Anatole France

À propos du dernier roman de Georges Ohnet
(Volonté ! paru chez Paul Ollendorff éditeur en 1888)


Georges Ohnet, également connu sous le pseudonyme de Georges Hénot, né le 3 avril 1848 à Paris, ville où il est mort le 5 mai 1918 en son domicile dans le 9e arrondissement de Paris1, fut un écrivain de romans populaires français dont Léon Bloy dit dans Le désespéré, éditions La part commune, p. 430 : 

«Et d'abord, le plus glorieux de tous ces élus, le Jupiter tonnant de l'imbécillité française, Georges Ohnet, le squalide bossu millionnaire, dont la prose soumise opère une succion de cent mille écus par an sur l'obscène pulpe du bourgeois contempteur de l'art.» 

Lire, à la fin les commentaires de Simon Popp paru dans Le Castor™ d'août 2018

Le texte qui suit (d'Anatole France) paru dans La Vie littéraire, chez Calmann-Lévy en 1921, (2e série, p. 56 à 64). - On pouvait, jusqu'à tout récemment, en trouver une version plus complèete, lue par Sacha Guitry, dans les années vingt (?) sur le site de la BNF. - Cliquez ICI pour l'entendre.


Le titre du nouveau roman de M. Georges Ohnet contient beaucoup de sens en un seul mot. Ce titre est toute une philosophie. Volonté, voilà qui parle au cœur et à l’esprit ! Volonté, par Georges Ohnet ! Comme on sent l’homme de principes, qui n’a jamais douté ! Volonté, par Georges Ohnet, soixante-treizième édition ! Quelle preuve de la puissance de la volonté ! [...]

M. Georges Ohnet a voulu avoir soixante-treize éditions et il les a eues. En vérité, plus je relis ce titre, plus j’y trouve d’intérêt. C’est sans contredit la plus belle page qui soit sortie de la plume de M. Georges Ohnet. [...]

Volonté, par Georges Ohnet, soixante-treizième édition, que cela est bien écrit !
J’avoue que le reste du livre m’a paru inférieur. [...]

Comme philosophe, M. Georges Ohnet ne me satisfait pas. Sous ce jour, je le trouve faible. Je voudrais n’avoir pas à l’apprécier à un autre point de vue [...] mais puisque enfin M. Ohnet fait des romans, il est équitable et nécessaire de le traiter en romancier. C’est ce à quoi je vais donc procéder avec tous les ménagements dont je suis capable. [...]

Eh bien, puisqu’il me faut juger M. Ohnet comme auteur de romans, je dirai, dans la paix de mon âme et dans la sérénité de ma conscience, qu’il est, au point de vue de l’art, bien au-dessous du pire.

J’ai eu l’honneur d’être présenté l’hiver dernier à M. Georges Ohnet, et je me suis convaincu, comme tous ceux qui l’ont approché, que c’est un très galant homme. Il parle d’une manière fort intéressante, avec une bonne humeur tout à fait agréable. Il m’a inspiré de la sympathie. Je sais de lui des traits qui l’honorent, je l’estime profondément, mais je ne connais pas de livres qui me déplaisent plus que les siens. Je ne sais rien au monde de plus désobligeant que ses conceptions, ni de plus disgracieux que son style. [...]

Si je m’étais cru, je serais mort sans avoir lu une ligne de M. Ohnet. Je me serais épargné cette pénible et dangereuse épreuve. Je mets beaucoup de soin à éviter dans la vie ce qui me semble laid. Je craindrais de devenir très méchant si j’étais forcé de vivre en face de ce qui me choque, me blesse et m’afflige. C’est pourquoi j’étais résolu à ne pas lire Volonté. Mais le sort en a disposé autrement.

J’ai lu Volonté, et j’ai d’abord été très malheureux. Il n’y a pas une page, pas une ligne, pas un mot, pas une syllabe de ce livre qui ne m’ait choqué, offensé, attristé. [...] Je n’avais jamais lu encore un livre si mauvais : cela même me le rendit considérable, et je finis par en concevoir une espèce d’admiration. M. Ohnet est détestable avec égalité et plénitude ; il est harmonieux et donne l’idée d’un genre de perfection. C’est du génie cela. [...] Tout ce qu’il touche devient aussitôt tristement vulgaire et ridiculement prétentieux. Les miracles de la nature et de l’humanité, la splendeur du ciel et la beauté des femmes, les trésors de l’art et les secrets délicieux des âmes, enfin, tout ce qui fait le charme et la sainteté de la vie devient, en passant par sa pensée, d’une écœurante banalité. [...] Et il aime vivre ! C’est incompréhensible ! [...] 

Volonté fera les délices d’un grand nombre de personnes. [...] 

Il faut aussi que les pauvres d’esprit aient leur idéal. N’est-il pas vrai que les figures de cire, exposées aux vitrines des coiffeurs inspirent des rêves poétiques aux collégiens ? Or, les romans de M. Georges Ohnet sont exactement, dans l’ordre littéraire, ce que sont, dans l’ordre plastique, les têtes de cire des coiffeurs.


Commentaires de Simon Popp :

Copernique [Marshall] se demandait [l'autre jour] à propos d'un livre de Michael Wolf sur Trump et d'un autre de Teilhard de Cardin «Comment on pouvait écrire une critique d'un mauvais livre..

Ben, figurez-vous que j'en ai trouvé une, et une superbe par dessus le marché. À propos d'un roman de Georges Ohnet, publié en 1888, sous le titre de «Volonté».

Georges Ohnet

Qui fut Georges Ohnet ? Un écrivain né en 1848, et décédé en 1918, dont l'oeuvre consista en une quarantaine de romans et une dizaine de pièces de théatre publiés entre 1875 et 1918. L'encyclopédie Wikipédia dit, de lui, qu'«il connut un très grand succès et les tirages de ses romans furent extrêmement importants», mais parle très peu de son talent d'homme de lettres sauf pour préciser que le Guide-Parisien le considérait, en 1896, comme «le romancier favori de la bourgeoisie».

En ce qui le concerne, j'ai consulté le catalogue de la Grande Bibliothèque du Québec pour savoir si ses romans étaient encore disponibles. Oui... mais dans des des éditions des années vingt, que sur demande et que pour consulation sur place. Alors, si vous avez l'intention d'écrire un mémoire ou une thèse de doctorat sur ce regretté littérateur, il faudra vous armer de patience.


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