Les chroniques de Simon Popp

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No. 091 à 100

(Du 6 novembre 2014 à aujourd'hui)

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100 - 2015-07-06 - 1 -  Écriture out

Je ne suis pas paranoïaque - enfin, pas encore - mais depuis que j'ai appris que mon Gouvernement se penche sur les courriels de tous et chacun, surveille mon utilisation de mon téléphone, lit ma correspondance et qu'il est allié à un autre Gouvernement qui écoute tout, y compris les conversations des Présidents de la France, j'ai commencé à m'inquièter.

J'ai écrit une lettre en ce sens au Premier Ministre du Canada avec une copie au directeur de la Gendarmerie Royale (RCMP) qui m'ont répondu que c'était inutile de leur écrire car ils le savaient déjà.

Ce qui m'amène à une autre question qu'on m'a posée récemment : pourquoi j'écris ?

La réponse est simple : parce que je n'ai pas les moyens de me payer la thérapie dont j'ai de besoin.

La vraie question qu'on devrait me poser, c'est : "Qui vous lit ?" - Ben, y'a moi et puis une dame qui me corrige. - D'autres aussi puisqu'on me reproche souvent mes opinions. - Je suis dans le genre "Hulk Hogan" : personne ne me lit tout comme personne ne regarde la lutte télévisée. Curieux, tout de même qu'il soit si connu.

***

2 - Écriture in

Depuis au moins cinq ans je reçois des dépliants, des messages, des textos, des téléphones et si je les laissais faire, je crois qu'ils m'enverraient des messages via sémaphores. De qui ? De revendeurs d'auto m'offrant des deals extraordinaires de location ou d'achat d'un véhicule neuf allant de l'économique X à la luxueuse Y en passant par la révolutionnaire Z quand ce n'est pas un tout-terrain ou un véhicule récréatif. - J'ai beau leur dire de me désinscrire de leurs listes ou les informer que je suis sur le point de vendre mon auto pour circuler en métro, ou, au pis aller, en taxi, rien à faire : il ne se passe pas une semaine sans que je sois, ne serait-ce que par les journaux qui trainent sur les comptoirs des bars que je fréquente, exposé à des campagnes publicitaires comparables à celles de Budweiser ou de McDo.

Faut dire que je ne comprends pas très bien les prix ridicules pratiqués aujourd'hui par à peu près tous les manufacturiers de voitures, mais ça me rend complètement indifférent. Pourquoi ? Parce que : 1) je n'ai jamais été attiré par les autos, petites, moyennes ou grandes et surtout pas par les bolides qui tournent en rond lors des Grand-Prix et 2) je roule très peu et, chose surprenante, quand je me compare à la majorité des propriétaires de véhicules, mes voitures vieillissent plus lentement que moi.

On ne me croit pas, mais, à neuf ans et à 90,000 kilomètres, tout en vivant au centre-ville de Montréal, mon auto a encore ses freins originaux, ce qui est tout à fait compréhensible étant donné que je suis à six kilomètres de mon (ex-)bureau (où je vais encore régulièrement, histoire de ne pas perdre la raison) et que la moitié de ses six kilomètres se déroule sur une autoroute.

J'ai fait des calculs :

Compte tenu d'une vingtaine de voyages à Québec, d'au moins une dizaine à New York et à Toronto, quelques voyages à Pittsburgh, Boston et même un déplacement vers Wichita (Kansas), mon auto a passé plus des deux tiers de son temps sur des autoroutes et vous savez que ce n'est pas sur des autoroutes qu'on utilise une voiture au-delà de ses capacités tandis qu'en ville...

Dire qu'il y en a qui passe deux heures par jour, juste pour faire le trajet entre leur pavillon de banlieue (où les taxes sont moins chères) et leur bureau... et à l'inverse le soir... - L'équivalent de vingt jours - mais attention : des jours de ving-quatre heures, pas de huit -, assis dans leur auto... par année !

***

3 - Et puis finalement, Apple, toujours et encore

Je crois avoir eu ma dernière - mais vraie dernière - conversation avec une adepte de la secte Apple il y a deux semaines.

Je ne sais pas pourquoi, ce soir-là, je me suis cru apôtre d'une nouvelle religion qui aurait pu s'appeler "Le Gros Bon Sens" (GBS) ou membre d'une Église où le mot "Jugement" aurait un rôle à jouer.

Deux vodkas de trop ? Qui sait ?

J'ai tout simplement essayé de démontrer que, comme Copernique dans une des précédentes éditions du Castor™, contrairement à ce qui est indiqué dans la Bible de cette convertie (c'était une femme), la terre tournait autour du soleil plutôt que le contraire, mais je n'ai pas, évidemment réussi. - Un peu plus, elle me traitait d'apostat, de suppôt par Satan, d'un maléfique personnage comparable à feu Sadam Hussein, feu Staline ou feu Ben Laden, c'est à dire dans la lignée de ceux qui n'ont jamais voulu se convertir à la réalité qui, de nos jours, semblent avoir plus d'interprètes que de versets dans le Coran.

Je n'ai pas essayé de parler de prix, ni lui dire qu'il était ridicule de se faire vendre six appareils à un prix de fou en quatre ans, en faisant la queue à chaque fois... Cela, je l'avais déjà essayé. "Et le prix d'une nouvelle voiture aux trois ans, ou le remplacement d'un divan à tous les quatre ? " m'avait-on répondu.

Je n'ai pas parlé des Mac non plus pour qui des firmes comme PageMaker avaient sorti, avant eux, des versions pour des PC, sous Microsoft. - Ça, je me souvenais : ça en avait scier plusieurs.

Et je n'ai surtout pas mentionné que pour un PC, on trouvait trouver TOUT gratuitement sur le WEB.

J'ai juste dit deux choses. La première m'a quasiment valu une giffle.

C'est que tout était une affaire de concept. Que si, sur son iPhone 6 on pouvaty trouver une application permettant de lire l'état de la circulation sur tel ou tel pont, c'est était aussi facile de rouver la même chose sur un Samsung 2 (pas 3, ni 4, ni 6). "Oui, mais t'as appuyé sur quatre touches alors qu'il ne m'en fallu que trois." m'a-t-elle répondu. J'étais perdu. - Faut dire que j'aurais dû, au lieu de promener mes doigts de dire, tout simplement, dire "circulation" dans le micro de mon téléphone, mais je crois que ça n'aurait rien changé. Je me suis esssayé, une fois, pour me faire dire que ça ne comptait pas puisque je l'avais "programmé".

Alors là, j'ai essayé de changer l'orientation de notre conversation :

"Ta mère, ai-je dit, lorsqu'elle veut consulter les nouvelles à Radio-Canada, écrire et voir sa fille au Maroc, ou encore visionner un film sur sa tablette, pourquoi, dans une boutique APPLE l'oriente-t-on vers une tablette à X milliers de pixels alors qu'elle pourrait faire la même chose, sans jamais voir la différence, avec une de chez ACER qui n'a que le quart des moitiés de ces pixels ?" (Mais au quart du prix...)

(Ma tablette, soit dit en passant, m'a coûté $119 US. - RCA Victor...)

Et c'est là que les invectives sont parties.

Ça m'a fait penser aux premiers écrans WYSIWYG : quelle était, à l'époque, la vraie différence entre "Mets ceci en italiques" par rapport à "Mets en italiques ceci" ? - Jamais eu de réponses.

Oui une : la souris. Sauf que la souris, XEROX en utilisait déjà une à la fin des années cinquante, avec une interface graphique, of course, une interface nommée "Desktop".

Pas eu de blessures, le soir de cette dernière altercation, mais j'en reviens toujours au même principe : "Qu'est-ce que tu veux faire avec ton téléphone (ta tablette, ton ordinateur) ?"

Si c'est pour planter tes clous, achète-toi un marteau. Si tu veux savoir à quoi peut servir un marteau, écoute les conseils de ceux qui s'en servent à bon escient.

Paraît que, d'ici peu, on pourra, d'un simple passage de son téléphone au dessus d'une borne, acheter son Journal de Montréal, en même temps que son café, chez Starbuck.

Le vieil adage : pas de progrès, pas d'avancement, pas d'avancement, pas de progrès.

Sans compter que les montres-bracelets à la Dick Tracy s'en viennent. Que j'ai hâte que ma tante Gertrude puisse me rejoindre sur son miniscule écran qui servira également de sous-verre tandis que je flirte au Bar des Deux Assassins avec la blonde que j'aurai dénichée avec mon Apple 7 et son application numéro 11,677.

Cette application, à ce que j'ai pu comprendre, me donnerait instantanément le résult de 9 + 11.

Suis-je devenu anti-religieux ?

La dernière fois que j'en parle. Promis !

Si vous permettez, quand même, une dernière citation :

"If you're interested in what's life is like on other planets, you wanna get to the Apple Store. - They are not of us." (Lewis Black)

("Si vous êtes intéressé à ce qui pourrait être la vie sur d'autres planètes, il vous faudra vous rendre dans un des Apple Stores. - Ces gens-là ne sont pas de nous.")

Simon

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099 - 2015-06-01 - Grognon, obstineux, impoli, misogyne et maintenant... condescendant !

Parce que - croyez-le ou non - on a eu beau me traiter de grognon, d'obstineux, d'impoli, de mysogyne et de certaines autres choses pour lesquels il eut été possible de demander des réparations, je suis resté, sur ces propos, sur mon quant-à-moi, pour peu qu'il m'en chalait... mais voilà que j'apprends, aujourd'hui, que je suis non seulement tout ça, mais condescendant, en plus. Remarquez que ce n'est pas la première fois qu'on me qualifie de la sorte sauf que c'est une de mes proches amies qui me l'a rappelé pas plus tard que la semaine dernière.

Sic transit, etc.

J'ai un mot pour résumer tout ça : l' impatience ! - Car je suis impatient.

Raffiné, quand même :

"Le monde est plein de gens qui se disent des raffinés et qui ne sont pas, je l'affirme, raffinés pour un sou. Moi, votre serviteur, je crois bien que moi, je suis raffiné ! Tel quel ! Authentiquement raffiné. Jusqu'à ces derniers temps j'avais peine à l'admettre... Je résistais... Et puis un jour je me rendis... Tant pis !... Je suis tout de même un peu gêné par mon raffinement... Que va-t-on dire ? Prétendre ?... Insinuer ?..."

Louis-Ferdinand Céline - Bagatelles pour un massacre (1).

Et puis ceci :

"Quel que soit votre rang, votre classe, votre occupation, il faudra tôt ou tard que vous vous rendiez compte, Simon, que la moitié des gens que vous rencontrerez seront moins intelligents que la moyenne."

Simon Popp, père.

Vous êtes toujours là ? Bravo: vous faites partie de la deuxième moitié.

Je ne suis pas misogyne : j'adore les femmes, j'aime leur façon de penser, leur spontanéité, leur ouverture d'esprit. J'aime leur visage, leurs cheveux, leur sourire, la façon dont elles regardent, marchent, se penchent, posent des gestes. J'aime leur élégance, leur discrétion, le type très particulier et si rafraîchissant de leur intelligence et... leur mystère. - Ah ! le mystère féminin ! - La preuve est que j'ai plus d'amies que d'amis et si, j'ai à passer une soirée avec quelqu'un, je préfère la passer en compagnie d'une femme plutôt qu'en celle d'un chaînon manquant.

Je ne suis pas obstineux, mais quand les banlieusards de la Rive-Sud persistent à me dire qu'ils habitent à vingt minutes du centre-ville, quand j'entends que les Beatles ont révolutionné la musique populaire, que Van Gogh (voir le courrier, à la fin) est le plus grand peintre de tous les temps, que Steve Jobs fut un grand inventeur, que Michel Tremblay est un génie ou que Bernard Derome fut un excellent journaliste, je veux bien qu'on me donne - pardon : j'insiste pour qu'on me donne - des explications, car je suis peut-être bouché à l'émeri, je n'ai pas encore compris.

Je ne suis pas impoli, mais si vous me répétez le lieu commun que j'ai entendu dix fois à la radio depuis le matin ou que vous ne savez me parler que de sports ou d'autos, je vais, enfin pas régulièrement, mais souvent, vous interrompre. Et si vous prenez une éternité pour me dire qu'on n'a plus les hivers qu'on avait, je vais finir par... finir vos phrases.

Et je ne suis pas condescendant. Si vous avez quelque chose d'intéressant à me dire, un nouveau point de vue à m'offrir, je vais vous écouter pendant des heures et vous posez beaucoup de questions. J'irai jusqu'à prendre des notes et les adresses où je peux trouver plus de renseignements. - Par exemple, parlez-moi du New Horizons qui frôlera Pluton le 14 juillet prochain et je vous écouterai avec beaucoup d'attention. - J'aimerais en apprendre un peu plus, autres exemples, sur l'ossature en bois de certains bâtiments, la littérature arabe, les derniers et prochains ordinateurs...

Mais l'impatience dans tout cela ?

Une dame qui ne sait me parler que de mode, de mascara et d'une nouveau parfum de chez Fior, verra vite mes talons. - Celui qui me dira que Corey Perry et que Miguel Cambrera sont les meilleurs joueurs de, hockey pour l'un, ou de baseball pour l'autre, et qui n'aura jamais entendu parler de Bobby Orr ou de Ty Cobb peut s'attendre à de sérieuses objections de ma part. - Si vous n'êtes pas bref, si vous ne savez pas vous expliquer correctement ou que vous répétez continuellement les mêmes arguments, il y a de fortes possibilités que je lève les yeux au ciel pour dire : "Oui, t'as ben raison." (J'ai même offert souvent de le confirmer par écrit à de parfaits raseurs.)

Ma condescendance ? - Laissez-moi vous dire une chose, deux même : je n'ai pas lu et relu Proust trois fois ni n'ai accumulé 200 volumes sur l'auteur de "À la recherche du Temps perdu" ni me suis tapé sa correspondance (21 volumes chez Plon) pour me le faire citer incorrectement ; idem pour la Guerre Civile américaine, Vermeer de Delft, Beethoven et l'astronomie. - Vous en connaissez, vous, des gens qui ont visité une trentaine de champs de bataille en Pennsylvanie, Virginie, Caroline du Nord, Caroline du Sud (etc.) ; parcouru l'Europe et l'Amérique pour voir toutes les toiles de deux peintres ? Qui en sont à un millier d'heures d'écoute de docus sur les planètes, les étoiles, les galaxies et les dernières découvertes en astronomie et dont les premières économies ont servi à s'acheter un télescope ? Qui ont lu et relu tout James Joyce, Edna St-Vincent-Millay et Oscar Wilde ? - Et même Rabelais, dans le texte ; avec une traduction anglaise parce qu'il ne comprenait pas les adaptations qu'on en avait faites en français moderne...

Oui, je suis impatient. La bêtise, la fatuité, la suffisance et l'ignoranteté de mes contemporains, particulièrement ceux de mon âge, ne me rendent pas seulement impatient, mais souvent colérique.

Heureusement - et mon entourage vous le démontrera facilement -, il y a, en ce bas-monde, des personnes que j'admire, que j'aime, que j'adore et avec lesquels je passerais volontiers le reste de mes jours car j'apprends et je vais continuer à apprendre d'elles plus que je ne pourrai jamais leur enseigner.

Un bonhomme, en particulier, qui a, du monde, une vision totalement opposée à la mienne (une femme d'origine musulmane, des enfants...), un autre de mon âge dont le sourire me séduit. - Et une femme, aussi (à la lecture de ceci, elle se reconnaîtra), qui me fascine et me fascinera toujours et à propos de laquelle on m'a dit récemment que c'était la personne qui m'avait fait le plus souffrir. Souffrir, elle ? Je lui dois mes plus beaux souvenirs.

Condescendant envers eux ou elle ? - Jamais ! - Je les écoute toujours à genoux sauf que, pardonnez-moi, compte tenu du nombre de crétins que j'ai rencontrés depuis ma première communion, j'ai quelque peu perdu l'habitude.

Et si je bois un peu trop certains soirs, c'est pour me mettre au niveau de mes interlocuteurs du moment car, comme disait le rgeretté George Carlin ; "God Dam It, people are stupid !" (2)

Condescendant ? - J'imagine que si, en parlant, j'utilisais moins de plus-que-parfait du subjonctif...

Une terrible manie héritée d'une grande-tante qui avait l'habitude de dire : "Naturellement, évidemment. Par conséquent fataque ça ce conçoit."

Simon

(1) Louis-Ferdinand Céline - Écrits polémiques - Édition critique établie, présentée et annotée par Régis Tettmanzi - Éditions 8 (Québec) - 2012. - À noter que cette édition ne peut être vendue directement en France où les droits d'auteurs de Céline ne s'éteigneront qu'en l'an 2031. Pour plus de renseignements :

http://www.lepetitcelinien.com/2012/09/les-entretiens-du-petit-celinien-vii.html

  Disponible à La boîte à son, 355 rue Émery, Montréal, QC, H2X 1J2. - 514-288-8180.

(2) "Start in the morning, take a pencil and note the names of the stupid people you'll meet that day. By noon, you'll have at least twelve different names."

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SDEP (1) : Ce qu'on peut dire et ne pas dire in Le Castor™

En un premier temps, tout ce que je peux dire, c'est qu'entière liberté est donnée aux chroniqueurs du Castor™ ; entière liberté quant aux sujets de leurs chroniques, quant à la manière dont ils veulent les traiter et dans quel ordre.

En d'autres mots, il n'y a pas, au Castor™, de censure et je ne me souviens pas d'un seul article que j'ai écrit, ici, qui me fut refusé, classé ou mis de côté. Oui, une fois, une seule, sous le prétexte que, par rapport aux jeunes filles qui nous lisent... Mais quelles que aient été leurs âges ou celles de leurs amis et amies, toutes - la direction en était très consciente - savaient comment contourner les barrières que nous pouvions installer sur leur chemin

Parfois - je dis bien parfois -, il nous arrive de nous faire imposer un thème, mais ce thème a été choisi par l'ensemble des chroniqueurs et, la plupart du temps, unanimement. - La prochaine mini-édition du Castor™, par exemple, tournera autour du cinéma.

Quelques "bémols" ? - Naturellement :  

  • Aucune attaque personnelle envers des hommes ou femmes, qu'ils ou elles soient du domaine religieux, de la politique ou d'autre venues publiques. Exception faite, naturellement, pour un certain ex-maire de Montréal, George W. Bush, quelques ministres, hommes d'affaires et quelques fonctionnaires.

  • Pas de sexe. M'enfin, pas trop.

  • Pas de commentaires sur les autres religions sauf pour démontrer qu'elles sont dans l'erreur.

  • Et rien qui pourrait nous valoir des poursuites judiciaires de Apple, Eddy Savoie, pour n'en nommer que deux.

(1) SDEP : Soit dit, en passant.

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Doléances, doléances, qu'est-ce qu'il faut faire ?

Je ne me souviens plus qui a dit un jour que les prédictions sont difficiles à faire, surtout en ce qui concerne l'avenir, mais, depuis quelque temps, je réalise que je suis entouré de gens qui, sans être totalement dénués de jugement, semblent n'avoir aucun sens critique ; aucun sens de la réalité, si vous préférez.

Faites-moi plaisir : retournez une trentaine, une vingtaine d'années en arrière et imaginez-vous être un typographe, un metteur en pages, un ouvrier du livre, un minerviste (voilà le mot que je cherchais !) et que vous voyez arriver, dans votre atelier, dans votre imprimerie, à votre journal, ou l'endroit où travaillez, un ordinateur avec ses logiciels de traitement de textes, de disposition graphique d'images, son imprimante, ses 128 fontes allant de l'Agency FB au YU Michu Light en passant par le Franklin Gothic Medium, le Narkisim et l'inévitable Times New Roman ou encore, le Garamond (très prisé à une certaine époque). - Imaginez-vous qu'un ou une secrétaire s'installe devant cette nouvelle machine et se mette à composer, dessiner et mettre en page le format dans lequel, dorénavant, tous les textes qui, jusqu'alors, vous avaient été soumis, seront publiés.

J'entends, d'ici, vos éclats de rire : "Oh, le ou la pauvre ! Il ou elle n'a pas encore commencé à apprendre ce que j'ai oublié : de la justification, des rivières, des lettrines, des césures, des hémistiches !" Et, à la cafétéria, le midi, vous vous disiez : "Mais où s'en va le monde avec ces amateurs ?" - Même que vous avez dû vous bidonner quand, quelques jous plus tard, un de vos collègues vous a amené, en 1993, l'édition prestigieuse de La Pléiade des Oeuvres complètes de Ronsard où le stupide metteur en page n'avait pas réalisé qu'on ne coupait pas des sonnets en insérant dans le haut d'une page, et page après page, les dix derniers vers de l'un et, dans le bas, les quatre premiers du suivant.

Exemple :

Ronsard - Oeuvres complètes
La Pléiade - Tome 1, p. 41 - 1993

Et puis, paf ! Contre vents et marées, de jeunes informaticiens, plus intelligents, plus habiles, vous ont littéralement fait perdre, malgré vos protestations et vos grèves, vos emplois. - Restructuration qu'on a appelé ça ; il fallait bien, n'est-ce pas normaliser l'entreprise, faire face à la concurrence, s'adapter... (air connu)

Je ne sais pas. Doit encore en exister des typographes. Ont changé de nom, sans doute, mais vous voyez ce que je veux dire :

Qu'avec leurs caractères d'imprimerie, leurs presses, leurs découpes, leurs embossages et estampages, revus et corrigés par les presses offset et l'héliogravure... ben 'sont disparus ou presque. C'était à prévoir, non ?

*

Ce matin, je suis passé devant une librairie et je me suis dit : "Tiens, voilà un établissement voué à la disparition." - J'aurais pu, au début du siècle dernier, pensé la même chose des palefreniers, des fabricants de chandelles, des télégraphistes, mais je n'étais pas là.

Permettez que j'ajoute, qu'aujourd'hui, je m'inquiète beaucoup pour les facteurs, les manufacturiers et distributeurs de cigarettes, les réparateurs de moteurs à essence, les revendeurs d'appareils pour compter le papier-monnaie...

Et je ne sais pas dans quel monde vous vivez, mais, dans le mien, je vois de moins en moins de cravates et de plus en plus de menus avec photos plutôt que des descriptions à la "tournedos d'agneau à la demi-sauce béarnaise accompagné de petits légumes sautés au beurre de Crimée et son soufflé de pommes de terre africaines".

À + !

Simon

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P.-S. No. 1 (Réponse à Michelle B. de Laval, Québec) : Oui, Madame, il m'arrive souvent de penser que je suis à bord du Titanic et que je suis le seul à savoir qu'il va couler.

P.-S. No. 2 (Réponse à Gino L. de Valleyfield, Québec) : Au cours de ma petite existence, nous sommes passés de Louis St-Laurent à Stephen Harper, de Jean Lesage à Philippe Couillard. À ce rythme-là, dans une dizaine d'années, nous aurons le choix, pour nos premiers ministres, entre quatre plantes d'intérieur.

P.-S. No. 3 (Réponse à Laure B. de St-Hyacinthe, Québec) : Pourquoi le Gouvernement Américain qui a toujours menti à ces citoyens a-t-il avoué ne pas avoir découvert d'armes de destruction massive en Irak ? Nous n'en savons rien. À notre avis, il eut été facile, pour eux, d'en importer.

P.-S. No. 4 (Réponse à Albinose de la Rétine de Trois-Rivières, Québec) : Il est né deux mois moins deux jours après la date de la deuxième scène de "L'armée des ombres" de Jean-Pierre Melville.

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098 - 2015-05-04 - Où j'en suis

L'astrophysicien Walter Lewin - qu'est-ce que je peux lire parfois ! - voir les références à la fin - disait, en 1995, je crois, qu'il lui était de plus en plus difficile non seulement de comprendre mais de concevoir ou même d'imaginer la plus-que-probable structure de l'univers, mais que les équations de la physique moderne étaient là et qu'il n'y pouvait rien.

Je me sens un peu comme lui depuis quelque temps.

Que la terre soit ronde, qu'elle tourne autour du soleil (et non le contraire), qu'il existe des milliards d'étoiles dans notre galaxie, qui n'est qu'une galaxie parmi des milliards d'autres (1), et que le temps varie en fonction de la vitesse et qu'il n'est donc pas constant ou absolu, je peux m'imaginer tout cela et même le comprendre, contrairement ou plutôt malheureusement à des millions de personnes, nées avant Copernicus, Kepler, Galilée, Huygens, Newton, Herschel, Einstein et beaucoup d'autres (2), qui n'ont pas eu la chance de connaître leurs géniales visions du monde.

Évidemment, je ne comprends pas tout ce qu'ils ont écrit ou pensé, sauf qu'il y a longtemps que je ne suis plus un créationniste (partisan de la version biblique qui maintient que le monde a été créé en six jours), ni n'ai jamais cru aux enseignements des Mormons, des Islamistes et encore moins des Scientologues (une "religion" fondé par un homme dont le prénom était Ron !) et j'ai de plus en plus de difficultés à me dire catholique depuis que j'ai recommencé à lire la Bible. - Par rapport à cette Bible, Penn Jilette [du duo Penn & Teller] affirme, quant à lui, être devenu athée la journée où il s'est mis à lire la Genèse... - Pas pour rien que Sir (Saint) Thomas Moore (1478-1535), aujourd'hui patron des hommes d'état et des politiciens (!), faisait brûler vif les gens qui possédait, à son époque, une Bible en langue vulgaire...

D'autre part, il me semble avoir lu il n'y a pas très longtemps, ici même, la suggestion d'amener une règle à calculer (ou une calculette) si jamais il nous - vous et moi - venait l'idée de retourner dans le temps pour rencontrer Pythagore. Pythagore ? Je ne saurais, personnellement, quoi lui dire. Surtout que je ne connais absolument pas le grec ancien et de ce que je connais des mathématiques... - Sans compter qu'avec mes lunettes de presbyte, ma montre-bracelet et un complet trois-pièces, je me ferais suicider sur place.

À la rigueur, je remonterais au début du siècle dernier ou à la fin du siècle précédent. Pour y rencontrer Proust, Wilde, Joyce, Montesquiou même, mais il faudrait pour ce dernier que je fasse partie de la haute, cette société disparue lors de la Révolution et dont, conséquemment, je ne ferais pas partie. - Autant rester chez moi.

Surtout pas Bergson ! - J'ai deux livres de lui dans ma bibliothèque : Essai sur les données immédiates de la conscience et Durée et simultanéité dont je n'ai lu, des deux, que quelques pages qu'au demeurant, je n'ai pas réussi à déchiffrer au-delà de deux lignes. Il aurait fallu que j'en lise un résumé à la Reader's Digest ou une de ces versions illustrées, genre Achille Talon. D'ailleurs, je me suis toujours demandé pourquoi, un jour, je suis entré chez un libraire, à Paris, pour me procurer ces deux chefs-d'oeuvre (Presses Universitaires de France, 1979, 1968). J'ai dû me prendre pour Georges Perec qui a cru, un autre jour, qu'il pouvait lire un livre de géométrie et en comprendre le sens.

Faut dire que je suis un peu dépassé depuis plusieurs années. En fait, il me faut le constater : je suis dépassé et ce n'est pas les premières informations qu'on m'a fournies, sur la vie, la nature, la création du monde, qui m'ont aidé.

Il m'a fallu bien des années pour désapprendre certaines choses. - Oh, quelques jours pour le Père Noël et la fée des étoiles, deux, trois semaines pour les cigognes et la naissance des enfants, peut-être quatre ou cinq mois pour l'arche de Noé, Loth, Sodome et Gomorrhe, mais si, aujourd'hui, je me flatte d'être un homme de mon temps, c'est-à-dire un homme qui n'a pas d'idées farfelues, basées sur des historiettes ou calembredaines datant de l'âge de bronze, il me semble que je suis, au meilleur de ma forme, de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle, même si je peux m'imaginer ce que peut-être un trou noir, une quatrième dimension et même la courbature de l'univers.

Par contre, je ne comprends rien, mais rien de rien, aux théories de Maxwell, Heisenberg, Bohr, Schrödinger et compagnie. La mécanique quantique, les quarks, les hadrons, les protons, les neutrons, les photons et les univers parallèles me dépassent. Quant au boson de Higgs, j'aurais aimé ne jamais en entendre parler.

Consolation : le physicien américain Richard Feynman (1918-1988) disait que si quelqu'un pensait comprendre la mécanique quantique, cette personne-là ne comprenait pas la mécanique quantique. En d'autres mots, il est préférable de connaître plutôt que de comprendre.

Curieusement, c'est ce qu'on me disait de la Sainte Trinité quand j'étais jeune.

Dans ces conditions, pourquoi ne pas me fier aux horoscopes et aux biscuits chinois ? - Surtout depuis que j'ai reçu, lors de mon dernier passage dans le Chinatown, la sage parole suivante : "Quoique vous ayez mangé, ce n'était pas du poulet."

Simon

   Références :

Walter Lewin et Warren Goldstein :  For the Love of Physics: From the End of the Rainbow to the Edge of Time – A Journey Through the Wonders of Physics. - Simon and Schuster (2011)

No Ordinary Genius - Un documentaire (deux parties) sur la vie et l'oeuvre de Richard Feyman  - BBC Horizon et PBS (1993).

***

   Notes :

(1) Quatre cent milliard (aux dernières nouvelles).

(2) Sans préjudice à tous ceux qui les ont précédés, particulièrement tous les astronomes ou physiciens du monde arabe et de l'Extrême-Orient. - Voir, à ce propos, l'excellente page de Wikipedia intitulée "Chronologie de l'astronomie"

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 Langue et réalité

J'ai refilé le texte suivant à Copernique en espérant qu'il le commentera sous peu en nous donnant également son opinion sur la disparition annoncée du livre-papier (*).

Il est tiré d'une conférence que feu Christopher Hitchens (1949-2011) a donnée, en 2011, à la Rutgers University, en la ville de New Brunswick (New Jersey) :

" Il est grandement temps que nous inventions un nouveau langage pour décrire le Nouveau Monde - ou plutôt le Nouveau Cosmos que nous sommes en train de créer - non, je devrais dire plutôt qui est en train de nous être révélé, quoique "créer" et "révélé" sont des mots que je devrais utiliser avec beaucoup de précaution - disons : qui nous sont de plus en plus divulgués grâce au télescope Hubble ou à notre connaissance de l'ADN, en cette période de l'histoire, de la nature de l'humanité ou celle de l'univers peuvent maintenant être discutées sans racisme, sans tribalisme, sans créationnisme et sans superstition.

Nous occupons une position privilégiée qu'aucun de nos ancêtres aurait pu prévoir. Une page de Stephen Hawkins sur l'horizon des événements ou sur les trous noirs est beaucoup plus inspirante, infiniment plus inspirante et infiniment plus impressionnante que n'importe quelle ligne sur le buisson ardent de la Genèse, ou sur les écrits d'Ézéchiel, ou tout bavardage sur l'apocalypse, mais nous persistons à décrire les événements qui nous entourent avec les métaphores chancelantes de notre préhistoire.

Nous sommes prisonniers du milieu dont nous avons hérité, persistant à dépeindre toute nouvelle découverte avec la stylistique sécurisante et réconfortante du patois qu'on nous a enseigné.

Un exemple ?

Parlant de l'achèvement du projet de génome humain, le président Clinton, disait, au printemps dernier, en parfait Elmer Gantry, que nous avions maintenant en main le dictionnaire que Dieu avait utilisé pour nous créer. - Du véritable bagou !

Au moment où je vous parle, notre langue est à la traîne, à la traîne de la science, derrière toutes nouvelles découvertes et derrière - je dois le souligner - l'humanité. [...] Il nous faut combler ce fossé pour remédier à cet extraordinaire décalage."

Fin de la citation.

(*) Je viens d'apprendre que les ventes des enregistrements électroniques ("streaming") viennent de dépasser celles des CD. - Un signe précurseur de la disparition éventuelle du livre papier ? - Chose certaine : les éditeurs-distributeurs de musique enregistrée semblent s'être organisés plus rapidement que les éditeurs de livres, journaux, magazines, etc. qui en sont encore à leurs premiers balbutiements. - Autre fait : à ma dernière visite chez Renaud-Bray (Ste-Foy, Québec), j'ai noté que plus de la moitié de l'espace était occupée par des jouets et des bibelots...

Simon

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[Autres] Curiosités de la française langue
(Bernard Fripiat - Le Figaro - 26 mars 2015 - propos recuillis par Marie-Amélie Lombard-Latune)

Le mot "yeux", c'est un gag ! Autrefois, écrire "ieux" pouvait signifier "yeux " ou "jeux ", la lettre "i" pouvant se lire "i" ou "j". On a donc utilisé le "y" pour éviter de confondre. Jusqu'au XVIIe siècle, l'emploi du "y" est très fréquent comme dans "roy" ou "amy ". Dans les manuscrits, il est plus lisible que le "i", qui s'écrit sans point pour éviter les pâtés [...car...] l'écriture à la plume favorisait les taches d'encre. Pour limiter les risques, on ne mettait pas de points, ni d'accents, ni de cédilles. Et la coupure des mots se faisait de façon aléatoire, quand il fallait retremper la plume dans l'encrier !

J'ai pour exemple une lettre de Louis XIV rédigée ainsi : "Jay souferplusieursennees desafoiblesse de sonopniastreté". Les professeurs d'université ne disent pas autre chose mais le formulent peut-être un peu plus élégamment. De la même façon, le mot "forest" est devenu "forêt" quand les imprimeurs ont pu utiliser l'accent circonflexe. Ils étaient ravis car cela leur permettait d'économiser une lettre. Or le papier était cher !

[Quant aux lettres hampes - celles qui montent ou descendent comme t; d, h, p, q, etc. -, elles sont très appréciées car elles facilitent la lecture?] Oui, surtout quand on décrypte un texte à la lueur d'une chandelle. Les juristes du XIIIe siècle les adoraient. C'est ainsi que "huit" s'écrit avec un "h" alors qu'il n'y a aucune raison étymologique (il vient du latin "octo"). Cela permettait de distinguer le "u" d'un "v", qui s'écrivaient de façon similaire. C'est aussi pour cette raison que "huile " et "huître " prennent un "h".

[Au fil des siècles, on ne se prive pas de jouer ainsi avec les mots ] on retire ou on ajoute des lettres selon les besoins. Ainsi le latin "mater" se transforme-t-il d'abord en "maer" puis en "mère" au XlIe siècle. Mais on reprend le latin pour "maternité". Au XIIIe siècle, on recrée des mots en ajoutant des lettres. Le mot "populus" était devenu "peuple" mais donne aussi "populaire".

[...] Les pluriels de "cheval" et "festival" diffèrent. Le premier est très ancien alors que le second fut emprunté à l'anglais en 1830. "Chevals" a évolué phonétiquement vers "chevaux". Mme de Sévigné écrivait des combats "navaux" et Jean de La Fontaine employait "portaux" pour plusieurs portails. Autre bizarrerie : pourquoi "favori" et "favorite " ? À cause de François fer, qui aimait beaucoup l'Italie et le mot "favorita" pour les jolies femmes qu'il y rencontrait.

[...nénuphar...] Après une longue bagarre entre les partisans du "f" et ceux du "ph", l'Académie opte pour le "ph", s'appuyant, selon certaines mauvaises langues, sur sa prétendue origine grecque alors quelle est arabe ! Aujourd'hui, elle accepte les deux orthographes. Que de disputes pour un mot que personne n'écrit dans sa vie !

[Le pluriel de "grand-mère " - Faut-il écrire "des grand-mères ", comme l'Académie, "grands-mères ", comme le Robert, ou "grandes-mères"?] Quoi que l'on fasse, c'est idiot et ne correspond à aucune logique ! L'ancien français ne distinguait pas le genre des adjectifs latins en "is ", comme "grandis". D'où "grand-place", «grand-messe", etc.

[Les fautes les plus courantes ?] L'accord du participe passé parce que l'ordinateur ne détecte pas l'erreur. [...] récemment je ne savais plus comment s'orthographiait "fidèle". J'avais envie d'écrire "fidelle". Et puis, j'ai aussi envoyé un texte avec "il faut êtres ". Mais ça, c'était la faute du correcteur automatique !

Simon

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097 - 2015-04-13 - Si j'eusse su...

Si j'eusse su, en effet, que j'allais utiliser le conditionnel passé, deuxième forme, pour débuter une chronique, je n'aurais jamais, malgré ma pathologique manie de parler tout le temps, offert mes services d'en écrire ne serait-ce qu'une.  Et pourtant :

Si j'eusse su (sic), il y a cinq ou six ans, ce qui m'attendait aujourd'hui, j'aurais pris (conditionnel passé, première forme) ma retraite plus tôt. C'est du moins ce que je réalise depuis quelque temps. - Parce que j'aurais été plus jeune, plus en forme, plus vif et qui, sait, moins radoteux. Depuis que j'ai cessé d'exercer le métier pour lequel j'ai passé d'horribles heures d'études universitaires, j'ai, en effet, la vague impression que mon cerveau est tombé dans une sorte d'apathie, d'inappétence presque, desquelles j'ai beaucoup de difficultés à m'extirper.

Laissez-moi vous dire ça autrement :

Je ne me sens ni abattu, ni las, ni sans ressources physiques ou mentales, je suis tout simplement confus, désordonné, brouillon même, devant la quantité des samedis à l'aube desquels je me réveille chaque matin, jour après jour, ne sachant pas très bien si c'est celui où je m'étais promis de faire ma lessive ou de répondre à mon courrier ou de faire mes courses.

C'était plus simple du temps où j'avais un emploi fixe : les lundis m'indiquaient que la semaine débutait et les vendredis qu'elle s'achevait ; que les samedis étaient la journée pour les activités que je n'avais pas eu le temps de faire dans les jours précédents et que les dimanches étaient la journée où je pouvais penser ne rien faire, sauf lire et peut-être écouter de la musique.

Tout était réglé quotidiennement et même d'heure en heure au point où il m'arrivait souvent de penser que les jours de fête, les week-ends de trois jours étaient de véritables délices qu'il ne fallait pas louper ; que, cependant, les vacances étaient des moments d'une vie irréaliste qu'il fallait utiliser parcimonieusement de peur d'ankyloser son esprit, reliquat d'un catholicisme trop proche, j'imagine, d'un protestantisme omniprésent dans l'environnement où j'ai été éduqué.

J'ai dit "quotidiennement" et même "d'heure en heure". Tout à fait exact. Aujourd'hui, je ne sais plus à quelle heure manger ni, surtout, quand et combien d'heures je dois dormir.

Me réveiller en perpétuelles vacances, ne me paraît pas normal. Surtout que je n'ai plus de réveille-matin et qu'il m'arrive de prendre de longues siestes pour ouvrir les yeux à je-ne-sais-plus quelle heure de la nuit et souvent au beau milieu de l'après-midi.

Solution : un agenda ?

J'en suis là.

À suivre...

Simon

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096 - 2015-04-06 - Pathétique, formidable, insolent et futile.

Jeff a parlé partiellement de ces adjectifs en septembre 2012 et Copernique en août 2013 :

Voici ce que j'ai trouvé dans le Larousse du XXe Siècle, édition de 1932, publié sous la direction de Paul Augé :

Pathétique :

(Grec : pathêticos ; de pathos, passion) Qui remue les passions, émeut fortement.

"Racine... à qui le grand et le merveilleux n'ont pas même manqué ainsi qu'à Cormeille ni le touchant, ni le pathétique." (La Bruyère)

(Volume 5, p. 415.)

Formidable :

(Lat. : formidabilis) Qui est fort à craindre, qui exprime une crainte extrême.

"Moïse, à Phaaron, parut moins formidable." (Racine)

(Volume 3, p. 566.)

Insolent :

(Lat. : insolens - qui n'est pas dans la coutume) Effronté, hardi, qui perd le respect.

"Et jamais insolent ni cruel à demi". (Corneille)

(Volume 4, p. 78.)

Futile :

(Lat. futilis) Qui a peu de valeur, d'importance.

"Quelques futiles petits maîtres qui pensent ridiculiser toute vertu par une plaisantrie." (Voltaire)

(Volume 3, p. 670.)

Je n'ai pas fait de recherches dans des dictionnaires plus récents (d'ailleurs, je n'en ai pas), mais je sais que les sens de "pathétique" et "formidable" ont évolué au cours des dernières décennies et je suis certain que je n'ai pas à vous en faire la preuve [1]. - Pas trop certain pour "insolent" et "futile". Ce que je sais, c'est que la signification de ces deux derniers adjectifs n'est pas très claire avant, peut-être, la trentaine pour ce qui est d'"insolent" et... mon âge (sic) pour ce qui est de "futile". - Comment, en effet, peut-on trouver un enfant "insolent" sans avoir atteint une certaine période de sa vie où, adulte, l'on se fait insulter par un plus jeune qui n'a aucun respect pour ce qu'on est devenu ? - Quant à "futile"...

Je suis presque certain que, toute ma vie, j'ai été convaincu de ce que la futilité pouvait être. C'était du domaine des choses qui ne m'intéressaient pas. La fabrication des archets de violon en Auvergne (au XVIIIe siècle), par exemple. Pas que je trouvais non-fascinante cette fabrication futile, ni futiles ceux qui s'y intéressaient, mais, comme l'expliquait un documentaire sur la chose, que j'ai regardé il y a plusieurs années à la télé française (à deux chaines), je me disais que cette fabrication était sans importance ou qu'elle n'allait avoir aucune importance dans ma vie. (Soit dit, en passant : je m'en souviens encore.)

Et voilà que, depuis quelque temps, je viens de réaliser que la véritable futilité découle d'un passage entre ce qui était important et ce qui ne l'est plus et non pas la certitude qu'une certaine chose, un certain événement ou une certaine connaissance n'allait avoir aucun impact dans ma façon de concevoir la réalité.

Le travail, par exemple. j'y ai consacré plus des trois-quarts de ma vraie vie et puis, tout à coup, il me semble, aujourd'hui, avoir été d'une inutilité totale sauf pour y gagner sufisamment d"argent pour survivre, évidemment.

C'est un peu redécouvrir un monde tout à fait nouveau. C'est avoir tout à coup une nouvelle vision de la réalité

Si j'eusse su (!), je ne serais pas resté toqué si longtemps.

Dernières remarques :

Je n'entends plus souvent les mots "formidable" ou "pathétique" depuis quelque temps. Faut croire qu'avec leurs quatre syllables, ils sont devenus, dans la langue courante, surtout chez les ados, trop compliqués, trop difficiles pour être retenus. - Quant au mot "insolent", il n'a plus aucune signification dans le monde oèu jeunes, moins jeunes, adultes et gens du "troisième âge" se côtoient. - Le mot "futile" devrait rester quoiqu'il faudra faire attention car une phrase comme "Fut-il sourd, qu'on ne s'en serait pas aperçu" risque d'attirer des ennuis à celui qui la répète, surtout dans un bar.

Faut croire que la langue évolue, malgré les sacro-saints règlements de l'Académie car je me souviens avoir été quelque peu surpris quand, plus jeune, j'entendis une de mes tantes dire : "Il eut fallu que vous vinssiez plus tôt, cher Simon" (à propos d'un certain gâteau ou de je-ne-sais-plus-quoi) .

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[1] Le Grand Larousse Encyclopédique (1962) donne, déjà, de "formidable", la définition suivante : "Énorme, extraordinaire, colossal", reléguant la définition "ce qui est à craindre" à "langue classique" (Vl. 5, p. 126.) - Aucune modification majeure pour "pathétique" sauf que dans diverses expressions courantes, particulièrement en anglais, le mot est de plus en plus utilisé avec une certaine dérision.

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2 - Copyrights, droit(s) d'auteur, personne physique, personne morale, ayant droit, etc.

Note de la direction :

L'opinion exprimée dans le texte qui suit ne représente pas celle de la direction du Castor™, mais en général, elle ne s'y oppose pas.

Je reprends : Copyrights, droit(s) d'auteur, personne physique, personne morale, ayant droit, etc.

Une histoire vraie :

C'est celle d'un bonhomme - "Vous la connaissez ?" comme disait Coluche - qui, seul, dans la jungle de l'Amazonie, avait enregistré, pour un documentaire de son cru, les chants de différents oiseaux sur une périodes de plusieurs semaines. - Son documentaire ayant été complété et commencé à être distribué, il reçut une lettre invoquant certains "copyrights infringements" de la part d'un cabinet d'avocats (de New York City) lui demandant, au nom de l'un de leurs clients, des droits de diffusion étant donné qu'il, leur client, avait, dans les mois précédents, enregistrés les mêmes chants. - N'ayant pas les moyens de contester cette allégation, il a tout simplement retiré son film du marché et c'est ainsi que des chants d'oiseaux amazoniens se sont retrouvés dans le domaine des copyrignts.

Paul [Dubé], notre disque jockey, nous a fourni un deuxième exemple de l'absurdité des règles concernant ces copyrigths et droits d'auteur, en nous faisant écouter, il y a plusieurs mois de cela (voir au numéro 135 de la page enregistremenst_03) un enregistrement datant de 1959, plusieurs années avant la supposé naissance de la musique disco pour laquelle il est loisible de penser que Motown a accumulé des profits considérables.

Et puis finalement, troisième exemple, le reliquat d'une conversation que j'ai eue, il y a plusieurs mois, avec une ex-connaissance qui était convaincue que les droits d'auteur ne s'éteignaient jamais, qu'un créateur pouvait transmetter ces droits à ses descendants jusqu'à la fin des temps.

- Tu veux dire que les descendants de Sophocle ont encore des droits sur "Oedipe-Roi" ?

- Oui, Monsieur !

- Mais on n'en paie plus depuis deux mille ans...

- C'est que ses ayants-droit ne se manifestent plus....

De la stupidité des lois sur les Copyrights, droit(s) d'auteur, personne physique, personne morale, ayant(s) droit, etc., je n'aurais, dans un monde raisonnable et non commercial (lire : cupide et avaricieux), qu'à citer ces trois exemples pour qu'on me comprenne, mais non :

À tous les jours, de nouvelles poursuites sont intentées à travers le monde pour plagiats, utilisations frauduleuses de musiques enregistrées, impressions et commercialisation d'oeuvres dites protégées.

Laissez-moi vous poser quelques questions à ce sujet :

- Pourquoi n'a-t-on jamais verséde dividendes à celui ou à celle qui a inventé le roman ? Le théâtre ? Le théâtre dit "classique" ?

- Pourquoi a-t-on payé des droits d'auteurs à l'inventeur du CD qui a plagié l'invention du 33t qui n'était qu'une amélioration du 78t inspiré des rouleaux de cire, inspirés de ...

- Que dire de celui qui a découvert le vaporisateur à l'origine du carburateur ?

- Les descendants d'Einstein reçoivent-ils encore des redevances sur l'utilisation de E=MC² ?

- Et où cela s'arrête-t-il ?

Aparté :

L'Université de Napierville ou l'UdeNap (doit bien avoir des droits là-dessus, non ?) diffusent, depuis janvier 2001 (ça fait, quand même 14 ans !), des textes, des extraits d'auteurs, des références, des informations sans avoir jamais demandé un sous de ses lecteurs et de ses lectrices qui, avec ses trois sites, sont entre 70,000 et 100,000 par mois, dont, entre six et sept mille, uniquement pour son Castor™.

Oui, elle doit.

Sauf que, dans les mots immortels de Mick Jagger :

"Song royalties are great but even they can't match the guaranteed cash flow from a reverse mortgage."

(Les redevances sur les chansons sont bien mais ne peuvent être comparées au flux de trésorerie garantie par un prêt hypothécaire inversé.)

(10 things I learned singing Rock n' Roll over the last 50 years - David Letterman)

Je continue :

Vous trouvez ça raisonnable, vous, qu'un ti-cul, avec trois notes de guitare "exotiques" puisse récolter en quelques semaines le salaire d'un ouvrier qui lui mettra 147 ans à s'approcher du même montant et qu'à partir de ce moment-là, il puisse s'acheter une île dans le Pacifique et y passer le reste de ses jours à faire venir de France, de l'Angleterre, de l'Italie et d'ailleurs, les Château Lafitte, les Scotchs et les Chianti (plus les truffles blanches et le café expresso...) dont-il est friand ?

Jusques à quand une Céline Dion poura-t-elle récolter une fortune à chaque fois qu'on fera jouer à la radio sa chanson sur le Titanic qu'elle a enregistrée, pour démo seulement (parce qu'elle ne la trouvait pas "de son genre") ?

Et pendant combien de temps encore Orlando profitera-t-il de la notoriété de sa soeur Yolanda Cristina Gigliotti qui s'est suicidée en 1987 parce que sa vie "lui était devenue insupportable" ? - Faut voir sa statue au cimetière de Montmartre, soit dit en passant.


Photo en provenance du site http://www.fanpop.com/

Ce sont à ces démences que j'en veux, aux lois sur les Copyrights, droit(s) d'auteur, personne physique, personne morale, ayant droit, etc.

Dans mon métier (et je sais que ça a été contourné je-ne-sais-combien-de-fois), nous avions une règle :

Tu travailles, tu es rémunéré. Tu ne travailles plus, ben tough luck.

Contournée, cette règle ?

On me demandait un certain travail qui me prenait trois semaines. C'était tant d'heures à X dollars de l'heure. - Trois mois, plus tard, on me demandait le même travail. Jamais il ne me serait venu à l'idée de charger le même prix. La recherche pour retrouver dans mes archives les résultats de mes premiers travaux, oui. L'adaptation au besoin du nouveau client, lui. La retranscription, oui. - Mais jamais plus.

Je ne vous citerai pas le noms de multiples conseillers, à qui on a demandé l'équivalent, chez qui on n'avait pas les mêmes scrupules.

Chez les faiseurs d'arbres généalogiques, vous croyez qu'ils recommencent à neuf leurs recherches lorsque le cent huitième "Tremblay" ou "Dupont" fait appel à leurs services ?

Parce qu'il faut que je sois bref, deux principes :

Les lois sont faites pour protéger, non créér des droits.

Les lois doivent exister en fonction de la réalité, non pas protéger l'avarice ou la cupidité.

Et une dernière remarque :

Doit-on étendre aux auteurs des droits sur des oeuvres d'outre-tombe pour le bénéfice de leurs descendants ?

Avec un codicile :

Quatre pourcent des oeuvres durent au-delà de 20 ans et l'on tient à donner des droits aux auteurs des quatre-vingt-seize autres pourcent qui auront créé d'autres oeuvres des droits qui ne s'étireront pas au delà de ces 20 ans ? (En passant, c'est 95 ans au Mexique pour les oeuvres littéraires et, aux USA, aucune limite n'a encore été fixée sur les enregistrements sonores.).

Et tandis que j'en suis là, est-ce que je peux rappeler que les conventions signées ici et là (on cite souvent celle de Berne) sont sans effet si elles ne sont pas approuvées de façon législative dans les pays signataires.

Et même un deuxième :

Dr. Dre (Andre Romelle Young). - À moins que je me trompe, mais tous les lecteurs du Castor™, ensemble, n'auront pas, au cours du prochain mois, des revenus égaux aux siens en la courante année. - Un vrai champion.

3 - Parlant de champion...

Je ne sais pas si ça a été comme ça dans votre vie (ou si ça l'est encore), mais de l'âge 25 ans jusqu'à la toute fin de mes 40 ans, j'ai été pressurisé, comme disent les Anglais, à être en forme. Ça a débuté avec des collègues qui voulaient que je fasse du jogging , qui ont essayé de me faire rentrer dans leur club de squash, qui sont ensuite passés au tennis, puis au golf et qui doivent, aujourd'hui, porter des orthèses ou vivre du mieux qu'ils peuvent avec leurs inombrables blessures parce que, quand même, courir à droite et à gauche sur une parcelle de terrain, ça doit pas être bénéfique pour ses jointures, non ?

Y'a eu un temps où c'était comme ça.

Aujourd'hui, je vois beaucoup de cyclistes dont plusieurs me semblent s'être adonnés à ce "sport" à cause du prix de l'essence ou du transport en commun, mais de moins en moins de joggers et j'assiste, de plus en plus, à la fermeture, au centre-ville de Montréal de magasins "de sport" - à moins qu'ils déménagent tous en banlieue retrouver leurs clientèles pour qui tondre leur pelouse, finir leur sous-sol, modifier leurs armoires de cuisine et déblayer leurs driveways ne sont pas des activités physiques.

Mes articulations, particulièrement celles de mes coudes et de mes genoux sont encore très fonctionnelles et, quand je regarde le Professeur et Hermy (pardon : Monsieur Pérec) qui en sont dans leur quatre-ving-deuxième année, je me dis que je ne me suis pas trop trompé tout simplement en nageant (un peu et, de surcroit, jeune), en marchant et en ne m'étant jamais servi du téléphone pour parler à un collègue de bureau soit à l'étage inférieur, soit à l'étage supérieur au mien. En fait, depuis que je vis tout seule, j'ai réalisé que, le matin, ou le soir, faire du rangement, à la maison, était un exercice très valable ; avec la lessive, le repassage, le nettoyage de la terrasse et le balai mécanique.

Aussi, quand on me demande comment il se fait que je sois si en forme, je réponds toujours : "Le sport." - "Le sport ?" qu'on me demande, incrédule. - "Oui : le sport. - Je n'en ai pratiqué aucun.".

Bizarre, quand même. De tous les collègues avec lesquels j'ai été associé, au cours des derniers trente, quarante ans, déjà, il n'en reste que deux de vivant. Les infarctus, la leucémie, divers cancers et un bête accident se sont occupés du reste.

J'imagine que l'alcool, la cigarette et ma totale abérration vis-à-vis les sports auront éventuellement raison de ma folie et feront que j'irai rejoindre mon père, mort "de vieillesse", très jeune à 93 ans car lui non plus, n'était pas très sportif. Jamais a-t-on pu lui attacher deux planches en dessous dess pieds et le pousser en bas d'une montagne ; jamais lui a-ton expliqué convenablement pourquoi on devait pousser une balle avec de curieux de batons vers un trou situé à trois kilomètres d'où il était... dix-huit fois de suite ; ni courir après une rondelle de caoutchouc sur une surface glissante. Quant à se foncer dessus pour un ballon en forme de "sphéroïde allongé"...

D'ailleurs, vous-êtes déjà demandé combien d'amateurs de football américain pourrait, sous peine de mort, être capable de dessiner une "sphéroïde allongé" ? - En voici un :

Simon

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095 - 2015-03-02 - 6 000 emplois... menacés ? - Quel emplois ?

D'après ce que j'ai pu comprendre, la réforme du Service de la Santé, telle que récemment adoptée par l'Assemblée Nationale (Québec), pourrait engendrer l'abolition de 6 000 postes dans le réseau dit "de la santé" de la Province. - C'est fort possible, mais quels postes ?

Laissez-moi tout d'abord vous raconter une petite histoire qui m'est arrivée il y a quelques années. Je ne mentionnerai aucun nom, ni ne donnerai une indication qui pourrait servir à identifier dans quel ministère l'affaire s'est déroulée.

J'avais été appelé à titre de consultant dans un centre de contrôle où les budgets de six établissements étaient examinés et soumis à l'approbation d'un autre centre de contrôle faisant partie d'une dizaine similaires supervisés par un mégacentre dont le rapport était soumis à un comité, responsable de quatre de ces mégacentres, comité sous la direction du ministre responsable du budget de tous ces établissements. - Consultant en quoi ? En micro-informatique. - C'est que tout leur système avait été lourdement endommagé par un incendie et qu'il fallait songer à le remplacer, mais le remplacer par quoi ?

S'agissait d'établir les besoins, les logiciels appropriés et les appareils susceptibles de répondre à ces besoins car une bonne partie de ces logiciels ou appareils n'étaient plus disponibles..

Interview du responsable.

En quoi consistaient ces installations, qui faisait quoi, sous la responsabilité de qui, quelle était la nature et les périodes de sauvegarde, etc., etc.

Deux jours plus tard, je reçois un appel d'un autre responsable qui m'informe que le premier venait de s'inscrire dans la liste des "ressources fatiguées" de son service. - "Ressources fatiguées ? " L'expression était, à ce moment-là, relativement courante, mais c'était la première fois qu'elle parvenait à mes oreilles peu accoutumées à ce genre d'euphémismes pour décrire des fonctionnaires qui désiraient limiter leurs tâches à ce qui était inscrit dans leurs conventions collectives.

Je me suis ravisé par la suite, et pour cause, car j'appris, au cours de mon enquête, que le travail d'un des employés avec lequel j'ai eu une longue conversation consistait en de la pure démence :

Dans les demandes qui lui parvenaient des établissements dont il était un des responsables, il devait examiner la quantité annuelle des fournitures budgétées par rapport à celles requises de chacun, d'abord annuellement et surveiller, par la suite, la consommation de ces fournitures trimestriellement. Pour ce faire, il accumulait des statistiques ad hoc en provenance de centaines d'entreprises, par nombre d'employés, par types de travail, si ces entreprises étaient informatisées ou non, si elles faisaient affaire avec le public, le genre de clientèle qu'elles desservaient, etc. pour en arriver à des résultats quelconques et des recommandations comme suit :

"Compte tenu de la localité, du district, de l'âge, de la distribution, de l'alphabétisation de sa clientèle, du nombre et de la forme des formulaires utilisés, mais imprimés sur place, par semaine, mois, trimestre, semestres et année, l'établissement X avait droit à une certaine quantité de papier de grandeur AA par rapport à l'établissement Z qui se servait plutôt de papier de grandeur AAA..." [et ainsi de suite].

End of story.

Est-ce que je dois, après vous avoir décrit ce qui précède, vous donner ma définition de "ressources fatiguées" ? - Tout ce que je peux vous dire, c'est que si l'on me confiait un travail comme celui-là, je m'y inscrirais tout de suite et, c'est ainsi que j'en arrive à ces 6 000 emplois menacés :

Tous, vous, moi, et sans doute votre chien ou votre chat et leurs frères et soeurs, sommes passés par là ; au bureau de poste, dans un centre d'immatriculation, chez le médecin, au Ministère des Portes, Fenêtres et Bijoux et même à la petite école. D'où que nous venons, où que nous vivons, quel que soit le métier que nous pratiquons, nous avons rencontré des individus qui, pour une raison quelconque, jour après jour, posent des gestes, disent des paroles, effectuent un travail qui, de l'extérieur, n'a ou n'ont aucun sens. Cela m'amène à vous dire que si, parmi ces 6 000 emplois dont la réforme parle, dix emplois du genre que je viens de décrire sont éliminés, ben bravo pour les coupures.

Faut tout de même que la vie ait un certain sens, non ?

J'ajouterais, de plus, que, fonctionnaire ou non, une certaine responsabilité doit être rattaché à tout travail, quel qu'il soit. Que la personne responsable des fournitures dans le sous-sous-sous-département qui s'occupe des fournitures soit congédié si, par stupidité, ses achats dépassent un certain pourcentage d'utilisation ou soient, du même pourcentage, inférieurs à la demande.

Quant aux postes qui, tôt ou tard, devront être abolis, ben qu'on les abolisse. Imprimeurs, typographes, conducteurs de métro, préposés , soyez prévenus.

Simon

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094 - 2015-02-02 - Cuisine

Je ne sais pas si les Borgia, la marquise de Brinvilliers, Violette Nozière ou Hélène Jegado, la célèbre empoisonneuse bretonne (sans préjudice à Marie Besnard née Marie Joséphine Philippine Davaillaud, surnommée la «reine des empoisonneuses»), ont fondé des écoles de cuisine, mais quand je pense à elles, je ne peux pas faire autrement que de me rappeler une dame dont je tairai le nom, même s'il y aurait, dans son cas, prescription, et qui faisait si mal à manger qu'invité chez elle, je trouvais toujours une excuse pour ne pas accepter son invitation ou une autre pour arriver à l'heure où l'on servait le café. Sans pousse-café, il va sans dire, car elle fabriquait les siens à partir de sirops délirants comme l'agave, la grenadine ou une sorte d'érable connu dans sa région comme étant "du sirop de poteaux", c'est-à-dire fait de sucre, d'eau d'essence d'érable et autres produits chimiques que la décence et les jeunes filles qui nous lisent m'interdisent de nommer. Parfois, je lui faisais l'honneur - que dis-je ? la charité plutôt - de m'asseoir à sa table sauf que j'avais pris la précaution de manger auparavant, prétextant une indigestion quelconque ou un trouble alléatoire pour ne pas avoir à déguster ne serait-ce que la moindre partie d'un poulet mort de rhumatisme, d'un bifteak qu'il fallait découper à la hache ou des pâtes qu'elle aurait dû préparer avec de la bicarbonate de soude, ce qui aurait peut-être permis de les avaler sans trop de dommage.

Le plus emmerdant dans tout cela, c'est qu'elle se croyait bonne - pardon : excellente - cuisinière et était "continuously fishing for compliments" [1], elle demandait à tous ses convives si "son potage était assez épicé" [2], "sa dinde était correcte" [3] ou "si sa sauce à salade n'était pas trop huileuse" [4].

Si j'ai assisté à ses funérailles ? Non, de peur qu'elle en ait planifié le buffet.

...

[1] Ne vous en faites pas : c'est dans Proust : [Madame Verdurin] "Mais voyons, est-ce qu’on peut refuser quelque chose à une petite perfection comme ça. Taisez-vous, on ne vous demande pas votre avis, je vous dis que vous êtes une perfection." - "Puisque vous le voulez, répondit Odette sur un ton de marivaudage, et elle ajouta : Vous savez que je ne suis pas «fishing for compliments». (Du côté de chez Swann)

[2] De quoi rire : la petite étagère sur laquelle elle alignait ses petits pots d'épices servait de décoration.

[3] Il n'y avait personne au monde capable de "faire la dinde" comme elle.

[4] "Tiens, se disait-on. C'était de la salade ?"

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Arable comme dans Arabie

Appris, le jeudi 22 janvier dernier, au cours d'un dîner entre ami, la mort du roi Abdallah d'Arabie saoudite. Abdallah, que je me suis dit, ce n'était pas le roi de je-ne-sais-plus-quel-pays, dans Tintin ? - Hé, je ne savais même pas qu'il y avait un roi en Arabie saoudite. - À vrai dire, si ma vie en aurait dépendu, je ne sais pas si j'eusse été capable, au cours de ce dîner, de définir sur une mappemonde, même réduite, les limites frontalières de cette Arabie dite "saoudite". D'ailleurs, ça vient d'où ce qualificatif de "saoudite" ? [1] - Et la conversation s'étira sur ce qu'allait devenir dans les prochaines années le Moyen-Orient, le règlement du conflit israélo-palestinien, pour se diriger, invariablement, vers l'Iran, l'Iraq, l'Afghanistan, l'État Islamique, les attentats chez Charlie Hebdo, celui du 11 septembre, la deuxième langue parlée dans les écoles parisiennes, etc., etc.

J'ai pensé à l'assassinat de Kennedy qui a occupé, pendant des semaines, les discussions autour des tables de 1963 à - j'allais dire : 1969-1970, mais ça a duré plus longtemps que ça. - J'ai surtout pensé qu'il faut être, aujourd'hui, agé de plus de soixante ans pour se souvenir où l'on était en novembre 1963 et qu'il faut avoir au moins 18, 19 ans pour se souvenir réellement du onze septembre 2001...

Et puis j'ai repensé à une réponse dans le courrier de la précédente édition du Castor™ où il est dit qu'il a fallu six à sept mois avant que l'on apprenne, en France (en Europe, en fait), la chute de Constantinople (1453) ; or, la chute de Constantinople, si vous vous intéressez quelque peu à l'Histoire avec un grand "H", est un jalon mauditement plus important que le onze septembre 2001, que la mort de Kennedy et, a fortiori, la mort de cet Abdullah de mes deux, sauf qu'on n'en parle plus sinon entre historiens ou professeurs d'histoire

Sous le règne de Tibère (de 14 à 37, AD, au cas où vous l'auriez oublié, vous devez vous souvenir qu'on a crucifié un certain Jésus Christ ? - La question est : de quoi parlait-on lors des dîners à ce moment-là ? - De ce faux prophète ou du successeur de ce Tibère, Caligula ?

Raison de plus pour ne pas s'intéresser à ce dont les journaleux parlent dans leurs canards et de fermer sa radio ou son téléviseur lorsque les bulletins de nouvelles se mettent en branle.

"L'actualité, disait Philippe Bouvard, est composée de faits divers examinés à la loupe."

Dailleurs, tous les jours, n'êtes-vous pas mis au courant d'un incendie survenu sur la rue X et dont la cause sera enquêtée dans les heures qui suivent et dont vous n'entendrez jamais plus parler ?

Reste la circulation. Toujours la même. Et la météo, ce à quoi, depuis la "tempête du siècle" de la semaine dernière (où était-celle d'avant ?), les Newyorkais...

Dernière remarque à propos de cette tempête :

J'ai lu dans je-ne-sais-plus-quel-canard qu'elle avait causé des dommages commerciaux irréparables. Ben oui : le bonhomme qui avait prévu cette journé-là s'acheter un nouveau réfrigérateur a abandonner ce crucial projet pour toujours.

...

[1] Je viens de vérifier : "saoudite" ou "saoudien" vient de Saoud ben Mohammed al-Mouqrin, chef local de l'oasis de Dariya (ad-Dir°iyah) de 1720 à 1725, dont le fils Mohammed ben Saoud Al Mouqrin fonda le premier État saoudien en 1744. (Wikipedia) - À oublier immédiatement, s.v.p.

Simon

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093 - 2015-01-05 - Le courrier et... si j'étais millionaire

Le courrier

J'en suis encore, au moment où j'écris ces lignes, au début de décembre de 2014 (vous devez vous en souvenir : c'était hier).

J'ai entendu, entre les branches ("through the grape vines") qu'on allait "m'honorer" au cours d'un dîner pour le demi-siècle passé dans le service dont j'ai toujours reproché - et dénoncé - l'hypocrisie, mais qui m'a permis de gagner ma vie et de faire vivre ma très petite famille.

Je crois que personne ne viendra de Toronto parce que s'il y a des gens pour lesquels je n'ai eu aucun respect, c'est bien ces grands manitous de Toronto - qui se rapportaient, et se rapportent toujours à New York ou à Londres et qui n'étaient et qui ne sont toujours que des valets ou des "court jesters" (fous du roy) car ces cons-là, sachant qu'ils ne valaient rien, se soulaient, quand on payait leurs factures, pour oublier qui ils étaient.

J'en ai connus, dans le lot, des plus que saints-que-saints (des "hollier than thou") qui ne gagnaient pas plus que la majorité de la population moyenne, mais qui sont morts - ou vivent encore - dans des maisons vallant plusieurs centaines de milliers de dollars, conduisant des voitures de luxe, ayant des Armani sur le dos et des enfants aux études dans des universités qui coûtent les yeux de la tête. -"Argent de famille" qu'on nous dit..

Mais ceux-la, je les oublie : nous en avons également dans notre province et, je crois qu'il y en a dans tous les gouvernements, dans tous des secteurs de toutes les bourgades de toutes les France, Angleterre, Irak, Iran ou Afraghanistan. - Ça fait partie de la vie.

Ceux que je ne peux oublier, ce sont ceux qui m'ont snobé ; qui ont voulu m'expliquer ce qu'était la culture, la musique, la peinture ; qui m'ont même dit avoir visité le Louvre, le British Museum ou Szépmüvészeti Múzeum de Budapest et que je ne saurais jamais rien de ma vie parce que je ne connais pas leur langue (alors que je la connais mieux qu'eux), leur civilation (idem) ou leur appartenance à une génération datant de trois siècles (alors que j'appartenais à une de mille).

Pauvres types, n'ont jamais entendu Ti-Jean Carignan, chauffeur de taxi, jouer le "Reel du pendu"...

Anyway :

Si j'étais multi-millionnaire

Si, en effet, j'étais multi-millionnaire :

  1. Je déménagerais, demain matin, dans un hôtel dispendieux, genre Ritz Carlton, St James, le Germain ou même le Reine Elizabeth.

  2. Je ne conduirais plus jamais de voiture et ne prendrais plus de taxis. J'irais partout en limousine avec chauffeur.

  3. J'aurais une ou deux places attitrées dans un ou deux bars - ce qu'il y a de plus chic - où je pourrais, en toute tranquilité, boire de la vodka bon marché (car les vodkas dispendieuses ont toutes un arrière-goût insoutenable) tout en lisant mes livres sur une tablette non-Apple.

  4. Mes vêtements se limiteraient à dix exemplaires du même complet, vingt chemises blanches avec les accessoires appropiées... mais j'aurais quelques paires de vieux jeans et plusieurs t-shirts que je porterais toute la journée dans mon appartement.

  5. Mon ordinateur serait muni de quatre écrans et serait le plus rapide du monde avec quelques (une dizaine au strict minimum) teraoctets de disques fixes.

  6. Et tutti quanti.

Mais j'aurai également, à quelques minutes d'avis un commissaire à l'assermentation capable de fournir à tous ceux qui m'embêtent avec leurs arguments un affidavit confirmant qu'ils ont raison et que je leur remettrais sur-le-champ.

Et surtout :

En tout temps, un carnet de chèques pour remettre à une foule de gens que je ne veux plus voir des dizaines de milliers de dollars exigeant de leur part de se tenir à vingt mêtres de ma personne jusqu'à la fin de leur vie.

Faut dire que, dans certains cas, plusieurs personnes seraient surprises de recevoir un tel chèque.

Détestable Simon ? - Pas tout à fait. Parce que, voyez-vous, je ne suis pas multi-millionnaire.

P.-S. :

Bon assez pour aujourd'hui.

Demain, avec mon nouvel ordinateur et ses trois écrans, et ses téraoctets, je commence, enfin, ma vraie vie.

Mais au fait : je l'ai commencée il y a longtemps.

Beaucoup ne s'en sont pas encore aperçu.

La vie, comme disait Anaxagore (un pré-Socratique), est un voyage et j'ai entrepris sa dernière étape depuis plusieurs mois déjà.

Et pourquoi je ne vous souhaite pas une Bonne année ? - Parce que, à la retraite, tous les jours sont des samedis.

Simon

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092 - 2014-12-01 - Retraite et souvenirs

   Retraite

"Mauvais souvenirs, soyez pourtant les bienvenus... vous êtes ma jeunesse lointaine..." (Courteline)

Je suis à la retraite, comme vous le savez, depuis quelque temps. Cela ne m'empêche pas de commettre certaines bêtises comme, il y a deux semaines, me pointer à une réunion de retraités pour apprendre - je ne sais pas, moi - ce qu'était devenu untel qui avait travaillé pour la compagnie X, puis passé chez Y avant de se ramasser chez Z et qui fut, un temps, un ou une de mes fournisseurs.

Je fus surpris quand même d'apprendre, chose que, dans ma naïveté, je n'avais jamais remarqué que la plupart de mes collègues (et collèguettes) ont toujours voulu devenir calife à la place du calife c'est à dire visé, pendant toute leur carrière, le poste au dessus du poste qu'ils (elles) ont toujours occupé.

Certains m'ont raconté des histoires incroyables autour de certains dossiers qui, sans leur intervention, auraient été des catastrophes du genre qui auraient pu changer le cours de l'Histoire (avec un grand H). D'autres m'ont laissé sous-entendre qu'ils avaient été mal compris et que le monde serait meilleur aujourd'hui si on avait suivi leurs judicieux conseils.

Dois-je préciser que mon absence brillera lors de leurs prochaines réunions ?

Hé !

Moi devenir calife à la place du calife ? Trosième centurion d'une manipule d'une division de l'armée ayant envahi la Gaule et penser devenir, un jour, César ?

Autant vous le dire toute de suite : même jeune, et très jeune, je ne voulais pas être le troisième assistant du deuxième secrétaire du sixième conseiller de César.

Il aura vécu sa vie, j'aurai vécu la mienne.

Et je l'ai vécue jusqu'à aujourd'hui.

Quant aux sandwiches et petits fours...

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Souvenirs, souvenirs, que me voulez-vous ?

La citation au début de cette chronique est bien de Georges Courteline et non de Jean-Pierre Melville qui n'a fait que l'inscrire au générique de son film, "L'armée des ombres" (que je recommande à tous).

Elle m'est revenue, il y a quelques jours, quand, assis pour le lunch, à ma place habituelle, j'étais en train de regarder sur ma tablette un documentaire sur la Révoltion Industrielle (James Watt). Une femme est arrivée et m'a dit : "Mon dieu, que je suis contente de te revoir, toi." - Sauf que cette fois-là, je me suis souvenu d'elle. Parce que :

Il y a une dizaine d'années, peut-être moins, à un bar où je suis interdit depuis plusieurs mois (pour avoir porté des écouteurs et regardé un film - choses interdites dans cet établissement "branché"), elle était entrée, accompagnée de trois ou quatres collègues, et m'était sautée au cou en disant "Simon ! Mon Dieu que je suis content de te revoir !" (une habitude chez elle.) - Et patati, et patata, elle s'était finalement excusée pour rejoindre ses amies. "Il faut qu'on se revoit", m'avait-elle dit. - Et moi d'ajouter "Ce serait épatant !"

Les chums avec qui j'étais, ayant vu cette superbe femme (elle l'a été, fut et l'est toujours), m'ont tout de suite demandé qui elle était. Et, bouche-bée, je n'ai pas su quoi leur dire car je ne me souvenais absolument plus qui elle pouvait être. Effet momentanné, sans doute, de l'abus de boisson distillée.

Deux, trois heures plus tard, ça m'est revenu :

C'était la fille d'un de mes amis qui, sortant à peine de ses études, se cherchait un mandat quelconque et, comme j'étais à la recherche d'une personne de son [futur] calibre, je me suis dit : "Pourquoi pas ?"

Et c'est ainsi que nous avons fait deux ou trois voyages ensemble, en Floride, suite à un ouragan ayant détruit un centre commercial.

Avec une trentaine d'années de différence.

Un soir, je vous le jure, nous avons écouté un film, couchés l'un à côté de l'autre, dans le lit de ma chambre d'hôtel, sans que rien ne se passe. - Et puis deux jours plus tard, elle s'est penchée au-dessus du coffre de mon auto et c'est là que j'ai su que j'allais avoir, si je continuais à travailler avec elle, de sérieux problèmes. - J''ai même hésité, au retour, à Boston, où nous aurions pu passer la nuit, à rater notre dernier vol.

Et puis voilà.

Y'a des années de cela.

Mais y'a donc, quelques jours de ça, la revoilà qui ré-apparait dans ma vie, toujours avec les trente années qui nous séparent.

J'ai rencontré son [deuxième] mari et n'ai pas sûr si j'ai fait une bonne figure. Mais elle m'a écrit.

Je lui répondrai sous peu.

Pas sûr, non plus, si j'ai pris la bonne route à une certaine époque.

"Souvenirs, souvenirs, que me voulez-vous ?"

Simon

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091 - 2014-11-06 - L'appartement

"Comment, m'écrivait récemment une lectrice visiblement dénuée de jemenfichitisme (d'après son style), vous ne vivez donc pas seul ?"

Elle faisait, naturellement, référence à la photo de Madame Popp (Hélène de son prénom) parue dans le Castor™ du mois dernier.

(Je me permets, en la citant, de sauter par dessus certains détails de son message sur lesquels il me serait inutile d'élaborer et qui contenait de vagues insinuations d'une possible rencontre.)

Oui, Madame, je vis seul et depuis une quinzaine d'années... si vous me permettez d'oublier certains passages où j'ai aidé certaines amies temporairement en état de non-endroit pour dormir ; ce qui ne m'a jamais empêché de rester en contact avec mon ex ; notamment pour quelques soirées et même plusieurs journées disons "exceptionnelles".

Voilà pour les détails, mais le sujet de ma chronique d'aujourd'hui sera tout autre. - Merci pour l'introduction que vous m'avez permise.

Mon appart :

J'habite, depuis plusieurs années, l'équivalent dun loft au centre-ville de Montréal ; un appartement avec une seule chambre à coucher, aire libre, terrasse, garage, piscine, jardins privés, etc. ; un appartement qu'au tout début j'ai meublé pour recevoir des amis, passer des soirées en bonne compagnie et qui s'est, petit à petit, transformé en un sorte d'endroit où un ermite vivrait heureux, entouré de ses livres, de son gramophone, de son téléphone et d'une table où il pourrait, à la Proust, écrire, composer, penser, rêver... en toute tranquilité car - au cas où je ne vous l'ai jamais dit - : je n'ai pas de voisin, ni à gauche, ni à droite, ni au-dessus. Et puis, je suis .si haut juché que je n'entends même pas les bruits de la rue. Une rumeur de ville, les rares sirènes de la police ou des sapeurs pompiers, oui, mais à peine. Bruits auxquels on s'habitue très vite.

Avec le temps, l'endroit a fini par me ressembler, mais extérieurement (j'insiste) ; avec ses tables de travail, ses bibliothèques, ses pans de mur de disques et de CD's sauf que, depuis quelque temps - deux ou trois ans, peut-être plus, je m'aperçois que je n'en n'occupe plus que la moitié, n'invitant plus personne et passant mes journées à l'extérieur. Résultat : l'entretien de tout cet espace a fini, même avec une femme de ménage, par m'ennuyer.

C'est ainsi qu'en janvier dernier, j'ai songé à déménager. Dans un endroit plus petit. À l'extérieur de la ville, même. Dans une plus petite ville ou même un village.

Une parenthèse car mon sujet, aujourd'hui n'a rien à voir avec ce qui suit :

Par hasard, vers la même époque, je suis tombé sur un hebdo d'un tout petit bled, dans le Minnesota, si ma mémoire est exact, où j'ai vu, en haut, à droite, l'adresse internet d'un agent immobilier. Par curiosité, j'ai cliqué dessus et là...

J'ai trouvé la maison parfaite pour moi. Deux chambres à coucher. Totalement rénové. Garage, remise et tout - Un prix dérisoire (par rapport à ceux de Montréal et de sa banlieue). Commerces à proximité, services de santé, théâtre, et ainsi de suite.

Puis j'ai songé :

Qu'est-ce que les gens du coin vont penser d'un bonhomme qui ne parle à personne, ne fréquente ni l'église presbytérienne, baptiste ou anglicane de leur village... et qui, en plus, s'exprime souvent, au téléphone, dans une langue étrangère ?

'Vont m'inviter, je me suis dit à leur prochaine fête, épluchette de blé d'inde (maïs, pour les Européens qui nous lisent) et quoi d'autre encore. 'Vont me poser des centaines de questions et, peut-être essaieront-ils de me présenter à la veuve locale...

J'ai tout de suite fermé la page.

Tout ça pour vous dire que...

Parce que je bois deux ou trois appéros le midi - parfois plus, les gens s'imaginent que je bois 24 heures par jour et que je suis un alco. - Qu'on se  le dise : Je n'ai pas d'alcool à la maison et quand il est midi pour tout le monde, il est quatre ou cinq heures de l'après-midi pour moi, car je me lève à trois ou quatre heures du matin.

Parce que je lis la correspondance de Pline le Jeune ou d'obscurs manuels sur les religions, cela ne veut pas dire que je ne regarde jamais Arnold Schwaternegger le soir, avant de m'endormir.

Parce que je déjeune fréquemment au Ritz ou au Reine Élizabeth (ou que je dinais souvent chez La Pérouse, à Paris), cela ne veut pas dire que je ne mange jamais un sandwich aux tomates sur le bout de mon comptoir de cuisine à la maison.

Parce que mes murs sont tapissés de volumes de La Pléiade et de livres hors prix, cela ne ne veut pas dire que je suis riche et snob.

Non, non, et non :

Maman est décédée dans une maison "pour gens du troisième âge" où elle avait un tout petit appartement et je me suis dit, quand j'allais la voir, que c'est dans un appartement de cette grandeur-là que je voudrai, éventuellement, terminer mes jours.

Avec mes dictionnaires encyclopédiques, mes centaines de livres sur la littérature, mes beaux et dispendieux livres de photos ?

Jamais de la vie : ce qui m'intéresse, et qui m'a toujours intéressé, je le trouve, aujourd'hui, sur Internet. D'ailleurs, je suis en train de me débarasser de tout en ce moment. Même de mon Gaffiot à laquelle, exception, je tenais "comme à la prunelle de mes yeux".

Un sous-sol, dans une petite ville, près d'un restaurant, d'un parc et d'une bibliothèque me suffirait depuis quelque temps.

Bon ajoutez un petit plan d'eau si vous le voulez.

Et de grands espaces pour marcher et un endroit, l'été, à l'ombre, pour dormir.

J'en ai déjà parlé sauf que personne ne me croit.

Simon

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