Les chroniques de Simon Popp

_______________________________________________________________________________________________________

No. 161 à 170

(Du 6 septembre 2020 à aujourd'hui)

Avant-propos / notes

Série précédente

_______________________________________________________________________________________________________

161-2020-09-06

La rentrée, où, quand, pourquoi ?

J'ai rencontré, il n'y a pas longtemps, un bonhomme de quatre-vingt-treize ans (qui me l'a assez répété que je n'ai pas pu faire autrement que m'en rappeler) qui me disait que «dans son temps»... - pardon : qui commençait ce qu'il avait à dire, deux fois sur trois, par «dans mon temps» -...  l'enseignement se faisait à l'école et l'éducation à la maison. C'est à peu près la seule chose sensée qu'il aura dite dans l'heure que j'ai dû passer avec lui.

Au cours de ses interminables propos il m'expliqua qu'à l'école, on apprenait à lire et à compter, mais qu'après sa sixième ou sa septième année, il a compris qu'il n'apprendrait plus rien. «Le reste, dit-il, je l'ai appris sur le tas.» M'a pas dit lequel.

Je n'ai pas osé lui poser la moindre question ni mettre en doute sa parole car, après cinq minutes, j'ai compris qu'il ne voulait rien savoir ou qu'il était sourd, ou les deux à la fois.

Il m'a fait penser quand même qu'entre le système d'éducation par lequel il est passé, celui de mon père et le mien, du moins à la petite école, il n'y avait eu aucun changement. Dans mon cas, oui, mais mineur : au début de ma troisième rentrée, j'ai appris que les Frères, qui dirigeaient l'école où j'allais, avaient été invités à quitter l'endroit pour être remplacés par des professeurs laïques.

L'enseignement, alors, consistait à écouter, et apprendre à répéter ce que nos professeurs nous disaient. Que deux plus deux faisaient quatre ; que «leur» devant un verbe ne prenait pas de «s» ; qu'on pouvait acheter des petits Chinois pour cinq sous ; que si l'on communiait le premier vendredi de chaque mois pendant neuf mois, on était assuré d'aller au ciel, etc.

(Depuis, j'ai appris que deux plus deux pouvait égaler cinq à condition qu'ils soient assez volumineux, mais ce fera l'objet d'un autre tantôt.)

Un moment, à partir de la première année d'un cours qu'on disait «classique», j'ai cru qu'après avoir passé mon certificat de septième (essentiel à l'époque pour devenir pompier, ou gagner sa vie en conduisant un tramway) et donc, parmi ceux qui allaient faire des études supérieures, les choses allaient changer, mais non : ce n'était plus des vulgaires tables de multiplications qu'il fallait apprendre, mais des «rosa, rosae, rosam», des «John and Mary go to church» ou des mots comme «hypoténuse, racine carrée, équation...». - Même principe,  même ordonnance.

(J'ai déjà mentionné ici que c'est à un professeur de français que je dois, aujourd'hui, mon habitude de mentir, un de ces profs qui ont fait baver toute une classe pendant un trimestre en faisant lire à chacun d'entre-nous, ligne par ligne, Les femmes savantes de Molière. - Il m'a suffit de lui dire que j'étais d'accord avec ce qu'il nous avait répété vingt fois, dans le cadre de mon travail final.)

Plus tard, lors d'études - mais vraiment, cette fois-là - supérieures, j'ai non seulement cru, mais j'étais convaincu que ce système allait changer comme cela s'est passé au tout début des universités, qu'enfin, j'allais profiter de la connaissance de mes collègues sous la supervision d'un professeur-guide, qu'on allait me poser des problèmes à résoudre, qu'en groupe nous allions discuter les différentes approches qu'on pourrait prendre pour résoudre des choses banales comme la pauvreté, la famine ou comment en tant que citoyens, nous pourrions nous entendre sur la gestion de nos affaires.

Ben voilà. Après des années d'études et d'apprentissage, j'ai réalisé que pour obtenir un diplôme en quoi que ce soit, il fallait se plier aux exigences d'un magister qui les avaient apprises d'un plus vieux.

Mais j'ai appris autre chose : de ne pas me fier à l'enseignement, mais de suivre l'exemple de ceux qui ont réussi.

On me dit qu'aujourd'hui, ce n'est plus comme cela que ça se passe.

J'imagine qu'on a fait comme l'Église a fait : on a modifié la méthode, la présentation, on a reverni la façade, mais à en juger par les résultats, tout est demeuré fondamentalement inchangé.

Même principe, mêmes ordonnance.

Oops ! Il y a quand même une chose qui semble avoir changé : à en juger par la façon dont les parents «contrôlent» (?) leurs enfants en public, ils ne les éduquent pas. C'est une affligeante tâche qu'ils ont confiée aux éducateurs, nom donné à ceux qu'on appelait jadis des professeurs.

*

C'est-y moi ou quoi ?

Deux jeunes écervelées à qui à j'ai demandé de ne pas crier au restaurant récemment m'ont dit que, si je n'aimais pas le bruit, je devrais aller lire dans un salon de thé ou à la bibliothèque locale. Erreur de ma part.  Dire que depuis des années j'ai cru qu'un restaurant n'était pas un amphithéâtre ou un aréna. - Ce sont mes parents qui me l'ont dit, il y a longtemps. - C'est un secret que les éducateurs (voir ci-dessus) qui amènent rarement des enfants au restaurant n'ont pas l'occasion de leur dévoiler. 

Je ne me souviens plus qui, au juste, écrivait, qu'entre vingt et trente ans, il était impossible de savoir ce que cela avait été être plus jeune et que, passé la quarantaine, d'avoir eu vingt ans et que, au delà, on ne l'avait jamais été.

À la fin de ma carrière, je me suis dit : «Mais où sont les têtes grises à qui on pouvait demander conseil, qui savaient comme régler tel ou tel problème...». Jusqu'à ce que je réalise que j'étais devenu une tête grise.

Je ne saurai, aujourd'hui, élever des enfants. Je regarde ceux qui le font (puisqu'il en existe) et je me demande ce qui leur passe par la tête.

Je commence à en avoir assez de ceux qui, au Bureau de Poste, à l'épicerie, chez son garagiste, à qui je demande des questions aussi simples que : « C'est quoi la différence entre une livraison enregistrée et une livraison garantie, des légumes biologiques et ceux qui viennent du Mexique ou pourquoi on se sert aujourd'hui d''azote pour gonfler les pneus de ma voiture.»... me regardent comme si j'étais né il y a deux siècles et que je ne suis, conséquemment, qu'un être qui ne connaît rien de la vie moderne. - La plupart du temps, de toutes façons, je vois qu'en me répondant, ils disent n'importe quoi. La différence est celle qui existe entre une réponse sensée et l'énoncé d'un axiome. 

Je disais le mois dernier que j'en avais jusque là de la féminisation à outrance des mots qui décrivent les occupations des personnes et que je trouvais incroyable le nombre de cons qu'on pouvait rencontrer dans une seule seule journée.

C'est que j'ai oublié d'ajouter que j'en avais assez, également, de ce Trump de mes deux, de ce «scandale» (?) dont je ne connais aucun des détails (et dont je ne veux pas en connaître) en ce qui a trait à Trudeau (fils), mais surtout des idioties qu'on répète à droite et à gauche sur le COVID 19... qui passeront tous les trois comme des «détails» qui n'auront aucune répercussion à long terme sur l'Histoire de l'humanité.

Pensez à ce qui s'est passé après la Guerre 14-18. Vous vous en souvenez ? C'était il a cent ans, On parlait alors de l'Union des Nations, de la paix perpétuelle et ça a débouché, vingt ans plus tard sur la 39-45. 

Simon

***

162-2020-10-05

Vous savez que...

Collectivement, nous, les chroniqueurs, qui oeuvrons au sein du  Castor™, passons pour des timbrés, des toqués, des tarés (quand on ne nous traite pas d'illuminés, de songe-creux et d'hallucinés) ? 

«Vous êtes peu lus. Vous écrivez sur des sujets qui n'intéressent personne, dans une langue souvent incompréhensible et vous êtes là à vous croire indispensables et, pire encore : au centre du monde. Vous me faites...» nous écrivait-on le mois dernier. 

(Je ne cite pas le reste au cas où de jeunes filles seraient à l'écoute.)

Difficile de répondre à de tels compliments. Tous mérités d'ailleurs. Un détail, quand même : nous nous considérons, mais vraiment, au centre du monde, mais uniquement dans le sens que, individuellement, tous les être humains sont au centre d'un monde.

Nous vivons tous avec la conviction qu'il serait tragique de passer le peu de temps que nous aurons sur cette planète sans tenter  d'y prendre et y donner tout ce que l'on peut.

La plupart d'entre-nous sommes trop âgés pour ne plus être en mesure de parcourir le monde et construire des puits, des abris, des cuisines pour les plus démunis, enseigner «la bonne nouvelle» aux peuples dont la religion n'est pas celle dans laquelle nous avons été éduqués et loin de nous est l'idée de nous mêler de la catastrophe qu'est devenue depuis quelques années la politique.

Nous avons, par ailleurs, tout le temps pour lire, écouter, regarder et apprendre ce que nous aurions dû plus tôt dans notre vie et mettre dans l'ordre nos idées sur ce que nous croyons être une façon de faire avancer l'humanité en espérant qu'une fois écrites ces idées puissent servir à quelque chose.

Si ce n'est pas sérieux ce que je viens de dire, ben, au moins, nous aurons fait rire et rire est une des choses les plus importantes que nous avons trouvée pour passer à (ou «au») travers ce qui pourrait être une tragédie ; la vie d'êtres qui pensent.

D'un autre côté...

Personnellement, vous savez que :

Dans ce qui m'apparaît de plus de plus être une vie d'une longueur qui me surprend, beaucoup de choses m'ont étonné. 

La toute dernière, depuis quelque temps, est d'entendre dire à mon sujet : «Ne vous en faites pas, Simon ne sait pas... Simon ne saura pas quoi vous répondre... Simon a de la difficulté quand plusieurs personnes lui adressent la parole en même temps... Simon n'a pas le sens de l'odorat... Simon, de temps en temps, boit un peu trop... Simon ne sait pas de quoi [ce dont] vous parlez...» Bref : «Simon est comme ceci... ou comme cela» avant même que j'ai {ou que j'aie} eu le temps de prononcer un seul mot...

Comme Sacha Guitry, dans Le Roman d'un tricheur, qui se disait irrité non pas parce que sa maîtresse le trompait, mais parce qu'elle le lui disait, il m'arrive d'être irrité non pas qu'on parle moi dans mon dos (s'il y a une chose à laquelle je me suis habitué...), mais qu'on ne se gêne pas pour me présenter aux autres comme si j'étais une pièce d'ameublement, un empêcheur de tourner en rond et même une bête dangereuse : «Surtout, ne lui touchez pas : il mord.»  .

Je peux comprendre que, extérieurement je peux ne pas avoir l'air de quelqu'un qui connaît toutes les bonnes manières en société ; qui ne sait pas la différence entre un salut amical de la main et une révérence ; qui est inconscient du fait que les autres ne sont pas de son avis ; et qui, surtout, ayant fait carrière dans un domaine, il est évident qu'il a aucune notion de ce en quoi peut consister une carrière dans un autre domaine.

Mais :

Je peux vous assurer que si ma mémoire peut sembler phénoménale (parfois), elle ne l'est pas - j'ai oublié pas mal de choses déjà, notamment celles que d'autres n'ont pas encore apprises - ; je m'exprime, il est vrai, dans un vocabulaire de plus en plus désuet, mais qui s'avère souvent être encore le bon ; que si j'ai l'air impatient, c'est que les conversations de tous les jours m'ennuient ; qu'effectivement, oui, je peux tout en étant sérieux dire des conneries. Ce qui me console, c'est que ce genre d'embrouillamini(s) semble être une des caractéristiques du genre humain dont, aux dernières nouvelles, je serais toujours membre. 

Aussi :

Quand vous me présenterez aux autres, laissez-moi m'exprimer un peu. Je ne suis ni pire, ni mieux que vous pouvez l'être.

Un détail :

Si je titube de temps à autres, que j'ai parfois de la difficulté à me redresser, ce n'est pas une question d'alcool (enfin : la plupart du temps), c'est que je souffre d'une usure prématurée du système nerveux. 

Et puis songez à ceci :

Il m'est arrivé souvent au cours de ma vie (que j'ai dite au début, d'une longueur qui me surprend) de prendre la main de quelqu'un, saisir son index, le mettre sur ma poitrine et lui dire de pousser en disant : «Tu vois : y'a comme une résistance.» - C'était pour démontrer que j'existais, que je n'étais pas une chose, un objet, un meuble.

Ne me forcez pas à me répéter. 

Finalement, vous savez que :

J'ai perdu deux amis aux «AA» ?

Rien contre. Je veux dire contre les «AA».

Quand, comme moi, on a de la difficulté à se tenir debout longtemps (et souvent marcher) et que c'est dû à une cause incurable, on se sert d'une béquille.

Et les «AAA», pour moi, c'est une béquille.

Or, il ne m'est jamais venu à l'idée de me servir de ma béquille pour assommer qui que ce soit ou exiger qu'on se plie à mes exigences.

Sauf que mes deux amis n'ont jamais toléré que je les considère comme des gens atteints d'une maladie incurable et qu'au fin fond de moi-même je rageais autant qu'eux.

Simon

***

163-2020-11-16

Encre de Chine

«Comment, qu'on m'a dit l'autre jour. Vous écrivez toujours à la plume ?»

Hé oui. Pas tout à fait «à la plume», mais «avec une plume» ou, si vous préférez, «au moyen d'une plume». Avec de l'encre, de la vraie encre. Noire, car la bleue qu'on m'imposait quand j'étais jeune m'a toujours tombé sur les nerfs. Mais attention, hein : «À la moderne» :

Avec des plumes qu'on disait «fontaines» à une certaine époque et qu'on appelle, aujourd'hui, «à réservoir». Pas avec un modèle des premières mises en marché sous cette appelation et qui dont les réservoirs étaient constitués de tubes en véritable imitation de caoutchouc synthétique qu'il fallait remplir au dessus d'une bouteille après les avoir au préalable serrés de telle sorte à ce que... - un ingénieur vous expliquera comment le tout fonctionnait -, mais un de ses plus récents modèles. Vous savez : celles avec des cartouches pré-remplies qui se vendent (qu'on vendaient partout il n'y a pas, il me semble, très longtemps), en paquet de cinq ou de dix (je parle des cartouches). Ni, non plus celles qui les ont précédées et qu'on appelait «d'état major modifiée» (sic) et qui coulaient aux six mots.

J'ai bien dit «il n'y a pas très longtemps», car, depuis quelques années, les revendeurs de plumes et d'encres, sauf pour l'épate et les artistes, sont devenus de plus en plus rares. Un peu comme ces libraires spécialisés ou ces corsetières (corsetiers ?) qu'on trouvait dans tous les quartiers quand j'étais jeune.

Jusqu'à, il y a une dizaine d'années, il y en avait un - un revendeur de plumes et non de corsets -, avenue Union à Montréal (au sud du square Phillips) et puis, jusqu'à ce qu'il ferme ses portes, un bijoutier-libraire-et-vendeur-de-bibelots, métro Berri-Uquam qui vendait, surtout des plumes de luxe, mais également des cartouches pour les alimenter, cartouches qui correspondaient quand même à celles moins-de-luxe d'antant. Sauf que son personnel nous regardait «de haut» quand nous arrivions, humblement, avec nos antiquités (mon avant-dernière datait des années soixante : mil neuf cent soixante, je m'emprese de le souligner) pour nous procurer de nouvelles «cartouches» qui se trouvaient toujours dans une arrière-boutique, loin des regards d'une clientèle de plus en plus rares.

Dernièrement, on m'a parlé d'une boutique à Laval qui... sauf que Laval, ce n'est pas à la porte de Napierville : faut traverser l'île de Montréal du sud au nord et, avec les travaux qu'on y effectue en ce moment...

Reste les revendeurs «en ligne» (Amazon, eBay...) dont certains se spécialisent dans les plumes exceptionnelles (lire : uniquement «pour excentriques ou snobs») : Lamy, Faber-Castelli, Monteverde, Platinum Diplomat, Visconti... et chez qui la marque Dupont est synonyme de faux-riche ou de «parvenu» ! C'est chez les premiers de ces ceusses que j'assouvis depuis quelque temps ma soif inaltérable de liquide épistolaire.

Sauf que je ne vous ai pas dit pourquoi j'écrivais encore «à la plume». - J'y arrive, mais permettez, auparavant, que je cite un auteur, fameux en son temps, et qui a dû gagner plusieurs prix littéraires car on n'entend plus parler de lui :

«Les lois mécaniques de la nature sont dirigées par une puissance intelligente. Par exemple, l'encre qui coule de ma plume sur le papier, pour tracer ces réflexions, obéit aveuglément à l'attraction centrale de la terre ; la plume, d'où l'encre s'écoule, cède également à la direction horizontale que ma main lui donne de gauche à droite...»

(Bernardin de Saint-Pierre [1737-1814], Harmonies de la nature,1814, p. 204)

Maintenant, passons tout de suite au pourquoi :

Y'a deux raisons :

La première est que je préfère, et de loin, écrire devant et au moyen d'un ordinateur où je peux, à tout moment, corriger, effacer changer un mot, une phrase et avoir accès instantanément à divers dictionnaires dont ceux, en particulier, qui me permettent de trouver la traduction de ce me vient à l'esprit en anglais ou le synonyme d' un mot trop précieux... ou trop banal. - Inutile d'insister sur la facilité, le côté pratique, l'allure typographique qu'aura éventuellement ce que j'écris, etc.

Mais je ne suis pas toujours devant un ordinateur.

(J'écris à la main, en passant,  rarement quand je suis à la maison ou au bureau. Sinon des notes sur des bouts de papier, habituellement sur des Post-it que je transfère peu de temps après... dans l'un de mes... ordinateurs. Alors où ? Vous l'avez deviné : dans des endroits où l'on sert des boissons fermentées et distillées.) D'où ma deuxième raison :

J'en étais où déjà ? - Ah oui : aux endroits où j'écris à la main.

Dans des endoits où l'on sert des boissons... etc.

Quand on dit «fermentées ou distillées», il faut comprendre qu'après un certain temps passés dans les établissements qui en servent,  ses gestes, ses mains surtout, ne sont  plus d'une stabilité à toutes épreuves.  (vous me comprenez ?) Aussi, ces capitallissimes notes et profondes pensées qui nous traversent en ces moments où elle (sa main gauche ou droite selon que l'on est...) ne peut suivre nos pensées, il est préférable pour les noter de se servir d'une plume car, tout compte fait, comme on fait plus attention avec un instrument qui a tendance à tacher, on fait également attention à son écriture.

La preuve est que TOUT ce que j'ai écrit jusqu'à présent, pour cette chronique, dont l'important sujet est du pourquoi j'écris encore «à la plume» et qui m'est venu spontanément - Dieu sait pourquoi - quand ma serveuse s'est penché audacieusement devant moi, je l'ai écrit «à la plume». Et, de ce fait, je sais que je pourais facilement, ce soir, le relire à la maison où mes  «n», mes «m» et mes «u» et «w» seront bien distincts, forts reconnaissables par rapport à ceux que j'ai écris, sur le vif, sur une serviette de table en papier, avec le stylo-bille du garçon, accoudé au bar du Dragon Basané lors de sa récente refermeture et où je n'étais pas précisément là pour discuter logiquement.

Tout cel est bien beau, mais ma plume et mon encre ?

Ma plume es un modèle particulier car elle m'a été donné par une amie qui travaillait chez France 2 ou 3 (je n'ai jamais su) et qui - ma plume et non mon amie - a servi un temps à une promotion quelconque. Elle est de ouleur argent, avec des garnitures couleur or. Elle est sans marque, sans nom de son manufacturier, sans aucune trace de ce qui a peut-être été un modèle invendable. Sauf que son diamètre est 3 milimètres plus grand que la Parker qui m'a servi pendant des années. - On m'aurait fabriqué une plume sur mesure qu'on n'aurait pas fait mieux.

Simon

P.-S. : J'ai intitulé cette chronique «Encre de Chine» ? J'aurais pas dû car c'est de la république de l'Inde que proviennent mes cartouches. - Ce lapsus, vous aurez compris, n'a rien à voir eu avec ni ma plume, ni mon encre.

***

Le courier...

    AA !

Je savais que j'allais m'attirer des ennuis en disant que le mouvement des AA était une... béquille

«Pas une béquille, m'a-t-on signalé. Une paire de lunettes !». - Pour mieux voir, j'imagine.

Ça explique pourquoi j'y ai perdu deux amis : m'ont vu tel que j'étais.

Puisque j'en suis au «tel que j'étais» et, forcément «tel que je suis», vous ai-je déjà mentioné qu'on me disait souvent que je ressemblais à quelqu'un d'autre ? Ça varie d'un jour à l'autre : un jour, je ressemble à un annonceur à la radio, le lendemain, à une vedette de cinéma, le jour après, à un sportif (sic) et même, souvent,  à un vieux beau...

Bref : à quelqu'un qu'on déteste.

...

    Trump ou l'autre ?

Il est rare que je vote car je ne veux pas être accusé, le cas échéant, d'avoir aidé à élire un imbécile à un poste quelconque. Cependant, dans le cas des élections présidentielles qui auront lieu demain aux États-Unis, je peux rassurer tout le monde que, si j'avais eu le privilège de le faire, j'aurais été un des premiers à me rendre là où l'on dépose son bulletin de vote.

J'en reviens à ce que je dis toujours : j'ai hâte qu'on mette en circulation des bulletins de votre «contre». 

Pas sûr que ça aurait un succès dans le sud des États-Unis où la connerie doit se mesurer non pas par têtes de pipes au kilomètre carré, mais au poids.

S'attendre au pire.

...

    COVID-19 (1)

Comment je me sens, isolé, chez moi, seul, avec, comme disait Greta Garbo, «mon téléphone et mon gramophone» ?  - Bien. Très bien, même, car, contrairement à Greta Lovisa Gusrafsson (c'était son vrai nom), j'ai,  en plus, à la maison, en plus d'un téléphone et d'un gramophone, une bibliothèque, un ordinateur avec, dedans, je-ne-sais-plus-combien de films et de documentaires et accès à l'Internet via trois adresses e-mail.

Je suis, je l'avoue, un peu ennuyé d'avoir à faire la cuisine et me servir mes propres verres de boissons distillées, mais je peux choisir la musique que j'écoute lorsque mon bifteak à la Helder, mes oeufs de caille panés ou mon saumon en croûte d'agrumes (avec son coulis de cresson) sont prêts.

Je pense quand même à ceux et celles qui, sans contact humain, risque de sombrer dans la dépression. - Ça s'est vu.

Bizarre cependant : je ne croyais pas que la dépression, si je commence à en être atteint, pouvait rendre heureux...

...

   COVID-19 (2)

Qu'est-ce que c,est que cette histoire de vaccin qu'on attend, au plus tôt, au printemps de 2021 ?

Et cette autre histoire de fou - de vous-savez-qui - qui annonçait que ce vaccin allait être disponible avant sa ré-élection ? - Pire encore : dans ces derniers discours, il affirmait que, grâce à lui, la pandémie auquelle nous avons tous [eu] à faire face était, finalement sous contrôle... - Et pire, piire encore : que les médecins qui risquent leurs vies à soigner ceux qui en sont atteints s'en mettent pleins les poches.

C'était hier.

Ma question est : qu'est-ce que c'est que ce pays qui - il y a pas six mois - avait de la difficulté à trouver des masques et des uniformes pour ses préposés à la santé ? Comment va-t-il faire pour vacciner 330 millions de citoyens ?

   Mais vous, comment allez-vous ?

Notre ami qui habite en face du parc Lafontaine (à Montréal) nous écrivait l'autre jour qu'il avait appris que de 3% des Québécois, en temps normal, souffrait de problèmes psychologiques, mais qu'avec le cloisonement auquel ces mêmes Québécois sont assujettis, ce pourcentage était passé à 15%.

Je n'ai pas contesté ces nombres (quoique 3% m'a semblé un peu bas), mais je n'ai aucun doute quant à la possibilité qu'une certaine détresse se soit répandue dans la population au cours des derniers mois. Je le constate sur les visages que je rencontre au supermarché, dans les établissements qui sont encore ouverts où tous ceux qui les fréquentent doivent porter un masque et même dans le nombre de messages que je reçois me demandant comment je vais. - Façon de me dire : «Parle-moi», c'est-à-dire, bouteille à la mer : «Y'a-t-il quelqu'un à l'écoute ?»

Très bien, merci. Mais vous ?

***

Hors texte :

Dites, Monsieur Pérec, on a le temps pour une autre ? - Alors voici :

...

Partis politiques, Religion, Apple et Forth

En commençant par la fin :

Forth, pour ceux qui ne le savent pas, est un langage de programmation à pile inventé par Charles H. Moore dans les années soixante. - Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est un langage de programmation à pile, je leur suggère d'aller lire ce qu'en dit Wikipédia à l'adresse suivante (mais ce n'est pas nécéssaire) :

  https://fr.wikipedia.org/wiki/Forth_(langage).

C'est un langage auquel je me suis intéressé dans les années 80, du temps où les PCs étaient en DOS et qu'on pouvait leur ajouter divers autres langages comme le BASIC (qui, bien structuré, était d'une facilité déconcertante), le Pascal (qui imposait sa propre structure) , le Prolog (pour calculer la solution à l'épineux problème du commis-voyageur), le Fotran, le Cobol, l'Algol (sic) le C et une version simple ou étendu du Forth. La documentation le concernant étant plutôt rare, il fallait - si ma mémoire est exacte - pour en apprendre un peu plus, devenir membre d'un groupe d'enthousiastes qui ne juraient que par cette nouvelle façon de programmer, qui considéraient cette façon comme étant le langage de l'avenir et qui vendaient, forcément, des manuels et surtout un livre (avec dessins) écrit par un certain Brodie... 

J'ai fait ce qu'on m'a dit pour constater après quelques semaines que le Forth n'était pas seulement une nouvelle façon de programmer, mais que j'étais devenu membre d'une secte, d'une religion avec son pape, ses cardinaux, ses prêtres... et j'ai tout de suite abandonné.

La même chose m'est arrivé avec Apple où j'ai appris que ce n'était pas tout simplement une société qui fabriquait des ordinateurs, mais l'exemple parfait d'une boîte axée autour d'un seul concept : le marketing. Je m'en suis aperçu lorsque après avoir sorti un produit quelconque, j'ai constater, par la suite, qu'elle en avait déjà d'autres en préparation et par n'importe quel autres, surtout, lorsque j'ai vu que ses utilisateurs ne juraien non pas ce qu'ils venaient d'acheter, mais ceux qui allaient en corriger les failles ; des «meilleurs», «des plus simples à utiliser», «des mieux conçus pour les penseurs [qu'ils étaient]», bref : «des outils pour des gens qui sont à la fine pointe de... et à qui on ne vend pas n'importe quoi». 

Je mets, j'ai mis les deux dans le même panier que la religion et les parties politiques :

Pas question de dire quoi que ce soit qui puisse insinuer que les adeptes de Forth, d'Apple, d'un parti comme celui dirigé aujourd'hui par Trump aux USA ou les membres d'une religion, qu'elle soit catholique, protestante, islamique... ont des opinions sujettes à caution ou qu'ils ont des positions qu'on pourrait qualifier de sectaires :

«Forth, Apple, Trump and my Religion are the best !» ne cessent pas de me le dire.

Ce qui implique que : je n'ai pas dimagination (Forth), que je vis dans le passé (Apple), que je n'ai pas d'esprit civique (Tump ou Biden) et qu'en plus, je suis un être amoral. 

D'ailleurs, chacun a ses méthodes de persuasion très strictes ; pas question de faire réparer votre iPad ou votre iPhone chez un fournisseur non autorisé, votre garantie vient de se terminer ; pas question de dire du mal de Trump, vou serez traité de tous les noms dans ses tweets ; et surtout pas question d'abandonner votre religion, l'anathème  est là pour vos le rappeler (la peine de mort chez les Islamistes).

Tiens, je me disais il n'y a pas si longtemps, des déprogrammeurs pour les ceusses qui se sont devenus membres de diverses sectes, il en existe, pourquoi il n'y en aurait pas pour les membres de certaines religions [*], d'un parti politique quelconque, ceux qui attendent en ligne pour acheter, après avoir dépensé des milliers de dollars pour leur onze premiers, leur 12e modèle d'iPhone ? 

Simon

[*] Vous savez ce que disait Sam Harris à propos de la religion, n'est-ce pas ? - Que si, un matin, on disait quelques mots en latin au-dessus de son bol de céréales et qu'on se disait qu'on allait ainsi consommer une partie du corps et du sang d'Elvis Presley, on était mûr pour être enfermé dans un hôpital psychiatrique, mais que si on faisait la même chose au-dessus d'un morceau de pain sans levure pour avaler une parie du corps et du sang de Jésus-Christ, on n'était tout simplement qu'un catholique. - Et j'ai entendu de la bouche d'un autre dire que si Dieu n'avait pas répondu un jour à une dame pour la guérison de son fils atteint de la COVID 19, c'est qu'IL était préoccupé à mettre en place sa troisième vague... 

***

Série précédente

Retour au Castor™ - Édition courante


Autres sites à consulter :

 

Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro

Page révisée : 2020-10