Les billets de Madame George Gauvin

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No. 031 à 040

(Du 7 décembre 2015 au 5 septembre 2016)

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040 - 2016-09-05

Un temps pour chaque chose, une chose pour chaque temps

Chagall, Sherby Foote, The Art of Writing, j'ai-t-y l'temps d'penser à ça, moi ? - Ma vie tourne autour du déjeuner du p'tit, du chum qui a égaré sa cravate, de la boîte en cartron, remplise de vaiselles qu'il faut que j'aille livrer chez les bonn'femmes qui s'occupent des femmes battues.

La poésie, chez moi, ça ressemble à une planche et un fer à repasser, à un four à micro-ondes qu'il faut que je nettoie et à la douche pour laquelle je dois acheter le produit-miracle qui en enlève quelque chose qui fera qu'elle fonctionnera mieux. Plus les taches de rouille qui commencent à se répandre dans le lavabo de la cuisine. Et y'a eu récemment les problèmes avec le système d'alarme, l'arbre à abattre parce qu'il était mort, les trous qu'on a creusés qui m'empêchent de stationner à moins de deux kilomètres de chez moi. Et les grandes tantes et les mères de mes amies qui meurent à droite et à gauche.

Vers dix heures, le soir, de temps à autre, quand mon chum s'est endormi devant la télé et que je ne suis pas encore tombée de fatigue, il arrive que je pense à autres choses. À Copernique, par exemple. Vous n'avez aucune idée à quel point ce bonhomme-là est beau, mais avant que je lui dise...

Y'a Paul aussi, qui m'a prêté un exemplaire de Wuthering Heights. Douze lignes et je me suis arrêtée. M'a allé chercher le film avec Laurence Oliver à la bibliothèque. Doivent avoir ça.

Quinze minutes, par soir, à tous les soirs ? Je ne peux pas me payer ça ces temp-ci.

Paul, Paul, Paul... M'a quasiment tué avec son The Third Man. Celui-là, je l'ai regardé jusqu'à la fin. J'en ai rêvé pendant trois jours. j'en rêve encore. La vie est-elle si triste ? - Non, parce qu'il m'a également passé Some Like It Hot et deux, trois Laurel and Hardy dont je me souviens d'une scène, d'une image, d'un geste : Oliver Hardy, en costume de chef de fanfare (ou quelque chose d'équivalent, avec un chapeau orné des plumes), le seul qui lui reste, un oeil au beurre noir que lui a donné. sa femme qui vient de le quitter, assis dans un fauteuil qui a été épargné des flammes (parce que sa maison, sans toit, a passé au feu)...

George

***

039 - 2016-08-01

Simon, à force de te plaindre, tu m'as transformée :

Je ne sais pas si ça se passe comme ça là où vous travaillez, mais à ma shop, ceux qui travaillent - pardon : ceux qui ont à effectuer le travail - n'ont rien à dire sur la façon dont il doit être effectué ; pas question de choisir les outils, ni la séquence, ni la méthode : tout est décidé par un chef de service - le boss - qui décide par qui, quand, où, comment et dans quel ordre. Naturellement, s'il y a des retards, des erreurs, des oublis, c'est parce que le petit personnel n'a pas suivi ses directives à la lettre.

Je ne sais pas si ça se passe comme ça où vous vous déplacez, mais dans le trajet qui m'amène de la maison au travail - et ice versa - tous les banlieusards - dont je fais partie - n'ont rien à dire sur les heures, les endroits et la manière dont les travaux routiers doivent être effectués : tout est décidé par un chef de service qui trouve tout à fait raisonnable de déplacer de lourds camions, des grues ou des excavatrices entre sept heures et neuf heures du matin et de quatre heures à six heures du soir.

Je ne sais pas si ça se passe comme ça chez votre boucher, votre pâtissier, votre boulanger (la chose s'est même répandue dans les offices gouvernementaux et dans les hôpitaux), mais qui que vous soyez, quelle que soit l'heure où vous arrivez, qu'il y ait dix personne ou aucune, il faut prendre un numéro et attendre. - Remarquez qu'entre ça et l'aéroport où je suis toujours dans la file derrière la dame à qui il manque invariablement un document...

Je ne sais pas si ça se passe comme ça là où vous allez acheter votre café avant de rentrer à votre bureau, mais chez ***, pas question de commander ce que vous voulez sans utiliser leur vocabulaire duquel sont exclus des mots comme petit, grand ou moyen auxquels on a substitué metzo, grande, venti® et même trenta. - Au fait : comment ont-ils pu enregistrer le mot venti qui est tout simplement vingt en italien, tout en oubliant trenta (trente) ? - On peut toujours les faire scier en commandant un "Frappucino® light venti, moitié décaféiné, barista, sans sucre, mais avec cinnamon dolce et un soupçon de Splenda®". En français, dans le West-Island, de préférence. Et quand on vous demandera votre nom, dites : "Aucun". Et n'oubliez pas de payer avec de la petite monnaie.


(Source : laughingsquid.com)

Je ne sais pas si ça se passe comme ça là où vous achetez vos vêtements, vos bas, vos souliers, vos gants et chapeaux, mais sans être bossue ni difforme, on n'y a jamais ma grandeur.

George

***

038 - 2016-07-04

Fin de semaine de folles

Note de l'éditeur :

Au Canada, une "fin de semaine" est constituée d'un samedi et d'un vendredi, ce que, en français moderne on appelle un "week-end". - À ces "fins de semaine" peuvent s'ajouter les vendredis précédents ou les lundis suivants, selon les jours fériés. - Ce fut le cas de la "fin de semaine" du vendredi 24 au dimanche 26 (à laquelle Madame Gauvin fait référence dans sa chronique), le vendredi 24 ayant été le jour de la Saint-Jean, fête nationale des Québécois. - Son titre ayant, dans ces conditions, eut pu se lire "Week-end de folles" compte tenu du fait que l'expression habituelle des Québécois se dit, toujours en rapport avec certains "week-ends", qu'ils ou quelles ont été des "fins de semaines de fous". - Mais nous n'avons pas corrigé.

Je ne sais pas ce qui m'a pris. Bon, okay, Eric, c'était impossible que je le vois parce que son père l'amenait à la pêche et puis je n'avais rien prévu d'autre. Çafaque j'ai dit oui. Quatre copines dont deux avec lesquelles je travaille et deux autres "avec qui je m'entendrais", ça faisait cinq ; cinq dans un chalet, près de Montebello, pour une fin de semaine "entre filles".

Trois jeunes filles, dans le chalet d'à côté, ont contribué, avec leurs jeunes corps, au fait que je n'ai pas enfilé mon maillot et que je me suis contentée de lire, à l'ombre dans un des Adirondack qui s'y trouvaient.

Quant à mes compagnes de trois jours, jamais j'aurai cru qu'on puisse boire autant.

À certains moments, j'ai pensé être dans une taverne russe du temps des tsars.

Et ne me demandez pas de parler de ceux (celles) qui se croient tout permis parce qu'on est "entre filles". - Y compris des descriptions de baise à faire frémir des soldats.

Je ne suis ni sainte Nitouche, ni Marie Chantal, mais quand la vulgarité est passée, je n'étais pas là.

La prochaine fois, ce sera non.

George

***

037 - 2016-06-06

Non !

Je me souvenu récemment du non affirmatif d'Éric qui - était-ce à quatre ou cinq ans ? - a commencé à savoir qu'il était lui et non pas une extension de sa mère. Je m'en suis souvenu parce que je me suis aperçu en m'écoutant parler que je disais de plus en plus oui à tout le monde, sauf à une question que, curieusement, on ne me posait plus depuis quelques années...

Oui à ma voisine qui me demande régulièrement de m'occuper de son courrier parce qu'elle sera absente... quelques jours.

Oui à mon amie qui me demande tout aussi régulièrement de garder son enfant pour... quelques jours.

Oui à mon boss qui tient souvent à ce que je change mon horaire du vendredi.

Oui à ma mère qui tient à ce je m'occupe de ses plantes.

Oui à mon chum pour ses séances de golf les jours de congé.

Oui à ma tante, mon oncle, mes collègues de travail, mon gynécologue, mon boucher, mon pharmacien...

C'en est venu au point où je me suis demandé si j'existais encore. J'avais l'impression d'être devenue une extension des autres.

Je m'en suis aperçu quand après avoir lu les chroniques du présent Castor™ , je me suis trouvée ignorante au point où je n'avais rien à dire. (Pour ceux qui ne le savent pas, tous les chroniqueurs de ce canard font parvenir, avant publication, leurs écrits à leurs homologues pour éviter les répétitions et... pour leurs commentaires.) - J'en ai parlé à Jeff qui m'a répondu par un large sourire qui m'a semblé, sur le coup, franchement condescendant, mais il s'est vite repris en me disant : «Pauvre toi ! Ne lis jamais ce qu'on t'envoie avant d'avoir écrit ta chronique ! Tu ne sauras jamais quoi écrire.» Et de là, il m'expliqua que, Simon, en particulier, pouvait rédiger jusqu'à dix textes avant d'en choisir un. «Peut-être pas en détails, mais au moins quelques lignes ou quelques phrases ou idées qui pourraient être des résumés.»

Paul me répéta la mêne chose, puis Copernique. «Souviens-toi, me dit ce dernier, ce que mon père t'as déjà dit : on ne te demande pas d'être Simon ou Monsieur Pérec, mais d'être toi

Alors, j'ai dit non. Qu'on se le dise : Messieurs, Madame Malhasti, Madame Darbon Van Maercke, je ne vous lirai plus. Et puis qu'on se le dise également : Messieurs, Mesdames, que vous soyez ma voisine, ma mère, mon boss ou mon chum, avant de vous dire oui, je vais, la prochaine fois que vous me demanderez un service, y penser.

À commencer par tout de suite.

***

Des sous, des sous...

Mon chum et moi ne sommes pas au seuil de la pauvreté ; alors expliquez-moi pourquoi nos fins de mois débutent vers le quinze ?

De la vie de banlieue

Qu'est-ce que c'est que ces «Mon gazon est plus vert - ma voiture est plus récente - ma piscine est plus grande - mon chat est plus beau...» qui font partie de la vie en banlieue ?

Des soeurs Brontë

Reçu de Copernique - Merci, Copernique ! - ce mot sur mes deux romancières favorites. Il est de Gabriel Rosetti : «Les Hauts de Hurle-Vent et de Jane Eyre se déroulent en enfer. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi tous les endroits qui y sont mentionnés ont des noms anglais.»

Des vacances

Si ce n'était pas des embouteillages et de la difficulté de se rendre au centre-ville de Montréal, je passerais mes vacances à la maison.

De quel côté du lit ?

Celui où tu ne me tournes pas le dos.

Et toc !

George

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036 - 2016-05-02

Histoires vraies

La première m'a été racontée par la mère d'une de mes amies qui, en voyage, en Irlande avec son mari, avait eu, un soir, à partager leur table avec un homme d'affaires de Ville d'Anjou (ce qui, déjà, en disait long), homme d'affaires qui faisait partie du groupe, parce que ils s'agissait d'un voyage organisé. - Après avoir parlé longuement de sa shop et de ses employés, il finit par dire qu'il était là parce que sa femme tenait absolument à voir Dublin car lui, ne trouvait rien d'extraordinaire dans ce peuple de buveurs de Guinness. "Qu'ont-ils donné au monde, ces gens qui n'ont pas de culture ?" finit-il par dire. - "Quelques écrivains." répondit-elle. - "Oui ? Lesquels ?" - De là, elle lui défila les noms de Jonathan Swift, Yeats, Beckett, George Bernard Shaw, Oscar Wilde, James Joyce... "Et au niveau comédiens, ajouta-elle, y'a bien sûr, Peter O'Toole, Liam Neeson, Pierce Brosnan, Richard Harris..." mais elle n'a pas eu à poursuivre : ce soir-là, y'a pas juste le potage qui fut servi froid.

La deuxième est plus savoureuse :

C'est l'histoire de deux jeunes amoureux, lui assistant-directeur d'un musée assez connu de Montréal, elle, temporairement secrétaire au même endroit, le temps qu'elle finisse ses études en bibliothéconomie. Les parents du jeune homme, lui avocat, elle rédactrice dans un magazine de mode, désireux de rencontrer ceux de la jeune fille, les invitèrent à un dîner, dans leur luxueuse maison d'Outremont. Tout allait très bien jusqu'à ce que la rédactrice de mode demanda au père de la jeune fille ce qu'il faisait dans la vie. "Je suis imitateur d'Elvis, répondit-il. D'ailleurs je pars justement en tournée jeudi prochain. J'en ai pour tout l'été." - Plus tard, l'avocat et la rédactrice dans un magazine de mode apprirent que cet imitateur avait également un fils, en informatique, au Massachusetts Institute of Technology.

Ces deux anecdotes me consolent d'être tombée, ici, moi, secrétaire, mère divorcée et habitant dans une petite maison de la Rive-Sud, dans un milieu d'intellectuels.

George

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035 - 2016-04-04

Bilingue

Je pensais, l'autre jour, à ceux et celles qui ne veulent pas mourir, vivre jusqu'à cent vingt ans, vivre éternellement et je disais que c'était de la pure folie; qu'il me restait une trentaine d'années, peut-être quarante, mais que j'allais devenir aussi laide que ma voisine qui doit bien avoir quatre-vingt ans et qui ne sort jamais de chez elle sans mettre du rouge à lèvres, sans s'être assurée que ses cheveux sont bien en place et qui surveille sa démarche pour ne pas ressembler à sa mère qui a eu et qui est morte dans, elle aussi, sa quatre-vingtième année.

Je revivais ma première communion, ma confirmation, le jour où on m'a remis une médaille pour avoir plongé de façon impeccable du haut d'un tremplin de dix mètres. Puis à mon premier amoureux qui, sans le savoir, m'a violée quand j'avais quinze ans.

Je pensais à ces soirées où j'ai dansé juqu'à trois heures du matin avec un dieu qui en profiatit pour passer sa main sur mes fesses, mes seins et qui aurait bien voulu que je passe le reste de la nuit (les dix minutes de son orgasme) avec lui.

Puis je pensais à patite soeur qui, à trente ans, n'a pas de chum, pas de job steady, pas d'argent et qui me trouve chanceuse d'avoir un fils.

Un fils, oui. Mais entre le petit que j'ai allaité, tenu dans mes bras et qui...

George

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034 - 2016-03-07

Janis Joplin

Mon chum n'est pas un intellectuel. Et si j'en suis une, "j'fais dure" comme dirait ma mère. Mais mon chum n'est pas, non plus, un "couch potato" (1) . Je le vois souvent, oui, devant la télé, à regarder, avec une certaine passion un match important (pour les "séries" ?) entre les je-ne-sais-plus-qui de je-ne-sais-plus-où contre les je-ne-m'en-souviens-encore-moins de c'est-pas-dans-les-environs sauf qu'il me semble plus heureux quand, au chalet de ses parents, il coupe du bois, sort les chaloupes de l'eau, marche jusqu'au village ou qu'il joue au badmington avec ses neveux.

En ville , à cause du merveilleux climat que nous avons, il a souvent l'air d'un lion en cage. Pas queston d'aller courir, de faire de la bicyclette ou tout simplement de marcher jusqu'au dépanneur, c'est risquer de se casser une jambe. Pour le lion en cage, faudrait quand même que je trouve une autre expression car je n'ai jamais vu un lion, surtout en cage ; oui, peut-être une fois, quand j'étais p'tite et que j'allais à la messe et que mon père était le bon dieu, quand, un jour, on m'a amenée dans un grand amphithéatre voir le cirque de je-ne-sais-plus-qui. Y'avait un bonhomme avec un drôle de costume et un grand chapeau  avec des centaines (cinq ou six) de bêtes fauves autour de lui, mais pas plus.- Si je suis déjà allé dans un zoo ? Non. - Paul m'a dit qu'il en avait visité plusieurs : à Londres, Paris, New York et peut-être même Granby (sauf qu'il ne s'en souvenait pas), mais définitivement pas à Saint-Félicien.

Jeff m'en a mentionné un autre où, qu'il m'a dit, les singes avaient bien amusé ses enfants mais détruits la peinture de son auto...

Paul ! j'ai vérifié et c'est vrai : il est capable, à son âge, d'entendre le bruit de deux doigts qui se frottent ensemble à un pied (2) de ses deux oreilles. Certainement pas le cas du punk que j'ai vu dans le métro l'autre jour, avec son i-pad, i-phone ou i-autre-chose dont je pouvais entendre ls "boum, boum, boum" du rap qu'il écoutait à au moins trois pieds (3) de distance.

Mes oreilles ? On dit qu'elles sont jolies.

Janis Joplin ? A bien fait de se laisser pouser les cheveux. Paraît qu'elle n'en avait pas d'aussi belles.

George

(1) "Télézard" !

(2) 30 centimètres.

(3) Un mètre.

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033 - 2016-02-01

   Ma grand-mère

C'était la veille du Jour de l'An, Je n'en ai pas parlé la dernière fois parce que c'était deux jours avant la tombée, mais j'aurais dû. - Je prenais une photo du "p'tit" ; de celui qui aura toujours, à mes yeux, quatre ans lorsqu'il s'est blessé un jour en imitant son père sautant une clôture, son père qui, à ce moment-là, essayait de séduire une voisine ; une photo de mon seul et unique, de mon fils à moi (et à l'autre, mais je ne pense plus à cet autre)   d'Éric ! d'Éric, qui a eu 14 ans le 4 décembre dernier.

Et c'est là que ma grand-mère m'a demandé : "Mais il est où le film ?"

Allô !

Je prenais sa photo, naturellement, avec mon teléphone.

Pas essayé de lui expliquer. Je lui ai dit simplement dit que c'éatit "nouveau".

Ma grand-mère !

Elle n'est tellement pas si vieille que j'ai même pensé - parce qu'elle est veuve - la présenter un jour, à Monsieur Popp. - Ben quoi : ils n'ont pas cinq ans de différence sauf que ma ma grand-mère vit sur une planète et Monsieur Popp sur une autre.

Monsieur Popp est de ceux qui aimeraient interdire les i-Whatever sur le campus. Va même jusqu'à dire que tous les anti-i-Whatever devraient porter un collier de gousses d'ail à leur cou avant d'entrer au Bar l'Abri. "Comme ça, dit-il, y'aurait pas de discussions inutiles entre ceux qui ne connaissent rien à l'informatique et les autres." (Voulait dire : entre les Mac-eux et les ceusses-qui-ont-compris.)

C'est le père de Copernique, le Professeur, qui m'a remis sur la bonne track, un jour, quand il m'a dit :

"George, vous devez vous souvenir de ce que vous pensiez des petites filles de dix ans quand vous en aviez vingt; et puis de celles de vingt ans, quand vous en avez eu trente. Alors pensez à ce que celles qui, aujourd'hui, en ont quarante et ce qu'elles peuvent penser de vous. Et pensez ce que vous penserez d'elles quand vous en aurez cinquante. - Ne vous imaginez surtout pas que tout cela va cesser. - J'en ai vous-savez-quoi. Pensez à ce que je pense de mes cadets de dix ans. - Sauf que ce n'est pas tout : passé un certain âge, la différence ne se mesure en années, mais en mois..."

Mais je ne vous ai pas parlé de mon arrière-grand-mère. Elle aura, sous peu, quatre-vingt-dix huit ans. "Faut l'inviter, qu'on s'dit. Ce sera son dernier Nouvel An." Sauf que ça fait dix-huit ans qu'on m'fait l'coup.

Simon, je vous déteste !

George

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Lire

J'ai une amie qui vient d'accoucher il n'y a pas longtemp. Superbe petite fille. Gigli-glidou et tout. Un enfant comme on en voudrait toutes. Sauf que :

Entre l'allaitement, les nuits sans sommeil, les visites chez le pédiatre, le baptême (sic), les gens qui veulent voir la merveille, la famille, les couches et tout le reste, elle a cessé de... lire.

Lire ! J'enviais sa faculté de pouvoir, auparavant, se taper deux romans, un essai et une étude sur les présocratiques dans la même semaine, moi qui ai toujours eu de la difficulté à passer à travers un magazine et un film basé sur un roman des soeurs Brontë durant la même période.

J'envie les Simon, les Copernique et même les Jeff qui peuvent lire les Mémoires de Saint-Simon en deux jours (j'exagère à peine). 'Sont pourtant pas plus différents, mon amie comprise, que le ne suis-je ?

Paraît que c'est quelque chose à voir avec une habitude. - Habitude mon c... - Je n'ai jamais eu UNE habitude. Même pas celle de me brosser les dents après chaque repas. - Et ça se cultiverait !

Une consolation : je me suis laissé dire que lire régulièrement est une de ces habitudes qui se perd le plus facilement. Suffirait de ne pas lire un mois ou deux et tadam : il faut recommencer à zéro. Là où j'en suis.

Mon dernier roman ? "Les vaisseaux du coeur" de Benoîte Groult. Pis, j'ai regardé mon chum.

Dire qu'y a des hommes qui parlent de la "Condition féminine" ! Si j'avais le temps, j'écrirais un livre sur "Comment entretenir son pénis." - Ben quoi ? J'ai vécu des années à me faire dire par des célibataires en soutanes comment je devais gérer ma sexualité...

George

***

032 - 2016-01-04

Un chausson aux pommes avec ça ?

"À quelle galère ?", "Dans quelle galère ?", "Sous quelle galère ?", je me suis embarquée quand j'ai dit "oui" à la proposition qu'on m'a faite pour venir, ici, vous écrire une chronique une fois par mois. La preuve est que je ne sais même pas d'où provient cette ou ces expression(s) et encore moins ce qu'est qu'une "galère". (1)

Quand je suis logique, on me reproche de ne pas être une femme (sic).

Quand je suis une femme, on me reproche d'être logique.

"Les femmes de ton âge ne pensent pas comme ça" me dit-on souvent. - "Comme ça" ou à "À ça" ?

Vous êtes chanceux, chers lecteurs et chères lectrices : vous n'avez qu'à lire, être d'accord ou pas et puis passer à autre chose. Moi, je me demande si je devrais écrire ce que je pense, après y avoir réfléchi, ou réfléchir après avoir écrit ce que j'ai pensé.

Figurez-vous que, dans la même demi-heure, j'ai pensé et réfléchi à la même chose le vendredi 25 décembre dernier en préparant ma mousse de saumon que je devais amener le soir même chez ma belle-soeur qui avait organisé une sorte de souper-réveillon où tous les invités devaient participer à la bouffe.

Vous savez ce à quoi j'ai pensé ? Qu'invitée quelque part, je ne comprenais pas pourquoi j'avais moi, à faire quelque chose comme si c'était moi qui avais lancé l'invitation ; qu'on m'avait imposé un plat, parce qu'il était bon, toujours réussi, etc., alors que j'aurais aimé en préparer un autre ; qu'heureusement, comme ça m'est arrivé l'an passé, on ne m'avait pas confié l'achat des fromages parce que je n'en avais vraiment pas les moyens ; que si, le soir même, on allait ignorer ma mousse parce que la quiche d'une autre belle-soeur allait être meilleure ; qu'on allait pas me retourner mon contenant, le seul que je possédais capable de contenir ma mousse ; qu'un beau-frère allait dire que mon apport était meilleure que tout le reste en me faisant détester de tous ceux et celles qui avaient préparé un autre plat ; etc., etc.

Et on aurait voulu, avec ma robe à choisir, mon maquillage à faire ou ne pas faire, avec mes cheveux que je n'avais pas eu le temps de faire couper, avec mon fils qui allait s'embêter, mon chum qu'il faudrait que je surveille, les présents qui allaient être aimés ou non, les conversations que j'aurais à tenir, les oncles qu'il me faudrait fuir, les tantes qui allaient me reprocher de ne pas les avoir appelées, la belle-mère qui me poserait toutes sortes de questions sur ma vie privée...

Là-dessus, je me suis demandé pourquoi une amie, athée, avait récemment fait baptiser sa fille.

Messieurs, dames, ainsi se conclut ma plaidoirie.

George

(1) Galère : "Bâtiment de guerre ou de commerce à rames et à voiles en usage de l'Antiquité au XVIIIe s." ou (littéraire) : "Lieu dans lequel on mène une vie très dure.", Madame Gauvin faisant sans doute allusion à "Que diable allait-il faire dans cette galère ?" du regretté Molière qui, dans Les Fourberies de Scapin, fait dire à Géronte, en la scène VII de l'acte II, à propos de son fils, Léandre, supposément enlevé par des galériens turques. (Note de l'éditeur)

***

031 - 2015-12-07

Salut !

Suis, avec mon chum et mon fils à l'hôtel Sol Cayo Coco, en le Jardines del Rey de Ciego de Avila, à Cuba.

Grâce à un généreux don d'un chroniqueur du Castor™.

Mon chum ne sait pas pourquoi, mais moi, oui . Et ça n'a rien à voir avec ce que vous pouvez vous imaginer.

George

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