Les chroniques de Jeff Bollinger

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Du 6 mars 2017 à aujourd'hui

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86-2017-08-07

Ouais... 

À propos d'un article paru dans Le devoir du samedi-dimanche 6 août dernier.

Cet article avait pour titre «Chroniqe d'anticipation de l'assimilation des francophones au Québec» et était signé Guillaume Marois, démographe.

J'ai cherché sur le WEB qui pouvait être ce Guillaume Marois et voici ce que j'ai trouvé sur le site du Conseil supérieur de la langue française [du Québec] (je ne savais même pas qu'un tel Conseil existait) :

Monsieur Guillaume Marois est titulaire d'une maîtrise en démographie de l'Université de Montréal et prépare actuellement son doctorat en démographie à l'Institut national de la recherche scientifique. Sa thèse, qui porte sur les projections de population à l'échelle locale, est soutenue par la bourse Joseph-Armand-Bombardier du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Avant d'entreprendre son doctorat, il a travaillé quelques années à l'Institut de la statistique du Québec ainsi qu'au sein de l'Équipe de recherche sur le vieillissement de la population du Département de démographie de l'Université de Montréal. Il est également coauteur du livre Le remède imaginaire. Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec, qui a obtenu le prix Richard-Arès en 2012.

Et, à propos de ce conseil, ceci :

Le Conseil a pour mission de conseiller le ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française sur toute question relative à la langue française au Québec.

À ce titre, le Conseil donne son avis au ministre sur toute question que celui-ci lui soumet;
saisit le ministre de toute question qui, selon lui, appelle l'attention du gouvernement.
Pour l'accomplissement de sa mission, le Conseil peut recevoir et entendre les observations de personnes ou de groupes ; effectuer ou faire effectuer les études et recherches qu'il juge nécessaires. En outre, il peut informer le public sur toute question relative à la langue française au Québec.

Et à propos de son président (Pierre Boutet) :

Détenteur d'une maîtrise en communication, d'une scolarité de maîtrise en science politique, d'un baccalauréat en sociologie et d'un certificat en journalisme, Pierre Boutet a occupé, de 2013 à 2015, le poste de sous-ministre adjoint à l'enseignement supérieur au ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Auparavant, à ce même ministère, il a été directeur général du financement de l'enseignement supérieur.

M. Boutet a auparavant assumé les fonctions de sous-ministre adjoint aux communications et aux institutions nationales au ministère de la Culture et des Communications, puis de directeur des relations avec les partenaires à la Commission de la santé et de la sécurité du travail.

Pierre Boutet a également travaillé pendant quelques années à titre de conseiller auprès de la députation et de directeur de cabinet auprès de ministres à Québec. Il a aussi été consultant en communication et en affaires publiques.

Je vous laisse à vos préjugés (je conserve les miens) quant à ces postes d'importance capitale.

Pour ce qui est de la chronique de Monsieur Marois, cependant, j'aimerais ajouter ce qui suit, même si certaines parties ne sont que la répétition de ce qu'a déjà mentionné ici, Simon Popp.

 

TOUTES les langues sont sujettes à disparaître, tôt ou tard. - Il y a longtemps qu'on ne parle plus le grec ancien, le latin, le sumérien ou le sanskrit. Et, si ça peut en consoler quelques uns parmi vous, l'anglais, tel qu'on le parle aujourd'hui au Canada, aux États-unis, en Angleterre ou en Australie, n'existera plus dans trois, quatre, cinq cents ans. Déjà, ceux qui apprendraient l'anglais tel qu'on le parlait du temps de Shakespeare aurait aujourd'hui de la difficulté à se faire comprendre à Londres, à Oxford ou à Cambdrige (alors vous pensez... à Wichita, Kitchener (ontario) ou Terre-Neuve...) - Et, en France, on ne parle plus la langue de Corneille depuis plusieurs décennies et on l'écrit encore moins.

Moi, qui n'ai pas cent ans, de même que mon épouse, et mes enfants, ne parlons plus la langue de nos grands-parents. Et le français qu'on parle au Québec, tout autant que celui qu'on parle à Paris, à Lille ou à Perpignan, est appelé à disparaître d'ici un siècle ou deux. Le parigot n'existe plus déjà et, pourtant, comme on me le faisait remarquer il n'y a pas très longtemps, on le parlait encore il y a à peine cinquante ans. - Une sorte de revanche des Britanniques forcés de parler et d'écrire en français jusqu'à Henri VIII et qui n'ont pas encore noté que leur anglais est de plus en plus une sous-branche de l'américain.

Personnellement, je crois que ce serait un malheur que d'enseigner, ce que l'on fait encore, l'accord du participe passé avec le verbe avoir ou le plus-que-parfait du subjonctif en croyant qu'il s'agit là de bijoux qu'il faut conserver à tout prix dans un monde où la conversation tend de plus en plus à se limiter en textos de 140 lettres ou moins.

De la culture, je veux bien parler. De la grecque avec ses Homère, Eschyle et Sophocle ; de la romaine avec ses Cicéron, Tite-Live et Suétone ; et, en poussant un peu, je veux bien parler de celles de Rabelais, Villon et Ruteboeuf, illisibles, au demeurrant, depuis au moins deux siècles. De cette autre culture française également : celle de Voltaire, Balzac et Proust, mais me laisser dire que la mort du français - même universelle - serait une catastrophe, non.

Chose certaine, nous sommes, au Québec, présentement, dans un des endroits parmi les plus privilégiés au monde parce que nous pouvons apprendre sans difficultés à parler deux langues qu'ont dit encore vivantes : l'anglais et le français, et ainsi, découvrir le monde avec deux yeux, deux oreilles, deux approches différentes, ce qui, à ceux qui peuvent en profiter, est tout à fait extraordinaire car cet état des choses ouvre les portes d'une vision - appelons-là stéréoscopique - du monde.

Tant pis si les anglophones qui vivent parmi nous n'en profitent pas.

Autre chose qui me paraît évidente : il faudra, d'ici deux, trois cents (?) ans une traduction pour lire ceci. Et si vous ne me croyez pas, essayez de lire dans le sens contraire, des auteurs comme Ruskin dans l'anglais d'aujourd'hui.

Jeff

P.-S. : dans son article, Guillaume Marois prédit qu'en l'an 2040, la population francophone de Montréal sera passée de 65% à 50% ; qu'en l'an 2045, tous les partis indépendantistes seront disparus et remplacés par un parti «progressiste» issu du Parti Libéral ; que, parallèlement, les universités francophones passeront progressivement à l'anglais (des programmes de commerce et professionnels aux programmes de médecine et polytechniques, et finalement le reste) ; qu'en 2060, à l'exception des programmes de littérature, l'enseignement sera presque uniquement fait en anglais ; que la loi 101 sera abolie ; qu'en 2075, le terroir francophone n'existera plus... (Section Idées, le Devoir des samedi et dimanche du 6 août 2017)

Jeff

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85-2017-07-03

Ouais... 

Mauvaises nouvelles pour le fils d'un ami de mon patron il y a quinze jours. Arrêté en possession de substances illégales, en état d'ébriété au volant de sa voiture à trois heures et demie du matin, après la fermeture des bars, rue Saint-Laurent, à Montréal. - Aucune idée des ennuis que cela va lui causer. - Et à lui, et à son père. C'est le père qui est le plus découragé. - Pas Einstein, ni l'inventeur des boutons à quatre trous, mais un bon type, généreux, aimable, pas méchant du tout. "Je ne sais plus quoi faire, aurait-il dit. Je me suis pourtant occupé de lui. Je lui donné ce qui lui fallait. Et voilà qu'il a comme amis une bande de voyous..." - Je l'ai vu son fils. Il n'y a pas longtemps. Il était passé voir mon patron. Pour sans doute lui emprunter de l'argent. Qui sait ? Des jeans déchirés, un t-shirt et tout le bras gauche tatoué de dessins divers. - Un parfait Grunge des années 80. Je croyais que ça avait disparu... - Que voulez-vous répondre à son père ?

La question que je me suis vraiment posée par contre est... si, dans quatre, cinq ans, quand Thomas aura son âge, la même chose m'arrivait ? - Et j'ai regardé Alysée qui vient de fêter ses dix-sept ans. - Bout de bon dieu que j'ai peur et que je m'inquiète quand je les vois sortir avec leurs amis. Oui, Élyanne et moi leur avons tout donné. Enfin ce qu'on pouvait. Ce dont on pensait qu'ils avaient besoin.Être parents, ce n'est pas facile. - La seule et unique chose que j'ai essayé de respecter, c'est le conseil de mes parents : un enfant, ça n'a pas besoin de jouets dispendieux ni de voyages à Disneyland : ça a besoin de temps ! Et puis je regarde la dette que les gouvernements sont en train de leur accumuler de même que la planète qu'on va leur laisser...

Ce soir, au souper, je vais faire tous les efforts pour que l'on rit ensemble.

Y'a de ces jours où il faut les vivre un à la fois.

Jeff

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84-2017-06-05

Baptême !

J'ai une bonne amie à moi - «J'ai une bonne amie, mienne» m'a-t-on dit d'écrire - qui a fait baptêmé son petit il n'y a pas très longtemps. Pourquoi «baptêmé», je ne sais pas. - M'a dit, off-the-record, qu'elle avait peur d'être ostracisée par sa famille qui, de générations en générations, ont toujours fait baptêmer leurs enfants, question d'être sûr d'éventuellement faire partie de leur future communauté, d'être parmi les siens, d'être un membre de la société de leur époque.

Cette amie-là, je sais qu'elle est anti-religion, apostate même, et si j'ai compris la baptèmisation de son fils a été plus ou moins un rituel qui doit se perpétuer comme celui du mariage, de l'échange de joncs symboliques et de tout ce qui s'ensuit, je me suis dit que voilà ce qui reste de l'omniprésente religion catholique qui a perduré pendant presque trois siècles,  jusqu'au début des années soixante, au Québec.

Si j'ai fait baptêmer mes enfants. But of course.

Reste à savoir dans quelle religion ou non-religion  nous allons diriger leur éducation.

Twéka, ils ne se feront jamais dire, s'ils désobéissent à leur mère, qu'ils iront brûler en enfer jusqu'à la fin des temps. - Ça, se serait trop cruel. Presque de l'abus psychologique.

Je sais : je suis passé par là.

Jeff

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83-2017-05-01

Éducationnement 

Je ne peux pas croire qu'en l'an 2017, il existe encore non pas des milliers, mais des millions d'adeptes du créationnisme ; qui croient dur comme fer que le monde a été créé il y a entre quatre et six mille ans et qui voudraient qu'on enseigne au secondaire cette absurdité en même temps que le darwinisme qu'ils considèrent toujours comme une théorie qui n'a pas encore fait ses preuves. - Parmi ces adeptes, l'ex-président Bush qui disait qu'il attendait que le problème soit éclairci. «The jury is still out !» disait-il. «Le juré est toujours en délibération.») - Quel juré ? Et où ?

Y'a eu des procès là-dessus. Les deux plus connus furent Kitzmiller v. Dover Area School (2005) et Freshwater v. Mount Vernon Board of Education et al (2011) où, dans les deux cas, la cour a jugé que l'enseignement du créationnisme, déguisé sous le nom de dessein intelligent, enfreignait les règles du premier amendement de la Constitution américaine interdisant à l'état d'imposer (assigner, décréter, prescrire, imposer, etc.) une religion quelconque, le tout confirmant un autre jugement (Lemon v. Kurtzman 1971) qui a déclaré inconstitutionnelle toute subvention directe ou indirecte à des institutions privées enseignant une religion quelconque.

Et pourtant, quatre Américains sur dix (42%) croient toujours que le monde a été créé il y a moins de dix mille ans dans (ou sous) sa forme présente et que, grâce à Noé, l'espèce humaine de même que tous les espèces d'animaux ont pu être sauvé d'un grand déluge qui a creusé, en moins de quarante jours, le Grand Canyon.

Y'a même un musée de la création dans le Kentucky où l'on vient d'ouvrir une reconstitution de son arche...

Mais il y a pire :

Je ne peux pas croire qu'en l'an 2017, des gens - des politiciens, en majorité, et des dirigeants de compagnies pétrolières... - ne croient pas ce qu'entre 97 et 99% des spécialistes en météorologie persistent à dire depuis des années : que la température des océans augmente à un rythme alarmant.

Un conseil : n'achetez pas de propriétés sur les côtes de la Floride en espérant y prendre votre retraite. 

Jeff

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Chee-burger, chee-burger, chee-burger... (No Coke, Pepsi) 

SNL, ça vous dit quelque chose ? -  Ce sont les initiales de l'émission de télévision Saturday Night Live, difusée depuis 40 ans sur les ondes du réseau américain NBC. Sketches, satire, artistes invités, musique, etc. - En ce moment, leur cote d'écoute est phénoménale du fait qu'il se moque ouvertement de Donald Trump.

Parmi leur sketch les plus fameux est celui d'un restaurant où l'on se sert que des cheeseburgers et et où les commandes au «short order cook» sont données non pas par quantité. mais par la répétition du mot «cheeseburger» prononcé «chee-burger». Ainsi trois cheeseburgers sont commandés : «Chee-burger, chee-burger, chee-burger...» Et on n'y sert pas de Coke, que du Pepsi. - On en trouvera un exemple (avec introduction) à l'adresse suivante :

https://www.youtube.com/watch?v=Y1tFx5xKrSI&t=3s

Ce sketch est peut-être drôle, mais la vérité est tout autre :

Les Américains consomment 50 milliards de hamburgers par année et c'est là où les écologistes sonnent, et avec raison d'ailleurs, l'alarme :

Pour chaque hamburger vendu, il faut, pour sa production, 1 700 litres d'eau en majeure partie utilisées pour la production des grains nécessaire à nourrir les bovins dont la viande est à leur base. Ajoutez le pain et tous les autres ingrédients, le processing, le transport, la réfrigération et le métane dégagé par ces animaux quand 1 unité de métane = 23 unités de Co2

On parle de 200 millions de tonnes métriques de polluant par année.

Plus que tous les polluants des autos de type SUV.

Jeff

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82-2017-04-03

Quarante ans 

On n'y pense pas souvent - pardon : je n'y pense pas souvent ! -, mais quand Élyanne m'a dit l'autre jour que je commençais à avoir des cheveux gris, j'ai réalisé tout à coup que j'allais avoir quarante ans cette année ; que, comme les statistiques nous le soulignent, je vais, sous peu, m'engager dans, probablement, la deuxième et évidemment la dernière quarantaine de ma vie.

«Chanceux !» me disait Simon il y a quelque temps. Ah oui ? Il ne m'a rappelé que la vie était tout simplement ce qu'elle est et qu'il ne fallait que la prendre par le bon bout et en profiter. «Mon problème, poursuivit-il, si c'est un problème, est qu'elle est, à mon âge, en phase finissante, d'où cette urgence que je ressens au jour le jour de faire les choses auxquelles je n'ai pas consacré assez de temps du temps où je pensais avoir tout le temps devant moi. Lire, par exemple.»

George, dans sa dernière chronique soulignait qu'avec son enfant, son travail, sa maison, son chum et tout le reste, elle  n'avait pas le temps de penser et je regrette d'avoir à le dire, mais il m'arrive régulièrement de me dire la même chose.

Je ne veux pas changer de sujet, mais j'écoutais Copernique récemment (ou était-ce Simon ? car ils parlaient entre eux) qui disait, à propos de Buster Keaton, que l'univers tout entier était contre lui dans la plupart de ses films - c.était, un jour, tous les policiers d'une ville (Cops), toutes les femmes ou toutes les pierres d'une montagne (Seven Chances) et ainsi de suite - et je me disais qu'effectivement, tout était contre nous quand il s'agissait de penser à notre avenir ou tout simplement de penser.

Et l'après-vie ?

Voici ce qu'en pensait l'auteur américain Percy Walker :

«No [paradise], thank you. No rebirth either, but I wouldn’t mind a visit in the year 2050—a short visit, not more than half an hour—say , to a park bench at the southeast corner of Central Park in New York, with a portable radio. Just to have a look around, just to see whether we made it and if so, in what style. One could tell in half an hour. By “we” of course, I do not mean just Americans, but the species. Homo sapiens sapiens.» (Percy Walker)

«Pas de paradis, merci. Ni de réincarnation, mais j'aimerais bien revenir sur terre en l'an 2050 - pas plus qu'une demi-heure - et m'asseoir sur un banc du Central Park, côté sud-est, avec un appareil radio. Juste pour voir ce qui se passe, savoir si nous avons réussi ou non, et de quelle façon. Facile à percevoir dans une demi-heure. par "nous", je ne veux pas dire "Nous, les Américains», mais l'espèce humaine, l'homo sapiens.»

On a le droit de rêver.

Jeff

P.- S. : Merci Paul ! Et pour la citation, et pour la traduction !

Note de Paul Dubé :

La citation ci-dessus est tirée d'un interview de Zoltan A. Nagy qui fut publié sous le titre de «The Art of Fiction»  dans la revue Paris  Review (no. 97). - Cet interview s'est déroulé par la poste entre les mois de mai et d'octobre 1986. - J'ai substitué le mot «paradis» à l'expression «vales of Har» de (William Blake) qui fait référence à un endroit où les âmes perdent peu à peu leur capacité cognitive pour se retrouver dans un état proche de la petite enfance. - Percy Walker est décédé en 1990.

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81-2017-03-06

Et nunc manet in te

Énigmatique qu'est ce bout de phrase que Simon, après deux verres d'eau distillée, cite régulièrement. Paul me l'a traduit un jour, à peu près comme ceci : «Et maintenant [cela] repose en toi», me laissant sous-entendre que «dorénavant, je savais [quelque chose] et que je ne pouvais plus l'ignorer.» - Plus tard, Simon m'a dit que la seule et unique vraie traduction de ce «Et nunc manet in te» était : «C't'a toé, les oreilles ; t'avais juste à pas écouter.»

Depuis, j'ai appris que ce fut le titre du dernier livre publié, si l'on peut dire du vivant (*), d'André Gide, mais que sa majeure partie datait de 1895 ou 1896, date de son mariage avec Madeleine Rondeaux ; que son titre était tiré d'un poème attribué à Virgile, mais dont on ne sait pas l'origine exacte ; que sa traduction la plus courante est «Maintenant, c'est en toi.»

(*) Comme bien des livres de Gide, notamment son Corydon, sa première édition - en treize exemplaires - fut distribuée à des amis proches, en 1947. Gide mourut en 1951 et l'édition grand-public paru  peu de temps après. - Pour de plus amples renseignements (Résumé, informations générales, etc..), voir le site http://www.andregide.org/studies/e_bhatt.html.(Note de l'éditeur)

J'ose, aujourd'hui, à peine en parler parce que j'ai bien peur de passer pour le philosophe que je ne suis pas, le réfléchisseur, également, qui ne peut se permettre de penser comme Monsieur Perec, Simon, Copernique ou même Paul quand ils parlent de ce qu'ils connaissent..

Et pourtant...

À l'âge avancé où je suis rendu (par rapport à mes enfants), je me dois de dire que je ne suis pas une bête et qu'il m'arrive souvent d'être aux prises avec des pensées qui me troublent et qui me font dire que si l'on meurt et qu'il n'y a rien après, que la vie est vraiment absurde, mais qu'elle vaut quand même la peine d'être vécue, ne serait-ce que pour recevoir des messages comme celui qui suit, de mon ami aspie, Serge que vous connaissez parce que j'en ai déjà parlé :

En voici quelques extraits :

«Cher toi,

Je sais. Tu n'as pas eu de mes nouvelles depuis un bon bout de temps.

J'étais occupé comme disait ma mère. Entre Boston et New York. Chez des amis. - Des amis de M*** plutôt. - De M***, ma dernière... ou plus justement, des amis M*** dont j'aurai été le dernier avant le prochain. - Depuis, nous nous sommes séparés. - Elle ne supportait pas que je puisse la regarder comme une chose. Une chose étrange, avec deux pattes, des cheveux longs et une bouche qui ne pouvait penser qu'à haute voix. Fort jolie d'ailleurs. Des seins à faire rêver, un bassin... Je t'épargne le reste sauf pour te dire qu'elle avait une boucle - enfin : un objet rond qui aurait pu passer pour de l'or - dans sa narine droite, ce qui semblait fasciner le mari de chez qui nous étions. - Ce qui m'a fait penser, par la suite, que c'était pour elle que nous avions été invités. - Remarque que sa femme n'était pas piquée des vers non plus, mais les partouzes à quatre quand, comme moi, on a de la difficulté à deux...

[...]

Je ne suis pas encore rentré. Après être allé reconduire M*** à l'aéroport, car il n'était pas question que nous rentions ensemble, je me suis arrêté quelques heures à Manchester (s'y trouve un petit musée comme je les aime car il n'y a jamais personne, le Currier) et comme il me restait encore du temps, je me suis retrouvé à Burlington, au Sheraton, cet hôtel qui, de l'extérieur a l'air d'un bunker, mais qui est très joli à l'intérieur. Et tranquille par-dessus le marché quand il n'y a pas de 'conventions'. - C'est de là où je t'écris.

Je t'écris parce que, comme tu sais, je suis trop affecté par tout ce qui se passe autour de nous quand nous sommes face à face, ne serait-ce que le bruit d'une horloge - alors tu penses, dans un café... - et parce que j'ai appris que l'amie d'une de tes amies avait un fils atteint du syndrome d'Asperger et qu'elle s'inquiète que son fils, qui parle sans problème à la maison, soit totalement muet à l'école.

Oui, je sais, dans ces cas-là, on ne sait pas pour qui s'inquiéter : pour les parents ou pour le fils ?

Pour ni l'un, ni l'autre car, à moins que le petit soit un crétin (ce qui est très rare !), il finira par calmer son père et sa mère en apprenant suffisamment à bluffer un comportement normal, même à l'école. Quant à lui, il n'a qu'une chose à craindre : la solitude.

J'ai un nom :

Dis à l'amie de ton amie d'appeler le docteur C*** du CLSC de V*** qui saura les diriger vers l'endroit approprié. Aucun problème depuis plusieurs années car il y a de plus en plus de ressources de ce côté. Y'a même divers sites Internet qu'ils peuvent consulter. Sauf que je ne sais absolument pas ce qu'on propose aujourd'hui comme thérapie,  et aux parents, et aux enfants atteints de ce syndrome.

C'est un touch n' go. car même moi, je se saurais pas quoi faire. Chaque cas est particulier. Il n'y a que les généralités qui se ressemblent et comme nous n'en discutons pas entre-nous.

[...]

Nul ne peut savoir ce que c'est que se ressentir unique dans une foule parce qu'on ne sait pas saluer convenablement, ni dire bonjour , ni comprendre les cent mille gestes dont la signification nous échappe.

Nul ne peut savoir ce que, aspie, être invité à déjeuner à la dernière minute. 

Nul ne peut savoir ce que c'est qu'être  considéré comme un être étrange alors que l'on sait très bien que nous ne le sommes pas.

[...].

Ton fidèle - si tu sais ce qu'est la fidélité - ami, qui t'adore, mais à qui on n'a jamais enseigné ce que c'était qu'aimer,

(Et bonjour à ta femme... sans oublier mes habituelles distantes caresses à tes enfants !)

Serge.

Jeff

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