Les billets de Madame George Gauvin

_______________________________________________________________________________________________________

No. 081 à 090

(Du 3 août 2020 à aujourd'hui)

Série précédente

_______________________________________________________________________________________________________

083 - 2020-10-05

J'ai même eu le temps de vider et réorganiser mes tiroirs

Y'en a qui sont chanceux. - Pardon : chanceuses.

Ma mère, par exemple. Elle a passé toute sa vie - menstruations, ménopose et hystérectomie - sans presque sans apercevoir.

Moi, je sais que ça s'en vient quand je me réveille de mauvaise humeur deux, trois jours auparavant. Des fois, je me dis que c'est peut-être le seul temps du mois où je suis moi-même sauf que je voudrais être quelqu'un d'autre quand les crampes me viennent.

Y'en a qui sont vraiment chanceux. - Pardon : vraiment chanceuses.

Six mois que je n'ai pas vu mes collègues de travail... ou à peine et puis... masquée. De quoi défaire le plus simple des maquillages ou porter less regards vers d'autres appâts.

Depuis des mois, je suis enfermée entre quatre murs - mettons deux ou trois fois quatre murs : cuisine, salle de séjour (!) et chambre à coucher -  dans une de ces banlieues où personne ne se parle. - Y'appelle ça le «confinement». Autant dire le «bannissement».

On m'envoie des textes, des fichiers .wav, .mp3, des chiffriers qu'on me demande de finaliser, mettre en ordre, compléter, commenter... sans voir sur le visage de mon boss s'il est content ou mécontent de mon travail, sans même entendre un simple «merci».

Le pire... c'est que j'ai bien peur que ça devienne permanent, c't'affaire-là. Je vois mal les boss de mon boss renouveler le bail de ma shop (comme dit Monsieur Popp) dans une tour au centre-ville quand ils s'apercevront que louer des locaux pour soixante employé(e)s, c'est de l'argent gaspillée quand ça leur coûtera presque rien pour en faire travailler cinquante personnes à la maison.

Y'a pire. Je ne sais plus comment m'habiller, c'est quoi les vêtements qu'on porte, aujourd'hui, dans le centre-ville. J'peux même pas me promener sur l'heure du midi dans le Centre Eaton, à la Baie ou chez Simons et quand est-ce qu'avec mes copines, on ira prendre un verre au Reine Elizabeth... ?

Y'en a qui sont vraiment, mais vraiment chanceux. - Pardon : vraiment, mes vraiment chanceuses.

Les livreurs de chez Bureau en Gros, Amazon, Purolator, d'UPS (Use Purolator S'tie), les postiers... et ma cousine qui est hôtesse de l'air, la numéro sept en années de service d'un groupe de soixante-dix, qui s'est retrouvée «coincée» toute une semaine à Cuba, y'a pas longtemps, parce qu'il y a de moins en moins de vols... Elle est revenue avec un de ces bronzages...

Ne me reste plus qu'à me faire livrer des échelles pour grimper sur les murs.

Dites, Monsieur Pérec, y'a pas moyen d'organiser une réunion où nous pourrions tous nous revoir. Même à distance. 

Ça fait des mois que je n'ai pas vu Copernique, ou Simon, ou Paul...

George

***

082 - 2020-09-07

Mes grosses f.. et, tant qu'à y être, le test du crayon...

Les rares amies qui savent que j'écris ici mes états d'âmes mensuels me reprochent, croyez-le ou non, de ne pas parler des vraies affaires ; de ne pas refléter ce qui se passe réellement dans la tête d'une femme de mon âge, de ne pas, pour ainsi dire, être une écrivaine (excusez-moi, monsieur Popp) du genre... féminin.

Comme si les affaires qui me viennent en tête seraient celles qui se résumeraient continuellement en :

  • ces choses qu'il ne me faut pas oublier avant de quitter la maison

  • ces habitudes que j'ai prises pour me défendre contre les machos qui me regardent les seins dans les ascenseurs

  • mes collègues (masculins) qui se penchent trop près pour m'indiquer un détails sur un mon ordinateur

  • ces serveurs dans les bars qui servent les gars qui sont arrivés avant moi...

  • etc., etc.

J'ai mauditement d'autres problèmes à m'occuper de :

Ma taille qui, des fois, grandit de huit centimètres dans une nuit.

Mon chum qui, après m'avoir fait l'amour, ouvre la télévision pour regarder les nouvelles.

Mon voisin, chauve et laid, qui me fait de l'oeil.

Ce roman que je lis et que je sais que je n'aurai pas le temps de comprendre parce que, demain, faut que je me lève à six heures.

Mon char qui commence à rouiller et dont je n'ai pas encore fini de payer.

Et puis mes fesses qui ne sont plus aussi fermes, mais qui jadis me disaient que je n'étais pas si pire.

Et ces seins en dessous desquels je n'ose plus mettre un crayon.

Bout de bon Dieu, que j'aimerais rencontrer, avant de mourir, ce prince charmant dont on m'a tant parlé quand j'étais jeune.

Un soir, Une nuit.

C't'y assez féminin à votre goût, chères lectrices ?

George

P.-S. : Mon prince charmant ? Omar Shariff - Oui, je sais, mais z'étaient pas Zhivago.

***

081 - 2020-08-03

Section «Passif-Actif» du bilan d'une clouée au sol

Je n'ai pas la lecturovite, cette maladie qui nous pousse à lire tout ce qui nous passe entre les mains. Mon ex m'ayant prêté «La vie, mode d'emploi» de Georges Pérec, il y a un mois (ou deux ?), je n'ai pas réussi à en dépasser la moitié après des heures d'acharnement. Il m'avait dit : «C'est facile, tu vas voir. Ce sont de courtes histoires qui se lisent en dix minutes et dont tu n'a pas de besoin de retenir d'une à l'autre. Et ça change tout le temps.» - Courtes histoires, mon oeil ! Après quelques unes, j'ai commencé à me demander si l'artiste au troisième connaissait la dame du cinquième et de quoi il pouvait parler quand ils se rencontraient... (Vous voyez : j'invente déjà car je ne me souviens plus qui habite où dans cette fichue de maison.)

Je suis plutôt visuelle. Je regardais «Le rouge et le noir» de je ne sais plus qui avec Gérard Philippe et Danielle Darrieux à la télé l'autre jour. Quel beau film ! - On m'a dit que le roman sur lequel il était basé était un grand classique, qu'il était cent fois meilleur que le film. - Pas question que je lise un roman dont je connais l'histoire,

Regarder un film, c'est passif qu'on me répète alors que lire exige une certaine activité.

Activité ? Je suis active. Me déplacer pour aller entendre la Messe en Si mineur de Bach à la Place des Arts, c'est, pour moi, une activité (ce que j'ai déjà fait) ou me rendre à l'église Notre-Dame pour le Messie d'Haendel aussi (ce qu'ai déjà fait) et si Julien Clerc vient à Montréal, j'irai le voir.

Aller au Musée des beaux-Arts voir une exposition, c'est pas actif ça ?

 *

J'aurais aimé voyager. Voir Paris, Londres, Rome, Istanbul, les pyramides en Égypte, Rio, le Japon, la muraille de Chine. mais pour voyager, faut des sous. Et même si j'en avais, aujourd'hui, j'ai bien peur que tout cela serait impossible.

Reste les docus à la télé. mais c'est pas comme être là.

Une amie m'a prêté sa série de Time-Life sur la peinture. Je suis tombé en amour avec Modigliani et Franz Hals. 

Copernique m'a dit qu'il faut voir au moins un Pollock dans sa vie, ne serait-ce que pour s'y perdre car, paraît-il, ses toiles sont immenses.

J'ai passé proche, une fois. À New York. Le plus loin que je me suis rendu de ma ville natale de Saint-Hyacinthe. mais c'était avec mes parents et les musées, pour eux... Quand même : j'aurai vu la statue de la Liberté, le Rockefeller Center, l'Empire State Building et de loin, les deux tours du World Trade avant qu'elles disparaissent..

Je serai en vacances la semaine prochaine. je pense que je vais aller voir le Jardin botanique. Et, à pieds, je vais «faire» le Plateau d'un bout à l'autre. Paraît que...

George

*

Série précédente

Retour au Castor™ - Édition courante


Autres sites à consulter :

Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro