Marcel Petiot, m.d.

Marcel André Henri Félix Petiot naquit à Auxerre le 17 janvier 1897. C'est un enfant dissipé mais intelligent semble-t-il : à cinq ans, il lit comme un enfant de dix ans ; mais son attention est plutôt courte et c'est un solitaire. -  Précoce, on le surprend à huit ans en train distribuer des photos obscènes en classe. À onze ans, il vole le revolver de son père et en tire un coup de feu en plein cours d'histoire.

Ses parents s'inquiètent, consultent plusieurs médecins mais à la mort de sa mère, en 1912, son père qui travaille à Joigny, le confie, lui et son frère, à une tante. Quelques mois plus tard, renvoyé de l'école pour indiscipline, le jeune Marcel est de retour chez son père mais il se fait à nouveau renvoyé de sa nouvelle école de Joigny.

À dix-sept ans, il se fait arrêté pour avoir volé le contenu d'une boîte postale. Un psychiatre le déclare inapte à subir un procès à cause de problèmes personnels et héréditaires. Premier diagnostique d'une longue série.

Deux fois de plus il se fait renvoyer des écoles qu'il fréquente, une fois à Auxerre et une fois à Dijon. Ce n'est qu'à Paris, confié à une institution spécialisée dans les cas difficiles qu'il finit par compléter ses études en juillet 1915 mais on est en pleine guerre et le jeune Marcel - il a alors 19 ans - est enrôlé dans l'infanterie (en janvier 1916) et envoyé au front en novembre de la même année. Six mois plus tard, il est blessé  mais son comportement à l'hôpital est si bizarre qu'on l'envoie dans une clinique pour malades graves. Trouvé coupable d'avoir volé des couvertures, il fait un séjour dans une prison militaire à Orléans puis de là est  transféré dans l'aile psychiatrique d'un hôpital à Fleury-les-Aubrais. - Les médecins  qui le soignent le déclarent atteint de déséquilibre mental et de neurasthénie en plus d'être dépressif, d'être enclin à la mélancolie, à des troubles obsessionnels et à des phobies. Encore une fois, il est libéré pour cause de folie sauf que l'armée ne le libère pas tout de suite. Il est renvoyé au front en 1918 où il fait une «dépression nerveuse» allant jusqu'à se tirer une balle dans le pied. Au diagnostique précédent, on ajoute amnésie et somnambulisme. En septembre 1920, son cas est jugé trop grave et on le libère avec pleine pension avec la suggestion qu'il soit immédiatement renvoyé vers un asile pour aliénés sauf que Petiot s'y trouvait déjà. Non pas en tant que patient mais en tant que médecin.

Grâce à des cours accélérés, il avait en effet réussi, en tant qu'ex-militaire à compléter des études en médecine en l'espace de quelques mois et il est à faire son internat à Évreux. - Le 15 décembre 1921, il est reçu médecin, son diplôme étant de la Faculté de Médecine de Paris.

Âgé de 25 ans, le jeune Marcel Petiot ouvre un cabinet à Villeneuve-sur-Yvonne où il fait distribuer un feuillet annonçant que, récemment diplômé, il était plus apte que les deux vieux médecins de l'endroit à soigner les «maladies modernes». Il développe rapidement une clientèle qui lui est fidèle et le pharmacien avec qui il s'est lié ferme les yeux sur le fait que ses ordonnances sont plutôt axées vers des drogues qui développent une certaine dépendance chez ses patients. - Knock n'est pas loin.

En 1926, il surprend tout le monde en ayant une liaison torride avec la fille d'une de ses patientes. Quelques semaines plus tard, la maison de cette patiente est dévalisée puis incendiée le jour même où la fille disparaît. Plus tard, on retrouvera le corps décomposée d'une jeune femme qu'on ne peut identifier, dans une valise au fond d'une rivière, une valise qui ressemble étrangement à celle que le docteur Petiot a longtemps utilisée dans ses déplacements. Ces «coïncidences» ne semblent pas inquiéter outre mesure la police qui continue à croire que la jeune Louise Daveleau a fait une fugue.

En juillet de la même année, il se présente à la mairie de son village et grâce à des manoeuvres douteuses réussit à se faire élire presque par acclamation. - Il resta maire plus de six ans subissant plusieurs procès pour comptabilité irrégulière, vol de biens publics, détournement de fonds qu'il traîna d'appels en appels avant de déménager à Paris en 1933 non sans qu'un témoin important dans une affaire de meurtre où on allait l'inculper meurt après lui avoir rendu visite. - Petiot signa lui-même le certificat de décès en indiquant pour cause un anévrisme et non l'injection qu'il lui avait faite quelques heures auparavant...

De 1933 à 1939, le docteur Petiot réussit, à Paris, à se constituer une autre clientèle importante tout en étant accusé plusieurs fois de pratiquer des avortements, de fournir de la drogue à des toxicomanes, de non-déclaration de revenus, de fabrication et d'usage de faux ; il blâme tous ces crimes sur le fait qu'il n'est pas un comptable ni un secrétaire, que son premier souci est de soigner des indigents et des indigents, il s'en présente dix, douze, vingt à tous ses procès prêts à témoigner sur sa grandeur d'âme et sa générosité. Il est condamné à quelques amendes et même à 15 jours de prison puis finalement confié à un hôpital psychiatrique pour «évaluation». Il n'y reste que quelques semaines et lors de l'arrivée des Allemands à Paris, il est à nouveau à son cabinet où il comprend très vite le profit qu'il pourra tirer de la présence de ces occupants.

Plus tard, il dira avoir fait partie de la résistance mais en dehors de quelques certificats de complaisance signés pour ceux que le travail obligatoire en Allemagne appelaient et des soins donnés à ceux qui revenaient des camps de prisonniers, il semblerait que sa seule activité anti-nazi fut d'avoir organisé un réseau d'immigration illégale vers l'Espagne et l'Amérique du Sud sauf que ce réseau...

Pour des sommes variant entre 25 000 et 100 000 francs, Petiot promettait aux clients qui lui étaient référés ou qu'ils recrutaient, de faux papiers, une nouvelle identité et une route sûre vers l'Argentine.

Cette route débutait au 21 de la rue le Sueur, dans une maison du 19e siècle avec étable et cour intérieure ayant jadis appartenue à un prince quelconque et qui était maintenant la propriété du docteur ; et, pour tous ces clients cette route se terminait au même endroit.

Inconscients de ce qui allait leur arriver, les clients du docteur devaient, à leur arrivée écrire une petite note pour leurs proches que Petiot faisait poster quelques jours plus tard de la zone libre. Puis, il les «vaccinait» et une fois qu'ils étaient bien morts, parce que le vaccin était un violent poison, il les dépouillait de tout ce qu'ils avaient amené avec eux, les découpait puis les brûlait ou les jetait tout simplement dans la Seine.

La Gestapo ayant eu vent de ce réseau qu'elle croyait être véritable tenta de l'infiltrer mais sans succès : ses agents-doubles disparaissaient au fur et à mesure qu'ils entraient en communication avec le docteur «Eugène» (faux-nom du docteur Petiot). En désespoir de cause, elle le fit arrêter en mai 1943 mais ne put en tirer quoi que ce soit, même sous la torture, Petiot ne pouvant naturellement pas dévoiler les noms des membres de son «réseau» puisqu'il n'y en avait aucun. - On le relâcha, faute de preuve quelques semaines plus tard.

Puis vint l'incendie.

Le 6 mars 1944, une épaisse fumée ayant une drôle d'odeur s'échappa tout à coup du 21 de la rue Sueur. - Appelés sur les lieux, les sapeurs firent une macabre découverte au sous-sol de la maison : des ossements humains, des corps à demi décomposés, des membres, une pile de cheveux jonchaient le sol. Ils appelèrent à leur tour la police qui arriva en même temps que le propriétaire des lieux. S'étant assuré que les policiers étaient bel et bien des français, le docteur les informa qu'il faisait partie de la résistance et que les corps qui se trouvaient chez lui étaient des nazis assassinés dont il était chargé de faire disparaître les corps et qu'il devait tout de suite se rendre chez lui pour brûler plusieurs dossiers compromettants au cas où l'on ferait enquête.

Les policiers le crurent et fermèrent les yeux lorsqu'il remonta sur sa bicyclette et disparut. Ils n'allaient pas le revoir avant plusieurs mois.

Une enquête eut lieu en effet et lorsqu'on apprit que le docteur Petiot avait été arrêté puis questionné par la Gestapo, les policiers enquêteurs ne dépensèrent pas beaucoup d'énergie à retrouver celui que seuls les occupants appelaient un dangereux lunatique. - Ce n'est qu'en fouillant dans le passé de Petiot que, petit à petit, on finit par faire le lien entre plusieurs disparitions mystérieuses et en venir à la conclusion que ce «membre de la résistance» n'était en fait qu'un dangereux meurtrier.

À la libération, un mandat pour sa capture fut émis et sa photo diffusée dans toute la France.

Entre temps, Petiot avait changer d'identité. Il s'appelait maintenant Henri Valéri et était devenu membre des Forces Intérieures (sic) l'une de ses tâches étant justement de capturer l'assassin de la rue Le Sueur.

Imprudent, il écrit une lettre à un journal qui publie un article qu'il juge injurieux à son égard. On en conclut qu'il est toujours à Paris et comme il se disait membre de la résistance, on fit des recherches parmi les résistants au service de l'état civil et plus particulièrement des recherches parmi les résistants au service de l'état civil qui étaient également médecins.

Le 31 octobre 1944, il fut arrêté dans une station de métro. Sur lui, il avait 31 700 francs (une fortune), une cinquantaine de documents sous six noms différents et un revolver.

Son procès fit la une de tous les journaux. Injuriant les membres des familles de ses victimes, il les traita de menteurs, de membres de la juiverie internationale, d'ennemis de la république. Questionné quant à une de ses victimes, il jura de ne jamais l'avoir rencontrée mais ne put expliquer qu'on avait retrouver ses vêtements chez lui.

Trouvé coupable d'avoir assassiné au moins 26 personnes, il fut condamné à la peine capitale.

Le 25 mai 1946, calmement, il marcha jusqu'à la guillotine. Ses dernières paroles furent pour ses bourreaux, leur disant de ne pas regarder car «ce ne serait pas joli». Les témoins rapportent que ses lèvres esquissaient un sourire lorsque sa tête roula dans le panier.

Un film avec Michel Serrault raconte avec une certaine fantaisie macabre sa vie à partir du début de l'occupation.

La guillotine qui servit à l'exécution de Marcel Petiot

- Recherches et texte : Uldéric Caseault-Duroy - 08-2005


Pour une autre histoire de guillotine, voir à La plus bath des javas.

Sinon voir à : Roland Caseault

Ou encore à : Florentin Dufay


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