Les chroniques de Simon Popp

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No. 081 à 090

(Du 6 janvier au 6 octobre 2014)

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090 - 2014-10-06 - And Why not ?

Comme disait David Budbill ("Moment to Moment: Poems of a Mountain Recluse" , Copper Canyon Press, 1999), trois principes suffisent à comprendre le sens de la vie :

Le premier est qu'il faut voir les choses telles qu'elles sont. Sans se servir de son imagination,. Surtout pas de symbolisme.

Le deuxième est de savoir que les choses forment un tout. - Avec un peu d'alcool, on peut y arriver.

Et le troisième est d'accepter que, prise individuellement, chaque chose est unie aux autres.

Si vous y arrivez, donnez-moi un coup de fil.

***

Finalement, je dois admettre que j'aime bien le foot (soccer) :

Je me pointe régulièrement dans les bars où l'on diffuse les tous derniers matchs et je m'assieds, avec un livre et des écouteurs, dans un coin où l'on ne voit pas les écrans géants installés un peu partout.

Ça me permet de lever les p'tites qui sont obligées d'accompagner leurs amis et qui n'ont rien à foutre du Manchester United, du Leicester City ou de l'équipe d'Ipswich.

Idem pour le tennis et le hockey (quoique je connais deux femmes qui aiment le hockey).

***

Et puis, pour terminer, à la question qu'on me pose souvent, à savoir si je suis bougonneux tout le temps...

C'était, la semaine dernière, notre trente-cinquième anniversaire de mariage, Madame Popp et moi.

Je vous en joins une photo :

Simon

 

089 - 2014-09-01 - One and Two

   1 - The gentle art of insulting people

Je me suis fait demander souvent pourquoi je ne m'étais jamais fait entraîner dans une ruelle, à l'arrière d'un bar, pour me faire tabasser par un quidam à qui je venais de dire quelque chose de désagréable. Je n'en ai aucune idée. Une fois, à Londres, un type m'a suivi pendant quelques minutes, mais quand je me suis retourné, il s'est arrêté et a rebroussé chemin. Il y a quelques ex-copains (dont deux copines) qui, quand je rentre dans un des endroits que je fréquente, se lèvent et vont s'installer ailleurs. À bien y penser, j'ai plusieurs personnes qui ne m'adressent plus la parole, une ex-blonde, entre autres, qui ne parle plus depuis dix ans. Et je crois que je viens de m'en créer une autre.

Une question de sale caractère, je suppose, mais, pour répondre à la question qu'on me pose, il se peut que cela dépende du fait que je mesure six pieds un (1,83 m.), que je pèse 200 livres (90 kg) et que je porte des lunettes car on ne frappe jamais quelqu'un avec des lunettes. Non ?

Ma dernière insulte, à quelqu'un qui venait de me demander :

- Pourquoi bois-tu tant que ça ?

- Pour me rabaisser à ton niveau.

   2 - Le courrier

Je ne sais pas pourquoi, mais on m'a parlé de la mort la semaine dernière, cette mort qui... permettez que je recite Proust :

"[dont] l'heure [...] est incertaine, mais quand nous disons cela, nous nous représentons cette heure comme située dans un espace vague et lointain, nous ne pensons pas qu'elle ait un rapport quelconque avec la journée déjà commencée et puisse signifier que la mort - ou sa première prise de possession partielle de nous, après laquelle elle ne nous lâchera plus - pourra se produire dans cet après-midi même, si peu incertain, cet après-midi où l'emploi  de  toutes  les heures  est réglé d'avance."

Ça m'a fait penser à une de "mes" amies très chères à propos de laquelle je me disais, il n'y a pas si longtemps : "Ah, si j'avais trente ans de moins"... sauf que je me suis rappelé que, même avec trente ans en moins, je serais plus vieux qu'elle !

Voilà ce que c'est que le temps.  Demain sera le surlendemain d'hier et le surlendemain d'avant-hier, c'était aujourd'hui où, comme d'habitude, je n'ai rien foutu d'important.

Je conseillais à cette amie, l'autre jour, de tenir un journal. Oh, rien d'extraordinaire : une ou deux lignes par jour. Ne serait-ce, les journées où rien ne lui arriverait, que de noter la température.

J'en ai tenu beaucoup de ces "journaux" et je les relis souvent avec une grande nostalgie.

Voici, une inscription datant de plus de dix ans :

"Pris, aujourd'hui, le métro. Fabrication Bombardier. Air conditionnée..."

J'étais à New York et, le matin, j'avais pris un taxi de mon hôtel (56e rue) pour me rendre sur la campus de l'université de Columbia (115e rue). Là, après avoir visité toutes les libraires des environs et vu la cathédrale St-John the Divine (en construction depuis 1892), je me demandais comment j'allais retourner là d'où j'étais venu car... pas de taxis dans le coin. - Tout de même presque 60 rues, la longueur du Central Park. - Et puis j'ai vu une dame avec un tailleur chic descendre les marches d'une station de métro de la ville. Avec mon courage habituel, je l'ai suivie.

Le reste est sans importance, mais avoir noté dans un petit calepin la note ci-dessus m'a permis de reconstruire en pensée ma journée toute entière.

   3 - Joyeuse vieillesse

Eu une altercation, il y a deux semaines, avec un groupe de "jeunes vieux" qui, le jeudi soir, trois ou quatre fois depuis le début de l'été, ont décidé qu'à partir de six heures trente jusqu'à huit heures trente du soir, ils pouvaient envahir le parc en face de chez moi et danser au son de "musique" en décidant d'envahir mon appartement de sons discordants, dont la hauteur varient entre 80 à 85 décibels, à mi-chemin entre une rue très fréquenté et un réveille-matin (80) et le bruit, à un mètre, de la machinerie d'une usine (90).

À se demander, parfois où commence et où finit la civilité.

Et puis :

   4 - George, oh George !

Déjeuné avec George (Gauvin) la semaine dernière, toute bouleversée d'avoir reçu, encore une fois, des lettres de lectrices qui lui disaient que les gens de "sa" génération n'écrivaient pas comme elle le fait. Cessez de lui écrire, s.v.p. : personne au Castor™ ne lui demande d'écrire comme "elle le devrait" mais bien... d'écrire "comme elle est". - Et puis un conseil : avant d'écrire de telles sottises, écoutez donc ce que disent les gens de "sa" génération dans les bars et restaurants. Vous serez surpris.

Simon

***

088 - 2014-08-04 - Tout en couleurs cette semaine (C'est la saison estivale, non ?)

   Le courrier

Dans celui du mois dernier, un lecteur m'a traité d' "emberlucoqué". Y'a fallu, naturellement que je sorte mon dictionnaire pour trouver, chez Rabelais, la citation suivante :

"N'emburelucocquez jamais vos esperitz de ces vaines pensées."

Et vous savez ce que ça veut dire ?

"S'emberlucoquer" c'est : "s'entêter d'une idée, s'attacher aveuglément à une opinion."

Le problème, c'est que mon correspondantne m'a pas dit à quelle opinion ou à quelle idée je m'attachais si aveuglément. Devait sans doute faire référence à mes propos sur la jeunesse d'aujourd'hui. Que voulez vous ? Je n'y peux rien :

Trouver étrange et incongru le comportement de la génération qui nous suit est une caractéristique, un privilège même, des gens de mon âge.

Alors, vous pensez bien, quand il s'agit de celle qui suit celle-là, on s'en donne à coeur joie.

"Sic transit vita" , comme disait le regretté Pie VIII.

***

   Death, where is thy sting ? (1)

"Tu vas mourir seul." Combien de fois ai-je entendu cette phrase au cours des dernières années ! Elle remonte à presque trente ans. Ma réponse, alors, avait été et est toujours : "Ouais, pis ?"... comme si, mourir, entouré de "ses proches", était une condition sine qua non au bonheur.

Je regrette, mais je ne mourrai pas mécontent de ne pas avoir connu quelqu'un qui s'enthousiasmait autant que moi à l'écoute de John Cage ou des Rolling Stones, à la lecture de James Joyce ou d'IXE 13, à la vue du désert entre Phoenix et Tucson ou le Canal Lachine ; je ne mourrai pas mécontent non plus de n'avoir pas pu partager ma méconnaisance des règlements du football (soccer) ou ceux du basketball américain (où les dernières trois minutes se jouent à l'intérieur d'une demi-heure).

(N'ai jamais retenu, non plus la différence entre un dactyle et un spondé.)

Mais où vouliez-vous que je retrouve quelqu'un avec qui partager tout cela ? Surtout entre le travail, l'entretien de la maison, la lessive, les soins du corps et ma famille ?

"Chaque personne est bien seule", ai-je lu, une fois, chez Proust... parce que, imaginez-vous que j'ai lu Proust et beaucoup d'autres choses. Je me suis même trempé les pieds sur la plage de Sète, en souvenir de Brassens.

Et mes amours ? ("Faut-il qu'il m'en souvienne ?" - C'est de Guillaume Appolinaire) - J'ai été aimé et j'ai aimé, à la folie comme toute le monde.  - Mes amours ont cependant toujours été dans le mauvais sens : j'étouffais (pour utiliser une de mes récentes expressions... je crois) ou je me faisais étouffer.

"C'est consentant que j'approche la mort solitaire." - Celle-là, elle est de Gide et, depuis que je l'ai lue, il y a des années de cela (pas mal, quand même, pour un bonhomme qui a vécu dans un milieu hors-culture toute sa vie, non ?), j'y pense souvent : est-ce la mort qui est solitaire ou si c'est soi vis-à-vis la mort ?

Et à la grande question qu'est "Est-ce que je vais mourir sans aimer ?", je peux vous affirmer que non   j'aime beaucoup en ce moment, sauf qu'il m'a fallu apprendre à aimer.

Celle qui a mon coeur, je ne vous dirai pas qui elle est, ni où elle demeure, ni ce qu'elle fait. Trop de choses nous séparent et j'ai promis de ne jamais faire allusion à elle dans mes chroniques.

En ce sens, je ne suis pas seul et, en espérant que je ne lui ferai pas mal lorsque "...fantôme sans os, je serai sous les ombres myrteux" (Ronsard)

Maintenant, allez crier sur tous les toits que, dans le commerce, nous ne sommes pas tous des ignares.

***

    Sur la française langue

"L'orthographe est plus qu'une mauvaise habitude, c'est une vanité."
(Raymond Queneau) 
                         

Note :

Ce n'est pas la première fois que j'aborde ce sujet, citant divers passages d'un livre que j'ai finalement retracé dans le fouillis que je vous ai souvent mentionné être ma bibliothèque.

***                            

"Mais non, kilmadit, Monsieur Pérec. Vous mettrez ça dans votre chronique." C'était à propos d'une série d'articles de Raymond Queneau, publiées par Gallimard, en 1950, sous le titre de "Bâtons, chiffres et lettres", articles sur lesquelles je voulais attirer votre attention dans la section "Notes de lecture" du présent Castor™.

Que ce qui suit soit inséré ici ou plus loin, qu'importe, n'est-ce pas ?

Alors allons-y, quitte à répéter ce que j'ai déjà écrit ici-même:

À moy, comte, deux mots.
                                         - Parle.
                                                    - Oste-moy d'un doute.

Cognois-tu bien Don Diègue ?
                                            - Ouy. – Parlons bas, écoute...

Sçais-tu que ce vieillard fut la mesme vertu,

La vaillance et l'honneur de son temps ? Le sçais-tu ?

Oh, la belle otrhogaphe, n'est-ce pas ? - C'est pourtant celle dans laquelle fut publié "Le Cid" de Corneille en 1637.

Depuis ce temps-là, on a enmieuté l'orthographe. Enfin, pas tout à fait puisqu'il a fallu, quand même, pour quelques illuminés, que les mots conservent leur histoire, n'est-ce pas ? Leur étymologie, en quelque sorte. Et puis, si l'on avait insisté pour les écrire phonétiquement, comment aurions-nous pu différencier "sceau", "saut" et "sot" (quoique l'on a jugé qu'il n'y aurait pas trois "son" pour : un possessif, une sensation auditive ou une mouture de blé). Et qu'aurions-nous fait sans l'accent grave sur le "où" ( le seul mot, soit dit en passant qui a un accent grave sur un "u" dans toute la française langue), car nous aurions confondu ce "", adverbe et pronom, et la conjonction "ou". Sauf que ça se prononce de la même façon.

Voilà le type d'exemples que Queneau avance dans ses textes en posant, entre autres, la question suivante : "Si la langue de Corneille était si parfaite, pourquoi l'avons-nous modifiée et pourquoi s'obstine-t-on, de nos jours, à ne pas modifier celle que l'on utilise depuis la fin du XIXe siècle ?"

La série des articles de Queneau porte les titres suivants :

    Écrit en 1937
    Langage académique
    On cause
    Connaissez-vous le chinook ?
    Il pourrait sembler qu'en France...

    Écrit en 1955.

Dans leur ensemble, on pourrait les résumer en deux ou trois lignes :

  1. Qu'il y a aujourd'hui deux français ; le français parlé et le français écrit.

  2. Que le français écrit est en train de mourir de sa plus belle mort et qu'en trépassant, il amènera l'autre avec lui.

  3. Que son orthographe est délirante et qu'elle n'a comme défenseurs que des habits verts qui tiennent à conserver leurs privilèges et de mals inspirés qui ne savent absolument pas de quoi ils parlent.

Évidemment, c'est un peu sec, résumé comme cela, mais dans les exemples qu'ils donnent, les tournures de phrases qu'il utilise et les citations d'auteurs passés, il excelle à démontrer son ou ses points de vue et il est difficile de ne pas lui donner raison.

À lire absolument si vous vous intéressez à la française langue.

Mais, tandis que je suis là, un mot, quand même, sur son deuxième point, la "mort" (éventuelle) du français :

Il est de K. David Harrison qui, dans son traité sur la disparition des langues ("When languages die" - Oxford University Press, 2007), affirme que "Les langues ne 'meurent' ou ne s'éteignent pas, car elles ne sont pas des organismes vivants. Elles sont plutôt "évincées" par d'autres, "abandonnées" en faveur d'idiomes plus importants, plus prestigieux ou plus largement connus.

("Languages do not literally 'die' or go 'extinct', since they are not living organisms. Rather, they are crowded out by bigger languages. Small tongues get abandoned by their speakers, who stop using them in favour of a more dominant, more prestigious, or more widely known tongue.")

À ce mot, j'ajouterais qu'elles disparaissent car elles ne répondent plus à l'usage qu'on veut en faire ou qu'elles sont devenues, avec le temps, d'une trop grande complexité, méticuleusement et même artificiellement fixées par des mandarins ou des castes d'universitaires, de scribes et de typographes, trop contents de conserver, comme le dit Queneau, leurs privilèges.

Vous saviez, par exemple, que la terrible règle concernant l'accord du participe passé a été inventée de toutes pièces par Clément Marot à la demande François Premier qui voulait ainsi épater ses amis italiens ?

Quoiqu'il en soit, on ne peut pas dire, exemple frappant, que le latin est "mort", car il est encore la langue officielle du Vatican, mais il n'est plus d'usage courant n'ayant pas été abandonné par une autre ou plusieurs autres langues : il a plutôt évolué en donnant naissance à des enfants bâtards tels que le francien du Serment de Strasbourg ou l'italien de Dante. C'est ce qui me fait dire que le français n'est pas mourant, mais qu'en ne lui permettant pas d'évoluer, on l'empêche de se transformer en une autre langue.

Comment peut-on dire le contraire ? - Vous en connaissez, vous, des gens qui utilisent, en parlant, le passé défini, le plus-que-parfait du subjonctif ou même le futur ? - On ne dit plus "Demain, je prendrai le train pour..." ou "Après demain, je ferai telle chose..." mais bien "Demain je prends le train pour... " ou "Après demain, je fais telle chose..." - Et quand,  la dernière fois, avez-vous entendu "Je naquis le six de tel mois, en telle année..." plutôt que "Je suis né le six de tel mois, en telle année...." ? (M'enfin, on n'a pas inventé le passé défini pour rien, non ?)

Il y a ça, mais également la syntaxe qui se modifie dans la langue parlée et qui, d'après ce que je peux lire est restée figée dans la langue écrite sauf dans les romans "mal écrits", condamnés par tous les critiques parce qu'ils ont rédigés dans des phrases "sujet-verbe-complément" et où l'on note l'absence totale de certains signes de ponctuation comme le point-virgule, les crochets ou encore certains types de guillemets.

Quant à l'absurdité de l'orthogaphe, les exemples que Queneau donne sont assez particuliers :

"Car, évidemment, il est très rationnel d'écrire respect d'une part, suspect de l'autre, ou examen et
abdomen ! On voit toute la profondeur intellectuelle de subtilités comme vieillotte qui s'écrit avec deux t et falote avec un seul, siffler et persifler, consonne et consonance. Quel intérêt pour l'avenir de la France dont ces dames s'imaginent être les Jeanne d'Arc?[...] Poids vient de pensum où il n'y a pas de d, dompter de domitare où il n'y a pas de p, legs vient de lais où il n'y a pas de g. Ophtalmologie vient d'ophthalmos, pourquoi la disparition du second h? Trône vient de thronos, mais l'on tient à conserver l'h de théâtre et de rhéteur."

En ajoutant :

"Quant au temps que les enfants perdent à apprendre cette orthographe délirante, ils estiment que ça leur fait les pieds aux gosses, et que ça leur élève l'âme. Ça leur apprend que poids a un d parce qu'il ne dérive pas de pondus et qu'il ne faut pas prononcer le p de dompter (surtout pas! c'est “vulgaire”), ce p qu'enfanta mystérieusement l'ancêtre domitare. On lui cachera que toutes ces jolies choses, d'un intérêt extrême et qui développent grandement l'intelligence, sont des inventions de cuistres du XVIe siècle. On se demande pourquoi ils n'obligent pas les enfants à apprendre aussi le droit féodal, l'héraldique et la fauconnerie."

Dire qu'on nous reproche souvent, à nous du Castor™, nos canadianismes. Pas de notre faute : nous avons appris notre français sur des bancs de neige (une expression qui est jolie, non ?) et non pas pas sur des congères (du latin, congeries, qui signifie : "tas de choses qu'on a ramassées"). - Remarquez que nous aurions pu tout aussi bien utilise le mot "sastruga", du russe "заструга",  qui sont des "ondulations créées par la saltation de la neige sous l’action du vent" (mais en plus gros).

***

    Et, en terminant :

Je ré-écoute (français comme verbe ?) de plus en plus, depuis quelques semaines le "testament" de Johnny Cash. Allez voir, comme c'est touchant :

https://www.youtube.com/watch?v=3aF9AJm0RFc (2)

Et je repense à Proust, et ses manuscrits qu'il tâtait, faut de temps pour les relire.

Je me promène depuis plusieurs semaines dans mon appartement où j'ai accumulé, au fil des ans, tant de choses qui m'ont parues, pendant si longtemps, avoir tant d'importances : plusieurs versions de Pélléas et Mélisande, trois versions du Ring de Wagner, trois (ou serait quatre ?) cents volumes sur Proust, de nombreux livres sur Paris et la France (1880-1914), des guides de voyage, une collection de "belles reliures", y compris de nombreux livres précieux ou dédicacés... - Ne vous en faites pas ; j'ai déjà commencé à redistribuer tout ça : à des personnes qui me sont chères et qui, dans trente ans, auront le même problème que j'ai en ce moment : à qui transmettre tout ça ? - Qu'arrivera-t-il, cependant, à mes oursons en pluche ? À mes stylos, mon encrier, ma tête de lit en fer forgé, mes horloges et ce vase qui vaut deux sous, mais auquel je tiens comme à la prunelle de mes yeux ?

Délicieux moments.

Et puis ça laisse de l'espace pour le chat.

***

    Et puis, tant qu'à y être (ce que ma blonde va m'engeuler ! (3))

C'est une des serveuses du restaurant où je vais déjeuner régulièrement qui m'y a fait penser :

Je suis d'accord avec James Burke qui dit que la capitale gastronomique du monde connu est Bologne, en Italie. Ce qu'il n'a pas dit, c'est que c'est également la capitale de l'élégance. Et voici ma définition de l'élégance :

D'abord de l'élégance féminine. - Permettez que je sois vulgaire :

Une femme élégante, c'est une femme de qui - elle aura beau porter la jupe la plus courte - on ne verra jamais les sous-sous-vêtements en lui ouvrant la porte pour la faire descendre 150 fois d'une voiture.

Je n'en ai connues, dans toute mon existence, que trois et je suis certain qu'avoir ouvert la porte de la reine d'Angleterre que ce nombre ne serait pas passé à quatre.

Et puis y'a l'élégance masculine :

C'est celle du bonhomme à qui on pourra servir 20 vodkas et qui attendra d'être rendu chez lui avant de tomber par terre.

Simon

(1) Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? (Première lettre de saint Paul aux Corinthiens  - Chap. 15, verset 55)

(2) "And yes you can have it all : my empire of dirt." (Nine Inch Nails)

(3) C'est qu'elle fait partie des trois mentionnées plus loin !

***

 

087 - 2014-07-07 - Cheveux gris, l'avenir et les Martiens

Les gens qui me disent que je n'ai pas l'air "de mon âge" ne savent pas ce qu'ils disent. Ils ne se lèvent certainement pas du même côté du lit. Ne voient pas les muscles de mon abdomen qui se relâchent de plus en plus, ni ceux, qui sont maintenant flasques, autour de mes humérus (et je sens que les cubitus et radius ne sont pas loin), ni ceux, évidemment autour de mes fémurs quoique.... ceux-là ne sont pas à dédaigner, mais il ne faut pas mentionner mes tibias ni mes péronés. - Quand on en est rendu à garder ses mains en l'air pour que les veines ne paraissent pas trop...

Je me sens comme une femme en ménopause et je sais ce dont je parle.

L'esprit est toujours là (je crois), mais le corps ne suit plus. Il y a longtemps que j'ai cessé de me croire apte à courir le mille en moins d'une heure, ou me taper un Marathon en moins de sept heures et demie (si jamais je réussissais à surpasser cet extraordinaire exploit).

Alors qui suis-je ? Que vais-je devenir ?

Je vous l'ai déjà dit et je tiens à vous le répéter : je suis et ne veut devenir qu'un "inoffensif" (quoiqu'il y ait des doutes là-dessus) excentrique, mais définitivement pas du genre qui lit le "Journal de Montréal" le matin, qui regarde le "Canal Météo" tout l'après-midi et consulte son horoscope tous les soirs en faisant ses mots croisés. Je ne parle, d'ailleurs, jamais des choses courantes, ni du passé. L'on s'entend ?

"Inoffensif excentrique"... voilà un projet qui devrait me tenir en vie encore quelques années. Du moins, je l'espère. Parce que, vous savez une chose ? Je crois en ceci :

Alors ? pourquoi que tu veux l’être, institutrice ?

Pour faire chier les mômes, répondit Zazie. Ceux qu’auront mon âge dans dix ans, dans vingt
ans, dans cinquante ans, dans cent ans, dans mille ans, toujours des gosses à emmerder.

Eh bien, dit Gabriel.

Je serai vache comme tout avec elles. Je leur ferai lécher le parquet. Je leur ferai manger
l’éponge du tableau noir. Je leur enfoncerai des compas dans le derrière. Je leur botterai les fesses.
Parce que je porterai des bottes. En hiver. Hautes comme ça
(geste). Avec des grands éperons pour
leur larder la chair du derche.


Tu sais, dit Gabriel avec calme, d’après ce que disent les journaux, c’est pas du tout dans ce
sens-là que s’oriente l’éducation moderne. C’est même tout le contraire. On va vers la douceur, la
compréhension, la gentillesse.
[...] D’ailleurs, dans vingt ans, y aura plus d’institutrices : elles seront remplacées par le cinéma, la tévé, l’électronique, des trucs comme ça. C’était aussi écrit dans le journal l’autre jour.

Zazie envisagea cet avenir un instant.

Alors, déclara-t-elle, je serai astronaute.

Voilà, dit Gabriel approbativement. Voilà, faut être de son temps.

Oui, continua Zazie, je serai astronaute pour aller faire chier les Martiens.

(Raymond Queneau : Zazie dans le métro.)

Zazie ! Comment oublier cette chère petite à qui Queneau fait dire : "Napoléon, mon cul ! Il ne m'intéresse pas du tout cet enflée, avec son chapeau à la con !" Ou encore, à Charles, à propos de son taxi (qu'elle appelle "bahut"), Charles qui vient de lui dire qu'il faisait parfois la grève pour faire monter le tarif : "On devrait plutôt vous le baisser, votre tarif, avec une charette comme la vôtre, on fait pas plus déguelasse. Vous l'avez pas trouvé sur les bords de la Marne, par hasard ?"

Tiens, ça me donne une idée : je parlerai de Queneau dans les prochaines Notes de lecture.

***

Courrier

Suite à ma chronique du mois dernier, j'ai reçu plusieurs messages me disant que j'avais dressé une image assez pessimiste et restreinte de ce qui passe entre les [jeunes] hommes et les [jeunes] femmes d'aujourd'hui ; qu'il y avait encore des couples qui se rencontraient ailleurs que dans des bars, qui se fréquentaient de façon "normale" et qui ne se ramassaient pas automatiquement au lit en l'espace de quelques jours pour se séparer la semaine suivante.

Ces remarques (j'ai abrégé) m'ont fait penser à une dame qui doit, aujourd'hui, être dans la soixantaine avancée, sinon plus, et qui, il y a plusieurs années de cela, au cours d'une de ces réunions mondaines, avait lancé une boutade dans laquelle elle avait laissé sous-entendre qu'elle ne comprenait pas comment certains couples arrivaient à joindre les deux bouts avec des revenus inférieurs à un certain montant, au demeurant sans importance, mais qui était neuf à dix fois inférieurs à ceux de son mari. En route vers la maison, ma femme m'avait dit : "Mais pour qui se prend-elle ?" et je me souviens lui avoir répondu que cette femme-là avait raison... "Dans son univers, m'étais-je empressé d'ajouter, dans celui du monde qu'elle fréquente. Comment veux-tu qu'elle ait une idée de la pauvreté et de la misère des gens du quartier*** alors qu'elle habite, pour ainsi dire, en haut de la côte, et que les seuls endroits où elle se déplace ne sont pas à la portée de ces gens-là ?" Elle me répondit que je n'avais peut-être pas tort, mais que...

D'où mon acquiescement inconditionnel quant aux critiques qu'on a formulées à propos de ma dernière chronique. Je sais que le portrait que j'ai dressé des relations entre les [jeunes et moins jeunes] hommes et les [jeunes et moins jeunes] femmes d'aujourd'hui doit être fort différent de celle que j'ai avancée ou décrite. - Prêtez-moi quand même une certaine logique : je suis de mon monde, je ne suis pas de tous les mondes et je suis loin de connaître tout ce qui passe, ne serait-ce que dans le quartier où j'habite, même si, dans mes jugements (1), j'essaie de prendre en ligne de compte au moins sa périphérie. Sauf que :

Dans les mondes que (j'insiste sur le pluriel, quand même) je fréquente (et mon métier m'a amené dans de grands et sordides endroits), j'ai noté, depuis une vingtaine ou une trentaine d'années, un changement radical dans les moeurs, un changement qui a beaucoup modifié les idées préconçues que j'avais, il y a quarante ans, quant aux rapports entre ces mêmes hommes et ces mêmes femmes.

Laissez-moi revenir à deux ans plus tôt, plus précisément au mois de juin 2012 (édition du Castor™ du 4 juin de cette année-là) où je vous ai décrit la rencontre fortuite que j'ai eue avec la petite fille d'une de mes premières amies. - Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais à l'étonnement - j'allais dire : le presque recul - de la jeune fille en question, quand je lui eu expliqué que j'avais été amoureux de sa grand-mère, j'ai tout de suite ajouté de ne pas s'en faire parce que notre liaison, étant donné l'époque, avait été d'une grande chasteté. Et c'est là où je veux en venir :

En ces temps lointains (2), il fallait plusieurs rencontres avant que l'on se décidât d'embrasser sa petite amie ailleurs que sur les joues et, pas question, à moins de consentir à recevoir une gifle, de passer sa main ailleurs que sur ses mains - peut-être même pas sur ses bras - ou la prendre un peu trop cavalièrement par la taille. - Abrégeons : la baise ? Oubliez ça. Fallait passer par le mariage qui, invariablement, venait après des semaines de fréquentation et il fallait, en plus, demander la main de sa future femme à... son père !

Hypocrite situation, allez-vous me dire, mais c'était comme ça. Et avant de passer devant le curé, il était presque obligatoire de suivre ce qu'on appelait des "cours de préparation au... mariage" auxquels, heureusement, j'ai pu échapper. Mais si je me penche sur cette époque paléolithique, je suis obligé de constater que les unions qu'elle créait, duraient et... duraient. Je connais plusieurs couples qui en sont encore là, après trente, quarante et même cinquante ans, alors que, pas très loin derrière, avec la génération qui les - qui m'a - suivi, je connais de moins en moins de gens qui sont restés mariés plus de quinze, dix et, même, cinq ans...

Pour ce qui la génération qui a suivi cette dernière, celle qui est là, en ce moment, je me dois de constater qu'un an, c'est déjà beaucoup et quand je vois, parce qu'elles sont partout (pas juste dans les bars), des jeunes filles femmes de vingt-cinq ans qui en sont à leur six, sept ou huitième amant, et que je vois ces mêmes amants avoir, pour toute stabilité, une auto et deux sacs en papier (mais avec poignées tout de même) qui contiennent tous leurs effets personnels... permettez-moi de me poser des questions.

Pas un jugement que je passe (voir la note 1 !) : je ne fais que décrire ce que je vois. Et, d'une certaine manière, ça me rend triste. Triste, parce que je commence de plus en plus à voir les résultats désastreux de cette situation et vous savez où ? Chez les femmes qui approchent ou qui sont dans la quarantaine. - Les hommes semblent s'en tirer mieux. Faut dire qu'ils ont généralement plus d'argent. Ce qui ne veut rien dire dans le fond parce que j'en connais qui sont en train de boire leur premier et même deuxième fonds de retraite.

J'estime (mais ne me sautez pas dessus !) que ces femmes, sont les premières victimes du "féminisme" des années trente et quarante, de l' "émancipation de la femme" des années cinquante, de la "révolution sexuelle" des années soixante, etc. (Ne m'engueulez pas : je ne suis pas un sociologue ni un historien.)

Je ne saurais dire exactement pourquoi, ni comment, ni pour quelles raisons, mais la liberté des femmes de la génération qui a suivi la mienne, cette liberté qui consistait, entre autres, à traiter sexuellement (je le dis bêtement) les hommes comme elles pensaient qu'ils les traitaient, elles, et qui - je parle de cette liberté - les a maintenant ni plus ni moins condamnées, à vivre seules ou entourées d'hommes qui rôdent autour d'elles avec une seule idée en tête et qui sont généralement : soit aux prises dans des situations dont ils ne peuvent s'extirper (enfants, problèmes financiers, pensions alimentaires, etc.), soit, parce qu'ils sont libres, précisément, parce qu'ils n'ont jamais voulu s'engager. Un autre groupe dont je devrais éventuellement parler.

J'en connais cinq de ces femmes, présentement, pas une ni deux, mais bien cinq et je ne vous parlerai pas de celles que j'ai connues au cours des dernières années ; trois plus malheureuses que les deux autres, et je les trouve plus désespérées que je l'étais à vingt ans quand je ne savais pas dire bonjour à la moindre jeune fille de mon âge.

Cinq qui n'ont pas appris à savoir où se nichent ceux dont elles ont besoin parce que : ou elles trouvent les idées de leurs ancêtres (moi) démodées, ou elles regardent toujours aux mauvais endroits. De cette dernière proposition, je n'en démords pas parce que, excusez encore ma vision limitée, pessimiste et restreinte : je vois ceux qu'elles ne voient pas. (Et, pour en revenir à ma première hypothèse, comment s'avouer qu'on s'est trompé ? - Voir la suite ci-dessous.)

Faut dire que j'ai entendu il n'y a pas très longtemps : "Oui, je suis seule, mais j'ai eu un sort meilleur que deux de mes tantes qui sont mortes vieilles filles..." - Ma réponse? On finit toujours par faire coïncider sa vision du monde avec ce qui nous arrive. - J'en ai connues, comme tout le monde, de ces tantes qui se félicitaient de ne pas être tombées dans le panneau du mariage, de ces "vielles filles" - car c'est comme ça qu'on les désignaient à leur époque - et qui, sommes toutes , ont réussi à meubler leurs vies très adéquatement, avec bonheur même. Mais c'était à une autre époque.

Avant-dernière note : Se faire rejeter par une femme, c'est très difficile pour un homme. Ne me demandez pas, de grâce, de faire un sondage là-dessus, mais ce que ça doit être, pour une femme...qui, ayant séduit cinq, six hommes, dans une année, de ne plus avoir de nouvelles d'aucun d'entre eux...

Dernière note : Sachez néanmoins nous pardonner, de ne pas avoir vu tout cela venir, nous, de la génération pré-précédente car nous aurions dû être plus attentifs.

Disons que je me sens particulièrement très mal à l'aise par rapport à une des cinq auxquelles je viens de faire allusion parce qu'elle a passé sa jeunesse, son adolescence et ses premiers amours au moment où j'étais là.

Et puis voilà, ce sera mon dernier volet sur ce sujet car il me faudrait, à moi aussi, que non seulement je vois, mais que j'observe les femmes de MA génération... enfin : celles qui sont seules. Malheureusement, elles m'embêtent à peu près toutes avec leurs patati et patata, leur bobos, leurs finances, leur insécurité dans les rues, le soir, dans le métro, etc...

***

Suite

Dernier volet ? Pas tout à fait, mais ce qui suit est de nature plus générale.

La question est : pourquoi, après six ou sept échecs, persistons-nous à continuer dans la même direction alors que nous savons très bien que nous nous dirigeons la tête baissée vers un mur, comme le font souvent des adultes de trente, quarante et même cinquante ans (ce fut mon cas) ? Parce qu'il est très difficile d'admettre que nous nous sommes trompés. Surtout sur une échelle qui couvre la moitié ou les deux tiers de notre vie.

Le désapprentissage, si je peux m'exprimer ainsi (mon Dieu que je m'en viens bon !) est très pénible. Il faut admettre que ce que les autres nous répétaient sans cesse était vrai, plus proche de la réalité que celle dont nous rêvions en nous échappant de toutes les façons possibles (sports, hyperactivité, surcroît de travail, carrière, réussite à tout prix, et ainsi de suite.), nous justifiant, en quelle sorte, d'être ce que nous pensions être, mais qui n'était que la continuité - j'en suis convaincu - de notre rébellion contre l'ordre établi, une suite de mauvaises habitudes ou, pire encore, le désir incontrôlable de démontrer que nous étions de "real cool cats" (!).

Petit sermon :

Notre moi véritable, je crois, réside profondément en nous-mêmes et il n'est jamais trop tard pour le retrouver et c'est dans sa redécouverte, dans sa volonté de le dégager de notre pseudo-moi, d'en faire le véritable guide de notre vie, que se trouve le bonheur, le véritable bonheur.

Fin du sermon.

P.-P.-P-S. :

Copernique devrait nous pondre des statistiques là-dessus :

On dit qu'à quarante ans, une femme a atteint la moitié de sa vie. Statistiquement, oui (parce que leur espérance de vie est de quelque quatre-vingt ans), mais de leur naissance à leur vingtième année, à moins qu'elles soient venues d'une autre planète, il ne se passe pas grand chose, non ? M'enfin : pas grand chose sauf si elles subissent des "outrages" ou qu'elles ont très précoces... Vous êtes d'accord ?

On parle donc, de vingt à quarante soit, si mes mathématiques sont correctes, du véritable quart de leur vie et, en conséquence, à quarante, il leur en reste les deux-tiers à vivre...

Deux tiers, seules, c'est long, non ?

(Pas fort en mathématique, mais je me comprends.)

***

Une petite note un peu plus optimiste :

Il y a environ deux semaines, j'étais assis, seul, à une pizzeria près de chez moi quand un couple dans la trentaine avancée, peut-être même dans le début de la quarantaine, est venu s'asseoir à la table presque collée à la mienne. D'où venaient-ils ? Où s'étaient-ils rencontrés ? Je ne sais pas. Il me fut impossible de le déduire à partir de leur conversation, mais ils en étaient visiblement à leur première rencontre. Ils se posaient beaucoup trop de questions : Quelle sorte de films préfères-tu ? Où demeures-tu, au juste ? Il y a longtemps que tu travailles là où tu es ? Quel est ton livre favori ? Et ainsi de suite.

Tout cela, avec une politesse comme on en constate de moins en moins. - Un peu plus et ils se voussoyaient.

À la fin du repas, elle sortit son téléphone et pris sa photo. "Comme ça, je saurai que c'est toi quand tu me rappelleras" dit-elle. Il fit de même. Assez que je n'ai pas pu, quand ils se levèrent, m'empêcher de leur offrir de prendre une photo d'eux. Ils ont souri, j'ai fait clic et lui ai remis (à elle) son téléphone-caméra-ouvre-bouteille. M'ont trouvé bien gentil, m'ont dit merci et sont partis heureux comme des oiseaux.

Vous voyez : contrairement à ce que j''ai avancé, il y a de l'espoir.

Bémol :

Trois jours plus tard, dans un bar où un ami m'avait donné rendez-vous, j'ai assisté à la scène, oh ! si courante, de la rencontre d'un homme d'environ quarante ans et d'une femme d'à peu près le même âge - pardonnez-moi l'expression mais... - visiblement "en manque" (sinon pourquoi aurait-elle été vêtue comme elle l'était ?)

"Je voyage beaucoup, disait-il, mais la semaine prochaine, je serai à Montréal, nous devrions nous revoir car nous avons, beaucoup de choses en commun... etc., etc."

(Mon Dieu, mais qu'est-ce qu'on met dans leurs verres pour qu'elles tombent comme ça ? - Y'a le "manque", je peux comprendre, mais y'a quand même des limites, non ? - Obvieusement, non. D'où des séducteurs qui approchent le soixante-dix et même la quatre-vingtaine...)

J'ai pensé à ce qu'un "vieillard" de soixante-quinze ans m'a dit, il a longtemps : "Les meilleures femmes ? - Entre cinquante-cinq et soixante-cinq ans... Car elles sont convaincues que ce sera leur dernière fois..."

"No, no, not me, ai-je pensé : I've been through this movie before." (Bob Dylan : Motorpsycho Nigthmare.)

Je demanderai, si j'ai le temps, à Copernique d'ajouter un clin d'oeil à cette chronique.

***

Finalement (J'ai le temps : je suis à la retraite)

Une chose que j'aimerais bien, c'est rencontrer le Serge dont nous parle régulièrement Jeff. Vous savez : le bonhomme atteint du syndrome d'Asperger. - Pour une simple et bonne raison : Comparer sa vision du monde avec la mienne, la mienne qui a toujours été celle d'un bougonneux, d'un iconoclaste (?), d'un questionneux à propos de tout et de rien. (Dans ma vie précédente !)

J'aimerais qu'il me parle de sa conception de la religion, de la Bible, du travail, des banquiers, des intellectuels, des ouvriers, des revendeurs d'autos, des professeurs de philosophie présocratique et puis, pourquoi pas, des femmes en général, de toutes les femmes, mais surtout, du cosmos dont Copernique nous a donné un aperçu le mois dernier.

J'aimerais qu'il me dise comment il a appris à vivre en société, chose que je n'ai jamais pu faire convenablement, encore moins m'y immiscer.

J'aimerais qu'il me regarde dans les yeux pour savoir s'il peut deviner (et me dire) qui je suis.

Et pour avoir peur, aussi. - Peur de ne pas être aussi sain d'esprit que je le pense.

Simon

P.-S. : Et, entre les deux, devinez celle que je préfère :

                  

Vous avez dit "À droite" ? - Bravo !

(C'est la même,vous savez...)

***

Note de l'éditeur : Votre voeu a été partiellement exaucé, Monsieur Popp. Voir la chronique de Jeff Bollinger de ce mois-ci.

(1) Un de mes amis (le même qui m'a dit que je n'étais pas si "inoffensif" et qui m'a traité de misogyne, me faisait remarquer, il n'y a pas si longtemps, que je ne jugeais pas très souvent, mais qu'il m'arrivait régulièrement de condamner.

(2) Époque lointaine ? Comprenez-moi bien : je ne parle pas du XVIIIe siècle, mais bien de mes débuts dans le monde du travail. Figurez-vous que dans le premier bureau où j'ai mis les pieds, il y avait des crucifix au-dessus de chaque porte et que, le premier vendredi du mois, tous les employés avaient deux heures de congé, soit le matin, soit le midi... pour pouvoir aller communier ! Et le divorce était un obstacle infranchissable dans toute carrière. - Ce qui n'empêchait pas les trous-de-c... dont j'ai parlé le mois dernier.

***

086 - 2014-02-06 - Misogynie (etc.)

Misogyne. On m'a traité, moi !, de misogyne, récemment. Je me suis dit que c'était une blague, mais non.

J'ai tout de suite pensé à Brel et à Brassens parce que ce sont toujours eux qui me viennent invariablement à l'esprit quand j'entends le mot "misogynie". Pourquoi ? Parce que je n'ai jamais compris pourquoi la plupart des femmes que j'ai connues, et que je connais encore, adoraient et continuent d'adorer Brel tout en n'écoutant que d'une oreille distraite Brassens. Pourtant, je me le répète souvent, s'il y a quelqu'un qui a écrit de très belles chansons sur les femmes, c'est bien Brassens alors que l'autre, mis à part son "Ne me quitte pas" (s'il y a des paroles qui mènent à rien, c'est bien celles-là : une sorte de bouteille à la mer qui n'aura jamais de suite), a écrit des choses épouvantables sur elles. - Pensez à : "Je pisse comme je pleure sur les femmes infidèles", à "Les biches", aux "Flamandes", mais oui, il a fait autres choses ("Les vieux amants", par exemple), mais comparées à "Saturne", à "La non-demande en mariage" et à beaucoup d'autres chansons de l'autre...

Puis après, j'ai réfléchi un peu et je me suis dit que si l'on me traitait de misogyne, c'est que ça devait être vrai, mais si je peux me permettre, je crois que je le suis à la Brassens avec son "Il n'y a pas d'amour heureux" car, peut-être à cause de mon caractère, parfois trop inquisiteur et souvent trop envahissant  (j'en suis conscient), mais sans une once, quand même, de jalousie, je n'ai jamais eu beaucoup de chance en amour. Toutes les femmes que j'ai aimées m'ont quitté ou m'ont dit la phrase qui tue. - La plupart des hommes la connaissent.  Il s'agit de l'assassinante :

"Je veux que nous nous en tenions à être bons amis."

... tandis que toutes celles envers lesquelles je suis resté ou j'étais indifférent se sont accrochées à moi comme des teignes. - J'ai donc été malheureux souvent.

Le pire, c'est que j'ai constaté la même chose, plusieurs et souventes fois, comme dit M. Pérec, chez les autres et chez les femmes en particulier. Chez des femmes bafouées, trompées, ridiculisées même, qui sont restées pendant des années esclaves de leur(s) stupide(s) conjoint(s) et qui ont, par la suite, refusé d'être aimées par des hommes qui leur auraient tout donné.

Si je suis misogyne ? Je suis prêt à l'avouer, mais pas encore complètement. Je suis, disons depuis quelques années, "méfiant". Et pour causes ("causes", au pluriel). Ce qui explique peut-être le comportement de celles dont je viens de parler (dans l'autre sens).

Faut dire qu'avec mes habitudes de vie de plus en plus bizarres, j'ai tendance à faire fuir les femmes, même si je suis encore présentable et, la plupart du temps, galant, poli, aimable, affable et relativement sociable ; même si je crois avoir, encore, un assez bon sens de l'humour ; et même si j'ai un appartement, une voiture et, visiblement de l'argent... Une proie, quoi. (Quoique, dans dix ans, malgré toutes mes qualités, j'aurai l'air, j'en suis sûr, d'un vieux-beau... déjà que...)

Ce qui m'amène à ceci, mais dans un tout autre domaine :

(En passant : il n'y a pas d'équivalent féminin pour le mot "misogyne". - Et pourtant...)

...

Parfois, il fait se rendre à l'évidence : les gens - même nos plus proches - ne nous connaissent pas ou très peu. - À cause, sans doute, de notre "personnalité sociale" sur laquelle George [Gauvin] semblait insister le mois dernier, me citant, citant Paul [Dubé] citant Proust... (Attendez qu'on cite "Gauvin, citant Popp, citant Paul citant Proust...")

Je vous en reparle aujourd'hui parce que, avant hier, je repensais à Georges Smiley, que j'ai mentionné dernièrement, et à qui John Le Carré fait dire, dans je-ne-sais-plus quel roman, qu'il voulait, à la retraite, devenir un "inoffensif excentrique"..

Je suis bien d'accord, comme me suggérait, peu de temps après, un de mes amis (le même qui m'a dit que j'étais misogyne), de laisser tomber l'épithète "inoffensif" (en ce qui me concerne), mais pour l'excentricité, vous repasserez : je suis un excentrique de la pire espèce et, lisant Copernique, le mois dernier, je me suis aperçu, qu'avec son habitude de déjeuner (luncher) tous les jours au même endroit, je n'étais pas le seul. D'ailleurs, ne le sommes-nous pas tous un peu ?

Un aparté (ou serait-ce une parenthèse ?) :

Oui, cher ami, je te promets que, lorsque je me promènerai tout seul et que je marmonnerai, je n'aurai pas un mégaphone.

Cela étant dit :

Vivant seul - enfin : la plupart du temps... - et ayant, au cours des dernières années, beaucoup voyagé - et travaillé (trop souvent à l'extérieur) -, je n'ai jamais eu le temps, vraiment, de m'occuper de mon environnement, de mon espace vital, bref : de mon appartement dont la décoration et les meubles datent, aujourd'hui, d'une lointaine époque (ou presque) où je vivais en permanence avec quelqu'un. Or, depuis que j'y passe de plus en plus de temps, je m'aperçois qu'il n'est vraiment plus adapté à mon "nouveau" style de vie ; "nouveau" ayant, ici, la signification de "par rapport à plusieurs années" : celui d'un célibataire d'un certain âge qui ne reçoit plus et... dont la table de la salle à manger est assez grande pour recevoir à diner dix personnes. Ajoutez à cela quatre ou cinq pans de mur de bibliothèques (que j'élague depuis quelques mois), trois (sic) tables de travail, des garde-robes en n'en plus finir, des fauteuils dont je ne me sers que d'un, des lampes pour éclairer la Place de la Concorde, un immense buffet, huit horloges (re-sic), des bibelots et une tapisserie qui fait l'envie de plusieurs... - Je n'insisterai pas plus car vous aurez compris. - Et puis c'est grand, et donc, ça prend du temps à nettoyer ou à tenir dans un certain ordre, genre : "Où est-ce que j'ai mis le livre que j'avais dans les mains, hier ?"

Dans ce bazar qui ressemble plus à une boutique d'antiquaire (lire, en France : "brocanteur") qu'à une demeure, je m'aperçois que je n'occupe plus, depuis quelque temps, que le tiers du quart de l'espace. Mon chat, dans une journée,  malgré ses vingt heures de sommeil, circule à chaque jour à plus d'endroits que je ne le fais en une semaine.

Six jours sur sept, malgré que je n'ai plus grand travail à y effectuer, je passe donc une bonne partie de mes journées à mon ex-bureau, parce que là, au moins, au fil des ans, j'ai réussi à m'y installer convenablement ; avec les ordis, les imprimantes et les écrans aux bons endroits. - L'autre jour, je pensais à transférer à ce bureau ce dont je me sers à la maison ou, au pis aller, ramener ce qui se trouve dans ce bureau à mon appartement. Deux solutions pas très pratiques car mon appartement aurait l'air d'un bureau et qu'est-ce qu'un lit pourrait-il bien faire dans un bureau ?

Et le temps passe.

C'est ainsi que, depuis quelque temps, je consulte les petites annonces des maisons ou des appartements à vendre ou à louer non seulement à Montréal, mais en banlieue et puis carrément à l'extérieur des grands centres. Cela, après avoir rendu visite à des amis et connaissances qui sont déménagés, certains à plus de cinquante, soixante et même cent kilomètres de Montréal, loin surtout des plages et des pentes de ski. Absolument incroyables ce que l'on peut y trouver. À des prix, je ne dirais pas dérisoires, mais étonnants.

Et c'est là que j'en reviens à ma phrase du début : "C'est curieux comme les gens - même nos proches - nous connaissent peu ou pas."

On me dit que, si je quitte le centre-ville Montréal (où j'habite), je vais m'ennuyer à mourir, que je vais regretter ses festivals, sa Grande Bibliothèque, ses bars, ses restaurants, ses cafés, ses théâtres, ses cinémas... Pourquoi pas sa pollution tant qu'à y être  (ou ses mendiants, ses nids de poules, ses embouteillages er ses files d'attente) ?

Je reprends :

C'est curieux comme les gens - même nos proches - nous connaissent peu ou pas.

S'imaginent que nous ne changeons pas, que nous restons toujours les mêmes, avec les mêmes désirs, goûts, habitudes et les mêmes horaires.

Alors, à tous mes parents, proches, amis et ennemis, ceci :

- NON, je ne vais plus travailler en complet-cravate depuis au moins dix ans.
- NON, je ne bois plus de Scotch depuis autant d'années.
- NON, je ne reçois plus personne.
- NON, je ne vais plus au cinéma.
- NON, je ne vais plus au théâtre.
- NON, je ne vais plus au concert.

et :

- NON, je n'assiste jamais - et n'ai d'ailleurs jamais assisté _ aux manifestations festivaleresques.

Bon, y'a les bars. mais j'en fréquente déjà trop. Pourquoi ? Parce que, dès qu'on se met à me parler, je change d'endroit. Je n'ai rien à foutre des problèmes des autres. - Et des bars, il y en a partout (à ce qu'on m'a dit), fréquentés par la même faune de représentants de commerce, spécialistes en sports, politiques, cinémas et futurs ex-employés.

Ce à quoi j'aspire depuis quelque temps ? C'est à, avant de mourir, (excusez l'allitération) :

- Ne plus voir personne sauf deux amies (elles se connaissent) et pas plus que trois amis (se connaissent) dont un, en particulier.
- Relire certains livres.
- Me repencher sur certains compositeurs que je connais peu : Bruckner, Gluck, Scriabin....
- Mettre à jour ma correspondance.
- Me débarrasser de tout ce qui m'encombre.
- Vider mes garde-robes de tout ce que je ne porte plus depuis deux, trois et, dans certains cas, quatre ans, sinon plus.
- Me rendre à Paris une dernière fois.
- Abandonner tout espoir de rencontrer la dernière perle rare, celle qui pourra ouvrir mes tiroirs sans venir cracher sur ma tombe, quand je ne serai plus là.

et surtout :

- Cataloguer et distribuer aux bons endroits mes collections de livres et de disques pour que ça ne se retrouve pas en mille morceaux.

En ce qui a trait à ce dernier point, j'ai déjà commencé, ayant remis tous les livres que je possédais sur le cinéma à une cinéphile avertie ; tous mes dictionnaires, grammaires et autres livres sur les langues française et anglaise à une traductrice chevronnée ; tous mes disques pop anglais à une collectionneuse... Et je n'ai pas fini : le jazz est sur le point d'y passer et ce sera suivi de la musique classique de même qu'un très important fond sur la France de 1880 à 1918.

Dans ces conditions (et je n'ai fait que vous les résumer), quel intérêt j'aurais à conserver un appartement démesuré au centre-ville d'une banlieue de Napierville ?

Il y a, par contre, beaucoup d'activités dont je ne voudrais pas me départir : la proximité de centaines de boutiques en tout genre, y compris des endroits où je pourrai toujours me procurer des bouts de fils, un pré-ampli, de la papeterie ou de l'épicerie fine ; je ne voudrais pas être très loin, non plus, d'une, non pas grande. mais bonne bibliothèque, avec des endroits où l'on peut écrire et travailler en toute tranquillité. Il y a également de petites salles, entre autres, où l'on peut entendre, à l'occasion, de la musique de chambre et j'aime particulièrement un petit club de jazz que je fréquente depuis quelque temps, de même que - oh quel bonheur !   - être en mesure d'aller déjeuner, à pied, avec un copain en plein coeur de la ville. - Et puis, y'a des taxis, le métro, le médecin, et une quantité folle de bancs publics. Sans compter, à mon âge, la proximité des hôpitaux est une chose à laquelle on pense.

Pour le reste, je crois que je vais me remettre à porter les vêtements que je portais il y a trente ans, à ne pas me raser à tous les jours et, sur la rue, je vais faire semblant de chercher des mégots de cigarette sur les trottoirs. Peut-être qu'ainsi, j'aurai la paix.

Vous avez faites le lien, maintenant, entre ce que je suis et l' "inoffensif excentrique" dont je parlais au début ?

Voilà.

...

Petit passage à froid :

Parmi les inventions qui auront eu lieu au cours de mon existence, il y en aura eu au moins deux pour lesquelles il faudrait que je remercie des milliers de personnes :

1) les cartes de crédit et les cartes bancaires

et puis...

2) l'ordinateur.

Les deux, en fait, proviennent de la même source : l'informatique et, sans cette informatique, comment aurais-je pu , comme je le fais depuis des années, ne plus voir des employés de banque aux visages déplaisants, me rendre à Paris en moins de douze heures et passer trois jours, comme je l'ai fait, il n'y a pas longtemps, à St-Boniface, tout en ayant à la main, dans mon téléphone, mon lecteur ou mon mini-ordi, mes livres, ma musique, mes films...

...

Et puis... pourquoi pas ?

J'ai lu, avec beaucoup d'empathie, la chronique du mois dernier de George [Gauvin], empathie qu'on me reproche de ne pas toujours avoir, et je dois lui avouer que je pense peut-être un peu trop souvent, dans leurs recherches de l'âme-soeur, aux jeunes filles, jeunes hommes et autres personnes, ayant dépassé la vingtaine, trentaine, la quarantaine et même la cinquantaine, qui n'ont pas entrevu, ne serait-ce qu'une seule fois, quelqu'un qui aurait pu, justement, être l'homme ou la femme de leurs rêves..

C'est une grande malédiction que de se retrouver seul quand on s'attendait à autre chose, mais plus je regarde autour de moi, plus je vois qu'on ne prépare pas personne à cette éventualité de plus en plus courante.

Les relations sont devenues de plus en plus tenues, épisodiques même. On s'unit pour la vie au bout d'une semaine pour se séparer au bout de deux. À l'amour foudroyant suit rapidement la déception qui, elle, dure trois, six, douze mois et même plus. (Quoiqu'on m'a mentionné, récemment, le "rebond" qui réduirait la chose à quelques jours.)

Et puis, y'a le sexe qui mélange tout :

J'habite tout près d'un Cégep, dans le centre-ville de Montréal, là où les étudiantes sont âgées, en moyenne, entre 16 et 20 ans, et à la sortie des classes, je suis continuellement étonné qu'on laisse des jeunes filles de cet âge s'habiller, se maquiller, se présenter en public comme elles le font. - On aurait fustigé, à mon époque, les plus convenables d'entre elles.

Une remarque comme ça, en passant, mais qui me rappelle que rien ne s'enmieute.

Et je ne vous parlerai pas des bars des environs où, comme me disait une amie l'autre jour, il est facile de trouver un bonhomme différent avec qui coucher à tous les semaines ou même à tous les jours. - Ce qui m'amène à penser que s'il y a des bonhommes qui sont prêts à... y'a des femmes évidemment prêtes également.

Malheureusement, je ne suis pas ferré à glace sur ce chapitre.

D'ailleurs, comment ramener le bon sens dans tout cela ?

Permettez-moi quand même de ne pas faire de recherches sur le nombre de viols qui sont perpétrés chaque année dans le monde entier, car le viol est une chose qui me donne des cauchemars. Peut-être parce que j'en ai trop vu les conséquences. - Je sens que les statistiques pertinentes me feraient vomir. Et encore : elles ne me renseigneraient que sur ceux rapportés à une autorité quelconque. J'ai connu, hélas, trop de cas qui ne sont jamais passés par là.

Le pire qui fut porté à mon attention - et qui me hante jour et nuit parce que je l'aimais, elle - fut celui d'une femme qui a aujourd'hui, une quarantaine d'années et que j'ai connue il y a vingt ans et qui s'était fait violer par son père, pour la première fois, à l'âge de douze ans. Puis à répétition, par la suite. Les excuses qu'il lui a données ? C'est que de ses trois filles, elle était sa favorite. De longues séances de thérapie n'a fait que mettre un peu de baume sur son âme meurtrie.

Je n'ai jamais cru à l'enfer, mais, pour lui, j'y ai souvent pensé.

Je n'ai, en passant, jamais voulu lui adresser la parole pendant tout le temps de ma vie professionnelle même si ce bonhomme-là aurait pu me donner des mandats qui auraient peut-être pu me rendre riche et célèbre.

Vous voyez le genre : il a ruiné la vie de sa fille et modifié, par ricochet, la mienne... et elle ? Elle n'aurait pas pu rendre un homme heureux ?

Et l'on voudrait que je sois charitable...

Comme disait Stan Laurel : "La vie n'est pas assez courte." ("Life isn't short enough.")

C'est que j'en vois de plus en plus de ces personnes - comment dirais-je ? - "à la dérive" et je trouve ça triste.

Mais la jeune George [Gauvin] ne me semble pas trop mal en point.

Simon

***

085 - 2014-05-05 - Le temps, la vieillesse et les mensonges

Vous devez connaître la chanson ; je l'ai apprise par coeur quand j'avais sept ans :

"Lundi, mardi, c'est fête ; mercredi, j'peux pas y être.  - Jeudi ? C'est la Saint-Thomas.  - Vendredi ? Je n'y serai pas. Samedi, la semaine va être trop avancée..."

Dimanche alors ? - Oui, mais dans six semaines, à cause de je-ne-me-souviens-plus-de-quoi : du Carême, de l'Avant, de Pâques, des Rogations... - Pourquoi pas Noël tant qu'à y être ? - Ou l'anniversaire du chat...

C'est ce que ma nièce m'a pourtant dit, avant-hier, quand je lui ai téléphoné pour l'inviter à souper. Finalement elle m'a donné une date : le 28 juin. - Dans deux mois ! - Je l'ai rappeléepour lui dire que, malheureusement, j'allais être dans le Massachussets à ce moment-là, mais que si elle pouvait se dégager en octobre ou en novembre... - Elle ne m'a pas trouvé drôle.

Je me souviens du temps où je travaillais six jours par semaine et que je voyageais continuellement. Je trouvais toujours du temps pour elle. Curieux n'est-ce pas comme un homme occupé réussit toujours à se dégager pour se rendre disponible alors que certaines personnes n'ont même pas cinq minutes à vous donner.

C'est l'histoire de la fameuse semaine des quatre jeudis.

Finalement, j'ai pu la voir le lendemain de mon appel.

...

La vieillesse ? Le problème avec elle, comme me disait un jour un de mes amis, aujourd'hui décédé, c'est que l'on reste jeune, sauf qu'on ne sait pas au juste de quelle jeunesse il s'agit. Parfois, j'ose avancer que je suis maintenant "d'une jeunese de grande retenue... circonspecte et même prudente ", mais je me mens. Je ne suis pas plus intelligent, aujourd'hui, que je l'étais il y a cinquante ans, il y a trente ans, vingt ans et même dix ans. Un peu moins étourdi, peut-être. Moins spontané ? Probablement, car il m'arrive de plus en plus souvent de réfléchir pendant quelques heures avant de prendre une décision, sauf que... plus je me regarde avant de me raser, le matin, moins je me reconnais. Mes traits semblent s'être durcis et j'ai, au cou, les marques indiscutables de la sénescence.

Il y a quelque temps, je discutais de tout cela avec une de mes petites cousines (la fille d'une de mes cousines) qui, à l'approche d'une nouvelle décennie, commençait par se trouver moins attrayante. J'en ai profité pour lui expliquer, comme je tente de me l'expliquer depuis quelques années déjà : qu'elle ne voyait qu'une image statique d'elle-même, c'est-à-dire immobile.

Ceci :

Lorsque nous nous regardons dans un glace ou un miroir, il est rare que nous fassions des gestes comme nous en faisons tous les jours, en parlant, en conduisant sa voiture, en lisant, faisant la cuisine, c'est-à-dire en vaquant à nos banales occupations. Et c'est ainsi que nous ne nous voyons jamais dynamiquement. - C'est un professeur d'art dramatique qui m'a fait découvrir cela il y a des années. - Qui, en effet, sauf s'il s'est fait filmer, s'est vu marcher, surtout de dos, dansant ou tout simplement en train d'acheter des tomates au supermarché ? Alors que, lorsque nous regardons quelqu'un, nous le ou la voyons sous tous ses aspects : se passant la main dans les cheveux, rajustant ses vêtements, buvant un verre ou, dans le cas d'une femme (par exemple), se maquillant... et c'est cela qui crée notre véritable "soi", celui que les autres voient et qui n'est rien d'autre - ce que me rappelle constamment Paul [Dubé], citant Proust - que notre "personnalité sociale" qui est, selon son auteur favori, la "création de la pensée des autres".

J'ai regardée longtemps, ma petite cousine et, curieusement, je l'ai trouvée très belle, magnifique même, en pleine appothéose de sa beauté (car vous ne me convaincrez jamais qu'une jeune fille de 20 ans a la prestance d'une femme qui aurait deux fois et même trois fois son âge).

J'espère juste que ma personnalité sociale, du moins une de mes personnalités sociales (car, forcément, nous en avons plusieurs) ne lui ait pas été trop déplaisante.

...

Parmi les villes que je déteste, notamment au Québec, mais j'en ai autant en Europe tout comme j'en ai aux USA, il y a Sherbrooke. Ne me demandez pas pourquoi. Je n'en ai aucune idée. Peut-être est-ce parce que j'ai dû m'y rendre trop souvent. Il y a des régions complètes également que je n'aime pas beaucoup. La Floride par exemple ; plus les provinces des Prairies, le West Midlands, en Angleterre (avec sa ville de Wolverhampton) et certaines parties de La Belgique. Mais à Pâques, j'ai rajouté à ma longue liste la ville de St-Boniface, en banlieue de Winnipeg, là où je suis allé avec la mère de la petite cousine, celle que j'ai mentionnée ci-dessus. - Pour l'anniversaire de sa meilleure amie. - Une fête ennuyeuse d'ailleurs, mais vous savez quoi ? Aussi ennuyeuse que pouvait être cette fête, elle était plus intéressante que cette petite ville où les gens sont convaincus de parler français.

Je vous parlerai volontiers de cette cousine, fort charmante d'ailleurs, mais je ne le ferai pas, à cause de son ex-mari, un bonhomme de qui elle est séparée depuis plusieurs années et qui est, encore aujourd'hui, d'une extrême jalousie. - D'ailleurs je vous ai dit St-Boniface, mais en réalité c'était à deux cents kilomètres de là. - Dans une autre Province. Et ce n'était pas ma cousine, mais une amie à moi.

Pieux mensonge auto-protecteur car je ne tiens pas à me faire harceler par un mari jaloux, surtout un ex-mari.

Pas à mon âge.

Simon

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084 - 2014-04-07 - Paysages !

Je suis venu au monde entouré de béton, j'ai vécu et je vis toujours entouré de béton et, même si j'aimerais me retirer dans une petite maison éloignée des grands centres et devenir un inoffensif excentrique (voir ma chronique précédente - numéro 83), il y a de fortes chances que je finisse ma vie entouré de béton. Alors, si vous me demandez de parler de paysages...

J'aime bien les grands parcs urbains. Sont-ce des paysages, je ne sais pas, mais pour moi, ils le sont.

Dans aucun ordre précis, j'aime :

  • Les parcs Montsouris et Monceau, le Jardin du Luxembourg et les Buttes Chaumon, à Paris. - Moins les Tuileries (trop fréquentés) ou le Bois de Boulogne (trop grand et entrecoupé de trop d'allées, de rues et de boulevards).

  • La longue marche que permet l'alignement du St-James's Park, du Green Park, du Hyde Park et du Kensington Garden à Londres (sans les inoubliables Regent's Park et Hampstead Heath.)

  • Le Central Park de New York, le Vodelpark d'Amsterdam, le Parc Royal de Bruxelles, le Golden Gate Park, de San Francisco, le Grand et le Lincoln Park de Chicago, les Commons à Boston, le Rouge Park en banlieue de Toronto.

J'en ai beaucoup d'autres en tête. Ainsi, à Montréal, j'adore le Westmount Bird Sanctuary, le Westmount Park (surtout depuis qu'on y a interdit la circulation) et le grand parc de l'Île Charron. J'aime également certaines parties du parc Mont-Royal, à Montréal, et des Plaines d'Abraham, à Québec

Il y a plusieurs raisons à cela :

D'abord ils sont facilement accessibles (exception faite pour le parc de l'île Charron). Ils sont relativement peu bruyants et ils sont parsemés d'endroits où l'on peut s'asseoir tranquille et ne penser à rien.

Mes favoris sont le parc Montsouris à Paris et le Vodelpark d'Amsterdam et, parce que j'y vais plus souvent, à cause de sa proximité, le Westmount Bird Sanctuary (où, malgré mon penchant pour les bancs publics, il n'y en a aucun). Mais, compte tenu de leurs caractéristiques ou particularités, ils sont uniques ou changeants. Tout dépend du moment, de la saison et d'autres facteurs, tels que si la température est peu clémente ou si c'est un week-end car, on ne visite pas les Jardins du Luxembourg un dimanche après-midi quand on n'aime pas les cris des enfants.

J'aime regarder des jeunes jouant au baseball dans la partie sud du Westmount Park et je me souviens d'une partie particulièrement intéressante dans les Commons de Boston, un certain samedi matin.

J'aime également me promener dans les cimetières, activité que j'ai partagée longtemps avec un ami (aujourd'hui décédé), si l'on peut classer les cimetières dans le domaine des paysages (quoique certains sont de véritable jardins).

En dehors des parcs et cimetières ?

Pour avoir beaucoup voyagé, j'en ai quand même énormément vu de ces vues "imprenables" ; en France, en Angleterre, en Écosse, en Allemagne, en Italie, dans des dizaines d'états américains et même celles de la Côte Nord, au Québec, où l'on circule une heure en forêt pour entrevoir le fleuve cinq à dix minutes.

Je ne vous insulterez pas en disant que ces "vues" m'ennuient, mais je n'ai jamais fait un détour pour revoir des falaises, une forêt ou un bord de mer. Il m'est arrivé, oui, que je sois resté bouche bée devant un paysage hors du commun et je vais vous en citer un :

Le Monument Valley, en Arizon, aux États-Unis
Photo en provenance du site : http://www.somewhereelseland.com

Simon

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083 - 2014-03-03 - La retraite

J'ai été marié longtemps avec, au départ, une charmante et innocente jeune fille, qui, peu à peu, s'est transformée en une femme, puis une dame, et qui a maintenant presque mon âge. Son idée concernant la retraite était magnifique : elle consistait en de longues marches, en automne, le long de falaises, sur le bord de la Manche, près de Falmouth, en Angleterre, avec, naturellement, de superbes chandails de laine et un verre de Sherry vers la fin de l'après-midi, dans le pub d'un village où, tout près, nous aurions habité une petite maison avec un un toît de chaume.

Il y a beucoup de choses que j'ai oubliées, mais s'il y a une dont je me souviens, c'est bien de celle-là.

Sauf que nous ne sommes plus ensemble, que nous ne vivons pas, ni l'un, ni l'autre, dans les environs de Falmouth et que les longues marches me sont, aujourd'hui, à peu près défendues.

Je pensais, l'autre jour, à un passage qui m'a frappé au moment où je l'ai lu,dans un des romans de John Le Carré (que m'ont fait connaître Copernique et Paul), sauf que je n'ai pas leurs mémoires et je ne souviens plus duquel. C'était, je crois, "Thinker, Tailor, Soldier, Spy" dans lequel le personnage central, George Smiley, disait :

"J'en ai jusque là de vivre de ma faculté de déduire ceci ou cela, et de ma mémoire. Je pense que je vais me retirer dans une petite maison éloignée des grands centres et me transformer en un innofensif excentrique qui se promènera toute la journée en marmonant.." (*)

J'ai un ami qui vient, tout comme moi, de prendre sa retraite et avec qui nous avons toujours partagé une devise commune :

Travailler, c'est gagner sa vie et le travail n'est pas une vie.

J'ai connu, pourtant, des gens pour qui le travail était le seul point, le seul but, le seul sens de leur existence.

Toute leur vie, ils ont cherché à être les meilleurs dans leur domaine et être reconnus comme les plus grands, les plus merveilleux et les plus habiles avocats-notaires-ingénieurs-emballeurs-jardiniers-concierges-ou-éboueurs de leur génération. S'attendaient à recevoir, de leur vivant, l'Ordre du Québec et l'Ordre du Canada et peut-être même la Légion d'Honneur, avant d'écrire d'insipides mémoires et de mourir entourés de leurs petits-enfants qui allaient perpétuer la dynastie dont ils étaient certains d'avoir été les fondateurs. Des copies conformes du "Je me voyais déjà" de Charles Aznavour sauf que la plupart n'ont pas eu le succès qu'ils escomptaient.

J'en ai même connus qui sont morts dans la cinquantaine, et même dans la quarantaine, en ayant atteint le niveau d'assistant sous-chef.

Je parlais des banc publics il y a quelque temps. Ben voilà.

J'attends le printemps pour aller m'asseoir sur l'un deux et rêvasser à quelques livres que je n'ai pas encore lus, à ce dernier voyage que je ferai, peut-être cet été, si la personne à laquelle je pense veut bien m'accompagner, à me demander ce qu'aurait pu être ma vie avec une telle ou une autre, considérablement plus jeune que moi.

Dans ma garde-robe, je trouve de plus en plus souvent des choses que j'ai oubliées ; des bouts de papier dans les poches de mes vestons, un dollar dans un de mes imperméables, puis, des chemises que je n'ai pas portées depuis des années et même une paire de chaussures que je ne peux plus utiliser, mais avec laquelle j'ai visité la moitié du monde et qui pourrait encore servir.

Dans ma bibliothèque, il y a des livres que je n'ai pas ouverts depuis dix ans ; dans ma discothèque, des 33 tours remplacés par des CD depuis vingt autres années. Me reste même une collection de 78 tours et... que dois-je faire d'un 45 tours des Rolling Stones qui aura bientot cinquante ans ? - Et les Rolling Stones font partie de la génération qui a suivi mon adolescence...

What have I become 
My sweetest friend ?
Everyone I know goes away 
In the end .
And you could have it all :
My empire of dirt.
I will let you down 
I will make you hurt
.

(Nine Inch Nails)

Je n'aurais jamais cru connaître un si grand repos.

Mais marcher le long des falaises près de Falmouth, en Angleterre ? - Hélas...

Simon

(*) La citation exacte [du livre] est :

"He [George Smiley] would sell his London house : he had decided. Back there under the awning, crouched beside the cigarette machine, waiting for the cloudburst to end, he had taken this grave decision. Property values in London had risen out of proportion, he had heard it from every side. Good. He would sell and with a part of the proceeds buy a cottage in the Cotswolds. Burford? Too much traffic. Steeple Aston, that was a place. He would set up as a mild eccentric, discursive, withdrawn, but possessing one or two lovable habits such as muttering to himself as he bumbled along pavements."

Cette citation est en effet tirée de "Thinker. Tailor, Soldier, Spy" (Random House, 1974).

La version filmée (Alec Guiness) est différente et se lit comme suit :

"I have been reviewing my situation [...] and have come to a very grave decision. After a lifetime of living by my wits and on my memory, I shall give myself up full time to the profession of forgetting and I am to put an end to some emotional attachments which have longlived their purposes, namelly the Circus, this house, my old past. I shall sell up and buy a cottage in the Cotswold, I think ; Sreeple Aston sounds about rigth [...] and there, I shall establish myself as a mild eccentric, discursive, withdrawn, but possessing one or two loveable habits such as muttering to myself as I bumble along innocent pavements. I shall become an oak of my own generation...

(Note de l'éditeur.)

Le Red Lion, Steeple Aston, Oxfordshire

(Photo en provenance du site http://www.panoramio.com/)

***

082 - 2014-02-03 - À ceux qui se lèvent tôt...

Quelqu'un me demandait l'autre jour comment je pouvais, le midi, prendre un, deux et parfois même trois verres de "boissons distillées", accompagnés, également parfois, d'une demi-bouteille de vin, et ensuite retourner au travail.

Une question piège comme celle de mon épouse qui m'a demandé, il y a longtemps, comment je faisais pour dire autant de bêtises dans une seule journée.

La réponse est simple : je me lève de bonne heure.

Et puis je ne travaille pas l'après-midi. Enfin : j'essaye.

Quand il est midi, pour moi, il est à peu près dix-sept, dix-huit heures pour la plupart des - j'allais écrire "collègues", mais je n'en ai plus -, pour la plupart, donc, des gens que j'ai vu régulièrement rentrer au Dragon Basané vers ces heures-là pour prendre un apéro et même deux ou trois, avant d'entreprendre la longue route qui les mènera chez eux, une, deux ou trois heures plus tard, au moment où je m'apprête à me mettre au lit.

Vieille habitude héritée du temps où, jeune (car j'ai déjà été jeune), je devais transiger avec des clients à Londres ou à Paris, clients qu'il fallait rejoindre avant leurs midis car, si jamais vous avez eu affaire avec des clients du vieux continent, vous savez très bien qu'après leurs deux heures de l'après-midi, ils sont rarement en état de prendre de graves décisions.

C'est ainsi que j'ai appris à me lever à quatre, cinq heures du matin pour en arriver, aujourd'hui, parce que j'ai de moins en moins de besoin de sommeil, à me lever vers deux ou trois heures. Dois-je rajouter que si un film, à la télé, débute à neuf heures du soir, je n'en vois jamais la fin ? - D'ailleurs, je n'ai plus de télé. - Payez un fournisseur pour ne pas regarder les émissions qu'il diffusait a fini par me rendre un peu nerveux.

"Mais qu'est-ce que tu fou' à deux heures du matin ?" me demandait un de mes amis il n'y a pas très longtemps.

Je lis, je regarde des docus sur Internet, je m'occupe de ma correspondance, je prépare ma journée...

Et je joue avec le chat.

Je me demandais, justement, depuis que j'ai pris ma retraite, si j'allais changer mes habitudes.

Eh bien non.

Depuis un mois, je ne vis que la nuit. Le reste du temps, je fais acte de présence. Si vous désirez me voir, autant m'inviter à un petit déjeuner, de préférence à sept heures du matin.

Je n'en suis pas au stade, à l'inverse d'Oscar Wilde qui disait, quand on voulait lui donner rendez-vous à neuf heures du matin, "qu'il ne veillait jamais si tard que cela", mais pas loin.

Cinq heures de l'après-midi, pour moi, c'est très tard.

D'un autre côté, j'ai appris que, rentrer à jeun, dans un bar à deux heures et demie du matin, est d'un grand charme : les belles filles et femmes qui ont refusé toutes les avances depuis qu'elles sont là ou, à qui on n'en a pas faites parce qu'elles étaient trop belles, sont toujours là.

Et puis vous pouvez toujours apporter des croissants chauds au personnel. 'Vont vous adorer.

Simon

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081 - 2014-01-06 - Mensonges et vérités

J'ai eu, ne me jugez pas, trois, quatre, peut-être même cinq, si ce n'est pas six, blondes - pardon : amies - qui m'ont dit que ce qu'elles ne désiraient, chez moi, qu'une seule chose, l' "honnêteté", c'est-à-dire qu'elles voulaient que je leur dise, en tout temps, la vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

L'expérience m'a appris que, dans tous les cas, aucune ne s'en est tenue, personnellement, à cette extravagante exigence. - Euh... enfin, il y en a eu au moins deux, peut-être trois et j'ajouterai, pour ne pas être malhonnête, une quatrième, qui ont observé à la lettre les règlements de cet insensé crédo... à mon grand chagrin d'ailleurs car qu'avais-je besoin de savoir qu'elle avait déjà couché avec le bonhomme à qui je venais de serrer la main ? Sauf que... ce ne fut pas au jour le jour. Souvent, leurs vérités, parce qu'elles en avaient plusieurs, du moins plusieurs variantes, elles ne me les ont dites que des mois après. - C'était, je m'imagine, pour se déculpabiliser de m'avoir répété, plusieurs fois "Je t'expliquerai, je t'expliquerai... " sans jamais y avoir donné suite.

Il faut quand même donner à Césarine ce qui appartient à Césarine :

Peu avant leurs départs (car je n'en ai laissé qu'une, ce sont les suivantes qui m'ont laissé), elles ont vraiment fait beaucoup d'efforts pour me donner des signes avant-coureurs de leur éventuelle disparition. C'était :

"Est-ce que tu as déjà lu 'Lady Chatterlery' ? Qu'est-ce que tu en penses ?"... pour que je puisse en déduire qu'elles m'avaient trompé ou qu'elle y songeait sérieusement.

ou encore :

"Laisses-moi, ici, faut que j'aille à la pharmacie"... pour me faire comprendre qu'elle ne voulait pas que son nouvel ou prochain amant me voit la déposer devant chez elle.

et même, à propos d'un nouveau bijou, ou un nouveau pull :

"Ça ? C'est un copain qui me l'a offert. " sans préciser la date (ce qui m’a rappelé la subtilité, oh si française, du passé indéfini).

Le dernier mot, invariablement, mais celui-là, il était difficile à ignorer, c'était : 

"J'aimerais bien que l'on reste amis."

À chaque fois, quand ça leur arrivait, je pensais à la célèbre boutade de Sacha Guitry (je cite de mémoire) :

"Elles sont là, juchées sur leurs talons hauts, avec leurs faux cils, leur rouge à lèvres, leur fond de teint, leurs ongles carminées et leurs cheveux teints, jetant un coup d'oeil sur tous les hommes qui les regardent. Avouez qu'il faut être idiot comme un homme pour demander à des créatures semblables de nous dire la vérité." (Voir à la fin pour le texte exact - Note de l'éditeur.)

À une autre, en fait :

"Dire que, dorénavant, il y a en un qui saura de quoi je me contentais."

Ou encore (mais celle-là, elle est vraiment méchante) :

"Il n'y a de pire vengeance envers celui qui nous a volé notre amie que de la lui laisser."

Je repensais à tout cela, il ya dix jours, quand ma dernière, justement, à propos de l'honnêteté, m'a laissé sous-entendre que je lui mentais régulièrement. - Son signe avant-coureur ? - Qui sait ?

J'ai vu pire : une qui faisait des "vacheries", qui me dénigrait devant ses amies, qui, dans les soirées, se comportait comme une trainée et quand, exaspéré, j'ai commencé à lui reprocher sa conduite, s'en est allée tout de suite chez sa mère pour lui dire que j'étais devenu insupportable. - Je sais parce qu'elle s'était conduite de la même façon avec celui qui m'a précédé et qu'elle a recommencé avec celui qui m'a suivi. et l'autre après, et l'autre après... -  J'imagine, parce qu'on se reparle plus, qu'elle en est toujours là sauf que... elle doit commencer à être lourdement affectée par l'âge et la... gravité.

Pour revenir à ma dernière, c'est sûr, que je lui mens. Depuis le début. La dernière chose qu'elle a toujours voulu savoir, c'est avec qui j'étais sorti la veille, si j'avais fumé depuis la dernière fois que nous nous étions rencontrés, ou s'il m'était arrivé, parfois de la trouver non pas stupide mais inconsistante. Ce que je sais, c'est que, quand je lui ai eu avoué ce côté honteux de ma personnalité, elle a rétorqué que mentir pour protéger celui ou celle à qui l'on ment n'est en fait qu'une protection qu'on s'accorde à soi, sans le consentement de l'autre.

Probablement vrai. À bien y penser, c'est tout-à-fait vrai. Je lui mens pour ne pas me faire engueuler ou avoir à lui expliquer pourquoi j'ai fais ceci ou cela comme, par exemple, la raison ou les circonstances qui m'ont amené à aider une de ses ou de mes amies (attention, hein : je n'ai pas dit "blondes", mais bien "amies") à... déménager ou à... remplir un document quelconque, en prenant un verre de vin, après, chez cette amie...

Mais, que ce soit pour la ou les protéger ou me protéger, moi, qu'importe : nous, vous, elles, mentons tous, tout le temps.

Je demandais à une potentielle amie, l'autre fois : "Ça va ?" (alors que je savais qu'elle était physiquement mal en point.) - M'a répondu : "Oui, très bien." - À une autre qui était sur le point de déposer son bilan (faire faillitte) : "T'as besoin d'aide ?" - "Non, non : tout va sur des roulettes."

Et puis, quand je vous dis cela, même en voulant être sincère et honnête, je ne vous dis qu'une demi-vérité car il s'agissait de la même personne.

Je n'y peux rien : tout est une façon de s'exprimer ou de cacher certaines vérités. Les politiciens, par exemple, ne peuvent pas nous dire la vérité ; ils seraient brûlés vifs. (Quoique, dans leur cas, on ne peut pas dire qu'ils mentent vraiment : ils n'ont qu'une notion particulière de certains faits ou, comme je l'ai entendu récemment : "Ils sont quelque peu parcimonieux du côté de la vérité.") - Nos frères et soeurs nous mentent ou nous ont menti. Nos amis, nos parents nous mentent à tous les jours, ou nous ont menti. Les miens, assurément. - Nos ancêtres continuent de nous mentir à cent, deux cents ans de distance, de quoi mettre en doute, par exemple, les arbres généalogiques - La Sainte Église, même, n'a pas été et n'est toujours pas un modèle de vérité absolue ; y'a d'innombrables preuves là-dessus. Copernique Marshall pourrait vous entretenir, entre autres, des papes qui, pendant quatre cents ans ont bâti leur légitimité sur un faux document remettant l'autorité de l'Église de Rome sur l'Empire d'Occident (et ce qui est arrivé à celui qui a osé mettre à jour cette supercherie).

Mensonges pour faire plaisir ? Pour ne pas avoir à donner des explications à n'en plus finir ? Pour conserver un certain contrôle ? Pour apaiser la population ? Pour rendre la vérité supportable ? Pour éviter les émeutes et les révolutions ? Qui sait ?

Passons par-dessus ces épineux problèmes. - Parlons tout simplement des "petites menteries" :

Qui n'en a jamais dites ? - Quoi ? vous n'avez jamais parlé du Père Noël à vos enfants, vos neveux et nièces ? Et des cigognes et des choux ? Quand vous avez voulu organiser une fête-surprise, vous l'avez toute de suite dévoilé à celui ou celle pour qui cette fête allait être donnée ? - Qui n'a pas souri, une fois, à sa belle-mère ? Ou, pour les jeunes filles à l'écoute, qui n'a pas dit à personne que tel ou tel oncle leur avait mis les mains sur les fesses à Noël ?  - Et quand vous vous êtes absenté une certaine journée au bureau, vous avez dit à votre patron que c'est parce que, la veille, vous aviez un peu trop consommé de boissons distillées ou fermentées ?

"Ah mais, ça ne s'est pas grave, me direz-vous. Ce sont, des détails, dont on dit, en anglais, qu'il s'agit de 'Little white lies'. - Ça n'a aucune conséquence."

J'aimerais bien qu'on me définisse la différence entre un mensonge conséquent et un message sans conséquence et, du même coup, lesquels je peux ou je ne peux pas dire à mon amie du moment qui sait, avec une grande habilité, confondre l'un et l'autre ?

Tenez :

Est-ce que ce serait vraiment sujet à une grave conséquence si je ne lui disais pas que j'aime beaucoup manger au bar d'un établissement près de mon bureau parce qu'il y a là une serveuse qui est d'une grande beauté et qui est, de surcroît, intelligente, cultivée et aimable ?

Est-ce que ce serait inconséquent de ma part, de ne pas dire ce que je pense, lorsqu'elle me demande, si la robe qu'elle vient d'enfiler la fait paraître plus grasse qu'elle ne l'est en réalité ?

Est-ce que je dois lui avouer que sa soeur ou sa meilleure amie flirte avec moi ?

Voilà !

Messieurs, vous savez comme moi qu'il faut qu'elles se consolent, toutes, de nos insincérités, car même à nous, nous nous mentons. À moi, par exemple, je me cache la vérité. Je me dis que je mène une bonne vie (c'est faux), que je mange bien (c'est faux), que je ne bois pas beaucoup (c'est faux) et que je suis honnête vis-à-vis tous et chacun (archi-faux).

Je crois qu'une seule chose, vraiment, sépare les gens honnêtes - et je ne veux certes pas dire ceux qui disent toujours la vérité - et les vrais malhonnêtes (les profiteurs, les abuseurs, les exploiteurs et, les pires : les draineurs d'énergie - mettez au féminin : ça existe dans les deux sexes) : nos actes.

Ne pas avoir trompé son amie pendant tout le temps qu'elle a été à nos côtés en est déjà un digne de mention et je ne citerai que celui-là.

Même en pensée.

À ce propos, je me souviens d'une amie qui m'a dit, un jour, que si Bono, du groupe U2, lui faisait signe, elle m'abandonnerait sur le champ... - Bono, je m'en fichais, mais pourquoi me dire une chose semblable ?

"La vie n'a aucun sens." comme disait le regretté Anaxagore. Et c'était un présocratique...

Question :

Dites-moi, Mesdames, préférez-vous que je mente à vos amies plutôt que je leur dise tout ce que je sais sur vous ?

Répondez en toute franchise.

Re-voilà !

Un type de personne m'a toujours inquiété, quand même, c'est celui ou celle qui se dit honnête mais dont l'honnêteté change régulièrement de direction. - Facile d'être honnête quand on dit qu'on aime quelqu'un, par-dessus tout, le premier janvier... jusqu'à ce qu'on en rencontre un autre le premier mars.

Et ça, j'ai connu. On me l'a fait.

Et tandis que je suis là :

Je déjeune (lunch) au restaurant, la plupart du temps seul, au moins cinq ou six fois par semaine, depuis des années. Combien de fois ai-je entendu, à la table d'à côté, trois honnêtes femmes dire la vérite sur une quatrième qui s'était absentée quelques minutes...

L'embêtant, c'est qu'elles nous reviennent souvent... avec des talons plus hauts, une nouvelle coiffure, de faux cils encore plus longs, un rouge à lèvres de différente couleur, un autre fond de teint... et, parfois, avec des histoires abracadabrantes accompagnées d'un petit air respirant le "Je m'excuse" et un semblant de repentir.

Faudrait que j'en parle avec George Gauvin, un de ces jours... elle qui vit tout cela à l'inverse...

Quoiqu'il en soit, Mesdames, sachez que nous vous connaissons plus que vous ne pensez, mais que nous avons appris à nous fermer les yeux. Pourquoi ? Parce que nous vous regardons, directement, en mouvements, de dos, de face et de profil ; pas comme vous le faites, toujours de face et immobiles, devant ces grand menteurs que sont les miroirs.

Je dois avouer, en terminant, que je comprends parfois Casanova : "Faut séduire et partir." ("Sedurre e lasciare.") ; mais la nature, hélas, ne m'a pas doué pour ce genre de choses.

Autrement dit, je n'ai pas appris à mentir adéquatement... disons : correctement.

En attendant, tous et toutes, chers lecteurs et chères lectrices, soyez assurés que je viens de vous dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité tout en pensant à une autre boutade (de Serge Gainsbourg, celle-là) : "Dans tous les couples, il y en a un qui souffre et l'autre qui s'ennuie."

Tout un début d'année, n'est-ce pas ?

Je m'empresse d'ajouter, quand même que :

"Feindre l'indifférence est une grande preuve d'amour." - Voilà bien une autre chose que je n'ai jamais été capable de faire. - Car : les femmes que j'ai connues, celles dont j'ai parlé ci-dessus, aimaient séduire, non pas se faire séduire. Peut-être qu'elles trouvaient idiot que je les aime alors qu'elles ne s'aimaient pas.

Simon

Note de l'éditeur : Le texte exact de la [première] citation de Sacha Guitry mentionné au début de cette chronique se lit comme suit : "Elle était juchée sur dix centimètres de talons, les épaules de son manteau étaient rembourrées à la mode, elle venait de faire faire sa permanente et ses racines, ses ongles étaient carminés sang-de-boeuf, ses yeux bleus s'ornaient d'une frange de faux cils, on voyait que son fond de teint était invisible, le rouge qu'elle avait aux lèvre en rectifiait les courbes - et avouez qu'il faut être aussi fou qu'un homme amoureux pour dire à cette femme : - Dis moi la vérité, c'est tout ce que je te demande." - Souvent suivi de : "Qu'elle laisse tomber ce manteau, descendez-la de ses souliers, qu'elle dépose ses faux cils, débarbouillez-la au savon, puis prenez entre vos mains son visage mis à nu, et vous vous apercevez qu'elle avait maquillé un masque. Le mystère en effet subsiste - et si l'on arrive à se demander si, avec tous leurs artifices, elles n'avouent pas d'avantage." (Les femmes et l'amour - 1959)

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