointe puis disparaît pour reparaître le mois suivant. Certains numéros ont eu des thèmes, d'autres pas. Tout dépend de ses chroniqueurs. Ainsi, cette semaine, mais non dans l'ordre : 

Un mot sur les mots - un cinquantième anniversaire de mariage - le hasard ou la baraka - les livres que l'on publie, une histoire de tablettes, l'Internet et les  bibliothèques - le 23 avril 1917 et un dîner au Ritz (avec un abbé) - Katsaris, Mozart, Prokofiev (et d'autres) et un anniversaire - Youth de Sorrentino - chee-burgers et changements climatiques - une chanson tendre - la mort de Pline l'Ancien - des vêtements pour homme et une citation de Voltaire. - Plus le courrier, naturellement.

Bonne lecture !

          

BLANC

 
Les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien .
 
      Simon Popp

Qu'on se le dise

Il y a deux choses que j'ai revendiquées lorsqu'on m'a demandé d'écrire dans le Castor™ et uniquement deux :

Un : le droit de faire volontairement ou involontairement, petit a) des fautes de frappe et même carrément, petit b) des fautes de français. - Ajoutez ici, si vous le désirez, le droit d'utiliser des barbarismes, des néologismes, des canadianismes et autres affaires en isme qui font les délices de l'Office de la Langue Française. - Je n'ai plus, depuis que je suis à la retraite, de secrétaire ; je tape difficilement à la machine (une maladie héréditaire) ; et ça m'embête de me relire.

Deux : le droit de ne pas être obligé en tout temps de dire la vérité, rien que la vérité et toute la vérité. J'ai fait ça toute ma vie et, ainsi, trop dit de conneries. - Non pas que je veuille embellir nécessairement les choses (au contraire, même), mais à mon âge, on n'est pas obligé de revivre ses erreurs et les raconter à tout le monde. - D'ailleurs je ne vous demande pas de me croire, mais de m'écouter.

(En réponse à Madame C. de Verdun (Québec) à qui je suggère de remplacer la grammaire et le dictionnaire avec lesquels elle couche par une bouillotte et à Monsieur V. de Belgique qui me souligne que j'exagère de temps à autres.)

***

La malédiction des livres imprimés

On m'a remis le cahier «Livres» du Devoir du samedi 15 et du dimanche 16 avril dernier. Voici certains titres de livres que j'y ai trouvés :

  • Le zouave qui aimait les vélocipèdes de l'écrivain qui aimait l'histoire des gens ordinaires : Pierre Breton - Roman sur  le destin des Québécois partis combattre Garibaldi dans l'Italie de Pie IX.
  • Quatre contre les loups de Sonia Sarfati et son fils Lou Victor Karnas dans un récit hybride et singulier - La force d'un clan au service d'un quatuor de justicier.
  • Pivot de Marie-Ève Cotton : une comédie psychiatrique. [Pivot du surnom donné à un patient qui rêvait d'un destin de grand écrivain et qui en est à 12e séjour en psychiatrie, convaincu d'être victime du Système.]
  • Si c'est ça l'amour et autres nouvelles de Bronwell Wallace (traduit de l'anglais par René-Daniel Dubois) et Nouvelles définitions de l'amour de Brina Svit - L'amour entre détresse et enchantement : Wallace et Svit touchent avec finesse toute la complexité d'un sentiment.
  • L'époque était rouge ou Militer au Québec pour un avenir radieux dans un parti marxiste-léniniste de Gilles Morand - Communiste ayant défroqué, Gilles Morand revient dans un témoignage acidulé sur ses années de militance.
  • Matricide de Katherine Raymond - Une critique foudroyante du système de santé où le poids de l'image devient une sentence à perpétuité.
  • Acceptabilité sociale : sans oui, c'est non de Pierre Batellier et Marie-Ève Maillé - Dans une gauche au charme orwellien deux universitaires livrent une satire de la notion d'acceptabilité sociale dans les débats écolos québécois.
  • Que devient la littérature québécoise ? sous la direction de Robert Dion et Andrée Mercier - Un voyage dans la singularité d'un univers atypique ou, depuis plus de 20 ans, la complexité, la diversité et l'ouverture  entre les lignes de la littérature québécoise.
  • Etc.

Pivot - le vrai : Bernard - avait et a toujours raison : "Aujourd'hui, tout le monde publie sauf certains auteurs." - Pas une critique ni une condamnation des livres mentionnés ci-dessus, juste un rappel qu'il se publie par année des milliers de livres qui, pour la plupart, mériteraient d'être publiés uniquement sous formats électroniques avec l'option pour ceux qui en veulent une copie-papier d'en commander un ou plusieurs exemplaires. - C'est possible de nos jours. Dans le domaine de l'édition, on appelle ce procédé, si ma mémoire est exacte le POD ; le Print on Demand ou l'impression sur demande.

Disparition à long terme des librairies et des bibliothèques ? - Probablement, mais préféreriez-vous le contraire ? La fin de l'Internet et l'ouverture de plus grandes bibliothèques ?

Personnellement, je réalise que je commence à avoir plus de livres consultables instantanément dans mon ordinateur que sur mes tablettes et que, de plus en plus, si je cherche une citation quelconque, j'ouvre mon ordinateur plutôt que le XXIe volume de la correspondance de Proust où l'on me dit qu'elle se trouve en page 609 du XVIIIe.

 D'ailleurs, je n'ai plus de place sur mes tablettes et plus de place pour en poser d'autres. - Quant à ma «table» de travail, j'ai de la difficulté à y poser un crayon. La raison en est simple : si je lis deux livres, j'en achète ou on m'en remet trois et j'ai beau en donner ou en échanger dix contre un...

Restait la solution de les empiler dans un coin.

Je regrette, mais tous les rayons de ma bibliothèque sont remplis et j'ai beau suivre les conseils de Jeff sur la lecture rapide, je n'arrive pas à lire tous  les livres qui m'intéressent d'autant plus que, plutôt attiré par les Classiques, j'ai tendance à me diriger vers des auteurs que j'ai déjà lus et les relire une dernière fois avant de me cadavériser. Et n'allez surtout pas croire que je lis morbidement, au jour le jour, ayant peur que la Grande Faucheuse vienne me chercher au beau milieu d'un chapitre ou au deuxième acte d'une comédie qui en a cinq. Non. Je suis, comme Proust l'a déjà écrit (mais pas à mon sujet), de ceux qui croient que mort se situe dans un espace vague et lointain n'ayant aucun rapport avec le présent.

La citation exacte est la suivante :

"Nous disons bien que l'heure de la mort est incertaine, mais quand nous disons cela, nous nous représentons cette heure comme située dans un espace vague et lointain, nous ne pensons pas qu'elle ait un rapport quelconque avec la journée déjà commencée..."

N'empêche que le temps qu'il me reste à lire se rétrécit par rapport à celui que j'avais quand j'étais plus jeune, du temps où j'avais toute la vie devant moi.

Tiens, justement, parlant de Proust, j'étais à la Bibliothèque de Westmount la semaine dernière, à la recherche de la bio d'un homme que personne ne connaît quand - c'était juste à côté - je suis allé du côté des rayons de fiction pour voir quels étaient les livres de Proust qu'on pouvait y trouver (1) et je suis tombé sur la «nouvelle» traduction, en anglais d'«À la recherche du Temps perdu».

(1) La ville de Westmount, à l'est du centre-ville de Montréal, est une "ville dans une ville" complètement ceinte par sa grande soeur, mais indépendante. Pendant des années, de son incorporation en 1895, jusqu'à tout récemment, elle fut considérée comme un bastion de riches anglophones (les revenus, par famille, étaient encore de 3,6 fois plus élevés qu'à Montréal). - S'attendre, dans ces conditions que sa collection soit plutôt anglaise que française, mais depuis plusieurs années, d'immenses efforts ont été faits pour la rendre plus accessibles à ses citoyens dont la proportion anglaise par rapport à sa proportion française diminue depuis le début des années soixante.

Je dis «nouvelle» car elle n'as pas encore huit ans, par rapport à la première, due essentiellement à un seul homme, Charles Scott-Moncrieff, qui date de 1922 à 1930, alors que cette «nouvelle» a nécessité sept traducteurs. Faut dire qu'avec les travaux effectués sur les manuscrits de Proust après sa mort, plus de 300,000 mots ont été additionnés à l'édition originale, celle traduite par Moncrieff et qui aura bientôt cent ans.

J'y reviendrai.

***

Sujets (au pluriel) de conversation

Au fil des ans, j'ai noté que, dans les soirées mondaines et les dîners entre amis, on a souvent cru que j'avais une mémoire phénoménale. Ce n'est que tout récemment que je me suis aperçu que lorsqu'on abordait un sujet que je ne connaissais pas, on l'abandonnait très vite pour passer à autre que je connaissais suffisamment pour pouvoir poser des questions à ceux qui l'abordait..

Ce que je n'ai pas encore compris, c'est pourquoi l'on ne l'a jamais remarqué et que, surtout, on ne me l'a jamais reproché.

Faut croire que les autres ont toujours été plus polis que je l'ai été !

Trop tard pour faire marche arrière.

***

Et oui, le printemps est arrivé

Et si vous ne me croyez pas, lui le sait :



Adrien - bientôt deux ans.

Simon

 

      Herméningilde Pérec


La baraka

Je n'ai jamais été vraiment bourru. - Impatient, parfois, parce que préoccupé ou surchargé de travail, mais disgracieux, jamais, sauf que, depuis quelque temps je suis devenu, avec l'âge, quelque peu capricieux Je n'aime pas, par exemple, qu'on me dise que je suis (ou que j'ai été) chanceux dans la vie : famille aimable, éducation choisie, travail régulier, à l'abri de tous les maux de la terre : pauvreté, famine, maladie, guerre, etc.

Oui, il est vrai que j'ai été choyé, mais n'allez pas croire que tout m'a été donné cuit dans le bec, comme on disait quand j'étais jeune. J'ai dû bûcher pour apprendre à parler et écrire de façon raisonnablement correcte, surtout en anglais. Et les heures que j'ai passées à étudier la géométrie, l'algèbre, les mathématiques - et la chimie surtout - la chimie ! - comptent parmi mes plus mauvais souvenirs.

J'étais, il n'y a pas longtemps, chez un jeune couple dont les deux membres se plaignaient d'avoir de la difficulté à joindre les deux bouts avec leurs trois enfants même avec deux revenus ; et qu'ils avaient assez de voir les taxes sur leur maison augmenter, les prix à l'épicerie faire des bonds rendant impossible certains achats, etc.. - La mère, en particulier, avait l'air épuisée. Et le mari semblait quelque peu découragé de ne pas être en mesure de prendre, cet été, des vacances disons "normales".

M'est venu en tête une réflexion entendue il y a des années chez mon garagiste où j'allais récupérer ma voiture après une inspection de routine, changement d'huile et autres détails du genre. J'attendais mon tour pour payer ma facture lorsqu'une femme dernière moi me demanda si j'étais là depuis longtemps. Je lui répondit, en fin-finaud : "Depuis des années, Madame." - Et elle de répliquer : "Oh, ne me racontez pas vos problèmes. J'en ai assez des miens. Quand vous aurez quatre enfants et trois Volvo, vous m'en donnerez des nouvelles."

Évidemment, l'argent ne fait pas le bonheur, pour utiliser un truisme, et chacun, quelque soit sa position dans la vie, a ses problèmes.

C'est Daninos, je crois, qui s'insurgeait d,avoir entendu une femme se plaindre de la circulation à Paris. "Horrible" avait-elle dit, parlant des embouteillages. - "Si cela était horrible, écrivait-il, quel mot aurai-elle utiliser après un voyage dans un wagon qui l'aurait amenée vers un camp de concentration en 1942 ou 43 ?"

Quand je pense que Louis XIV n'avait même pas un cachet d'Aspirine pour supprimer ses maux de têtes...

Herméningilde Pérec

P.-S. : Je viens d'apprendre qu'un groupe du quatorzième arrondissement de Paris a jugé que notre meilleur numéro a été celui du 7 mars de l'an dernier. "Caustique" auraient jugé ses membres. - À relire si le coeur vous en dit : Le Castor™ - 7 mars 2016

 

       Copernique Marshall

On a personal side...

I, like every North-American male, and this is probably true about every male in the known world - hate shopping. Women, on the other hand, do not. Which probably explains why they have so many shoes : they walk and walk from store to store looking for other shoes to replace the ones they're wearing out. - I do have a confession to make though. It's the  sort of advice that should be told to all Canadian wives and mothers : «Do not, under any circumstances, leave your husband or sons alone in a Canadian Tire store.»  First, you'll need wild horses to get them out of there and it'll cost you a fortune. The same advice could have been told several years ago about IKEA  but somehow, because of its interior decoration themes and the fact that, once you're in, you can't get out, it sort of got out of their system. - In other words, Canadian Tire, NO and IKEA or any similar outlets, YES. - And don't let them loose or on their own in a men's clothing store.

Men do not know how to dress themselves.

Some do, but if your daughter or sister is looking for that sort of individuals, remind them, as politely as you can, that they most likely already have a boyfriend.

Personally, I don't pick my own clothes anymore.  Whenever I have to buy a new suit, a shirt, a pair of pants and even socks or underwears, I bring along my wife.

It started years ago when, in London, I decided to buy a raincoat. - England ! Isn't that the place where raincoats were invented ? Where Burberry's sell the nec plus ultra in rain gears ?  - I couldn't afford the price of a genuine Burberry at the time, nor Harrod's and even Selfridges's - still can't - but on a street very close to Oxford, I found a delightful little shop that sold what were then called «trench coats». You know : the type soldiers of the first World War use to wear in trenches, which I don't think they did. Not the type I bought anyway. Had they, they would have lost that war and the following. They couldn't have lift their rifles, let alone throw a grenade : their trench coats would have left them unable to lift their arms, let alone walk, - Oh, my trench coat was solid enough, made of the finest everlasting material and kept me dry but instead of repelling rain, it actually absorbed it. Five minutes in a light shower and its weigth increased tenfold.. - I nearly kept it under lock and key just in case someone wanted to borrow it and involuntarily committed suicide. - Was it going to rain ? - No ? - Perfect it was okay to wear. Otherwise... - And it's colour ? It was between battleship-grey and cemetery-autumn-fog. - My wife, then my fiancée, hated it.

A trench coat, circa 1915

Unknown material made  Italian suits was another idea of mine. Didn't know if they had to be dry cleaned (they weren't) or were washable (they weren't) ; one accidental stain and they were gone. - Ever bought something which was made with two conflicting material (like silk and wool) ? I did. - And something out of Pakistan - which had to be washed separatly ? About ten times before its colour didn't soil an entire batch of clothing. - Did that too. - They looked okay but ruined several shirts of mine. The fifth time around. - T-shirts, extra-large which went into severely small once not just washed, just slightly wet. - Had a few of those. - The NYPD [Charity or whatever issue] happened to be one of those.

One thing I learned over the years - and I made a lot of enquires on the subject - is that men do not have to throw away boxers. They last forever. Well... not forever but they do disintegrate after a while, on their own. - That is what could be called an ecology statement or solution.  - Mine last several months but I do buy them a couple of dozens at a time. Unfortunately, they seem to disappear all of a sudden in the same week.

And finally, to the question I once was asked why I always carried, even on an overnite trip, a pair of jeans that were full of holes, the answer is : if I hadn't, my wife would have thrown them away.

***

On words

The word «Tinker» as in «Tinker, tailor, soldier, sailor...» has nothing to do with «thinking» (with an «h»). Its original meaning was a «person who travelled from place to place mending metal ustensils». Today it is mainly used, as a verb : to tinker or to attempt to repair or improve something in a casual or desultory way, often to no useful effect, i.e. : «He spent hours tinkering with his car». - The tinker, today, would be, in French, «un bricoleur», but a bad one.

*

The word "snoutband" is a piece of fabric inside the crown of a hat, designed to absorb perspiration...

You think so, heh ? Actually, it's an Old English term for a person who always interrupted other peoples conversations. There's one in every reunion of any kind. You know : the smart alec who knows everything. - I'll bet you that every smart alec you've meet never knew that and probably still don't. - Yet.

Another way you might call them is "ratchets".

"Smart alec" ? It has two origins : either "Smart" plus  the name "Alexander" or, as Professor Gerald Cohen mentioned in his 1985 "Studies of Slang", it originated in the mid-nineteen century, in New York where lived a fellow named Alec Hoag who was a pimp and a thief.

*

One of the worst French grammar «rules» I was taught when I was a kid is that involving adjectives singular nouns, singular adjectives ; multiple or plural nouns, plural adjectives ; masculine noun, masculine adjective, feminine noun, feminine adjective. But here comes the kicker  : masculine and feminine nouns, masculine plural adjective. It leads to sentences like this : «This humeur et sa grosièreté sont captivants.» - Doesn't sound nice. 

Copernique

 

       Jeff Bollinger


Éducationnement 

Je ne peux pas croire qu'en l'an 2017, il existe encore non pas des milliers, mais des millions d'adeptes du créationnisme ; qui croient dur comme fer que le monde a été créé il y a entre quatre et six mille ans et qui voudraient qu'on enseigne au secondaire cette absurdité en même temps que le darwinisme qu'ils considèrent toujours comme une théorie qui n'a pas encore fait ses preuves. - Parmi ces adeptes, l'ex-président Bush qui disait qu'il attendait que le problème soit éclairci. «The jury is still out !» disait-il. «Le juré est toujours en délibération.») - Quel juré ? Et où ?

Y'a eu des procès là-dessus. Les deux plus connus furent Kitzmiller v. Dover Area School (2005) et Freshwater v. Mount Vernon Board of Education et al (2011) où, dans les deux cas, la cour a jugé que l'enseignement du créationnisme, déguisé sous le nom de dessein intelligent, enfreignait les règles du premier amendement de la Constitution américaine interdisant à l'état d'imposer (assigner, décréter, prescrire, imposer, etc.) une religion quelconque, le tout confirmant un autre jugement (Lemon v. Kurtzman 1971) qui a déclaré inconstitutionnelle toute subvention directe ou indirecte à des institutions privées enseignant une religion quelconque.

Et pourtant, quatre Américains sur dix (42%) croient toujours que le monde a été créé il y a moins de dix mille ans dans (ou sous) sa forme présente et que, grâce à Noé, l'espèce humaine de même que tous les espèces d'animaux ont pu être sauvé d'un grand déluge qui a creusé, en moins de quarante jours, le Grand Canyon.

Y'a même un musée de la création dans le Kentucky où l'on vient d'ouvrir une reconstitution de son arche...

Mais il y a pire :

Je ne peux pas croire qu'en l'an 2017, des gens - des politiciens, en majorité, et des dirigeants de compagnies pétrolières... - ne croient pas ce qu'entre 97 et 99% des spécialistes en météorologie persistent à dire depuis des années : que la température des océans augmente à un rythme alarmant.

Un conseil : n'achetez pas de propriétés sur les côtes de la Floride en espérant y prendre votre retraite. 

Jeff

***

Chee-burger, chee-burger, chee-burger... (No Coke, Pepsi) 

SNL, ça vous dit quelque chose ? -  Ce sont les initiales de l'émission de télévision Saturday Night Live, difusée depuis 40 ans sur les ondes du réseau américain NBC. Sketches, satire, artistes invités, musique, etc. - En ce moment, leur cote d'écoute est phénoménale du fait qu'il se moque ouvertement de Donald Trump.

Parmi leur sketch les plus fameux est celui d'un restaurant où l'on se sert que des cheeseburgers et et où les commandes au «short order cook» sont données non pas par quantité. mais par la répétition du mot «cheeseburger» prononcé «chee-burger». Ainsi trois cheeseburgers sont commandés : «Chee-burger, chee-burger, chee-burger...» Et on n'y sert pas de Coke, que du Pepsi. - On en trouvera un exemple (avec introduction) à l'adresse suivante :

https://www.youtube.com/watch?v=Y1tFx5xKrSI&t=3s

Ce sketch est peut-être drôle, mais la vérité est tout autre :

Les Américains consomment 50 milliards de hamburgers par année et c'est là où les écologistes sonnent, et avec raison d'ailleurs, l'alarme :

Pour chaque hamburger vendu, il faut, pour sa production, 1 700 litres d'eau en majeure partie utilisées pour la production des grains nécessaire à nourrir les bovins dont la viande est à leur base. Ajoutez le pain et tous les autres ingrédients, le processing, le transport, la réfrigération et le métane dégagé par ces animaux quand 1 unité de métane = 23 unités de Co2

On parle de 200 millions de tonnes métriques de polluant par année.

Plus que tous les polluants des autos de type SUV.

Jeff

 


Une année n'attend pas l'autre

Suis allée dans un cinquantième anniversaire de mariage y'a pas très longtemps. Non, mais, y'a-t-il quelque chose de plus désolent que de voir des gens qui, à soixante-dix, soixante-quinze ans couchent encore ensemble. Dans le même lit ! - Faut dire que, quand je vois des couples mesurant, chacun, à peine un mètre soixante dans toutes les directions... avec de la marmaille qui les suit...

Quand je vais à la piscine et que je suis obligée de me déshabiller devant des jeunes de vingt, vingt-cinq ans, j'ose à peine me montrer et je n'en ai pas quarante ! Alors vous vous imaginez ce que je vais avoir l'air à soixante-dix. - Tout ce que je veux, c'est que mon chum ne me voit pas nue à cet âge-là, lui qui se souviendra peut-être de ce que j'ai l'air aujourd'hui ! - Déjà que mon ex se souvient de ce que j'avais l'air à vingt ans...

Oui, je sais : avec l'âge, etc. - C'est ce qui me fait dire, parfois, que je devrais me taper un jeune de vingt ans... pour une dernière fois. - Sauf qu'à vingt ans, qu'est-ce qu'il peut bien connaître du corps d'une femme ?  - Je pourrais quand même le dégourdir pour que... à mon âge il en dégourdisse une plus jeune.

Pas une mauvaise idée.

Je me souviendrai toujours de ces deux soeurs, comédiennes, qui restaient à côté de chez nous quand j'avais seize ans, et qui apprirent un jour qu'un Adonis du cinéma américain avait loué la maison en face de la leur pour le temps d'un tournage à Montréal. - Ont viré folles juste de savoir qu'elles le verraient en chair et en os de l'autre côté de la rue pendant quelques semaines. - L'une d'entre-elles eut l'idée de le séduire. - Bikini, pantalons serrés, seins gonflés... Enfin tout pour attirer son attention. Ce qu'elle réussit à faire. Et sérieusement. Au point où, ce qui devait arriver est arrivé. - Et le lendemain, déçue, elle dit à sa soeur : "Mais tu ne peux pas t'imaginer : ses sous-vêtements étaient souillés !"

T'wéka, quand j'ai rencontré les hommes de ma ma vie, les miens ne l'étaient pas.

Georges

P.-S. : Je viens de lire la chronique de Copernique et suis d'accord : les hommes ne jettent jamais leurs sous-vêtements car ils se désintègrent sur eux.

 

        Fawzi Malhasti


Texte choisi

Comme aux beaux jours de nos vingt ans
Par ce clair matin de printemps
J'ai voulu revoir tout là-bas
L'auberge au milieu des lilas
On entendait sous les branches
Les oiseaux chanter dimanche
Et ta chaste robe blanche
Paraissait guider mes pas

Tout avait l'air à sa place
Même ton nom dans la glace
Juste à la place où s'efface
Quoi qu'on fasse
Toute trace
Et je croyais presque entendre
Ta voix tendre murmurer
"Viens plus près"

J'étais ému comme autrefois
Dans cette auberge au fond des bois
J'avais des larmes dans les yeux
Et je trouvais ça merveilleux
Durant toute la journée
Après tant et tant d'années
Dans ta chambre abandonnée
Je nous suis revus tous deux

Mais rien n'était à sa place
Je suis resté, tête basse,
À me faire dans la glace
Face à face
La grimace
Enfin, j'ai poussé la porte
Que m'importe
N i ni
C'est fini !

Pourtant, quand descendit le soir
Je suis allé tout seul m'asseoir 
Sur le banc de bois vermoulu
Où tu ne revins jamais plus
Tu me paraissais plus belle
Plus charmante, plus cruelle
Qu'aucune de toutes celles
Pour qui mon cœur a battu

Et je rentrai, l'âme lasse,
Chercher ton nom dans la glace 
Juste à la place où s'efface 
Quoi qu'on fasse
Toute trace
Mais avec un pauvre rire 
J'ai cru lire :
Après tout,
On s'en fout !

Francis Carco
(Chanson tendre)

Fawzi

P.-S. : La même chose, chantée par Carco lui-même - Disque Festival AC 115 A (1952) -  Cliquez sur la note : Second

 

        De notre disc jockey - Paul Dubé


Katsaris, Mozart, Prokofiev, Beethoven, Brahms, Chopin... Albert (et un tango)

Hé oui ! C'était, le mois dernier, l'anniversaire d'Albert. - D'Albert Marshall, le fils de Copernique, le petit-fils du Professeur, l'arrière-petit-fils d'Alphétus et arrière-arrière-petit-fils du Grand Marshall. - 26 ans cette année. Pas de quoi rajeunir personne, surtout moi qui ai connu son arrière-grand-père et même son arrière-grand-oncle, Georges, mais le temps passe et, à l'aube de mon septuagénat, je fus surpris qu'on me demandât de m'occuper «de la musique» pour la petite fête organisé en son honneur. - Qu'est-ce je pouvais bien connaître du soul, du funk, du jazz-fusion et du hip hop de l'époque de cet encore jeune homme ?

Mais j'ai trouvé ceci :

Une pièce jouée par le virtuose pianiste Cyprien Katsaris lors du soixante-dixième anniversaire de Yehudi Menuhin; une pièce basée sur une chanson qui, d'après le livre de records Guinness, est la chanson la plus connue au monde et qui a coûté plus de quatorze millions de dollars à Warner Chappel qui s'en croyait les propriétaires, le tout  à la suite d'un procès intenté par la succession de leurs créatrices, les soeurs Patty et Mildred Hill. (Une des clauses du règlement stipulait que, dorénavant, elle serait du domaine public.)

Son titre ? Happy Birthday.

Happy Birthday par Cyprien Katsaris ? - Voici :

Cliquez sur la note : Second

Note : pour nos suggestions et enregistrements précédents, cliquez ICI.

paul

 

Il y a cent ans...


Le 23 avril 1917

«Dîné à l'hôtel Ritz où la princesse Soutzo m'avait réuni à la comtesse Adhéaume de Chevigné, à Morand, à Cocteau, à Marcel Proust, à la marquise de Ludre.

La princesse me reparlera d'un juif, docteur à Vienne, Freud qui a une théorie particulière : rêve, libération des conflits, etc.

Cocteau qui revient de Rome m'a dit que «le pape est à Rome et Dieu à Naples... Dieu frétille sur la mer». Dieu est caché à Rome par les plafonds, les marbres, les anges, etc.

Il nous a cité ce mot de Picasso à un Italien : «Les savants et les artistes s'efforcent de chercher la cachette de Dieu.»

Marcel Proust est plutôt distingué. Il citait ce mot de Wilde : «Le plus grand événement de ma vie, c'est la mort, dans Balzac, de Lucien de Rubempré.»

Proust m'a dit qu'il continuait à écrire des livres , mais il n'a pas l'aire de croire qu'on les lit. Il m'a parlé des cathédrales, de celle de Chartres, de celle de Reims. Celle de Reims lui fait l'effet d'une cathédrale vitriolée par les Allemands qui ne pouvant pas l'avoir se venge ainsi. Il possède Bamberg qui offre une similitude avec Reims. Les anges de Reims ont des sourires à la Vinci. Proust a été à Vézelay. Il parle du portail sombre et messianique d'Amiens. Il a été à Venise, non à Rome. Il vit toujours couché. Il s'intéresse aux types du faubourg Saint-Germain, il connaît Aimery de la Rochefoucauld.

Il citait le mot du comte Greffulhe lui demandant de signer sur un réegistre : «Signer, mais pas de pensée.»

Proust s'intéressait beaucoup à ce que lui racontait Mme de Chevigné. Elle disait les rapports du prince de Sagan avec Hélène de Pourtalès, etc.

L'abbé Mugnier
(1879-1939)



La cathédrale de Reims en 1918

 

L'extrait du mois


La mort de Pline l'Ancien

(Traduction d'Émile Littré)

«Vous me demandez de vous raconter la mort de mon oncle, afin de pouvoir en transmettre un récit plus exact à la postérité. Je vous en remercie, car je vois que sa mort, si vous la faites connaître au monde, jouira d’une gloire immortelle. Quoique dans le désastre de la plus belle contrée, emporté avec des peuples, avec des villes, il n’ait semblé périr que pour revivre à jamais dans le souvenir des hommes avec celui de cet événement mémorable, quoiqu’il ait laissé lui-même tant d’œuvres durables, l’immortalité de vos écrits n’ajoutera pas peu à la perpétuité de son nom. Heureux les hommes auxquels il a été donné par un présent des dieux de faire des actions dignes d’être écrites ou d’écrire des livres dignes d’être lus, mais plus heureux encore ceux à qui est échu ce double privilège. Mon oncle se trouvera au nombre de ces derniers grâce à ses écrits et aux vôtres. J’entreprends donc volontiers la tâche dont vous me chargez, ou plutôt je la réclame.

Il était à Misène et commandait la flotte en personne. Le neuvième jour avant les calendes de septembre ma mère lui montre l’apparition d’un nuage d’une grandeur et d’un aspect inusités. Quant à lui, après un bain de soleil, puis un bain froid, il avait pris un léger repas allongé et travaillait. Il demande ses sandales, et monte à l’endroit d’où l’on pouvait le mieux observer ce phénomène. Un nuage s’élevait (de loin on ne pouvait savoir de quelle montagne, plus tard on apprit que c’était du Vésuve) ; son aspect et sa forme ne sauraient être mieux rendus que par un arbre et particulièrement par le pin parasol. Car, montant d’abord droit comme un tronc très élancé, il s’étalait ensuite en rameaux ; c’est que, je crois, soulevé d’abord par le souffle puissant du volcan, puis abandonné par ce souffle qui faiblissait et aussi s’affaissant sous sa propre masse, il se dispersait en largeur ; sa couleur était ici éclatante de blancheur, là grise et tachetée, selon qu’il était chargé de terre ou de cendre.

Ce phénomène parut curieux à mon oncle et en vrai savant il voulut l’étudier de plus près. Il fait appareiller un vaisseau liburnien, et me donne la permission de l’accompagner, si cela me plaît ; je lui répondis que je préférais travailler, et justement il m’avait lui-même donné quelque chose à écrire. Il sortait de la maison ; on lui remet un billet de Rectina, femme de Cascus, terrifiée par l’imminence du danger (car sa villa était située au pied du Vésuve et l’on ne pouvait plus fuir qu’avec une barque) ; elle le suppliait de l’arracher à un si grand péril. Alors il change de dessein, et ce qu’il avait entrepris par amour de la science, il l’achève par dévouement. Il fait avancer des quadrirèmes, s’y embarque lui-même pour porter secours non pas seulement à Rectina, mais à beaucoup d’autres (car cette côte était très peuplée à cause de son agrément) ; il se hâte vers ces lieux d’où tout le monde fuit, il dirige sa course, il dirige son gouvernail droit sur le danger, exempt de crainte, au point de dicter ou de noter lui-même tous les mouvements, toutes les formes du terrible fléau, à mesure qu’il les apercevait.

Déjà la cendre tombait sur les vaisseaux, plus chaude et plus épaisse à mesure qu’ils avançaient ; déjà même de la pierre ponce et des fragments de rochers que le feu avait fait éclater, noircis et brûlés ; déjà le fond de la mer s’était exhaussé et les éboulements de la montagne obstruaient le rivage. Il eut une courte hésitation, se demandant s’il retournerait en arrière, puis comme le pilote lui conseillait de prendre ce parti : « La fortune, dit-il, aide les braves ; dirige-toi sur l’habitation de Pomponianus. » Il était à Stabies, de l’autre côté du golfe (car le rivage se courbe et rentre légèrement laissant avancer la mer) ; là le péril n’était pas encore proche, mais visible cependant, et, à mesure qu’il grandissait, il se rapprochait ; Pomponianus avait donc transporté ses effets sur des bateaux, décidé à fuir dès que le vent contraire tomberait ; or ce même vent très favorable à mon oncle l’amène au port ; il embrasse Pomponianus tout tremblant, le rassure, l’encourage, et pour apaiser sa frayeur par son propre calme, il se fait porter au bain ; après, il se met à table et dîne plein de gaieté, ou, ce qui n’est pas moins grand, en affectant la gaieté.

Pendant ce temps, sur plusieurs points du Vésuve on voyait la lueur d’immenses flammes et de gigantesques embrasements, dont l’intensité et l’éclat étaient accrus par les ténèbres de la nuit. Lui allait répétant, pour calmer la frayeur, que c’étaient des feux laissés par les paysans dans leur fuite précipitée, et des villas abandonnées qui brûlaient dans la solitude ; enfin il se livra au repos et dormit d’un sommeil réel, car le bruit de sa respiration, que sa corpulence rendait forte et sonore, était entendu par ceux qui passaient devant sa porte. Cependant la cour par laquelle on entrait dans son appartement, remplie de cendres et de pierres mêlées, s’était exhaussée à tel point que, s’il était resté plus longtemps dans sa chambre, il n’aurait plus pu en sortir. On le réveille, il sort et se joint à Pomponianus et aux autres qui n’avaient pas dormi de la nuit. Ils tiennent conseil ; doivent-ils rester dans les maisons ou errer à découvert ? Car les maisons secouées par de fréquentes et larges oscillations chancelaient et, comme arrachées de leurs fondations, semblaient s’en aller tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, puis revenir à leur place. D’autre part en plein air on craignait la chute des pierres ponces, quoique légères et calcinées ; ce fut cependant ce parti qu’on choisit après comparaison des dangers. Mon oncle se décida d’après la raison la plus forte, les autres d’après la peur la plus vive. Ils mettent des oreillers sur leurs têtes et les attachent avec des linges, pour se protéger contre tout ce qui tombait.

Ailleurs le jour était déjà venu, là c’était encore la nuit et la nuit la plus noire, la plus épaisse, qu’éclairaient cependant à demi un grand nombre de feux et de lumières de toute sorte. On songea à se rendre au rivage et à voir de près si la mer permettait quelque tentative ; mais elle restait bouleversée et mauvaise. Là on étendit une étoffe sur laquelle mon oncle se coucha, puis il demanda de l’eau fraîche et en but à deux reprises. Des flammes et une odeur de soufre qui en annonçaient l’approche, mettent tout le monde en fuite et forcent mon oncle à se lever. Il se met debout en s’appuyant sur deux esclaves, mais retombe aussitôt. J’imagine que les vapeurs devenues trop denses avaient obstrué sa respiration et l’avaient suffoqué, car il avait la poitrine naturellement délicate, embarrassée et souvent haletante. Quand le jour reparut (c’était le troisième depuis le dernier qui avait lui pour mon oncle), on trouva son corps intact, sans blessure, revêtu des vêtements qu’il portait ce jour là ; son corps étendu donnait l’impression du sommeil plutôt que de la mort.

Pendant ce temps à Misène ma mère et moi… Mais ceci n’intéresse pas l’histoire et vous n’avez désiré connaître que sa mort. Je m’arrête donc. Je n’ajoute qu’un mot : je vous ai rapporté fidèlement tout ce que j’ai vu moi-même et tout ce que j’ai appris sur le moment, quand les récits ont le plus de chance d’être vrais. À vous d’y puiser selon vos préférences ; car c’est tout autre chose d’écrire une lettre ou une histoire, de s’adresser à un ami ou au public. Adieu.»

Pline le jeune - Lettre à Tacite
(Correspondance, vol. VI, lettre 16)

 

Book Review - Lectures


Paolo Sorrentino - Youth - Albin Michel - 2016
       (Traduit en français par Françoise Brun)

«Quand on n'est pas intelligent et désorganisé...» est une boutade que j'utilise souvent à l'instar d'un avocat de mes amis, aujourd'hui décédé, lorsqu'il ne se retrouvait plus dans ses dossiers. - J'ai pensé que, en terminer avant de commencer ou commencer avant de terminer avec Youth de Sorrentino, je devrais dire «Quand on n'est pas intelligent et qu'on ne renseigne pas...» car, croyez-le ou non, je ne savais pas, avant de lire ce court récit (230 pages, format réduit, très espacé) qui était Sorrentino, qu'il l'avait tiré d'un de ses films et que ce film mettait en vedettes Michael Caine et Harvey Keitel. - Harvey Keitel ! Le dernier film que j'ai vu de lui fut Le regard d'Ulysse de Theodors Angelopoulos en... 1995.

Je ne le savais pas car j'ai lu Youth en version «épreuves non corrigées» (comme en fait foi les photos qui suivent) et sur sa couverture ne figuraient pas les photos des deux comédiens mentionnés ci-dessus :

                     

Ce n'est qu'en cherchant la photo officielle de ce livre que j'ai compris.

«Comment m'a dit un autre de mes amis - non décédé celui-là (il m'en reste) -,  tu ne connais pas Sorrentino !» - Comme si c'était très important que je le sache avant de le lire ! (1). - Une raison de plus pour ne pas lire Sainte-Beuve...

(1) Je ne lui ai pas dit que le seul Sorrentino dont j'avais jusqu'à ce jour entendu parler est Mike «The Situation» Sorrentino d'un Reality Show du nom de Jersey Shore et qui, selon les frères A. et C. Skonmadit, ferait présentement face à 15 ans de prison pour évasion fiscale... - Je ne vis quand même pas dans un caverne !

Anyway :

Si j'ai aimé, oui.

Léger, facile à lire. Plein d'humour, mais en même temps sérieux. - Un bémol : à ne pas lire avant d'avoir atteint au moins la cinquantaine. 

paul

***

Arthur Buies - Les chroniques - Bibliothèque du Nouveau-Monde, 1991

J'ai déjà dit à propos de mes propres chroniques que les relire, les unes après les autres, ne serait-ce qu'en partie, peut développer, chez quelqu'un qui s'aventure à ce faire une écoeurantite aiguëe (1). Heureusement, dans les deux volumes des chroniques d'Arthur Buies, le professeur de l'université du Québec à Trois-Rivières, Francis Parmentier (qui les a abondamment annotées), a su y incorporer un de rares écrits autobiographiques de cet écrivain («Desperanza» ), son récit d'un voyage en Californie («Deux mille deux cents lieus en chemin de fer»), quelques lettres et autres écrits qui auraient pu faire l'objet d'un tiré à  part ,sans l'appareil critique qu'exige la publication d'une telle anthologie.

(1) Voir à l'introduction qu'il a rédigée lors de leur ré-édition par le Castortm.  - Note de l'éditeur - Introduction.

Il y a deux Arthur Buies (né en 1840) :

L'étudiant rebelle, le professeur, le conférencier, l'engagé volontaire dans l'armée de Garibaldi, le journaliste anticlérical et le pamphlétaire. (De sa jeunesse au milieu des années 70)

et 

Le fonctionnaire nationaliste, vivement intéressé par la colonisation et les progrès technologiques de son époque (de 1879 à sa mort survenue en 1901.

Les deux volumes  de ses chroniques ont presque respecté chronologiquement ses deux phases de sa vie, le premier volume se terminant avec ses chroniques de  1873 alors que le deuxième débute avec une chronique de 1874. Dans le premier, l'on retrouvera une chronologie et une note sur l'établissement des textes et, dans les deux, une introduction différente parce que se rapportant à des textes différents. Notes, index, préfaces, table des matières et la liste des journaux consultés font partie de l'ensemble. - J'ai dit «chronologiquement» parce que de l'anti-catholique qu'il fut jusqu'à son retour au sein de l'église (en 1879), il s'est battu jusqu'à la fin contre l'ultramontanisme des Monseigneurs Bourget (1799-1885) et Laflêche (1818-1898) ou l'ingérence de l'église dans les affaires de l'état.

La langue

Elle est imagée, claire, précise, mais, hélas, surannée. Son humour ou plutôt ses tentatives pour ridiculiser les réactionnaires, les bien-pensants et même certains politiciens sont, comparativement à ce qu'on peut lire, depuis, entre autres,  Alphonse Allais (car il insère souvent, à l'intérieur de ses chroniques, de petits contes), ne font plus sourire. 

«Dieu commença par faire les mers, les fleuves, les ruisseaux puis le district de Montréal, puis la côte du sud ; cela lui prit de quatre à cinq jours. Le sixième jour, il se sentit fatigué ; mais comme il n'avait pas encore fini, de lassitude il jeta ça et là le sac de la création, et voilà comment se fit la côte nord.»

«Je suis arrivé ici à trois heures du matin, par une nuit noire comme la conscience d'un ministre fédéral.»

«Dans notre diocèse, nous pouvons donc espérer au ciel, même en chemin de fer, tandis que dans Champlain [...] on n'y verra [...] avec ses ailes de feu et son rugissement des damnés qui rappellent le cheval de Lucifer...»

Les thèmes

Ils sont très variés : voyages, description de paysage, vie municipale, politique, administration...

Son oeuvre, comme le dit le professeur Parmentier, est indissociable de la vie. Or la vie au XIXe siècle, malgré ses similitudes avec la nôtre, tel que décrite par Arthur Buies est, surtout depuis le début des années soixante (1960) à des années lumières de nos préoccupations. En cela, la correspondance de Pline le Jeune nous semble plus contemporaine.

 


(Photo : ebay)

Extrait (début) de Desperanza
(«Un étrange document» selon le journal Bien public du 9 juin 1874)

«Je suis né il y a trente ans passés, et depuis lors je suis orphelin. De ma mère je ne connus que son tombeau, seize ans plus tard, dans un cimetière abandonné, à mille lieues de l'endroit où je vis le jour. Ce tombeau était une petite pierre déjà noire, presque cachée sous la mousse, loin des regards, sans doute oubliée depuis longtemps. Peut-être seul dans le monde y suis-je venu pleurer et prier.

Je fus longtemps sans pouvoir retracer son nom gravé dans la pierre ; une inscription presqu'illisible
(sic) disait qu'elle était morte à vingt-six ans, mais rien ne disait qu'elle avait été pleurée.

Le ciel était brûlant, et, cependant le sol autour de cette pierre solitaire était humide. Sans doute l'ange de la mort vient de temps en temps verser des larmes sur les tombes inconnues et y secouer son aile pleine de la rosée de l'éternité.

Mon père avait amené ma mère dans une lointaine contrée de l'Amérique du Sud en me laissant aux soins de quelques bons parents qui m'ont recueilli. Ainsi, mon berceau fut désert ; je n'eus pas une caresse à cet âge même où le premier regard de l'enfant est un sourire ; je puisai le lait au sein d'une inconnue, et, depuis, j'ai grandi, isolé au milieu des hommes, fatigué d'avance du temps que j'avais à vivre, déclassé toujours, ne trouvant rien qui pût m'attacher, ou qui valût quelque souci, de toutes les choses que l'homme convoite.

J'ai rencontré cependant quelques affections, mais un destin impitoyable les brisait à peine formées. Je ne suis pas fait pour rien de ce qui dure ; j'ai été jeté dans la vie comme une feuille arrachée au palmier du désert et que le vent emporte, sans jamais lui laisser un coin de terre où se trouve l'abri ou le repos. Ainsi j'ai parcouru le monde et nulle part je n'ai pu reposer mon âme accablée d'amertume ; 'ai laissé dans tous les lieux une partie de moi-même, mais en conservant intact le poids qui pèse sur ma vie comme la terre sur un cercueil.

Mes amours ont été des orages ; il n'est jamais sorti de mon coeur que des flammes brûlantes qui ravageaient tout ce qu'elles pouvaient atteindre. Jamais aucune lèvre n'approcha la mienne pour y souffler l'amour saint et dévoué qui fait l'épouse et la mère.

Pourtant, un jour, j'ai cru, j'ai voulu aimer. J'engageai avec le destin une lutte horrible, qui dura tant que j'eus la force et la volonté de combattre. Pour trouver un coeur qui répondît au mien, j'ai fouillé des mondes, j'ai déchiré les voiles du mystère. Maintenant, vaincu, abattu pour toujours, sorti sanglant de cette tempête, je me demande si j'ai seulement aimé ! Peut-être que j'aimais, je ne sais trop ; mon âme est un abîme où je n'ose plus regarder ; il y a dans les natures profondes une vie mystérieuse qui ne se révèle jamais, semblable à ces mondes qui gisent au fond de l'océan, dans un éternel et sinistre repos. O mon Dieu ! cet amour était mon salut peut-être, et j'aurais vécu pour une petite part de ce bonheur commun à tous les hommes. Mais non ; la pluie généreuse ruisselle en vain sur le front de l'arbre frappé par la foudre ; il ne peut renaître Bientôt, abandonnant ses rameaux flétris, elle retombe goutte s à goutte, silencieuse, désolée, comme les pleurs qu'on verse dans l'abandon...
»

***

Je laisse le dernier mot au professeur Parmentier :

«Le souci de ne pas s'en laisser conter et le pragmatisme implicite qui l'accompagne n'excluent pas pour autant l'idéalisme. Cet homme mainte fois déçu par ses semblables et par lui-même n'en demeure pas moins, comme son maître Voltaire, un optimiste impénitent.»

Simon

P.-S. : Grâce aux anachronismes dont il s'est toujours défendu, Claude-Henri Grignon dans «Les belles histoires des pays d'en haut» a fait d'Arthur Buies un ami du curé Labelle (ce qu'il fut) mais aussi son secrétaire (ce qu'il ne fut pas). - Sept épisodes dans lesquels le personnage de Buies était interprété par Paul Dupuis (1913-1976). - À se rappeler.

 

***

And what did I read last month ?

When Mr. Pérec... - sorry : Hermy (Mr. Pérec has been insisting lately that we all refer to him as such. - Said that it took a few years off his back.) - When Hermy, then, asked me about a week ago if I had a book to review this month, I suddenly realised I hadn't. Oh, I did read, in the past four weeks, my self-imposed quota of [the equivalent] six or seven books but not a single one completely, that is if I exclude two which I took the liberty of reading for a second or third time.

The books I partially read were :

  • My Name Escapes Me (The Diary of a Retiring Actor) by Alec Guinness (Viking, 1996)

  • Indécence manifeste by David Lagercrantz translated from the Swedish by Rémi Cassaigne (Actes Sud, 2009)

  • La guerre invisible translated from the American by Frédéric Grellier (Albin Michel, 2017)

  • Chasing Lost Time, The Life of C. K. Moncrieff, Soldier, Spy and Translator by Jean Findlay (Farrar, Strauss and Giroux, 2015) 

And the books I re-read were :

  • The Tailor of Panama

  • The Night Manager

 (Both by John Le Carré)

I'll get back to those two in a moment and, perhaps, the first four next month (particularly the Guinness one). In the meantime, I got to tell you that I've also been  watching a lot of movies lately and that I bought a new car. 

The movies or tv series ?  - Three adaptations of John Le Carré's novels :

  • Tinker, Taylor, Soldier Spy - The original 1979 version by John Irvin starring, Alec Guinness

  • The Russia House - Directed by Fred Schepisi, 1990, with Sean Connery and Michel Pfeiffer

  • A Perfect Spy - By Peter Smith starring Ray McAnally and Peter Egan (9187)

Add to those the first four episodes of the latest series based on The Night Manager (directed by Suzanne Bier, 216, with Tom Hiddleston and Hugh Laurie) of which I'll be watching episodes 5 and 6 later this week.

Comments to follow.

But back to the car :

What happened is that my three coloured 13 years old machine (black, primer and rust) died in the later part of  March and between taking a second mortgage the size of the GNP of a small country to pay for the soul that might remain in its carcass or buying on instalments (0% interest) a new glove compartment surrounded by four wheels (and a motor), I choose the later. 

Unfortunately, it came with a 596 page Owner's Manual of which I had to through 67 just for the Multimedia System and this where things got interesting.

When everything else fails, consult the manual.

My jalopy had an AM-FM radio, of course - it wasn't that old ! - with a CD reader which read, well... CD's. - The ordinary kind. You know : the type one buys in a record store (which I once saw written «wrecked stow» ). - Well...this new Multimedia System, installed in that new car of mine plays those as well plus CD's on which MP3's are recorded and it has USB plugs and other gadgets too long to list here . And you know what that means : I can practically put all of Haydn's symphonies on one key with room to spare, but considering the time I spend driving which is less than half an hour a day, I put the damn thing to a better use :

Ever heard of podcasts ? A podcast (a portmanteau of «iPod» and «broadcast») is an a series of digital audio files which you can either build yourself or subscribe to and listen either on your  computer or portable media player (or in my case in the media player that transports me). - Now guess what :

I just happened to have an entire series of those which I picked up for a song months ago and guess what's on them ? Books. Books read by actors, authors. Books including entire plays. Books containing the complete works of so and so. Plus interviews, radio programs, etc... All in MP3's and therefore easy to transfer to CD's that can be played into my new car.

And this is where the genius of the Marshall's come in :

Podcats are usually one, two, three and up to ten hours long which is a problem when one drives 15, 20 minutes to and from work everyday. And they become a pain, when you miss a word because of, for example, the tumult of country noises. One can't go back a few seconds. Solution : a small free program that let's you cut them up into small, say 10 minutes, segments.

Now reading - sorry listening - to a very interesting documentary of the King James Bible ! - Five days or home-to-work-to-home and that'll be it.

Comments to follow.

Best,

Copernique

 

Le courrier


Ms Cerise DeGrasse - Harrisburg, Pa, USA

Il n'existe pas, Madame ou Mademoiselle Cerise DeGrasse de Harrisburg Pennsylvania, de commisariats de police dans la Province de Québec ; que des postes de police. - Même si les traducteurs français de romans policiers américains essaient de vous en convaincre.

M. Dionisius Slagmolen - Toronto, Ontario

Dans la Bible. On y trouve des justifications pour tout sauf pour la photographie en couleurs.

Mr. Percy Devontonsils III - New Larochelle, New York

Les banques ne vous font pas une faveur en vous prêtant de l'argent. C'est vous leur rendez service en empruntant chez elles. Quand vous aurez compris cela, vous serez en meilleure posture lorsque vous aurez à utiliser leur service.

Sir George Daly - Longjumeau, France

La première mention historique de l'existence de la ville de Nazareth date de l'an 300 ans après Jésus-Christ.

Mr. Kalle Hansson - Fischer SA, Austrllia

I Wonder Who's Kissing Her Now (Joseph E. Howard, Will M. Hough et Frank R. Adams - 1909), Busted Flat in Baton-Rouge / Waiting For a Train (Kriss Kristoffersen et Fred Foster [Me and Bobby McGee] - 1969 et I Got you Under My Skin (Cole Porter - 1936) .

Ms Marguerite Audubon - Montpellier, Vermont

Alexis Wineman, Heather Kuzmich, Peter Howson, Clay Marzo, Susan Boyle, James Durbin, Daryl Hannah, Satoshi Tajiri, Dan Aykroyd, Dan Harmon,  John Elder Robison, Adam Young, Ladyhawke, Hikari Õe et Temple Grandin. 

 

Cette édition du Castor est dédiée à :



(Source : Radio-Canada)

Wanda Landowska
(1879-1959)

c


«Vous possédez fort inutilement
  Esprit, beauté, grâce, vertu, franchise ;
  Qu'y manque-t-il ? quelqu'un qui vous le dise
  Et quelque ami dont on en dise autant.»

- Voltaire à Mme du Chatelet

                 

 

Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro

 

Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est , depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

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