Université de Napierville

Le cuarini

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Langue indigène, essentiellement parlée (Caraguay).

Historique :

Selon l'éminent linguiste et archéologue, Kurt Weiss, le cuarini serait d'origine inca quoique, précise-t-il, les terminaisons en «os» et «as» appartiennent en propre aux tribus amazoniennes plus au sud (Traité des langues précolombiennes, Berlin, 1983).

Les recherches effectuées en 1967 et 1970 dans les ruines de Carakos (voir album photo) par le Professeur Marshall et l'éminent archéologue d'origine Hollandaise, Pieter Van Hasendelft de Koënig, ont démontré qu'il s'agissait d'une langue déjà fort répandue à l'époque de la construction de cette ville.

Composée à l'origine de quelque milles mots dont plus du tiers servait à décrire le dieu Ratos et environ 200 à nommer la faune et la flore du pays, le vocabulaire du cuarani s'est fortement enrichi lors de la venue des premiers missionnaires ne serait-ce que pour décrire les nouveaux objets de culte avec lesquels les Caraguéyens de souche venaient pour la première fois en contact : tabernáculos, copónos, patenasos, etc. D'autres mots se sont ajoutés pour décrire les menus objets qui servaient de monnaie d'échange aux Espagnols : espejosos (miroir), canicasos ou cuentasos (billes), estatuillasos (statuettes), etc.

Les qualificateurs ou déterminants étaient inexistants : divers préfixes ajoutés aux substantifs servaient à exprimer la couleur, la grandeur, le poids, l'épaisseur et même la localité.

Les verbes (rares) n'avaient qu'une forme et n'exprimaient qu'une action passée, le présent étant, dans la mythologie caraguayenne, inexistant et le futur n'appartenant qu'au dieu Ratos

Le cuarani moderne comprend deux formes expressives selon qu'on s'adresse à un homme ou à une femme : les mots se terminent en «os» si l'on s'adresse à un homme et en «as» si l'on s'adresse à une femme. Une troisième forme, plus classique, et qui est un mélange des deux, est utilisée dans la langue écrite mais, généralement, il n'est pas considéré de bon ton d'écrire quoi que ce soit en s'adressant aux deux. C'est pourquoi l'on retrouve souvent les mêmes écrits publiés dans les deux formes.

En poésie, en chansons, dans les textes officiels et dans les relatos (sorte de récits plus ou moins romanesques), à moins que le contenu s'adresse spécifiquement aux hommes, le lecteur ou l'auditeur est sensé être une femme.

Seules exceptions : les noms de lieu, d'édifices, de rues et de tout ce qui sert à une communauté (puits, terrains servant à l'élevage ou à l'agriculture) et qui sont tous masculins.

Premiers écrits

De la fondation de Carakos (vers 1150) jusqu'à l'arrivée des Jésuites (1586), le Caraguay a une littérature folklorique, religieuse et juridique, somme toute peu importante, dont il ne nous reste que des débris peu intelligibles.

La poésie

On sait que les Caraguayens utilisaient dans  certaines cérémonies des chants religieux. Nous possédons, grâce aux inscriptions qui ont survécu, quelques bribes de ces chants. Leur interprétation en est difficile et contestée.

Les chants funèbres (nenios) sont connus par la tradition, mais il ne nous en reste rien.

Le vers utilisé à l'époque est le sanios, dont nous ne savons pas avec exactitude s'il était fondé sur l'accent ou sur la quantité.

La prose

Les Caraguayens ont été de bonne heure attirés par l'art du chant, mais nous n'avons rien conservé de ces débuts.

Ils avaient aussi commencé à réunir une sorte de documentation historique officielle sous forme de Calendarios ou Analos où les événements importants étaient notés, année par année. Les éloges funèbres étaient aussi une source précieuse de renseignements, à en juger par les inscriptions conservées.

Ce peuple, extrêmement hiérarchisé, songea, vers l'an 1250 à codifier ses lois, à noter les noms des familles à qui revenait le droit de partager les produits de la pêche, de la chasse ou ceux en provenance de l'agriculture ou de l'exploitation de troupeaux. Des decemviros étaient chargés de rédiger ces textes et de les inscrire sur des folletos en terre cuite connus sous le nom de callacos. Nous en possédons des fragments dans un texte rajeuni, il est vrai, à une époque postérieure, mais qui nous permettent d'apprécier la simplicité et la concision énergique du style.

Juan Benitos del Casos, qui fit détruire la plupart de ses callacos, a pu en lire une grande partie et, dans ses rapports sur l'état de la colonie (vers 1670), dit à quel point il les tenait en estime.

Littérature verbale post-colombienne

Elle est, du XVIIe au XIXe siècle  surtout d'intérêt historique et constituée de récits, de légendes et d'anecdotes  recueillis - et trop souvent adaptés  - par des missionnaires ou encore écrits directement par ces mêmes missionnaires pour l'édification de la population ou pour tout simplement en comprendre la langue. Des «chercheurs d'or», des aventuriers ont également noté sur le vif des informations qui pourraient leur être utiles.

De ces légendes, on retient surtout celles ayant trait au demi-dieu Chalkosos, le grand guerrier caraguayen qui serait à l'origine de la célèbre cité de Carakos là où d'immenses fresques racontent son histoire en langue cuarani. Ces fresques n'ont pu être décodées qu'à partir des travaux du britannique John Whistler, grand spécialiste des indiens du Caraguay.

On ne saurait trop se fier à ces textes.

À partir de 1885,  la nouvelle richesse qui se répandit dans le pays permit un certain relâchement du côté de ses dirigeants et l'on vit surgir diverses publications écrites directement en cuarani grâce à l'influence des peñazos qui, dans le but de conserver la population indigène sous contrôle, lui donne le droit d'ouvrir des écoles en cette langue qu'on croyait oubliée. - C'était mal juger de la résistance de ce peuple qui, en l'espace de quelques années, passa d'une soumission presque exemplaire à une très grande révolte - alimentée par les discours du révolutionnaire Colcolos - et qui allait être matée par le général Afeminado en 1906. - Mais le mouvement était lancé et ne s'est depuis, jamais arrêté.

Nous avons cité, dans la partie historique de Caraguay, les noms des derniers grands écrivains de ce surprenant pays qui écrivent tantôt en espagnol, tantôt en cuarani.

Note :

Le mot cuarani est d'origine espagnole. Les Caraguayens n'ont aucun mot pour se décrire ni décrire leur langue ; ils ont tout simplement Cuos (nous) c'est-à-dire : le peuple, les hommes et ils ont des ranos (qui signifient dires ou faits). Le mélange des deux, cuoranos a donné cuaranos (espagnol) et cuarani (pluriel) pour désigner à la fois les habitants du Caraguay et leur langue.

 

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