Les chroniques de Simon Popp

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No. 141 à 150

(Du 7 janvier 2019 au 7 octobre 2019)

Avant-propos / notes

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141-2019-01-07

Confession (une) d'un jeune retraité 
ou 
L'art de ne plus
penser parler

Une chose que je n'ai pas encore apprise, outre celle de ne pas dire ce que je pense, c'est de ne jamais manifester le moindre signe de scepticisme. Il s'agit là de deux vilaines habitudes (manifester mon septicisme et dire ce que je pense) que je n'ai pas héritées de mon père qui était plutôt taciturne et dont l'adage était «bien faire et laisser braire» c'est-à-dire laisser les autres se débrouiller avec leurs idéées vraies, fausses ou farfelues et de s'occuper de ses affaires. - C'était une de ses caractéristiques qu'il exprimait souvent par un léger haussement d'épaule que seuls quelques initiés pouvaient noter.

Chez moi, tout le contraire : effrontément, j'ai questionné, depuis aussi longtemps que je puisse m'en rappeler, et remis en doute, à peu près tout ce qu'on a voulu m'enseigner.

Oh, ce serait facile de mettre ces détestables habitudes sur le dos de divers curés, bonnes soeurs, certains frères des Écoles Chrétiennes (ce qui n'exclut pas plusieurs professeurs dont l'intelligence était plus basse que celle de la moyenne de leurs élèves) et surtout la société en général, mais c'est sous le vague prétexte de m'instruire (afin de rendre le monde meilleur, etc.) et surtout pour pour satisfaire ma maladive curiosité, que j'ai refusé de vivre comme on me l'indiquait, soit de faire semblant et d'utiliser de la basse flatterie - pardon : de me servir de miel plutôt que du vinaigre - pour atteindre mon but qui a toujours été de vivre à l'abri de l'hypocrisie ou de me protéger contre l'ignoranteté. - Ce fut, je dois l'avouer, une activité qui me fut rendu facile par les évidentes faussetés auxquelles on m'a demandé et auxquelles on me demande toujours de croire. - Bref  j'ai appris à me méfier de tout, y compris des vérités trop évidentes qu'on m'a donné à entendre ou lire, à commencer par les dictats des Églises, des hommes d'affaire et surtout des gouvernements qui sont devenus, depuis la dernière Grande Guerre, des propagandistes du tout premier ordre, à l'instar d'un certain Goebbels.

Malheureusement, quand j'ai poursuivi mon penchant en remettant en question tout ce qu'on me disait, penchant que j'ai toujours, on a souvent confondu mon septicisme avec un positionnement totalement à l'opposé à ce qu'on voulait bien me faire croire. ainsi :

- Quand on m'a dit qu'il fallait croire en Dieu et que j'ai demandé pourquoi, on m'a pris pour un athée.

- Quand on m'a dit que les États-Unis était le plus grand pays du monde et j'ai demandé sur quels critères on se basait pour avancer une telle affirmation, j'ai passé pour un anti-américain.

- Quand on m'a dit que les plus beaux paysages au monde se trouvaient au Québec et que j'en ai mentionné d'autres qui se trouvaient ailleurs au pays, on m'a soupçonné d'être un autre de ces anti-séparatistes.

- Pour ne pas apprécier «à leur juste valeur» nos comédiens, écrivains, peintres, cinéastes ou sculpteurs, on m'a traité de snob.

Je pourrais continuer comme ça longtemps.

Hautain, dédaigneux, arrogant, impoli, prétentieux, suffisant, insolent, condescendant, méprisant, j'aurai été tout dans ma vie. - Hélas, tout cela ne s'est pas arrêtée avec ma retraite. 

Pas plus tard que la semaine dernière, par exemple, j'ai passé pour un empêcheur de tourner en rond quand un type, au bar où j'étais, avança, pour démontrer l'incompétence de nos ingénieurs et constructeurs modernes, qu'il existait à Paris - à Paris ! - un pont datant de cent ans - cent ans ! - avant Jésus-Christ - avant Jésus-Christ ! - et qui était toujours praticable [alors que notre pont Champlain...] - J'ai été poli pourtant : je n'ai pas parler de son pont, mais du nombre de véhicules qui y circulaient depuis les dernières années sur nos routes, des poids lourds... - Vous savez ce qu'on m'a répondu ? Qu'on aurait dû le prévoir... - Et je suis sorti de là avec l'éternel image d'avoir été un bonhomme qui remet toujours tout en doute car, une autre chose que j'ai apprise avec l'âge :

Ce n'est pas parce que toute vérité n'est pas bonne à dire qu'il faut s'empêcher de la répandre, mais une simple contre-opinion, aussi fondée qu'elle puisse être, laisse toujours derrière elle une mauvaise odeur à ceux qui sont convaincus du contraire, et  une mauvaise odeur qu'ils attachent non pas à ce qu'on vient de leur dire, mais à celui qui vient de l'énoncer.

*

Critiqueux Popp ? Non : questionneux. Oui. - Je l'ai dit et répété cent fois. - Mais déjà le dire, c'est remettre en question le fait que je suis critiqueux.

Un exemple ? 

Le recyclage.

(Voir d'abord ma chronique du 2 avril 2018 «Légendes de vieilles bonnes femmes»).

Je ne suis pas contre, mais si je vous disais que le nombre de kilomètres carrés de forest en Amérique du nord est, aujourd'hui, supérieur à celui de 1900 ? Que le nombre de ces kilomètres carrés n'a cessé d'augmenter d'années en années depuis 1940 ? Que l'on coupe moins d'arbres annuellement aux États-Unis qu'on en plante, particulièrement dans le cas du bois franc. Et si j'ajoutais que le plastique, sous toutes ses formes est une matière très difficile à recycler à cause de la quantité inombrable de ses variétés ; qu'il faut, entre autres, deux bouteilles de plastique recyclées pour en fabriquer une autre ? - Ce sont là des statistiques facilement vérifiables. - Ajoutez à cela le coût du transport, du triage, de l'énergie pour fabriquer une nouvelle bouteille à partir de deux anciennes...

Tenez : je serais curieux de savoir ce qu'ont coûté les milliers (millions ?) de bacs - en plastique (ou sont-ils en caoutchouc ? Difficile à dire avec les matériaux non-recyclables, aujourd'hui.) - verts, bruns et autres - qu'ont retrouvent dans toutes les municipalités du Québec et qui servent à récupérer les matériaux dits «recyclabes», comme si le papier, entre autres, n'était pas composé de matières biodégradables.

Et puis, au lieu de renvoyer la balle aux utilisateurs en les faisant sentir coupables de ne pas se servir de ces bacs. pourquoi ne pas interdire la fabrication et la distribution de tous ces emballages qu'on retrouve dans les supermarchés ? - Les viandes, les poissons, jusqu'aux légumes (!) de ceux que je fréquente sont emballés dans des feuilles de plastique, déposés dans des contenants en simili-carton que je soupçonne être une variante d'une calamité qu'est le styrofoam(*).

(*) À propos du styrofoam, une matière qui est considérée comme la moins biodégradable de toutes les matières non-biogradables, je suis de l'avis de Gerge Carlin qui disait qu'il était arrogant pour l'homme de penser être en mesure de «sauver sa planète» ; que notre planète était là bien avant les microbes que nous sommes (à ses yeux) et qu'un jour, elle s'est dite que du styrofoam pourrait lui être utile et qu'elle a donc, jusqu'à aujourd'hui, toléré notre présence, sachant que nous allions, un jour ou l'autre, lui en fabriquer...

Question : vous êtes-vous déjà demandé si, aussi économique que soit le recyclage, pourquoi on ne vous paie pas pour rapporter vos emballages à l'endroit où on vous les a remis ? - Me semble qu'on devrait nous payer, nous, moi compris, qui faisons bien attention de séparer nes déchets en ce qui peut-être recyclé et ce qui ne peut pas l'être (selon des consignes qu'on nous a remis)... 

Exemple : est-ce normal que le bout de fil que  vous avez de besoin pour votre ordinateur soit emballé dans une bulle de plastique qu'il vous faudra un ouvre-boite ou une paire de ciseaux industrielles pour le récupérer et qu'à l'intérieur de cette bulle se trouve un bout de carton qui vous explique, en quatre couleurs, que c'est un bout de fil ?

Je demande parce qu'il semblerait aujourd'hui que la seule et unique matière recyclable ayant une certaine valeur soit celle de l'aluminium. Y'a des machines, partout, qui nous remettent de l'argent quand on les rapporte...

Et encore ! Je dit «recyclage». Que faut-il penser des téléphones qu'il est bon ton de changer à tous les ans ? Des pneus d'hiver imposés à des automobilistes qui ne prendront jamais leur voiture si une fraction d'un centimètre de neige est tombé au cours des précédents vingt-quatre heures ? Des boîtes de céréales dans lesquelles le contenu est enveloppé dans un sac ? Des livres qui, pour des raisons fiscales (subventions) sont imprimés en 1000 copies tout en sachant qu'on en vendra tout au plus une centaine ? 

Je m'arrête.

Comme je l'ai déjà cité : «Plus je vieillis, plus je m'aperçois que j'ai toujours eu raison et que les longues et fréquentes recherches que j'ai effectuées pour le démontrer m'ont fait perdre bien du temps.» (George Bernard Shaw)

***

142-2019-02-04

Sérieusement

On m'a demandé pour le nième fois l'autre jour, pourquoi je n'écrivais pas mes «mémoires»... euh... pas tout à fait : mes «souvenirs» ou quelque chose dans le genre de «comment j'ai rencontré untel ou "unetellle" [du domaine de la "célébrité"]»... «ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu, ce qui m'est arrivé au cours de mes "voyages" [sous-entendu : "nombreux"]»... ou même «comment la vie se déroulait dans les années 40, 50, 60...»... - Ma réponse demeure toujours la même : elle consiste en un haussement de l'épaule qui signifie : «Parce que je n'en vois tout simplement pas l'utilité.» - Ni pour moi, ni pour les autres. - Autre chose aussi : tant et aussi longtemps que ma vie aura un futur je vais m'abstenir de me réfugier dans un passé qui, à mes yeux, peut-être trop habitués à le revivre, me semble bien ordinaire.

C'est que je me suis toujours considéré - et je me considère encore aujourd'hui - comme un de ces milliers de commis-voyageurs qu'on rencontre dans les bars d'hôtel et qui n'ont rien à dire parce que leurs vies ressemblent à celles de tous leurs confrères ; qu'elles se limitent à croire qu'ils sont importants, que, sans eux, le monde serait sans dessus dessous et qu'ils n'ont jamais eu peur de leur boss.

La mienne n'a jamais été plus imagée ou remarquable outre le fait que je suis tombé en amour une fois, comme tout le monde ; que j'ai voyagé un peu, comme tout le monde et que j'ai eu ma part de succès et d'insuccès, comme tout le monde. Pavillon de banlieue compris.

«Mais vous avez beaucoup écrit» me dit-on régulièrement. C'est exact. Pour mieux apprendre à lire car si j'avais à résumer ce à quoi j'ai consacré la plupart de mes temps libres, compte tenu de mon manque flagrant d'entregent,  je n'aurais qu'un mot à dire : la lecture. - Plus précisément la littérature. Pas n'importe laquelle, mais celle qu'on considère l'unique, la grande, la vraie ; celle qui a guidé les écrivains de tous les temps et qu'on retrouve brillamment décrite par Proust dans Le Temps retrouvé (II,67) :

«[Celle qui nous permet] de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans l'avoir connue, et qui est tout simplement notre vie, la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie, par conséquent, réellement vécue, cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas "développés". »

Oh ! Je n'ai jamais prétendu avoir eu, ni même avoir tout à fait compris ce feu sacré qui a fait d'humbles scribouilleurs de grands écrivains et qui leur a permis de «développer leurs clichés», et d'en transmette des images ou «positifs» à leurs lecteurs en leur rappelant que  :

«... peut-être est-ce le néant qui est le vrai et tout notre rêve est-il inexistant, mais alors nous sentons qu'il faudra que ces phrases [que nous découvrons en lisant], ces notions qui existent par rapport à elles, ne soient rien non plus. Nous périrons, mais nous avons pour otages ces captives divines qui suivront notre chance. Et la mort avec elles a quelque chose de moins amer, de moins inglorieux, peut-être de moins probable.» (Proust encore : Sw. 11, 182.)

(Montherlant, l'anarchiste de droite (*), disait, pour sa part, qu'il avait connu le vrai bonheur le jour où on lui avait fait connaître la «révélation de l'art d'écrire», c'est-à-dire «la révélation de ce qu'il était». [Le 13e César - Oeuvre posthume - Gallimard, 1970]).

(*) Pierre Sipriot, Montherlant sans masque  I - L'enfant prodigue, Laffont, 1982.

Sauf que tout cela ne sont que des mots. - Très vite, j'ai réalisé que ce n'est pas en regardant les clichés des autres que les miens allaient émerger du néant...

Alors j'ai écrit.

Non pas pour publier, ni, surtout, pour gagner ma vie et certainement pas pour être connu, mais tout simplement pour mettre de l'ordre dans mes idées et m'en rappeler ; m'en rappeler pour leur donner une certaine continuité et, qui sait ? un certain sens.

Depuis mes premiers essais - oh ! il y a longtemps de cela... - je n'ai jamais cessé d'écrire parce qu'en plus, j'ai eu un énorme plaisir à constater à quel point une langue, qu'elle soit française, anglaise ou latine, pouvait exprimer des subtilités, lorsque écrite, des subtilités qu'elle ne pouvait pas exprimer autrement, même si, écrites (ces subtilités), parfois, il fallait les dire à voix haute.

C'est une chose que j'ai découverte ici et là, et qui m'a frappé encore il n'y a pas si longtemps en relisant Louis-Ferdinand Céline. Non pas son Voyage au bout de la nuit, mais son roman suivant, Mort à crédit. - Dès son premier chapitre. - Car si la langue que Céline y utilise semble être la même que dans son précédent roman (une pseudo-langue parlée), elle a, dans Mort à crédit quelque chose en plus : la présence en arrière-plan de celui qui l'a écrite, la présence de l'écrivain que fut Céline, celui qui se cachait derrière Bardamu dans le Voyage et qui, de phrases en phrases dans la Mort, devient celui qu'on lit. 

Mais laissons aux exégètes et aux rédacteurs de thèses se pencher sur ce point de vue qui en vaut bien d'autres.

Simon

P.-S. : «Pas pour publier ? - Mais que faites-vous alors dans le Castor™ ?» m'a-ton demandé. - Bonne question. -  J'y vérifie si mon écriture, si mes notes, sont en adéquation avec ce que je pense. - Je m'en aperçois quand les deux, trois lecteurs qui me lisent, me citent incorrectement ou qu'ils me reprochent d'avoir écrit ce que je ne pensais pas. - Et puis, pour écrire, il faut un cadre, un minimum de discipline, une certaine régularité.

* 

Plus sérieusement encore

« "The cat sat on the mat" is NOT a story.  
But "The cat sat on the dog's mat"           
is the BEGINNING of a story. »              
- John Le Carré

J'ai mis cette citation en exergue car elle me rappelle trop souvent - je mettrais volontiers, ici, un «hélas !» - que la plupart des lecteurs que je connais, sauf pour des raisons autres que le plaisir, préfèrent lire non pas pour «développer leurs clichés», mais tout simplement se faire raconter des histoires ; des histoires souvent déguisées en bulletins de nouvelles, en pseudo-essais, pseudo-biographies, en commentaires sur la politique, le sport ou les stars du moment et ainsi, lorsqu'ils prennent un livre entre leurs mains, réussissent, parfois difficilement, à en déchiffrer les mots, les phrases puis finalement les chapitres, ils oublient ce que certains écrivains ont essayé de leur communiquer et deviennent le personnage dont ils viennent de lire les aventures (ou mésaventures), se découvrent tout à coup le goût de faire de la voile ou, pire encore, se convainquent d'être devenus meilleurs parce qu'ils ont lu quelqu'un qui pensait comme eux.

«Les histoires peuvent se lirent de deux façons :  
on peut les lire en tant qu'histoires et on peut les
lire en
écoutant comment elles sont racontées.  »
- George B. Fielding

C'est ce qui explique, peut-être, les best sellers dont la vie moyenne est de quelques mois ou ces livres d'auteurs «dont la réputation n'est plus à faire», parce qu'on les voit de plus en plus à la télévision ou dont on a tiré un film de leur l'avant-dernier roman. 

Dans «Sesame and Lilies» (1865), John Ruskin dit des livres de ce genre que ce sont des «Hour books» ou des livres «qui aident à passer le temps» écrits pour ceux qui n'ont pas la patience d'approfondir leur univers. L'image qu'il utilise est celui du chercheur d'or ; qu'il faut à celui qui veut découvrir la véritable richesse de la littérature la même attitude que celui qui est à la recherche d'un trésor : une énorme détermination, une longue solitude et beaucoup de travail.

(Voir plus ou moins à ce propos mes commentaires sur le dernier roman de Michel Houellebecq dans la section «Lectures» de ce Castor™.)

*

J'ai, de toutes évidences, dû mal lire ou mal compris ce qu'on m'a enseigné à propos de la lecture car je suis convaincu que toutes les histoires qu'on retrouve dans les romans (en particulier) ne sont là que pour permettre à un écrivain d'exprimer des choses qui seraient d'un prodigieux ennui exprimées autrement. - Et cela, je n'ai jamais pu l'expliquer ou le faire comprendre, entre autres, aux grands lecteurs de romans d'amour, d'aventure ou issus de la «vraie vie» y compris les polars et, depuis quelques années, les romans d'espionnage. En bref : aux grands lecteurs d'histoires. 

Et l'on me demande pourquoi, aux histoires de Marcel Aymé, de Mérimée et la plupart de celles d'Henry James  (et de Maupassant - voilà : je l'ai nommé !), je préfère celles - si difficiles à lire ! - de Gide, de Proust ou de Joyce ou d'Oscar Wilde - Tiens, je l'avais oublié celui-là !) dont les messages sont sous-jacents, souvent en arrière-plan. --- Une parenthèse : de la phrase précédente, biffer le nom d'Henry James ! ---  C'est ce qui fait que, après avoir lu beaucoup d'histoires, car j'ai lu beaucoup d'autres choses que Wittgenstein ou Teilhard de Chardin, je préfère le personnage de Sherlock Holmes à celui d'Hercule Poirot, celui de George Smiley à celui de James Bond.

           
Holmes                      Poirot                    Smiley                Bond

Autre chose que j'ai notée, surtout avec l'âge, c'est que,  quand je lis des histoires, il m'arrive rarement d'imaginer les personnages, les scènes ou endroits où ces histoires se déroulent. Je lis des mots, des phrases, m'arrêtant, comme il se doit, aux signes de ponctuation et aux coupures qui engendrent des paragraphes. - Je lis des pensées ;  les pensées de celui qui s'est servi  de ces phrases, de ces signes de ponctuation et de ces coupures, pour exprimer ses idées ou, plus précisément, sa vision du monde. Mais je peux comprendre qu'on puisse en écrire de ces histoires. Je le comprends d'autant plus qu'en en relisant, sachant ce à quoi leurs auteurs ont voulu en venir, je ne peux faire autrement que constater et admirer à quel point ils s'en sont servis pour révéler ce qu'ils n'auraient pas pu faire autrement Ainsi : 

La science de la déduction ne saurait avoir été mieux expliquée que par Sherlock Holmes (quoi que dans son cas, il aurait peut-être mieux valu qu'on parle d'induction). - L'influence du temps et les intermittences du coeur, traités psychologiquement, auraient été très pénibles à lire sans l'immense fresque qu'est À la recherche du Temps perdu. - Quant aux ducs et duchesses que l'on retrouve dans Saint-Simon, n'est-il pas raisonnable de penser qu'ils n'ont rien à voir avec ce que Saint-Simon a bien voulu nous communiquer ? - Et que serait Shakespeare que je considère, comme Copernique, le plus grand écrivain de tous les temps, que serait-il sans ses personnages ?

Aymé Mérimée James Maupassant Joyce Le Carré

*

Ce qui m'amène - je ne sais plus exactement pourquoi - à parler des genres, des styles et des techniques utilisés par les écrivains qui ont un certain message à transmettre :

Les genres sont connus. Certains écrivains se sont servi de dialogues (théâtre), d'autres de récits divers (romans, nouvelles, contes), d'autres de la poésie (chansons, ballades, sonnets...) et d'autres encore d'un autre genre dit biographique ou autobiographique. On peut même ajouter à ces genres, les fables, les confessions et même les maximes...  - Et à l'intérieur de ces genres littéraires, on retrouve des variantes à l'infini. Qui n'a jamais entendu parler du théâtre de l'absurde, du roman épistolaire ou des poèmes en prose... ?

Le style est souvent confondu avec les genres.  Il peut être discontinu (courtes phrases successives), complexe (longues phrases qui s'emboîtent les unes dans les autres) ; il peut être oratoire, affectif (émotif), rhétorique... et peut être même constitué uniquement de dialogues (théâtre), de descriptions à la première personne ou de descriptions par une personne omniprésente qui peut successivement pénétrer dans les pensées de différents personnages ; et ainsi de suite.

C'est dans la technique que je me suis plu le plus souvent à repérer ce qu'un auteur a essayé de me faire comprendre ou de me décrire - je le répète - sa vision du monde ;  mais quels efforts j'ai dû faire pour m'adapter à différentes manifestations de cette technique ; à celle de Balzac, par exemple, qui s'est adressé régulièrement à «son» lecteur ; à celle de Céline qui a utilisé une pseudo-langue orale pour son «Voyage au bout de la nuit» ; ou au «stream of consciousness» de James Joyce et de Virginia Woolf qui s'en sont délibérément servi pour rédiger, en partie dans le cas de Joyce et presque exclusivement dans le cas de Madame Woolf, l'un, dans son «Ulysse» et l'autre, dans son «Mrs. Dalloway», ayant auparavant trouvé presque parfaits leur «The Dead» et leur «A Room of One's Own» qui, curieusement, dans le cas de Madame Woolf, a été écrit quatre ans plus tard, sauf que son origine était plutôt une conférence qu'une chose qu'on devait lire.


Virginia Woolf

Ma conception de la littérature ? 

Vous la trouverez dans une page non signée que je soupçonne avoir été écrite par le Professeur il y a plusieurs années et qui est à la base du site dans lequel le Castor™ est publié, Cette page que la direction m'a autorisé à reproduire dans cette édition, vous la trouverez dans la section «Extrait du mois» ci-dessous. - Elle s'intitule, je n'ai aucune idée pourquoi, «Ailleurs», mais je peux vous affirmer que tous ceux qui participent à ce site en ont adopté les principes.

     (Note de l'éditeur : On peut la retrouver, telle que publiée à l'origine, en cliquant ICI.)

Par modestie, sans doute le Professeur a tenu, contre la règle essentielle derrière ces principes et qui y est décrite que cette page ne soit jamais reliée directement ou indirectement à d'autres et qu'aucun lien ne mène vers elle. - Vous comprendrez ce que je viens de dire quand vous en aurez pris connaissance.

Pour le moment, je ne peux ajouter qu'une chose... euh... deux :

Si j'écris, c'est pour mieux comprendre ce que je lis.

et

Si je lis, c'est pour mieux comprendre qui je suis.

Et pour cela, je n'ai, à ce jour, pas trouvé d'autres moyens que celui de chercher à comprendre ce que les autres m'ont dit de leurs univers.

*

Finalement, à ceux qui me reprochent souvent de changer d'idée ou, pire encore, de me répéter continuellement, je tiens à les référer à une chronique que j'ai écrite en avril 2016 - il y aura bientôt trois ans - et qui s'intitulait «Écrire». Elle se trouve au numéro 109 de la page suivante : popp_011.htm.

Simon

P.-S. : Un livre à lire  à ceux qui ont trouvé ce que je viens d'écrire sur les techniques littéraires non pas génial mais intéressant : «Proust's Narrative Techniques» de B. G. Rogers publié par la Librairie Droz de  Genève (1965), cette librairie-éditeur qui me fait souvent penser à José Corti de Paris. - Les libraires m'auront compris ! - Excellent livre sur les techniques littéraires sauf que l'auteur se limite à celles relatives aux récits contenus dans À la recherche et non à l'ensemble écrit selon une méga-technique.

*

And more of the same :

Évidemment, tout ce qui précède, y compris la page précitée, se rapporte à une certaine définition de la littérature. On est loin de la «littérature engagée» de Sartre (Qu'est-ce que la littérature ? - Gallimard, 1948) dans lequel il est catégorique sur un point : qu'«Écrire n’est pas peindre, écrire n’est pas composer de la musique. En effet, contrairement au peintre ou au musicien qui se contentent de présenter les choses et de laisser le spectateur y voir ce qu’il veut, l’écrivain, lui, peut guider son lecteur.» - On est loin également de l'écriture «automatique» à la Robert Desnos où l'écrivain lui-même ne contrôle pas sa plume. - Ni entre les deux d'ailleurs.

J'ai dit «définition». J'aurais peut-être dû utiliser le mot «conception» ou celui de «perception» dans le sens de «ce en quoi consiste la littérature» pour quelqu'un qui la considère comme un art, un mot qui exige, lui aussi, une définition. 

Proposons celle-ci : 

«L'art [la littérature ou l'art d'écrire] est une façon de décrire le monde destinée à produire chez l'homme un état particulier de sensibilité et des idées lui permettant d'en saisir, sinon le sens, du moins un point de vue différent de celui qu'un  examen superficiel  lui renvoit.»

*

Cela étant dit... Garçon ! Un double. Sur des glaçons !

Simon

***

142-2019-02-04

Sérieusement

On m'a demandé pour le nième fois l'autre jour, pourquoi je n'écrivais pas mes «mémoires»... euh... pas tout à fait : mes «souvenirs» ou quelque chose dans le genre de «comment j'ai rencontré untel ou "unetellle" [du domaine de la "célébrité"]»... «ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu, ce qui m'est arrivé au cours de mes "voyages" [sous-entendu : "nombreux"]»... ou même «comment la vie se déroulait dans les années 40, 50, 60...»... - Ma réponse demeure toujours la même : elle consiste en un haussement de l'épaule qui signifie : «Parce que je n'en vois tout simplement pas l'utilité.» - Ni pour moi, ni pour les autres. - Autre chose aussi : tant et aussi longtemps que ma vie aura un futur je vais m'abstenir de me réfugier dans un passé qui, à mes yeux, peut-être trop habitués à le revivre, me semble bien ordinaire.

C'est que je me suis toujours considéré - et je me considère encore aujourd'hui - comme un de ces milliers de commis-voyageurs qu'on rencontre dans les bars d'hôtel et qui n'ont rien à dire parce que leurs vies ressemblent à celles de tous leurs confrères ; qu'elles se limitent à croire qu'ils sont importants, que, sans eux, le monde serait sans dessus dessous et qu'ils n'ont jamais eu peur de leur boss.

La mienne n'a jamais été plus imagée ou remarquable outre le fait que je suis tombé en amour une fois, comme tout le monde ; que j'ai voyagé un peu, comme tout le monde et que j'ai eu ma part de succès et d'insuccès, comme tout le monde. Pavillon de banlieue compris.

«Mais vous avez beaucoup écrit» me dit-on régulièrement. C'est exact. Pour mieux apprendre à lire car si j'avais à résumer ce à quoi j'ai consacré la plupart de mes temps libres, compte tenu de mon manque flagrant d'entregent,  je n'aurais qu'un mot à dire : la lecture. - Plus précisément la littérature. Pas n'importe laquelle, mais celle qu'on considère l'unique, la grande, la vraie ; celle qui a guidé les écrivains de tous les temps et qu'on retrouve brillamment décrite par Proust dans Le Temps retrouvé (II,67) :

«[Celle qui nous permet] de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans l'avoir connue, et qui est tout simplement notre vie, la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie, par conséquent, réellement vécue, cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas "développés". »

Oh ! Je n'ai jamais prétendu avoir eu, ni même avoir tout à fait compris ce feu sacré qui a fait d'humbles scribouilleurs de grands écrivains et qui leur a permis de «développer leurs clichés», et d'en transmette des images ou «positifs» à leurs lecteurs en leur rappelant que  :

«... peut-être est-ce le néant qui est le vrai et tout notre rêve est-il inexistant, mais alors nous sentons qu'il faudra que ces phrases [que nous découvrons en lisant], ces notions qui existent par rapport à elles, ne soient rien non plus. Nous périrons, mais nous avons pour otages ces captives divines qui suivront notre chance. Et la mort avec elles a quelque chose de moins amer, de moins inglorieux, peut-être de moins probable.» (Proust encore : Sw. 11, 182.)

(Montherlant, l'anarchiste de droite (*), disait, pour sa part, qu'il avait connu le vrai bonheur le jour où on lui avait fait connaître la «révélation de l'art d'écrire», c'est-à-dire «la révélation de ce qu'il était». [Le 13e César - Oeuvre posthume - Gallimard, 1970]).

(*) Pierre Sipriot, Montherlant sans masque  I - L'enfant prodigue, Laffont, 1982.

Sauf que tout cela ne sont que des mots. - Très vite, j'ai réalisé que ce n'est pas en regardant les clichés des autres que les miens allaient émerger du néant...

Alors j'ai écrit.

Non pas pour publier, ni, surtout, pour gagner ma vie et certainement pas pour être connu, mais tout simplement pour mettre de l'ordre dans mes idées et m'en rappeler ; m'en rappeler pour leur donner une certaine continuité et, qui sait ? un certain sens.

Depuis mes premiers essais - oh ! il y a longtemps de cela... - je n'ai jamais cessé d'écrire parce qu'en plus, j'ai eu un énorme plaisir à constater à quel point une langue, qu'elle soit française, anglaise ou latine, pouvait exprimer des subtilités, lorsque écrite, des subtilités qu'elle ne pouvait pas exprimer autrement, même si, écrites (ces subtilités), parfois, il fallait les dire à voix haute.

C'est une chose que j'ai découverte ici et là, et qui m'a frappé encore il n'y a pas si longtemps en lisant Louis-Ferdinand Céline. Non pas son Voyage au bout de la nuit, mais son roman suivant, Mort à crédit. - Dès son premier chapitre. - Car si la langue que Céline y utilise semble être la même que dans son précédent roman (une pseudo-langue parlée), elle a, dans Mort à crédit quelque chose en plus : la présence en arrière-plan de celui qui l'a écrite, la présence de l'écrivain que fut Céline, celui qui se cachait derrière Bardamu dans le Voyage et qui, de phrases en phrases dans la Mort, devient celui qu'on lit. 

Mais laissons aux exégètes et aux rédacteurs de thèses se pencher sur ce point de vue qui en vaut bien d'autres.

Simon

P.-S. : «Pas pour publier ? - Mais que faites-vous alors dans le Castor™ ?» m'a-ton demandé. - Bonne question. -  J'y vérifie si mon écriture, si mes notes, sont en adéquation avec ce que je pense. - Je m'en aperçois quand les deux, trois lecteurs qui me lisent, me citent incorrectement ou qu'ils me reprochent d'avoir écrit ce que je ne pensais pas. - Et puis, pour écrire, il faut un cadre, un minimum de discipline, une certaine régularité.

* 

Plus sérieusement encore

« "The cat sat on the mat" is NOT a story.  
But "The cat sat on the dog's mat"           
is the BEGINNING of a story. »              
- John Le Carré

J'ai mis cette citation en exergue car elle me rappelle trop souvent - je mettrais volontiers, ici, un «hélas !» - que la plupart des gens que je connais, sauf pour des raisons autres que le plaisir, préfèrent lire non pas pour «développer leurs clichés», mais tout simplement se faire raconter des histoires ; des histoires souvent déguisées en bulletins de nouvelles, en pseudo-essais, pseudo-biographies, en commentaires sur la politique, le sport ou les stars du moment et ainsi, lorsqu'ils prennent un livre entre leurs mains, réussissent, parfois difficilement, à en déchiffrer les mots, les phrases puis finalement les chapitres, ils oublient ce que certains écrivains ont essayé de leur communiquer et deviennent le personnage dont ils viennent de lire les aventures (ou mésaventures), se découvrent tout à coup le goût de faire de la voile ou, pire encore, se convainquent d'être devenus meilleurs parce qu'ils ont lu quelqu'un qui pensait comme eux.

«Les histoires peuvent se lirent de deux façons :  
on peut les lire en tant qu'histoires et on peut les
lire en
écoutant comment elles sont racontées. »
- George B. Fielding

C'est ce qui explique, peut-être, les best sellers dont la vie moyenne est de quelques mois ou ces livres d'auteurs «dont la réputation n'est plus à faire», parce qu'on les voit de plus en plus à la télévision ou dont on a tiré un film de leur l'avant-dernier roman. 

Dans «Sesame and Lilies» (1865), John Ruskin dit des livres de ce genre que ce sont des «Hour books» ou des livres «qui aident à passer le temps» écrits pour ceux qui n'ont pas la patience d'approfondir leur univers. L'image qu'il utilise est celui du chercheur d'or ; qu'il faut à celui qui veut découvrir la véritable richesse de la littérature la même attitude que celui qui est à la recherche d'un trésor : une énorme détermination, une longue solitude et beaucoup de travail.

(Voir plus ou moins à ce propos mes commentaires sur le dernier roman de Michel Houellebecq dans la section «Lectures» de ce Castor™.)

*

J'ai, de toutes évidences, dû mal lire ou mal compris ce qu'on m'a enseigné à propos de la lecture car je suis convaincu que toutes les histoires qu'on retrouve dans les romans (en particulier) ne sont là que pour permettre à un écrivain d'exprimer des choses qui seraient d'un prodigieux ennui exprimées autrement. - Et cela, je n'ai jamais pu l'expliquer ou le faire comprendre, entre autres, aux grands lecteurs de romans d'amour, d'aventure ou issus de la «vraie vie» y compris les polars et, depuis quelques années, les romans d'espionnage. En bref : aux grands lecteurs d'histoires. 

Et l'on me demande pourquoi, aux histoires de Marcel Aymé, de Mérimée et la plupart de celles d'Henry James  (et de Maupassant - voilà : je l'ai nommé !), je préfère celles - si difficiles à lire ! - de Gide, de Proust ou de Joyce ou d'Oscar Wilde - Tiens, je l'avais oublié celui-là !) dont les messages sont sous-jacents, souvent en arrière-plan. --- Une parenthèse : de la phrase précédente, biffer le nom d'Henry James ! ---  C'est ce qui fait que, après avoir lu beaucoup d'histoires, car j'ai lu beaucoup d'autres choses que Wittgenstein ou Teilhard de Chardin, je préfère le personnage de Sherlock Holmes à celui d'Hercule Poirot, celui de George Smiley à celui de James Bond.

           
Holmes                      Poirot                    Smiley                Bond

Autre chose que j'ai notée, surtout avec l'âge, c'est que,  quand je lis des histoires, il m'arrive rarement d'imaginer les personnages, les scènes ou endroits où ces histoires se déroulent. Je lis des mots, des phrases, m'arrêtant, comme il se doit, aux signes de ponctuation et aux coupures qui engendrent des paragraphes. - Je lis des pensées ;  les pensées de celui qui s'est servi  de ces phrases, de ces signes de ponctuation et de ces coupures, pour exprimer ses idées ou, plus précisément, sa vision du monde. Mais je peux comprendre qu'on puisse en écrire de ces histoires. Je le comprends d'autant plus qu'en en relisant, sachant ce à quoi leurs auteurs ont voulu en venir, je ne peux faire autrement que constater et admirer à quel point ils s'en sont servis pour révéler ce qu'ils n'auraient pas pu faire autrement Ainsi : 

La science de la déduction ne saurait avoir été mieux expliquée que par Sherlock Holmes (quoi que dans son cas, il aurait peut-être mieux valu qu'on parle d'induction). - L'influence du temps et les intermittences du coeur, traités psychologiquement, auraient été très pénibles à lire sans l'immense fresque qu'est À la recherche du Temps perdu. - Quant aux ducs et duchesses que l'on retrouve dans Saint-Simon, n'est-il pas raisonnable de penser qu'ils n'ont rien à voir avec ce que Saint-Simon a bien voulu nous communiquer ? - Et que serait Shakespeare que je considère, comme Copernique, le plus grand écrivain de tous les temps, que serait-il sans ses personnages ?

Aymé Mérimée James Maupassant Joyce Le Carré

*

Ce qui m'amène - je ne sais plus exactement pourquoi - à parler des genres, des styles et des techniques utilisés par les écrivains qui ont un certain message à transmettre :

Les genres sont connus. Certains écrivains se sont servi de dialogues (théâtre), d'autres de récits divers (romans, nouvelles, contes), d'autres de la poésie (chansons, ballades, sonnets...) et d'autres encore d'un autre genre dit biographique ou autobiographique. On peut même ajouter à ces genres, les fables, les confessions et même les maximes...  - Et à l'intérieur de ces genres littéraires, on retrouve des variantes à l'infini. Qui n'a jamais entendu parler du théâtre de l'absurde, du roman épistolaire ou des poèmes en prose... ?

Le style est souvent confondu avec les genres.  Il peut être discontinu (courtes phrases successives), complexe (longues phrases qui s'emboîtent les unes dans les autres) ; il peut être oratoire, affectif (émotif), rhétorique... et peut être même constitué uniquement de dialogues (théâtre), de descriptions à la première personne ou de descriptions par une personne omniprésente qui peut successivement pénétrer dans les pensées de différents personnages ; et ainsi de suite.

C'est dans la technique que je me suis plu le plus souvent à repérer ce qu'un auteur a essayé de me faire comprendre ou me décrire - je le répète - sa vision du monde ;  mais quels efforts j'ai dû faire pour m'adapter à différentes manifestations de cette technique ; à celle de Balzac, par exemple, qui s'est adressé régulièrement à «son» lecteur ; à celle de Céline qui a utilisé une pseudo-langue orale pour son «Voyage au bout de la nuit» ; ou au «stream of consciousness» de James Joyce et de Virginia Woolf qui s'en sont délibérément servi pour rédiger, en partie dans le cas de Joyce et presque exclusivement dans le cas de Madame Woolf, l'un, dans son «Ulysse» et l'autre, dans son «Mrs. Dalloway» ayant auparavant trouvé presque parfaits leur «The Dead» et leur «A Room of One's Own» qui, curieusement, dans le cas de Madame Woolf, a été écrit quatre ans plus tard, sauf que son origine était plutôt une conférence qu'une chose qu'on devait lire.


Virginia Woolf

Ma conception de la littérature ? 

Vous la trouverez dans une page non signée que je soupçonne avoir été écrite par le Professeur il y a plusieurs années et qui est à la base du site dans lequel le Castor™ est publié, Cette page que la direction m'a autorisé à reproduire dans cette édition, vous la trouverez dans la section «Extrait du mois» ci-dessous. - Elle s'intitule, je n'ai aucune idée pourquoi, «Ailleurs», mais je peux vous affirmer que tous ceux qui participent à ce site en ont adopté les principes.

Par modestie, sans doute le Professeur a tenu, contre la règle essentielle derrière ces principes et qui y est décrite que cette page ne soit jamais reliée directement ou indirectement à d'autres et qu'aucun lien ne mène vers elle. - Vous comprendrez ce que je viens de dire quand vous en aurez pris connaissance.

Note : Exceptionnellement, la section «Extrait du mois» a été déplacée dans ce numéro, immédiatement après cette chronique.

Pour le moment, je ne peux ajouter qu'une chose... euh... deux :

Si j'écris, c'est pour mieux comprendre ce que je lis.

et

Si je lis, c'est pour mieux comprendre qui je suis.

Et pour cela, je n'ai, à ce jour, pas trouvé d'autres moyens que celui de chercher à comprendre ce que les autres m'ont dit de leurs univers.

*

Finalement, à ceux qui me reprochent souvent de changer d'idée ou, pire encore, de me répéter continuellement, je tiens à les référer à une chronique que j'ai écrite en avril 2016 - il y aura bientôt trois ans - et qui s'intitulait «Écrire». Elle se trouve au numéro 109 de la page suivante : popp_011.htm.

Simon

P.-S. : Un livre à lire  à ceux qui ont trouvé ce que je viens d'écrire sur les techniques littéraires non pas génial mais intéressant : «Proust's Narrative Techniques» de B. G. Rogers publié par la Librairie Droz de  Genève (1965), cette librairie-éditeur qui me fait souvent penser à José Corti de Paris. - Les libraires m'auront compris ! - Excellent livre sur les techniques littéraires sauf que l'auteur se limite à celles relatives aux récits contenus dans À la recherche et non à l'ensemble écrit selon une méga-technique.

*

And more of the same :

Évidemment, tout ce qui précède, y compris la page précitée, se rapporte à une certaine définition de la littérature. On est loin de la «littérature engagée» de Sartre (Qu'est-ce que la littérature ? - Gallimard, 1948) dans lequel il est catégorique sur un point : qu'«Écrire n’est pas peindre, écrire n’est pas composer de la musique. En effet, contrairement au peintre ou au musicien qui se contentent de présenter les choses et de laisser le spectateur y voir ce qu’il veut, l’écrivain, lui, peut guider son lecteur.» - On est loin également de l'écriture «automatique» à la Robert Desnos où l'écrivain lui-même ne contrôle pas sa plume. - Ni entre les deux d'ailleurs.

J'ai dit «définition». J'aurais peut-être dû utiliser le mot «conception» ou celui de «perception» dans le sens de «ce en quoi consiste la littérature» pour quelqu'un qui la considère comme un art, un mot qui exige, lui aussi, une définition. 

Proposons celle-ci : 

«L'art est une façon de décrire le monde destinée à produire chez l'homme un état particulier de sensibilité et des idées lui permettant d'en saisir, sinon le sens, du moins un point de vue différent de celui qu'un  examen superficiel  lui renvoit.»

*

Cela étant dit... Garçon ! Un double. Sur des glaçons !

Simon

***

143-2019-03-04

Misogyne, moi ? 

«C'est sûr, c'est sûr...», comme disait mon ex-confesseur (un jésuite). Ce qui avait l'air d'être bien content.

Entendons-nous d'abord sur la définition du mot «misogyne» :

«Misogyne (du grec ancien μῖσος / mîsos, "haine" ; et du préfixe gyno-, "femme, femelle") : personne qui a un sentiment de mépris ou d'hostilité à l'égard des femmes motivé par leur sexe biologique.» 

En fouillant un peu, on peut lire dans certains dictionnaires, dans le plus pur des styles académiques, que : 

«La misogynie] peut se manifester par des comportements violents de nature verbale, physique ou sexuelle, pouvant dans des cas extrêmes aller jusqu’au meurtre. La misogynie peut se manifester au sein des deux genres (hommes et femmes). Le terme est sémantiquement antonymique à celui de misandrie (sentiment de mépris ou d'hostilité à l'égard d'un ou des hommes). Dans certaines analyses féministes, la misogynie s’inscrirait dans un contexte d’oppression systémique et patriarcal.»

Ce que je comprends de ces définitions (qui me semblent toutes avoir été rédigées par des hommes de loi) me pousse à dire ceci :

Quand on me traite de misogyne, il m'arrive plus souvent qu'autrement de penser aux pamphlets de Céline pour me convaincre qu'il était aussi antisémiste que je suis misogyne. 

Je ne connais pas assez Céline pour savoir s'il était vraiment anti-juif. J'en doute. Contre la stupidité humaine, oui, et de là, j'en ai conclu il y a longtemps que dans tous ses écrits, particulièrement dans ses si peu connus pamphlets, il a tenté, à la manière de Lautréamont, de décrire l'humanité de façon si demesurée qu'on finirait par la trouver grotesque au point d'oublier qu'elle manifeste souvent une certaine grandeur ; sauf qu'il a oublié de faire surgir de ses - encore une fois - si peu connus pamphlets les icônes que l'on voit apparaître à la fin de l'Andrei Rublev de Tarkovsky. Pensez-y un moment : est-ce que Hitler et sa bande auraient pu avoir accès au pouvoir en distribuant avant d'être démocratiquement élus des écrits comme ceux de Céline ?

Que je lance à l'occasion des flèches - très peu vénimeuses - vers la gente féminine (elle nous en lance tout autant et de la même variété - quoi ? il faut savoir rire de soi), je ne les lance jamais pour les blesser ; je m'adresse indirectement, je crois, à leur vanité - qu'est-ce que je dis là ! - au plutôt système d'auto-défense qu'elles adoptent trop souvent vis-à-vis la moindre remarque ; ce qui me laisse supposer que'elles sont convaincues que mes flèches sont de la même catégorie que les véritables attaques anti-femmes de, par exemple, ceux qui veulent, au XXe siècle, leur interdire, dans certains pays ou certaines régions, le droit de vote ou, pire encore, le droit à l'avortement - ou encore pire : dans ces milieux où leur statut est celui d'esclaves.

Mesdames, je n'aurais aucune difficulté à rédiger des libelles diffamatoires ni de subtils diatribes contre votre sexe. Je n'aurais qu'à répéter ce que j'entends autour de moi depuis toujours, de la blague la plus innocente aux réquisitoires les plus acerbes qu'on formule sur votre compte. - Ne me faudrait même pas tremper ma plume dans du vitriol ; entre l'encrier et mon papier, dix remontrances me viendraient à l'esprit. L'homme, règle générale, est petit et mesquin, mais surtout craintif. Il a peur de ce qu'il ne connaît pas.

Une fois, j'ai failli perdre pied devant une de vos représentantes qui ne m'a pas laissé terminer ma phrase quand j'ai commencé à dire que vous n'étiez pas égales aux hommes. Elle n'a pas entendu la fin : que vous étiez mieux... enfin... que les hommes, de plusieurs façons vous étaient inférieurs.

D'abord, ils vivent moins longtemps. ce qui prouve qu'ils n'ont pas votre résistance. - Puis ils s'intéressent plus aux choses qu'à leurs prochains. ce qui explique peut-être le fait qu'il y a plus d'ingénieus masculins que féminins (J'exagère, je sais, mais soyez indulgentes.) - Ils sont, justement, moins indulgents. - La rancoeur, en ce sens, devrait être un nom masculin tout comme la vengeance - Ils ont plus de difficultés à supporter la douleur, la perte d'un être cher, les insultes, les accusations sans fondement et que sais-je d'autres ? - Tenez : je vois mal un homme accoucher ou se faire violer et s'en remettre. - Est-ce assez ?

Je peux en ajouter :

Le mensonge, la perfidie, l'hypocrisie, la scélératesse, la tromperie vous sont plus difficiles. Sauf quand vous aimez. Alors là...

Mais bout de bon dieu ce que vous pouvez aimer ! - Mieux que nous, ça c'est certain.

Et, entre vous et moi, les femmes sont plus belles que le plus beau des hommes. 

*

Tiens, tiens...

Je viens d'apprendre que les remarques que j'ai formulées sur l'éducationnement et l'ignoranteté qui devaient être insérées ici m'ont été refusées. - Une petite note accompagnant ce refus se lisait : «Trop brèves, pas de conclusion, que des ouï-dire...».

Paraît que j'y laissais sous-entendre que les parents d'aujourd'hui n'éduquaient plus leurs enfants. C'est faux : je parlais de mes parents et des parents de mes parents.

Quoiqu'il en soit, je vais reprendre le tout et la version modifiée, augmentée, corrigée et moins ouï-diresque fera l'objet de remarques plus précises et dont auxquelles je parlerai de, dans le prochain Castor™ ; sauf que j'avais prévu y parler de la solitude.

Tant pis, ça vous fera plus de choses à lire. En attendant, voici :

*

D'autres fonds de tiroir

  • J'hésite beaucoup à donner de l'argent aux mendiants qu'on rencontre de plus en plus dans les rues des grandes villes. - Dieu sait ce qu'ils feront de mon aumône. Dans le lot, je suis certain qu'il y en a qui l'utiliseront pour faire imprimer leur CV et se trouver un emploi, privant ainsi un fils d'une bonne famille d'une source de revenus qui lui était destinée.

  • La question qui m'inquiète en ce moment, ce n'est pas pourquoi certains perdent leurs emplois, mais pourquoi ceux qui en ont les conservent.

  • Pour une raison que j'ignore, j'ai toujours pensé que si je je prenais un livre d'introduction à n'importe quelle science, je pourrais, petit à petit, en lisant les livres subséquents finir par apprendre tout, par exemples, sur les mathématiques supérieures, la physique nucléaire ou la cosmologie, jusqu'à ce j'entende Richard Feynman dire que quiconque s'imaginait comprendre la mécanique quantique ne comprenait pas la mécanique quantique.

  •  Du temps où je vivais dan un appartement dans le centre-ville, j'avais quatre murs tapissés de bibliothèque où s'entassaient, classés par éditeurs, ce qui me restait de volumes après cinq ou six élagages, les disques vinyles et 78 tours ayant, depuis longtemps quant à eux, été ou donnés ou échangés contre de retentisantses notes de bar et de restaurant. Un pan de mur ou presque servait uniquement pour les disques compacts et les partitions. Un classeur, trois bureaux, divers fauteuils, lampes, armoires, tables, guéridons, lampes et un buffet complétaient le reste. Un lit naturellement et des armoires mais pourquoi les mentionner ?

    Classés par éditeurs, mes livres ? Oui, parce que chacun semble avoir adopté un ou deux formats qui rendent la hauteur des étagères plus faciles à ajuster.

    Et trois bureaux ? Parce que. - Pour la même raison qu'il faut quatre oeufs à une femme menstruée (voir mon texte sur ls misoygie ci-dessus) pour faire une omelette. PARCE QUE ÇA PREND QUATRE OEUFS !

(Voir ma chronique précédente sur la misogynie.)

À suivre...

Simon

***

144-2019-04-01

Une, deux, trois

Mes chroniques, aujourd'hui, sont au nombre de trois auxquelles j'ai ajouté, dans ce qui est devenu un fourre-tout, d'autres capitalissimes réflexions que j'accumule dans un symbolique fond de tiroir. Un seul ennui : on m'a imposé pour deux de ces chroniques des thèmes à propos desquels je n'ai, à toutes fins utiles, aucune connaissance, ce qui n'a pas posé trop de problèmes à mon éblouissante imagination car, plutôt que de consulter à droite et à gauce, et être ainsi obligé de me faire une idée, j'ai décidé tout simplement de me servir de ces deux occasions pour aligner dans un délirant optimisme des questions en espérant que ceux qui connaissent ce dont j'avais à parler désireraient y répondre.

Le premier de ces énigmatiques thèmes est celui de la solitude sur lequel je dois avouer que je ne connais que ce qu'on m'en a dit ou ce que j'ai appris en écoutant quelques chansons.

Le deuxième est celui de l'éducation ou des systèmes d'éducation que je persiste, parce qu'ils me semblent si mauvais, à appeler des systèmes d'éducationnement, un mot qui rime étrangement avec le mot enrôlement.

Le toisième m'est venu spontanément à l'esprit après avoir lu un texte sur le refus ou l'acceptation d'André Gide au Québec et ce dans le cadre d'un immense plongeon que j'ai fait depuis quelques semaines dans les écrits de cet auteur dont - autant vous le dire tout de suite - j'ai toujours admiré la langue mais pas les opinions. Ni le style de vie. - J'en reparle d'ailleurs dans la section «Notes de lecture» du présent Castor™. 

Alors...

Si on ne vous l'a pas encore dit :

Bonne lecture !

Simon

*

La solitude

Mon correspondant, toujours le même, celui qui habite en face du Parc Lafontaine à Montréal, nous a demandé, à nous du Castor™, il y a un temps de cela, de lui parler de, semble-t-il, un mal qui se répand de plus en plus dans nos grandes villes, d'où cette prolifération de quartiers artificiels, d'immeubles de rapport «au caractère unique», d'«oasis au coeur de la ville» et surtout de maisons de retraite où il faut bon de se retrouver entouré de gens de sa génération... - De la solitude, quoi.

Deux chansons me sont revenues en tête quand j'ai finalement eu le temps de penser à cette affreuse période de la vie où, apparemment, l'on se retrouve, comme la grand-mère de Proust, «bien seul». La première est évidemment, le cri lancé par Léo Ferré dans les années soixante-dix, à un moment où il s'est  cru plus génial que génial et qui ne mérite pas d'être cité. La deuxième, sans être, une panacée fournit à ceux qui ne sont pas encore seuls une lueur d'espoir. Elle est de Moustaki (Georges) :

Pour avoir si souvent dormi
Avec ma solitude
Je m'en suis fait presque une amie
Une douce habitude
Elle ne me quitte pas d'un pas
Fidèle comme une ombre
Elle m'a suivi çà et là
Aux quatre coins du monde

Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude...

 
Georges Moustaki

J'ai dit «lueur d'espoir» car si je me fie à ce que je vois autour de moi, il semblerait que la solitude accompagne irrémédiablement ce temps alloué à un homme ou une femme, à l'automne de leurs jours, où il leur est enfin permis de faire ce dont ils ont rêvé pendant des années sauf que, et c'est là une chose que j'ai remarqué trop souvent, notamment chez mes collègues, rares sont ceux qui, lors de leur retraite, ont donné suite aux engagements qu'ils ont pris envers eux-mêmes de voyager, lire, aller au théâtre ou même s'adonner au jardinage ou à une certaine activité pédestre dans des sentiers boisés. La plupart finissent par ne rien faire du tout sauf se plaindre que le temps passe trop vite, ce temps qu'il disperse dans une routine quotidienne qui consiste à se lever, manger, regarder la télé (chaîne météo) et s'endormir après avoir maugréer contre les taxes, la politique et le nombre croissants des catastrophes que l'on diffuse tous les soirs lors d'un ultime bulletin de nouvelles.

Remarquez que ce n'est pas mauvais comme style de vie. C'est quand même, mieux, à mon avis, que ces activités pour gens du troisième âge, activités gratuites, mais moyennant un léger supplément, qu'on affiche sur les babillards des résidences de gens qui n'ont pas encore appris qu'il n'y en a pas de quatrième âge : visite de l'Oratoire, danses en ligne, cours de macramé, conférences sur l'alimentation, gymnastique pour aînés... autrement dit - et c'est là le comble de l'horreur - à se désennuyer en compagnie de gens de son âge - dont certains avec marchettes - avec qui on n'a, faute des circonstances de la vie, rien en commun. Que dire à un bonhomme assis à ses côtés dans un autocar adapté, qui a tenu une quincaillerie toute sa vie et qui a suivi les Canadiens pendant des décennies ou à une dame qui a eu six enfants quand on en n'a eu aucun et qu'on a été comptable ?


L'Oratoire

Il me semble y avoir dans ce genre d'occupations planifiées pour des gens qui ont déjà vécu la majeure partie de leur vie, une tentative de les retourner dans un semblant de bon vieux temps où tous les gens étaient voisins, se fréquentaient en famille, ne se disputaient pas entre eux, s'entraidaient, étaient heureux... - Mais ce bon vieux temps, je l'ai connu et s'il y a une chose que je souhaite par dessus tout, c'est qu'il ne revienne jamais.

Peut-être que je me trompe, mais je crois que la vieillesse idéale est celle où, justement, l'on peut, enfin, vivre seul, lire ce qui nous plaît, regarder Bug Bunny à la télé sans avoir à rendre compte à qui que ce soit, de quoi que ce soit, surtout pas de ses habitudes alimentaires, ni des heures auxquelles il nous plaît de dormir.

D'ailleurs plus ça va, plus je m'aperçois que mes idées, mes opinion, mon vocabulaire même et la façon dont je m'exprime sont d'un autre âge et qu'ils forment autour de moi une sorte de bulle que la nature, dans sa sagesse, me fournit pour me protéger contre ces envahisseurs qui tiennent absolument à ce que je m'embête à ne pas être seul.

Ah ! Ramenez-moi le temps où l'on casait le vieillard que je suis en train de devenir  dans une chaises berçante près de la cuisinière. Ça ne peut pas être pire que ce qu'on m'on offre en ce moment.

Et attendez ! Je ne vous ai rien dit encore des veuves qui me courent après...

La solitude ? - Connais pas. Ou plutôt si : une béatitude quand on finit par l'apprivoiser.

*

Éducationement et ignoranteté 

Il est plus que certain - et vous comprendrez cette introduction dans deux minutes - que je vais me tromper en disant que l'éducationnement, aujourd'hui, n'a aucun rapport avec la réalité. - J'avance cela en me basant sur deux principes :

Un : mon père l'a affirmé avant moi et mon grand-père l'a affirmé avant lui : les générations qui nous suivent sont à la dérive.

et

Deux : ce premier principe découle du fait que les  grands-pères ont généralement mal éduqué leurs fils et futurs pères, et que ces pères ont généralement  mal éduqué leurs enfants. - Personnellement, je peux vous affirmer que mon père m'a mal éduqué et que je n'ai pas servi d'exemple à  ceux qui étaient à ma portée.

(On comprendra que pères et grands-pères, dans les phrases qui précèdent,  sous-entendent mères et grands-meres et ajoutez, si vous le voulez : professeurs, enseignants ou toutes personnes servant à éducationner la jeunesse.)

La raison pour laquelle je me permets d'avancer ces deux points se résume à un mot : l'expérience. - Mon père et son père me donneraient raison là-dessus. - Ce qui efface d'un seul trait le contenu de mon premier point, car lorsque mon grand-père regardait mon père et que mon père me regardait et qu'ils, le premier, mon père et le second, moi, ils avaient que partiellement raison car nous étions à ce moment-là des adolescents sauf que :

Je suis peut-être aveugle, mais plus je les regarde, plus je me dis que les ados d'aujourd'hui, sans doute plus éduqués (entre guillemets, sv.p., Monsieur l'éditeur), sont convaincus d'en savoir plus que tous ceux qui les ont précédés ; une conséquence sans doute du présent système d'éducationnement qui se donne comme but de leur supprimer toute la curiosité qu'ils pouvaient avoir avant de s'asseoir sur un banc d'école (Voir la note à la fn). - Comment, dans ces conditions leur apprendre quoi que ce soit ? - Je ne sais pas, moi, tenez : les bienfaits de la discipline, de la politesse, des bonnes manière, ou même du travail...

C'est d'ailleurs - entre parenthèses - pourquoi le Professeur s'est toujours entouré de jeunes : «Ils connaissent tout, répète-t-il souvent. Cela m'évite des heures de recherches.»


Photo en provenance de la revue Belphégor

Finalement, un dernier point préambulatoire :

Avec l'âge, quand je parle de la génération qui me suit, je la confonds invariablement avec l'autre après. Ainsi quand je dis la génération qui me suit, je pense plus à la génération qui suit ma génération, n'ayant pas oublié, quand même, que lorsqu'elle avait l'âge de la génération montante, la génération qui me suivait n'était pas plus brillante.

Bon, tout ça étant dit, je dois avouer que je n'ai aucune idée ce à quoi peut servir l'éducationnement, tel ou telle qu'on le ou la pratique aujourd'hui.

Jadis, du temps de mon grand-père, l'éducation - la vraie - servait essentiellement à enseigner aux jeunes comment lire et écrire ; à compter également. Après, venait le véritable apprentissage de la vie : on mettait ces jeunes en apprentissage (c'est le cas de le dire) chez un imprimeur, un bijoutier, un forgeron ou un cuisinier où on leur enseignait un métier, c'est-à-dire  de quoi gagner leur vie.

Du temps de mon père. l'apprentissage commençait un peu plus tard car l'on avait des cours à suivre pour obtenir un permis ou du moins une certaine connaissance technique avant d'être promus boucher, plombier, chauffeur d'autobus ou arpenteur-géomètre. - Hé ! On exigeait même un diplôme de neuvième pour être accepté dans la police...

De mon temps, l'enseignement durait plus longtemps : on nous aprenait l'histoire, la géographie, la géométrie et, si l'on était privilégié, le latin, le grec ou les deux, - C'était pour le bon motif : celui de nous apprendre à vivre en groupe (lire : en société). - Enfin, c'est ce que j'ai cru comprendre. - Après, encore une fois, on choississait une occupation qui allait nous permettre de - j'insiste - gagner notre vie et même de faire carrière dans un domaine ou un autre : celui de l'alimentation, de l'assurance, des finances et même la bibliothéconomie.

Aujourd'hui, je ne sais pas. D'après ce que j'ai pu comprendre, l'on choisit son métier ou sa profession selon ses talents, ses goûts ou son caractère grâce à des spécialistes en «orientation» et en très bas âge d'après ce qu'on m'a dit. - Et c'est là que j'en arrive aux informations qui suivent :

Les offres d'emploi qui demeurent sans réponse et la pénurie de main-d'oeuvre dans divers domaines :

La construction

C'est un fait notoire qu'il faudrait 300 000 nouveaux travailleurs uniquement dans ce domaine, ne serait-ce qu'au Canada, pour combler les départs à la retraite d'ici 2023.

Les transports

Il manquerait 52 000 nouveaux manipulateurs, cammionneurs, préposés à la livraison d'ici quatre ans pour maintenir la situation telle qu'elle est en ce moment et qui croît de 15 à 20% annuellement depuis cinq ans.

Le secteur manufacturier

Les Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) estiment dans une proposrtion de 52% que le manque de soudeurs, de machinistes, de métallurgistes et d'opérateurs de machineries diverses les empêche d'augmenter leur productivité

Les techniques informatique

6 000 postes demeureraient présentement à être comblés dans le domaine de la simple collecte et numérisation de données

L'agriculture

Le taux d'emplois agricoles vacants s'élève présentement à 7%, soit le taux le plus élevé au Canada, toutes industries confondues

Permettez que je passe par dessus des secteurs comme les soins infirmiers, la technologie, le commerce (assurance bourse, banque, etc.) où des centaines de milliers de dollars sont investis depuis plusieurs années pour attirer et former des candidats.

Et puis un paradoxe (tant qu'à y être) : alors que le Canada forme des physiciens de classe mondiale au niveau du doctorat, une pénurie de techniciens et d’ingénieurs d’application entrave la croissance de l’industrie.

Évidemment, dans tous ces secteurs, la gloire, la créativité personnelle, la réalisation de son soi ne font pas partie des critères lors de la sélection parmi ceux qui y présentent leur candidature, ni, la plupart du temps ses talents, goûts ou son caractère car, qui à vingt ans, rêve de devenir courtier en assurances, gérant d'une succursale bancaire, ou revendeur de panneaux décoratifs en aluminium pour pavillons de banlieue ?

Mais qui a dit que le travail devait être uniquement à sa mesure et... plaisant ? 

Question :

Est-il possible, à long terme, qu'on retourne aux principes de base de l'éducationnement (à moins que je me trompe) : celui de gagner sa vie d'abord et avant tout ?

Un caveat :

Il me faut quand même avouer une chose : que les jeunes d'aujourd'hui sont quand même débrouillards et ont su créer des débouchés dans des secteurs que nous ne pouvions pas nous imaginer quand nous avions leur âge. - Qui, par exemple, aurait cru qu'on pourrait ouvrir son propre salon de tatouage en 2019 ?

Et une note, pour terminer (à propos de la curiosité) :

Une récente étude effectuée en Angleterre a déterminé que, règle générale, les jeunes enfants (moins de six ans) posaient jusqu'à 300 questions par jour, se tournant la plupart du temps vers leur mère, c'est-à-dire une question à toutes les deux minutes et demi. - Cette situation diminuait presque instantanément dès qu'ils se mettaient à fréquenter l'école.

(Ce qui n'a surpris personne à l'Université de Napierville où l'on a noté que dès la fin de leurs études secondaires, la curiosité chez les élèves était complètement disparue.)

Les deux questions les plus souvent posées par ces jeunes en bas âge :

- Pourquoi l'eau est-elle humide ?

- De quoi sont faites les ombres ?

Et une dernière remarque : 

Heureusement, comme disait Lady Bracknell dans The Importance of Being Earnest d'Oscar Wilde : le système d'éducation n'a aucun effet sur la jeunesse.

*

De la religion
(Et plus particulièrement, de la religion catholique au Québec)

Je viens de terminer la lecture d'un texte de Jacques Cotman, un critique, historien et bibliographe qui a enseigné à l'université York de Toronto de 1964 à 2003, un texte publié chez Gallimard en 1972 dans le numéro 3 des Cahiers d'André GideLe Centenaire») sous le titre de : «Refus et acception d'André Gide au Québec»

Cette lecture, je l'ai faite alors que j'étais à mi-chemin de mes «corrections d'épreuves» (voir note 1 à la fin) et que je suis toujours en train de faire d'un autre texte (un livre) de Robert Mallet, connu pour ses entretiens avec Paul Léautaud, dont le titre est «Une mort ambigüe», publié en 1955 également chez Gallimard, et qui traite de la publication de la correspondance entre Paul Claudel et Gide particulièrement du point de vue de Gide. Peu s'en fallu pour que j'aille à mon ex-bureau récupérer les quatres volumes des «Cahiers» précités rédigés par celle qu'on a appelé «La petite dame» et qui, voisine de Gide, a tenu pendant plus de trente ans un journal des faits et gestes de son voisin jusqu'à sa mort en 1951. [Longue phrase : à corriger. - Note de l'éditeur.]

(Pour ceux qui ne le savent pas, cette «petite dame» fut Madame Maria Van Rysselberghe, l'épouse du peintre Théo et la mère d'Élisabeth avec qui Gide eut une fille du nom de Catherine en 1923. Cette Catherine, qu'on se le dise, est décédée en 2003 à l'âge de 90 ans.)

Dans l'ensemble, ces textes, lectures et relectures (en partie) - voir à la fin, encore - m'ont particulièrement rappelé ce qui est arrivé à l'Église catholique au Québec avant, pendant et après ce qu'on a appelé la «Révolution tranquille», au vrai début de laquelle je suis né, «Révolution» qui a eu cent points de départ et mille points d'arrivée.

Car on dit, à tort d'ailleurs, qu'elle s'est déroulée de 1959 jusqu'en 1970. Mais non : elle était là, en puissance dans les années quarante, notamment au moment du retour de ceux qui avaient combattu lors de la dernière Grande Guerre ; et quiconque a connu et entendu l'archevêque Paul-Émile Léger à son retour du Vatican où il fut élu cardinal en 1953 ou porté attention à certaines conversations en famille dans les années cinquante pourra vous le confirmer pour ce qui est des années qui ont précédé 1959. Quant à l'expression elle-même, on ne sait, au juste, qui l'a créée ni quand. Certains avancent qu'elle est apparue pour la première fois dans le Globe and Mail de Toronto, ce qui me paraît paradoxal.

Quoiqu'il en soit, LA conséquence la plus marquante de cette Révolution, fut et demeure, à mon avis, la presque totale disparition de l'influence de l'Église sur la société québécoise, disparition d'autant plus remarquable qu'elle a donné lieu à des modifications dans les prises de position politiques, économiques, éducationnelles et même sociales dans à peu près toutes les régions du Québec, prises de positions qu'on ne saurait pourquoi, de nos jours, il faudrait imposer ; l'ouverture des commerces le dimanche, l'abandon ou presque de la prière au début des réunions politiques, la disparition des enseignants religieux, transformation des hôpitaux gérés par des laïques en des établissements non seulement non-religieux, mais  non-laïques, etc..

Oh, je ne dis pas que les Québécois sont devenus anti-religieux, mais les statistiques (
note 2) démontrent que, depuis 1970, ceux qui se disent de foi catholique, se déclarent non-pratiquant à raison de dix pourcent de plus par décennie. Faites le calcul : 100% en '70,  90% en '71, 81% en '72, etc. Et cela ne tient pas compte de ceux qui le sont devenus dès 1960. - Cela se réflète sur le nombre de prêtres (8,400 en 1981, 4,285 en 2005), le nombre de paroisses (1,852 en 1995 [sic], 1,717 en 2003). - Et je lis depuis quelque temps que : le taux de fidèles allant à la messe le dimanche est présentement de 33% ; près de 6 québécois sur 10 sont en faveur d'une chartre de laïcité ; seulement 59% des nouveaux parents ont fait baptisé leur enfant en 2010 (*) ; 91% des québécois croient que l'avortement devrait être permis, minimalement dans certaines circonstances, et 54% dans toutes circonstances ; entre 70 et 80% sont favorables à l'euthanasie et au suicide assisté...

(*) La Presse rapportait dans son édition du 10 mars dernier que le nombre de baptêmes était passé de 42,213 en 2012 à 30,394 en 2017 (v. 83,900 naissance ou 36%). - Une baisse de 28%.

Et pourtant :

On voit encore - je vois ! - de véritables non-pratiquants faire encore baptiser leurs enfants, des cérémonies quasi religieuses lors de décès ; des mariages célébrés dans des églises, des funérailles dites «nationales» qui se déroulent dans des endroits [de culte] «mythiques» où, de plus en plus, les visiteurs sont des touristes... payant.

Hé : j'assiste régulièrement à des bénédicités et à des discussions où ceux qui se déclarent non-croyants se font regarder de travers...

Quousque tandem... Jusques à quand cela durera-t-il ?

Question : la religion catholique deviendra-t-elle éventuellement une manifestation folklorique ou un rappel historique (comme le crucifix à l'Assemblée Nationale ?

Une citation (elle est de Gide et est cité par Robert Mallet dans le livre mentionné ci-dessus). - Comme d'habitude : aucun rapport avec ce qui précède :

«Pour moi, le Christ est la figure la plus authentiquement admirable. Mais j'ai pris en horreur les faux pasteurs, les exégètes, les édificateurs de dogmes qui croient avoir le monopole du vrai et qui n'ont fait que l'étriquer ou le fragmenter.»

Que voulez-vous que j'ajoute de plus ? - Que l'islamisime est à nos portes ?

Une chose quand même :

Le discours - je n'ose pas écrire «dialogue» - entre les croyants et les non-croyants a beaucoup évolué depuis les années cinquante quand trois «viellards», comme les appella Mallet quand il écrivit son livre, (Gide a alors 81 ans, Claudel 82 ans et Léautaud 78 ans), discutaient, à leur époque, de la mort ou de l'existence ou la non-existence de Dieu. C'est que la science a fait d'immenses progrès depuis ou plutôt qu'elle s'est répandue dans le monde non-scientifique à une vitesse foudroyante. Avec la télévision entre autres, où l'on saisit la simultanéité d'événements qui se produisent sur notre planète et... l'Internet. - Qui persiste à croire encore, de nos jours, que le monde a été créé en six jours, il y a moins de dix mille ans ? que la «théorie» de Darwin n'est qu'une théorie au sens restreint ?- Oui, je sais : plus de 50% de la population américaine (américaine !), mais moins de dix pourcent des Suédois...

C'est Sam Harris (je crois) ou Christopher Hitchens (sans doute) qui a rappelé que la non-croyance en Dieu était une chose si dérangeante pour les croyants qu'ils ont cru nécessaire d'inventer un mot pour en décrire les adeptes : «Les athées», le mot «sceptiques» n'étant, à leurs oreilles, pas assez «provocateur». - «Pourtant, disait-il, on n'en a inventé aucun pour décrire ceux qui ne croient plus aux horoscopes ou à l'alchimie...» - «Je ne suis pas un athée : je suis de ceux qui ne sont pas déistes» dit et redit Sam Harris lors des débas auxquels il participe.

Personnellement - et cela n'engage en rien l'opinion des membres du Castor™ et encore moins celle des dirigeants de l'Université de Napierville - je qualifierais les «athées» d'aujourd'hui de «ceux qui n'acceptent pas les dieux (au pluriel) tels que définis par ceux qui les ont visiblement conçus par l'intermédiaire d'une religion quelconque (ou non).» Et j'ajouterais : «... et particulièrement par ceux qui se targuent de connaître leurs (encore une fois au pluriel) natures et ordonnances parce qu'ils ont lus et compris le contenu de livres anciens supposément dictés par leurs divinités, quelles qu'elles soient.»

Et Gide dans tout ça ?

Ben, comme vous le verrez un peu plus loin dans cette édition du Castor™, on n'en parle plus. - D'ailleurs, comme je vous l'expliquerez, je ne vois pas pourquoi on en parlerait.

*

Note 1 - «Correction d'épreuves» - C'est l'expression que j'utilise pour décrire le travail qu'implique la vérification et le reformatage d'un texte obtenu en digitalisant (scan) les pages de, par exemple, un livre, et en transformant les images ainsi obtenues en textes que l'on peut amender via un logiciel (j'utilise Omnipage depuis des années). - C'est une opération qui permet, une fois qu'elle est terminée ; 1) de lire ce texte sur un écran ou une tablette et, surtout : 2) d'y effectuer des recherches. - Le temps ? Du début à la fin, environ quatre à cinq fois le temps de lire au départ le texte à digitaliser. - Mais ça en vaut la peine. - C'est sûr que les textes déjà disponibles sur Internet ou qu'on peut se procurer commercialement  n'ont pas besoin des opérations précitées, mais dans  certains cas, cela s'impose. Celui mentionné ci-dessus par exemple.

Note 2 - Les chiffres mentionnés dans cette chronique peuvent facilement être obtenus sur divers site. Suffit de taper «religion», «catholicisme», «Québec» (etc.) dans n'importe quel fureteur. - Merci à Jeff pour les informations citées ci-dessus.

P.-S. : On m'informe que la ville de Montréal retirera sous peu le crucifix qui trône présentement dans sa salle de conseil et que le Gouvernement du Québec songerait à faire de même en son Salon bleu, celui de l'Assemblée nationale... (Sous peu... soit au cours des travaux de réfection qui dureront trois ans.) - Yeah, sure.

*

Fonds de tiroir

Un :

Je ne sais pas si c'est la vieillesse ou la lassitude d'avoir à écouter huit opinions sur un événement qui a fait la une du téléjournal de vingt heures la veille ou celui de huit heures du matin, mais je trouve de plus en plus singulier - j'allais écrire «curieux» sauf que rien dans tout ce qui suit me semble digne de piquer une certaine curiosité - qu'on puisse attacher une importance à ce qui dans deux jours deviendra un fait divers.

 Comme je le faisais remarquer à une amie au cours d'une rencontre il n'y a pas très longtemps, il est rare que dans une vie humaine quelque chose de vraiment capital se produise, quelque chose qui marquera l'histoire pour des siècles à venir. L'exemple que j'aime à donner, avant que ceux qui étaient là quand c'est arrivé disparaissent complètement, est l'assassinat du Président Kennedy qui a fait l'objet de discussions sans fin pendant des mois au sein de la poupulation de ma génération et qui, pour la génération des vingt-vingt-cinq ans d'aujourd'hui est devenu un fait divers. Alors, si vous pensez que la démission d'une députée, le véto d'un président à propos d'un mur sans importance ou l'annonce qu'un maire serait atteint d'un cancer - et de la prostrate par dessus le marché - va me faire sortir de ma stupeur...

Avis est donné aux intéressés : je ne suis pas né sous le régime de Duplessis (allez faire comprendre cela bonhomme qui s'intéresse présentement au Brexit), mais bien sous celui d'Adélard Godbout.... 


Adélard Godbout

(1882-1956)

... alors que Pie XII était pape et un peu plus de trois mois après que le futur Cardinal Léger (natif de Sallaberry-de-Valleyfield au cas où vous ne le auriez pas)  soit élevé au rang de Monseigneur à 38 ans, le même qui fut un des clients les plus réguliers du Grand Véfour à Paris alors qu'il était missionnaire au Cameroun.

Et je viens d'apprendre en écrivant ce qui précède que deux roquettes auraint été lancées de la bande De Gaza vers la région de Tel -Aviv. Oyoye !

Deux :

On me donne souvent dix ans de moins que j'en ai. «Oui, je m'empresse souvent de préciser : dix ans de moins, mais un dix ans très fatigué alors que j'en ai en réalité dix ans de plus, quoique relativement en santé - et si ce n'était que de monter et descendre des escaliers ou me pencher, ce serait vingt ans qu'il faudrait ajouter à celui que vous voyez.»

Il y a quelque temps, j'ai dit à une jeune dame - je dis bien «une jeune dame» et non «une feune fille» (depuis qu'il s'est fait couper les cheveux) - que.. s'il elle avait dix ans de plus et moi, trente ans de moins... Mais je me suis empressé d'ajouter : «Sauf que ça ne fonctionnerait pas plus !»

Ce qui me fait penser :

Quand il m'arrive de regarder des albums-photos des années cinquante, particulièrement ceux du début des années cinquante ou même de la fin, albums qui contiennent des clichés de premières communions, de baptêmes et de mariages (c'est ce qu'on photographiait le plus à l'époque), je suis toujours étonné de constater que les vieillards qui s'y trouvent, en pères, grand-pères ou oncles (ce qui n'exclut pas les mères, grands-mères et tantes), n'ont que cinquante et rarement plus que soixante ; qu'on y retrouve rarement des gens qui ont aujourd'hui mon âge sinon, parfois, en fauteuils-roulants ou fortement supportés par d'autres plus jeunes qu'eux. C'est troublant. 

Simon

***

145-2019-05-06

Sur la solitude
(Un nouveau regard)

Comme, à mon âge, on commence à avoir beaucoup de difficultés à se souvenir si on a fait ou dit quelque chose hier, la veille, la semaine dernière ou il y a deux mois (quand ce n'est pas il y a un an ou deux...) et, ne tenant pas beaucoup de notes, vous m'excuserez si je me répète, mais je suis presque certain d'avoir dit, le mois dernier, qu'il y avait trois règles à observer quand on lit :

    - Qu'il faut d'abord et avant tout essayer de comprendre ce qu'un auteur a écrit, 

    - Qu'il ne falut pas lire ce que l'on croit être ce que l'auteur a voulu écrire,

et surtout :

    - Qu'il ne faut pas essayer de percevoir ce que l'auteur a dit sans le vouloir.

(Ou le contraire, ou des mots à cet effet. - Je vous laisse le loisir de vérifier et le choix d'être d'accord ou non. - Tout ce que je sais, c'est que, dans l'ensemble, je viens de répéter ce que je voulais écrire.)

Or, au cours de la tâche ardue que les dirigeants du Castor™ nous impose à chaque mois, c'est-à-dire nous relire avant de faire parvenir nos textes à des vérificateurs chevronnés (pour l'édition destinée au marché américain), j'ai réalisé que j'avais, selon la règle numéro trois ci-dessus, écrit, presque en filigrane, une vérité essentielle quant à la solitude et qui consiste tout simplement à réaliser qu'au fur et à mesure que l'on vieillit, les communications entre soi et les autres s'avèrent de plus en plus difficiles.

J'aurais bien des exemples à vous offrir, mais prenez le cas de la lecture. - Dans une autre chronique, aujourd'hui, je parle de la langue et elle pourrait tout aussi bien servir d'exemple, comme plusieurs autres : les sports qu'on a pratiqués (ou, dans mon cas, qu'on a suivis ou regardés), les voyages qu'on a faits, les musées qu'on a visités ou les malheurs (ou non) qui nous sont arrivés (ou pas), mais restons-en à la lecture :

Quand à vingt ans, je me suis mis à lire À la recherche du Temps perdu, j'ai connu, oui, des proustiens, mais quand je suis passé à Gide, je me suis aperçu que les gidiens étaient moins nombreux et que, surtout, les proustiens-gidiens étaient assez rares. - Faut dire que mon cercle social, même à l'époque, était plutôt restraint, mais quand j'en suis arrivé à Shakespeare, alors là je n'ai pas connu, ni encore rencontré des proustien-gidien-shakespeariens.

Parenthèse : J'ai cité des noms, comme ça, non pas pour épater la galerie, mais parce que ce sont les premiers qui me sont venus à l'esprit.  Ceux que j'aurais pu utiliser auraient pu être tout aussi bien être Balzac, Robert de Montesquiou-Fezensac ou Pierre Saurel, alias le père Ovide, alias Pierre Daignault, alias le célèbre auteur des aventures d'IXE-13, d'Albert Brien et du Manchot - de même que le calleur dans J.A. Martin photographe de Jean Beaudin (1977) ou même Jean-Pierre Sainte-Marie et Mario Rossignol, co-auteurs d'Agrippa (Le livre noir, Les flots du temps, Le puits sacré, Le monde d'Agharta etc.) quoique non encore publiés à ce moment-là. - Substituez votre propres auteurs.

Le problème est que  j'ai continué après Proust, Gide et Shakespeare, maintes fois depuis relus : Joyce, Wilde, Greene, Camus, Marcel Aymé, Léautaud, Céline, Oscar Wilde, Suétone, Virgile, Euripide...

Tout ça pour vous dire que, qu'elles furent mes lectures ou les vôtres au cours des derniers - disons - dix, douze ans, il est plus que probable nos listes aient été totalement différentes.

Et ce tout cela est sans gravité, je vous le concède, sauf qu'à moins que je me trompe, il me semble que, plus je vieillis, plus  je rencontre non seulement des gens qui n'ont pas lu ce que j'ai lu ou qui ont lu ce que je n'ai pas lu, mais qui - et c'est là que le bât blesse -  tiennent absolument à ce que je lise leurs livres tout en refusant systématiquement de lire les miens. - Trop difficiles, askondit. Comme si je ne lisais que des volumes sur les guerres puniques, les tapiseries médiévales ou les romans écrits sous l'époque tsariste... - Un ami qui voulait que je lise un de ses livres, il n'y a pas très longtemps, me disait, curieusement, exactement la même chose...

Non mais...

Entre lecteurs, serait-il possible de nous dire, entre nous, qu'il est plus que probable que les titres des livres que  nous avons lus et que nous avons oubliés, les autres n'en ont jamais entendu parler ? - Que voulez-vous ? C'est comme ça. - Et pour ma part, pour trois leurs livres que j'ai lus, il n'en ont jamais lu un des miens. - De ça, je suis prêt à démontrer.

Mais qu'à cela ne tienne :

J'ai cité - encore une fois, je crois (et il n'y a pas si longtemps par dessus le marché) - John Ruskin (qui lit Ruskin de nos jours ?) qui disait que :

«Quelles que soient les lectures de tous et chacun, il y avait une chose sur laquelle nous devrions tous nous entendre, c'est que parmi les choses que chacun a lu, il y a eu des bons et des mauvais livres.»

Ce qui me fait ajouter qu'un mauvais livre, pour moi, peut-être un très bon livre pour un autre. Et le contraire aussi. Sauf que j'ai tendance à vouloir comprendre et à m'expliquer. - Et que je lis trop. - Surtout. - Et comme j'ai également tendance à penser (voir un peu plus loin) ............

Et l'on voudrait, en plus, que je m'intéresse à la course à pied, au jardinage, aux chars et à vous-savez-quoi.

Voilà ce que j'aurais dû écrire sur la solitude. 

*

Sur la française langue
(Encore ! Et c'est pas fini... - Répétitions incluses)

 Oui : encore ! 

C'est précisément ce que je me suis dit quand un ami m'a refilé l'un des derniers «dossiers spéciaux» du Nouveau Magazine littéraire (1) intitulé «Langue française - Amours et guerres».  - Sur sa couverture, une photo de Bernard Pivot et d'une jeune dame qui est sans doute celle qui a recueilli ses propos (Aurélie Marcireau, p. 43).

Pourquoi «encore» ? Parce que j'en ai jusque là de ces articles qu'on écrit à droite et à gauche sur la française langue, particulièrement rédigés par des chatouilleux qui, ayant constaté que la langue qu'il parle n'est plus celle qu'on leur a enseignée, en sont venus à la conclusion que la plus belle langue de tous les temps est attaquée de toutes parts et qu'il faut donc la défendre pour la conserver dans sa «pureté» originelle. (I.e. : Lire desfendre dans la phrase qui précède.)

En 1950, déjà, Raymond Queneau les avaient spottés :

«Il pourrait sembler qu'en France il y ait des questions plus urgentes ou plus vitales que celle de la Défense de la Langue Française. Pourtant un certain nombre de journaux ou hebdomadaires consacrent une ou plusieurs colonnes d'une façon régulière à la dite défense. Je ne trouve pas le propos futile, mais il me semble que l'entreprise est en général marquée par l'esprit de défaite, car c'est toujours du point de vue de la défense...» (2)

Déjà ? - En 1950 ? - C'est oublier que 400 ans auparavant un certain Joachim du Bellay, dont la poésie est aujourd'hui devenue presque illisible, n'écrivait-il pas un plaidoyer - que Queneau aurait sans doute jugé inutile : «La Deffence et Illustration de la Langue Francoyse» (notez l'orthographe)... ?

Quand j'étais jeune, à une époque où je ne lisais pas encore les journaux, du moins ceux qui se voulaient sérieux (et pour qui la sériosité consistait à parler uniquement de politique) et, comme magazines, que le Reader's Digest (pour les blagues en bas de page) et le Life (pour les photos), je... - Où en étais-je ? Ah oui : à quand j'étais jeune... - Quand j'étais jeune, donc, il n'y avait dans le coin où je vivais que deux  défenseurs de la française langue : les Bonnes Soeurs (surtout les Grises) et les éducationnés pour qui le plus-que-parfait du subjonctif qu'ils utilisaient à tort et à travers, était le nec plus ultra du bon parler. 

Il n'y avait également dans presque tous les foyer qu'un seul dictionnaire (dans les foyers où il y en vait un) : le Larousse, (Le petit et l'illustré), avec ses pages roses et sa section de noms propres (sic) où figuraient des hommes (peu de femmes) qui avaient été dans le temps célèbres pour... entre autres, avoir dirigé une clinique, découvert un bacille quelconque ou qui avait été sous-ministre sous MacMahon.

Chez un des cousins de mon père, ce Larousse se déclinait en six volumes sous le titre de «Dictionnaire encyclopédique», mais il était interdit d'y toucher. On y trouvait également un Littré (mais je n'en suis plus certain) qui, pour le moment est sans importance sauf pour ajouter que ce fameux «Dictionnaire encyclopédique» (en six volumes) j'en ai retrouvé une copie il y a une dizaine d'annés, rue St-Denis, à Montréal, et je m'en suis immédiatement porté acquéreur car c'est dans un Larousse identique que j'ai lu avant ma puberté, tout ce que j'ai pu sur l'astronomie du temps. Autrement dit : à peu près le dixième du quart d'une fraction que l'on connaît aujourd'hui.

De plus, c'était le seul oeuvre sérieux du côté de la bibliothèque, section jeunesse, près de mon école. - c'est dans ce dictionnaire que j'ai appris que le mot «formidable» voulait toujours dire  «qui est à craindre» et, tenez-vous bien : rien d'autre ! Ça m'a valut des points auprès d'un pédant professeur  quand je lui ai dit qu'il avait cette signification du temps où Corneille avait écrit son Attila, le roi des Huns (3) sauf qu'officiellement, encore aujourd'hui... (3 bis)

Bon ! Encore perdu le fil de mes idées... - Je disais donc :

De ces articles (sur la française langue), j'en ai trop lus. Les seuls qui ont vraiment retenu mon attention furent publiés dans un magazine - je ne sais pas s'il existe encore (4) - où, regroupés sous le titre de «Orthographe : le dossier du débat» l'on a abordé sous tous ses angles la question de la langue écrite par rapport à la langue parlé, telle que vue et étudiée par dix éminents linguistes ou spécialistes. Il y était en outre question de l'immobilisme relativement récent, mais qui a commencé à se développer dès la création de l'Académie française (1635) à qui - on le rappelait - il a été donné la charge de «définir la langue française par l'élaboration d'un dictionnaire qui en fixerait l'usage». L'Académie française ! Une institution dont il n'existe aucun équivalent dans le monde linguistique.

Je n'en dirai pas plus car s'il y a une chose que j'ai apprise au cours de mon exceptionelle vie, c'est que  - une chose qui m'a frappé un jour, le lendemain sans doute d'une fête savoyarde - ceux qui se portent généralement à la defffence de la française langue ne savent pas qu'elle n'a point de règles et que son histoire est assez curieuse ; qu'ils ne font que ne pas se rendent compte que ceux qui sont plus jeunes qu'eux ne parlent pas une langue différente de la leur et qu'eux-même ne parlent plus la langue de leurs parents. Et comme tous ceux dans le même cas, il leur paraissaient nécessaire de mentionner  fautes et règles, de citer les derniers diktats de l'Office québécois de la langue française,  la main posée sur les bibles qui sont, à leur avis, le Robert ou le Grevisse, sauf que : ils ne se sont jamais permis d'en lire les préfaces qui, toutes les deux, insistent pour dire que le contenu de leurs volumes est de décrire la langue française en tant que langue vivante toujours en évolution et non la codifier.

Et me voilà, enfin, rendu à celui dont auquel je voulais vous parler de, aujourd'hui :


Alain Rey

Qui est Alain Rey ? - Un linguiste et lexicographe français. Il est né à Pont-du-Château (Puy-de-Dôme) le 30 août 1928 et est aujourd'hui le rédacteur en chef des publications des éditions Le Robert. Il est un observateur de l'évolution de la langue française. Il est un fervent défenseur, à l'instar du Robert, d'une langue française moderne et n'hésite pas à inclure dans ses dictionnaires du verlan ou des régionalismes.

Son plus bel apport à la française langue - et je me permet de le citer souvent - est celui d'avoir résussi à rappeler à bien éminences grises de langue et de nombreux puristes que le mot «français» est d'origine germanique ; que le français devait une bonne partie de son histoire à un certain Calvin qui a traduit dans le français de son époque, mais élégament, un livre que l'Église ne voulait pas à la portée de tous, la Bible ; et que - insulte capitale  ! - le français n'est pas issu directement du latin, mais d'une créolisation du latin.

De lui, entre autres, j'ai appris que ces anglicismes qu'on veut abolir à tout prix sont souvent des mots d'origine française qui nous reviennent après un long séjour en Angleterre : tennis qui vient de tener («tenez, je vous lance la balle»), budget de bouge (un petit sac de cuir), tunnel de tonnelle et même sport : du mot déport qui signifiat, à l'origine, se porter vers une autre activité.

Ce qui n'explique pas pourquoi dans 191 pays sur les 195 existant dans le monde, le mot computer est utilisé au lieu d'ordinateur.

Alain Rey ?

Je vous suggère fortement d'écouter une de ses conférences qui saura vous étonner sur l'origine et l'évolution de la française langue :

Le français, une langue à l'épreuve des siècles

Ensuite, faites-moi plaisir, lisez les préfaces du Robert et de Grevisse.


«
Les jeunes ? Ils se           
écontresaintciboirisent de tout !

Même de leur langue.»

*

(1) Février 2019 - «Langue française - Amours et guerres» - (Les batailles de l'orthographe et la féminisation, La simplification des règles, L'enrechissemen par le métissage, La passion de Jean-Luc Mélenchon, L'inertie de la Réac Académie Française, etc.)

(2) Raymond Queneau - Bâtons, chiffres et lettres - Gallimard, 1950 - collection idées-gallimard en 1985.

(3) Pierre Corneille, Attila, roi des Huns - 1667 : 

«Rois, amis d'Attila, soutiens de ma puissance,
  Qui rangez tant d'États sous mon obéissance
  Et de qui les conseils, le grand coeur et la main
  me rendent
formidable à tout le genre humain...» 
  (Acte 1, scène 2).

  (3 bis) Voici, à ce propos la définition du dictionnaire actuel (*) de l'Académie française :

1. Class. Qui inspire une grande crainte ou est de nature à l’inspirer. L’aspect formidable des guerriers francs. La masse formidable d’un donjon.

2. Qui étonne par son intensité, sa puissance, sa taille. Un appétit formidable. Un vacarme formidable. Une foule formidable.

3. Fam. et le plus souvent par exagération. Pour exprimer l’admiration, l’approbation. Un livre, un film formidable. Dans cette affaire, il a été formidable.

(*) La neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française, dont la rédaction a commencé au siècle dernier, sous la direction de Maurice Druon puis Hélène Carrère d'Encausse, avec une publication du premier fascicule en 1986 puis du premier tome en 1992, en était au 28 décembre 2017 au mot « sabéisme ».

(4) Le Monde de l'éducation - Numéro d'octobre 1989. - Wikipédia : «Le Monde de l'éducation est un ancien magazine mensuel français publié de 1974 à 2008 par le groupe de presse Le Monde. / Ce magazine, le seul dans son domaine, faisait figure de référence dans le traitement des problématiques contemporaines du système éducatif français. / En 2008, Le Monde de l'éducation a annoncé la fin de sa parution, en invoquant le copillage dont il ferait l'objet. Le site internet a annoncé toutefois une survie sous forme d'un supplément au journal Le Monde.»

*

Fonds de tiroir

1 - Je pense donc...

Il m'arrive souvent de penser. Je ne sais pas, mais si ça vous arrive parfois, mais vous avez dû vous rendre compte, comme moi, qu'il s'agit là d'une activité intellectuelle dangereuse. - Demandez à n'importe quel prêtre, pasteur ou rabbin : les trois vous le confirmeront sur-le-champ. - Sauf que c'est peut-être là la raison ou une des raisons pour laquelle ou lesquelles je n'ai jamais été stressé de toute ma vie car c'est connu : un problème quand on y pense, quand on y pense correctement, n'est plus un problème. 

Cela ne m'a pas empêché d'avoir d'autres ennuis. Imprévisibles, ceux-là. Celui, par exemple, de réagir toujours en retard à ce qu'on appelle de plus en plus des situations : avoir oublié son portefeuille à la maison, fait une dépense exorbitante qui s'est avérée inutile, constaté les conséquences d'une erreur que j'ai commise, la mort d'un proche et que sais-je d'autres.... Ces situations (comment les appeler autrement ? des accidents ? des imprévus ? des circonstances ?), il semblerait que je les ai toujours empêchés de m'affecter au moment où elles se produisaient ou que j'en prenais connaissance. C'en est devenu presque un défaut car, machinalement ou par habitude, ou tout simplement pour protéger ma trop grande sensibilité (si, si : j'en ai une), je crois avoir toujours pris soin, d'en adoucir les aspérités avant d'en accepter la réalité.

C'est ainsi que, quand je vois des gens devenir histériques quand ils ont à traverser une période difficile, je ne sais pas comment réagir ni, surtout, quoi leur dire sauf ce à quoi j'ai pensé des jours, des semaines après qu'un événement semblable m'est arrivé des semaines, des mois, des années auparavant. De là, sans doute la froideur que je  je manifeste quand, impudiquement, quelqu'un me raconte ses plus récents malheurs. car une fois qu'une chose est du domaine du passé, aussi récent fut-il, et qu'on a eu le temps d'y repenser...

J'ai consulté un dictionnaire il n'y a pas très longtemps pour connaître la signification du mot «empathie». Quelques heures après qu'on m'ait dit, justement, que je n'en avais aucune à propos d'une chose - exemple - aussi grave que... d' avoir eu une crevaison ou être à court d'argent. J'ai trouvé ceci : «Capacité de s'identifier à autrui dans ce qu'il ressent.» - Au moins, me suis-je dit, il y a une personne au monde qui s'est aperçu que je n'avais jamais sur-le-champ une empathie quelconque... 

Ce qui m'a fait penser (voir le premier paragraphe de cette note) que, si la personne qui m'a accusé de ne pas être «empathique» l'avait été envers moi, elle ne me l'aurait pas dit.

Incidemment, est-ce que je me trompe ou les grands empathiques du monde sont ceux qui oublient le plus rapidement ceux qui les ont quittés ? -  Étant anti-empathique, je trouve souvent très difficile de penser constamment à ceux qui ne font plus partie de ma vie. Depuis des années, dans certains cas. - Ma seule consolation est que tant que je serai vivant, ils continueront à vivre. En moi.

Et puis :

Pourquoi confond-on nous causes et effets ?

L'exemple qui me vient en tête en ce moment est la quantitié de gens que je connais qui se stressent parce qu'ils sont toujours à court d'argent alors que cet «à court d'argent» est une conséquence d'une autre cause... comme, par exemple, la manie de trop et surtout d'avoir trop dépensé. 

Je pense trop.

Ah, mais j'ai une bonne histoire à vous raconter :

C'est celle d'un type dans la vingtaine qui, de gentil, prévenant, poli et très empathique dans sa jeunesse, était devenu irrascible, parfois même agressif, parce que, disait-il, il avait toujours mal à la tête.

Oh, il avait tout essayé : les cachets d'aspirine, les longs sommeils à la noirceur, le non-abus de tout ce qui pourrait déranger son estomac, rien à faire : il avait toujours mal à la tête.

Il avait consulté des médecins, des spécialistes, s'était soumis à toutes sortes d'expériences et même à quelques élrctroencéphalogrammes, ses maux de tête étaient restés récurants et devenait de pire en pire chaque jour.

On lui conseilla d'aller voir un psychologue. Il fut d'abord insulté : «Je pense clairement, je ne suis pas fou, j'ai mal à la tête, c'est tout. C'est physique !», dit-il.

Finalement, à court d'idées, il alla en consulter un. Et à la première question que ce dernier lui posa («Quel métier exercez-vous.»), il répondit : «Je suis boxeur..»

2 - Comment je suis devenu riche

Je ne sais pas ce qui a pu donner et qui semble encore donner l'impression que j'étais et que je suis toujours riche. - Je vis modérément dans une maison fort modeste (la plus petite sans doute de mon village). Mon auto est discrète et elle n'a remplacé qu'une autre fort peu luxueuse que j'ai conservée quatorze ans. Mon plus vieux chandail, celui que je porte régulièrement quand je suis seul, a quelque chose comme vingt ans. Mon dernier complet date d'au moins cinq ans. - Ah ! J'ai une montre-bracelet qui vaut dans trois à cinq mille dollars, mais je l'ai payé 125$, il y a cinquante ans ! - Je vis au milieu de vieilleries : la chaise sur laquelle je suis assis en rédigeant ces notes a plus de cent ans de même que la table sur laquelle est posé mon ordinateur AMD (Windows 7) ; les deux - les trois ! - ne m'ont pas coûté plus de 400 ou 500$, toutes taxes comprises.

Des livres ! J'oubliais mes livres ! Certains sont fort rares. C'est vrai. Et j'en ai beaoucoup. Ils ont été achetés du temps où on allait presque les élaguer. Des Pléiade ? C'est sûr. Plus de deux cents sauf que mon premier, je l'ai payé 12 $... il y a plus de cinquante ans... Et la plupart ont été achetés à rabais.- Pensez à 200$ par année... pendant cinquante ans et faites le compte.

Je pourrais continuer comme cela longtemps.

Je sais ! Y'a mes factures de bars et de restaurants et les nombreux voyages que j'ai faits au fil des ans en Europe. À Paris surtout...

Oui, mais... Je vis seul. Je ne reçois jamais personne.  Je n'ai pas de passe-temps dispendieux. Je ne joue pas au golf, ni au tennis et si j'en étais mordu, je ferai comme tous les descendants des nobles de l'Ancien et du Nouveau Régime, je fréquenterais les terrains et les courts municipaux... 

Simon

***

146-2019-06-06

Confessions d'un mangeur de podium

(Note : ne vous en faites pas si les deux premiers paragraphes de cette chronique n'ont aucun rapport entre eux car ils se rejoignent au troisième. - D'ailleurs... mais vous verrez.)

Je ne sais pas s'il y en, parmi vous, qui se souviennent des agendas électroniques. Ces machins qu'on appelait dans certains magazines de l'époque des «Assistants Personnels Numériques» («APN»), traduction française de «Personal Digital Assistant» ou «PDA». Celui dont je me suis servi peu de temps après leur mise en marché fut un Palm™ qui avait à peu près le même volume qu'une calculette [de ce temps-là] ou des modèles actuels de téléphones cellulaires, ceux qu'on appelle  en France des «portables» et, un peu partout ailleurs, des «téléphones intelligents».  

Dans un Palm™, développé par la firme U.S. Robotics, on pouvait y inscrire ses rendez-vous, les noms, adresses et numéros de téléphone de ses amis ou clients, toutes sortes de notes (y compris des choses à faire ou à ne pas faire) et des renseignements en tous genres : l'anniversaire de son conjoint ou de sa conjointe, la date de naissance de son filleul, l'année de la découverte du radium ou les datés-clés de l'affaire Profumo (de triste mémoire). On pouvait également y noter les détails de ses dépenses, par semaine, par mois, par année, ses activités hors normes, les dates où il fallait soumettre un rapport, les heures à facturer et même son code postal. Y étaient incorporés une calculette, un calendrier, une feuille de calcul et une base de données. Les plus débrouillards (genre : moi, à l'époque) avaient trouvé le moyen d'y télécharger des textes et même des livres entiers. - Je me souviens entre autres, y avoir transféré tout Sherlock Holmes que j'ai relu du temps de mes premiers déplacements à l'extérieur de la ville. - C'était du même temps où les téléphones mentionnés ci-dessus étaient si volumineux qu'on ne pouvait les installer que dans son automobile.


Palm IV - Un des derniers modèles.

Je ne me souviens plus au juste quand, exactement, j'ai commencé à me tenir dans des restaurants où l'on pouvait manger assis au comptoir d'un bar. - Il y a trente, quarante ans ? Peut-être plus. - C'était au début de ma carrière ou plutôt vers le moment où je devais passer la majeure partie de mon temps sur la route, comme on disait dans le temps ; une excellente traduction, à mon avis, du on the road américain. - Cela permettait à des gens comme moi de se retrouver entre collègues à divers endroits où nous avions «nos habitudes». - Puis, appelé à voyager un peu partout, au Canada et aux États-Unis, j'ai fini par trouver des endroits similaires dans différentes villes où, après un temps, je finis par être considéré comme un «régulier» dans une variété de «bars» où je pouvais, sans crainte, aller m'asseoir et où le personnel  - quel soulagement ! - se souvenait ce que je prenais comme apéro et même ce que j'allais manger. - C'était un sandwich au pastrami à New York, du veau aux morilles à Tucson, un Fish n' Chips à San Francisco, des moules à Boston, un club sandwich à Toronto, une soupe won-ton à Vancouver, un hachis parmentier à Paris, une sole à Londres, un bifsteak à la Helder à Bruxelles ou une soupe aux fèves rouges à un endroit que je refuse de nommer.

C'est avec le Palm™ décrit au premier paragraphe que j'ai pris l'habitude de lire, seul, dans mon coin, dans ces établissements où l'on sert encore de nos jours des boissons fermentées (ou distillées) et c'est ainsi qu'aujourd'hui, même à la retraite, il m'arrive souvent de m'accouder à des zincs ou ce qui passe pour des zincs avec, non plus un Palm™, mais un lecteur digital ou une tablette, et non plus pour rencontrer des collègues ou des clients, mais tout simplement pour prendre un apéro et manger entouré de gens à qui je ne suis pas obligé de parler et, justement, à qui je ne parle pas car - j'ai honte de l'avouer - je suis incapable de suivre la plupart des conversations de ceux qui s'y tiennent ; soit qu'ils parlent un langage que je n'arrive pas à comprendre (*), soit qu'ils passent d'un sujet à l'autre trop rapidement pour ma petite tête ou, pire encore, ils ont une conception du futur qui m'échappe complètement. La mienne est pourtant simple : le futur, c'est aujourd'hui, celui que je n'ai pas vu venir.

(*) «Je me sens autre, je me sens seul, je ne parle pas le langage qu'on parle autour de moi.» - Julien Green, Vers l'invisible, Plon, 1967, p. 208.

- Fin de mon introduction à ce qui suit.

*

Futurama

Un ami m'écrivait l'autre jour qu'il se posait depuis longtemps... - attendez que je trouve sa note exacte... «une question existentielle» à savoir si : «...les progrès technologiques avaient amélioré [...] les conditions de la vie vie humaine ; [si nous étions en train de vraiment nous donner] une plus grande liberté d'être, de parole, d'agir et même de penser ; [si nous étions aujourd'hui] plus en sécurité ; [si] nous dormions mieux la nuit»... etc. (J'abrège). Autrement dit : 

«Où allons-nous ?» ou «Que nous réserve l'avenir ?»

Je ne lui ai pas encore répondu parce que, en deux mots, je n'en ai aucune idée. 

Je sais une chose : que prédire le futur est une tâche très difficile, surtout en ce qui concerne l'avenir. - Et à chaque fois que j'entends ou que je lis ce que les futurologues nous promettent pour les prochains 50, 100, 200 ans, je me couvre les yeux et je me bouche les oreilles comme l'ont fait  - j'espère ! - ceux à qui l'on a présenté, lors de la grande exposition de Chicago, (en 1933)  cet, aujourd'hui, risible film dans lesquel on pouvait voir, en l'an 2000 (il y a 19 ans), des aéroplanes se déplacer d'un édifice à l'autre et des milliers d'autos qui circulaient sans arrêt sur d'innombrables autoroutes entre des villes uniquement composées de gratte-ciels.


The World of the Future

Pour les aéroplanes la plupart des futurologues de l'époque ont dû se rhabiller après avoir découvert, dans les années qui ont suivi leurs prédictions, le vent et ses effets, surtout entre des tours à bureau ou se forment des tunnels où l'on doit s'attacher pour se rendre, à pieds, de l'un à l'autre. Quant aux autoroutes, j'ai hâte de voir comment on aura réglé les embouteillages non pas dans, mais créés il y a ving ans.

Vous savez... le futur, pour des gens comme moi, qui sont dans la cinquante ou  soixantaine et même moins (ou plus : c'est mon cas), c'est un moment qui a un certain rapport avec nos passés, c'est-à-dire notre présent. Nous ne sommes pas obligés d'analyser des tonnes de  statistiques pour réaliser que les changements qu'on nous a promis ne sont pas survenus ; que les vies que nous avons menées n'ont pas été très différentes de celles de nos pères et mères et de leurs pères et mères, exclusions faites pour certains gadgets : le Palm™ dont j'ai parlé tout-à-l'heure, les fours à micro-ondes, les stylos à bille et les pneus radiaux (sans oublier les cônes oranges. les tissus en simili-cuirette synthétique et le Cirque du Soleil). - Personnellement, oui, j'ai voyagé un peu plus que mes parents, j'ai eu plus de temps libres et, avec la venue de l'internet, je n'ai plus eu à me déplacer pour enfin trouver des informations capitales sur la culture des topinencours,  la fabrication des archets de violon en Auvergne au XVIIe siècle. Une chose quand même : j'écris toujours avec une plume avec de la vraie encre contenue dans un vraie réservoir.

Hypothèque ? Inchangée. Fins de mois qui débute le quinze : inchangées. Amours déçues : inchangées. Grammaire : inchangée. (Pour elle, apparemment, il faudra attendre quelques décennies de plus.) - Embouteillages ? Je n'en avais pas prévu autant. Mais, depuis la venue des modèles japonais, nos autos sont mieux construites. Même les américaines. - Y'a juste les prix dans les bars qui n'ont pas suivi mes revenus, mais ça, c'était prévisible.

Mais revenons au futur. À celui qui s'en vient.

*

Sauvons la planète

En admettant - ce que je suis prêt à faire - que les gaz à effet de serre sont en train de polluer notre atmosphère, que les changements climatiques sont devenus un problème dont il faudra éventuellement tenir compte et que l'énergie à base de fossille doit faire place à une énergie renouvelable, je trouve bien arrogants ceux dont les slogans sont : «Sauvons la planète.», «Des millions d'espèces. Un avenir commun.», «La biodiversité d'abord et avant tout.», «Le développement sans destruction.», «N'enfouissons plus, recyclons.»...

Je les trouve non seulement arrogants, mais bien ambitieux, qu'ils ont même du culot et de  l'audace de se trouver plus intelligents que la nature qui les a mis au monde car la planète sur laquelle ils existent (et qui a quatre ou cinq milliards d'années) a su survivre à des maux bien plus sérieux que l'augmentation ou la diminution du nombre de ses tempêtes tropicales ou la présence de sacs en plastique dans ses océans : ses continents se sont scindés en deux, trois, quatre et se sont mis à se déplacer non sans séismes, éruptions volcaniques, tsunamis accompagnés d'impacts d'astéroïdes et de comètes et l'influence des vents solaires.

Pour elle, qui sommes-nous ? Un tout petit groupe de microbes, moins nombreux que les rats ou les fourmis. Nous sommes des bactéries comme ces monstres que furent les dinosaures et les ptérodactyles, et d'autres encore à qui elle a permis de survivre des milliers et dans certains cas des millions d'années. Elle en a fait disparaître 99,99% depuis qu'elle existe. - Attention, hein : je tiens à préciser que nous ne les avons pas tous tués. Plaidons coupables, oui, pour les tigres du Bengale (quoiqu'il en reste encore quelques uns), mais même avec nos insecticides, nous n'avons pas encore réussi à nous débarrasser des blattes et autres créatures «nuisibles». - Et nous pensons qu'avec notre polystyrène et nos déchets toxiques que nous sommes en train de détruire la terre ? - Les sacs en plastique que je viens de mentionner, ben, ils vont nous étouffer, nous, pas elle : elle les incorporera dans sa composition et puis voilà. : dans dix, cinquante, cent ans, nous aurons donné naissance à une terre renouvelée : A Brand New Earth ! 

De quoi annoncer dans les journaux galactiques :

Dans un système solaire près de chez vous 

Une toute nouvelle planète !

Maintenant avec du polystyrène

(Et sans ozone)

Soyons au moins fiers de ce que nous sommes en train de créer. - Pas sauver, mais créer.

Je vous ai déjà dit, je crois, ce que je pensais des écologistes et de leur recyclage ? - Fichez-moi la paix ! Si vous n'aimez pas les emballages de toutes sortes, attaquez-vous aux fabriquants de ces emballages. Pas à moi ! Je ne suis qu'une victime dans cette affaire-là. - Et je ne suis pas responsable, non plus, de la pollution des grands lacs : je demeure à plus à l'est. Quant à la disparition des tramways, j'étais contre, mais on ne m'a pas écouté. 

Mais passons maintenant à quelque chose qui inquiète ben du monde :

*

L'intelligence artificielle

J'ai une proposition à vous faire :

Que diriez-vous si l'on pouvait, demain matin, transférer vos neurones, vos pensées, vos idées, vos souvenirs dans un corps en acier inoxydable susceptible de durer mille ans pourvu que vous y fassiez un peu attention, enfin : beaucoup moins que cette ossature recouverte de chair dans lequel vous résidez présentement. - Sensations comprises, naturellement : vue, toucher, ouïe, goût, odorat, tout le bazar. Et en mieux : audition de plus de 20,000 cycles et de façon permanente ; vue au delà de l'infra-rouge et de l'ultra-violet ; odorat supérieur à tous les canidés ; et ainsi de suite. - Ajoutez une capacité de mémorisation dépassant les mille milliards de petaoctets... De quoi être capable de vous souvenir et de citer tout Shakespeare, tout Proust, cinq ou six versions de la Bible (et n'importe quelle partie de n'importe quelle lettre  de la correspondance de Voltaire) en une fraction de secondes ; parler également dix-huit langues et chanter comme Caruso ou La Callas (au choix).

Maintenant, imaginez-vous que des programmeurs pourront, d'ici quelques décennies, créer des robots  capables de faire tout cela et que ces mêmes robots, d'une intelligence fort suprérieure à la nôtre, décideront que nous sommes des nuisances sur la terre avec nos futurs Néron, Attila , Tomas Torquemada, Francisco Pizarro, Willhelm II, Hitler, Staline, Trump et Kim Yong Un (pour n'en nommer que quelques uns) sans compter ces horribles ultra-obèses créatures qui fréquentent les shopping malls américains... et qu'ils tomberont d'un commun accord sur une foule de choses : celui de nous remplacer, par exemple, ou de cesser de fouiller dans le sol pour trouver du pétrole, de voyager plutôt ; dans l'espace pour y découvrir d'autres planètes et d'autres robots semblables à eux, leur expliquant qu'ils sont des créatures issues d'une race (la nôtre) qui avait bien des failles, mais qui était quand même assez intelligente pour les avoir crées, eux...


Source : https://www.analyticsinsight.net

My money is on them comme disait le regretté Cardinal de Richelieu, pas sur ces petits commerçants que je rencontre au Bar*** (que je citais au début de cette chronique) qui ont de la difficulté à «faire partir» leur piscine cette année parce qu'avec le climat de ce printemps...

*

... ἀνεξέταστος βίος οὐ βιωτὸς ἀνθρώπῳ

C'est du grec. Du regretté Socrate. Ça se traduirait, à ce qu'on m'a dit, par : «Une vie qui n'a pas été étudiée, examinée, scrutée, analysée (faites votre choix)... ne vaut pas la peine d'être vécue.» - Parallèlement, la question qu'on peut se poser est : «Et si la vie étudiée, examinée, scrutée, analysée... ne valait pas, elle non plus, d'être vécue ?» (C'est de Kurt Vonnegut, je crois.) - C'est une possibilité. - Ça fait partie de ces aphorismes qu'on répète d'années en années depuis des siècles et qui sont tout aussi convaincants que les dictons ou proverbes qui se contredisent :

À père avare, fils prodigue
      Tel père, tel fils

 Les opposés s'attirent
      Qui se ressemble, s'assemble

Prudence est mère de sureté
      Qui ne risque rien, n'a rien

Ça va plus loin quand même que ces courtes phrases qui ne veulent rien dire. Les formules reliées à la mémotechnie par exemples :

Il n'y pas de «r» après un «si»
     Auquel on peut répondre : «Mais si l'on erre ?»

   et l'incroyable :

Je leurs ai dit et je leurs ai répété que «leur» devant un verbre ne prennait jamais de «s».

Je ne vous encouragerai pas à fréquenter les bars, cafés ou pubs de votre quartier, mais si jamais il vous en venait l'idée, vous pourrez toujours vous consoler en vous disant que ce sont des endroits où vous pourrez en apprendre plus de ces stupidités... ou vous en débarrasser. - Tous ces endroits ont, en général, un client, la plupart du temps plusieurs qui en connaissent des dizaines qui résument leur connaissance du monde ou qui sont en mesure d'en démonter la triste exactitude.

C'est la conclusion à laquelle j'en suis arrivé depuis un certain temps. Non : depuis longtemps.

À noter que j'y ai quand même appris que le mot «'stie» n'est pas un sacre, mais un signe de ponctuation verbale. Et que certains sacres pouvaient se conjuguer :

  • Je m'en décalice

  • Je m'en décaliçais

  • Je m'en décalicerai

  • [Il eut fallu que] que je m'en décaliçasse

(un peu rare, quand même, ce dernier.)

Et voilà qu'on me dit qu'on apprend rien dans ces établissements - qu'est-ce que je disais déjà ? - où l'on sert des boissons fermentées et distillées...

*

Fonds de tiroir

Quand on me demande de quoi je vis, combien je gagne par année, ce que je dépense, d'où proviennent mes revenus, je réponds invariablement que je ne le sais pas. - Ce qui n'est pas très loin de la vérité.

Je sais très bien que je n'ai pas les moyens de déménager de façon permanente dans une suite au Ritz et d'avoir un majordome à ma disposition 24 sur 24, ni d'avoir suffisamment de fonds disponibles instantanément pour me rendre à Paris à trois heures d'avis et encore mois posséder une Lamborguini Miura S ou même un Hummer modèle Deux.

Mes dépenses, je les fais au pif. Un pif quand même expérimenté, mais qui ne m'avertit pas encore asez rapidement que j'ai dépassé certaines limites. Pour cela, je compte sur deux personnes qui «administrent» mes finances depuis plus de vingt ans. Ceux qui me connaissent, savent de qui je parle : de mon ex et de mon comptable. «A deadly combination» m'a-t-on dit. - Probablement, mais je leur fais confiance, Et vous savez pourquoi ? Parce que j'ai été étonné toute ma vie du nombre de gens qui m'ont fait confiance.

Ça va dans les deux sens, je crois.

*

J'ai décidé cette semaine de ne plus jamais dire que la littérature «contemporaine» ne m'intéresse pas. - Je me suis d'ailleurs expliqué là-dessus (prolifération des livres qu'on publie, prix qui ne veulent rien dire, ce que les critiques passés ont écrit sur leurs contemporains, ceux à qui ils ont promis un brillant avenir, etc.). - Pourquoi ? parce que je me suis aperçu récemment, marchant dans mon appart, entre deux colonnes de livres non classés et déposés à même le sol parce que je ne sais plus où les mettre, que j'ai lu au cours des dernières années plus d'essayistes post-1970, et même 80, que tous les écrits des essayistes, notamment anglais, du XIXe siècle, ce qui, croyez-moi, est énorme. - Côté roman, je n'ai qu'à jeter un coup d'oeil, de l'ordinateur où j'écris ces lignes, pour apercevoir des noms comme Pérec, Marquez, Queneau, Ducharme, Robbe-Guillet, Aymé, Le Carré, Butor, Sarraute, quelques Russes, Allemands, Sud-Américains et un Tchèque...

Non contemporain, moi ?

*

Vous savez ce qu'on a dit de moi récemment ? Que j'étais «grégaire». Si, si : «grégaire», c'est-à-dire que j'avais tendance à fréquenter ou adopter le comportement de mes semblables (lire : être humains). - Depuis, je ne fais que compter le nombre d'endroits où je passe pour la plus taciturne des personnes qui s'y pointent.

Un détail :

J'ai abandonné il y a quelque temps l'idée de devenir, à la George Smiley, un «inoffensif excentrique qui change d'idées constamment, qui est reclus, mais qui posséde deux ou trois charmantes habitudes comme celle de se parler tout seul en arpentant des bouts de chemin sans intérêt...» - Les gens que j'ai rencontrés au cours des derniers mois ont trop eu la fâcheuse habitude de me demander qui j'étais.

Je me suis inventé une histoire qui les a fait reculer un peu :

  • que mon père est né en 1900

  • que son père, mon grand-père, est venu au monde en 1872, cinq ans après la Confédération

  • que j'ai une fille de 52 ans

  • qu'elle a une fille de 26 ans

  • et que son fils, mon arrière-petit-fils, aura quatre ans le dix juin prochain.

Ajoutez à cela que je suis conseiller en traduction, écrivain, amimateur radiophonique,  que je ne suis jamais allé «dans le Sud» et que je ne connais rien aux «chars».

J'ai même repenser à ressortir ma cane.

Le reste, j'improviserai.

*

Pour terminer, une pensée qui me revient en tête de plus en plus. Elle est de George Bernard Shaw dont je reparle un peu plus loin :

"Plus je vieillis, plus je m'aperçois que j'ai toujours eu raison et que les longues et fréquentes recherches que j'ai effectuées pour le démontrer m'ont fait perdre bien du temps."

Mais j'allais oublier :

Un conseil à une bonne amie à moi :

Trouve du temps pour toi. ne serait-ce qu'une heure par semaine. Une demi-heure suffira pour commencer. - Ce n'est qu'en étant toi que tu auras une certaine influence sur ceux qui t'entourent ; le reste du temps tu ne seras  que leur esclave... car :

Les gens ne nous aiment pas pour nos connaissances, notre intelligence ni pour ce que nous disons ou les services que nous leur rendont. Ils nous aiment parce que nous sommes nous.

Simon

***

147-2019-07-02

Fonds de tiroir

J'ai décidé ce mois-ci de donner un seul titre à ma chronique et c'est celui que vous venez de lire car  je n'ai pas eu le temps de mettre de l'ordre dans mes notes et voilà qu'on nous annonce du mauvais temps.

Y'aura peut-être des sous-titres.

*

Lu le même jour, à quelques heures-près :

«Malgré moi, je me rappelle le jeune homme de l'Évangile (saint Matthieu XIX) qui s'en alla tout triste d'avoir refusé au Seigneur Jésus de le suivre de plus près... Lui, il aimait la richesse. J'en connais d'autres jeunes hommes, qui aiment la science. Qu'importe le fil ou le câble. L'important c'est qu'il empêche l'âme de prendre son essor !»

(Le Révérend père Crété, S.J., auteur de Pensées, cité par Julien Green dans «Terre lointaine» (La Pléiade, Oeuvre complètes, vol. 5, page 1091)

et

«Dieu est terriblement absent de l'oeuvre de Marcel Proust. Du point de vue littéraire, c,est sa faiblesse et sa limite [...] le défaut de préoccupation morale appauvrit l'humanité créée par Proust, rétrécit son univers...

(François Mauriac, cité sans référence dans Lire [Hors-Série] : «À la Recherche de Marcel Proust», page 46)

La science qui empêche l'âme de prendre son essort et le monde de Proust apprauvi par l'absence de Dieu... - Certaines choses devraient être écrites sur des matériaux bio-dégradables.

*

Appris, tout-à-fait par hasard, que le fondateur de l'état américain de Georgia fut un certain James Ogelthrope 1696-1785) ; qu'il existe une Universite du nom d'Ogelthrope près de Savannah de même qu'un centre commercial où se trouvent : une succursale de JCPenny, une de GAP, une de LensCrafters et un Macy's.

Le problème avec des choses comme celles-là, c'est qu'on s'en souvient.

*

Je n'ai pas, pour paraphraser Alphonse Allais, toujours été le vieillard grincheux et  grognon que mes lecteurs voient en moi depuis des années. Il y a quelques décennies tout au plus, des temps furent où je n'étais que grâce et commisération.

Une longue et continue fréquentation d'endroits où l'on servait - et où l'on sert toujours, des boisson fermentées et, la plupart du temps, distillées - m'ont rendu taciturne, presque aphasique à exprimer une certaine empathie envers ceux qui ont toujours raison.

Les habitués de ces endroits ont fini par me convaincre que la plupart de ceux qui ont des convictions profondes nagent dans l'erreur la plus profonde (les deux font la paire) et que ceux qui n'en ont pas sont beaucoup plus près de la vérité.

*

Je suis tombé tout à fait par hasard, au cours du mois qui se termine (au moment où j'écris ces lignes), sur un livre et cela, à peu près au moment où je commençais à rédiger mes notes sur ce qu'est un livre «illisible» (en réponse à une question qu'un lecteur m'avait posée - voir ci-dessus ou ci-dessous ou à quelque part dans cette édition du Castor™). - Par hasard, oui, parce que je cherchais une vague référence sans importance dans une des Catilinaire de Cicéron dont je m'étais souvenu la veille et que j'ai finalement retrouvé sur Internet. - Une référence tellement sans importance qu'elle ne vaut pas la peine d'être mentionnée.

Où ?

Dans une section de la Bibliothèque Armand-Frappier de Valleyfield située à quinze minutes du siège social du Castor™, une bibliothèque formée - je ne sais pas au juste son histoire - par la réunion des bibliothèques de la Ville de Sallaberry-de-Valleyfield, de son CEGEP et du Séminaire qui y existait à un moment donné.

Cette bibliothèque mérite d'être mentionnée car elle peut se vanter de posséder, entre autres, la majeure partie de la littérature qui, aujourd'hui, semblent n'avoir, en français, qu'un seul éditeur, du monde gréco-romain, y compris les rares éditions complètes des oeuvres de Pline l'Ancien, de Pline le Jeune, de Cicéron, de Jules César, d'Horace, de Suétone, de Virgile, etc. - Un don ciel en tant que je suis concerné, mon immense fortune n'étant pas suffisante pour me procurer tous les livres qui m'intéressent de cette époque, livres qui semblent n'avoir aujourd'hui - du moins à ma connaissance - qu'un seul distributeur, celui de la Société d'Édition «les Belles Lettres» sis boulevard Raspail, à Paris.

Le livre «illisible» sur lequel je suis tombé ? - Sans importance.

*

Est-ce que je regarde la jeunesse d'aujourd'hui et celle qui la suit d'une certaine hauteur ? Pas du tout. Je ne fais que constater qu'elle ressemble de plus en plus à mes vingt, trente et quarante ans où je refusais de voir que mes prédécesseurs - qui n'étaient pas plus intelligents que les leurs - avaient suivi les même contre-chemins pour finalement apprendre que nager à contre-courant était une opération qui n'avait qu'un seul résultat : rester en place.

*

Et je ne sais pas pourquoi ce matin, j'ai pensé à deux personnes :

- à un jeune de sept ans que je devais interviewer par rapport à une chose aujourd'hui sans importance et que je n'ai pas pu voir parce que - c'est sa mère qui m'en a informé - il était «à son cours d'escrime». - Souvent j'ai repensé à lui depuis cette non-rencontre pour me demander ce qui a bien pu arriver, dans la vie,  à un enfant de sept ans qui suivait des cours d'escrime à la fin des années cinquante. - Un enfant qui n'a probablement jamais tenu un bout de bois dans ses mains, ni une caisse en carton qui aurait pu lui servir de château.

- à une femme qui n'a eu, comme amants, que de grands jaloux et qui ne cessait jamais de flirter avec tous ce qui portait des pantalons.

*

La nature a bien fait les choses, quand on y pense : en vieillissant, il nous arrive une chose étonnante et c'est celle de vieillir.

Simon

***

148-2019-08-05

Devise 

On reproche - trop souvent d'ailleurs - aux responsables du Castor™ de publier, surtout avant sa version (corrigée) destinée au marché américain (celle qui paraît le premier jeudi du mois), une ou des versions contenant des fautes de frappe, des erreurs grammaticales ou de vocabulaire quand ce ne sont pas des anglicismes, des canadianismes ou des affirmations contradictoires. À cela, j'ai suggéré de mettre immédiatement en dessous de son bandeau la devise suivante, tirée des Mémoires de Saint-Simon :

«Pour bien corriger ce qu'on a écrit, il faut savoir bien écrire.»

Mais cela m'a été refusé.

*

Misogyne, Moi ?

Oui, je suis misogyne : je déteste les femmes qui se croient non seulement supérieures aux hommes, mais tout simplément égales à eux. Celles-là sont aussi stupides que les hommes qui se croient supérieurs aux femmes. mais ma misogynie s'arrête là.

Oh, j'ajouterai que je n'aime pas les femmes vulgaires, mais je n'aime pas les hommes vulgaires non plus. - Disons que je suis non pas misogyne, mais partiellement misanthrope.

*

Excusez-moi, mesdames, si je ne vous comprends pas toujours (lire : si je ne vous comprends que rarement), mais je suis convaincu d'une chose : vous n'êtes ni égales, si supérieures, ni inférieures aux hommes ; vous êtes différentes. Et si l'histoire vous a souvent reléguées dans une classe humanitaire peu enviable, c'est la faute aux hommes qui ne tenaient pas à s'y retrouvés seuls et qui ont eu haut la main sur sa rédaction.

Parmi les femmes que je considère dignes de la plus haute estime et à qui - corrigez-moi si j'ai tort - je suis consentant à soulever mon chapeau et même devant qui je voudrais me mettre à genoux pour les admirer, comptez sur (*) : Marie Curie, Rosa Parks, Jane Austen, Mary Wollstonecraft, Henriette Dessaulles, Virginia Woolf, Rosa Luxemburg, Wanda Landowka, Emmeline Pankhurst, Ada Lovelace, Clara Schumann (une récente découverte) et bien d'autres.

(*) Les liens renvoient vers Wikipédia.

Mais si, à ces noms, vous voulez que j'ajoute ceux de la Princesses Diana, Mère Thérésa et Simone de Beauvoir, je vais vous prier de m'excuser.

Je n'ai qu'une question à vous poser : comment pouvez-vous à la fois accepter d'être adorées et de vous faire traiter en inférieures ?

Note pour l'éditeur : Veuillez retirer cette dernière phrase de la version finale. 

*

De la difficulté de lire certains livres
(Ou : Une drôle de question - Suite)

(Voir la section «Lectures» du précédent Castor™)

Nous vous avons promis le mois dernier, Copernique et, selon la formule consacrée, celui qui a l'honneur de signer ces modestes lignes, de vous écrire quelques trucs pour apprendre à lire plus rapidement or, j'avais oublié que Copernique allait être absent la première moitié du mois (jusqu'au 15) et que j'allais être absent la dernière moitié (à partir du 17)... Nous n'en avons conséquemment pas eu le temps, mais qu'à cela ne tienne, nous avions déjà préparé deux textes ou plutôt deux variantes du même texte que nous joignons à la présente édition du Castor™ :

Premier texte, tel que publié aux Éditions Belles Lettres

Deuxième texte, tel que réorganisé pour être lu.

... sur lesquels je reviens dans une minute. (Deux ou trois, si vous lisez lentement.)

*

Tout découle d'une remarque que j'ai faite à propos des alinéas et des paragraphes dans laquelle je disais que certains auteurs, dont Henry James, avait tendance, après avoir exprimé une idée, à insérer immédiatement à la suite - et donc dans un même «paragraphe» - tous les détails, exemples ou preuves à l'appui rendant la lecture de ces sections de texte ainsi constitués fort désagréable et souvent fastidieuse.

Oui, il y a des exceptions à cette «règle» :

Proust, entre autres, est un de ceux qui se sont servis de ces longues, presque artificielles, sections de textes (les textes contenus entre deux alinéas) pour diverses raisons parmi lesquelles on retrouve celle de ralentir la rapidité à laquelle on pourrait le lire et dont l'utilité devient évidente au fur et à mesure qu'on finit par s'adapter à son style. Joyce et Virginia Woolf ont fait de même pour, cependant, d'autres effets. mais il s'agit là de véritables exceptions. 

À l'origine, on peut comprendre que la rareté et le coût des matériaux sur lesquels on écrivait ont fait en sorte qu'on a essayé d'éviter les espaces vides entre mots et phrases, mais aujourd'hui ?

Aujourd'hui, au grand dam de ceux qui sont convaincus que les livres-papier sont là pour rester (les mêmes qui considéraient les lampes à l'huile comme la première et dernière source d'éclairage de même que les chevaux comme unique moyen de transport au début du siècle dernier), cette manie n'a plus sa raison d'être sinon, marketing-wise, de laisser croire qu'un livre n'est pas aussi volumineux qu'il l'est en réalité. 

C'est un vieux truc que ne dédaigna pas Proust lorsqu'il fut question de publier la première partie de son À la recherche du Temps perdu chez Grasset à qui il suggéra même de joindre artificiellement plusieurs paragraphes afin de rendre cette première partie plus compacte. Sauf que ni lui, ni Grasset, ni tous les éditeurs qui allaient les suivre, n'avaient pas prévu les manipulations qu'on pourrait faire de ce premier volume et des subséquents lors de la venue de leur édition en format électronique. 

Car, outre le fait qu'on ne peut vraiment pas juger de la longueur d'un livre distribué sous la forme d'un fichier informatique, on peut, électroniquement faire plusieurs choses :

D'abord - cela j'en ai déjà parlé, je crois - on peut effectuer dans les trois mille et quelques pages de la Recherche (aujourd'hui quatre mille pages et plus, fort peu attirantes. dans sa dernière édition papier - en quatre volumes dans La Pléiade) des recherches en l'espace de quelques secondes.

Ensuite, on peut augmenter ou diminuer la grosseur des caractères (fonte) de n'importe quel volume à sa guise pour en rendre la lecture plus facile.

Et surtout - ce que je me permets souvent - de doubler les retours de chariot pour espacer davantage les alinéas existants et ajouter un alinéa à toutes les fois qu'on rencontre un point qui termine une phrase.

Cela, nous en donnerons, Copernique et moi quelques exemples ... éventuellement.

Pour le moment, voyez les deux textes ci-joints et jetez un coup d'oeil sur le premier formé de longs et pénibles paragraphes et regardez - nous les avons mis en caractères gras - les passages que nous suggérons de lire dans le deuxième.

Et dites-nous, après les avoir lus, si vous pensez avoir compris l'essentiel de son contenu...

(À suivre)

Simon

***

149-2019-09-02

Proust, Louis-Ferdinand Céline, Joyce et les imposteurs

Relu au cours des dernière semaines Voyage au bout de la nuit et plus de la moitié de Mort à crédit de Louis-Ferdinand Céline et, après m'être penché plus ou moins récemment sur d'autres classiques (notamment sur À la recherche du Temps perdu en compagnie de Copernique et de Paul) j'en suis venu à la conclusion que le monde littéraire - non : le monde de ceux qui se disent connaisseurs en littérature - était composé en majeure partie de snobs et de prétentieux.

Une rumeur veut - enfin : me semble avoir lu quelque chose de semblable quelque part il y a plusieurs années dans «Les carnets du Major Thompson» de Daninos ? - qu'à Paris, lorsqu'on pose une question, personne n'osera vous répondre : «Je ne sais pas.» Plutôt embêtant, surtout quand on demande où se trouve telle ou telle rue. Sauf que c'est une chose qui ne m'est jamais arrivée.

Ce qui cependant m'est arrivé souvent, et qui continue de m'arriver régulièrement, c'est de me faire expliquer - littéralement EX-PLI-QUER - Proust, Céline, Gide... par des gens qui, visiblement ne les ont jamais lus. C'est surtout vrai à propos de Céline dont la plupart des lecteurs que j'ai connus, se sont limités aux dix, vingt premières pages de son Voyage au bout de la nuit et quelques phrases de ses pamphlets et qui ne font que répéter ce qu'ils en ont lu dans un article d'un journal, un numéro du Magazine littéraire ou numéro hors-série de la revue Lire.

Ces gens-là me font penser au frère d'une de mes ex-amies (je l'ai déjà mentionné) qui, membre des AA (Alcooliques Anonymes), se permettait de donner des conseils sur l'achat de vins, récitant de mémoire ce qu'il en avait lu, la veille, dans La Presse ou Le Devoir. C'était le même qui avait, d'ailleurs, des opinions sur TOUT : les derniers films, les derniers livres, les récitals ou pièces de théâtre en cours ou à venir et, à ce qu'on m'a dit, le sport.

J'ai pensé à lui il n'y a pas longtemps après être tombé sur la pub [à gauche] parue dans le magazine Historia en mars 1963 à peu près à l'époque où le Dale Carnegie & Associates semblait avoir atteint son apogée quoique cette société (?) - avec franchises, etc. - est toujours active..

Qui était Dale Carnegie ?

Le second fils, né en 1888, d'un fermier du Missouri qui, de  vendeur de cours par correspondance, de bacon, de savon et de saindoux, a voulu devenir comédien puis s'est transformé en un conférencier qui finit par donner des conférences sur l'art de donner des conférences. Il devint célèbre en 1932 en publiant How to Win Friends and Influence People (Comment se faire des amis) qui n'a jamais cessé, depuis, d'être vendu en plusieurs millions d'exemplaires après avoir été traduit en... 37 langues.

Sa méthode de «se faire des amis et...» est très simple :

D'abord on écoute, ensuite on flatte et, conseil important :  on n'oublie jamais les nom de ses interlocuteurs.

Le reste vient naturellement : on fait semblant, mais jamais trop longtemps car les gens avec qui l'on entre en communication finiront par s'apercevoir que l'on est un imposteur.

Pour Proust, l'imposture est facile à déceler : ceux qui l'ont lu - mais vraiment lu - l'ont lu deux fois et très lentement lors de leur seconde lecture, une manie qu'ils ont développée en lisant la première fois la dernière partie d'A la recherche où ils ont constaté, avec une certaine déception, que l'oeuvre qui venait de les fasciner depuis un long moment avait une fin ; et quand ils ont finalement atteint cette fin, ils ont réalisé qu'ils avaient passé à côté de l'essentiel d'À la recherche en n'ayant attaché de l'importance qu'aux personnages et aux histoires les concernant alors que, ce qui devient évident à sa relecture, le but visé par Proust était tout à fait différent, ses personnages et ses histoires n'étant qu'un moyen pour atteindre ce but.

(C'est, à mon avis, ce qui différencie les oeuvres écrites pour divertir et les oeuvres de nature littéraire. - Comme cela est souvent écrit sur les routes traversant des rails de chemin de fer : «Attention : un train peut en cacher un autre.» )

Une autre caractéristique de ceux qui ont véritablement lu Proust est de n'en parler que vaguement, un peu à la Swann, donnant des précisions ou des renseignements sur certains détails plutôt que d'émettre une véritable opinion. Cela s'explique (un tuyau pour épater la galerie à ceux qui ne l'ont jamais lu) par un mot de Shelby Foote (1916-2005) [*] qui en était à sa neuvième lecture peu avant sa mort, un mot d'un bonhomme qui a consacré sa vie à l'écriture : «On apprend toujours quelque chose en relisant Proust. Quand on sait où il s'en va, c'est une véritable et continuelle découverte de noter comment il s'est pris pour nous y amener...»

[*] Une superbe interview de Shelby Foote, où il parle en particulier de son métier d'écrivain, se trouve à cette adresse : https://www.c-span.org/video/?c4038220/shelby-foote. À écouter deux fois plutôt qu'une.

Les imposteurs céliniens sont plus subtils : ils parlent de son antisémitisme, des sa langue argotique, presque parlée, et de quelques épisodes où il est question de guerre ou de travail en usine. - Tout cela est bien présent dans Voyage au but de la nuit, mais si on leur demande pourquoi Céline utilise tant de passés définis dans ces phrases dites parlées, et des plus que parfait du subjonctif régulièrement, quand on leur parle de la famille Henrouille (voir notre extrait, cette semaine) ou de l'expérience de Ferdinand en clinique... tout finit par Céline en prison au Danemark...

Fait vécu : je n'ai connu de tous les céliniens que j'ai rencontrés qu'un seul qui, après avoir lu le Voyage s'est immédiatement attaqué (et lu) à ce qui est probablement son chef-d'oeuvre, Mort à crédit.

Permettez ici que je cite un grand célinien en la personne de Régis Tettamanzi, auteur de «Voyage au bout de la nuit - [D'après son manuscrit]» - Édition 8, Québec, 2016 : :

«Une des conséquences [... (des recherches effectuées sur le manuscrit du Voyage) ...] a été d'en finir avec l'illusion de la spontanéité célinienne, celle d'un auteur qui écrirait comme on parle. A contrario, l'étude des manuscrits a montré combien l'écriture de Céline était le résultat d'un travail patient, parfois inlassable, au terme duquel se trouvait reconstruit le simulacre d'un tel jaillissement, oral, oral et populaire.»

Comme c'est bizarre (Jouvet) qu'on ne parle plus de Balzac, de Zola ou de Victor Hugo de nos jours...

Un indice :

On n'en parle plus car les critiques contemporains ont peur de démontrer qu'ils ne connaissent pas grand chose sauf lire ce qui pourrait devenir un gros vendeur.

Ce dont je me rappellerai toujours, ce sont les petites fesses et les beaux yeux d'une critique de cinéma à la télévision qui, ayant trouvé un film particulièrement magnifique, ne savait pas comment prononcer son titre : Valkyrie. - Elle a été peu de temps après mutée au sport. Son âge ? Vingt-deux, vingt-trois ans.

Note :

Je ne sais pas si le magazine Historia (qui existe toujours) accepte encore de la publicité du genre améliorer votre personnalité ou comment guérir son urticaire en quatre jours, mais ça aura été un moment une de ses normes considérant les quelques numéros que j'ai récemment consultés. À sa décharge, je peux quand même dire qu'à une certaine période, notamment au cours des années cinquante et même soixante, la publicité en général n'avait pas comme principe fondamental la totale vérité.

*

Fonds de tiroir

De la difficulté de vieillir

J'ai une amie avec qui, pendant des années, je me suis toujours très bien entendu, mais pour qui, depuis quelque temps, je suis devenu vieux jeux, misogyne, grégaire et plus récemment paternaliste. - Comme ça, en l'espace de quelques mois, je suis devenu pour elle quelqu'un d'agressif, qui ne ne dit que des bêtises, qui ne fait que proférer des lieux communs et qui, de surcroît, est devenu condescendant.

Ma réaction ? Je trouve très curieux, surtout à mon âge, d'avoir en si peu de temps non seulement évolué vers le pire, mais changé du tout au tout ;  d'être devenu en quelque sorte quelqu'un que je ne reconnais plus. - Si j'eusse su, j'aurais fait semblant de ne pas vieillir et de trouver génial tout ce qu'elle fait.

*

On m'a dit il n'y a pas longtemps que je n'avais aucun droit à dire quoi que ce soit sur les politiciens car je ne votais que rarement. Au contraire : je peux en dire n'importe quoi car ce n'est pas moi qui les a mis en place. Ce qui me rappelle que, les lendemains d'élections, il est rare de rencontrer des électeurs qui ont voté pour ceux qui ont été élus.

Je vais corriger mon tire et dorénavant m'en prendre non plus à ces politiciens mais aux électeurs qui supportent qu'on leur donne le choix entre deux, parfois trois et, dans certains comtés, jusqu'à cinq crétins et rien d'autre.

*

L'autre jour, j'ai repensé à une de mes ex-amies - la même que tout-à-l'heure - qui ne commettait jamais d'erreur. Le genre de celles qui, ayant sorti du frigo et échappé un litre de lait sur le plancher de la cuisine, réussissait à blâmer leur conjoint qui l'avait, forcément, mis trop près de la porte.

Simon

***

150-2019-10-07

Tout à fait d'actualité
(Plus ça change...)

Voici ce que j'ai écrit l'an dernier à à peu près la même date, soit en septembre 2018. C'était à propos des élections provinciales. Nous en sommes maintenant aux élections fédérales.

Seriez-vous d'accord pour dire que, par rapport aux élections de l'an dernier, il n'y aurait pas grand chose à modifier dans le texte qui suit pour que le tout soit, encore une fois, d'actualité ?

*

   Souffrage !

J'ai appris tout à fait par hasard il n'y a pas longtemps que nous étions, au moment où j'écris ces lignes en «période électorale». On m'aurait dit que nous étions en une de ces périodes de «plus ça change, plus c'est pareil» que ça ne m'aurait pas plus surpris car, des «périodes électorales» qui n'ont rien changé, j'en ai connues maintes et plusieurs ; des municipales, des provinciales, des fédérales et, si je me souviens bien, même d'élections d'arrondissements, de quartiers, de commissions scolaires  y compris des collégiales car, là où j'ai étudié, on «votait» pour élire des représentants par «classe» (entendez par là des étudiants partageant les mêmes cours ou les mêmes salles où l'on enseignait le latin, le français, la géométrie et même le dessin d'après nature). - À bien y penser, je crois n'avoir connu que des élections où plus ça changeait, plus c'était pareil

La démocratie, telle qu'on la pratique dans ce pays, a de ces visages qui ne trompent pas : elle est en contradiction presque totale avec celle qu'on nous décrit dans les cours d'histoire, de philosophie et même de linguistique. Et n'allez surtout pas me dire que la démocratie de l'ancienne Grèce était... démocratique. À Athènes, tout comme à Rome, il fallait appartenir à une riche famille pour être élu. Et parfois même, on devait «acheter son élection».

Je serais prêt à parier que 95% des électeurs d'aujourd'hui, en France, en Italie, en Angleterre, aux États-Unis et même ici, au Canada, n'ont jamais VU leur député ou représentant (sauf, par hasard, à la télévision) et que la moitié d'entre-eux ne savent même pas son nom.

Dans un système entièrement démocratique comme le nôtre, on ne choisit pas les candidats dont l'heureux élu nous représentera au municipal, au provincial ou au fédéral. Ce choix est effectué par les membres des partis qui s'affrontent. Et encore : le «cheuf» peut, à n'importe quel moment, vous «parachuter» son candidat dans le comté ou l'arrondissement où vous résidez. - Si vous ne me croyez pas, demandez aux électeurs et même aux membres du Parti Libéral du comté de Marquette en ce moment
(*).

(*) En septembre 2018, le choix du candidat du Parti Libéral de ce comté avait été remplacé par - si je souviens bien - un ex-athlète à la demande du chef du Parti qui avait le droit de regard sur qui pouvait ou devait le représenter dans chaque comté.

Et puis qu'est-ce que c'est que ces «partis» (politiques) ? - Je connais des gens ici, comme aux États-Unis, qui votent pour le même depuis des années, quasiment de père en fils (et de mère en fille depuis qu'on a permis aux femmes de voter et l'on parle pas ici depuis plusieurs siècles mais depuis une douzaine de décennies tout au plus) même si les partis pour qui ils votent ont changé leurs politiques plusieurs fois au fil des ans, parfois d'une élection à l'autre et même entre deux élections.

(Cf. : le Parti Républicain de Lincoln et ceux de Bush, père et fils, et celui de Trump...)

Notre démocratie n'est pas une illusion. Elle est une illusion d'une illusion.

D'aucuns vous diront qu'il faut quand même qu'il y ait une certaine organisation à la base, sinon ce serait un chaos total dans les gouvernements - je répète - municipaux, provinciaux ou fédéraux. Mais alors cessez de nous embêter avec vos élections : laissez aux fonctionnaires le pouvoir d'administrer ce que, de toutes façons, ils sont obligés d'enseigner à ceux «que nous élisons» lorsqu'un, par exemple, un avocat de Saint-Glinglin qui a la faveur du «cheuf» devient ministre des portes, fenêtres et bijoux.

Je ne connais qu'un seul bulletin de vote qui, dans toutes les circonstances, pourrait être valable ou avoir une certain poids dans l'exercice d'une véritable démocratie telle qu'on devrait la pratiquer, ici et de nos jours, et c'est celui sur lequel il y aurait une case qui se lirait : «aucun de ceux-là».

Si 50% + 1 des électeurs allaient faire une croix dans cette case, tout ceux qui figurent sur ce bulletin seraient INTERDITS de se représenter pour cinq ans.

Peut-être que parmi les clowns qui se présenteraient pour le parti X, Y ou Z à des élections quelconques, l'on finirait ainsi par trouver des représentants dignes - je ne dirai pas de foi, mais au moins de confiance. - Et puis le chef d'un parti ne deviendrait pas automatiquement premier ministre, président or whatever : celui-ci serait élu indépendamment. - Et qu'est-ce que vous diriez d'interdire à tous les chefs de parti de se présenter à ce poste ? - Oh, il pourrait toujours démissionner, mais entre la date de sa démission et sa possible élection à l'un de ces postes, il devrait s'écouler six mois. Douze ?

Une dernière condition : tous les gens qui se présentent devant l'électorat devraient détenir un diplôme en sciences politiques ou à tout le moins, avoir démontré une certaine expérience en gestion. Ça éviterait les revendeurs d'auto au poste de ministre de la Justice ou les acocats à celui des Pêcheries. (J'éxagère à peine.)

Faudrait-il ajouter à ce critère de base les obligations de : 1) n'avoir jamais fait faillite plus qu'une fois et 2) ne pas avoir de casier judiciaire (sauf pour conduite en état d'ébriété car, quand même...)

Et puis cinq ans de prison automatique à quiconque est reconnu coupable d'évasions fiscales, d'acceptations de pots-de-vin ou de mensonges à la population.

Tiens, tant qu'à y être pourquoi ne pas doubler les rémunérations de nos députés, ministres, sénateurs, etc. ou, à tout le moins, les élever à un niveau semblable à ceux qui dirigent des entreprises comparables à celles qu'ils auront à diriger.

En attendant, pour qui voulez-vous que je vote sous peu ? Pour ceux ou celles qui tiendront leurs promesses électorales? - L'histoire nous enseigne ques rares sont les promesses qui se réalisent.

Choisissez dans le lot :

Le Parti Québécois, le Parti Québec Solidaire, le Parti Coalition Avenir Québec, Le Nouveau Parti Démocratique du Québec (quoi ? Il y en aurait eu un ancien ?), le Parti Libéral et le  Parti Vert.

(Ajout en octobre 2019) Présentement, au Fédéral, voici la liste des Partis en lice : L'Alliance Nationale des Citoyens du Canada, Arrêtons le changement climatique, Le Bloc Québécois, Le Parti pour la Protection des Animaux du Canada, Le Parti Vert du Canada, Le Nouveau Parti démocratique, Le Parti communiste du Canada, Le Parti conservateur du Canada, Le Parti de l'Héritage Chrétien du Canada, Le Parti de la coalition des anciens combattants du Canada, Le Parti libéral du Canada, Le Parti Libertarien du Canada, Le Parti Marijuana, Le Parti Marxiste-Léniniste du Canada, Le Parti Nationaliste Canadien, Le Parti populaire du Canada, le Parti pour l'Indépendance du Québec, Le Parti Progressiste Canadien, Le Parti Rhinocéros Party, Le Parti Uni du Canada, Le Quatrième front du Canada.

Qu'on nous ramène les Créditistes. Avec eux, au moins, c'était drôle.

*

You Esse Hé ! You Esse Hé ! You Esse Hé !

Je n'ai pas de téléviseur et j'ai découvert, tout à fait par hasard, il y a six ou sept mois, que je possédais quand même un poste de radio, mais peu de temps après, hélas, qu'il ne fonctionnait pas... J'ai cependant trois, quatre, peut-être même cinq ordinateurs (ou  tablettes) ; six, si je compte mon téléphone intelligent qui, en capacité est cent fois supérieur à mon premier ordi... - Et l'Internet.

Je ne m'intéresse pas à la politique, surtout celle dans lequel je vis compte tenu qu'elle n'a pas grand chose à faire avec la démocratie (je ne reviendrai pas là-dessus) et surtout aux «nouvelles».

Quand, au hasard lors des nombreuses rencontres qu'il m'arrive de faire, un individu quelconque ou une belle femme que j'ai remarquée me renseigne sur les dernières foleries des Américains et de leur génial président, il m'arrive de poser quelques questions, mais pas plus ; et je passe dans ce temps-là pour un extra-terrestre ; ce qui est loin du modeste excentrique que je voulais être à mon âge.

Des mariages gais, de l'avortement, de la laïcité et de je-ne-sais-quoi-d'autres, je n'ai rien à foutre. Qu'on me laisse la paix et je vais laisser la paix à ceux qui sont pour ou contre et ceux qui n'ont aucune opinion sur ces cruciaux problèmes SAUF à ceux qui veulent m'imposer quoi que ce soit, exceptions faites des règlements qui ont démontré leur efficacité dans la population at large : les heures d'ouverture des magasins, les feux de circulation, la plupart des limites de vitesse, les pistes pour piétons ou cyclistes, y compris le droit d'aller... voter !

You essé hé, You essé hé, mon c...

*

Bulletin de santé

J'ai le même médecin depuis une trentaine d'années qui, lors de mes examens annuels auxquels je me soumets èa tous les duex ans, me répète invariablement que :

1 - Je devrais cesser de fumer

2 - Je devrais diminuer ma consommation d'alcool

3 - Je devrais perdre du poids.

Ma voisine dit que je me nourris mal ; que le nouveau guide alimentaire canadien auquel je devrai maintenant obéir est supérieur au précédent qui fut trop fortement influencé par l'industrie laitière. Qu'est-ce qu'elle me dit également ? - Ah oui : que je ne fais pas assez d'exercice. (Comme si faire mon lit, la lessive, la cuisine, la vaisselle, épousseter les meubles, y compris le contenu des bibliothèques, passer l'aspirateur, nourrir le chat, sortir les poubelles, faire les courses et.. marcher un, deux, trois kilomètres par jour ne suffisaient pas ! - Peut-être veut-elle que je suive des cours de danse ?)

Vous savez quoi ?

J'ai vécu plus longtemps, jusqu'à présent, que bien des diététistes et spécialistes de la santé. En voici quelques uns dont aucun n'a atteint l'âge moyen que les statistiques nous enseignent à respecter, surtout celles concernant l'âge à laquelle on devrait trépasser :

Ewell
Gibbons
Adelle
Davis
Nathan
Pritikim
Clive
McCay
James
Fixx
Michel
Montignac
Décédé
à
64 ans
Décédée
à
70 ans
Décédé
à
69 ans
Décédé
à
69 ans
Décédé
à
52 ans
(en joggant)
Décédé
à
66 ans

Quand, pour mon permis de conduire, mon médecin m'a demandé il n'y a pas longtemps, si j'avais déjà été hospitalisé, elle a paru surprise quand je lui dise oui. - Quand ? - Il y a une soixantaine d'années. Pour un petit problème du système digestif. - «L'appendicite ?», m'a-t-elle demandé. - «Exactement.» - «Bon. Si ça ne vous fait rien, je vais inscrire "non" sur le formulaire, juste au cas, et si jamais on l'apprend et qu'on vous demande pourquoi vous ne l'avez pas déclaré, vous direz que vous ne vous en souveniez plus.» 

Ne plus m'en souvenir ! Comme si c'était à moi de décider ce qui doit faire partie de ma mémoire permanente. Ou pas. Tenez :

Ce matin en me rasant, j'ai découvert, pour la centième fois, peut-être la cinq centième, qu'au cours de la nuit, j'avais développé une éruption cutanée sur la joue gauche, tout près du menton. - De ce fait, pour la centième fois, peut être la cinq centième, je me suis souvenu du médecin qui m'avait prédit, quand j'avais dix-huit ans, que ces éruptions cesseraient quand j'attendrais l'âge adulte ; l'âge qui coïncidait, à l'époque, avec celle où l'on pouvait consommer tout-à-fait légalement, des boissons distillées (ou fermentées). Ce fut un des deux ou trois médecins qui ont précédé ma courante et qui sont décédés depuis longtemps.

Ce qui m'amène à vous parler de :

La vieillesse

Petit à petit, je commence à savoir ce que c'est que vieillir. C'est une chose qu'on ne découvre pas spontanément. Le cerveau n'a pas de rides et, à ma connaissance ne souffre pas de rhumatisme et, parce qu'on ne le voit pas, on ne sait pas si sa peau n'est pas devenue moins élastique ou si ses artères ont commencé à se bloquer.

Vieillir ? Ça consiste surtout à constater qu'on n'est plus de son temps et qu'il faut conséquemment se taire, ne plus émettre d'opinions et faire semblant que tout ce que font les jeunes - particulièrement dans la quarantaine -, ne doit pas être contesté. Raison : ce sont ceux qui assurent nos retraites.

Et pourtant :

Je crois avoir été relativement sage dans ma vie. - Je n'ai, par exemple, jamais écouté les conseils qu'on me donnait. Par contre, j'ai copié, plagié, pastiché, mimé, calqué, imité les faits et gestes, les tics, les manies et les manières de penser de tous ceux  plus âgés que moi et qui semblaient avoir réussi ; pas réussi financièrement - cela eut été trop bête -  mais réussi à être... heureux.

Dernièrement, ne me demandez pas pourquoi, je me suis surpris à  dire ce que je pensais, de donner en quelque sorte mon opinion surtout sur le fait qu'il fallait copier, imiter, plagier... Ça n'a pas réussi. - À ma décharge, je dois préciser que j'ai commencé à voir de moins de gens, plus âgés que moi, particulièrement dans la catégories de ceux qui sont heureux. - Une question de statistiques : passé un certain âge ou même le mien, on meurt, on tombe malade, on ne veut plus voir personne, on perd la mémoire... 

Mais qu'est-ce que j'ai à vouloir que les autres soient heureux tout à coup ?

Je sais : je n'aime pas voir les autres emprunter des routes qui mènent nulle part.

Le reliquat d'une éducation judéo-chrétienne.

Ce que j'ai oublié d'apprendre, c'est d'écouter en silence et surtout de ne pas mimer quelqu'un qui a l'air de mettre en doute ce qu'on me dit. 

*

Finalement, pour savoir les conseils que je donnerais à un ami qui vient de vendre son premier livre, ne m'interrompez pas sauf si vous avez connu au moins trois écrivains qui ont eu à faire face au fisc.

Simon

P.-S. : Vive les ordinateurs ! Une fois sa ou ses chronique(s) terminée(s), tout écrivain peut immédiatement effacer ses brouillons. Oui, je sais qu'en posant ce geste, les auteurs privent les futurs rédacteurs de thèses qui démontreraient ce que j'aurai voulu ou ce que les écrivains auraient voulu écrire, mais c'est comme ça. Personnellement, j'en ai jusque là de lire pourquoi, dans «À la recherche du Temps perdu» il n'y a qu'un seul animal : le chien de Madame Sazerat.

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