Copernique Marshall's Essays

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No. 101 to 110

(May 7, 2018 to March 4, 2019)

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110-2019-03-04

Traduttore, traditore...

Sur la traduction d'un passage de Tacite

«Le traducteur est un traite ?». 

Peut-être, mais sans doute pire :

Un rappel d'abord :
(Extrait de l'intro à mes commentaires sur le «Mrs. Dalloway» de Virginia Wolf le mois dernier) :

«Je voulais, ce mois-ci, parler de Suétone et de Tacite, deux auteurs que Simon m'a suggérés il y a plusieurs mois et que je n'ai commencé à lire il y a quelques semaines, mais, quand j'ai lu mes notes, j'ai réalisé que j'étais en train d'écrire un long essai sur ces deux historiens [...], chose qui ne convient pas aux comptes-rendus généralement publiés dans le Castor™. - Le temps de résumer tout cela, de mettre, comme dit Simon, de l'ordre dans mes idées, et je vous reviendrai sous peu...»

Voir à ce propos la section Lectures de ce numéro.

Ce qui suit se rapporte uniquement aux textes dans lesquels j'ai lu ces auteurs.

*

Simon m'ayant prêté ses éditions éditions bilingues (latin-français) [des livres des deux auteurs mentionnés ci-dessus] et ne connaissant pas le latin comme lui, j'ai lu notamment Tacite, un bout en français, un bout en anglais (parfois les deux à partir de textes récupérés ici et là) en me référant quand même régulièrement, mais avec beaucoup de difficultés, au texte latin. 

C'est en des moments où je ne comprenais pas au juste ce que le ou les traducteurs voulaient dire. En voici un exemple :

«Il y avait dans le camp un certain Percennius, autrefois chef de claque, depuis simple soldat, parleur audacieux, et instruit, parmi les cabales des histrions à former des intrigues.»

Pour le mot «histrion», j'ai dû consulter un dictionnaire : «Acteur antique qui jouait des farces grossières, avec acompagnement de flûte», plus précisément, en France : «Cabotin, charlatan ridicule» (Larousse) ; mais c'est surtout l'expression de «chef de claque» qui m'a frappé. Cette traduction datant de 1833 (J. - L. Burnouf, un traducteur souvent cité par ceux qui l'ont suivi), j'ai trouvé curieux qu'on l'utilisât déjà à cette époque sauf que je l'ai retrouvée dans le Littré de 1863... - Va pour les mots, mais comme elle était boiteuse, cette phrase, et que je n'en comprenais pas trop le sens, j'ai fouillé plus loin. 

Voyons d'abord le passsage qui suit dans sa langue d'origine et dans diverses traductions :

En latin :

Erat in castris Percennius quidam, dux olim theatralium operarum, dein gragarius miles, procax lingua et miscere coetus histroionali studio doctus.

   En voici une traduction mot-à-mot (Merci Simon !) :

Il y avait (Erat) dans le camp (in castris) un certain (quidam) Percennius, chef (dux) autrefois ou jadis (olim) d'ouvriers ou personnes [reliés au] théâtre (theatralium), insolent parleur (procax lingua) [i.e. : à la langue insolente] et ayant appris - ou : étant versé [dans] - (studio doctus) à mêler [ou confondre] (miscere) des groupes ou regroupements (coetus) d'acteurs ou de comédiens (histroionali).

  Et quelques savantes traductions :

    Dureau de Lamalle, 1840 : 

Il y avait dans le camp un certain Percennius, autrefois directeur de théâtre, depuis simple soldat, discoureur effronté, que toutes ses habitudes d'histrions avaient formé à l'intrigue.

   Alfred John Church and William Jackson Brodribb, 1869 :

In the camp was one Percennius, who had once been a leader of one of the theatrical factions, then became a common soldier, had a saucy tongue, and had learnt from his applause of actors how to stir up a crowd.

   Henri Goelzer (Éditions Belles Lettres), 1958 :

Il y avait au camp un certain Percennius, naguère chef de claque, puis simple soldat, effronté parleur et instruit par les rivalités entre histrions à formenter des cabales. 

    Catherine Salles (Robert Laffont), 2014 :

Il y avait au camp un certain Percennius, naguère chef de claque, puis simple soldat, effronté parleur et instruit par les rivalités entre histrions à formenter des cabales. (Une copie exacte de la précédente.)

Commentaires 

À propos du latin et de la langue de Tacite :

Simon m'avait averti - et je l'ai lu dans les différentes introductions aux livres qu'il m'a prêtés - que les règles dans la langue latine sont largement du domaine de la fiction ; que cela a toujours été su de ceux qui l'ont parlé ou écrit jusqu'au XVIIIe et même XIXe siècle c'est-à-dire jusqu'à ce que le latin commence à ne plus être considéré comme l'unique langue pour échanger des informations spécialisées (science, philosophie, etc.) entre ceux ne parlant pas la même langue. - Ne pas oublier que le latin est toujours la langue officielle au Vatican...

(C'est une chose que les Allemands ont admis au XIXe lorsqu'ils tentèrent, les premiers, d'écrire une grammaire latine définitive !)

Et il m'avait également averti que le latin de Tacite était particulièrement difficile à cause de son vocabulaire très étendu et sa manie (sic) d'utiliser des mots rares ou anciens qu'il combinait de façons spéciales par souci d'esthétisme.

À propos des traducteurs, maintenant :

Un aveu de ma part : sans être vraiment convaincu que les traducteurs sont des traites, j'ai cru comprendre, en lisant de plus en plus leurs traductions, qu'ils avaient tendance à se considérer comme faisait partie d'une classe à part, plus éduquée que le reste de nous, les simples mortels, qui ne connaissons plus ou moins correctement qu'une seule langue ; et que, de plus, ils se protégeaient entre eux. - Pour le dire sans ménagement, j'ai tout de suite compris que les licences qu'ils se permettaient non pas de traduire le plus fidèlement possible ce qu'ils lisaient, mais qu'ils utilisaient ce qu'ils connaissaient d'une seconde langue pour donner leur opinion sur ce qu'ils pensaient que l'auteur voulaient parfois dire ou - faute grave - pour exprimer leurs propes idées. Pas tous, mais beaucoup plus que l'on pourrait soupçonner,

Une exception : ceux que Madame Malhasti dit ne pas être des traducteurs, mais tradaptateurs ; dont la conviction profonde est qu'on ne peut rien traduire, juste expliquer ou faire comprendre ce qu'un auteur a probablement voulu dire en sugérant toujours de s'en référer au texte originel.

Relisez les traductions précitées en ayant sous les yeux ou toujours en tête la traduction mots-à-mots de Simon. Et dites-moi qui a le mieux «adapté» la pensée de Tacite.

Copernique

*

One does not wallpaper a gold mine
(On ne pose pas de papier-peint sur les murs d'une mine d'or)

Je me suis tapé la semaine dernière - littéralement tapé - un voyage-éclair (deux jours), aller-retour entre Montréal (Napierville) et Wichita (Kansas) - Via Chicago à l'aller et via Chicago et Toronto au retour.

C'est Daninos (1913-2005), je crois, celui des Carnets du Major Thomson, qui citant une dame «de la haute» qui lui avait dit que les conditions dans lesquelles on circulait dans le Métro  étaient «épouvantables», s'est posé la question suivantet : «Mais quel mot aurait-elle utilisé pour parler du transport de ceux qu'on destinait aux camps de la mort du temps des nazis ?»

Et c'est Ruskin (1819-1900), je crois, qui disait que les architectes à l'origine des gares [de chemin de fer] auraient dû utiliser leur talent à planifier, pour ceux qui y passent, la sortie la plus rapide possible plutôt que de les décorer avec des colonnes aux motifs que personne ne regarde. - «Qui,  écrivait-il, consentirait à payer supplément pour voir, à son départ ou à son arrivée, un décor lui rappelant des plafonds d'un palais antique ? Et pourtant... » (Je cite de mémoire) - Il disait en outre qu'il fallait être vraiment pressé pour emprunter des rails qui se soucient peu des paysages, généralement derrière des banques et des usines...

On frissonne à l'idée de ce que les deux écriraient aujourd'hui sur nos aéroports démesurés où tout le monde court pour faire la queue, recourt pour refaire  une autre queue - parfois trois fois -  afin de rejoindre un inconfortable fauteuil où, après un décolage la plupart du temps en retard, on lui suggérera de s'y attacher et de ne pas bouger pendant une heure, deux, trois, souvent plus, jusqu'à ce qu'il puisse se relever et repartir à courir et faire d'autres queues. (*)

(*) Voir, pour John Ruskin, les détails et le texte (original et traduction française) d'où sont tirées les citations ci-dessus en la page ci-jointe. (Note de l'éditeur)

C'est vrai, et je crois que personne ne me contradira là-dessus, que voyager en avion est devenu une véritable corvée, surtout depuis les mesures de «sécurité» qu'on a implantées depuis le 11 septembre 2001.

«Sécurité» mon oeil ! 

  • «Est-ce vous qui avez fait votre valise ?» - Non, c'est mon beau-frère Mohamed...

  • «Déchaussez-vous, s'il vous plaît !» - Je regrette, mais je voyage pieds nus

  • «Non : pas de couteau à bord. On vous en remettra un avec votre repas.»

J'y reviendrai.

Copernique

***

109-2019-02-04

En attendant Godot

Heureusement je n'ai pas eu à me rendre aux USA au cours des dernières semaines, particulièrement au cours de la récente «Fermeture du Gouvernement américain» durant lesquelles, les Fêtes et la météo aidant, les files d'attente ressemblaient dans les aéroports - ce sont des collègues qui me l'ont rapporté - à celles des branchés qui ont voulu jusqu'à tout récemment se procurer le dernier iPhone lors d'un Black Friday. (*)

(*) Qu'est-ce que vous dites de ça, Monsieur Popp : une phrase qui contient des références à huit - d'aucuns diront neuf - sujets qui pourraient susciter des altercations dans des endroits où l'on consomme, parfois en quantités abondantes, des boissons fermentées (et même distillées) : les USA, la fermeture de son Gouvernement, les Fêtes, la météo, les files d'attente, les iPhones, les branchés (qui veulent s'en procurer un) et les ventes lors des Black Fridays. - Dix et même onze si j'ajoute mes collègues et les aéroports.

Réponse de Monsieur Popp : «Merci, Copernique, vous venez d'écrire là une phrase qui illustre très bien ce que je disais à propos de porter une attention particulière à non seulement la signification d'une suite de mots, mais la lecture de chacun, chaque signes de ponctuation, etc.»

Aux USA ? - Pas besoin d'avoir eu à m'y rendre : dans un rayon de moins de 70 kilomètres,  j'ai eu à passer cinq heures (5 HEURES !) dans mon auto le mercredi 23 du mois dernier (au moment où vous lirez ceci). - Pourquoi, ce jour-là ? - Parce que, optimiste comme je suis, je me suis fié à la météo prévoyait 5 cms de neige alors qu'il en ait tombé 25 entre mon départ et mon arrivé et 15 là où je suis allé.

Avec des heures de conférences sur divers sujets - sur clé USB lisible via la radio de mon auto - , je n'ai pas eu à m'ennuyer sauf qu'on s'inquiète toujours dans ces moments-là. de ce qui se passe à la maison. En ces jours où les pannes électriques sont non seulement régulières mais multiples et nombreuses.

Me suis-je inquiété ? Pas du tout. 

Voici, à cet égard, une chronique de Monsieur Pérec datant de quelques jours après la tempête de verglas dont on commérera le vingtième anniversaire le 11 du mois courant :

*

Note : cette tempête, pour ceux qui ont la mémoire courte a causé des pannes électriques dans presque toute la grande région de Napierville et, pour certains, des pannes qui ont duré plusieurs jours.

     LE PROFESSEUR ET LES PANNES D'ÉLECTRICITÉ
    
(Texte de : Herméningilde Pérec, son secrétaire temporaire permanent)

Hier midi : panne d'électricité au Bar *** sur la rue St-Denis, en face du Théâtre qui porte le même nom.

Grâce à l'intervention du Professeur, le courant fut vite rétabli mais l'objet de la conversation était fixé.

- Dites-moi, Professeur, ça ne vous inquiète pas ces pannes comme celle que nous avons connue il y a quelques jours ? lui demandai-je.

- Pas du tout.

- Vous vous êtes "équipé" ?

- Je me suis, comme vous dites "
équipé", mais depuis longtemps.

- Comment ?

- D'abord avec un foyer à chaque étage et du bois à longue durée de la Vatfair-Fair Century Old Wood Manufacturing Co. - Pour la chaleur. - Le même bois dont on se sert pour fabriquer des meubles centenaires.

- Mais pour la nourriture ?

- Je me sers d'un fourneau à pédales de mon invention, un fourneau qui combine à la fois exercice et nourriture.

- Et l'éclairage ?

- C'est ce qu'il y a de plus facile. Tenez.

Il sortit de sa poche une petite lampe de poche de la grosseur d'un crayon.

Alidor Peg Donato qui se trouvait à nos côtés pouffa de rire.

- Vous voulez nous faire [ac]croire que vous vous êtes éclairés avec ce machin ? demanda-t-il.

- Parfaitement, lui répondit le Professeur. Même que si vous adoptiez ce système, vous pourriez couper vos factures d'Hydro de moitié.

- Vous voulez rire ?

- Pas du tout. C'est à partir d'une invention de mon grand-père, aujourd'hui propriété de la Vatfair-Fair Wind, Hydro and Water Power Company, que j'ai solutionné le problème de l'éclairage lors des pannes électriques et la solution, vous l'avez devant vous.

- Mais ça fonctionne comment ?

- Longue histoire ! - Il faut remonter pour cela à 1901, alors que mon grand-père, le Grand Marshall était au pays de Galle pour se procurer des branches de saule carbonisées pour ses oeuvres au fusain.  Ayant noté les problèmes d'éclairage dans les mines locales, il suggéra à l'un de leur propriétaire d'utiliser un système de miroirs qui, placés à angles divers, pourrait suffire à éclairer toutes les galeries de sa charbonesque exploitation. - Simple en soi, le système consistait à installer tout d'abord un grand miroir au dessus du puits principal et de diriger les rayons du soleil perpendiculairement dans ce puits; puis, au niveau de chaque
galerie, d'autres miroirs qui reflétaient cette naturelle clarté jusqu'au plus profond de la mine : une idée aussi importante que l'invention de la cane formée, comme on le sait d'un parapluie débarrassée de sa toile et de ses baleines et rabattu vers le sol. - On y voyait comme en plein jour.

- Et ça marche toujours ?

- Non, hélas. Depuis la venue du Wales Miror Polishing Union, les coûts sont devenus exorbitants.

- Oui mais chez nous, dans nos maisons ?

- Voilà où ma transformation entre en jeu : j'ai installé dans chaque pièce de ma demeure des boules de miroirs comme il y en avait autrefois dans les bals populaires. - Vous devez vous souvenir de celui du Rosario Ballroom de Saint-jean. - De n'importe quelle pièce, ce petit faisceau lumineux, grâce au mouvement rotatif de chaque boule, suffit à éclairer toute la maison.

- Les miroirs sont grossissants ?

- On ne peut rien vous cacher.

Nous commandâmes d'autres Perrier et un long moment se déroula pendant que nous examinions, Alidor, la poétesse Fawzi Malhasti et votre serviteur, le stylo.

Le silence fut brisé‚ par Alidor, l'incrédule :

- Dites donc, Professeur, pour que votre truc fonctionne, il faut que les boules tournent continuellement.

- C'est exact.

- Vous les faites tourner comment, sans électricité ?

- J'ai un génératrice.

Fin de la citation.

J'ai une génératrice.

Copernique

*

108-2019-01-07

Sarcasmes et moqueries 

J'écris ceci (en ou à ou aucours de ?) la veille de la veille du Jour de l'An (somehow «The eve of New Year's eve» sounds better...) entre une supposée fête dont la date pourrait tout aussi bien être le dix juillet ou le quatorze septembre mais qu'on a voulu être plus près, mais pas tout à fait de la date d'une fête païenne, et une autre tout aussi aléatoire qui stipule qu'elle coïnciderait avec la date du mouvement de la terre autour du soleil et que l'on dit être le premier jour d'une année qui ne serait pas de 365 jours mais de 365 jours et quart, chaque jour variant entre 23h 59 min 30 s et 24h 0 min 30s... (*) 

(*) Je laisse à Jeff le plaisir de nous expliquer ces choses-là.

Je l'écris ayant en tête les frictions auxquelles j'ai assisté la veille et le jour de Noël et auxquelles j'aurai à assister demain et après-demain lors des festivités de  la  veille du du Jour de l'An, du jour lui-même et celle du repas du lendemain.

J'ai dit «frictions» et non pas «altercations», «disputes», «bisbilles, de «désaccords» ou «légendaires bagarres» entre beaux-frères, les poings en l'air, qui, enivrés, avaient peine à se voir dans le jardin à l'arrière de la maison où l'on célébrait on-ne-se-souvient-plus-quoi. Ces frictions sont plutôt du domaine de remarques désobligeantes, de commentaires déplaisants, d'observations visant à blesser la personne à laquelle ils ou elles sont adressé(e)s. D'un homme à son épouse, d'une femme à sa belle-soeur, d'un frère aîné à son frère cadet.

Raisons de ces frictions ? Ils sont multiples. Jalousie ? Oui. Transfert de sa culpabilité à quelqu'un d'autre ? Également. Nervosité ? Pression du moment ? Oui et plus encore :

Parfois, on sent le reproche retenu depuis longtemps ou le rappel d'une erreur commise des semaines auparavant. - Les vins, breuvages fermentés et distilliés contribuent souvent à leurs soudaines apparitions. - En d'autres mots, toutes les marques d'une perte de contôle sur les événements, aussi inimportants que la sauce ratée ou le verre renversé sur la nappe ou le désastreux oubli des serviettes de table.

Ça va du «T'aurais dû y penser» à «On sait ben, c'est ma famille», «Occupe-toi donc des enfants au lieu de dire des bêtises», «C'est pas ça que je t'ai dit» à des choses plus personnelles : «T'as assez bu», «Qu'est-ce que tu as à te pencher comme ça avec ton décolleté ?», «Si t'as fait ce que tu as pu, t'as pas fait grand chose.» 

(Excusez-moi si je n'en ai pas de plus précises, mais quand ça se passe, surtout entre des gens que je connais très bien, j'ai beaucopupo de difficultés à prendre des notes.)

Y'a des froids - disons des courants d'air, qui pourraient être évités

 .

Simon a raison : dans la vie, faut apprendre à se taire. Ne serait-ce que pour ne pas énerver les plus sensibles parmi nous.

Avant que j'oublie :

Cléo, Albert, Marie, Léon, Mycroft, je vous aime tous.

Copernique

*

107-2018-12-03

Don't worry, everything is fine 

J'ai déjà écrit, ici, si je m'en souveins bien, que nous avions peu de livres à la maison. Que quelques livres de cuisine, deux ou trois sur le système d'exploitation Windows 10 et d'autres choses comme "Comment planter des choux", "Réparer une toiture qui coule" ou "L'art d'entretenir des plantes intérieures". J'ai menti.

Il aurait fallu que j'ajoutasse à cette courte liste les livres que nous empruntons régulièrement de la biblothèque, les livres scolaires des enfants, quelques livres décoratifs et un pan de mur (deux en fait) de livres que tous bons semi-intellectuels devaient posséder : l'oeuvre complète de Victor Hugo, les pièces de Shakespeare (et ses sonnets), les poèmes de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud, ceux de Lord Byron et de Woodsworth, une Bible et une bonne centaine de volumes dédicacés à mon père, son père et mon grand-père dont une copie des Chauve-Souris de Montesquiou (deuxième édition, celle reliée en soie brochée dessinée par Whistler). Et j'en passe, dont des volumes qui n'ont pas été ouverts depuis des années : La petite Fadette de Georges Sand, The Complete Works of so and so et The History of Mankind par je-ne-me-souviens-plus-qui (en douze volumes reliés cuir), par les Frères Marx, j'espère.

J'ai même un livre auquel il suffirait d'ajouter des pattes pour qu'il devienne une table à café. Un de ces monstres du début du siècle dernier.

Et j'allais oublier les trois ou quatre encyclopédies d'un autre âge et la correspondance de Voltaire.

C'est que, plus ou moins à la vue, plus ou moins jamais consultés, ces livres ont fini par faire partie du décor au point où on ne les voit plus toyut comme one ne regarde plus la tapisserie au-dessus du divan dans le salon où l'on ne va jamais, réservé peut-être pour la visite du pape, la famille se réunissant que dans la salle à manger ou la salle dite "de jeux" où se trouvent d'autres livres, mais qui ne comptent pas.

Je vous dis tout ça aujourd'hui non pas pour faire l'étalage de notre "kultur", mais pour vous faire comprendre que j'ai beau me forcer les méninges, je n'arrive pas à me concentrer depuis quelques jours où j'ai mal à des endroits - à des muscles ou des tendons - que je ne savais pas que j'avais. La raison de cet état est qu'à cause d'une fuite au niveau de la toiture (voir le premier paragraphe), il a fallu déplacer tous les meubles - ou à peu près tous - de la maison et que, même à l'âge peu respectable où j'en suis, je réalise que je n'ai plus vingt ans.

Ne vous en faite quand même pas, "La cusine raisonnée des Soeurs Grises" n'a pas été touchée et j'ai quand même eu le temps de lire un volume satirique en provenance de la Russie du régime stalinien.

Voir à "Notes de lecture".

Et comme le souligne Georges, y'a les Fêtes qui s'en viennent.

Copernique

***

106-2018-11-05

Sordidus trinus 

 (Un sale voyage)

J'ai dû me taper il y a une semaine - je ne m'en suis pas encore remis - un voyage comme on est supposé ne plus en faire aujourd'hui depuis la venue du NET et des appels conférences cum images télédiffusées :

Jour 1 - Dimanche : Napierville-New York en auto. Destination : aéroport La Guardia parce que, au retour... - Vous allez comprendre tout-à-l'heure - New-York-Dallas, Dallas-Phoenix, en avion. - Phoenix-Tucson, en auto. Pour :

Jour 2 - Lundi - Conférence à Tucson qui devait être suivie d'un colloque, le mercredi.

Jour 3 - Mardi - Appel d'urgence. - Tucson-Phoenix, en auto. Suivi de Phoenix-San Francisco pour une recontre au Holiday Inn près du Quartier chinois (taxi et re-taxi vers l'aéroport). Suivi de San-Francisco-Phoenix, en avion et Phoenix-Tucson, en auto.

Jour 4 - Mercredi - Colloque (le matin) à Tucson suivi, l'après-midi, du trajet Tucson-Tombstone et Tombstone-Tucson, en auto, avec un collègue qui voulait absoument que je l'accompagne pour sa première visite à... Tombstone.

Jour 5 - Jeudi - Tuscon-Phoenix en auto puis Phoenix-Dallas et Dallas-New York en avion pour le meeting du lendemain. Taxi centre-ville.

Jour 6 - Vendredi - Matin, meeting. Lunch au Déli près du bureau où j'étais et taxi jusqu'à l'aéroport La Guardia (où, si vous vous en souvenez, mon auto était garée depuis le dimanche précédent). - P.M. : New-York- Albany en auto.

Jour 7 - Samedi - Albany (New York) - Montpellier (Vermont) et Montpellier (Vermont) - Napierville. En auto.

Et si je vous disais que je ne suis pas sorti du tout - mais pas du tout - le lendemain, dimanche...

Résultat de tout ça ? 

«Oui, beau projet. Nous allons l'étudier et vous revenir..»

Sauf que j'ai trouvé à Montpellier une édition presque neuve d'une biographie de Jackson Pollock et ai déjeuné (lunché) en compagnie d'amis de longue date à Burlington. Chez Leunig.

Sic transit...

Jetset mon oeil.

Copernique

***

105-2018-10-01

Petits musées

Pour avoir passé des semaines et des semaines aux États-Unis, en de courts et longs voyages un peu partout, je peux vous affirmer que ce n'est pas un pays où l'on ne retrouve que des ignares et des cons ou, si vous le voulez les décrire différemment, des membres de la National Riffle Association ou des Républicains fiers d'avoir voté pour Trump. Oh, je suis prêt à vous concéder que, dans certains états du Sud (en particulier), le niveau d'intelligence de leurs habitants - de leur ignorance, surtout - m'a souvent inquiété, mais j'ai ressenti la même inquiétude dans des villes du Nord où l'on pourrait croire que la culture est omniprésente. À New York, à Boston et à Chicago, il m'a suffit de m'éloigner quelque peu du centre-ville pour constater que certaines banlieues n'étaient pas à l'abri du populisme, de la vulgarité et de la totale ignoranteté.

De sérieux exemples de la grandeur de cette nation se trouvent quand même dans le soin méticuleux avec lequel on y entretient les champs de bataille ( Guerre de Sécession), dans l'importance qu'on attache à conserver ses parcs nationaux, ses immenses paysages (Grand Canyon), ses demeures historiques, ses monuments, édifices publics, et... ses petits ou méconnus musées.

Exemples 

Est-ce que vous avez déjà entendu parler de Frederic Remington ? Il s'agit du peintre-sculpteur du Far-West le plus célèbre. Ses oeuvres sont exposées dans les plus grands musées américains. Suffit d'avoir vu quelques uns de ses bronzes ou de ses tableaux pour se rappeler qui il fut :

 

La maison où il est né abrite aujourd'hui le Frederic Remington Museum et vaut le déplacement à elle seule.

L'endroit où se trouve ce musée est dans la petite ville méconnue d'Ogdensburg (New York), de l'autre côté de la rive de la ville de Johnstown, en Ontario (entre Montréal et Kingston), à deux heures de Montréal. - On peut s'y procurer des reproductions de ses bronzes pour des prix variant entre 300 et 500$ US. 

(Pour plus de renseignements voir à : https://fredericremington.org/.)

Un autre musée qui mérite d'être visité est le Currier Museum of Art dans la municipalité de Manchester (New Hampshire) où l'on peut voir des oeuvres de Picasso, Matisse, Sargent, des oeuvres de la Renaissance et une foule d'objets surprenants...  et même visiter, tout près, la maison Zimmerman construite à partir de plans dessinés par Frank Lloyd Wright. 

Voir à : https://currier.org/

À ne pas manquer quand on fait route vers Boston.


La maison Zimmerman

Photo :  Jane023 - CC BY-SA 3.0, Lien

Que diriez-vous maintenant d'un musée en verre et de verre ?

Existe dans la ville de Corning, état de New York (Corningware, ça vous dit quelque chose ?), un tel musée consacré entièrement au verre, à son histoire, sa technologie et à l'art  - passez-moi l'expression - qui en découle.  

Plus de 45,000 pièces y sont exposées, les plus anciennes datant de 3 500 ans. - Il s'agit tout simplement de la plus grande collection de verres et d'objets en verre au monde.

Voir à : https://www.cmog.org/

C'est quand même un peu loin : à 560  kilomètres de Montréal, mais on peut toujours, tandis qu'on est dans le coin, passer par la ville d'Ithaca pour y voir un modèle, à l'échelle du système solaire que l'on peut explorer à pied sur une distance de 1,18 kilomètre, Ce modèle a été construit en 1997 en l'honneur de Carl Sagan qui fut longtemps résident et professeur à l'université Cornell, tout près de là.

(En 2012, on a ajouté à ce modèle une pièce représentant l'étoile la plus près - Alpha Centauri -  mais pour voir cette pièce, il faut se rendre au l'Imoloa Astronomy Center de l'universit d'.... Hawai ! - Paraît qu'on étudie présentement la possibilité d'y ajouter une autre pièce représentant, cette fois-là, l'exoplanète Kepler-37d qu'on installerait... sur la lune.)

Voir à : https://en.wikipedia.org/wiki/Sagan_Planet_Walk

Copernique

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104-2018-09-03

I'm through with love (air connu)

À 10h50 , hier soir, j'ai refermé le Mason & Dixon de Thomas Pynchon à la page 245, c'est-à-dire à la fin du 24e chapitre, au moment où Mason et Dixon arrivent à Londres pour signer leur contrat  ; et ce, avec la ferme intention de ne plus y revenir.

Est-ce que Mason & Dixon est un mauvais livre ? Non. - Même que c'est un très bon Pynchon. - Alors ?

Est-ce que vous avez déjà vu un excellent jongleur ? Un type dans le genre de W. C. Fields qui, ne vous trompez pas, fut un des plus brillants jongleurs au début du siècle dernier avant de se lancer dans sa carrière cinématographique où il finit par être un dialoguiste remarquable et un brillant acteur dans des rôles créés sur mesure pour mettre en lumière son extravagante personnalité et souvent écrits par lui. Quelques unes de ses prestations en tant que manieurs d'objets divers furent filmées. On en trouvera une excellente, par exemple à la fin de «The Old Fashioned Way» de William Beaudine, tourné en 1934 et son maniement d'une queue au billard ou une balle de ping pong mérite également un détour («The Pool Sharks» et «You Can't Cheat an Honest Man»).

Le rapport entre un jongleur et Pynchon ? Il est simple : Pynchon est un extraordinaire manieur de mots, de phrases, de situations, de revirements inattendus et de tout ce à quoi on ne peut prévoir dans un roman : animaux qui parlent, rencontres fortuites avec des personnages historiques, découvertes imprévus, situations inespérées qui se règlent en trois secondes, anecdotes qui mènent nulle part et même des dialogues interrompus, repris des pages et des pages plus tard au moment où on s'en attend le moins. - Et cela n'est qu'une courte liste de ses procédés qu'on finit par appeler des trucs, les mêmes utilisés par les jongleurs qui, au moment où s'en attend le moins, semblent avoir perdu le contrôle de leurs quilles, balles de tennis ou boîtes de cigares, mais qui réussissent à les récupérer in extremis avec leur pied à trois centimètres du sol.

Ajoutez à ce qui précède une imaginatiuon débridée, sans limite apparente et qui peut en un instant vous transporter d'un bar infâme à un pont d'un transatlantique de tout premier ordre. Et comme si ce n'était pas assez, Thomas Pynchon est l'auteur américain le plus reclus de tous, plus reclus encore que  J. D. Salinger qui, après la publication de son «Catcher in the Rye» en 1953, s'est retiré de la vie publique jusqu'à sa mort en 2010 ayant tout au long de ces années refusé tous les interviews qu'on lui a proposés, se contentant, de temps à autre d'envoyer des short stories au New Yorker. - De Pynchon, la Presse n'a de lui qu'une photo, du temps où il était étudiant, et son dossier universitaire est disparu mystérieusement. Et voilà où sa vie publique, qui n'a jamais eu de début, s'est arrêtée. 

J
Thomas Pynchon
(seule photo connue)

Je ne peux en dire plus car... il n'y a plus rien à dire sauf... qu'il a publié, au fil des ans six romans : «V», «The Crying of Lot 49», «Gravity's Rainbow», «Slow Reader», «Vineland» et «Mason & Dixon», tous traduits en français : «V», «Vente à la criée du lot 49», «L'Arc-en-ciel de la gravité», «L'Homme qui aprenait lentement», «Vineland» et «Mason & Dixon».

Sa réputation, il la doit à l'intelligentsia américaine dont les membres ont trouvé des références obscurs à diverses mythologies dans ses écrits, certaines cabalistiques, des formules mathématiques, y compris des secrets militaires (notamment dans «Gravity's Rainbow») jusqu'à ce qu'il publie un livre basé sur les années soixante où s'entremêlent drogue, sexe, violence et manifestations anti-militaristes, objets qui ne font généralement pas partie des connaissances académiques et qui, le livre en question,  a dérouté tous ses critiques.

«Reclus» Thomas Pynchon ? Sa définition (il l'a fait parvenir à un journaliste de la chaîne télévisée CNN qui s'était mis dans la tête de savoir qui il était, où il vivait, etc.) :

 «Le mot "reclus" a été inventé pour décrire ceux qui ne tiennent pas à parler aux journalistes.»

Mais toute chose a une fin et je viens de tirer la ligne sur Pynchon. Pour sans doute avoir trop vu son spectacle.

Note :

Depuis «Mason & Dixon» (1997), Thomas Pynchon a publié «Against the Day» (2006), «Inherent Vice» (2009) et «Bleeding Edge» (2013)

Copernique

***

103-2018-08-06

En vacances  

Hé oui ! Presque tout le mois de juillet.

Toute la famille réunie dans une immense maison près de Tours, en France, louée pour l'occasion.

Albert qui termine cette année son doctorat en histoire ; Marie et son époux Charles, heureux parents d'un petit qui aura deux ans cette année (Adrien) ; Léon qui ne s'est pas fait prier pour voyager avec nous et Mycroft qui habite Paris depuis trois ans déjà.

Jusqu'à mes parents, en Écosse pour l'été, qui sont venus passer une semaine avec nous.

Chaud ? Oui, mais pas tant qu'à Napierville où on m'a dit qu'on a connu des trente et des quarante (avec ce malheureux facteur humidex dont je ne sais rien de rien).

De toutes façons, y'avait une piscine derrière la maison et, pas très loin, une piste pour cyclistes - croyez-le ou non - avec, à sa base, une ancienne route romaine.

Peu lu, mais beaucoup écouté. Surtout mon père qui parle de moins en moins mais dont chaque mot est une révélation... qui nous a dit qu'il ne se baignait plus parce que son maillot avait deux trous : un dans le coude droit et l'autre dans le genou gauche.

Ce que j'ai hâte d'avoir l'âge - non : la sagesse - pour parler comme lui : simplement, avec de courtes phrases qui résument des années de réflexionnements...

Et puis vous savez quoi ? - À cinquante-huit ans (ben quoi ? personne ne rajeunit !) je suis retombé en amour avec Cléo que j'ai épousée il y a déjà 28 ans.

Et si vous n'avez pas encore pris vos vacances, ben : profitez-en

Copernique

P.-S. : Lu ? Un peu quand même : La princesse de Clèves et deux Simenon

***

102-2018-07-02

Stream of consciousnes...

Quand j'ai écrit le mois dernier que...

«...s'il y avait une chose qui m'avait toujours paru évidente, c'est que les idées ne me venaient jamais clairement [parce que] d'abord, elles me parvenaient à une vitesse que ma pauvre main ne pouvait pas noter aussi rapidement [...] et que, de plus, elles ne me venaient pas séquentiellement [car] elles arrivaient en blocs de deux, trois à la fois et qu'il fallait [citant mon père et Simon]  des années d'apprentissage non seulement pour [les] noter correctement, mais autant d'années pour [les] organiser de façon à ce que je puisse m'y retrouver...»

... j'ai eu l'occasion de m'en rappeler au cours du mois qui se termine quand, en déjeunant, il y a une dizaine de jours de ça, j'ai entendu deux bonhommes assis derrière moi parler d'intelligence artificielle. Le temps de finir mon déjeuner et de rentrer au bureau - ce qui m'a pris, à pieds, quelques minutes et ce, en marchant plus ou moins lentement-,  me sont passées par l'esprit des choses aussi disparates que : les raisons que Paul m'a données pour m'expliquer pourquoi il ne lit pas les journaux ni ne regarde la télévision, l'expression Act of God, la robotique, Isaac Azimov, Edgar Allan Poe (et C. Auguste Dupin), Baudelaire, Henri Justin, les pièges de la traduction et la Chrétienté ; tous, presque en même temps. - Compte tenu de cette capitale (!) expérience, je me suis dit : «Tiens, puisque j'en suis là, autant tout noter et voir ce que je peux en tirer.»

Voici ce que ça a donné :

   Une citation d'abord :

«J'ai été enfant de choeur, légionnaire, militant communiste et je suis un pillier de bistrot. Ça te donne une idée des conneries que j'ai entendues dans ma vie.»

Cette réplique - qu'on a déjà citée ici, je crois - proviendrait, selon ce qu'on m'en a dit, d'un des dialogues de Michel Audiard et serait tirée d'un film où elle fut dite par Raymond Bussières.

Je la (re)cite parce que... ce que j'ai entendu cette journée-là !

   Un mot ensuite sur «l'intelligence artificielle»

Une des premières conneries que j'ai entendues lorsque les ordinateurs ont commencé à être de plus en plus présents dans nos activités quotidiennes fut avancée par un collègue qui, fièrement, m'a laissé sous-entendre qu'un ordinateur ne lui dirait jamais quelle musique il devait écouter ou quel livre il lui fallait lire... - J'étais encore aux études et malgré le peu de connaissance que j'avais de ce qu'on appelait à l'époque des «cerveaux électroniques» je fus quelque peu - je ne dirai pas étonné -, mais surpris par cette réaction en me disant qu'une machine qui pourrait m'aider à non seulement calculer mon budget me serait fort utile pour classer mes notes de cours et surtout ces inombrables cartons Bristol («Index cards») que j'accumulais dans le but de rédiger mon mémoire de maîtrise. Depuis, je ne sais plus au juste le nombre de calculettes, d'agendas électroniques et de micro-ordinateurs qui me sont passés entre les mains. Tous ont été, en leur temps, fort bienvenus et très appréciés ; même que ces appareils et me sont devenus aujourd'hui indispendables. Y compris mon téléphone intelligent dont je me sers continuellement, mais très rarement pour téléphoner.

(En passant «smart» comme dans «smart phone» a pour defintion, en anglais - par rapport à un appareil électronique ou autre - «capable of some independant action», i.e. : «qui a la capacité d'executer des choses sans surveillance». Pour l'intelligence, l'anglais a un mot tout désigné : «intelligent». - Mon téléphone n'est pas «intelligent» ! Point, à la ligne)

Or celui qui m'a fait cette remarque à propos de la musique - il est décédé aujourd'hui - serait fort surpris d'apprenre qu'une firme en Californie a soumis à l'analyse des dizaines de milliers de chansons ou de pièces musicales qui ont connues de grands succès à travers le monde et qu'elle offre aujourd'hui ses services à des vedettes de la musique populaire et à ceux qui veulent le devenir pour les aider à créer leurs répertoires. - L'idée de base est relativement simple: chacune des chansons qu'ils ont analysées ont été soumises à différents critères tels que les paroles, le rythme, les accords, la progession des accords, le type et le nombre d'instruments utilisés en arrière plan, le timbre de ces instrument et ainsi de suite. - Je ne souviens plus du nombre de ces critères, mais il dépassait la centaine. - Et puis, hop ! Voilà que j'apprends que de plus en plus de professionnels font appel aux résultats de leurs analyses pour décider lesquelles des chansons qu'on leur soumet seraient plus ou moins assurées d'un succès s'ils se permettaient de les jouer en concert ou de les endisquer. - Et vous savez quoi ? - Leur taux de réussite est apparemment quasi phénoménal.

Or, c'est à partir de ce genre de recherches (dans les domaines de l'électorat, les marques de commerce, les mouvements de stock dans les entrepôts, les installations commerciales, etc.) que mes deux interlocteurs discutaient d'«intelligence artificielle» l'autre jour ; l'un avançant que, bientôt, des robots allaient décider qui serait le prochain président des États-Unis, l'autre, les aliments que l'on trouverait au super-marché, la couleur de nos vêtements, jusqu'à son ou sa futur(e) conjoint(e)...

Et c'est là que je me suis dit que les gens se faisaient une drôle d'idé de cette «intelligence» qui consiste essentiellement à être en mesure, selon divers algorithmes (*), de classer, d'analyser et de trouver presque instantanément de l'information qui, humainement parlant, prendrait des heures et des heures de travail.

(*) Mot d'origine arabe (sic) qui signifie : «Ensemble de règles opératoires dont l'application permet de résoudre un problème énoncé au moyen d'un nombre fini d'opérations : tris, sélections, comparaisons, etc. - . Un algorithme peut être traduit, grâce à un langage de programmation, en une série d'instructions exécutables par un ordinateur.»

Le mot-clé dans cette définition est le mot «règles» et qui dit «règles» suppose une intelligence non-articielle qui définit lesquelles doivent être utilisées et de quelles fçons afin de créer un ensemble susceptible de donner un résultat ou, comme on l'avance, résoudre un problème. - Quand ces «règles» servent à créer des algorithmes qui, à leur tour, serviront à régler d'autres problèmes, on peut commencer à parler d'une intelligence «pseudo-artificielle», mais à l'heure actuelle, mis à par quelques découvertes (une meilleure façon de trier des nombres ou des listes, par exemple), on est loin de la coupe aux lèvres.

En ce moment, parce qu'un ordinateur est capable d'examiner des dizaines de milliers de possibilités de mouvements d'une pièce aux échecs en une fraction de secondes, ce genre d'exploits relève plus de l'électronique que d'une certaine intelligence au sens de «ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle » ou de «l'aptitude d'un être humain à s'adapter à une situation et à choisir des moyens d'action en fonction des circonstances».

Idem en ce qui concerne les recherches dans une encyclopédie, les diagnostiques, les calculs (qui prendraient des heures et des heures au plus grand des mathématiciens)... quand tout les connaissances du monde sont accessibles en quelques micro-seconde à un ordinateur.

Voilà pour l'«intelligence artificielle» telle qu'elle existe aujourd'hui. Mais j'y reviens à l'instant.

   Paul (Dubé) et les nouvelles écrites ou télévisées.

C'est en pensant à ce qui précède qu'en retournant au bureau j'en suis venu à ce que Paul m'a toujours dit : qu'on apprend généralement rien de la bouche d'un journaliste quand il parle d'un sujet qu'il ne connaît pas ou sur lequel il n'a que des connaisances rudimentaires qu'il a, la plupart du temps, recueillies de non-spécialistes au cours de ses enquêtes.

"Quand, régulièrement, après le débordement d'une rivière ou un ouragan, répète-il souvent, j'entends à la radio ou que je lis à la une d'un journal, l'expression "Act of God" qui sous-entend que les Assureurs ne remboursent pas les dommages causés par ces débordements ou ces ouragans, les cheveux me dressent sur la tête."

"Non seulement, c'est faux, répète-t-il continuellement, mais l'expression "Act of God" n'est jamais utilisée dans le domaine de l'assurance (sauf exceptionellement et surtout pas dans le sens où l'on le laisse entendre), car les Assurent se feront un plaisr de vous assurer contre ce type de "risques".. à condition que c'en soit un."

Le mot-clé ici - le deuxième dans cette chronique - est "risque" :

"Si la rivière en face de votre maison déborde chaque année, ce n'est plus un "risque", mais une certitude et les Assureurs n'assurent pas les dommages qui vont invariablement être causés par des événements inévitables."

Contre les Actes de Dieu
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Ne vous faites pas voler
par n'importe qui

   Robotique

Revenons à mes interlocuteurs du début (vous voyez comme on peut perdre facilement la suite de ses idées) : 

Mon idée première fut qu'ils ne parlaient pas d'«intelligence artificielle», mais de robotique ou, au pis aller, des conclusions auxquelles en arrivent divers ordinateurs à qui on soumet des programmes pour résoudre certains problèmes ou pour trouver des informations qui prendraient trop de temps à un être humain et dont les exemples abondent depuis quelque temps :

- un ordinateur qui joue aux dames, aux échecs ou au jeu de Go

- un ordinateur à qui on a donné un corps et un visage humain (les Japonais excellent dans ce domaine) et dans lequel on a programmé diverses capacités telles que la reconnaissance vocale, une voix mécanique, diverses réponses à diverses questions, certains gestes qui imitent un corps humain, etc.

- des automobiles sans chauffeur

   et même 

- des prothèses qui répondent à certaines pulsions neurologiques

Certains de ces ordinateurs ou appareils simulent (j'insiste) une certaine intelligence mais ils ne sont que des machines répondant à un ou une série de programmes et si leur capacité en tant qu'accès à des informations est quasi illimitée, il n'en demeure pas moins qu'ils ne sont que le résultat de directives qu'on leur a inculquées.

Est-ce que mon téléphone intelligent (celui dont je parlais il y a deux minutes) est intelligent parce qu'il peut répondre aux questions que, verbalement je lui pose ?

Oui, si vous croyez qu'il lui faut dépasser les algorithmes que sa programmagtion contient pour me donner les réponses à :

- Quel temps-fait-il à Paris ?
- Quel est la définition du mot "irréfragable" ?
- Synomymes de "gentil"
- Traduction anglaise (ou allemande, ou italienne) du mot "sorcier"
- Qui était pape du temps de Michel-Ange ?
- Quel était la monnaie utilisée en Italie au XVIe siècle ?
- Quelle est la hauteur en pieds de la Tour Eiffel ?
- Distance entre New York et Moscou, en kilomètres ?
- Résultats de la coupe du monde...

   Isaac Asimov :

Et puis j'ai pensé à Asimov qui a promulgué, en 1942, les trois lois de la robotique :

  • Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger ;

  • Un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ;

  • Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

Il s'agit là de lois fondamentales, mais comme l'erreur étant humaine, le programmeur d'"intelligence artificielle" peut oublier des les incorporer dans ses algorithmes, mais il peut également oublier de mentionner que son auto sans chauffeur doit s'arrêter à un feu rouge ; que son satellite de communication a été conçu aux USA en poids-et-mesures a.miricaines (pouces, pieds et milles) et non en centimètres, mètres et kilomètres et qu'en conséquence il ne saura pas se placer au bon endroit ; qu'il existe une différence entre de l'eau et de l'acide chlorydrique...

Et de là, je suis passé à :

   Edgar Allan Poe

Et son conte intitulé en anglais "The Murders in the Rue Morgue" (1841) et son début où il parle de l'esprit d'analyse et d'imagination.

J'en cite les détails dans la section "Extrait du mois" ci-dessous, détails qui ont attiré mon attention tout un après-midi !

D'où les noms de ses traducteurs que j'ai mentionnés au début de cette chronique

  Sauf que...

J'ai pensé à beaucoup d'autres choses au cours de cet après-midi :

  • À mon ami, Michel, qui m'a dit que je n'avais rien compris de ce que Yuval Noah Harari disait sur l'"intelligence artificielle" dans son Homo Deus, une brève histoire de l'avenir dont nous avons parlé dans notre numéro du 7 mai dernier (Voir à Lectures : Du sens de la vie) - Je ne crois pas car, en relisant le chapitre (son dernier) où il est question de «dataïsme», Harari soulève exactement les problèmes que je viens de mentionner : ceux qu'on peut résumer en une seule question : «Jusqu'où les programmeurs permettront-ils à leurs appareils (dans leurs algorithmes) de prendre des décisions ?» Exemple : doit-on leur donner le droit de vie ou de mort aux enfants atteints de sérieuses malformations, si, à la base, on leur a demandé de définir ce qu'était la santé des humains du futur ? - D'ailleurs - j'ai oublié de le noter - je crois que l'expression «intelligence artificielle» n'est mentionné qu'une seule fois par Harari et il a bien pris soin de la mettre entre guillemets.

    (C'est «Act of God» pour ceux qui ne connaissent pas l'assurance et «Intelligence artificielle» pour ceux qui ne connaissent pas la robotique.)

  • À un autre livre que je suis en train de relire où l'on parle de la Chrétienté, expression qu'on utilise de moins en moins Christopher Hitchens) depuis le premier conflit mondial durant lequel la Chrétienté s'est entredéchirée

  • Et à son ami, Richard Dawkins, dont jai un livre qui m'attend sur ma table de travail

  • Et à Anaxagore qui disait que "la vie est un voyage"...

  • Que Proust citait dans une lettre qu'il me faudrait des heures à retrouver..

Et puis plus particulièrement à :

  • ceux qui s'inquiètent de la possibilité qu'un ordinateur puisse un jour devenir conscient...

Car, comme l'écrit Simon dans une de ces pensées éparses d'aujourd'hui :

  • Les gens qui pensent, qui prennent conscience qu'ils existent sont plutôt rares

Sauf qu' :

  • Il est facile de les faire taire.

En attendant, chacun a le droit de penser que les machines prendront un jour le contrôle de l'humanité et qu'ils feront mieux qu'Hitler, Pol Pot, Staline et compagnie.

J'en suis pas rendu là.

   Cordialement vôtre,

Copernique

P.-S. : Vous savez comment la CNIL définit l'«intelligence artificielle» ? Elle dit qu'elle est «le grand mythe de notre temps».

La CNIL ? - C'est la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés de France, une autorité administrative indépendante française. La CNIL est chargée :

Notez bien ceci :

"de veiller à ce que l’informatique soit au service du citoyen et qu’elle ne porte atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’Homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques."

Pas tout le monde qui tire ses informations des films de science-fiction

***

101-2018-06-04

Waisting time

Note :

Voici un texte que j'ai écrit suite à une conversation que j'ai eue avec un ami anglophone qui m'a incité à lire un livre d'un auteur d'un best-seller et à qui j'ai dit non, chose qui, à ma connaissance, ne m'était jamais arrivée. Comme il est question dans ce texte de ce qu'est lire, j'ai pensé en faire une traduction sous le titre de «Je m'excuse mais...» (sans rapport avec le «Waisting Time» de cette chronique. - Cette traduction suit tout de suite après sa version originelle anglaise. - Idem en ce qui concerne les commentaires que j'ai rédigés en rapport avec ces commentaires !

Version originelle anglaise :

The idea of writing a review (which I did) on a book written  by a former heroin addict and convicted bank robber who wrote a best-seller novel which, like most best-sellers will eventually wind up in the next-to-nothing paperback section of  used book stores - is not the greatest I've had lately. Particularly since I haven't read the bloody thing. But a promise is a promise and I did my damnedest to keep it. The reason for this is that it is the first book I have refused to read after having been suggested to do so. By a friend of mine. Over a cup - several cups, actually - of 40% proof coffee in a run-of-the-mill bar a couple-three weeks ago. Not that I was enthousiastic about writing such a review but I felt that I owed him an apology for having declined to read it in the first place.

 You'll find the details in the Book Review section of this edition of Le Castor™.

 Nothing notable about this but - and this is the subject of this sort of an introduction - I haven't a clue why I handed him my first draft of the said review. This is something I never do :  have people look at my first drafts of anything.  I honestly feel uneasy when people look over my shoulder when I'm writing, or even ask me what I'm writing about.

(The book, by the way, is called Shantaram just in case you might miss it.)  

It was , if I remember correctly, Geraldine Farrar, but I'm not too sure, a soprano anyway, who once had to sing with Enrico Caruso in some opera at the Mets, in the early part of the last century.  She wrote in her memoirs (or said it in an interview) that when she first meet the great tenor he was supposed to be, she was flabergasted by the voice he had when they first rehearsed together. She said he had a perfect pitch, a correct intonation, a rather nice voice but it was bland, totally without character. She tought at the time that he had a cold or something. But no : he went on and on with that voice for several days which lead her to conclude that he was an ordinary singer with an overpaid  reputation because he came from Italy. That was until the premiere of - I believe it was in La Norma but it doesn't matter - when she heard him in front of an audience. - She was so impressed that she nearly forgot how to sing her part. - It was as if he didn't want his best side wasted on unimportant tasks.

Farrar and Caruso

Now, I'm no Caruso and I don't pretend that I know how to write but I do know something : when ideas go through my mind, they don't come fully formed. - The're made up of sounds, vague impressions, souvenirs, images... and, worst of all, they pop up at a speed my handwriting or even worst my typing skill or lack thereof can't follow and, secondly, they never come sequentially. They also come in clusters, two, three at a time. This is something André Gide insisted upon in his last book, Ainsi soit-il ou Les jeux sont faits, stating, if I remember correctly (again), that writing is not unlike a conversation but should sound like one. On this, my father has said - and Simon keeps on repeating - that it takes years of practice to note ideas as they come,  and years of hard labor to  organize them so that they reflect actual thoughts and not something that words or expressions might suggest and change the course of a sentence or a paragraph. 

Paul says that it has something to do with the le rapport between actual thoughts and reality. - And I must admit that I agree with all of that.  

So, my dear friend, for whom I have written about Shantaram, re-read my final version below.

*

Now, the story doesn't end there : Our editor has asked me to look into my previous columns, comments, chronicles of the past two (or is it three ?) years in order to publish them sequentially. - They already are, but in reverse order. - This is  something I've been working on lately with a genuine depressing feeling. - I look back at some of the stuff I wrote and keep on finding grammatical errors, unintelligible or contradictory statements and downright forgettable and disagreable stupid opinions. Not to mention repetitions and long strings of commonplaces. - It's the nature of the beast, I guess : we think we're evolving and getting smarter with time, but we don't : we completely go from left to right, from good to bad, from nothing to the sublime and back again. - A commodius vicus of recirculation, as Joyce stated. - One thing, amongst others :  I should have paid more attention when I wrote about my favourite authors, painters, actors, filmakers, composers, etc. : I seem to have forgotten that I was going to change my mind two days after I had listed them.

Anyway, I will repeat something today - and I have already said several times in the past - and it will remain a principle for the rest of my life ; writing is hard work.

But why why I write ? Why do all of us, here at Le Castor™, write ? - Because it makes sense of the hundreds of disconnected thoughts we have every day, day after day, week after week, month after month ; have had and will continue to have until we pass away. It sorts of organize our otherwise senseless minds

Next question : why don't we publish our stuff in book formats ? Because, as Simon keeps repeating after he's told that what he writes is noteworty :

«I am too conceited to look for approval and too old to be ambitious

Traduction : («Je m'excuse mais...»)

L'idée d'écrire un compte-rendu (ce que j'ai fait) sur un livre écrit par un ex-héroïnomane, ex-voleur de banque et ex-bagnard, un livre qui fut un best-seller et qui, comme tous les best-sellers va invariablement se retrouver dans la section à rabais d'un revendeur de livres usagés, n'a pas été, récemment, la plus brillante que j'ai eue. Surtout que je ne l'ai pas lu. Mais une promesse est une promesse et j'ai fait de mon mieux.

La raison de cet état de choses est qu'il s'agit du premier livre que j'ai refusé de lire depuis qu'on m'en recommande et celui-là me l'a été par un ami ; au-dessus de plusieur tasses de café – toutes contenant 40% d'une substance distillée – dans un bar tout ce qu'il y a de plus ordinaire il y a trois ou quatre semaines. 

Non pas que j'étais enthousiasmé à rédiger un tel compte-rendu, mais je me suis senti coupable d'avoir dit non à son offre plus qu'insistante de me le prêter. - Vous trouverez ce compte-rendu dans la section Lectures du présent numéro du Castor™. - Rien de vraiment sensationnel dans ce que je viens de dire, mais ce qui m'a surpris, c'est que je lui ai remis une copie de mon premier jet et c'est de ce geste dont je tiens à vous entretenir car c'est une chose qui, à ce jour, ne m'était jamais arrivé. - 

Je n'aime pas que les gens lisent mes brouillons. Je déteste même qu'on jette un coup d'oeil sur ce que je suis en train d'écrire ou même qu'on me demande sur quoi j'écris.

(Le livre, soit dit en passant, au cas où vous le notiez pas, a pour titre Shantaram.)

C'est Geraldine Farrar, si je me souviens bien, qui, en parlant de Caruso, a écrit dans ses Mémoires ou mentionné au cours d'un interview qu'elle avait été peu impressionnée lors de sa première rencontre avec ce chanteur italien qu'elle disait «surpayé». Cette rencontre eut lieu lors de la première des répétions d'un opéra où ils devaient chanter ensemble : La Norma, mais ça a pu être un autre. - «Sa voix était d'une justesse remarquable, l'intonation correcte et le timbre plaisant mais le tout était d'une banalité...» - Sur le coup elle pensa qu'il avait un rhume ou un enrouement passager, mais non. Cette voix, c'est celle qu'elle entendit jour après jour au point où elle fut très inquiète de ce qui allait se passer devant l'exigeant public du Mets... - Or, le soir de la première, elle fut sidérée lorsqu,elle l'entendit chanter de sa vraie voix au point d'en presque oublier ses propes répliques... - «C'est, dit-elle, qu'il ne tenait pas à gaspiller son talent dans une chose aussi peu importante qu'une répétiion.»

Je suis loin d'être un Caruso de l'écriture, mais il y a une chose qui m'a toujours paru claire, c'est que les idées ne me viennent jamais clairement. D'abord, elles me parviennent, comme à tout le monde, à une vitesse que ma pauvre main ne peut pas suivre et mon inhabilité à les taper sur un clavier rend cette opération encore plus difficile même si, lors d'un premier jet, je ne corrige aucune de mes fautes de frappe. De plus, elles ne me viennent pas séquentiellement. Elles arrivent en blocs de deux, trois à la fois. - C'est une phénomène de l'esprit humain qu'André Gide a tenu à décrire dans son dernier livre, Ainsi soit-il ou les jeux sont faits, ajoutant qu'écrire n'a rien à voir avec une conversation, mais qu'elle devrait en avoir le ton. - 

À ce propos, mon père a toujours dit – et Simon me le répète constamment – qu'il faut des années d'apprentissage non seulement pour noter correctement tout ce qui nous passe par la tête, mais autant d'années pour organiser de façon compréhensible ses élucubrations de telle sorte à ce que son écriture soit un reflet exact de ce que l'on pense en évitant, surtout, de se prendre aux pièges que nous tendent les mots et les expressions qui nous viennent spontanément à l'esprit et qui entrainent avec eux des changements dans la direction d'une phrase ou d'un paragraphe. - Pour sa part, Paul dit qu'il s'agit là d'une véritable ou d'une discutable adéquation entre la pensée et la réalité. - Inutile de préciser que je suis parfaitement d'accord avec tout cela.

Donc, mon ami, je te prie de lire ma nouvelle version de ce que j'avais à dire sur Shanaram.

Si l'histoire, encore, s'arrêtait là, mais non :

L'éditeur du Castor™ m'a demandé de jeter un coup d'oeil sur mes chroniques précédentes car il pense que ce serait intéressant de les republier en ordre séquentiel. J'y  travaille depuis quelque temps, mais avec une certaine appréhension et parfaois avec un certain découragement. - Je lis et relis ce que j'ai écrit il y a deux, trois ans et ne fais que trouver des erreurs d'orthographe et de grammaire ici et là, des phrases incompréhensibes, souvent contradictoires, des répétitions en tous genres et des déclarations tout aussi stupides qu'insipides. - Il ne faut jamais se relire, j'imagine quoique, d'une certaine manière, l'on se sent rassuré à l'idée qu'on est devenu meilleur avec le temps, qu'on évolue vers une plus profonde compréhension de l'univers sauf que c'est faux : nous demeurons toujours les mêmes, changeant d'opinions selon la direction du vent, allant de droite à gauche et d'en avant vers l'arrière et vice versa, et sans arrêt. - Un détail parmi tant d'autres : quand j'ai énuméré dans quelques unes de mes chroniques la liste de mes auteurs , peintres, comédiens, réalisateurs, compositeurs favoris, j'aurais dû savoir que j'allais changer d'idée deux jours après.

Il y a quand même une vérité dans tout cela et une véritée dont je me suis rappelé aujourd'hui – et que je me répète depuis des anneés – et cette véritée est qu'écrire est un travail très difficile.

Alors pourquoi écrit-on ? Pourquoi, nous tous, chroniqueurs du Castor™, écrivons-nous ? - Parce que écrire nous force à mettre de l'ordre dans ce qui est un chaos indescriptible : celui de nos esprits assaillis par mille pensées quotidiennes, jour après jour. L'écriture organise quelque peu notre folie.

Autre question : pourquoi, vous, du Castor, ne publiez-vous pas vos quotidiennes pensées sous forme de livres ? (Avec – un ajout pour cette traduction – l'espérance qu'elles pouraient être utiles à ceux qui nous suivront ?)

Pour la raison que Simon nous répète à chaque réunion :

«Parce que nous sommes trop vaniteux pour apprécier toutes critiques et trop vieux pour être ambitieux.»

Copernique

***

101-2018-05-07

Yeah, sure

Si j'avais le temps, j'écrirais un livre sur les malheurs du bilinguisme, un livre dont les pages à gauche serait en anglais et celles à droite en français. Il s'intitulerait «The curse of bilingualism» ou, en français, «La malédiction du bilinguisme». 

D'abord une chose :

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les gens qui se flattent de parler deux, trois, quatre ou même cinq langues, n'en contrôlent aucune. Oh, ils sont peut-être à l'aise dans les «Bonjour ! - Comment allez-vous ? - J'arrive d'Espagne....» et «My taylor is rich», mais il ne faut pas trop insister sur le génie d'une de leurs langues, à savoir, par exemples, que l'anglais n'a pas autant de temps de verbes que le français, que le français n'a, à toutes fins utiles, pas de locatif ou d'ablatif,  que l'allemand utilise couramment la concaténation dans la formation de ses mots et qu'une grammaire latine est un objet de pure imagination.

On me dit bilingue parce qu je suis aussi à l'aise en français qu'en anglais ayant fait une partie de mes études en français et l'autre partie en anglais. C'est exact : je suis à l'aise dans les deux langues, mais constamment à la recherche de la traduction d'un mot ou d'une expression qui, quand je parle français me viennent à l'esprit en anglais et vice versa. - Et je ne vous parlerai pas des anglicismes ou des gallicismes qui abondent dans ma conversation ou dans mes textes écrits. - Je ne les vois plus.

Je lis en français et quand je viens pour écrire sur ce que j'ai lu, je constate que mes notes ont été rédigées en anglais. - Allez savoir pourquoi !

(Image en provenance du courrier australien)

Je suis très mal à l'aise quand il me faut parler d'un sujet dans une langue alors que je l'ai étudié dans une autre. Simon m'a dit exactement la même chose quand, de son métier, il lui fallait parler en français alors qu'il l'a exercé toute sa vie en anglais ayant été en rapport continuel avec Toronto, New York ou Londres.

Je crois sincèrement qu'une deuxième langue ne devrait être apprise qu'après quelques années d'études dans une que j'appelerais «de base», mais avec la vie plus ou moins internationale que nous sommes appelés à vivre, il s'agit là d'un souhait plutôt qu'une chose qui puisse se réaliser.

Le français est en perdition, me dit-on. C'est aussi vrai de l'anglais dont il existe des dizaines de variantes, même en Angleterre où les gens parlent de moins en moins The Queen's English. Et je serais curieux de savoir l'étendue du vocabulaire de certains politiciens.

En attendant si, aux États-Unis on vous souhaite A good day et que votre journée ne se déroule pas tel que prévu, vous pouvez toujours intenter une poursuite contre celui qui vous l'a souhaité bonne.

Copernique

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