Les chroniques de Jeff Bollinger

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Du 6 juillet 2015 au 4 avril 2016

Pour l'édition courante, voir le Castor™.

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70 - 2016-04-04

Éducationnement

Oui, la référence de Copernique aux guerres puniques, dans sa chronique d'aujourd'hui m'a bien fait rire la semaine dernière, mais elle m'a également fait penser que, même comparé à ce que j'ai appris au cours de mes études, ce que les jeunes ont à apprendre aujourd'hui dépasse, et de loin, ce que mes parents ont appris à leur âge. J'en parlais avec Paul [Dubé¸il y a quelque temps qui me disait que ses grands parents étaient nés à une époque où l'automobile n'existait pas et encore moins l'aviation ; qu'une de ses grand-mères devait se rendre au plus proche village (vingt kilomètres) pour pouvoir, à 25 ans, téléphoner ; que son grand-père paternel était mort, jeune, d'un infection qui se guérit, aujourd'hui, en quelques jours ; que son autre grand-père avait vu une locomotiove pour la première fois, à quinze ans ; et ansi de suite..

Ce qui m'a le plus surpris, c'est qu'on lui avait enseigné, en classe, bien avant sa douzième année (âge), et non au cours d'une de ces activités qu'on dit, aujourd'hui, parascolaires, le solfège, le dessin (perspective), l'hygiène et l'art de régiger une lettre mais également comment dactylographier, comment remplir tous les formulaires bancaires (et ce à quoi ils servaient), comment fonctionnait le système parlementaire et, ce qui est encore plus surprenant : la bienséance, les vêtements à porter (et à non porter) lors d'un baptême, d'un mariage ou de funérailles, lorsqu'on postule un emploi, lorsqu'on va au théâtre, l'importance de la ponctualité, comment s'adresser à un prêtre, un curé, un évêque et au pape et, incroyablement... comment s'adresser à une jeune fille pour lui demander si elle veut bien danser avec soi et, naturellement comment danser. Toutes ces choses qu'on me demande, à moi, d'enseigner à mes enfants.

"C'est que je n'ai pas suivi de cours de pédagogie !" lui ai-je dit. "Heureusement, m'a-til répondu, car je n'ai aucune idée ce qu'on peut y apprendre de nos jours. - Certainement pas la politessse. Ni la ponctualité. - À boire, peut-être ?"

Que doit-on enseigner à ses enfants ?

Matisse, c'est celle que tu préfères, non ?" (Pour ceux qui ne le savent pas, Matisse, c'est ma dernière. Elle aura 9 ans, en juin. L'ont précédé : Alysée, 15ans, en juin également ; Thomas, 13 ans depuis un mois et Frédéric, 11 ans à la fin de septembre.) - Je suppose que c'est l'impression que je donne.

C'est celle qui me pose le plus de questions.

Alysée n'est plus un enfant. C'est une jeune fille. Depuis qu'elle a eu ses règles, elle a compris que j'étais différent par rapport à sa mère. Une menace ? Peut-être. Qui sait ce qui se passe dans la tête d'une demie-jeune-dame ? Quand je la prends dans mes bras, elle recule un peu, mais visiblement elle ne sait pas pourquoi. Et, de temps à autres, je sens qu'elle voudrait s'endormir sur mes genoux comme quand elle était p'tite. Élyanne, Madame Bollinger, et elle ont des secrets que je ne voudrai jamais percer.

Thomas a besoin d'être seul. Il tient de son parrain, un reclus qui passe ses temps libres à étudier l'horlogerie, l'horlogerie mécanique, il va sans dire. "Celle qui fait tic-tac" disait-il quand il était plus jeune. - Jumelles, globe terrestre, livres sur l'astronomie, calculette, ordinateur, tablette électronique... Depuis que je lui ai acheté un téléscope, il passe ses journées et ses soirées, à faire des calculs. Sa dernière folie est de reconstruire à l'échelle le système solaire. Il a commencé avec un ballon de foot pour s'apercevoir, avec stupeur, qu'il lui faudrait se rendre très loin pour poser la balle de golfe qui représenterait Jupiter.

Frédéric est à mi-chemin entre l'enfance et l'adolescence. Le matin, il est dans les jupes de sa mère et l'après-midi, il se mesure avec son frère.

Et à tout ce beau monde, j'ai dû, un jour, dire que le Père Noël n'existait pas. - Qu'adviendra-t-il lorsqu'ils me parleront de religion ?

Rien de comparable à ce que Paul a appris en classe.

Jeff

***

69 - 2016-03-07

Ah ! Si je seulement pouvais seulement me souvenir...

Alysée, qui aura 15 ans le mois prochain, est venue me voir la semaine dernière avec une question surprenante : "Est-ce vrai que nous sommes, nous les femmes, inférieures aux hommes ?" - "Pourquoi tu dis ça ?", lui ai-je demandé. - "Parce que, c'est vrai : vous êtes plus fort, vous courrez plus vite, vous êtes meilleurs au golf, au tennis..."

De fil en aiguille, j'appris que cette idée saugrenue lui était venue de... son amie, Sam (Samantha), la fille de notre voisin (anglophone).

"Ben oui, car c'est son professeur de français qui lui a dit."

Et c'est ainsi que j'appris que, dans une maison, les noms des pièces moins importantes, les chambres à coucher, la cuisine, la salle à manger étaient féminins alors que le salon, les corridors, les murs étaient masculins ; idem pour la cave et le grenier ; que dans la salle à manger, on disait "une table", "une chaise", "une assiette", "une fourchette", "une tasse", mais "UN couteau", "UN buffet", "UN verre" tandis que la chaise principale était "UN fauteuil"...

Et j'ai passé le reste de la journée à lui démontrer le contraire ; ce qui, pensez-y, n'est pas facile. Mais utiliser un moyen mnémotechinque semblable pour déterminer le genre des mots, avouez que c'est peu rassurant sur la qualité de l'enseignement qu'on donne aujourd'hui à nos enfants. - Prudent, quand même, je ne lui ai pas parlé d"amour, délice et orgue"...

Ça ma fait penser à un de mes profs, il y a des années de cela, qui, exaspéré d'entendre des "Si j'aurais su..", "Si j'aurais été plus fort...", "Si y'aurait pas ceci ou cel...", dit un jour : "Combien de fois vous ai-je dit qu'il n'y a pas de "R" après un "si". - Mais lui, nous l'avions "ramassé". - Sébastien, à mes côtés, avaient rétorqué : "Mais s'il se tRompe." - Le clou cependant, revint à je-ne-souviens-plus-de-son-nom qui avait dit : "Et s'il erre..."

Des balivernes, vous allez me dire, mais, si seulement je pouvais me souvenir, pour reprendre le titre de cette chronique, de ce que mes parents m'ont dit à propos du Père Noël, de la Fée des étoiles, du Bonhomme Sept-Heures et du p'tit Jésus dans sa crèche... Si seulement, encore, je pouvais me souvenir de ce que j'ai dit à Alysée même, à Thomas, qui a eu 13 ans le mois dernier et à Frédéric qui grandit à vue d'oeil... 11 ans à la fin de septembre ; et puis à Matisse, la toute dernière, qui aura 9 ans dans trois mois et qui se demande pourquoi elle n'a pas de seins comme sa soeur.

Ce n'est pas un sujet de discorde entre Élyanne et moi. Parce que nous n'y pensons pas tout le temps. "Il suffit de les aider, de les aimer" qu'elle me dit, mais j'ai toujours en tête une phrase entendue, je ne sais où (je devais être très jeune à l'époque car je m'en souviens comme si c'était hier) : "Y'a deux choses qui scrappent une vie : la religion et la jalousie."  - Pour la jalousie, je ne m'en fais pas trop : nous nous aimons tous à la maison et puis, quand elle arrivera, ben, elle passera comme sa première peine d'amour, mais la religion...

Je me penche de plus en plus sur les principes religieux qu'on m'a enseignés depuis quelque temps car s'il y a une chose que je voudrais transmette à nos enfants, c'est bien de respecter autrui, de ne pas faire aux autres ce qu'ils ne voudraient pas qu'on leur fasse, d'aider leurs prochains et ainsi de suite, mais je ne peux tout de même pas insister pour qu'ils croient que le monde a été créé en six jours, qu'avant Moïse, les gens faisaient ce qu'ils voulaient, qu'un dieu, immensément bon et infiniment aimable, a détruit tous les animaux de la terre lors d'un déluge survenu, il y a à peine quatre mille ans...

Sauf qu'ils doivent apprendre à se défendre contre ceux qui voudraient leur imposer leur propre conception du monde.

Jeff

***

68 - 2016-02-01

ZIPF-A-DOO-DAH (1)

Je serais négligent si je ne disais pas que c'est Copernique qui m'a ré-intéressé aux mathématiques après que j'eusse cessé mon émerveillement devant son élégance et sa logique. Quand au juste ? Dès que j'ai commencé à voir des équations contenant douze inconnus (dont deux ou trois constantes) identifiées par des des lettres grecques. - "Pourtant, m'a-t-il dit, un jour, l'équation la plus célèbre du monde n'a que trois lettre et une seule fonction exponentielle, la plus simple de toutes : le nombre 2." Et de là, il me cita E=MC2.

Évidemment. Mais je dois avouer que l'algèbre et les mathématiques théoriques n'ont pas trouvé chez moi un amateur, même sous toutes réserves. Ni les mathématiques de l'astro-physique, d'ailleurs, ni le calcul diférentiel, ni le calcul intégral. J'ai, un temps, flirter du côté de la géométrie, des logarithmes et même su, longtemps, ce que signifiaient les mots sinus, cosinus et l'autre dont j'ai oublié le nom. (2) Par contre, j'ai eu un penchant certain, ou un certain penchant, du côté des probabilités et des statistiques. Et c'est ainsi que j'ai découvert la Loi de Zipf. Une loi qui a bouleversé ma conception de la langue et de l'écriture. Je m'explique :

Sans qu'on me donne les sources de ce qui suit, j'ai toujours cru que tous ces énoncés avaient un certain sens :

1 - Qu'il existait en français quelque chose comme 500,000 mots et même 1,000,000 si l'on incluait les mots techniques.

2 - Que les mots les plus courants, c'est-à-dire, dignes de figurer dans un dictionnaire contenant plus de 90% des mots utilisés par 99% de la population se situe entre 60,000 (Petit Larousse illustré) et 75,000 (le Grand Robert) quoique le Dictionnaire de l'Académie Française (édition de 1935) n'en regroupe que 30,000.

3 - Que le nombre de mots dans la langue parlée par les Français de tous les pays ne dépasse généralement pas 6 ou 7,000 mots dépendant du niveau de l'éducation, du milieu et des objets de la conversation.

4 - Que les Lycéens ont un vocabulaire ne dépassant pas 3,000 mots, que les universitaires n'en utilisent rarement plus de 5,000.

5 - Que les grands auteurs ont un vocabulaire inférieur à 20,000 mots.

6 - Que Maupassant, dans tout son oeuvre, n'a jamais dépassé un nombre de mots variant entre 15 et 17,000.

Le problème avec ses statistiques est que même avec un super-ordinateur, il est difficile de déterminer si le mot "est" (par exemple) doit être compris comme étant un des points cardinaux ou le verbe "être" à la troisième personne du singulier (au temps présent parce que ce verbe sert également d'auxiliaire). Ou encore si les mots ayant plusieurs significations (ex. : "hôte" désignant à la fois celui qui reçoit ou celui qui est reçu, "louer" qui peut, indiféremment, être une action de celui qui donne ou celui qui prend en location, etc.) doivent être considérés comme des most uniques. Mais nonobstant ces particularités ou nuances, il n'en existe pas moins quelque chose de vraiment bizarre et qui est la même dans toutes les langues et c'est la loi mentionnée ci-dessus, d'abord énoncée par le sténographe français, Jean-Baptiste Estoup et formulée par le linguiste américain George Kingsley Zipf. En voici les grandes lignes :

(En anglais pour ce qui est des mots utilisés dans l'exemple qui suit, mais c'est une loi qui s'avère identique dans toutes les langues.)

"Attachez vos tuques", comme dirait Monsieur Popp, car vous allez être surpris.

Les 20 mots les plus communs en anglais, en ordre décroissant sont :

"The - Of - And - To - A - In - Is - I - That - It - For - You - Was - With - On - As - Have - But - Be - They"

(Le mot "The", soit dit en passant, est présent dans 6% de tous les mots utilisés, quel que soit le contexte dans lequel on le retrouve : de la langue parlée au traité le plus obscur de philosophie.)

Et voici la surprise :

Le mot "The", étant utilisé, disons 1000 fois dans un texte, le mot suivant "Of" (deuxième) sera utilisé 500 fois, soit 1/2 ; le troisième, "And" sera utilisé 333 fois soit 1/3 ; le quatrième, "To", le sera 250 fois soit 1/4 ; le cinquième, "A", 200 fois (1/5) ; et ainsi de suite.

N'allez surtout pas appliquer ce genre de calcul à un court texte pris au hasard, ni à de multiples textes parlant de chimio-thérapie ou de recettes pour biscuits au gingembre, mais pour en démontrer non pas l'exactitude mais la généralité du principe, de nombreuses études ont été faites sur de larges ouvrages, notamment par Zipf lui-même et voici ce qu'il a trouvé en analysant l'Ulysse de James Joyce :

- que le mot le plus courant avait été utilisé 8,000 fois par Joyce

- que le dixième mot de sa liste avait été utilisé 800 fois (1/10)

- que le centième mot avait été utilisé 80 fois (1/100)

- et que le millième mot avait été utilisé 8 fois (1/1000)

Un peu plus compliqué :

Je n'ai pas le texte de l'ouvrage de Zipf à mes côtés (il est difficile à trouver dans le coin où je demeure), mais selon sa loi, si vous mulitpliez le rang dans lequel un mot apparaît dans un texte par le nombre de fois qu'il s'y trouve, vous obtiendrez une constante qui sera la même, quel que soit le rang d'un mot.

Jeff

(1) En intitulant sa chronique "Zipf-A-Doo-Dah", Monsieur Bollinger fait sans doute - et peut-être même inconsciemment - à la chanson "Zip-A-Dee-Doo-Dah" de Ray Gilbert (pour les paroles) et d'Allie Rubel (pour la musique) telle quae chantée par James Baskett, en 1946, dans le film "Song of the South" des studios de Walt Disney. Voi à : https://en.wikipedia.org/wiki/Zip-a-Dee-Doo-Dah. (Note de l'éditeur)

(2) Tangente. (idem)

356

Quand j'ai appris, le mois dernier, que Copernique avait regardé 356 documentaires l'an dernier, je me suis mis à penser au nombre de films qu'on pouvait visionner au cours d'une vie, plus précisément au nombre de films que l'on pouvait enregistrer sur un disque fixe (ou amovible), mais pas tout de suite. Ce nombre m'est revenu en examinant le contenu d'un feuillet publicitaire que j'avais reçu pour les soldes d'après-Noël où figurait en première page un disque de 5 tera-octets à 179 $.

Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est un tera-octet, voici quelques détails :

Dans un octet, on peut inscrire un chiffre ou une lettre.

Dans un kilo-octet, on peut en incrire mille.

Dans un mega-octet (1000 kilo-octets), on peut en inscrire un million (1 suivi de 6 zéros)

Dans un giga-octet (1000 mega-octets), on peut en inscire un milliard (1 suivi de 9 zéros)

Et dans un tera-octet (1000 giga-octets), on peut en inscrire...  un billion (1 suivi de 12 zéros).

Cinq suivi de 12 zéros, je ne sais pas pour vous, ne signifiant pas grand chose pour moi, je me suis mis à la recherche de la capacité pratique d'un disque de cinq tera-octets et voici ce que j'ai trouvé :

Dans UN tera-cotet, on peut enregistrer :

De quoi écouter de la musique pendant 8 ans - 24 heures par jour, 365 jours par année.
Environ dix huit millions de clichés (photos)
Deux cent cinquante mille films, format DVD, haute définition.
Un million de films format standard.

Encore des nombres qui ne veulent rien dire. - J'ai fait d'autres calculs :

En supposant que si, à vingt ans, je m'étais mis à regarder un film par jour, à tous les jours, il m'aurait fallu 2 ans et quelque 8 mois pour visionner mille films, cinq ans et demi pour en visionner deux mille. - Et à un par semaine ? J'en serais, aujourd'hui, à mille huit cent films.

Ce qui revient à dire que si mille personnes se mettaient, aujourd'hui,à visionner un fim différent par jour, il leur faudrait plus d'un quart de siècle pour regarder le contenu d'un disque de cinq tera-octets.

Ce n'est pas l'infini, mais en se tenant sur le bout des pieds...

De tous les chroniqueurs du Castor™, la palme du collectionneur des collectionneurs d'information digitalisées revient - vous vous devez vous en douter - à Paul Dubé qui, sur ses disques a accumulé à peu près tous les films et documentaires qu'il a regardés depuis six ou sept ans, toute sa correspondance, quelque chose comme trois mille CD, une quantité inimaginable de livres digitalisés, des milliers de photos d'artiles de journaux de même que tous les rapports qu'il a rédigés en vingt ans de travail (avec toutes leurs annexes), différentes sites Internet (en multiples exemplaires), son journal personnel, des recettes de cuisine, des inventaires, des notes... (je m'arrête ici) et vous savez combien tout cela prend d'espace ? Moins de deux tera-octets dont il a, en permanence, trois copies. De quoi remplir moins de 20% d'un disque de cinq tera-octets, 20% auquel s'ajoutera, la journée où cette édtion paraîtra, moins d'un mega-octet.

Jeff

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67 - 2016-01-04

Le livre numérique

Un peu plus loin, dans cette édition du Castor™, vous entendrez parler de la lecture, de livres et de littérature qui furent le sujet d'un récent "débat" en la Salle Marc Ronceraille de l'UdeNap. Je ne vous en dirai pas plus ; voir la section "Book Reviews - Lectures"pour de plus amples détails, mais, ayant participé aux discussions, il est un sujet pour lequel je m'étais préparé et qui n'a pas fait l'objet de commentaires. C'est celui du livre numérique à propos duquel le journaliste Fabien Deglise écrivait un court article dans Le Devoir du 23 ou du 24 décembre dernier. (Pas sûr de la date car c'est une amie qui m'en a remis une copie.) En bref, M. Deglise faisait allusion à la prédiction de Nicholas Negroponte (du MIT) qui, il y a cinq ans, a annoncé la mort du livre imprimé avant l'année qui vient de se terminer, soulignant (Monsieur Deglise) que le livre imprimé non seulement n'avait pas, en cinq ans, donné des "signes d'essouflement", mais de vigueur compte tenu de l'augmentation du nombre de libraires au cours de cette période et des millions de dollars consacraient actuellement "dans l'amélioration de leurs infrastructures" des firmes comme Hachette, Simon & Schuster, Penguin, Random House, etc. (cité de mémoire).

Loin de moi l'idée de constester les affirmations de M. Deglise, mais, si vous m'aviez demandé, il y a, non pas cinq ans mais dix ou même quinze ans, la pérennité des "clubs-vidéo", ces endroits où l'on pouvait louer pour presque rien non seulement les films courants mais les chefs-d'oeuvre du cinéma mondial, j'aurais abonder dans le même sens que vous semblez avancer au sujet de cette autre pérennité que sera encore pour bien des années le livre-papier. C'était bien avant la venue de YouTube ou Netflix.

Est-ce que je veux dire par là que le livre numéroque va remplacer, à plus ou moins long terme, le livre imprimé ? Pas du tout. J'ajouterais même que rien ne pourra remplacer le côté matériel - physique -, le plaisir de tenir en ses mains quelque chose qui peut-être un journal, un fascicule, un livre qu'on peut feuilleter à sa guise, déposer sur sa table de chevet, reprendre le lendemain sans se soucier d'avoir à le brancher ni l'impression générale d'avancer dans ses lectures en contemplant les meubles où on les entasse. - Permettez, ici, que je passe par dessus la beauté de certains de ces objets ou le plaisir de l'odeur qu'ils répandent (qu'on me souligne souvent), car tout le monde aura compris ce que je voulais dire.

D'un autre côté, je ne peux m'empêcher de penser, comme Monsieur Popp et Monsieur Copernique le font depuis quelque temps, à ceux qu'il n'y a pas si longtemps certaines personnes insistaients sur les qualités humaines des chandelles, des feux de cheminée ou des chevaux (comme moyen de locomotion) ; bien avant les ampoules électriques, le chauffage central et l'auto. - J'avance cela car l'utilisation de lecteurs numériques offrent des avantages encore insoupçonnés à ceux qui courent chez leur libraire pour se procurer le dernier best-seller et, parmi ces avantages, j'avancerai, entre autres :

- la possibilité d'amener avec soi, en voyage, en vacances, les deux, trois volumes qu'on s'est promis de lire sans avoir à trainer deux kilos de papier

- non seulement ces deux kilos, mais qu'on aura à sa portée les guides de voyage, les dictionnaires et encyclopédies dont on sait qu'on aura de besoin

- il faut également songer à la facilité qu'on aura à trouver un passage de quelques lignes dans un volume de trois mille pages

- sans compter qu'on peut souligner, annoter tout ce qu'on lit sans, d'un malhabile stylo, détruire la valeur d'un livre-papier

- j'ajouterai, en dernier lieu, qu'il est plus facile de conserver "en état de lecture" un livre numérique qu'un livre imprimé et qu'un documentaire, avec animations et multiples intervenants, remplacera facilement quatorzes volumes sur l'"Art à travers les siècles" d'un seul auteur..

Non, je ne ferai pas de prédiction à la Nicholas Negroponte et je n'avancerai certainement pas que le livre imprimé (dont l'existence ne remonte qu'à quelque cinq cents ans, pas plus) est voué à disparaître complètement, mais je vois, dans les restaurants, dans les transports en commun, de moins en moins de livres et de plus en plus de lecteurs électroniques ou de tablettes.

Jeff

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66 - 2015-12-07

Un tuyau...

Y'a des choses, comme ça, qu'on ne sait plus par quel bout les prendre pour les dire. Celle qui suit et qui a pour titre "Un tuyau" (1) en est une.

Les prémisses sont multiples, alors je voudrais vous en donner les sources, dès le départ :

1 - Mes parents étant morts jeune, je fus élevé par un oncle et une tante qui possédaient des meubles magnifiques.

2 - Si on m'avait "lâcher loose" dans l'existence (Dieu, ce que j'ai aimé la deuxième chronique de Simon aujourd'hui !), je serais devenu un ébéniste à temps plein.

3 - J'ai connu un bonhomme qui a demeuré - et qui probablement demeure toujours - dans un complexe résidentel très prestigieux lorsqu'il fut construit et qui recommence à être un endroit très chic : Habitat 67. - À Montréal, tout près du port et de son centre-ville.

4 - Ce bonhomme-là avait une collection de meubles à faire rêver. - Pas autant que Paul (Dubé) avec sa tapisserie des Gobelins, son buffet en chêne massif ou sa table à pieds tournés (Louis XIII) - en acajou, mais quand même...

5 - Et, finalement, j'ai connu un antiquaire qui trouvait normal de multiplier par dix le coût d'un objet pour le revendre à profit.

Et c'est ainsi que je commence cette chronique :

J'aime les meubles, les objets aussi, mais les meubles d'abord et avant tout. C'est - vous devez savoir - la table sur laquelle vous preniez votre petit déjeuner quand vous aviez cinq ans, la chaise dans laquelle votre grand-père se berçait ; pas celle qui était si vieille qu'on l'aurait volontiers fait monter à bord du Titanic, et puis l'armoire où l'on entassait les serviettes, les draps, les taies d'oreillers et dans laquelle le chat sautait à la première occasion.

J'aime les commodes et tables conçues par André-Charles Boulle, les récamiers, les poudreuses, les extravagants fauteuils, etc. ... et je vais vous avouer un secret : pour conserver et emmagsiner des livres, rien ne vaut la diversité des bibliothèques de chez IKEA.

Ce qui fait que...

Quand je passe devant un magasin de meubles - sauf deux ou trois que je ne peux supporter à cause de leur prix et de leur snobinardismes - je m'arrête souvent pour découvrir, parfois, des magnificences... - Une table, récemment, fausse comme il est coutume d'en voir, qui était ce que tous les collégiens du XIXe siècle ont dû connaître et qui semblait issus d'un sévère collège jésuite ou peut-être même des Frères de l'École Chrétienne. Prix : la peau des fesses. - Un banc à la Grèce antique recouvert de faux léopard. Pas très dispendieux, mais à quel endroit peut-on foutre un objet comme celui-là ?- Une armoire du temps des Shakers, d'un vert inestimable. À celle-là, je n'ai pas pu résister, même si c'était une copie. Elle est la chose qui attire toutes les attentions dans notre salle à manger. Même s'il a fallu manger des pâtes pour un temps.

Mon tuyau :

Quand vous voyez un meuble hors prix, patientez quelques jours - et même semaines. Puis entrez, faites une offre au propriétaire de l'établissement où il se trouve sans jamais dépasser 50% du montant demandé. On vous la refusera immédiatement, mais laissez votre carte. Ce 50% est généralement le prix que son revendeur a payé ou a promis de payer au fabriquant.

Neuf fois sur dix, on vous rappelera quelques jours plus tard.

Voilà.

Je m'excuse d'être si bref, mais c'est la saison.

Jeff

(1)  Renseignement confidentiel de bonne source, ex. : Il en imposa à l'homme de Bourse. Pour commettre une pareille folie et rester aussi calme, il fallait certainement que cet étrange client eût des tuyaux secrets, et combinât un coup de maître (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 382).Pouvez-vous me dire de qui vous tenez les tuyaux touchant la ruine de M. Joseph? (Duhamel, Maîtres, 1937, p. 70). - Source : http://www.crisco.unicaen.fr/

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65 - 2015-11-02

Aucune idée

Ici, quand on veut entendre parler d'histoire ancienne ou qu'on veut savoir qui a dit quoi, quand et où, on n'a qu'à s'adresser à notre disc-jockey qui passe ses grandes soirées à regarder des documentaires sur YouTube ou à lire des manuels sur les philosophes grecs (plus particulièrement les présocratiques), la guerre civile américaine, ou l'histoire de France et à annoter les essayistes du XIXe siècle. - Faut dire qu'il s'entend très bien avec Copernique. - Je voulais lui demander justement qui avait dit que "notre connaissance du monde augmentait proportionnellement, mais à l'inverse, au fur et à mesure que nous découvrions ce que nous ne connaissons pas". Mais il a été absent presque tout le mois. - Socrate, je crois. (Je veux dire que je crois que c'est Socrate et non que Paul était à la recherche de Socrate, mais vous m'aurez compris.)

Quoiqu'il en soit, je commence à réaliser que plus ça va, plus j'en connais de moins en moins et qu'en conséquence, au train où les vont les choses en ce moment, surtout avec mes enfants, je crois que je serai un savant d'ici peu. Et j'ai hâte. Hâte, enfin, d'être capable de dire : "Je ne sais pas !" Quelle que soit la question qu'on me posera.

Quelle est la distance entre la terre et la lune ? - Je ne sais pas.

Où se trouve la cité de Pétra ? - Je ne sais pas.

Qui a découvert la série 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 45... ? - Je ne sais pas.

En quelle année Newton est-il né ? - Je ne sais pas.

De quand datent les quatre évangiles ? - Je ne sais pas.

Je ne dis pas que j'ignore qui a composé le Carnaval des animaux de Saint-Saëns et que je n'ai jamais cru que Le génie de Grandet était le titre d'un roman de Balzac (choses que j'ai déjà entendues), mais je commence à me demander si je ne suis pas en train de perdre le contrôle :

Un peu de maths

Treize mille huit cent soixante dix neuf. Pourquoi treize mille huit cent soixante dix neuf ? Parce que le cinq septembre dernier, j'ai célébré mon trente-huitième anniversaire et, entre le cinq septembre mil neuf cent soixante dix sept, jour de ma naissance et le cinq septembre deux mil quinze, treize mille huit cent soixante dix neuf jours se sont écoulés. Puis quoi ? Parce que si j'avais, le lendemain de mon anniversaire, fait le même calcul, je me serais retrouvé avec le nombre treize mille huit cent quatre vingt tandis que, la veille, j'aurais eu à me contenter de treize mille huit cent soixante dix huit. L'important, c'était de me rappeler que, le cinq septembre dernier, je suis rentré dans ma trente-neuvième année et que ce jour-là, la NASA célébrait également le trente neuvième anniversaire de sa sonde, Voyager-1. Je suis né, en effet le jour du lancement de Voyager-1.

Voyager 1

J'y ai pensé parce que la semaine précédente, Paul et Simon m'avaient dit qu'à moins d 'être âgée d'au moins cinquante-sept ou cinquante-huit ans et d'avoir été particulièrement douée, il est peu probable qu'une personne puisse se rappeler où elle était le jour de l'assassinat de John F. Kennedy (le vingt-trois novembre mil neuf cent soixante trois) alors que tous les gens de plus de soixante ans s'en souviennent précisément tout comme ceux qui ont quarante ans et plus se souviennent des premiers pas de Neil Armstrong sur la lune ; "A small step for man, a giant leap for mankind."- De là, il se sont mis à parler de Duplessis, du cardinal Léger, de de Gaulle, d'Hitler, du roi George VI et même de Napoléon sauf que...

...comme le soulignait Alphonse Allais en mil neuf cent :  "Oui, d'accord, Napoléon, mais permettez que je vous souligne que les témoins se font de plus en plus rares..." - Qu'eût-il dit de Jésus-Christ ?

Il est plus que probable qu'au cours de trente-cinq dernières années, j'ai marché un kilomètre par jour (avouez que ce n'est pas beaucoup car, depuis au moins vingt ans, j'en marche, au strict minimum, deux, parfois trois et même plus). À ce rythme-là, j'en suis, aujourd'hui, à mon douze mille sept cent quatre vingt troisième kilomètres... à peu près la distance aller-retour entre Napierville et Berlin alors que le Voyager-1, en août deux mil douze - il y a trois ans - quittait, après trente-cinq ans de vol, l'héliosphère, à environ dix huit milliards de kilomètres, pour entrer dans le milieu interstellaire soit la région qui n'est plus sous l'influence (vents, particules et rayonnement) du soleil sauf qu'il faudra attendre quelque dizaines de milliers d'années de plus pour qu'il échappe complètement à son influence gravitationnelle et une quarantaine de milliers supplémentaires pour qu'il se trouve à quelque deux cent trois millions de kilomètres d'une étoile mineure, la Gliese-445 (1), qui se trouve à 17,6 années lumières de Napierville...

À son rythme, il lui faudra des milliards, et des millliards, et des milliards et d'autres milliards de siècles pour atteindre le centre de la galaxie où se trouve notre soleil, une galaxie parmi quelque cent soixante dix et deux cent mille milliards du monde connu.

Comme disait le Professeur : "Si nous sommes seuls dans tout cet univers, ça fait beaucoup d'espace de perdu..."

Maintenant, dites-moi comment enseigner tout ça à mes deux plus jeunes qui se font bourrer le crâne, à l'école, avec un jardin merveilleux, un serpent qui parle, un monde créé en six jours, une arche contenant tous les animaux de la terre, un buisson ardent, deux tablettes contenant dix commandements, un Jésus de Nazareth et autres vérités qui expliquent où, quand, comment et pourquoi, à chacun d'eux, Dieu, par l'intermédiaire de leur papa, leur a donné une tablette électronique...

À la prochaine réunion parents-enseignants, je serai présent.

A+

Jeff

(1)  Wilhelm Gliese - Katalog der Sterne näher ALS 20 Parsek für 1950.0 - 1957 (Note de l'éditeur).

***

64 - 2015-10-05

Maths

J'aime beaucoup les mathématiques et quand je dis cela, ce que je veux dire surtout c'est que j'aime beaucoup l'arithmétique car mes calculs, mes grands calculs, je ne les fais qu'avec trois opérations : l'addition, la soustraction et la multiplication. Parfois, oui, il m'arrive de faire des divisions, mais c'est plutôt rare et pour les opérations complèxes comme transformer des degrés Farenheit en degrés Celcius, je me fis à ma calculette ou à Google.

C'est mon père qui m'a initié aux nombres, aux nombres dans le temps et dans l'espace, aux statistiques également (cela allait de soi), mais ce faisant, il m'a également initié à la patience car les mathématiques (lire : l'arithmétique), nous enseignent la durée, le temps et surtout l'écoulement du temps.

Nous avions, à ce moment-là, un jardin derrière la maison et, dans ce jardin, il a fallu, un jour, ériger un mur de briques. Son emplacement, le nombre de briques, sa préparation l'occupèrent sérieusement plusieurs soirées. Je le vois encore avec sa règle à mesurer, ses piquets, ses cordes, ses ficelles, son niveau, son équerre et puis, un jour on livra dans ce fameux jardin des briques et ce qui allait devenir du mortier : du ciment et, si ma mémoire est exacte, de la chaux et du sable. - Je passerai par dessus les détails de la préparation (creusage, alignement, compression de la terre, etc.) pour vous dire tout simplement qu'il se mit patiemment à poser une brique, puis une autre, puis une autre, à raison de deux ou trois rangées par jour, à tous les deux jours, une fois par semaine jusqu'à ce que le mur finit par dépasser la hauteur du grand bonhomme que j'étais et atteindre même sa hauteur à lui, ce qui demanda un petit échafaudage vite assemblé. mais aussi vitement désassemblé car le mur ne dépassa jamais le niveau du talus devant lequel il fut construit. - Et c'est ainsi que j'ai appris deux choses : 1) que le calcul était un élément essentiel à tous travaux et 2) que la patience et surtout la constance ou, si vous préférez, la persistance, pouvaient venir à bout de tout.

Je vous raconte ça, aujourd'hui, parce que, il y a quelque temps, un ami m'a remis une clé USB contenant pas moins de 7.659 volumes écrits par 2.061 auteurs allant d'Ésope à Zola, passant par Alphones Allais, Balzac, Conan Doyle, Dickens, James Joyce, Henry James, Gide, Proust et la plupart des auteurs de science-fiction de Jules Verne à P. F. (Buck Rogers) Nowlan. (J'y ai même trouvé du Suétone et du Rabelais et.., la majeure partie de la correspondance de Pline le Jeune !) - Une véritable aubaine, mais aussi une malédiction :`

Comment se retrouver dans cet assemblage hétéroclite, classé à la va-comme-je-te-pousse (les Sherlock Holmes se retrouvant indiféremment dans les sous-répertoires "Conan Doyle, Arthur", "Doyle, Arthur Conan" ou "Arthur Conan Doyle" - Pourquoi pas sous "Watson", tant qu'à y être ?), mais surtout en fichiers .doc, .pdf, .epub, .html et même .jpg ?

Et c'est ainsi que j'en suis venu à l'arithmétique:

En reclassant, à raison d'une minute par titre, ces 7.659 volumes, il me faudrait investir 16 jours à huit heures par jour pour me retrouver ; rien à comparer au temps qu'il me faudrait pour les reclasser par auteur ou encore à les transformer en un seul format. C'est alors que j'ai pensé au CTRL-F de Windows qui, lui, pourrait me retrouver facilement, en quelques secondes "À l'ombre des jeunes filles en fleurs", mais comment retrouver les trésors - car il y en a, j'en suis certain - dans cette masse de fichiers ?

Me savoir si près d'une source intarrisable de connaissances et ne pas être en mesure d'en connaître la profondeur, voilà qui est frustrant.

Tout lire ? - À trois volumes par semaine (allez lire, par exemple trois des volumes d'"À la reche rche du Temps perdu" en une semaine, si ça vous tente...), il me faudrait 49 ans...

Non, je n'ai pas encore jeter à la poubelle cette clé USB car j'ai pensé à Paul [Dubé] qui me disait qu'au plus fort de sa collection, il lui a fallu 31 bibliothèques IKEA pour contenir ses livres et ses disques : 115 mètres de rayons ; un pan de mur de 20 mètres...  - "Heureusement, me disait-il, qu'on pouvait entasser en doubles rangées les livres de poche !"

Ce qui me ramène aux mathématiques du début.

Voici ce que j'ai trouvé il y a quelques jours en ce qui a trait à la distance des planètes au soleil, à une échelle disons réduite :

Planète
Pieds
Mètres
Mercure
.7
0.21
Vénus
1.3
0.40
Terre
1.9
0.58
Mars
2.8
0.85
Jupiter
9.7
2.96
Saturne
17.8
5.43
Uranus
35.8
10.91
Neptune

56.1

17.09

Et alors, à cette échelle, à quelle distance se trouve la plus proche étoile ?

Réponse : à plus de 1.300 Kilomètres.

(Si mes calculs sont exacts !)

Statistiques

Les chiffres qui suivent auraient été recueillis par John Wycliffe, le théologien anglais qui fut le précurseur de la Réforme anglaise, et plus généralement de la Réforme protestante.

Au XIVe siècle, sur 311 prêtres ou diacres anglais :

- 168 ne pouvaient répéter en entier les dix commandements

- Sur ces 168, 31 ne pouvaient dire d'où ils provenanient

    et

40 ne connaissaient pas les paroles du Notre-Père.

C'était avant l'autre grand réformiste que fut Henry VIII.

A+

Jeff

***

63 - 2015-09-07

  "Que pensera-ton de nous, dans cinq cents, de nous qui avons tué notre roi ?"
  (Rétif de la Bretonne)

Oh, ce n'est à la manière de Bertrand Russell (dont Copernique me parlait récemment) mais à la plus que prosaïque mienne manière que je me demande, non pas comme le philosophe-mathématicien qu'il fut, ce que penseront de moi, de nous, encore une fois, non pas mes enfants, mais ceux qui "nous" suivront dans cinquante, cent ans.

À cette question, lors d'une émission dont il était le seul invité sur les ondes de la BBC, en 1959, alors qu'il était âgé de 87 ans (il devait mourir 10 ans plus tard, en 1970), et, relativement ce que les gens allaient penser de ceux du XXe siècle dans mille ans, il répondit ceci :

(Excusez-moi, mais je traduis, et, de surcroît, de mémoire !)

"Ce qu'ils penseront de nous n'a aucune importance. Par contre, j'aurais deux messages à leur laisser :

"Le premier - l'intellectuel - est qu'il faut s'en tenir aux faits, toujours aux faits et non pas à ce que nous voudrions qu'ils soient.

"Le deuxième - d'ordre moral - est qu'aimer est sage, que la haine est stupide.

"Il faut essentiellement apprendre, poursuivit-il, à nous tolérer, les uns comme les autres, à accepter que nous serons toujours obligés d'entendre des opinions avec lesquelles nous ne sommes pas d'accord."

Sans passer du coq à l'âne, je voudrais ajouter à ce qui précède que dans les quatre (ou serait-ce cinq ?) séries télévisées de Star Trek, qui se déroulent au XXIIe et XXIIIe siècle, il n'y a ni juif, ni catholique, ni protestant, ni musulman, ni aucune référence à une religion quelconque. - Et qu'est-ce qui perturbe la planète en ce moment ? - Suffit d'espérer que ceux qui veulent contrôler le monde, auront, d'ici une centaine d'années, laissé tomber leurs "inquisitions", leurs "croisades" et leur "charia" ; un peu plus rapidement que le Vatican qui a admis, 350 ans après son procès, qu'un certain Galileo avait eu raison.

Jeff
(En camping avec sa femme et ses enfants)

***

62 - 2015-08-03

   Confession d'un agnostique
   (Il faut du courage pour écrire ce qui suit dans le Castor™, mais j'y tiens.)

Je suis hésitant - en fait je répugne - à enseigner à mes enfants les supposés faits décrits dans la Bible et qu'on m'a enseignés quand j'étais jeune : Adam, Ève et un serpent ayant la faculté de parler ; Abraham à qui Dieu a demandé de sacrifier son fils ; Moïse avec son buisson ardent et ses tablettes ; Noé et son arche... (Et j'en passe : l'Immaculée Conception, la multiplication des pains, Lazare ressuscité des morts, le fils de Dieu venu se faire massacrer pour la rémission de NOS péchés, etc., etc.)

Je déteste particulièrement la notion de l'enfer. Il me semble que c'est abuser de la crédulité d'une petite fille de six, sept ans que de lui dire que si elle n'obéit pas à sa mère, elle brûlera jusqu'à la fin des temps dans une douleur atroce au milieu de tueurs, voleurs, violeurs et autres personnages du même acabit. Surtout quand elle vient me trouver en pleurant pour me montrer l'éraflure qu'elle s'est faite à un genou en tombant. - N'en ont-ils pas assez, ces pauvres petits et petites, avec le méchant loup, les fantômes sous leurs lits, le Bonhomme-Sept-Heures (de l'anglais : "Bone setter") et les monstres qu'ils voient à la télé ?

J'aime mieux leur lire des passages des "Mille et nuits" en faisant bien attention de leur dire que ce sont des contes, tout aussi peu réels que "Blanche-Neige et les sept nains", "Cendrillon" ou "Peter Pan", tous plus beaux que l'enfant Jésus dans son étable. - Quant au Père Noël...

Si encore les histoires dans les livres saints se terminaient non pas magnifiquement, mais tout simplement bien. Hélas non : il y a plus de massacres, de gens tués, de peuples exterminés dans la Bible qu'il y en a dans la réalité de tous les jours.

Mais qui, pour l'amour de Dieu, a écrit un récit comme suit :

"L'Éternel parla à Moïse, et dit : ' Venge les enfants d'Israël sur les Madianites; tu seras ensuite recueilli auprès de ton peuple. ' - Moïse parla au peuple, et dit : "Équipez d'entre vous des hommes pour l'armée, et qu'ils marchent contre Madian, afin d'exécuter la vengeance de l'Éternel sur Madian. Vous enverrez à l'armée mille hommes par tribu, de toutes les tribus d'Israël.' On leva d'entre les milliers d'Israël mille hommes par tribu, soit douze mille hommes équipés pour l'armée. Moïse envoya à l'armée ces mille hommes par tribu, et avec eux le fils du sacrificateur Éléazar, Phinées, qui portait les instruments sacrés et les trompettes retentissantes. Ils s'avancèrent contre Madian, selon l'ordre que l'Éternel avait donné à Moïse; et ils tuèrent tous les mâles. Ils tuèrent les rois de Madian avec tous les autres, Évi, Rékem, Tsur, Hur et Réba, cinq rois de Madian; ils tuèrent aussi par l'épée Balaam, fils de Beor. Les enfants d'Israël firent prisonnières les femmes des Madianites avec leurs petits enfants, et ils pillèrent tout leur bétail, tous leurs troupeaux et toutes leurs richesses. Ils incendièrent toutes les villes qu'ils habitaient et tous leurs enclos. Ils prirent toutes les dépouilles et tout le butin, personnes et bestiaux ; et ils amenèrent les captifs, le butin et les dépouilles, à Moïse, au sacrificateur Éléazar, et à l'assemblée des enfants d'Israël, campés dans les plaines de Moab, près du Jourdain, vis-à-vis de Jéricho. Moïse, le sacrificateur Éléazar, et tous les princes de l'assemblée, sortirent au-devant d'eux, hors du camp. Et Moïse s'irrita contre les commandants de l'armée, les chefs de milliers et les chefs de centaines, qui revenaient de l'expédition. Il leur dit : 'Avez-vous laissé la vie à toutes les femmes? Voici, ce sont elles qui, sur la parole de Balaam, ont entraîné les enfants d'Israël à l'infidélité envers l'Éternel, dans l'affaire de Peor; et alors éclata la plaie dans l'assemblée de l'Éternel. Maintenant, tuez tout mâle parmi les petits enfants, et tuez toute femme qui a connu un homme en couchant avec lui; mais laissez en vie pour vous toutes les filles qui n'ont point connu la couche d'un homme.'"

(C'est dans "Les Nombres", au chapitre 31.)

Vous me voyez, raconter ça à ma plus vieille qui vient d'avoir quatorze ans ?

Peut-être qu'elle serait plus édifiée par Lot qui, ayant donné l'hospitalité à deux anges dont les habitants de Sodome voulaient s'emparer pour leur "plaisir", leur offrit, à leur place, sa fille ? (Genèse 19,1-38)

Si, encore, ces choses-là n'étaient que dans la Bible des Juifs et des Chrétiens, il y en a des pires dans Le Coran (qui ne peut, soit dit en passant, n'être lu qu'en Arabe car Dieu étant, pour les Musulmans, unilingue).

Et tout ce beau monde réclame l'autorité absolue sur les terres d'Israël.

Je ne sais pas qui a dit que la seule chose qui manquait à Jérusalem, ou même dans tout le Moyen-Orient, c'était un asile pour aliénés.

Jeff

P.-S. : J'ai pouffé de rire l'autre jour quand j'ai entendu une Américaine (du Sud) dire, lors d'un interview à propos des Mexicains entrés illégalement aux USA : "Jesus spoke English, not Spanish. So English is good enough for me." - Vous avez bien lu : aux USA, au XXIe siècle ! Dans le même pays qui, en son Musée de la Créativité ont des répliques de dinosaures sur lesquels on a mis des selles car nous savons tous que les dinosaures ont vécu sur terre en même temps que les premiers hommes. - C'était dans le film "Un million d'années avant J.C.", avec Raquel Welch, et dans toute une série de documenetaires distribués sous le nom de "La famille Pierreafeu". - Voir à : http://creationmuseum.org/. (N'oubliez pas de vous taper leur "virtual tour".)

***

61 - 2015-07-06

   J'aimerais tant voir...

Je ne sais pas si vous vous en êtes rendu compte, mais je vis et j'écris, au milieu d'un groupe de chroniqueurs qui sont tout simplement fascinés par les listes. Quels sont vos films favoris ? Vos romans favoris ? Vos peintres favoris ? - Du groupe, Copernique semble se détacher particulièrement. Vous n'avez qu'à lire ses - très intéressantes, je l'avoue - séries sur la musique classique, le jazz, le théâtre et même le Rock n' Roll. (Voir ICI.) - Assez que je ne peux plus penser à mon avenir en termes autres que les "dix" affaires, choses, voyages, expériences que je voudrais faire, voir, essayer, tenter, vérifier et même risquer avant de mourir.

Avec sa légendaire hargne, Simon Popp est un de ceux qui, en ce sens, m'influencent le plus.

Pour lui, il y a les Pyramides (d'Égypte) qu'il n'a jamais vues, Machu Pichu (idem), la cathédrale Saitne-Croix de Barcelone (idem), deux ou trois toiles de Vermeer (collections privées) et puis, il dit n'avoir jamais entendu live, le Ring de Wagner.

Pour Madame Malhasti, elle eut bien aimé rencontrer Virginia Woolf.

Paul Dubé, quant à lui, dit avoir manqué, parce que trop jeune, Charlie Parker, mais il se souvient très bien de Louis Armstrong, de Miles Davis, de John Coltrane et de Thelonius Monk qu'il, ce dernier, aurait vu et entendu cinq fois ; trois fois à New York et deux fois à Montréal. Quant à ses souvenirs de Count Basie et de Duke Ellington...

Monsieur Pérec est plus du temps de saint Augustin et de Maïmonide, Moïse de son prénom..

Je suis, par rapport à tout ce monde-là, d'un prosaïsme, d'un terre-à-terre, délirant. J'aimerais, c'est sûr voir Paris, Londres, Rome et puis, pourquoi pas, tant qu'à y être, le Japon, la Chine et l'Afrique du Nord, mais ce que je préfère en ce moment, c'est voir mes enfants grandir et être heureux. J'aimerais également, dans cent ans, aimer Élyanne comme je l'aime en ce moment. J'aimerais, pas de doute là-dessus, que mes enfants réalisent tous leurs rêves.

Mais, puisqu'on en est là et qu'on vous donne des liens vers toutes sortes de choses, permettez que je vous indique celui qui suit.

Vous ne serez pas déçu. Ça a un certain, très certain, rapport avec le titre de cette chronique...

(Les paroles sont de Bernard Dimey et non d'Henri Salvador.)

https://www.youtube.com/watch?v=223tksvu7uw

Sauf que, personellement, je préfère cette version :

(Oubliez le début.)

https://www.youtube.com/watch?v=0ZNnJvVJNmU&index=2&list=RDj0vS548L9fk

Et puis y'a celle-ci par Jean Sablon (merci Paul !) :

https://www.youtube.com/watch?v=VMTQUqlmxXM

A+.

Jeff

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