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Buster Keaton

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Il est né, fils de comédiens, le 4 octobre 1895 à Pika, Kansas. - Le grand magicien Harry Houdini, le comédien-jongleur W. C. Fields, le danseur Bill «Bojangles» Robinson, les chanteurs Eddie Cantor et Al Johnson ont été ses parrains. Tous partageaient ou ont partagé des programmes où son père, Joe Keaton et sa mère Myra, jouaient dans des sketches comiques. - À six ans, il faisait partie de leur numéro. - Ce numéro consistait pour lui à se faire lancer d'un bout à l'autre de la scène, et parfois parmi les spectateurs, sous le prétexte qu'un enfant «ça s'éduque». - Pour contourner les ligues de protection de la jeunesse, on l'affublait d'une barbe et on le faisait passer pour un nain. - À quinze ans, il savait tomber, rouler, se faire assommer comme pas un. Il avait également appris à chanter, danser, jouer du piano, du ukulélé, jongler, faire des tours de magie et même écrire des gags et des parodies mais vers 1916, son père était devenu trop alcoolique pour que leur numéro puisse continuer. - En 1917, lui et sa mère quittent Joe, et Buster, déjà connu dans le circuit du vaudeville, est tout de suite engagé sur celui de Broadway. - Deux mois plus tard, il rencontre, par accident, celui qui allait changer sa vie : Roscoe Fatty Arbuckle.

Rosco tournait des deux-bobines à New York et demanda à Keaton s'il serait intéressé à être second rôle dans une comédie qui s'intitulait «The Butcher Boy». - L'après-midi même, le film était tourné et le comédien qui n'allait jamais rire était né. - Né ? Façon de parler : Keaton était Keaton avant de rencontrer Fatty. Son personnage était déjà en place ; suffisait de le mettre en marche.

De longues et sérieuses études ont été faites sur Keaton, le comparant à Chaplin ou aux autres grands de l'époque : Charlie Chase, Harold Lloyd et même Fatty. Tous les historiens qui se sont penchés sur lui finissent par dire la même chose : Keaton était à part. Il l'était du fait que son personnage n'essayait jamais de changer le monde mais plutôt s'adapter à lui. Là où un Charlie Chase jouait de ruse, Chaplin tentait de faire partie de la société ou Lloyd s'essayait par tous les moyens, y compris l'escalade d'édifices, de monter dans l'échelle sociale, Keaton semblait hors de toutes ces considérations. Il vivait tout simplement ; le monde lui était hostile.

L'exemple classique de cette attitude est celle de Chaplin qui, sur le point de tomber, tirait vers lui, en se servant de sa canne, une table qui se trouvait tout près pour s'y appuyer ; Keaton n'avait pas de cane et il ne lui serait jamais venu à l'idée de modifier quoi que ce soit dans la disposition des meubles qui l'entouraient ; il tombait tout simplement, se heurtant invariablement sur la table en question.

On a souvent comparé son comique à celui décrit par Bergson dans Le rire (1900) et il est vrai qu'il y a un côté mécanique dans l'univers de Keaton mais là où le personnage de Bergson devient ridicule parce qu'il essaie de mimer quelque chose qui lui est imposée de l'extérieur (la respectabilité, les conventions, l'honneur). Buster essaie, lui, de prévoir ce qui va se passer et de s'y adapter. Malheureusement, le monde extérieur semble s'être ligué pour détruire ce pauvre type qui n'a jamais su vraiment ce qui lui arrivait :

Voulait-il se marier, c'est mille fiancés qui lui couraient après ; voulait-il conduire consciencieusement une locomotive, il se retrouvait au beau milieu de la guerre civile ; jouait-il plusieurs rôles, il s'étonnait de se retrouver face à lui-même.

Un de ses films, The General (1927), passe pour être la plus grande comédie tournée du temps du muet. bien avant toutes celles réalisées par Chaplin (parmi lesquelles se trouve The Gold Rush réalisé en 1925).

Sa carrière de comédien-réalisateur se déroulera essentiellement entre de 1920 à 1929 ; elle comprendra 19 courts et 11 longs métrages généralement considérés aujourd'hui comme des classiques du cinéma muet, y compris The General cité ci-dessus et Steamboat Bill Jr. (1928) avec sa fameuse scène de l'ouragan.

Puis en 1930, contre l'avis de tous, il passe du côté des Majors en se joignant au groupe MGM. Jamais plus allait-il retrouver la liberté qu'il lui fallait pour développer son génie : des sujets, des rôles, des réalisateurs qui ne connaissaient rien à la comédie lui furent imposés. Il s'obstina au début puis finit par se laisser entraîner dans des situations où, dit-il plus tard, je n'avais rien à faire d'autres que de porter des déguisements et réciter des textes insipides.

Des problèmes maritaux, l'alcool (surtout) et d'autres soucis le reléguèrent au rang des gags writers, des petits rôles, des bit parts et il ne survécut que grâce à une persévérance hors du commun.

À la décharge de MGM, on peut souligner qu'il était techniquement impossible au début des années trente de tourner des films parlant ayant la dynamique des films de Keaton mais, plus tard, force fut de constater que, même assis, avec comme seul objet devant lui, un verre, Keaton pouvait avoir du génie.

Durant les années trente et quarante, s'étant débarrassé de son problème d'alcoolisme, il reparu au théâtre, joua dans une variété de petits rôles alimentaires mais  vendit surtout ses services à titre de gagman pour d'autres comédiens qui détenaient à ce moment-là le haut du pavé (dont  Harpo Marx).

En 1949, un article dans Life attira l'attention sur lui. - On le remit quelque peu en vedette dans des films comme Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950), dans Limelight (Chaplin, 1952), dans Around the World in 80 days (Michael Anderson, 1956) et même à la télévision où il eut sa propre émission. -  En 1957, on tourna un film sur sa vie (avec Donald O'Connor). - Le film était du genre de ceux des biographies de l'époque mais attira encore plus l'attention sur celui qu'on avait depuis fort longtemps oublié. - En 1959, on lui remit un Oscar pour l'ensemble de son oeuvre. - Il était relancé.

On ne lui confia plus jamais de grands rôles mais, à titre d'artiste invité, il eu, partout où il allait carte blanche. Ce fut le cas, entre autres, d'une série de films dit Beach Movies ou encore d'une impressionnante série d'apparitions à la télévision.

Au début des années soixante, tous ses films furent restaurés et présentés en mini-festival dans le monde entier. Le succès, après plus 40 ans, fut sans précédent. - Buster Keaton était redevenu la vedette de l'heure. On l'invita au Festival de Berlin, de Cannes, de New York...

Son chant du cygne - non pas son dernier film mais son dernier film en tant que co-réalisateur -, il le fit en 1965 en compagnie de Gerald Potterton de l'Office Nationale du Film (Canada) qui lui fit proposa The Railroader, un court métrage ayant pour fond la traversée du Canada en wagon de service.

Dans ce film (il a soixante-dix ans au moment du tournage), l'athlétique Buster Keaton n'est plus mais on peut y voir avec surprise un homme, toujours en pleine possession de son génie comique, qui lentement pose des gestes qui, cinquante ans plus tôt, eurent été plus rapides certes mais pas nécessairement plus drôles.

Une scène de ce film - qui se passe dans un salon de thé - montre, par une fenêtre, en arrière-plan, la silhouette de Buster, avec son canotier, qui traverse un ouvrage fort élevé. Ce simple passage suffit à déclencher le rire chez le spectateur. Peu avant qu'on tourne cette scène, il avait dit à Potterton : «Il ne suffit pas de passer, il faut savoir quand et comment passer

Buster Keaton mourut, en pleine gloire, le premier février 1966.

«Je ne m'attendais pas à tant , disait-il peu de temps avant de mourir. Je savais que la vie donnait des coups de poing, mérités ou non, à tous. De ces coups de poing, j'en ai reçu des fameux que j'ai encaissés parce que je m'attendais à pire.»

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Keaton dans The Railroader, en 1965.

 

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