Les chroniques de Simon Popp

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No. 021 à 030

(Du 27 juin au 14 novembre 2011)

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030 - 2011-11-14 - Le mot de Simon

Grincheux, chiâleux, bougonneux... je ne sais plus de combien de qualificatifs de ce genre on m'a affublé depuis quelque temps. Comme si j'étais celui qui n'aime rien ou pis, encore : déteste tout. - Laissez-moi vous prouver le contraire :

Voici une liste (partielle et pêle-mêle) des choses qu'au fil des ans, j'ai trouvées magnifiques sur cette planète :

  • Paysages : sans hésitation, ceux de l'Arizona et, en second lieu, les côtes anglaises de Torquay à Land's End et celles de la Haute-Normandie en France.
  • Villes (mais pas nécessairement dans l'ordre) : Paris, Vienne, Londres, Chicago et Québec (intra-muros)... avec un faible pour Carcassonne, Bologne (en Italie) et les banlieues de Tucson (en Arizona).
  • Hôtels : très difficiles à énumérer car ils ont beaucoup changé au fil des ans. - Je me souviens quand même de journées et même de semaines mémorables ; à Edinbourg, à Londres, à Venise mais de là me souvenir d'un ou même de deux hôtels en particulier... - Mettons le Drake à Chicago, le Meurice à Paris et l'Amstel à Amsterdam.
  • Nuits ou soirées : une à l'Expo 67 (de Montréal), à un des pavillons antillais, et une autre (étoilée, celle-là) dans une bergerie au nord de Montpellier.
  • Bars, pubs : le Voyageur (Hôtel Reine-Élisabeth, à Montréal), le Bunch of Grapes (à Londres) et quelques autres dont divers dans les très grands hôtels de Chicago.
  • Concerts : celui de l'ouverture de l'Orchestre Symphonique de Chicago en 19... (au programme : la quatrième symphonie de Brahms sous la direction de Daniel Barenboim)
  • Théâtre (pièces de) : je suis resté partial, par nostalgie, au Mouse Trap d'Agatha Christie que j'ai dû voir cinq ou six fois à Londres mais qu'ajouter de plus à The Importance of Being Earnest d'Oscar Wilde, la plus brillante pièce de théâtre jamais écrite ? La Cantatrice Chauve de Ionesco, Le soulier de satin de Claudel (cité un peu plus loin), Les plaideurs de Racine et un assez émouvant Antigone de Sophocle.
  • Cuisine (plats) : je suis fou des pâtes sous toutes leurs formes. Ajouter à cela du Vitello Tonato et des poires Wanamaker.
  • Musées : le Mauritshuis (Den Haag), le Shelburne près de Burlington (Vermont), le Clark Art Institute à Williamstown (Massachussets), quelques salles du Metropolitan Museum de New York, le Carnavalet (Paris) et quelques salles, également, du National Gallery à Washington.
  • Vins : un Châteauf-du-Pape totalement inconnu qui a servi de substitut à un Château Lafitte qui s'est avéré « passé d'âge », un vin qu'on aurait dû boire à genoux.
  • Cigarettes : Disques Bleus et Chaliapine, aujourd'hui introuvables. - Reste encore mais pas partout : des Camels sans filtre.
  • Surprise : entendre, pour la première fois, live, des valses de Strauss à Vienne.
  • Vue : la Tour Eiffel vue du Trocadero à Paris, tout ce que l'on peut voir d'un téléscope Newton de 25 cm. mais j'eusse bien aimé voir le Sacré-Coeur à Rio et les Grandes Pyramides.
  • Manège : celui du Coney Island près de New York mais c'était il y a longtemps
  • Films : la plupart des Melville, le Troisième homme de Carol Reed, le Parrain II, la Passion de Jeanne d'Arc de Dreyer, et risez, bonnes gens, Terminator 1 et 2
  • Heure : quatre heure du matin dans la plupart des grandes villes, notamment Boston, Londres et Paris.
  • Lumière : celle des Pays-Bas
  • Toiles : Vue de Delft de Vermeer et cinq ou six Jackson Pollock.
  • Dessins : Toulouse-Lautrec.
  • Cafés : ceux de Vienne.
  • Taxis : ceux de Londres, évidemment
  • Documentaires : deux de Ken Burns : un sur la Guerre Civile Américaine, l'autre sur le Baseball et une série qui s'appelait « For King and Empire »
  • Aéroport : Le Bourget.... il y a quarante ans.
  • Restaurants : beaucoup trop mais en particulier La Pyramide du temps où Mado Point était encore là (à Vienne, banlieue de Lyon), celui de Bocuse à Collonges-au-Mont-d'or (banlieue de Vienne, également), le restaurant de l'hôtel Caunaught à Londres, un italien à Tucson (Arizona), un autre sur la grande place à Bologne, un sixième aujourd'hui disparu à Saint-Jérôme, dans les Laurentides (Québec) mais je demeure, sans doute à cause du décor, partial au restaurant La Pérouse, à Paris.
  • Villages : tous ceux dans l'arrière-pays de la Provence et plusieurs le long de la côte ouest des États-Unis, au nord de San Francisco.
  • Parcs : le Central Park de New York, ceux de Monceau et de Montsouris à Paris, le Vondelpark à Amsterdam et le Hampstead Heath, au nord de Londres
  • Quartiers : plus de la moitié de ceux de Paris, South Kensington à Londres, Washington Square à New York, une partie de la basse-ville de Québec, le centre-ville de Kingston (Ontario) et plusieurs autres dont le Beacon Hill, à Boston et la plus grande partie de la ville de Westmount, sur l'île de Montréal.
  • Montre-bracelet : Seiko et Tissot
  • Souliers : Hush Puppies qu'hélas, aujourd'hui, je ne puis plus porter.
  • Auteurs : y'a qu'à regarder dans ma biliothèque : Proust, Joyce, Wilde, Green, Pérec et Céline.
  • Album Rock : j'hésite entre le John Wesley Harding de Bob Dylan (qui n'était pas, à proprement parlé, un album rock) et Sticky Fingers des Stones.
  • Album classique : la 6e de Beethoven par Bruno Walter et les enregistremenst de Wanda Wandoska
  • Chanteur : Frank Sinatra, loin devant Julio Iglesisas (mais pas si loin que ça !) et... Carlos Gardel (forcément)
  • Chanteuses : ça dépend des jours ; mettons Ella Fitzgerald et, en France, Nitta-Jo.
  • Orchestres : celui de Count Basie.
  • Cantatrice : une parfaite inconnue, entendue, une fois, dans un récital de lieder de Schubert et qui m'a fait découvrir la Callas.
  • Comédien (sur scène) : vous allez rire mais je n'ai jamais rien vu d'aussi grand que Jean Marais dans King Lear et puis je me souviens également d'un certain Albert Millaire, au Gésu, dans le Soulier de satin de Claudel
  • Comédiennes (sur scène) : Edwidge Feuillère dans Phèdre mais j'étais bien jeune...
  • Ordinateur : sans hésitation, le Commodore 64. Rien trouvé de plus excitant depuis.
  • Etc., etc.

Et les personnes, les amis, les gens que j'ai été heureux de rencontrer ? - Ce sera pour une autre fois.

Simon

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029 - 2011-10-31 - Le mot de Simon

Vous ai-je déjà parlé de cette connaissance « d'affaire » qui, un jour, m'a invité chez lui ? Là où, quelle que soit la pièce dans laquelle on se trouvait, y'avait, sur les murs, appuyés contre les portes, sur les tables, dans tous les coins et racoins de son pavillon de banlieue, des trophées de golf, des photos de terrains de golf, des photos de foursomes de golf, des photos de Monsieur serrant la main d'une vedette de golf, des diplômes de vous-devinez-quoi, y compris des balles de golf ayant appartenues à X, Y ou Z.. - J'avais été invité à dîner et j'ai donc passé une partie de la soirée dans ce décor des plus étranges - Inutile de vous préciser de quoi nous avons parlé : de golf. - De son handicap, des clubs auxquels il avait appartenu, de la marque de ses batons, de son fameux trou d'un coup (en '76), du Canadian Open, du British Open et de l'Open Open.

Quelques semaines plus tard, comme c'était à mon tour de le recevoir, je l'ai invité à dîner chez moi, chez moi où, à l'époque, les murs étaient tapissés de livres, de 33 tours, de VHS, où , sur toutes les tables, il y avait des magazines et où, les meubles les plus courants étaient des bibliothèques. - Devinez de quoi nous avons parlé : de golf.

C'est le genre de bonhomme qui m'a rendu aigri avec l'âge ; non seulement aigri mais mécontent, chiâleux, bougonneux comme disent mes amis. - Si encore, dans ma vie, je n'en avais rencontrés que quelques uns de ces casse-pieds, je ne dis pas ; j'aurais sans doute poursuivi mon petit bout de chemin sans trop me plaindre ; j'aurais, le soir, écouter mes John Fields, mes Wagner, mes Miles Davis ; j'aurais visionné des films de Melville, d'Orson Welles ; j'aurais lu les classiques ; je me serais intéressé à l'astronomie ; je ne sais pas : j'aurais peut-être même étudié plus attentivement l'informatique. - Mais non. - Et plus ça va, plus il me semble que tout ce que je rencontre depuis quelque temps, ce sont des gens qui, après avoir acheté quatre (et demi) iPhone, essayent de m'en vendre un ; qui me disent que Steve Jobbs fut un génie ; qui me parlent de leurs chars, de leurs dernières vacances à Cuba ou qui me répètent des nouvelles que je peux lire dans tous les journaux.

Si mon père qui, vers la fin de sa vie, faisait semblant de radoter pour qu'on lui fiche la paix, si mon père était encore vivant, je lui demanderais si ça a toujours été comme ça mais vous savez quoi ? Je pense que je sais ce qu'il me répondrait.

Alors :

Si, au cours d'une soirée, vous me dites que les plus beaux paysages au monde sont en Gaspésie et que vous n'avez jamais vu le Grand Canyon ou les falaises d'Étretat, que les Beatles ou les Beach Boys ont révolutionné la musique populaire, que Jim Carrey est le plus grand comédien depuis Jerry Lewis, que les musulmans ont toujours été une bande d'ignorants, que Dave Brubeck fut le meilleur pianiste de tous les temps, que les livres en papier sont là pour rester, ne vous offusquez pas si je me lève et que je m'en vais ailleurs.

Disons que du côté de l'aigrissure, je me suis fais une idée depuis quelque temps : plutôt que d'essayer de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit, je m'éloigne de plus en plus. - Ça fera, de moi, un jour, un ermite mais dites-vous bien : un ermite heureux.

Simon

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028 - 2011-10-17 - Maudit qu'j'haïs les vieux... !

Pas tous les vieux mais pas loin ; et je peux me permettre de le dire parce que je suis vieux : dans le sexagénariat avancé. Mais ce n'est pas d'hier que je suis vieux : j'ai commencé à l'être à l'âge de vingt ans. Pour les ti-culs de dix ans. Après ça, ça a été à trente ans pour ceux qui n'en avaient que vingt ; à quarante ans pour les jeunes de trente ans ; et ainsi de suite. Tout est une question de point de vue sauf que les vieux que j'haïs en ce moment sont parfois moins âgés que moi !

Vous les connaissez ceux dont je parle : ce sont des empêcheurs de tourner en rond de première classe, des gens qui ralentissent la circulation au bureau de poste, à la banque, à la pharmacie, jusqu'au café du coin. Trente ans qu'ils achètent le même journal, au même endroit, à la même heure et qu'ils se sentent obligés de faire un bout de jasette avec le revendeur, histoire d'embêter ceux qui sont derrière eux.

Au restaurant, un jour, j'ai entendu un de ces vieux schnook demander au serveur quelles sortes d'eau minérale il avait. Le serveur, bien gentil, lui en énuméra une vingtaine : "Badoit, Évian, Perrier, etc, etc." Et le vieux de lui répondre : "Vous n'avez pas de Contrex... C'est malheureux." - C'était l'histoire de Fernand Raynaud et de son croissant.

J'haïs les vieux qui, au McDo, se sentent obligés de lire tous les menus pour commander leur Big Mac.

J'haïs les vieux qui, au volant de leur voiture, roule à 30 km/h dans une zone de 40 et qui ralentissent à tous les coins de rues pour vérifier où ils en sont.

J'haïs les vieux dont toutes les phrases commencent par : "Dans mon temps..."

J'haïs les vieux qui, deux par deux ou en groupe, bloquent les couloirs, les escaliers, les trottoirs, surtout quand ils s'arrêtent.

J'haïs la vieille qui, au supermarché, attend qu'on lui demande de payer ses achats avant d'ouvrir son sac pour en extraire sa sacoche dans lequel se trouve son réticule qui contient sa bourse à l'intérieur de laquelle se trouve son pemier porte-monnaie...

J'haïs les acheteurs en série de billets de loto et qui demandent qu'on vérifie leurs derniers numéros à l'heure de pointe.

Dois-je continuer ?

En fait, ce ne sont pas les vieux que j'haïs mais les emmerdeurs en tous genres : ceux qui n'ont jamais appris à remplir un feuillet de dépôt à la banque, ceux à qui il faut tout expliquer trois fois et qui ne comprennent jamais rien, ceux qui cherchent la bête noire partout où ils passent ; ceux qui n'ont jamais les bons documents à l'aéroport ; ceux qui, finalement, sont nés pour, justement, trouver des problèmes là où il n'y en a pas, quitte à en créer de leur propre chef.

En Floride, on les reconnaît facilement : l'homme a des pantalons dont la taille est à peu près à la hauteur de leurs aisselles et les femmes ont des vêtements de couleur pastel (avec les cheveux assortis). (Je l'ai déjà mentionné.) - Les deux prennent leur diner (souper) à cinq heures de l'après-midi. Ailleurs, ils occupent tous les bancs publics ou les fauteuils dans les Malls.

Les vieux ? - Nah : ce sont les morons que je ne peux pas supporter. Le problème, c'est que la moronnerie, ça ne s'enmieute pas avec l'âge.

Simon

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027 - 2011-10-03 - Vive les journalisses !

Je vous ai déjà dit, je crois, que je n'avais pas acheté, ni lu un journal depuis au moins vingt ans, si ce n'est pas vingt-cinq. Quelques exceptions : lorsque j'arrive dans une autre ville, je me procure le plus rapidement possible le quotidien le plus populaire pour y lire les petites annonces. C'est là qu'on apprend comment les gens vivent, ce qu'ils achètent, ce qu'ils revendent, le coût des maisons, des loyers... Je jette également souvent un coup d'oeil sur les premières pages des grands quotidiens, particulièrement en France, non pas pour savoir ce qui se passe mais pour les acronymes, les raccourcis, les manières de résumer certains faits, pour réaliser la plupart du temps que, à moins d'être un native, il n'y a rien à comprendre.

Et pourquoi je ne lis pas les quotidiens (ni ne regarde les journaux télévisés) ? Parce qu'on y apprend rien. Parce qu'on nous annonce des nouvelles qui ne sont jamais suivies. - Deux personnes assassinées à coups de marteau sur la 11e avenue ? 9 fois sur 10, l'on n'en entendra plus jamais parler. - On nous annonce la tenue d'une enquête publique ? Elle n'aura pas lieu et si elle a lieu, elle ne débouchera sur rien. - Un incendie dans un édifice public ? L'enquête se poursuit.

En politique, c'est encore pire : non seulement les politiciens se protègent entre eux mais ils sont à l'abri de toutes critiques de la part de journalistes :

Quand avez-vous vu, la dernière fois, un candidat reprendre la liste des promesses de celui qu'il veut remplacer et rappeler à la population que son futur prédécesseur était un fieffé menteur ? - Et qui ose traiter le maire de Montréal de moron ou le premier ministre de la province d'hypocrite et d'opportuniste ?

Si j'avais un scanner, je joindrais à cette chronique des photos de certaines « unes » des journaux du début du siècle dernier dans lesquelles on peut lire « Le salaud est enfin mort ! » (Décès de Guillaume II), « Des voleurs ! Nous avons élu des voleurs ! » (À propos des députés de la IVe République), etc.

C'est vrai qu'à l'époque, on ne donnait pas de conférences de presse où seuls les journalistes favorables étaient admis.

Y'a bonne lurette que je n'ai pas serré la main d'un politicien. Faudrait que j'ajoute à ma liste les journalistes. Enfin, 99% des journalistes : ceux qui lisent les dépêches et qui les répètent.

Simon

P.-S. : La saison de hockey n'est pas encore commencé qu'on m'a dit que, déjà, dans les matchs de pré-saison, deux joueurs avaient été victimes d'attaques brutales à la tête. Pas entendu parler d'un journaliste-sportif (si, si : ça existe) qui se soit élevé contre cette manifeste violence. - C'est vrai que, pour exercer son métier, il a de besoin de ceux qui la tolèrent.

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026 - 2011-09-19 - La française langue

A Moy, comte, deux mots - Parle. - Oste-moy un doute.
Cognois-tu bien Don Diègue ? - Ouy. - Parlons bas, écoute
Sçais-tu que ce vieillard fut la mesme vertu,
La vaillance et l'honneur de son temps ? Le sçais-tu
?
[...]

Aussi surprenant que cela puisse être, j'ai pris l'habitude, jeune, sur l'avis du Professeur, de ne lire que les écrivains avec lesquels je n'étais pas d'accord. Certains ont réussi à me faire changer d'idées, d'autres pas. Dans les meilleurs des cas, j'ai compris que mes opinions et les leurs n'étaient que cela : des opinions ; que la vérité, si elle existait, se trouvait soit entre les deux, soit ailleurs. C'est ce qui me rend si détestable dans les conversations : à chaque fois qu'on avance quelque chose, j'ai suffisament lu pour être en mesure de dire le contraire. Rien pour me rendre populaire.

La semaine dernière, c'était en compagnie de personnes qui avaient de la difficulté à dire des phrases dans lesquelles on pouvait retrouver dans l'ordre des sujets, des verbes et des compléments que je me suis retrouvé pour me faire dire que : 1) la française langue était en déclin au Québec, 2) qu'il fallait faire quelque chose pour la conserver, 3) que si tout le monde s'y mettait, elle resterait vivante et 4) qu'elle méritait d'être conservée jusqu'à la fin des temps (parce que la plus belle, la plus logique, la plus précise, etc.).

« Humbug ! »comme disait Ebezener Scrooge : si on se mêlait pas des langues, elles naîtraient, vivraient, mourraient comme tout ce qui se passe sur terre : les empires, les systèmes politiques, les religions et les routes au Québec.

Je n'ai pas d'arguments pour vous démontrer quoi que ce soit ce matin, mais écoutez autour de vous et entendez la différence entre ce que l'on dit et ce qu'on écrit ; entre les mots qu'on utilise et ceux dont on retrouve la définition dans les dictionnaires ; entre la façon dont les phrases parlées sont construites et ces fameuses « règles » que ceux qui ne savent pas lire les préfaces des grammaires essaient de nous faire observer.

Du temps de Montaigne, ces différences étaient minimes. Aujourd'hui, on parle d'un fossé qui s'élargit de plus en plus et qui mènera éventuellement à une langue parlée qui n'aura aucun rapport avec la langue écrite et vous me direz, à ce moment-là, laquelle sera française. - Et si vous pensez que la parlée ressemblera à du franglais, attendez que les Chinois débarquent.

Définition : langue morte : langue écrite, fixée par des règles qui sont devenus invariables avec le temps.

'Twéka, si j'eusse su, je me serais décontresaintciboirisé de la conversation dont à laquelle je faisais référence à, au début.

Simon

P.-S. : Et la citation ? - Elle est tirée du Cid de Corneille (1637) mais telle qu'on l'écrivait à l'époque où la française langue évoluait encore. - Vous avez vu à quel point on a massacré l'orthographe depuis ce temps-là ?

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025 - 2011-09-05 - Le mot de Simon

J'aime bien les rentrées scolaires. - Pas besoin de prendre rendez-vous : elles viennent comme ça, tout simplement.

J'aime bien les rentrées scolaires. - Elles annoncent l'automne où l'on cessera de voir dans les rues des hommes en shorts et des femmes avec des chandails en lycra.

J'aime bien les rentrées scolaires. - D'année en année, je constate qu'il y a de plus en plus de jeunes filles délurées qui fréquentent les cafés près des universités.

J'aime bien les rentrées scolaires. - Je regarde à la télé et j'écoute à la radio les émissions relatives à la circulation et je ris tout seul.

J'aime bien les rentrées scolaires. - Je sais que je n'aurai pas la visite de mes [depuis quelque temps petits] neveux et nièces pour un bon bout de temps.

J'aime bien les rentrées scolaires. - Les hôtels et les restaurants sur le bord de la mer seront enfin déserts.

J'aime bien les rentrées scolaires. - Elles coïncident habituellement avec les rentrées des parlements où l'on peut constater à quel point nos élus sont marants. Dangereux mais marants.

J'aime bien les rentrées scolaires. - Je pourrai sortir, enfin, mes chandails de la garde-robe. (Garde-robe ?)

J'aime bien les rentrées scolaires. - Elles donnent du travail à ceux qui ne savent rien faire, mais attention, hein : rien du tout.

J'aime bien les rentrées scolaires. - Les étudiants aussi, d'ailleurs. M'enfin : pour les premières deux ou trois semaines.

J'aime bien les rentrées scolaires. - Elles me rappellent de lointains souvenirs, le bon vieux temps, quoi ; celui qui, on l'espère, ne reviendra plus.

Simon

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024 - 2011-08-08 - Yankee, Go Home

Ne me demandez pas pourquoi mais j'ai été coincé l'autre jour entre trois antiaméricaines dans une soirée en l'honneur de je-ne-souviens-plus-qui (ce qui prouve à quel point c'était intéressant mais les hors-d'oeuvres étaient fort respectables).  L'une leur reprochait leur arrogance, l'autre leur manque de culture, la troisième leur absence total de goût vestimentaire et ainsi de suite : tout était sur le point d'y passer (leurs émissions de télé, leur musique, leurs manières...) - J'allais mentionner Jackson Pollock, Steinbeck, Hemingway, Mark Twain, le Modern Jazz Quartet, Frank Lloyd Wright... mais peut-être pas futé, Simon, mais pas fou : m'auraient relancer avec Debussy, Ravel, Picasso, Le Corbusier et même - je les voyaient venir - Bernard Pivot.

Çafaque :

On a parlé de cuisine, de circulation et du rôle des femmes dans la société (un sujet qui dépanne toujours - à condition d'écouter et de ne rien dire).

Dans le fond, que vouliez-vous que je leur dise ? Qu'elles étaient sottes et ignorantes ? Ça aurait changé quoi ? - Rien. Sauf que, en revenant chez moi, je ne sais pas pourquoi, je me suis mis à penser à Restif de la Bretonne qui posait, en 1790, deux questions fort intéressantes :

« Qu'allaient penser les gens, en 1990, de ces Français qui ont renversé puis guillotiné leur roi ? Et par quoi, allaient-ils le remplacer ? »

Et je me suis dit : « Qu'allions-nous penser de ces Américains, aujourd'hui policiers du monde, dans, non pas deux cents ans, mais dans mille ans ? » Mais surtout : « Qu'auront-ils vraiment laissé à l'humanité ? » - Et la réponse m'est venue tout de suite :

Évidemment, j'aurais pu penser à la démocratie, à d'innombrables inventions scientifiques, à l'expansion du commerce mondial et puis, naturellement, au pain tranché, mais la première idée qui m'est venue à l'esprit à été, non pas l'informatique en tant que telle, mais la micro-informatique, c'est-à-dire l'informatique à la portée de tous, celle qui nous a donné l'Internet, les réseaux sociaux et surtout : la libre circulation de l'information, cette boîte de Pandore, cette hydre à sept têtes que d'aucuns voudraient bien éradiquer mais qui est là pour rester.

Pas si mal, quand même, pour une bande d'arrogants policiers dont les premières paroles furent : «No taxation without representation»... «The pursuit of hapiness», «Freedom of speech and religion» et surtout le célèbre «We the people...».

Dire que j'allais oublier les Westerns et les Terminator...

Simon

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023 - 2011-07-25 - Est-ce moi ou...

En ouvrant les journaux avant-hier et hier matin, je n'ai pas pu faire autrement que noter la quantité de morts violentes ou accidentelles qu'on y rapportait : en Norvège, dans le sud de la France, dans le grand nord, en Afrique, au Texas... et je me suis dit que : ou j'ai la mémoire trop longue, ou j'ai perdu toutes notions de ce que peut-être une nouvelle. - Je n'ai pas le temps aujourd'hui de retrouver l'article en question - et, en plus, il fait trop chaud - mais j'ai quelque part, ici, une collection de «unes» de journaux du début du siècle dernier dans laquelle je me souviens très clairement avoir lu sur l'une d"entre-elle, répartis sur sept colonnes, des renseignements et des opinions sur : la façon dont le gouvernement (français) de l'époque menait ses finances, ce dans quoi il investissait, ce dans quoi il devait investir, là où se trouvaient les besoins, qui serait mieux placé pour prendre des décisions, etc. - Des morts ? Oui. Au verso dans un entrefilet d'à peine dix lignes mentionnant un déraillement qui aurait fait une centaine de victimes, quelque part en Allemagne. - Ça m'avait frappé :

Des opinions et des faits divers.

Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on lit dans les journaux ? Qu'un jeune homme de dix-neuf a été agressé dans un parking d'un McDonald avec tous les détails appropriés : l'arme utilisée, les témoins, les suspects et le contenu d'une interview non pas du policier-enquêteur mais d'un porte-parole de la police dont le rôle est justement de faire le lien entre les forces de l'ordre et la meute de journalistes venus se renseigner sur place. - Vous pouvez me dire ce en quoi la mort de ce jeune homme devrait m'intéresser ? - Ah peut-être qu'on essait de m'indiquer de ne plus me tenir dans les parkings des McDo... qui sait ?

Mais alors :

Pourquoi ne parle-t-on plus des gens qui se suicident dans le métro ? - C'était courant au début puis plus rien. - Peut-être qu'il n'y en plus ? - Sauf que vous savez très bien comme moi qu'il y en a toujours. Comment autrement expliquer ces ambulances et ces autos de la police qu'on retrouve à la porte de certaines stations, certains jours, ou ces accidents «techniques» qui occasionnent les arrêts réguliers de telle ou telle ligne ? - Moi, je dirais que, dans une ville comme Montréal, doit bien en avoir deux par mois. - Mais on n'en parle plus. - Peut-être que ça ferait fuire la clientèle.

Et puis les ponts ? - Pourquoi pensez-vous qu'on a construit ces cages dans les endroits où passent les piétons ? Pour empêcher les pierres qui se détachent de la chaussée de blesser les usagers ? - Allons donc ! - J'ai même connu un jeune homme qui s'est jeté, une fois, pour en finir avec la vie, du haut du pont Jacques-Cartier vis-à-vis la rue Notre-Dame. Vous savez ce qui lui est arrivé ? Il est tombé sur le toit d'une voiture et, en dehors d'un ou deux membres cassés, il s'en est tiré indemne. - En a t-on parlé dans les journaux ? Pas du tout. Devait avoir eu un vol important dans une bijouterie ce jour-là ; ou une famine en Éthiopie, ou, des développements du côté des négociations entre Israël et ceux qui se disent de la Palestine. Et pourtant l'histoire de ce jeune homme méritait d'être racontée. Pas pour les raisons qui l'ont poussé à vouloir se suicider, ni pour ses problèmes émotifs mais pour - excusez si je change de paragraphe mais vous verrez, ça mérite d'être cité presque en majuscules :

C'est que, après être sorti de l'hôpital, il a reçu une lettre des assureurs de l'automobiliste lui réclamant les coûts de réparation au véhicule qu'il avait, dans sa chute, endommagé !

Voilà quelque chose d'insolite qui aurait mérité un entrefilet, non ?

Simon

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022 - 2011-07-11 - Pastiches et mélanges

Comme je dis souvent : « L'écrivain qui est en train d'écrire le livre du début de ce siècle n'est pas encore publié ou, s'il l'a été, ce fut dans une édition au tirage fort limité et qui n'a été lue par personne. Surtout pas par des critiques. » - Pas une question d'opinion : un question de fait et historiquement vérifiable de surcroît. - Vous allez me dire qu'untel ou untel ont été fort appréciés de leur vivant. Exact : Trollope en Angleterre plutôt que Dickens ; Anatole France dans l'hexagone, plutôt que Gide ; et si ma mémoire est exacte, je pense que Roger Lemelin fut beaucoup plus lu au Québec que Claude-Henri Grignon mais qui lit, aujourd'hui, les Chroniques de Barsetshire ? Le Crime de Sylvestre Bonnard ? Les Plouffe ? - C'est à peine si l'on se souvient de nos jours de Jules Romain, de Claudel, de Châteaubriand même, qui furent, à leur époque des auteurs fort admirés.

Des Shakespeare, des Proust, des Céline et - parle-t-on vraiment encore de lui ? - des Victor Hugo, il n'en nait pas vingt par siècle. La dernière fois que vous avez entendu parler de Montaigne, de Rousseau, de Voltaire, ça remonte à quand ?

« Sic transit glaria mundi » comme le citait le regretté inquisiteur dominicain Étienne de Bourbon (1180-1261).

C'est en pensant à Edward Gibbon (1) que je me suis rappelé tous ces beaux noms, la semaine dernière, pris dans la circulation comme tous les Montréalais. - Je me disais quand et qui écrira  «La chûte et le déclin de la Ville de Montréal» ? Car il faut être complètement idiot pour croire : a) que la métropole du Québec (qui fut, autrefois, la métropole du Canada) est en plein essor et que b) la raison de son déclin est uniquement redevable au moron qu'en ce moment nous avons comme maire. Non, non, non et non :

Ce ne fut pas uniquement la faute d'un maire, ni de plusieurs, ni de quelques ministres mais de tout un groupe de visionnaires qui n'avaient de vision que - oserai-je le dire ? - que le renouvellement de leurs mandats et un certain pouvoir décisionnel... (2)

Qui nous a construit ces horreurs d'autoroutes qui sillonnent notre ville et notre banlieue, dont une, cinquante ans après finira, éventuellement, par les contourner ? Qui a supprimé les tramways ? Qui a construit ce monumental stade dans le milieu de nulle part et qui ne sert, à toutes fins pratiques, plus à rien ? Et ces wagons de métro sur pneumatique dans une ville où le sol est gelé six mois par année ? Et ces ponts qui s'écroulent ? Ces routes qu'on n'a pas entretenues pendant des années ?

Signes d'un déclin certain ? - Encore une fois non et c'est là où les observateurs politiques se mettent leur magistral doigt dans l'oeil : c'est qu'ils ne voient pas que, pour pallier cette situation, les dirigeants actuels, quels que soient le village, la ville, le comté, la province, le pays dont ils sont supposés être - comme dit mon ami Herméningilde Pérec - les cerveaux-phares, ne cherchent pas à régler, même à court terme, ces problèmes : ils font ce que les empereurs romains ont fait, du début du déclin de leur empire, ils organisent des jeux. Des festivals.

À Montréal, uniquement, il y en a deux cents par année (et je ne parle pas des défilés et manifestations)

Dans la Province, presque autant, sinon plus.

Tenez, si ça peut vous amuser, pensez donc à retenir vos places pour :

  • Le Festival de la truite mouchetée de Saint-Alexis-des-Monts
  • Woodstock en Beauce (mais aussi Nashville en Beauce)
  • Le Festival forestier de Senneterre
  • Le Festival de la gibelotte de Sorel-Tracy
  • Le Festival international des percussions de Longueuil
  • Les Fêtes gourmandes de Lanaudière
  • Le Festival Ste-Agathe en feux
  • Le Festival Western Dolbeau-Mistassini
  • Le Symposium des arts de Danville
  • La Féérie de la Lavande de Fitch Bay

    Sans oublier :

  • Le Festival du cochon de Sainte-Perpétue (un festival à porc comme nul porc ailleurs)
    - 6 000 places seulement pour sa célèbre course du cochon graissé

Ne manque plus que le célèbre Festival de la piscine hors-terre et la non moins célèbre Journée du Gun à Caulker de notre Quartier Universitaire...

Simon

(1) Auteur de « The History of the Decline and Fall ot the Roman Empire » (1776-1789)
(2) Remarquez que, quand on paie une centaine de milliers de dollars par année pour un député - cent soixante quinze mille, je crois, pour un maire - et trois millions pour un joueur de hockey...

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021 - 2011-06-27 - Gaudemus, habemus temporum !

Saison estivale, saison estivale... je veux bien, comme le suggère notre vénérable éditeur tenter d'écrire des chroniques légères mais comment se sentir « léger »   quand tout ce qu'on voit autour de soi (j'habite à Montréal), ce sont des embouteillages, des trous dans les rues, un maire d'une stupidité incroyable et des politiciens, à la fois à Québec et à Ottawa s'obstiner sur qui paraîtra à la une lelendemain... Et puis y'a la question de l'âge :

D'après ce que je peux voir, dès la soixantaine, les gens se divisent en trois groupes :

  • Les innocents de la pire espèce qui ne veulent plus penser et qui, pour tout oublier, consultent les prévisions météorologiques quinze fois par jour et lisent le plus simple des journaux où ils se trouvent bien chanceux de ne pas être victimes d'un meurtre, d'un enlèvement ou d'une inondation.

    Ce sont les mêmes que je voyais, jeunes, en Floride, avec des pantalons dont la taille remontait jusqu'à la mi-poitrine et se plaignaient des taxes toute la journée. (Accompagnés invariablement par des dames aux cheveux mauves, vêtues de couleurs pastels.)

  • Les ceusses qui ne cessent de raconter leurs exploits passés dont la fois où ils ont dit non à leur patron ou celle d'avoir toujurs voté « du bon côté ». (1) 

  • Les misanthropes.

Inutile de vous préciser, je crois, dans quelle catégorie je me classe.

Simon

(1) J'ai connu un type, croyez-le ou non, qui, ayant réussi une vente très importante de moquette, s'est cru longtemps le meilleur vendeur du monde. Il était à rédiger un volume sur ses talents de marketing quand il est décédé. Un raseur de tout premier ordre.

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