Les chroniques de Simon Popp

_______________________________________________________________________________________________________

No. 131 à 140

(Du 2 février 2018 au 3 décembre 2018)

Série précédente

Série suivante

_______________________________________________________________________________________________________

140-2018-12-03

Fond de tiroir 2 

- Avant que j'oublie : à mes amis décédés cette année, ce n'était pas gentil de votre part. - Et toc !

- Hermy (Pardon : Monsieur Herméningilde Pérec), se penchant exceptionellement sur son passé dans sa chronique d'aujourd'hui, mentionne un certain regret. Si j'ai des regrets ? Oui, mais j'ai toujours préféré être heureux.

- Je pensais sérieusement l'autre jour au nombre relativement restreint de femmes que j'ai connues et me suis rappelé, pour l'une d'entre-elle, la dernière phrase d'Un amour de Swann de Proust: «Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre !» - Heureusement, dans mon cas, ce ne fut pas un grand amour et ça n'a pas duré des années.

- Si j'ai déjà beaucoup aimé une femme en particulier ? Oui. Et je la revois toujours, régulièrement même, avec le même plaisir car, à mon âge, on ne dit plus avec la même envie.

- D'une femme qui meurt, quel que soit son âge, il ne faut jamais dire qu'elle était l'épouse [adorée de] ou la veuve [adorée de], mais on peut se permette de penser qu'au moins six hommes ne l'oublieront jamais.

- Je déteste les livres qui se veulent biographies, souvent écrits à la première personne, et dans lesquels il faut se demander si les personnages qui y sont décrits sont réels ou fictifs. - Deux exceptions : voir les notes de lectures du présent Castor™.

- J'ai remis à Madame Malhasti cette semaine - et à sa demande - la liste de mes poèmes favoris d'Edna St-Vincent-Millay lui demandant en même temps si elle ne pourrait les tradapter pour nos lecteurs. Elle s'est dite très occupée ces temps-ci, mais qu'elle allait voir ce qu'elle pourrait en faire dès la mi-janvier. - À suivre.

- De la Edna St-Vincent-Millay Society j'ai reçu récemment une lettre me demandant si je voulais contribuer au fonds nécessaire à sauvegarder le Steepletop (440 East Hill Rd., Austerlitz, NY) c'est-à-dire la dernière demeure de cette grande poétesse, demeure qu'on a transformée en musée suite à son décès en 1950 et auquel j'ai rendu visite l'an dernier. - Une petite note en bas de page m'indiquait que sur le million de dollars nécessaires à cette sauvegarde (sic), je voulais faire un don exceptionnel, je n'avais qu'à entrer en communication avec Madame A*** à l'adresse ***.millay.org. - Je suppose, après m'y être procuré deux chandails, un livre, un vidéo et autres souvenirs qu'on m'a cru très riche...

Faut dire qu'avec la quantité de chandails et de T-shirts que je possède (de musées, d'universités, de monuments, de restaurants, de places publiques et de villes - y compris trois des rarrisimes T-shirts de l'Université de Napierville) [je suis accroc], je dois passer pour un bonhomme qui a les moyens de voyager tout le temps. Vous en connaissez, vous des gens qui se promène avec des chandails de New York, Chicago, Paris, Londres, des universités de Sienne, de la Colombie Britannique ou de Singapour ?

Ben voilà.

Fama triset.

***

Liberty anyone ?

Un lecteur (qui réside en face du Parc Lafontaine, à Montréal - je donne son adresse pour qu'il puisse se reconnaître) m'a demandé, à moi, de parler de l'épineux problème de la liberté dans les pays dit libres.

Ma réponse en bref, je n'en pense rien.

Pour lui faire plaisir, quand même, j'ai fait des recherches.

Je n'ai pas eu le temps de les compter, mais il doit bien y en avoir une bonne cinquantaine dans le monde de ces pays libres et penser à cinquante pays à la fois...

Wikipedia me dit que sur 82 pays où la démocratie existe (c'est bien de cela dont il s'agit, Monsieur *** de la rue du Parc Lafontaine, non ?), 19 seulement sont considérés comme étant adeptes de la vraie démocratie car il ne faut pas se fier à leur(s) nom(s). - Ainsi, la Corée du Nord qui en est à sa sixième république a comme nom officiel République Démocratique de la Corée du Nord. - Idem pour la République Démocratique du Congo (Zaïre de 1965 à 1997).

Le site Statista liste, parmi les pays du monde, en ordre de ceux qui sont de nature démocratique à ceux qui ne le sont pas (10 étant la cote décernée au plus démocratique et 1 (ou moins) au moins démocratique - lire : au plus totalitaire).

Aux tous premiers rangs est classé la Norvège avec une cote de 9,87, suivie de près par l'Islande, la Suède et la Nouvelle-Zélande (9,58, 9,39 et 9,26 respectivement).

Dix pays au total ont une cote supérieure à 9, le Canada arrivant au sixième rang, ex-aequo avec l'Irlande avec 9,15 en avance quand même sur la Suisse (9,03) toujours considéré comme un des pays les plus libres du monde... par rapport à l'Allemagne (8,61), l'Angleterre (8,53) ou même l'Espagne (8,08). - Quant au pays de la Liberté, de la Fraternité et de l'Égalité, la France a une cote de 7,8 arrivant derrière le Botswana (7,81).

Les USA, dans ce classement, se situe au 21e rang avec 7,98 (!) - Faut dire qu'avec son collège électoral et Trump, faut pas être trop surpris. D'autant plus que les États-Unis comptent parmi ses alliées (ventes de plusieurs milliards de dollars d'armes) l'Arabie Saoudite qui est classée 159ième sur 167 pays analysés (cote de 1,93)...

Alors quand on parle de Pays libres, faut pas croire tout ce qu'on lit dans les journaux.

(Pour plus de renseignements voir sur Wikipedia ICI).

(Soit dit, en passant, les cotes sont établies en fonction des processus électoraux et de l'implication politique des citoyens dans ces processus, le pluralisme des libertés civiles, le fonctionnement des gouvernements et ce qu'on appelle la culture politique.)

En supposant que tout ce qui précède est exact et en supposant que la France est un pays où l'on peut, selon, la définition généralement admise, du type démocratique c'est-à-dire où tous les citoyens ont le droit de s'exprimer ouvertement (ce que les faits ne démontrent pas toujours, la diffamation y étant sévèrement punie), est-ce qu'on peut en déduire que la vraie liberté, celle qui n'a pas besoin d'être définie, n'existe que dans une dizaine de pays dans le monde ? - C'est à voir.

De là à en conclure que chaque citoyen de ces dix pays est tout à fait libre de ses gestes et surtout conscient de ceux qu'il pose - ne serait-ce qu'en allant voter - je ne fais pas partie de ceux qui le pensent.

En fait, compte tenu de l'ingérence dans les processus électoraux des parties politiques qui choisissent ceux pour lesquels il faut voter (ou non), de la popularité presque artificielle de ceux qui se présentent (un ex-joueur de foot, une vedette de la télé ou du grand écran ou tout simplement le fils d'un élu précédent) et, comme je le mentionnais ci-dessus, de stupidités comme le Collège électoral américain, les comtés protégés et le vote unique qui permet à un représentant d'être élu même si la majorité des électeurs ont voté contre lui, je me demande sérieusement si la démocratie existe vraiment et, en conséquence la vraie liberté dont veut que je l'entretienne mon correspondant de la rue face au Parc lafontaine.

Quant aux lois que se permettent de temps à autres les membres de ces élus démocratiques (loi du baillon à la Duplessis, loi anti-mesure de guerre de Trudeau [père], l'emprisonnement des Japonais aux États-Unis lors de la Deuxième Grande Guerre, etc.), y compris les dictats à la Pétain, les ordres présidentiells à la Trump et, pourquoi ne pas le dire, les mesures pour protéger le pays à la Hitler...

Non, la liberté n'est pas une chose acquise, mais un privilège accordées par un petit nombre à ceux qui se croient libres.

Et ne m'embarquez pas, cher Monsieur habitant en face du Parc Lafontaine, à Montréal, dans la question du libre arbitre car, né dans un pays comme la Syrie où tout autre dirigé par un Iman ou un Duce, je me demande où pourrait bien commencer votre liberté.

En attendant, vous pouvez exercer votre "droit" de vote.  

La Liberté guidant le peuple 
(Eugène Delacroix - 1830)

Simon

***

139-2018-11-05

Fonds de tiroir 

Louis Ferdinand Céline avait raison : 

«La langue, rien que la langue, voilà l'important. Le reste, tout ce qu'on peut dire d'autre, ça traîne partout. Dans les manuels de littérature, et puis lisez l'Encyclopédie.» 

Je sais que ce sera difficile à croire mais on m'a félicité, moi, pour ce qu'on a appelé «ma dernière chronique» comme si ça en avait été une. Je l'ai relue, trois fois plutôt que deux et j'en suis venu à la conclusion que si je continuais à écrire et répéter des lieux communs comme je l'ai fait, non seulement dans cette «chronique», mais dans d'autres qui l'ont précédée, je finirais ma vie en vieux radoteur qui ne se souvient que de son passé. Et de son restreint passé par dessus le marché.

La langue, oui, la langue ! - Combien de fois ai-je lu et relu mes auteurs favoris non pas pour ce qu'ils disaient, mais pour la façon qu'ils le disaient. - Combien de fois, aussi, ai-je écouté parler des gens qui n'avaient rien à dire, mais pour la façon dont ils s'exprimaient. - Des fois, juste à cause de leur voix. - C'était Albert Millaire qui récitait des poèmes  qui n'en n'étaient pas, Germaine Giroux qui, dans les Belles histoires des Pays d'En-haut (La lionne), faisaient des liaisons toujours surprenantes ou encore Louis Jouvet qui disait, de sa voix saccadée : «Est-ce que ça vous gratouille [une pause] ou ça vous chatouille ?» (Knock de Jules Romains). - (Louis Jouvet, pour ceux qui ne le savent pas était bègue.)

J'ai aimé. J'aime encore les «classiques» et leurs alexandrins : Corneille, Racine, Molière. Et il m'arrive souvent de relire des pièces d'«Auteurs du second ordre de comédies en vers» dans de petis volumes publiés vers 1810-1812 qui se sont ramassés dans ma bibliothèque Dieu-sait-comment, pour entendre : «J'aime mieux un époux qui m'aime et qui me plaise / Que le trône d'Argos et que celui d'Éphèse.» Car la langue, c'est quelque chose qui se dit et non qui se lit.

Moi, qui ne connais rien au grec, j'ai été séduit l'autre jour par un professeur qui, au cours d'un débat, a lu le début de l'Odyssée d'Homère en s'accompagnant d'un simple tambourin dont il se servait pour rythmer ses phrases. C'était merveilleux. Sauf que j'ai oublié de noter l'adresse (Internet) et que je la recherche depuis ce temps-là... (*)

(*) https://www.youtube.com/watch?v=c24qHvlRCE8 - 2e partie (note de l'éditeur)

J'aime la musique de Verlaine, l'un des plus grands poètes qu'a connus la France (avec Hugo et ces grandioses envolées). - L'un de mes amis, poète à ses heures, m'a refilé deux de ses recueils récemment et vous savez ce que j'ai noté ? Non pas ces vers (qui n'en n'étaient pas), mais la musique qui s'en dégageait.

Tiens, tout à coup, en écrivant ce qui précède, je me suis souvenu que, jeune étudiant, entre amis, nous avions pris l'habitude de parler en alexandrins. Un précieux souvenir. Facile, quand on s'y met, mais je me vois mal, aujourd'hui, dire au bar où je vais manger tous les midis : «Un sans sucre café, une omelette cuite au four / Deux tranches de pain sans beurre  et les journaux du jour.» (M'enfin...)

Louis Ferdinand Céline avait raison : «La langue, rien que la langue, voilà l'important.»

Malheureusement, à force de la bâtardiser en insistant sur la langue écrite (qui a de moins en moins de rapport avec la langue parlée), elle se perd.

Quand, pour la dernière fois, avez-vous entendu quelqu'un dire : «J'eusse aimé que vous vinssiez plus tôt...» ? Et si je vous disais que mes grandes tantes parlaient de cette façon ? - Hier encore, il me semble.

Tout cela est disparu, y compris le verlan, le parigot et des dizaines d'accents régionaux.

***

L'hypocrisie, le mensonge, la dissimulation, la fourberie, la feinte... ne sont-ce pas là des explications qui font que certains mariages durent longtemps ?

***

J'imagine que j'aurais pu devenir célèbre (et même riche) si j'avais marié une gloire locale ou si j'étais devenu l'amant d'un couturier français. - Mes livres auraient aujourd'hui plus de valeur.

***

Comment souhaite-on un bon anniversaire à une amie qui vient d'avoir 39 ans pour la cinquième fois ? Ce qui me fait penser que toutes les femmes devraient écouter régulièrement le Saturne de Georges Brassens. Un : pour réaliser qu'elles peuvent devenir plus belles en vieillissant et deux, que Brassens est moins misogyne que Brel.

***

Faut tout de même que je me rende à l'évidence : au nombre d'enterrements auquels j'ai assisté, il devait y avoir des morts dans le lot qui, au cours de leur vie, n'ont pas toujours été beaux, fins, intelligents, courageux et généreux. - À bien y penser j'en ai connu au moins deux qui étaient de vrais trous de c... et une très méchante femme.

***

La dernière femme que j'ai connue n'avait pas de tatouages. Enfin : dont je me souviens. Mais qui regarde dans ces moments-là ?

***

Je viens d'apprendre que les Ice Capades n'existe plus et ce, depuis 23 ans ! - Où s'en va le monde ? Bientôt disparaîtront les concours agricoles et le Festival à Porc de Sainte-Perpétue ou celui de la Galette de Louiseville. Ne vont rester que les prix littéraires (sic).

***

J'ai bien hâte que Microsoft et Apple cessent d'améliorer leurs produits (entre guillemets, s,v.p., Monsieur l'éditeur). Je ne serais pas ainsi obligé de réaprendre les logiciels dont je me sers... à tous les six mois.

Qu'on me ramène, s.v.p. un appareil sur lequel je pourrai installer un bon vieux DOS et Wordpefect... et un clavier où les clés F1 à F10 seraient encore à gauche. En particulier la F-7, pour imprimer ce que je viens d'écrire sans avoir à baisser les yeux.

***

Oui, à mon ami M. que je rencontre chez Pat's régulièrement, je me souviens très bien de cette speskerine de Radio-Canada qui avait des jambes qui partaient de là (geste à l'appui) et qui descendaient jusqu'au sol. - Je me demandais avec qui, d'ailleurs, elle avait couché pour passer des sports à la vie culturel.

***

Vous êtes-vous déjà demandé ce que pouvaient bien faire du reste de leur temps ces écrivains, peintres, sculpteurs, etc. dont la production à vie s'est limitée à deux, trois romans, quatre, cinq toiles et quelque bronzes ? - Ou ces groupes qui ont connu UN hit qui les a rendus millionaires ? -

***

J'ai beau avoir lu toute ma vie, il y a toujours quelqu'un qui me suggère un livre d'une si grande supériorité intellectuelle qu'il rend nulles - et d'un seul coup - toutes mes lectures.

***

Hier, j'ai songé à me rendre dans le Vieux Montréal pour voir... des touristes mais, demeurant près du Quartier Latin - Qu'est-ce que je dis là ! Je demeure dans le Quartier Latin ! -, j'en vois de plus en plus. - Je les reconnais car leurs femmes ne portent jamais des «tops» en lycra. - À moins que nos banlieusards, particulièrement de la Rive-Sud soient des touristes.

***

Et finalement, à mon frère, à ma soeur, à mes neveux-zé-nièces, à ceux que je ne téléphone que rarement jamais et à qui je ne donne jamais de nouvelles, il est exact, oui, que je vais sous peu déménager. Dans une section d'une petite ville qui, à cause de sa position géographique est demeuré un village. - Qui sait ? l'Université de Napierville pourrait peut-être, via ma colossale fortune, y ouvrir un second campus...

Simon

***

138-2018-10-01

Caput cum nubibus
(La tête dans les nuages)

[Textes divers tirés de mon journal ou de mes fonds de tiroir.]

Ce que j'ai oublié de mes études en économie politique, il semblerait que Trump ne l'ait pas encore appris.

***

Tiens, justement, on me demandait l'autre jour, à moi - à moi (!) qui ne me suis jamais intéressé à la politique -, qu'est-ce que j'avais à lire tout ce qui me tombait sur la main depuis quelque temps sur ce Trump de mes deux : "C'est qu'il est plus drôle que les sit-coms qu'on peut voir à la télé" ai-je répondu. - Inquiétant, oui, mais drôle, comme un clown. - Or les clowns sont souvent inquiétants. - J'ai appris ça, dans le temps, avec le Père Noël de chez Eaton.

***

René Char ? - Intraduisible, même en français. - Ramenez-moi Sainte-Beuve !


René Char

***

J'ai eu une femme et un fils, je crois. Mais à mon âge, ce dont on se souvient...

***

Quand on me dit qu'untel est arrivé, je me dis qu'il ne devait pas aller bien loin.

***

Comment Proust écrirait-il aujourd'hui ?

***

J'ai un grand respect pour ceux qui mettent à jour les dictionnaires ; qui y ajoutent des mots nouveaux ou qui suppriment ceux qui ne sont plus utilisés. - Idem en ce qui concerne les latinistes au Vatican qui inventent quotidiennement des mots pour décrire des objets ou des idées qui n'existaient pas du temps des Romains. - Et idem à ceux qui surveillent et ajustent les traducteurs automatiques. - Faut dire que les premiers ont inventé des dictionnaires de : "Vieux français", "D'archaïsmes" et de "Mots disparus".

***

Depuis que j'ai commencé à parler de déménager (surtout à l'extérieur de Montréal), un vent de panique semble s'être levé dans mon entourage : "Sera-t-il heureux ?", "Comment va-t-il vivre sans la ville autour de lui ?", "Qu'est-ce qu'il va faire sans sa (ses) bibliothèque(s) ? ", "Et le jour, où ira-t-il luncher ?" - Ce sont là des questions que je ne me suis pas posées parce qu'elles n'ont aucun sens. - Elles sont à peu près aussi sensées que celle qu'on m'a demandé quand j'ai décidé de vivre seul : "Mais... qui va te faire à manger ?" qu'on m'avait dit à ce moment-là. - Comme si je n'avais jamais appris à me faire une lasagne au saumon, une omelette aux champignons ou un grilled cheese.

***

J'ai connu deux personnes - et uniquement deux - qui ont su qui j'étais et, par bonheur, ils ne me l'ont jamais reproché.

***

Je suis de ceux qui croient sincèrement que le bonheur n'a rien à voir avec une situation en particuler ou à ces événements qui nous arrivent à tous de temps à autres : revers temporaires de fortune, grippes, accidents, pertes de quelque chose, mort de quelqu'un dans notre entourage ; ni, non plus à la déchéance inévitable de nos corps quand on vieillit... - Le bonheur est un état d'esprit. - Jeune, même, dans un environnement dans lequel je n'oserais pas élever un enfant, j'étais, au fond de moi-même heureux.

Le stress ? Je n'ai aucun idée ce que c'est. - J'ai été trop inconscient de ce qui se passait autour de moi pour en avoir eu, toute ma vie, la moindre idée.

À moins que, inintelligent et désorganisé, les ennuis ne m'atteignaient pas. Qui sait ?

***

Je suis également de ceux qui n'ont jamais, dans les quelques endroits où j'ai vécu (dont deux où j'ai habité pendant plus de vingt ans... chacun), déplacé ou fait déplacer une cloison, changer un garde-robe de place ou "rénover" quoi que ce soit. - Si : j'ai fait remplacer un lavabo, une fois, mais il coulait... - Mais Dieu ce que j'en ai connu de ces banlieusards qui ont "refait" ou "fait refaire" deux, trois fois leurs sous-sols, leur(s) salle(s)-de-bain, armoires-de-cuisine ou ont abattu un mur pour transformer deux petites pièces en un «moyenne«. - D'où cette prolifération, en Amérique du Nord, des Rona, Home-Dépot et autres établissements similaires qui font la joie des bricoleurs.


NON : je n'ai jamais changé quoi que ce soit dans les endroits où j'ai habité sauf quelques agencements de meubles . Ainsi, il y a plus de trois ans déjà, j'ai transformé ma salle-à-manger en bureau car je ne recevais plus.

Sans doute la conséquence d'avoir si souvent voyagé qu'une chambre d'hôtel est devenue par paraître un habitacle tout à fait naturel.

Et puis, dans le village où je m'en vais (si tout fonctionne comme prévu), je ne serai pas le premier, mais je n'ai jamais voulu être le premier nulle part, même pas second à Rome.Devenir l'excentrique de là où je m'en vais ? - Vous n'aviez, chers futur voisins, qu'à mettre une affiche à l'entrée de votre village : 

«On veut pas d'étranges !»

***

J'ai souvent voyagé "en première" ; métier et urgence l'exigeaient. Ce qui m'a frappé, c'est cet espèce d'allure d'importance que se donnaient ceux qui voyageaient à mes côtés. Je reconnaisais dans le lot de mes co-voyageurs les ceusses qui savaient vértitablement voyager "en première" : ils buvaient de l'eau, même si le champagne était offert gratuitement.

***

Mort, Yturri, te salue, tante !

Probablement la pire méchanceté qu'il m'a été donné de lire dans ma vie.

Robert de Montesquiou-Fezensac, un personnage très connu dans le monde proustien et qui s'est toujours cru grand poète, était, dans sa vie privée, homosexuel. Et tous ceux qui le connaisaient le savaient. Il eut, pendant longtemps, un secrétaire du nom de Gabriel d'Yturri (le "de" ayant été ajouté à son nom par Montesquiou). - Ce secrétaire mourut et le lendemain, dans les journaux on put lire - sans doute de la plume d'un être absolument dégueulasse comme Jean Lorrain - ce que je viens de citer : "Mort, Yturri, te salue, tante", un calembour sur ce que les gladiateurs romains disaient à l'empereur du moment avant de livrer combat : "Morituri te salutant" ou "Ceux qui vont mourir te saluent !"

C'est une chose que j'ai lue quand j'avais vingt ans et je me souviens d'avoir trouvé son "pendant" : "Qui autem non habet mori te salutant !" dont je ne me suis jamais servi. "Celui qui ne tient pas à mourir te salue !"


Robert de Montesquiou-Fezensac
et
Gabriel d'Yturri

***

Porto-Riche (Georges de), né en 1849 et mort en 1930, un de ces innombrables romanciers et dramaturges français dont on n'entend plus parler, disait que Victor Hugo était un latin ; qu'il avait repris en français tous les vers de Virgile... Probablement le même qui disait qu'Anatole France écrivait en grec.

***

Je ne connais rien de plus prétentieux que le bavardage de ceux qui, sur le tard, ont appris à s'exprimer correctement en société (au moyen de tous les clichés possibles et impossibles). Particulièrement dans les galeries d'art, lors des vernissages.... "Mais vous avez dû le connaître ; il était à Cannes au début des années soixante-dix. Un type charmant d'ailleurs qui..."

C'est là que j'ai appris qu'il y avait, vraiment, des gens qui marchaient à deux pieds du sol.

***

Étiez-vous là au début des années cinquante quand les Français "de France" sont arrivés en meute de... Paris (jamais d'ailleurs) ?

Z'avaient tous en commun une langue parlée dont on connaissait à peine la sonorité et qu'ils utilisaient pendant des heures pour nous expliquer toutes sortes de choses que nous ne connaissions pas... - La plupart se sont infiltrés dans les domaines dans lesquels nous étions - fin du régime Duplessis - très peu versés : le théâtre, la radio, la télévision, les galeries d'art (et j'en passe comme les domaines de la couture, de la coiffure, de la décoration intérieure et même dans la restauration). - On les croyait supérieurs à nous tous jusqu'à ce que quelques québécois se réveillent dans les années soixante : Michel Tremblay avec ses Belles-Soeurs, Charlebois avec ses Osstidcho(s), Deschamps avec ses monologues et d'autres dans la continuité de : Jacques Normand, Gratien Gélinas et un ou deux défroqués comme Paul Buissonneau et son Théâtre de Quat'sous et même Guy Hoffmann.

Sont presque tous disparus aujourd'hui quoiqu'il en reste encore un ou deux (et leurs imitateurs), mais je serais curieux de savoir la carrière qu'aurait aujourd'hui un inconnu de "Paris" qui voudrait s'implanter dans le milieu culturel québécois demain matin.

***

À Paris - je dois dire que cela ne m'est jamais arrivé - à un garçon au café qui vous rerprendra à propos d'un mot que vous avez mal prononcé, il faut lui dire que nous avons eu le courage, en tant que Québécois, de conserver la langue de nos ancêtres et, pour le tuer sur place, lui dire cela dans une phrase où figurera un plus-que-parfait du subjonctif.

***

Jules Renard disait qu'il y avait, en littérature, des raconteurs et... des écrivains.


Jules Renard

***

J'ai une amie qui a un fils de trois ans que je regarde constamment, chose que je dois préciser, ne m'est pas arrivé depuis des années. - Je ne parle pas de cet enfant en particulier, mais de tous les enfants et peut-être, précisémment de ceux qui ont trois ans. - Une fraîcheur, une innocnce, une fragilité, des cris car ils n'ont pas encore compris le sens et le poids des mots et puis une bouderie et des pleurs. - Tout ce qui ne durera pas.

***

Nos plus beaux mots ? Ceux qu'on écrit avant de mourir à ceux qu'on aime pour leur dire merci d'avoir été là.

***

Paraît que Pascal combattait ses maux de tête en se penchant sur des problèmes de géométrie. Que ferait-il aujourd'hui avec la mécanique quantique ?


Blaise Pascal

Comme disait Richard Feynman, si vous êtes convaincu de savoir ce qu'est la mécanique quantique, vous ne connaissez pas ce qu'est la mécanique quantique.


Richard Feynman

***

Pourquoi les enfants des autres sont tous des petits monstres tapageurs alors que nos propres enfants sont tous des futurs génies ?

***

Le meilleur mot de passe ? Eronné. Si vous l'oublier et que vous tapez n'importe quoi, votre ordinateur vous le rapellera, i. e. : «Votre mot de passe est eronné.»

***

Un jour, je suis passé devant le numéro 26 bis de la rue Guillaume-Tell à Paris (c'est dans le 17e), là où est décédé Charles-Lucien Louis dont le nom de plume était Pierre Valdagne. Sans le savoir.

***

J'ai appris à me méfier des femmes qui ne mentent jamais car il est de la nature humaine de mentir. Parfois, souvent même, c'est pour ne pas faire de peine à quelqu'un. - Est-ce que, dans ces conditions  les femmes qui ne mentent pas, mentent, parfois ? -  Disons qu'elles ne disent pas toute la vérité ou plutôt, elles l'embellissent, l'escamotent ou la laissent sous-entendre dans une périphrase indéchiffrable.

Parfois, elles ne répondent que par une question. Exemple: "Pourquoi tu me demandes si je t'ai déjà trompé ?"

Finalement, il n'y a que les hommes qui trompent leurs femmes. Mais avec qui ?

***

À bien y penser, je connais peu de gens qui sont aussi vaniteux et si faussement modeste que moi. - Quand je m'y mets. - Ainsi, un jour, j'ai pensé qu'une statue en marbre de mon auguste personne pourrait me survivre... Sauf que pour cela, il aurait fallu que je me mette à la sculpture.

***

J'ai pensé récemment à me faire imprimer des cartes ou  me fabriquer dans mon inexistant atelier une sorte de tableau que je pourrais m'acrocher autour du cou et sur lequel on pourrait lire la longue liste des connaissances dans lesquelles je n'en ai aucune : la politique, l'Afrique, l'Asie (toutes les Asies : la mineure, la majeure et l'autre), tout ce qui est à l'est de La Pocatière (rive-sud du Saint-Laurent) ou de Sept-Iles (rive-nord), Montréal-Nord (post 1960)... et puis, récemment, Tiberius Gracchus...


Tiberius Gracchus

À bien y penser, la liste serait trop longue. Faudrait que j'y ajoute absolument les femmes, le sport, l'architecture néo-nazi, la philatélie et certaines notions de nécropalacontidropopithéologie et... puisque je vous dis que la liste serait trop longue... d'autres.

Sauf que dans certains domaines, je me crois assez ti-Jos connaissant (tiens : une expression qu'on n'entend plus de nos jours), Malheureusement, il semblerait que ce soit dans ceux-là qu'on essait de m'en faire accroire le plus.

***

Et puis finalement, j'espère que l'éternité n'existe pas : je me vois mal aux prises avec moi-même, en extase ou pas, jusqu'à... la fin des temps., ce qui est un non-sens, l'éternité n'ayant pas de fin quoique, si je me souviens bien, entre les deux, y'a la vallée de Josaphat où l'on retrouvera toute sa famille et ses amis. - Mon Dieu, quelle horreur !

Simon

***

137-2018-09-03

Confession de quelqu'un qui se prend pour un autre

Un des faits surprenant de la vie en société est, comme  je le disais il n'y a pas longtemps, qu'on a beau vouloir être ce que l'on est, l'on finit toujours par n'être que quelqu'un d'autre. - «Notre personnalité, disait Proust, n'est que la création de la pensée des autres.» -  Wittgenstein disait de son côté (si j'ai bien compris) que la communication entre êtres humains était impossible. - Une question, entre autres, de langue et de la signification que chacun attribue aux mots, aux expressions et à leur ordre dans une phrase ; à l'utilisation également de clichés qu'on répète pour les avoir entendus dans des contextes différents. - Ajoutez à cela notre façon de parler, le ton de notre voix, les postures que nous adoptons en parlant, etc. - Sauf qu'il a réussi, lui, Wittgenstein, à communiquer son message. Une grande contradiction, non ?

Ce soir, après une de ces longues journées, j'ai pensé au nombres de gens que j'ai rencontrés dans ma vie, surtout dans des établissements où l'on sert des boissons fermentées et (même) distillées ; à ceux avec qui je me suis lié et que je continue à l'être depuis, dans certains cas, plusieurs années. - Une heure, deux heures à la fois où, j'espère, je tiens un discours sinon intelligent du moins cohérent.

J'écoute, j'y parle tout en ayant appris il y a longtemps l'art de détourner toutes les conversations autour des sujets qui m'intéressent (ce que quelqu'un semble avoir noté suffisamment pour me le souligner).

Le problème, c'est que tous ces gens que je connais  ne savent pas qu'avant de les rencontrer je suis passé chez mon libraire ou que je viens de passer trois heures à lire un obscur essayiste anglais du XIXe ou à ou écrire,  que j'arrive de la Grande Bibliothèque pour aller chercher une copie du Voleur de bicyclette de de Sica, un volume des écrits de Borgès ou l'oeuvre (en photos) de Jackson Pollock. - C'est que sur les vingt-quatre heures que dure une journée, les deux heures que je passe avec eux, il en reste vingt-deux durant lesquelles je ne fais rien d'autre que d'être moi. Et eux aussi d'ailleurs.

Et c'est là que je dis que l'on ne se connaît pas.

Depuis quelque temps, face à l'idée que je puisse déménager loin du centre-ville de Montréal, dans un tout petit village , on n'en finit plus de me demander si je n'ai pas peur de m'y ennuyer, si la solitude ne me pèsera pas à la longue.

Ma dernière réponse est : «Non, non et non... - Parce que je suis Simon Popp !». Quelle arrogance, n'est-ce pas ? - Nah : outrecuidance serait dans ce contexte plus approprié..

Mon ennui à court terme ? Avoir à réduire le contenu de ma bibliothèque , à me débarrasser de mon ensemble de salle à manger avec ses six chaines, de deux armoires, de différents posters encadrés et de tout ce qui ne sert à rien depuis des années. C'est un problêm de l'existence (ou plutôt d'avoir vécu) que je pensais pouvoir laisser à ma succession...

***

Citation

Viens de lire dans les Mémoires de Saint-Simon à propos de Louis Phélypeaux de Pontchartrain, marquis de Phélypeaux (1667), comte de Maurepas (1687) et de Pontchartrain (1699)[1643-1727]) :

«La petite vérole l'avait rendu borgne, mais la fortune l'avait aveuglé.» 

***

Souffrage !

J'ai appris tout à fait par hasard il n'y a pas longtemps que nous étions, au moment où j'écris ces lignes en «période électorale». On m'aurait dit que nous étions en une de ces périodes de «plus ça change, plus c'est pareil» que ça ne m'aurait pas plus surpris car, des «périodes électorales» qui n'ont rien changé, j'en ai connues maintes et plusieurs ; des municipales, des provinciales, des fédérales et, si je m'en souviens bien, même des élections d'arrondissments», de quartiers, de commissions scolaires  y compris des collégiales car, là où j'ai étudié, on «votait» pour élire des représentants par «classe» (entendez par là des étudiants partageant les mêmes cours ou les mêmes salles où l'on enseignait le latin, le français, la géométrie et même le dessin d'après nature). - À bien y penser, je crois n'avoir connu que des élections où plus ça changeait, plus c'était pareil

La démocratie a de ces visages qui ne trompent pas : elle est en contradiction presque totale avec celle qu'on nous décrit dans les cours d'histoire, de philosophie et même de linguistique. Et n'allez surtout pas me dire que la démocratie de l'ancienne Grèce était... démocratique. À Athènes, tout comme à Rome, il fallait apartenir à une riche famille pour être élu. Et parfois même, on devait acheter «ses élections».

Je serais prêt à parier que 95% des électeurs d'aujourd'ui, en France, en Italie, en Angleterre, aux États-Unis et même ici, au Canada, n'ont jamais VU leur député ou représentant (sauf, par hasard, à la télévision) et que la moitié d'entre-eux ne savent même pas son nom.

Dans un système entièrement démocratique comme le nôtre, en particulier, on ne choisit même pas les candidats dont l'heureux élu nous représentera au municipal, au provincial ou au fédéral. Ce choix est effectué par les membres des partis qui s'affrontent. Et encore : le «cheuf» peut, à n'importe quel moment, vous «parachuter» son candidat dans le comté ou l'arrondissement où vous résidez. - Si vous ne me croyez pas, demandez aux électeurs et même aux membres du Parti Libéral du comté de Marquette en ce moment.

Et puis qu'est-ce que c'est que ces «partis» (politiques) ? - Je connais des gens ici, comme aux États-Uns, qui votent pour le même depuis des années, quasiment de père en fils (et de mère en fille depuis qu'on a permis aux femmes de voter et l'on parle pas ici depuis plusieurs siècles mais depuis une douzaine de décennies tout au plus) même si les partis pour qui ils votent ont changé leurs politiques plusieurs fois au fil des ans, parfois d'une élection à l'autre et même entre deux élections.

(Cf, : le Parti Républicain de Lincoln et ceux de Bush, père et fils, et celui de Trump...)

Notre démocratie n'est pas une illusion. Elle est une illusion d'une illusion.

D'aucuns vous diront qu'il faut quand même qu'il y ait une certaine organisation à la base, sinon ce serait un chaos total dans les gouvernements - je répète - municipales (municipaux? comme dans cheval, chevaux ?), provinciaux ou au fédéraux. Mais alors cessez de nous embêter avec vos élections : laissez aux fonctionnaires le pouvoir d'administrer ce que, de toutes façons, ils sont obligés d'enseigner à ceux «que nous élisons» lorsqu'un, par exemple, un avocat de Saint-Gliglin qui a la faveur du «cheuf» devient ministre des portes, fenêtres et bijoux.

Je ne connais qu'un seul bulletin de vote qui, dans toutes les circonstances, pourrait être valable ou avoir une certain poids dans l'exercice d'une véritable démocratie telle qu'on la pratique ici et c'est celui sur lequel il y aurait une case qui se lirait : «aucun de ceux-là».

Si 50% + 1 des électeurs allaient faire une croix dans ccette case, tout ceux qui figurent sur ce bulletin seraint INTERDITS de se représenter pour cinq ans.

Peut-être que parmi les clowns qui se présenteraient pour le parti X, Y ou Z à des élections quelconques, l'on finirait ainsi par trouver des représentants dignes - je ne dirai pas de foi, mais au moins de confiance. - Et puis le chef d'un parti ne deviendrait pas automatiquement premier ministre, président or whatever : celui-ci serait élu indépendamment. 

Une dernière condition : tous les gens qui se présentent devant l'électorat devraient détenir un diplôme en sciences politiques ou à tout le moins, avoir démontré une certaine expérience en gestion.

Faudrait-il ajouter à ce critère de base les obligations de : 1) n'avoir jamais fait faillite plus qu'une fois et 2) ne pas avoir de casier judiciaire (sauf pour conduite en état d'ébriété car, quand même...)

Et puis cinq ans de prison automatique à quiconque est reconnu coupable d'évasion fiscale, d'acceptation de pots-de-vin ou de mensonges à la population.

Tiens, tant qu'à y être pourquoi ne pas doubler les salaires de nos députés, ministres, sénateurs, etc. ou, à tout le moins, semblables à ceux qui dirigent des entreprises comparables à celles qu'ils auront à diriger.

En attendant, pour qui voulez-vous que je vote sous peu ? Pour ceux ou celles qui tiendront leurs promesses électorales ?

Choisissez dans le lot :

Le Parti Québécois, le Parti Québec Solidaire, le Parti Coalition Avenir Québec, Le Nouveau Parti Démocratique du Québec (quoi ? Il y en aurait eu un acien ?), le Parti Libéral et le  Parti Vert.

Qu'on nous ramène les Créditistes. Avec eux, au moins, c'était drôle.

Simon

***

136-2018-08-06

Anatole France et les prix littéraires

  «Je n'ai pas de talent. Si j'avais du talent, on me copierait. Si on me copiait, je serais populaire. Et si j'étais populaire, n'importe qui pourrait me lire. Dieu merci, je n'ai pas de talent.» 
(Jules Renard - Journal) 

C'était en février dernier, si je me rappelle bien - je suis trop éloigné pour vérifier : c'est l'été et je suis, comme on disait, chez nous quand j'étais jeune, «en villégiature», c'est-à-dire «éloigné-des-chars», «éloigné de tout» (y compris des endroits où l'on sert des boissons distillées et même fermentées) -, c'était donc, probablement en février dernier, que Copernique se demandait à propos d'un livre de Michael Wolf sur Trump et d'un autre de Teilhard de Cardin (*) «Comment on pouvait écrire une critique d'un mauvais livre..

(*) Voir l'édition du 5 février du Castor , section «Lectures» (Note de l'éditeur)

Ben, figurez-vous que j'en ai trouvé une, et une superbe par dessus le marché. À propos d'un roman de Georges Ohnet, publié en 1888, sous le titre de «Volonté».

Georges Ohnet

Qui fut Georges Ohnet ? Un écrivain né en 1848, et décédé en 1918, dont l'oeuvre consista en une quarantaine de romans et une dizaine de pièces de théatre publiés entre 1875 et 1918. L'encyclopédie Wikipédia dit, de lui, qu'«il connut un très grand succès et les tirages de ses romans furent extrêmement importants», mais parle très peu de son talent d'homme de lettres sauf pour préciser que le Guide-Parisien le considérait, en 1896, comme «le romancier favori de la bourgeoisie».

En ce qui le concerne, j'ai consulté le catalogue de la Grande Bibliothèque du Québec pour savoir si ses romans étaient encore disponibles. Oui... mais dans des des éditions des années vingt, que sur demande et que pour consulation sur place. Alors, si vous avez l'intention d'écrire un mémoire ou une thèse de doctorat sur ce regretté littérateur, il faudra vous armer de patience.

Mais je parlais de critique et d'une question que se posait Copernique à propos de «mauvais livres».

Un détour :

Vous savez l'aversion très vive que j'ai envers les prix littéraires. On pourrait même décrire cette aversion comme étant du domaine de la phobie, phobie que j'ai développée dès mon adolescence quand j'ai appris que le prix Nobel de la littérature, décerné pour la première fois en 1901, avait été attribué à Sully Prud'homme puis, entre 1901 et 1910, à Frédéric Mistral et Romain Rolland et, en 1921, à un auteur que j'ai en horreur depuis qu'on m'a forcé à le lire et l'imiter en Syntaxe, Méthode ou Versification : Anatole France. On me disait alors que c'était un des plus grands écrivains de langue française du XXe siècle, que sa prose était un exemple du génie français, qu'il allait éventuellement être classé parmi les plus grands écrivains de tous les temps et je ne sais plus combien d'autres idioties du même genre.


Anatole France

J'ai récemment consulté la liste des nobelisés à ce jour. On en compte, forcément, aujourd'hui, plus de de cent dix et, parmi ces récipiendaires, j'ai trouvé des noms tels que : André Gide, Faulkner, Hemingway, Saul Bellow, Marquez... et je suis certain que certains voudraient que j'ajoute à cette liste Camus, Pasternak, Sartre (qui a refusé d'en faire partie) et même l'un des tous derniers : Bob Dylan. - En tout et partout, je crois qu'on pourrait s'entendre sur une dizaine, peut-être quinze noms encore, mettons «lisibles» aujourd'hui ou tout simplement facilement disponibles en librairie. - Pour le reste, avouez qu'en terme de pourcentage, ce n'est pas ce qu'on pourrait appeler un succès.

Or, il s'agit là que d'un prix. Il en existe plusieurs autres :

En France, l'an dernier, on en a décerné 258 qui vont du célèbre Goncourt au Grand prix de littérature sportive (le prix Tristan-Bernard) en passant par le Prix du Festival de Cognac (catégories «Prix du roman noir français», «Prix du roman noir étranger» et «Prix du roman policier français») sans oublier le Prix des agents de la Mairie de Paris.

Vous ne me croyez pas ? - Alors allez jeter une coup d'oeil sur cette page :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_prix_litt%C3%A9raires_fran%C3%A7ais

Mais ne vous arrêtez pas là. Consultez, tant qu'à y être, la liste des prix décernes en Belgique, aux États-Unis, en Angleterre et ailleurs. Un liste, par pays, se trouve à cette adresse :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_prix_litt%C3%A9raires


Jetez, par exemple, un coup d'oeil sur la liste de ceux décernés l'an dernier au Québec - 134 au dernier décompte :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_prix_litt%C3%A9raires_qu%C3%A9b%C3%A9cois

Ca y'est ? Vous avez fait le tour ?

Qu'est-ce que vous diriez si, à ces prix, l'UdeNap en décernait un autre à son tour ? - Appelons-le «Grand prix des auteurs qui méritent encore d'être lus». 

Trois conditions :

1 - Le prix serait attribué à titre posthume. Tous ses récipiendaires devront être décédés depuis au moins cinquante ans. Ce qui, au Canada, du moins, rendrait leurs oeuvres du domaine public. Cela éviterait les pressions que pourraient exercer les Éditeurs détenant un contrôle quelconque sur un de leurs auteurs encore sous contrat. Et ça pourrait permettre aux petits Éditeurs de publier le lendemain la partie de l'oeuvre de l'auteur primé qu'ils jugeraient appropriée.

2 - Le prix concernerait une oeuvre ou l'ensemble des écrits d'un écrivain dont la première publication daterait pas plus tard que cent ans et il faudrait qu'au moins un des écrits de cet écrivain soit toujours disponible en librairie. Mettons cent cinquante. - Cela, pour éviter que certains petits comiques essaient d'introduire dans le lot des classiques comme Molière, Racine ou Corneille, déjà assez connus comme c'est là.

Et, finalement :

3 - Seraient acceptés tous les écrivains du monde entier, quelle que soit leur langue d'origine, à condition qu'ils aient été traduits en français et que cette traduction datent d'au moins trente ans et qu'il n'y ait pas de droits d'auteur sur cette traduction.

Songer maintenant, compte tenu de ces conditions, si, dans les années qui suivent, Camus, Pasternak, Sartre, nommés ci-dessus, pourraient encore être considérés comme de véritables candidats.

Mais, qu'est-ce que cela peut bien avoir affaire avec Anatole France, Georges Ohnet et la critique d'un mauvais livre ?

Pour ça, lire l'extrait dans la section «Lecture» du présent Castor.

Un vrai bijou. De quoi me reconcilier avec Anatole.

Simon

***

135- 2018-07-02

Pensées éparses

Numéro un

Beaucoup des gens qui me rendent visite - c'est-à-dire très peu, mais une grande majorité parmi ces très peu - se disent surpris en voyant sur mon espace de travail - en particulier dans la partie inférieure de l'écran de mon ordinateur - des post-it's sur lesquels sont inscrits : "X juillet - Marie 7h30", "Y août - Concert 14h00 C. du B.P.", "21 septembre A. de T" et autres notes tout aussi cryptiques. - "T'as pas un agenda ?", qu'ils me demandent.

Non. J'en ai déjà eus, pendant plusieurs aannées, mais je n'en ai plus. C'était pour les semaines où je devais être à New York le lundi, à San Francisco le mercredi et de retour le vendredi pour un meeting très important concernant quelque chose arrivée des mois auparavant à Chicago, Tout cela, (qui était d'une grande futilité - j'en ai déjà parlé) est bien loin derrière moi.

D'ailleurs, ce n'était pas des agendas, mais des bouts de papiers pour me rappeler que le mercredi 16, je devais envoyer un rapport à X, Y et Z ou que ça allait être Noël dans dix jours - Des post-it's, à l'époque auraient suffi amplement. - Surtout que les dates importantes, anniversaires et autres, on me les rappelait continuellement. - L'anniversaire e ma grand-mère par exemple : 20 avril. Même date que celui d'Hitler

Chose dont je me souviens très bien : c'est que chaque matin, je devais consulter mes "paperolles" pour savoir ce que j'avais à faire au cours de la journée. - Ce que j'avais fait dans les journées précédentes, je pouvais m'en souvenir très bien car je tenais un compte-rendu exact de tout mes déplacements. J'étais payé à l'heure.

J'ai essayé d'être un Sherlock Holmes : celui qui n'encombrait pas son cerveau de notions inutiles. - Est-ce que je réussis ? Pas du tout. Quelque part dans le disque fixe que sont mes neurones, il est toujours resté des choses comme Proust est décédé au 44 rue Hamelin, à Paris, Réjean Ducharme a habité longtemps dans la rue Quesnel, quartier Ste-Cugonde, à Montréal et que Robert Quesnel fut un des mes camarades de classe au primaire. - Je réussis quand même à oublier ce que je dois faire au jour le jour. D'où ces bouts de papier pour me rappeler que c'est aujourd'hui lundi ou jeudi.

Le stress ?  - Jamais connu. - Et je demeure convaincu, pour avoir côtoyer de nombreux ex-collègues, tous aujourd'hui mangeant des radis par la racine, que le stress tue plus que le cancer, les maladies du coeur, l'hérédité, l'alcool et le tabac. Réunis.

Numéro deux

Je ne sais pas si les gens font par exprès pour ne pas penser.

Ma mère me vient à l'esprit quand j'écris des choses semblables. Je ne me souviens pas de plus de deux ou trois expressions d'une certaine idée qu'elle aurait pu avoir et exprimer au cours des quatre-vingt ou quatre-vingt-dix années qu'elle a vécu. - Et, à chaque fois qu'elle énonçait spontanément une vague opinion et qu'on lui soulignait que le contraire était tout aussi vrai, elle s'effondrait.

Or, à l'époque, c'était savoir s'il existait une autre vie après la mort, si ses enfants allaient tourner mal, si on allait apprécier ou non sa cuisine (ce qui était rarement le cas) et ainsi de suite.

Si encore elle avait été l'exception, mais non : mes oncles, mes tantes, tous les adultes que j'ai connus avant et au début de mon adolescence étaient semblables. Après quelques années quand même, sans doute parce qu'on m'avait appris à écouter, la proportion des pensants augmenta, mais je me suis aperçu très vite que la plupart de ces pensants ne faisaient que répéter ce qu'ils avaient entendu la veille, et parfois une heure auparavant, à la radio ou ce qu'il avait lu, le matin même, dans les journaux. C'est-à-dire que le Canadien avait été illuminé (sic), qu'il y avait eu un grave incendie sur la rue St-Vallier à Québec ou que le Bye Bye de l'année avait été moins drôle que celui de l'année précédente...

L'autre jour, je regardai sept, huit jeune femmes agées entre vingt et vingt-cinq ans et je me disais : «Mais où étaient-elles, ces dégourdies quand j'avais leur âge?» - Jusqu'à ce que je réalise qu'elles parlaient dans une langue et de sujets que je ne connaissais pas. Seules les répétitions de certaines expressions me rappelèrent qu'elle n'étaient pas si dégourdies.

Questions :

Combien de personnes connaissez-vous qui savent que la terre est une petite roche perdue dans un univers où les distances se calculent en milliards d'années-lumières (*) ?

(*) à raison de 300,00 kilomètres à la seconde, soixante secondes par minute, soixante minutes par heure, vingt-quatre heures par jour, trois-cent-soixante-cinq jours par année.

Combien de gens connaissez-vous qui n'ont jamais été, non pas en Afrique, en Asie ou même en Europe, mais qui ne sont jamais éloignés de plus que deux ou trois cents kilomètres de leur lieu de naissance ?

Combien de gens connaisez-vous qui croient qu'il existe, peut-être pas un Dieu avec une barbe fleurie qui vit dans les nuages, mais une main organisatrice (*) qui a créé tout ce qu'ils voient ? (Et souvent, il y a moins de six mille ans...)

(*) Sauf dans certaines parties du New Jersey, comme dit Woody Allen.

Numéro trois

Je n'y connais rien, mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi des individus apparement sensés crient et applaudissent à vous rompre les tympans une équipe de foot lors d'une partie qui se déroule à huit mille kilomètres du bar où ils se trouvent.

Numéro quatre

Vous savez qu'un des problèmes de la vie - et un important en ce qui me concerne -, c'est de ne pas savoir l'heure exacte et la journée où chacun de nous allons mourir. - Bien sûr, certains finissent par l'apprendre parce qu'ils vont se faire exploser dans un marché public ou qu'un juge leur a dit, mais pour des gens ordinaires, comme vous et moi, c'est un information qui nous est indisponible.
Si je savais, par exemple, que je vais mourir dans X semaines ou Y mois, je pourrais planifier mes lectures en conséquence, la quantité de films que je pourrais revoir ou le nombre de concerts auxquels je pourrai encore assister. Mais tout cela, parce que je ne sais ni où ni quand, je cesserai d'exister, m'est interdit.

Prenez l'argent, autre problème qui découle de cette ignorance : un sujet qui ne cesse de nous hanter dès qu'on prend sa retraite. - Combien m'en faudra-t-il ? Et pour combien de temps ? - Quelle est la limite en dépenses que je peux me permettre, par jour, par semaine, par mois, avant que cela n'ait plus aucune importance ?

Non pas que je veuille égoïstement tout dépenser avant de mourir, mais même en laissant quelques dollars à des personnes qui, je crois, seront heureuses, non pas d'apprendre mon trépas, mais satisfaites, quand même, un temps, d'apprendre que j'ai pensé à elles, je ne sais pas si je dois mettre de l'argent de côté pour mes vieux jours alors que j'en suis déjà là.

Non, l'incertain avenir n'est pas une chose agréable de la vie.

Y'a les statistiques, vous allez me dire. - Voir, cette semaine la chronique de Jeff. - Hé oui. Je les ai étudiées et, considérant ce que j'ai fait depuis que je suis au monde, ce que j'ai bu, mangé, fumé, marché, couru et même dansé, vous savez quoi ? Je ne suis pas plus avancé : mes calculs me disent que je suis mort depuis onze ans.

Simon 

***

134-2018-06-04

Cohen vs. Dylan vs. Cash

Suite à ma remarque, le mois dernier, sur Leonard Cohen, à savoir qu'il était un poète mineur, un lecteur m'a posé une question : « Est-ce que je serais d'accord qu'on quantifie comme ci-dessous l'apport à la poésie et à la musique des "auteurs - compositeurs - interprètes" suivants

 Johnny Cash  poésie 25%  musique 75%
 Leonard Cohen  poésie 75%  musique 25%
 Bob Dylan  poésie 50%  musique 50%

Comme ce type de questions m'irrite et que, de plus, je n'ai pas suffisamment de connaissances en ce qui concerne la musique populaire et que, surtout, je ne connais que quelques chansons de ces trois «auteurs - compositeurs - interprètes», je l'ai refilé  à notre disk-jockey, Paul Dubé. - Voici sa réponse :

«Cher Simon,

«D'abord une chose : il ne faut pas mélanger les interprètes et les auteurs-compositeurs. - Johnny Cash, en tant qu'interprète et, occasionellement auteur-compositeur, ne saurait être comparé à Leonard Cohen et Bob Dylan qui sont d'abord des auteurs-compositeurs et qui n'interprètent que leurs propres compositions. Ses plus grands succès, musique et paroles, ont, pour la plupart, été écrits par d'autres. Ses derniers enregistrements, notamment :

Hurt - par Trent Reznor (du groupe One Inch Nail)
Redemption Day - par Sheryl Crow
One - par le collectif du groupe U2
Me and Bobby McGee - par Kris Kristofferson et Fred Foster

«Ce qui ne veut pas dire qu'il n'a jamais rien écrit. Il est, de mémoire, l'auteur et compositeur, entre autres de :

I walk the Line
A Boy Named Sue...

«et même de :

Folsom prison Blues pour lequel il a dû verser, quand même, 75,000$ en dommages et intérets à un certain Gordon Jenkins pour avoir utilisé en partie les paroles de son «Crescent City Blues»...

«On pourrait également ajouter...

When the Man Comes Around qui est cependant basé sur la version King James de l'Apocalypse de Saint-Jean.

«Chose certaine : par rapport aux deux autres, il les surpasse largement au niveau de l'interprétation, mais de là à le considérer comme un auteur ou un compositeur et surtout un poète...

«À ce compte, il faudrait dans la question de ton lecteur le remplacer par des types comme Willie Nelson, Townes van Zandt, Kriss Kristofferson (cité ci-dessus)... et John Fogerty (tant qu'à y être). - Toujours en chansons dites "POP" anglaises ou américaines, car s'il fallait passer du côté de la chanson française, tous auraient de la difficulté à se mesurer à Trenet ou Ferré pour n'en citer que deux.

«Mais revenons à nos moutons :

    

De gauche à droite : Bob Dylan, Johnny Cash et Leonard Cohen

«Du côté musique, entre Dylan et Cohen, il n'y a aucun doute là-dessus : le second ne va pas à la cheville du premier. Ce qui ne veut pas dire que Dylan est un grand compositeur, mais dans plusieurs de ses chansons, l'unité et le rapport entre ses paroles et et sa musique (et j'ajouterais même l'interprétation) sont remarquables. - Quarante ans (et plus) après ses classiques des années 60 (Like a Rolling Stone, Subterranean Homesick Blues, Sad Eyed Lady of the Lowlands, John Wesley Harding...) l'on demeure tout aussi étonné qu'on le fut lors de leur sortie.

Townes van Zandt

«Quant aux textes, rien de comparable chez Cohen à des choses comme All Along the Watchtower, With God on Our Side, The Ballad of Hollis Brown et je pourrais continuer longtemps d'autant plus que la production de Dylan est, quoi ? - Vingt, trente fois (?) supérieure à celle de Cohen.

«En d'autres mots, faut pas comparer des pommes et des oranges, une table et un parapluie, un chapeau et une paire de souliers ou n'importe quel objet, fruit, animal qui est sans rapport avec un autre (sans insinuer quoi que ce soit par rapport à Cohn et Dylan).

«Si l'on considère que Dylan et Cohen sont des poètes, je suis d'accord avec ce que tu disais le mois dernier : Cohen est un poète mineur. De là à dire, comme je disais au niveau de la musique que, conséquemment, Dylan est un grand poète, il faudrait tout d'abord s'entendre sur ce qu'est la poésie, ses genres, ses traditions et surtout, quand on se met à parler de ceux qui utilise cette forme d'écriture, si un poète qui écrit sur une foule de sujets (lire : TOUS les problèmes de l'existence) est supérieur à un autre qui n'a qu'un thème en tête, parfois peu apparent, mais qui semble en être plusieurs. Ainsi :

«Hugo a écrit des poèmes sur à peu près tout en utilisant à peu tous les genres, de l'épique au lyrique en passant par le didactique et le satirique. - D'autre part, Brel m'a toujours semblé fixé autour d'un seul aspect de la vie : celui du désespoir. Ses chansons dites "d'amour", en autant que je m'en souvienne, sont toutes tristes alors que celles d'Hugo sont parfois des cris de joie. - Est-ce que cela fait du premier un plus "grand" poète que l'autre ?

«À cette question que je n'ai jamais cessé de me poser et de poser à la ronde,  on m'a toujours répondu que les goûts ne se discutaient pas. Là-dessus, je me suis toujours fié à ce que Ruskin disait :

«Taste for any books or music is not a moral quality, but taste for good books or music is and I don't mean by "good", clever  - or learned - or difficult in the the doing.  - I am adamant on this subject because there are good and bad books.»

«Que Madame Malhasti a tradapté comme suit :

«Le goût pour les livres ou la musique n'est pas une qualité [dite de] morale [i.e. : conforme à un certain idéal], mais le goût pour les bons livres ou la musique l'est et je ne veux pas dire par "bon", intelligent [perspicace, subtil, habile...] - ou dépendant d'un goût qui s'apprend - ou [que les bons livres ou la musique] sont difficiles à écrire ou à composer - [Mais] Je suis catégorique sur un point : il y a des bons et des mauvais livres

(The Future of the Novel - International Library of Famous Literature - Volume XIV - The Standard – 1899.)

«Ce qui me ramène à Cohen et Dylan :

«En bref, je ne tiens pas à comparer Cohen à Dylan : ce sont deux individus sans rapport l'un avec l'autre mais, si j'avais à échanger toute la poésie de Cohen pour les étonnants Sympathy for the DevilDead Flower ou Gimmie Shelter de non pas Dylan, mais de Mick Jagger des Rolling Stones.. devine ce que je garderais...

«Quant à Townes van Zandt que ton correspondant ne doit sans doute pas connaître, je ne sais pas s'il pourrait continuer d'écouter Suzanne ou Bird on a Wire, après avoir vu un vidéo incroyable qu'on a tourné autour de Big Country Blues de ce van Zandt. Voir à :

https://www.youtube.com/watch?v=7yw8O2mdrxs

«Salut !

«paul»

***

Que puis-je ajouter d'autres ? Ceci peut-être :

J'écoutais une des émissions de Paul [Dubé], il y a trois ou quatre semaines, celle dans laquelle il a fait jouer un extrait d'Une nuit comme une autre d'Aut' chose, un groupe montrélais des années soixante, soixante-dix. Les premières paroles que j'y ai entendues ont été :

«Par la fenêtre, Vancouver la nuit
  J'me tiens avec une indienne de quatorze ans
  Elle a une tête de mort tatouée su' un bras
  Y'a des aiguilles partout dans' chambre...
»

   (Ces paroles sont de Lucien Francoeur)

Quatre vers ! Quatre vers, que je me suis dit, et voilà toute une atmosphère, toute une vie, toute un paysage décrit en quatre vers. Un presque aïku. Et il faudrait que je compare cela à :

«Suzanne takes you down to her place near the river
  You can hear the boats go by
  You can spend the night beside her
   But that's why you want to be there
  And she feeds you tea and oranges
  That come all the way from China
  And just when you mean to tell her
  That you have no love to give her
  Then she gets you on her wavelength
  And she lets the river answer
  That you've always been her lover...
»

Quant aux paroles de son Alleluyah...

Simon

***

Lire

Je l'ai écrit souvent. Depuis, j'ai constaté avec une certaine satisfaction que Copernique, Jeff et même M. Pérec étaient d'accord : l'acte d'écrire n'est pas un acte naturel ; que marcher, courir, respirer, s'étendre au soleil sont des actes naturels, mais que s'asseoir à une table, tremper sa plume dans un encrier et faire des pattes de mouches sur des feuilles blanches, pattes de mouches sensées représenter des idées est aussi naturel que d'avaler des clous. Remarquez que poussés à l'extrême, certains actes dits naturels sont tout aussi antinaturels qu'est l'écriture. Mettre des planches sous ses pieds et se jeter en bas d'une montagne, courir 100 mètres en 9 secondes 58 centième, se taper le Tour de France à bicyclette ou sauter de la stratosphère en parachute me semblent être du domaine de l'exagération.

D'un autre côté cependant, lire m'apparaît tout aussi peu naturel qu'écrire. Passer de grandes soirées à s'entêter à comprendre ce qu'un lauréat du Prix Nobel de littérature a voulu dire à propos d'insignifiants personnages du Sud des États-Unis me paraît assez singulier ; «spatiale», comme dirait la plupart de nos diplômés cégéfiens. - Alors pourquoi pousser un certain masochisme à s'embêter des heures de temps à lire, comme un ami l'a fait récemment, Lumière d'août (Light in August) de William Faulkner ou, comme d'autres se sont essayés avec le Finnegans' Wake de Joyce ou le Crying of Lot 49 de Thomas Pynchon ? - Et pourtant, c'est ce qu'a tenté de faire mon ami. Sans préparation aucune. L'équivalent d'entreprendre la conquête de l'Everest après avoir vaincu le Mont-Royal. Et la comparaison n'est pas si absurde qu'elle puisse le paraître.

On m'accuse - et avec raison d'ailleurs - de rejeter du revers de la main certains livres et certains auteurs, particulièrement ceux qui écrivent sur l'art de vivre, le sens de la vie, la spiritualité, etc. - C'est vrai et faux en même temps. - J'ai un nombre assez impressionnant de livres dans ma bibliothèque sur les religions, par exemple,  dont : trois Bibles, un traité de théologie dogmatique et divers volumes sur le judaïsme et l'islamisme, y compris le Guide des égarés (des perplexes pour une traduction plus fidèle) de Moïse Maïmonide. - Il est vrai que je n'ai lu que quatre ou cinq pages de Simone de Beauvoir (Mémoires d'une jeune fille rangée), qu'un seul livre de Sartre (La nausée) et pas un seul roman de Julien Green de qui, pourtant, j'ai lu et relu tous les volumes de son Journal. Gide m'a toujours embêté avec sa sincérité, mais, mis à part son théâtre, j'ai lu tout ce qu'il a écrit et même une bonne partie de sa correspondance. De Proust, j'ai lu trois fois son À la recherche ; deux fois en français et une fois en anglais. Mais pas un seul Troloppe et je ne m'attarderai pas une seconde à lire ne serait-ce qu'un paragraphe écrit par William Lane Craig et, ayant, il n'y a pas longtemps, jeter un coup d'oeil sur l'oeuvre de Truman Capote, je me suis contenté de lire que quelques passages d'articles qu'il a écrits pour divers magazines.

Entêtement que tout cela ? Peut-être. - Préjugés ? Sans doute. - Méconnaissance ?Ah pour ça, oui. - Je plaide coupable et vais persister à le faire jusqu'à je ne puisse plus lire.


Une chose quand même qu'il faut que je précise :

Le sujet, la matière, les faits historiques, les anecdotes, - que ces faits ou anecdotes soient fictifs ou non - me laissent indifférents. Ce qui m'intéresse par dessus tout, c'est la manière, le style, la langue qu'un auteur a utilisés pour me raconter ses histoires ou me défiler ses idées qui, comme les masques, nous en disent plus sur ceux qui les portent que les masques eux-mêmes. (Me semble avoir lu ce dernier bout de phrase quelque part...) Et c'est pourquoi, pour en revenir à mon entêté ami que Faulkner a horripilé (je le cite), je n'ai jamais attaché d'importance aux trames de ses romans (mon ami, oui), trames qui sont, généralement d'un décousu où l'on se perd facilement parce que ses personnages ne savent pas eux-mêmes qui ils sont ni où ils s'en vont. Mais la façon qu'il nous fait pénétrer dans leur univers est fascinante. Les répliques qu'il leur fait dire sont d'une profondeur parfois déconcertante, non pas par leur contenu, mais par leur vocabulaire, la façon qu'elles sont emboitées les unes par rapport aux autres jusque dans leurs nombreuses incongruités, barbarismes, incorrections et répétitions.

Je n'ai jamais lu Faulkner en français - ce que mon ami a fait - et je me demande si on peut transposer le rythme de certaines répliques ou passages comme celui qui suit dans une autre langue que celle couramment parlé dans le sud des États-Unis et qui est une des formes de l'anglais d'aujourd'hui :

(Je me suis permis de mettre en gras les passages les plus marquants)

I don’t reckon I need any promise from Lucas. It just happened unfortunate so, that he had to go away. His plans just never worked out right for him to come back for me like he aimed to. I reckon me and him didn’t need to make word promises. When he found out that night that he would have to go, he—”

“Found out what night? The night you told him about that chap?”

The other does not answer for a moment. Her face is calm as stone, but not hard. Its doggedness has a soft quality, an inwardlighted quality of tranquil and calm unreason and detachment. Mrs. Armstid watches her. Lena is not looking at the other woman while she speaks.

“He had done got the word about how he might have to leave a long time before that. He just never told me sooner because he didn’t want to worry me with it. When he first heard about how he might have to leave, he knowed then it would be best to go, that he could get along faster somewhere where the foreman wouldn’t be down on him. But he kept on putting it off. But when this here happened, we couldn’t put it off no longer then. The foreman was down on Lucas because he didn’t like him because Lucas was young and full of life all the time and the foreman wanted Lucas’ job to give it to a cousin of his. But he hadn’t aimed to tell me because it would just worry me. But when this here happened, we couldn’t wait any longer. I was the one that said for him to go. He said he would stay if I said so, whether the foreman treated him right or not. But I said for him to go. He never wanted to go, even then. But I said for him to. To just send me word when he was ready for me to come. And then his plans just never worked out for him to send for me in time, like he aimed. Going away among strangers like that, a young fellow needs time to get settled down. He never knowed that when he left, that he would need more time to get settled down in than he figured on. Especially a young fellow full of life like Lucas, that likes folks and jollifying, and liked by folks in turn. He didn’t know it would take longer than he planned, being young, and folks always after him because he is a hand for laughing and joking, interfering with his work unbeknownst to him because he never wanted to hurt folks’ feelings. And I wanted him to have his last enjoyment, because marriage is different with a young fellow, a lively young fellow, and a woman. It lasts so long with a lively young fellow. Don’t you think so?”

Je n'insisterai pas sur la nature répétitive de ce dernier paragraphe qui souligne la vulnérabilité et la naïveté de la pauvre fille qui, à court d'explications, se contente de reprendre ce qu'elle dit en d'autres mots, mais je suis convaincu d'une chose : une longue description n'aurait pas pu même nous la résumer.

Pour paraphraser Ruskin (cité par Paul dans la lettre ci-dessus), je dirais que s''il existe des bons et mauvais livres, il doit exister également des bons et des mauvais lecteurs, preuve que la lecture n'est pas un acte naturel, car comme tout ce qui ne vient pas spontanément, c'est une activité qui s'apprend.

Pour ma part, je demeure un très mauvais lecteur de certains livres. Mon excuse : ils me demandent trop d'efforts.

Simon

***

En position horizontale !

Bizarre.

En position horizontale... C'est une expression que j'utilisais couramment jusqu'à tout récemment pour dire qu'il était tard et qu'il était temps que je rentre chez moi pour aller dormir....

Jusqu'à ce que je réalise que c'était dans cette position qu'il m'était arrivé de prendre les plus mauvaises décisions au cours de ma vie.

Surtout lorsqu'il y avait un autre corps étendu dans la même position. À mes côtés...

Simon

***

133-2018-04-02

Légendes de vieilles bonnes femmes

Nous en connaissons tous : nager après avoir mangé peut être la cause de crampes et conséquemment de noyades ; un chewing gomme avalé peut rester jusqu'à sept ans dans un estomac ;  la masturbation mène à la cécité ;  faire craquer ses doigts est une source d'arthrite ; ouvrir un parapluie dans une maison est cause de malchance, idem pour un chapeau déposé sur un lit ; et ainsi de suite.

Il en est d'autres, de ces «vérités», plus tenaces comme : la date de Pâques qui varie d'année en année, sans qu'on en précise jamais la raison ; qu'il ne s'est pas passé trois jours entre la mort du Christ et sa résurrection, mais bien une journée et demi, tout au plus ; que l'année de sa naissance (s'il a vraiment existé, chose de plus en plus contestée) daterait, selon les dernières estimations, de l'an quatre avant Jésus-Christ et qu'il serait de ce fait né quatre ans avant lui-même.

Note à Monsieur le Directeur : Ce n'est pas circa 33 A.D. qu'il aurait fallu inscrire au début de ce Castor™, mais bien circa 28....

D'autres faits semblent avoir été inventés de toutes pièces : le recyclage, par exemple, qui, sauf pour certains métaux, occasionne des dépenses d'énergie supérieures à l'enfouissage de matériaux tels que le papier et le carton qui sont, tout à fait par hasard, biodégradables. Il n'y a eu jusqu'à présent, autre exemple, aucune étude sérieuse sur les effets de la fumée secondaire de la cigarette, Seules quelques statistiques ont démontré que l'incidence du cancer était égale entre les serveurs fumeurs et les serveurs non-fumeurs dans les bars et restaurants où il a été longtemps permis de fumer. Que dire également de l'eau embouteillée qui se revend de trois à quatre fois le prix de l'essence et qui n'est souvent que de l'eau ordinaire... filtrée.

Pour ma part, considérant ce que l'on m'a donné à manger quand j'étais jeune et les années où je me suis nourri de ce que l'on considère aujourd'hui de la malbouffe, il serait normal que je sois décédé il y a une dizaine d'années.

Beaucoup de gens qui ont une peur énorme de voyager en avion ignorent qu'il est plus dangereux de se rendre à un aéroport en voiture que de faire un vol intercontinental ; qu'il est plus probable de mourir en allant se procurer un billet de loto que de s'en procurer un gagnant.

Vous saviez que 46% des Américains croient que le monde a été créé en six jours et que Noé a véritablement existé ; et 88% de ceux qui fréquentent une église quelconque de façon hebdomadaire croient que les anges existent ? 

La question est : d'où viennent toutes ces informations ?

Pour ma part, je crois :

  • Que les plus mauvais conseils que l'on reçoit, dans à peu près tous les domaines, nous parviennent presque invariablement d'un beau-frère qui a connu quelqu'un qui... ou d'un voisin dont le meilleur ami a un fils qui a suivi des cours de... ou de Madame Brochu, l'ami de la mère à Rolland que feu Gilles Pellerin a rendu célèbre... ou encore d'un  bonhomme qui tient à vous vendre quelque chose : une maison, une auto, une police d'assurance, une hypothèque ou - le fin des fins, ces temps-ci - une garantie prolongée ; des accessoires également,  pour aller avec : votre tente-roulotte, votre nouvelle voiture et, vous devez sans doute le savoir : le revendeur de la  balayeuse électrique qui coûte deux fois le prix d'une balayeuse ordinaire ou une batterie de cuisine garantie à vie.

  • Qu'un voyage de quelques semaines en Europe, avec peu de sous en poche, est l'équivalent d'un cours universitaire de plusieurs mois car : ce n'est pas à l'université qu'on apprend à se débrouiller dans plusieurs langues, à manger autre chose que de la pizza et des hamburgers, à connaître le véritable prix des choses et ce qui est vraiment utile de savoir. Et, quand quelqu'un vous dira que les plus beaux paysages au monde sont en Gaspésie, vous aurez appris à vous taire.

  • Qu'à un problème donné, il existe plusieurs solutions qui ne fonctionneront pas.

  • Que, règle générale, les lecteurs - même les grands lecteurs - lisent rarement des choses avec lesquelles ils sont en désaccord

Et surtout :

  • Que dans l'univers tout entier, les hommes d'affaires, les revendeurs de balayeuses électriques sont des amateurs comparativement aux membres du clergé.

Simon

***

132-2018-03-05

Les autres

Deux choses :

Quand on me dit "Ce n'est pas ton genre...", "Tu n'aimeras pas...", "Tu n'est pas fait pour...", "Tu vas t'ennuyer...", etc., etc., c'est-à-dire qu'on me laisse sous-entendre que non seulement je ne me connais pas, mais qu'on me connaît au point où l'on peut savoir à l'avance ce que je vais penser ou comment je vais réagir dans certaines situations,  j'en arrive à me demander si ce que je pense, moi, des autres n'est pas tout aussi tordu ou irréaliste. - Faut dire que l'on vit dans sa peau et non pas dans celle des autres.

Dans le même ordre d'idées, il est rare que je pense à ce que les autres peuvent penser de mon auguste personne. Personnellement, même à mes plus proches amis, il m'arrive rarement de penser et je me dis qu'ils doivent faire exactement la même chose.

D'où :

Dans le premier cas, je me fie non pas à ce que les autres me disent, mais à ce que je suis convaincu d'être en me basant - et c'est là où je les surpasse en exactitude et en profondeur - sur mon expérience et mes habitudes de vie. - Et dans le deuxième, je me fiche et me suis toujours fiché de ce que l'on peut ou pouvait penser de moi sauf quand, dans le passé, leurs réflexions ou jugements pouvaient affecter directement ou indirectement mon avenir ; ma capaciter à gagner ma vie ou mon avancement, par exemple.

J'avance, ce matin, ces deux points parce que je songe de plus en plus à mon avenir qui a débuté il y a longtemps et à ce qu'on m'en dit ou plus particulièrement à ce qu'on me prévoit qui, les deux, me semblent de plus en plus en contradiction avec ce que j'en pense.

Je sais fort bien, par exemple, qu'éventuellement je ne pourrai pas vivre dans l'environnement où je vis présentement alors qu'on me dit que jamais je pourrai m'en débarraser ; de passer du centre-ville et à sa proximité de son quartier des spectacles, de ses bibliothèques, libraires, cinémas et, tant qu'à y être, de ses restaurants et endroits où l'on sert des boissons distillées et fermentées à un endroit plutôt disons... désertique.- C'est que l'on ne sait pas, ce que l'on ne voit pas, ce qu'on refuse de constater, c'est que, dans mon appartement, avec vue sur l'hôtel de ville, l'UQAM et la Place Ville-Marie, je passe la  majeure partie de mon temps, rideaux fermés, derrière le clavier de mon ordinateur ou dans d'obscurs bouquins à propos desquels je ne peux discuter avec personne parce qu'on ne lit pas ce genre de choses dans mon entourage, quand  je ne suis pas en train de visionner des documentaires sur l'histoire, la philosophie, la fabrication des archets de violons et de violoncelles (en Auvergne, au XVe siècle) ou des films de la glorieuse époque du noir et blanc. - Réalise-t-on, vraiment, que neuf fois sur dix, je vais au restaurant, la plupart du temps seul, et toujours avec un livre ?  - Pardon : un lecteur électronique. - La Place des arts ? J'y suis allé deux ou trois fois dans les derniers cinq ans. - Au concert ? J'ai assisté à exactement trois récitals au cours des derniers dix ans. - Au cinéma ? Même chose : quatre ou cinq films au cours de la même période. - Et je ne fréquente que trois ou quatre établissements (où l'on sert de la nourriture et ce que je mentionnais ci-dessus, des breuvages distillés ou fermentés) et, à ces endroits, je m'assieds toujours à la même place sans, la plupart du temps, ne dire que quelques mots aux serveurs et serveuses qui me trouvent charmant parce que je ne les embête pas.

Remarquez qu'il n'y a pas longtemps, jamais il me serait venu à l'idée que j'allais me rendre à l'âge où je suis rendu - ça, règle générale et observable : on ne prévoit pas - sauf que j'ai appris récemment que, sans être immortel, il était plus que probable que je sois encore là pour quelques années encore (mais on ne m'a pas dit dans quel état) car, comme tout le monde, j'obéis aux lois que la statistique nous impose. Aussi, pour ne pas prendre de chances et rester dans l'appart que j'occupe présentement et où je sais que je vais m'ennuyer (j'ai déjà commencé), j'ai cru bon de payer à mon éventuel futur - c'est-à-dire aux années qui me restent - une certaine attention.

Où j'en suis ?

J'ai en tête ce qui était, il y a quelques mois déjà, un projet plus ou moins vague et qui se précise de jour en jour. Il consiste à déménager hors du centre-ville et dans un espace équivalent à à peu près la moitié de celui que j'occupe depuis vingt ans (!) et  où se sont accumulées des inutilités sans nombre. - Ceux à qui j'en ai parlé, sans en préciser les détails  m'ont tous dit les choses que j'ai citées dans le paragraphe précédent et au début de cette chronique : que ce n'est pas mon genre, que je n'aimerai pas où je veux aller, que je ne suis pas fait pour ça et, surtout, que je vais m'ennuyer. - Ajoutez à cela, "que ce suis un homme de ville et que, loin de tout..."

À ce genre de remarques, je suis habitué. Tenez :

Destiné au professorat (sic), on m'a dit - à vingt ans déjà - que je faisais fausse route en allant travailler dans une grosse boîte où j'allais être un numéro et que je n'y resterais pas longtemps. J'y suis resté sept ans. Quand je l'ai quittée pour me joindre à une autre plus petite, on m'a parlé d'insécurité, d'incertitude, de  - on-ne-sait-jamais -  ce-qui-peut-nous- arriver... bref : de tout sauf de ce qui me semblait de prime importance à l'époque : d'indépendance. Dans cette «insécurité», je suis resté deux fois et demi plus longtemps qu'à celui que j'avais décidé de quitter. Et quand j'ai voulu, après ce temps, voler de mes propres ailes, ça a été l'enfer. On me voyait en faillite, avec des vêtements en loques, parmi ceux qui font la queue pour la soupe du jour chez les Soeurs de la Miséricorde et probablement petit, chauve et mesquin. Cette misère a duré plus longtemps que les deux autres emplois précédents.

Que de fois j'ai pensé à une boutade entendu dans un film (dialogues d'Audiard propablement) où un type, genre Raymond Bussières, accoudé à un zinc disait à un autre (je cite de mémoire) ; «J'ai été enfant de coeur, employé de bureau, pilier de bar et même été membre de la Légion étrangère tout en étant un communiste convaincu. Ça te donne une idée des conneries que j'ai entendues au cours de ma vie...»

J'en suis là et nonobstant ce qu'on peut en penser, je sais que mon avenir sera heureux sauf si je reste là où je suis.

Permettez que je me cite ?

6 février 2014 :

Parfois, il faut se rendre à l'évidence : les gens - même nos plus proches - ne nous connaissent pas ou très peu. - À cause, sans doute, de notre «personnalité sociale» sur laquelle George [Gauvin] semblait insister le mois dernier, me citant, citant Paul [Dubé] citant Proust... (Attendez qu'on cite «Gauvin, citant Popp, citant Paul citant Proust...»)

Je vous en reparle aujourd'hui parce que, avant hier, je repensais à Georges Smiley, que j'ai mentionné dernièrement, et à qui John Le Carré fait dire, dans je-ne-sais-plus quel roman, qu'il voulait, à la retraite, devenir un «inoffensif excentrique». (*)

Je suis bien d'accord, comme me suggérait, peu de temps après, un de mes amis [...] de laisser tomber l'épithète «inoffensif», mais pour l'excentricité, vous repasserez : je suis un excentrique de la pire espèce et, lisant Copernique, le mois dernier, je me suis aperçu, qu'avec son habitude de déjeuner (luncher) tous les jours au même endroit, je n'étais pas le seul. D'ailleurs, ne le sommes-nous pas tous un peu ?

Un aparté (ou serait-ce une parenthèse ?) :

Oui, cher ami, je te promets que, lorsque je me promènerai tout seul et que je marmonnerai, je n'aurai pas un mégaphone.

(*) De Paul :

La citation ci-dessus [concernant l'excentricité] à laquelle se réfère Simon provient de «Tinker, Taylor, Soldier, Spy" de Le Carré qui fait dire à George Smiley :

«I have been reviewing my situation [...] and I have come to a very grave decision. After a lifetime of living by my wits and on my memory, I shall give myself up full time to the profession of forgetting. I'm gonna put an end to some emotional attachments which have long outlived their purposes [...] this house... my whole past. I shall sell up and by a cottage in the Cotswold, I think - Steeple Aston sounds about right - and there I shall establish myself as a mild eccentric, discursive, withdrawn but possessing one or two loveable habits such as muttering to myself as I bumble around some innocent pavements.».

Qui se traduit à peu près comme ceci :

«Ayant [récemment] revu ma situation, j'ai pris une grave décision. J'ai décidé, après avoir passé ma vie à vivre de mon intelligence et de ma mémoire, de consacrer le reste de mes jours à oublier et me débarrasser de ces choses auxquelles je suis resté attaché par habitude et  qui ne servent plus à rien depuis longtemps. Je vais vendre cette maison et m'acheter une bicoque dans les Cotswold, aux environs de Steeple Aston, et là, je vais me transformer en un inoffensif excentrique qui change d'idées constamment qui est reclus, mais qui possédera deux ou trois charmantes habitudes comme celle de se parler tout seul en arpentant des bouts de chemin sans intérêt.»

(Version filmée - celle mettant en vedette Alec Guinness - et non celle du roman qui diffère quelque peu.)

 ***

Ouais... je crois devoir des excuses à quelques cons

À tous ceux dont j'ai traités d'amnésiques, d'ignares et de stupides (mais pas nécessairement dans cet ordre). je suis, cet hiver, tout aussi déconcerté que vous avez pu l'être à l'époque où il m'arrivait encore de parler non pas de climat, mais de température et plus particulièrement de météorologie. - De grâce, quand même, avant de lire le reste, faites-moi la faveur de consulter un peu à droite et à gauche pour savoir qu'il y a une différence entre ce qu'on appelle le climat et ce qu'on appelle la température. Ne faites pas comme les Trumpistes américains qui pratiquent la politique de l'autruche pour sauver deux cents jobs de mineurs au Minnesota.

Après, au fil des ans, avoir eu à pelleter deux pieds de partiellement nuageux, être resté pris deux jours à Sept-Iles à cause d'une tempête de neige (au mois de juin), après avoir connu une invasion de sauterelles (fin des années quarante ?) et m'être promené en souliers vernis la veille du Jour de l'An, je dois, aujourd'hui, m'incliner devant tout ce qu'on a connu (j'écris ceci, mi-février) depuis le début de décembre, à Montréal, Province de Québec, au Canada, cet hiver. - Certains Parisiens, parmi lesquels il doit exister des nonagénaires, me comprendront. Surtout depuis qu'ils ont reçu, le huit ou neuf du mois dernier, huit à dix centimètres de neige. Eux, pauvres bougres qui n'ont jamais vu une souffleuse de leur vie.

Par la même ocasion, j'aimerais profiter de l'ocasion pour traiter...

D'ignares, de stupides, de mal renseignés et de va-te-faire-voir-ailleurs, tous ceux qui croient que nous sommes plus renseignés sur ce qui se passe dans le monde aujourd'hui que nos arrières grands-parents pouvaient l'être en 1900 grâce à la qualité des journaux imprimés et la radio et la télévision qui nous diffusent en direct tout ce qui se passe sur notre planète.

Relisez, messieurs, dames ce qu'on publiait à cette époque où il  existait, à Paris, plus de vingt-quatre hebdomadaires, certains d'extrême-gauche, certains d'extrême-droite avec tout ce qui pouvait exister entre les deux y compris ceux qui, au cours de la 14-18 ne faisaient que parler de victoires des alliés qui, au début, se rapprochaient de plus en plus de Paris.

J'ai une collection de la une de plusieurs de ces journaux quelque part, ici, et si jamais on veut m'obstiner, j'en citerai quelques uns. Photos à l'appui.

En attendant, continuez à lire les communiqués des agences de Presse.

Aussi : les enquêtes approfondies sur les bouteilles de lait.

Simon

***

131-2018-02-05

De ordine in tempore

Mon père qui aurait eu 108 ans cette année me disait souvent que le monde était petit et mesquin ; qu'en me le rappelant constamment, il me serait facile de passer à travers mes journées en ce sens que : si je rencontrais au cours de mes déplacements que des gens remarquables et généreux, je rentrerais chez moi ravi et content, mais si, au contraire, je ne rencontrais que des personnes de la première catégorie, je ne serais ni surpris, ni décu. - Ce fut un sage conseil que j'ai toujours suivi. - Il est l'équivalent d'avoir toujours en tête l'irréfutable notion que la moitié des gens que nous croisons au cours de notre existence sont moins intelligents que la moyenne...

Ces deux vérités me sont parues particulièrement évidentes il y a quelque temps. mais dans un tout autre contexte : celui où l'utilisation et l'organisation de mon temps sont devenues depuis ma retraite, je ne sais pas pourquoi, toute à fait délirantes car il m'arrive d'être de plus en plus d'être en retard, et ce en tout, et ce, de plus en plus souvent. Pourtant, je me suis dit, il n'y a pas si longtemps, du temps où je travaillais et que je voyageais constamment, j'étais toujours à l'heure, pour mes entrevues, mes rendez-vous et mes rencontres, surtout mes rencontres, à la fois les officielles, les sociales et les impromptues. Ma correspondance, également, et mes rapports, si je me souviens bien, étaient toujours envoyés aux dates prévues et, curieusement, j'avais surtout le temps de m'occuper de ces  affligeantes corvées qui consistent à nettoyer son appart, faire la cuisine, passer chez le nettoyeur, aller chercher de quoi manger au supermarché et même ramener ponctuellement les livres que j'empruntais aux trois bibliothèques dont je suis membre.

Pour en finir avec cet épineux problème, j'ai pris un jour de congé. - Imaginez : un jour de congé quand on ne travaille plus ! Une contradiction en soi. Mais je n'en suis pas, ces temps-ci, à une contradiction près. - Je ne suis pas tombé dans la trappe de la méditation. J'ai tout simplement ressorti mes vieux agendas, surtout celui de l'année où, en même temps, j'ai eu à m'occuper de trois sérieux dossier :  un à Wichita (Kansas), un à San Francisco et un troisième à New York. Et vous savez ce que j'y ai découvert ? Que, instinctivement, je ne planifiais jamais une journée complète ni toute une semaine à la fois, même en vacances ; que je visais que des demi-journée ou, tout au plus, deux à trois jours dans la même semaine. Ce qui me laissait quoi ? Une demi-journée par jour et deux, trois jours par semaine... totalement libre. - Disons disponible. - Et pourquoi ? Pour les imprévus. - Et c'est là que j'ai compris que, même si je n'avais plus à me rendre au bureau cinq jours par semaine, je faisais toujours face à des imprévus pour lesquels je ne réservais aucun temps. Sauf que des imprévus, j'en ai quelques-uns qui sont là depuis un bon bout de temps, alors :

J'ai, ce matin, pris toute une demi-heure pour me faire à manger et rien prévu pour cet après-midi. Un bon début, non ?

 

Ce qui me ramène à :

Je ne compte plus le nombre de mes ex-collègues, de mes amis et connaissances et des quidams que je rencontre ici et là qui me disent que le temps passe vite. Oui, si tout ce qu'on fait, de jour en jour, c'est répéter ce qu'on a fait la veille ou l'avant-veille et qu'on se promet de faire le lendemain et le surlendemain.

Le temps passe vite si on se lève à la même heure à chaque jour, qu'on écoute les «nouvelles» à la radio ou à la télé avant de lire les journaux à temps pour le déjeuner (lunch) et qu'on passe l'après-midi à regarder le canal météo, Fox News ou CNN (rares, soit dit en passant, sont ceux qui se branchent sur ces deux chaînes) pour finalement, dîner (souper) tôt de telle sorte à pouvoir écouter les «nouvelles» de sept heures, neuf heures et onze heures. Surtout à propos des pourparlers de paix au Moyen-Orient.

Reste toujours l'idiot entouré de clowns aux USA pour dont, hélas pour nous tous, le mandat n'expirera jamais assez vite.

Simon

***

Mon côté détestable...

Détestable, moi ? C'est un peu exagéré. Suffisant, oui. Hautain, assurémenti. J'ajouterais même dédaigneux et condescendant et, régulièrement, les deux en même temps, mais détestable, non. Pourquoi me détesterait-on ? Personnellement, je ne déteste personne. Non pas parce que je suis d'une grande ouverture d'esprit ni parce j'ai un certain côté de ma personnalité qui m'incline à être d'une mansuétude désordonnée envers mes semblables, non : je ne déteste personne parce que je fuis tout le monde, notamment les fâcheux, les ennuyeux, les casse-pieds et les emmerdeurs en tous genres. Je fuis particulièrement les amateurs de sport, les politiciens et ceux qui passent pour des artistes dans des boîtes comme Radio-Canada, certains salons de couture (ou de coiffure), les galeries d'art (artistiques) ou les spécialistes qui sont régulèrement interviewés à la télévision. (Sans oublier les petites aux idées larges et aux jupes courtes et puis la plupart des membres de ma famille). Et - j'allais les oublier, plusieurs ex qui m'ont pris pour ce que je n'étais pas. - Loin des yeux, loin du coeur. «L'enfer, c'est les autres» disait, si je me souviens bien, quelqu'un proche d'une femme qui ne savait pas écrire, très populaires (les deux) et dont on n'entend plus parler depuis des années. - Lui, particulièrement, à ce que les frères Skonmadit, qui. a gagné un prix Nobel (qu'il a refusé) et qui est disparu... distribuant des dépliants dans le quartier St-Germain-des-Prés, à Paris. - Sic transit gloria mundi.

Certaines personnes m'accusent, entre autres, de continuellement (leur) faire la leçon... et quand ils ou elles m'en font le reproche, ils ou elles me la font. - Et puis, comme on ne se voit pas comme les autres nous voient, ça peut porter à confusion. - Y'a des années que j'ai appris ça. - Et d'une drôle de façon (puisque, depuis ce matin, j'ai le temps) :

J'ai toujours aimé les blagues. Les cyniques particulièrement. Celles dont la chute est inattendue. Deux, trois exemples :

La différence entre Auschwitz et Sarajevo ? - Ben à Auschwitz, au moins y'avait le gaz.

ou :

Ne me parlez pas des camps de concentration. J'ai un oncle qui y est mort. - Il est tombé en bas d'un mirador.

ou encore :

Le plus haut édifice à Moscou ? - Celui du KJB. On peut y voir la Sibérie de son sous-sol.

Etc., etc.

Amateurs de ces sick jokes, j'avais l'habitude, quand je donnais des conférences - si, si,  je vous le jure, j'ai donné des conférences... - de les commencer par une de ces blagues. Sauf que personne ne riait. Jusqu'au jour où, après en avoir donné un exposé sur je-ne-sais-plus-quoi, à je-ne-sais-plus-qui, un vieux bonhomme vint me voir et me dit : «Vous ne devriez jamais faire de l'humour devant un groupe. Par votre prestance, par votre présence, par votre voix même, vous allez l'air trop sérieux. - Vos blagues sont peut-être drôles, mais elles ne passent pas. - J'ai un conseil à vous donner. Boutonnez mal votre veston, mettez votre cravate un peu de travers ou trompez-vous de pantalons quand vous devez parler en public. - Les gens vont se dire : "Tiens, il n'est pas plus brillant que nous". - Et de là, ils vont mieux vous écouter.»

J'ai suivi son conseil et à partir de ce moment-là, on a cessé de me prendre pour ce que je n'étais pas :  un type sérieux.

C'est l'histoire de la troupe de théâtre d'un petit village très éloigné dans le fin fond de nulle part qui décida un jour de monter Le journal d'Anne Frank. - Pour l'occasion, on embaucha le fils du forgeron (qui était daltonien) en tant que décorateur, la nièce de l'épicier qui était dure d'oreille pour la musique, la fille du maire, qui n'avait aucun talent (pas le maire, mais sa fille), pour le rôle pincipal et divers comédiens tout aussi mauvais qu'elle. - Le résultat fut affreux. Assez qu'au troisième acte, le soir de la première, lorsque ceux qui jouaient les rôles d'officiers de la Gestapo entrèrent en scène et demandèrent où était Anne Frank, les spectateurs se levèrent spontanément et crièrent tous ensemble ; «Elle est dans le grenier !»

C'est l'histoire - une autre - d'un couple impliqué dans un très grave accident de voiture en allant rendre visite à leur fils lors d'une tempête de neige. Lui s'en était tiré relativement bien : un bras cassé quelques coupures au visage, mais elle, qui avait été éjectée de l'auto via le pare-brise, ne s'en était pas tirée du tout. Plus de quatre heures dans la salle d'opération tandis que, après les premiers soins, son conjoint faisait les quatre cents pas dans la salle d'à côté. - Finalement, le médecin qui s'était occupé de son épouse vint le trouver et lui dit ; «Je regrette, mais votre conjointe... Enfin : son cerveau a été considérablement endommagé et elle risque de passer le reste de ses jours dans l'état où elle est présentement, c'est-à-dire végétatif. Et vous ne pouvez pas la laisser ici, votre assurance ne couvre pas les soins à long terme. Faudra la ramener à la maison, lui trouver un lit adéquat. - Surveillance 24 heures par jour. Vous comprene« ?  - Pensez à la nourriture, les soins corporels, les couches...» - L'homme éclate en sanglots. - Il est complètement abattu. - «Ne vous en faites pas, dit le médecin en lui tapant sur l'épaule. Je blaguais. Elle est morte.»

Sobrement vôtre...

***

Le courrier

Suite à ma chronique du mois dernier au cours de laquelle j'ai parlé du réchauffement de la planète, i.e. :

«Le réchauffement de la planète, autre exemple. Non pas «la vaste majorité», mais tous les spécialistes dans les domaines de l'océanographie, de la météorologie et de l'atmosphèrologie (?) prédisent depuis des années que l'accélération de ce phénomène climatique se manifeste de plus en plus et que son origine est l'activité humaine. - Reste à y faire face, ne serait-ce qu'au cas où, mais combien de gens n'y croient toujours pas ? - Tiens Trump, encore. Décidément...»

...un ami m'a fait parvenir la photo suivante ;  de New York, en 2075 :

 Comme je l'écrivais le 2 octobre dernier :

J'aimerais vivre encore quelques années, tout au plus cinq ou six décennies pour dire : «Si vous possédiez des terres en Floride, vous possédiez des terres en Floride.»

N'empêche que je me souviendrais toujours d'avoir traversé le parc qui sera éventuellement, grâce à Trump, couvert d'eau avec une très belle femme, un certain jour...

Pas pu, cette journée -là, pour diverses raison, la tenir dans mes bras.

Et comme, ce n'était pas une bonne nageuse...

À +

Simon

***

Série précédente

Série suivante

Retour au Castor™ - Édition courante


Autres sites à consulter :

Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro