Oscar Wilde

Extrait de :

The Importance of Being Earnest
(L'important d'être Constant)

Tradaptation de Madame Fawzi Malasti


Contexte :

Jack (Worthing) qui en réalité s'appelle Earnest, est en amour avec Gwendoline Bracknell à qui il voudrait se marier, mais avant que ce mariage ait lieu, il lui faut affronter Lady Bracknell, la mère de Gwendolyine, qui a certaines questions à lui poser...

(LB = Lady Bracknell, JE = Jack ou Earnest)

Le Texte :

LB (s’assoit) : Vous pouvez vous assoir M. Worthing.
(Elle cherche dans son sac un carnet et un crayon)

JE : Merci, Lady Bracknell, je préfère rester debout.

LB (crayon et carnet à la main) : Je suis obligée de vous dire que vous ne figurez pas sur ma liste de jeunes hommes éligibles, liste que je partage avec cette chère duchesse de Bolton. Nous travaillons ensemble, en fait. Cependant je suis toute prête à vous y inscrire si vos réponses sont celles qu’une mère affectionnée peut souhaiter. Fumez-vous?

JE : Eh bien, oui, je dois admettre que je fume.

LB : Je suis heureuse de vous l'entendre dire. Un homme doit toujours avoir une certaine occupation dans la vie, il y a déjà beaucoup trop de fainéants à Londres. Quel âge avez-vous ?

JE : Vingt-neuf ans.

LB : Un très bon âge pour se marier. - Autre chose : j’ai toujours été d’avis qu’un homme qui désire se marier devrait tout ou ne rien savoir. Que savez-vous ?

Jack (après une hésitation) : Rien, Lady Bracknell.

LB : Je suis contente de vous l’entendre dire. J’ai horreur de tout ce qui altère l’ignorance naturelle. L’ignorance est comme un délicat fruit exotique ; suffit de le toucher pour que son parfum disparaisse. Toute la théorie moderne de l’éducation est radicalement aberrante. Fort heureusement, en Angleterre, notre sytème éducatif n'a aucun effet. Sinon il s’ensuivrait de graves dangers pour les classes supérieures, et probablement des actes de violence près du Grosvener Square. Quel est votre revenu ?

JE : Entre sept et huit mille livres par an.



LB (prend note) : En terres ou en placements?

JE : En placements, principalement.

LB : Voilà qui est satisfaisant. De nos jours, la terre n’est plus ni un profit, ni un plaisir. Elle donne une position sociale, c’est tout ce qu’on peut en dire.

 

 

JE : J’ai une maison de campagne avec un peu de terre, naturellement, à peu près quinze cent acres, je crois. Mais ce n’est pas de là que vient mon revenu réel. En fait si j’ai bien compris, il n’y a que les braconniers qui en tirent quelque chose.

LB : Une maison de campagne ! De combien de pièces ? Enfin, nous verrons cela plus tard. - Vous avez un pied-à-terre en ville, j’espère ? Une fille toute simple comme Gwendoline pourrait difficilement vivre à la campagne.

JE : Je possède un appartement, oui, sur le Square Belgrave, mais il est loué à l’année à lady Bloxham. Je peux naturellement le récupérer avec un préavis de six mois.


LB : Lady Bloxham ? Je ne la connais pas.

JE : Oh, elle sort très peu. C’est une dame très avancée en âgé.

LB : De nos jours ce n’est pas une garantie de respectabilité. A quel numéro du Square Belgrave ?

JE : Au cent quarante neuf.


LB (secouant la tête) : Oh ! Le côté qui n’est pas à la mode. Je sentais bien qu’il y avait un chose qui clochait. Mais cela peut facilement être mofifiéé


JE : Voulez-vous dire la mode, ou le côté ?

LB (Sérieusement) : Les deux, s’il le faut. - Quelles sont vos opinions politiques ?

JE : J’ai bien peur de n’en avoir aucune. Disons que je suis un Unioniste Libéral

LB : Oh, on les compte avec les Tories. Ils dînent avec nous ou, du moins, sont invités aux réceptions. Passons aux choses moins importantes. Vos parents sont-ils vivants ?

JE : J’ai perdu mes deux parents.

LB : Perdre un parent, M. Worthing, peut être considéré comme un malheur. Mais perdre les deux ressemble à de la négligence. Qui était votre père ? C’était visiblement un homme financièrement à l'aise. Etait-il issu du commerce ou de l’aristocratie ?


JE : Je ne sais pas vraiment, je le crains. Le fait est, Lady Bracknell, que j’ai dit avoir perdu mes parents. Il serait plus juste de dire que ce sont eux qui m’ont perdu. Je ne sais vraiment pas de qui je suis né. Je suis, eh bien, je suis un enfant trouvé.

LB : Trouvé !

JE : Feu M. Thomas Cardew, un vieux gentilhomme très charitable, m’a trouvé et donné le nom de Worthing parce qu’il avait un billet de première classe dans sa poche pour Worthing. C’est une station balnéaire dans le Sussex.


LB : Et où ce charitable gentilhomme qui avait un billet de première classe pour le Sussex vous a-t-il trouvé ?

Jack (avec gravité) : Dans un sac.

LB : Un sac !

Jack (très sérieusement) : Oui, Lady Bracknell, j’ai été trouvé dans un sac, un grand sac en cuir noir, avec des poignées. Un sac en cuir très ordinaire en fait.


LB : Et en quel lieu ce M. James, ou Thomas, Cardew est-il entré en contact avec ce sac... en cuir ?

JE : A la consigne de la gare de Victoria. On le lui a donné par erreur à la place du sien.

LB : La consigne de la gare de Victoria ?

JE : Oui. La ligne de Brighton.

LB : La ligne n’est pas la question. M. Worthing, je dois dire que je me sens plutôt perplexe. Être né, ou engendré, dans un sac, qu’il ait des poignées ou non, me semble relever d’un total mépris des traditions familiales. Cela rappelle les pires excès de la Révolution Française et je pense que vous savez à quoi ce malheureux événement nous a conduits. Quant au lieu précis où ce sac fut trouvé, la consigne d’une gare a pu servir à dissimuler un secret de famille, mais cela peut difficilement être regardé comme une base crédible pour obtenir une position dans la haute société.





JE : Puis-je vous demander ce que vous me conseillez de faire? J’ai à peine besoin de dire que je ferais n’importe quoi pour assurer le bonheur de Gwendoline.

LB : M. Worthing, je vous conseille vivement d’essayer de trouver des parents aussi tôt que possible, de faire un effort pour en avoir au moins un, quelque soit son sexe, avant la fin de la saison.


JE : Eh bien, je ne vois pas comment je pourrais arranger ça. Mais je peux montrer le cas quand on voudra, il est chez moi dans ma garde-robe. Il me semble vraiment que ça pourrait vous satisfaire, Lady Bracknell.


LB : Moi, monsieur ! Me satisfaire ? Moi ? Vous n’imaginez tout de même pas que moi et Lord Bracknell allons permettre à notre fille unique, une jeune personne élevée avec le plus grand soin, de se marier dans une consigne et de s’allier avec un colis. Adieu, M. Worthing !

(LB sort avec une majestueuse indignation)

JE : Adieu, Lady Bracknell...

LB. [Sitting down.] You can take a seat, Mr. Worthing.
[Looks in her pocket for note-book and pencil.]

JE : Thank you, LB, I prefer standing.

LB. [Pencil and note-book in hand.] I feel bound to tell you that you are not down on my list of eligible young men, although I
have the same list as the dear Duchess of Bolton has. We work together, in fact. However, I am quite ready to enter your name, should your answers be what a really affectionate mother requires. Do you smoke?


LE : Well, yes, I must admit I smoke.


LB. I am glad to hear it. A man should always have an occupation of some kind. There are far too many idle men in London as it is. How old are you?


JE : Twenty-nine.

LB. A very good age to be married at. I have always been of opinion that a man who desires to get married should know either everything or nothing. Which do you know?

JE : [After some hesitation.] I know nothing, Lady Bracknell.

LB. I am pleased to hear it. I do not approve of anything that tampers with natural ignorance. Ignorance is like a delicate exotic fruit; touch it and the bloom is gone. The whole theory of modern education is radically unsound. Fortunately in England, at any rate, education produces no effect whatsoever. If it did, it would prove a serious danger to the upper classes, and probably lead to acts of violence in Grosvenor Square. What is your income?


JE : Between seven and eight thousand pounds per year.


LB. [Makes a note in her book.] In land, or in investments?

JE : In investments, chiefly.

LB. That is satisfactory. What between the duties expected of one during one's lifetime, and the duties exacted from one after one's death, land has ceased to be either a profit or a pleasure. It gives one position, and prevents one from keeping it up. That's all that can be
said about land.

JE : I have a country house with some land, of course, attached to it, about fifteen hundred acres, I believe; but I don't depend on that for my real income. In fact, as far as I can make out, the poachers are the only people who make anything out of it.

LB. A country house! How many bedrooms? Well, that point can be cleared up afterwards. You have a town house, I hope? A girl with a simple, unspoiled nature, like Gwendolen, could hardly be expected to reside in the country.

JE : Well, I own a house in Belgrave Square, but it is let by the year to Lady Bloxham. Of course, I can get it back whenever I like, at six months' notice.



LB. Lady Bloxham? I don't know her.


JE : Oh, she goes about very little. She is a lady considerably advanced in years.

LB. Ah, nowadays that is no guarantee of respectability of character. What number in Belgrave Square?

JE : 149.


LB. [Shaking her head.] The unfashionable side. I thought there was something. However, that could easily be altered.


JE : Do you mean the fashion, or the side?

LB. [Sternly.] Both, if necessary, I presume. What are your politics?


JE : Well, I am afraid I really have none. I am a Liberal Unionist.

LB. Oh, they count as Tories. They dine with us. Or come in the evening, at any rate. Now to minor matters. Are your parents living?


JE : I have lost both my parents.

LB. To lose one parent, Mr. Worthing, may be regarded as a misfortune; to lose both looks like carelessness. Who was your father? He was evidently a man of some wealth. Was he born in what the Radical papers call the purple of commerce, or did he rise from the ranks of the aristocracy?

JE : I am afraid I really don't know. The fact is, Lady Bracknell, I said I had lost my parents. It would be nearer the truth to say that my parents seem to have lost me . . . I don't actually know who I am by birth. I was . . . well, I was found.


LB. Found!

JE : The late Mr. Thomas Cardew, an old gentleman of a very charitable and kindly disposition, found me, and gave me the name of Worthing, because he happened to have a first-class ticket for Worthing in his pocket at the time. Worthing is a place in Sussex. It is a seaside resort.

LB. Where did the charitable gentleman who had a first-class ticket for this seaside resort find you?

JE : [Gravely.] In a hand-bag.

LB. A hand-bag?

JE : [Very seriously.] Yes, Lady Bracknell. I was in a hand-bag - a somewhat large, black leather hand-bag, with handles to it - an ordinary hand-bag in fact.

LB. In what locality did this Mr. James, or Thomas, Cardew come across this ordinary hand-bag?

JE : In the cloak-room at Victoria Station. It was given to him in mistake for his own.

LB. The cloak-room at Victoria Station?

JE : Yes. The Brighton line.

LB. The line is immaterial. Mr. Worthing, I confess I feel somewhat bewildered by what you have just told me. To be born, or at any rate bred, in a hand-bag, whether it had handles or not, seems to me to display a contempt for the ordinary decencies of family life that reminds one of the worst excesses of the French Revolution. And I presume you know what that unfortunate movement led to? As for the particular
locality in which the hand-bag was found, a cloak-room at a railway station might serve to conceal a social indiscretion - has probably, indeed, been used for that purpose before now - but it could hardly be
regarded as an assured basis for a recognised position in good society.

JE : May I ask you then what you would advise me to do? I need hardly say I would do anything in the world to ensure Gwendolen's happiness.


LB. I would strongly advise you, Mr. Worthing, to try and acquire some relations as soon as possible, and to make a definite effort to produce at any rate one parent, of either sex, before the season is quite over.

JE : Well, I don't see how I could possibly manage to do that. I can produce the hand-bag at any moment. It is in my dressing-room at home. I really think that should satisfy you, LB.


LB. Me, sir! What has it to do with me? You can hardly imagine that I and Lord Bracknell would dream of allowing our only daughter - a girl brought up with the utmost care - to marry into a cloak-room, and form an alliance with a parcel? Good morning, Mr. Worthing!


[LB sweeps out in majestic indignation.]


JE : Good morning


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