Les chroniques de Jeff Bollinger

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Du 28 octobre 2013 au 7 juillet 2014

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50 - 2014-07-07 - Carrière et Serge

J'ai reçu une offre très alléchante le mois dernier. D'un fabricant de meubles très connu dont les produits se vendent dans les plus chics boutiques de la Province, en Ontario et même en Nouvelle-Angleterre. Salaire plus qu'intéressant, conditions de travail idéales, environnement magnifique et liberté de création presque totale.

J'ai refusé après en avoir parlé avec Élyanne. Pourquoi ?

Parce que je ne veux pas que mon passe-temps devienne mon gagne-pain. Oui, je sais, il y a des gens qui gagnent leur vie en faisant exactement ce qui leur plaît, mais j'ai remarqué que, dans n'importe quel métier, profession ou occupation, il y a toujours des aspects déplaisants. Ce sont les rapports de fin de mois à rédiger, des rencontres avec des gens qui ne nous intéressent pas, des directives qui n'ont aucun sens, des colloques auxquels il faut assister et Dieu-sait-quoi-d'autre. De ça, j'en ai déjà là où je gagne ma vie et je me vois mal, considérant l'immense respect que j'ai toujours eu envers les ébénistes de tous les temps, de m'enfermer dans un univers aux dates fixes où j'aurais à planifier la production d'une commode ou d'une petite table à pieds tournés, encore moins avoir à en dessiner des sketches pour en fabriquer et c'est cela, je crois, qui m'a fait reculer ; surtout que mon job allait être dans la planification et non dans la fabrication.

Quoi ? Plus jamais toucher du bois ? Nenni.

"Mais t'es fou", qu'on m'a dit. - Exactement.

Et Serge ?

Voici la suite sous la forme d'une lettre qu'il vous destine :

(Disons que je l'ai beaucoup aidé et que ça a pris plusieurs heures car il trouvait  cet exercice ennuyeux et totalement inutile. Si j'ai un peu changé l'ordre, je n'ai rien supprimé.)

"Mon nom est Serge.

Je suis atteint du syndrome d'Asperger.

Je suis donc un aspie, c'est-à-dire, comme on dit dans mon milieu, un "dyslexique social".

Je suis, par ma nature, replié sur moi-même, et je m'en excuse car j'ai eu beau faire tous les efforts pour me fondre dans votre collectivité, je n'y suis pas arrivé. Mes relations avec le monde ont été et demeurent toujours difficiles, frisant parfois l'artifice quand ce n'est pas une certaine hypocrisie, quoique j'aimerais bien en faire pleinement partie. (Pas de l'hypocrisie, mais de vous.)

J'ai appris, avec le temps, à serrer des mains et à faire la bise, mais je continue à reculer instinctivement quand on veut me toucher.

Je n'ai pas beaucoup d'amis et j'ai de la difficulté à conserver ceux que j'ai.

Je ne sais pas parler aux gens. Je parle trop vite, j'escamote des syllabes, je saute des mots et quand je réussis à placer une phrase, parce que j'utilise des mots ou des expressions compliquées (quand ce n'est pas un exemple qui n'a aucun rapport avec la conversation courante), je projette continuellement l'image d'un idiot ou, pire encore, celle d'un pédant, d'un snob, d'un être au-dessus de la mêlée, condescendant parfois, dédaigneux et même arrogant. (Je répète ce qu'on m'a dit.) - Et, comble de malheur, je peux m'arrêter dans le milieu d'une phrase pour compléter la boucle des idées qui me viennent tout à coup.

(Ça vous plairait de dealer avec deux cerveaux ?)

Cela m'a souvent blessé d'être considéré comme un égoïste de la pire espèce et ça me blesse toujours qu'on m'ait dit que je n'avais pas de sentiments. - Je ne suis pas méchant. C'est que je ne comprends rien.

Je suis incapable de lire les émotions sur vos visages ou interpréter la signification de vos gestes. Et ça m'a pris un temps fou à comprendre vos images, vos tours de phrase, vos silences et... vos clins-d'oeil.

Je vous regarde rarement, avec mes vrais yeux, parce que je n'ai pas un regard normal. J'ai des yeux de lynx et en essayant de comprendre vos pensées et émotions, je sais que je vous gêne car je suis sûr que je dégage l'impression que je vous scrute jusque dans le fond de l'âme et qu'en conséquence, je vous juge.

Mon empathie, car j'en ai une, ne se manifeste pas de façon normale, c'est-à-dire immédiatement. En d'autres mots, elle n'est pas spontanée et elle ne se manifeste que le lendemain ou des jours plus tard. Quand, à ce moment-là, je reviens sur ce qui vous a touché ou blessé, vous l'avez souvent oublié et n'avez retenu que la parole stupide que j'ai dite ou le geste que j'ai posé en premier lieu.

Les foules, les cris, les manifestations en tous genres me font peur, me troublent. C'est pourquoi je préfère rester à la maison à aligner et réaligner constamment mes meubles, cordes et règles en main (ne me manque qu'un théodolite). Pour la bibliothèque, les CDs, mes vêtements, je vous laisse deviner.

Théodolite

Fait curieux : tous mes vêtements et beaucoup d'autres choses (verres, vaisselles, boites de petits pois...) de même que tous mes instruments pour écrire (crayons, stylos, cahiers) sont en nombre de trois ou en multiples de trois : six assiettes creuses, six assiettes plates, six tasses, six soucoupes.... - N'ai jamais su pourquoi. - Je possède trois montres-bracelets et... neuf horloges (3x3), toutes, sauf une, à l'heure normale de l'est. Jamais à l'heure avancée.

Je m'ultraspécialise dans des domaines souvent sans rapport avec la réalité, la géométrie non-euclidienne, par exemple, ou les transformations de Lorentz, les voyages en train de Sherlock Holmes... et ne supporte pas qu'on me contredise ou qu'on avance des faits que je peux réfuter en deux secondes.

Mon cerveau, hélas, n'a pas été câblé comme le vôtre et j'ai bien peur que, même en apprenant tous les mécanismes de la vie en société, je ne réussirai jamais à m'intégrer complètement dans votre univers.

Mon histoire, à ce propos, en a été une en dents de scie :

Jeune, je ne comprenais pas les règlements des sports que vous vouliez que je pratique. Quand vous me disiez qu'il fallait lancer un ballon à tel ou tel endroit, je vous demandais pourquoi. Hors de question que je participe à des jeux de compétition ; ma gaucherie aurait été néfaste pour l'équipe dont j'aurais fait partie. Ainsi, je n'ai jamais appris à patiner, ni à manier correctement un bâton, que ce soit de hockey, de baseball et encore moins de cricket.

J'ai souvent été impoli envers vous ou vous ai dit des choses désobligeantes sans le savoir. Vous aviez eu beau me l'expliquer...

Dans les restaurants, plutôt que de suivre vos conversations, j'ai été longtemps obsédé par la musique en arrière-plan, le va-et-vient des serveurs ou le bruit de la caisse enregistreuse. J'y alignais (une manie chez moi) constamment les ustensiles, le sel, le poivre, les menus...

La musique ? Il m'a fallu des années avant de comprendre qu'un quatuor à cordes n'était pas quatre instruments jouant quatre airs différents mais un ensemble jouant autour d'un seul et même thème.

Je jouais aux échecs, mais ne pouvaient cependant m'expliquer pourquoi je gagnais tout le temps et j'ai arrêté le jour où je fus confronté à une "nulle".

J'ai appris à écrire, à dessiner, mais j'ai mis beaucoup de temps à savoir quoi écrire ou dessiner.

Tous mes livres d'étude, je les lisais avant le premier jour de classe. - Vous pouvez vous imaginer ce que je pouvais m'ennuyer le reste de l'année... - Fus-je un élève brillant ? - Oui, deux fois sur trois. Ces jours-là, ma mère se promenait avec mes notes de classe pour démontrer à ses voisines qu'elle avait su m'éduquer. La fois suivante, elle disait que j'étais paresseux et indiscipliné.

Pensez à quelqu'un qui boucle les lacets de ses chaussures et qui passent deux jours à en examiner les noeuds...

Tout cela, bien sûr, j'ai réussi à comprendre que ce n'était pas ainsi que je me ferais des amis, ce qui m'a amené à mimer certains gestes et à répéter à ceux que je voulais approcher les phrases que deux amis se disaient entre eux. Maladroitement, il va sans dire, mais je suis devenu un bon acteur.

Et puis, après des années de thérapie, j'en suis venu à passer pour un être relativement normal sauf qu'il faut que je me retienne constamment et que je sois continuellement sur mes gardes.

J'ai toujours tendance à finir les phrases des gens qui parlent lentement.

Je semble ne jamais écouter ce qu'on me dit alors que je retiens tout. Jusqu'au moindre détail. Non seulement ce que vous me dites, mais également ce que deux autres personnes se disent entre elles, à la table d'à côté, dans un bar, par exemple.

Je ne peux toujours pas, dans une conversation, passer du coq à l'âne ou changer de sujet sans qu'on ait terminé adéquatement un premier, puis un second, puis un troisième. Sans compter que, des heures après, je me dis : "J'aurais dû dire ceci ou cela..."

Je ne me souviens d'aucun nom, y compris de celui de gens que je connais depuis des années. Un vide total. - Mais la réplique de Raymond Bussières dans "Quai des Orfèvres" ou le nom du comédien qui jouait le rôle de Corbaccio dans "Volpone"...

Je suis peu expansif et je parais donc insensible alors que je suis souvent bouleversé par ce qui se passe non seulement autour de moi mais dans la vie de mes proches. - Cela m'embête car ceux qui me connaissent savent à quel point je suis doux, gentil et généreux. Je me mords les lèvres quand j'apprends que j'ai fait mal à quelqu'un... mais je peux assassiner d'une phrase quelqu'un qui m'a fait mal ou qui a fait mal à un de mes proches.

Ces proches ne savent pas à quel point ils sont importants dans ma vie car je suis incapable de leur dire et, quand je réussis, ils se sentent envahis.

Je ne suis pas nerveux, ni jamais stressé, sauf que je suis perpétuellement troublé. J'ai des émotions qui me font basculer dans le vide. Je suis anxieux à l'approche d'une nouvelle expérience. J'ai peur du rejet, de blesser. Et l'on m'oublie très vite.

Quant à ma vie amoureuse...

Jusqu'à un âge avancé, quand une femme m'embrassait, je ne savais pas si je devais lui rendre la pareille, la serrer dans mes bras (ou non), si elles voulaient "autre chose". Certaines m'ont amené de force, je ne me gêne pas pour le dire, dans leurs lits où il m'aurait fallu plus que trois, quatre essais pour "performer" adéquatement.

Mais ça, j'ai finalement réussi à apprendre. Quand il y en a qui disent que certaines femmes font semblant...

Je ne saurai cependant jamais si on m'aime, moi, ou si on s'intéresse à moi pour les services que je peux rendre.

Je l'ai souvent dit et je le répète : je ne comprends rien :

En résumé :

J'ai été lancé dans la vie sans qu'on m'en donne les plans, l'organisation et les règles."

"Je... j'ai... je suis... je pense... j'ai été... je vais finir par apprendre..."

Ne vous ai-je pas dit que j'étais, par ma nature, replié sur moi-même ?

Serge

Suite :

Après qu'il m'ait eu défilé tout ça, je lui ai demandé si être aspie avait de bons côtés. Voici sa réponse :

"Oui et non.

Les mauvais côtés, quand ils surviennent, sont insupportables : ça vous vient tout d'un coup, à propos de rien. Ça peut se passer un dimanche pluvieux tout comme au beau soleil en marchant avec un copain ou une copine dans le Hyde Park, à Londres. Toutes les émotions que nous n'avons pas eues ou comprises depuis que nous sommes venus au monde, reviennent à la surface, mais en bloc et dans un désordre total. - Ce qu'on peut être perdu dans ces moments-là.

La ponctualité et l'exactitude me rendent fou : ne me dites pas que vous allez m'appeler ou m'écrire tel jour ou à telle heure. Si vous le faites pas, je panique.

Et puis y'a les "dalots" (voir à "bowling") dans lesquels mon esprit tombe régulièrement, à partir de ces "coq-à-l'âne" non résolus.

Les bons côtés sont la concentration, la compréhension instantanée de problèmes très complexes, l'intelligence, peut-être, mais je ne sais pas si cette intelligence est un avantage ou une malédiction. Si je l'étais moins, il me semble que tout ce que je viens de te dire, je ne m'en serais jamais aperçu.

Un jour, je te raconterai la perte d'un tambour (un soldat de plomb) sous un escalier, rue Wetsbourne à Westmount. Un des jours les plus tristes de ma vie. Il ne se passe pas une semaine sans que je pense à lui. Je me demande ce qui lui est arrivé car c'était mon meilleur ami. - Vraiment. Je suis comme le vieil Hugo qui pensait à sa fille qui devait avoir froid dans son tombeau..."

A+.

Jeff

***

49 - 2014-06-02 - La tyrannie des... et la solitude du courreur de fonds

Excusez-moi, mais je n'ai rien contre Alexandra Breckenridge, Nicki Minaj, Jennifer Aniston, Freya Mavor, Natalie Portman, Kim Kardashian, Jennifer Lopez, Yasmin Bleeth, Adriana Lima, Jessica Alba, Kate Middleton, Angelina Jolie, Scarlett Johansson, Kelly Brook, Megan Fox, etc. (Je sais que j'en oublie mais c'est un ami qui m'a donné cette liste à laquelle, de mémoire, j'ajouterai Claudia Schiffer, Ursula Andress, Gisele Bundchen, Cindy Crawford, Céline Lomez, Carole Laure et, si vous m'en laissiez, le temps, beaucoup d'autres). 

Vraiment rien contre. Qu'elles s'habillent, se déshabillent, se marient ou se démarient, je n'ai rien à rajouter à ce qu'on peut lire sur elles dans tous les magazines ou journaux à potins.

J'en ai, par contre, contre vous, les dessinateurs de mode, les photographes, les paparazzia qui en ont fait et continuent d'en faire des modèles qui, supposément, frisent la perfection.

Il y a quelques jours, Élyanne, mon épouse, et moi avons eu le plaisir de rencontrer Madame Copernique Marshall. Oui, oui : la femme de Copernique, Madame Cléo de Pougy. Et quand nous sommes rentrés à la maison, Élyanne m'a dit : "Quel style, quelle beauté, quelle extraordinaire personne..."

Le lendemain, comme cela lui arrive de temps en temps, elle s'est trouvée non pas enflée mais obèse, non pas ce qu'elle aurait voulu être, mais moche (par rapport à la veille).. "T'as vu, qu'elle m'a dit : je commence à avoir de plus en plus de cheveux gris. Et puis j'ai mes seins qui tombent. Regarde mes rides. Sans parler de mes vergetures..."

J'ai compris que j'en avais pour la journée.

Deux, trois ans après que nous nous fûmes mariés, je me souviens d'un matin où elle s'était trouvée "immense". Je lui avais dit : "Mais qu'est-ce que tu as fait cette nuit ? Hier tu étais encore magnifique. T'as vidé le réfrigérateur ou quoi ?" - Elle ne m'avait pas trouvé drôle.

Et c'est ainsi que j'en reviens à vous, designers de mode - au sexe incertain (j'insiste) - qui nous disent, depuis aussi longtemps que je puisse me rappeler, ces "modèles" de femmes - aux moeurs incertains (j'insiste) - sont indéniablement ce que tout homme devrait désirer.

Ben, je regrette, mais si vous avez réussi à convaincre vos semblables - au sexe également incertain - que ces femmes-là étaient les plus belles au monde, vous avez peut-être réussi à recréer en vous la mère que vous n'avez jamais eue ou que vous avez trop eue, mais avez frustré des millions d'autres femmes et en cela, je vous trouve dégueulasses.

Ma Élyanne, ma femme, celle avec qui je vis, je dors, je mange et, parfois, je pose du papier peint (chose que nul homme devrait faire même une fois dans sa vie), ben c'est elle la plus belle.

C'est elle la plus belle invention depuis le pain tranché. Je la vois et je la regarde à tous les jours et, croyez-le ou non, elle est plus belle aujourd'hui que lorsque je l'ai rencontrée quand elle n'avait que 22 ans. Quatre enfants plus tard.

Vous, designers, photographes de mode, courailleux de potins et de photos "osées", vous n'avez aucune idée que ce que peut être une femme de trente-cinq, quarante ans. C'est la perfection même et vous aurez beau nous montrer les seins, les fesses et les visages de vos idoles, vous ne saurez jamais ce que les yeux d'une femme peuvent devenir avec l'âge.

Point. À la ligne.

Et ça faisait longtemps que je voulais vous le dire.

...

La solitude du coureur de fond

J'aurais - ou plutôt j'eusse (merci Paul !) - bien aimé trouver une meilleure traduction de "The Loneliness of the Long Distance Runner", titre (en français) que je voulais donner à ce qui suit, titre tiré de celui d'un conte d'Alan Sillitoe (1928-2010), paru en 1959, dont le sujet, soit dit en passant, n'a aucun rapport avec ce dont je veux vous parler, mais qui m'a semblé résumer très bien le fond de ce que je voulais dire.

J'ai également pensé à "Le regard d'Ulysse", du nom du film de Theodoros Angelopoulos. - Trop, hélas, peu connu.

Et puis, y'a eu "Le comédien, l'étrange et le solitaire", tiré d'un récent vidéo que mon ami Serge m'a fait parvenir il n'y a pas très longtemps et qui m'a semblé trop démesuré.

Vous devez vous souvenir de Serge, ce copain de longue date, celui atteint du syndrome d'Asperger, et dont je vous ai parlé pour la première fois, ici, il y a un an, presque jour-pour-jour  (Le Castor™ - 10 juin 2013). Ben voilà.

J'ai passé une journée avec lui, il y a deux semaines. Question de meubles à déplacer et autres travaux qu'on ne peut faire qu'à deux. De huit heures du matin jusqu'à presque dix heures du soir.

Il était ce jour-là, permettez que je vous le dise, presque - j'allais dire "humain" - mettons : normal ; dans le sens que vous et moi sommes normaux, c'est-à-dire : ouverts, francs, accessibles, sans agendas, sans arrière-pensées. Il s'est même permis de faire quelques blagues et, à plusieurs reprises, de me regarder dans les yeux, chose très rare chez lui.

Je ne sais pas si vous avez des amis aspies dans votre entourage, mais en voir un lever les yeux vers soi est une expérience assez particulière. Ma femme, Élyanne, me dit qu'elle ne peut pas supporter le regard de Serge. "C'est, me dit-elle, comme s'il me lisait, devinait tout, me jugeait et me condamnait en trois secondes." - Ce qu'elle peut avoir raison !

Je me souviens d'une blonde que Serge a eu pendant un temps, une femme superbe, un peu scintillante, mais sans malice et même gentille, qu'il a tuée un soir en la regardant.

Pourtant, je le sais, Serge ne passe de jugement. Il a en peut-être l'air, mais je vous assure, parce que je le connais depuis des années, il essaie avec ses regards, de savoir qui nous sommes car il a beaucoup de difficultés à comprendre les autres, à deviner ce qu'ils pensent ou interpréter nos gestes. Pour lui toutes les paroles que nous disons doivent être comprises au sens littéral.

Aujourd'hui, un peu moins car il a fini par s'habituer à nos phrases incomplètes, mais quel travail ça lui a pris.

Et ne venez jamais me dire qu'il ne n'aime que lui. C'est un être très généreux.

M'a parlé, lors de notre dernière rencontre, de ces récentes crises, de ce qui le tenait en vie, de sa façon de concevoir certaines choses, pourquoi il avait de la difficulté à parler au téléphone, à ce souvenir des noms et prénoms, de ce qu'il appelait des "courts-circuits" dans ses pensées et... des avantages (sic) d'être un aspie.

Alors... à suivre, mais je ne peux pas vous quitter sans vous répéter ce qu'il m'a dit au sujet de sa carrière : "J'aurais fait un excellent narrateur pour mauvais mimes."

Et puis ceci :

"Oui, Jeff, on m'accuse de boire un peu trop... - Faut bien que je ralentisse mon cerveau, non ?"

A+.

Jeff

***

48 - 2014-05-05 - Premières phrases

Je n'ai pas la culture littéraire qu'on enseigne dans les collèges ou universités via des cours magistraux ou des lectures "imposées" suivies ou accompagnées de travaux, essais ou commentaires à rédiger. Mon éducation a été autre. Les livres que j'ai lus - enfin : les premiers - me sont venus plus ou moins par hasard. Je me souviens du premier qui m'ait frappé : "Vol de nuit" de Saint-Exupéry, mais c'était entre deux "Biggles" et des romans de science fiction. Un jour, cependant, quelqu'un me conseilla de lire "Les mémoires d'un tricheur" de Sacha Guitry, que j'ai trouvé merveilleux, et c'est à compter de ce moment-là que j'ai commencé à m'intéresser vraiment à la littérature lisant à peu près tous les bouquins que je pouvais trouver sur les "Dix meilleurs romans de tous les temps", "Les cent livres à lire au cours de sa vie" et autres essais du même genre découvrant du même coup les grands écrivains d'abord du 19e, puis du 20e siècle et finalement les Racine, Molière, Rabelais et même les classiques latins et grecques, plus un Tchèque (Kafka), un Espagnol (Cervantes), un Canadien (Arthur Buies), etc.

C'est ainsi que j'ai développé un penchant certain pour certains auteurs comme Melville, Poe ou Jules Romain dont - excusez-moi ! - j'ai lu d'un seul trait "Les hommes de bonne volonté" ayant été attiré par ses deux premières phrases :

"Le mois d'octobre 1908 est resté fameux chez les météologistes par sa beauté extraordinaire. Les hommes d'État sont plus oublieux. Sinon..."

Pourquoi ces deux phrases ? Je ne m'en souviens plus. Aujourd'hui, elles me paraissent bien banales comparativement à ce que j'ai pu lire par la suite :

"Longtemps, je me suis couché de bonne heure."

"Ça a débuté comme ça."

"Je naquis le 22 novembre 1869."

"Call me Ishmael."

"Stately, plump Buck Mulligan came from the stairhead, bearing a bowl of lather on which a mirror and a razor lay crossed."

ou même :

"Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon."

J'ai lu quelque part, il n'y a pas très longtemps, qu'un auteur avait, de ces incipits, rédigé un volume complet. Ce n'est pas le genre de choses que j'achèterais, mais je ne rate jamais l'occasion, quand on me suggère un livre ou que je suis chez mon libraire, ou encore à la bibliothèque de l'UdeNap, d'en lire la première phrase. Si elle me plaît, je suis preneur. Autrement, je dis non ou je remets le livre là où je l'ai pris.

Or, il y a une semaine, parce que je dois rencontrer l'auteur d'ici peu (une longue histoire qui a rapport avec le fait que je parle l'anglais), j'ai emprunté le roman "Dossier 64" de Jussi Adler Olsen, un danois qui, paraît-il, est en voie de devenir un des écrivains de polars parmi les plus respectés de la planète et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, dans son prologue, qui se passe 25 ans avant le reste du récit, ce que j'appelerais un véritable chef-d'oeuvre. Avec la permission de l'éditeur (Albin Michel) je me me permets de vous le citer en entier.

Un délicieux moment, vous verrez :

"Novembre 1985

"Pendant un court moment de relâchement, elle se laissa aller à une sensation de bien-être. Tout y participait : la coupe de champagne glacée et fragile entre ses doigts, le bourdonnement des voix et la main de son mari posée légèrement sur sa hanche. Si elle faisait abstraction de ce qu'on éprouve quand on tombe amoureux, elle n'avait souvenance que de quelques brefs instants, dans une enfance très lointaine, qui lui aient procuré un sentiment semblable à celui-là. Le bavardage rassurant de sa grand-mère. Les rires retenus de personnes aimées et depuis longtemps disparues qu'elle entendait en s'endormant.

Nete pinça les lèvres pour ne pas laisser l'émotion la submerger. Cela arrivait encore parfois.

Elle monta sur la pointe des pieds et contempla le kaléidoscope de robes multicolores et les dos bien droits. Ils étaient venus nombreux à cette réception donnée en l'honneur du lauréat danois du Grand Prix de médecine pour les pays scandinaves. Chercheurs, médecins, le gratin de la société. Sa naissance ne l'avait pas prédestinée à évoluer dans ce milieu mais elle s'y sentait un peu mieux d'année en année.

Elle inspira profondément et s'apprêtait à pousser un soupir de contentement quand elle sentit un regard traverser l'assemblée de femmes aux cheveux relevés et d'hommes aux noeuds papillon bien serrés. Et le sentit se poser sur sa nuque. Elle éprouva la décharge électrique que seuls des yeux ennemis sont capables d'envoyer. Instinctivement, elle fit un pas de côté, comme un animal traqué cherchant refuge dans les buissons. Elle posa la main sur l'avant-bras de son époux et s'efforça de sourire, tout en observant les invités en tenues de soirée qui évoluaient dans les nappes diffuses de la fumée des candélabres.

Une femme rejeta la tête en arrière dans un bref éclat de rire, ouvrant une légère brèche qui lui permit d'apercevoir le mur du fond.

Il était là.

Sa silhouette s'élevait au-dessus des autres tel un phare dans l'océan. Malgré sa nuque ployée et ses jambes torses, il ressemblait toujours à un animal sauvage, massif et fier, et son regard passait sur la foule comme un projecteur.

Elle perçut l'intensité de ce regard jusqu'au fond de ses .entrailles et sut que si elle ne réagissait pas très vite, toute sa vie allait s'écrouler en quelques secondes.

« Andreas », dit-elle, en posant la main sur sa gorge qui était déjà trempée de sueur. « Est-ce qu'on pourrait s'en aller, s'il te plaît, je ne, me sens pas très bien. »

Il n'en fallait pas plus. Son mari fronça les sourcils, la regarda et, immédiatement, il salua d'un geste du menton ses voisins les plus proches et l'escorta vers la sortie. C'était parce qu'il était capable de faire ce genre de choses qu'elle l'aimait.

« Merci, dit-elle. C'est ma tête, je suis désolée. »

Il lui sourit. Il était bien placé pour savoir de quoi elle parlait. Lui aussi passait parfois de longues soirées dans le noir quand la migraine l'assaillait.

Un de leurs nombreux points communs.

Ils étaient parvenus au grand escalier qui menait aux salles de réception quand le grand type les rejoignit et leur barra la route.

Il avait pris un sacré coup de vieux. Ses yeux, jadis si brillants, avaient l'air terne. Ses cheveux étaient devenus complètement blancs. Vingt-cinq années s'étaient écoulées et elles avaient laissé des traces.

« Nete ! Toi, ici? Tu es la dernière personne que je m'attendais à rencontrer en cette compagnie », dit-il, sans chaleur dans la voix.

Elle le contourna, accrochée au bras de son mari, mais la manoeuvre n'intimida pas son poursuivant. « Tu ne te souviens pas de moi, Nete ? cria-t-il dans son dos. Mais si ! Rappelle-toi, Curt Wad. Je suis sûr que tu ne m'as pas oublié. »

À mi-hauteur de l'escalier, il les avait rattrapés.

« Alors maintenant, tu es la putain du directeur Rosen ! Tu as fait du chemin depuis la dernière fois. Je suis impres sionné ! »

Elle essaya d'entraîner son époux mais Andreas Rosen n'était pas homme à reculer devant un problème. Cette fois encore, elle put le vérifier.

« Je vous prie de laisser mon épouse tranquille », dit-il en accompagnant sa phrase mesurée d'un regard qui disait sa colère.

« Je vois. » L'importun fit un pas en arrière. « Tu as réussi à mettre le grappin sur Andreas Rosen, Nete. Bien joué ! » Il lui adressa ce que d'autres auraient interprété comme un sourire complice mais Nete savait à quoi s'en tenir. « Je ne savais pas. Je n'évolue pas souvent dans ces hautes sphères, vois-tu. Et je ne lis pas la presse à scandale non plus. »

Comme un film au ralenti, elle vit son mari relever le menton avec mépris, sentit sa main prendre la sienne et l'entraîner derrière lui. L'espace d'un instant, elle crut pouvoir recommencer à respirer. Elle entendait les pas d'Andreas et les siens résonner dans sa tête à contretemps. Allons-nous-en, disaient-ils.

Ils étaient parvenus au vestiaire quand la voix de Curt Wad s'éleva à nouveau derrière eux :

« Vous ignoriez, monsieur Rosen, que votre femme etait une putain ? Une pauvre arriérée qui vient de l'asile de Sprogo et qui se fout de savoir pour qui elle écarte les cuisses. Vous ignoriez que son cerveau débile ne fait pas la différence entre le bien et le mal et que... »

Son mari faillit lui tordre le poignet quand il fit volte-face. Plusieurs personnes se précipitèrent pour tenter de calmer le trouble-fête. Quelques jeunes médecins venus à la rescousse se penchèrent, menaçants, sur la large poitrine de l'homme afin de lui faire comprendre qu'il était indésirable.

« Andreas, laisse tomber », s'écria-t-elle en le voyant s'approcher du groupe qui entourait son agresseur. Son mari ne l'écouta pas. Le mâle alpha était déjà parti marquer son territoire.

« Je ne sais pas qui vous êtes, monsieur, dit-il. Mais je vous conseille vivement de ne plus vous montrer en société avant d'avoir appris à vous comporter en homme du monde. »

Le grand échalas leva la tête au-dessus des hommes qui le tenaient en respect et tout le monde dans le vestiaire attendit la réponse qui sortirait de ses lèvres sèches. Les dames derrière le comptoir qui triaient les gabardines des manteaux de fourrure, ceux qui entraient ou sortaient discrètement des toilettes, les chauffeurs de maître postés devant la porte à tambour.

Et les mots vinrent, qui n'auraient jamais dû venir :

« Demandez à Nete où elle a été stérilisée, monsieur Rosen. Demandez-lui combien de fois elle a avorté. Laissez-la vous raconter comment on se sent dans une cellule d'isolement au bout de cinq jours. Posez-lui toutes ces questions et ne vous avisez plus de me donner des leçons de bienséance. Vous êtes mal placé pour ça, Andreas Rosen. »

Curt Wad s'arracha aux mains qui l'immobilisaient et s'éloigna, le regard plein de haine. « Je m'en vais ! » dit-il haut et fort. « Quant à toi, Nete ! » Il tendit vers elle un index tremblant de rage. « Je te souhaite d'aller pourrir en enfer où est ta place. »

Sa voix bourdonnait encore dans la pièce après son départ.

« C'était Curt Wad », chuchota quelqu'un derrière eux. Il était de la même promotion que le lauréat d'aujourd'hui, et c'était à peu près tout ce qu'il y avait à retenir de lui.

Mais pour Nete, c'était trop tard. Elle était démasquée.

Et tout le monde la regardait. On cherchait sur elle des signes révélateurs de sa véritable personnalité. Son décolleté était-il trop profond ? Ses hanches avaient-elle des courbes vulgaires ? Et ses lèvres ?

Quand on leur remit leurs manteaux, l'haleine de la dame du vestiaire lui parut empoisonnée. Tu n'es pas meilleure que moi, disait son langage corporel.

Il n'avait fallu que ces quelques minutes.

Elle baissa les yeux et agrippa le bras de son mari. Son cher mari dont elle n'osait plus croiser le regard.

Elle écoutait le bruit doux et obstiné du moteur.

Ils ne s'étaient pas dit un mot. Chacun de son côté, ils fixaient la nuit d'automne découpée par les mouvements réguliers des essuie-glaces.

Il attendait peut-être un démenti de sa part mais elle ne pouvait pas le lui donner.

Elle attendait peut-être qu'il lui tende la main. Qu'il l'aide à sortir de sa camisole mentale. Qu'il la regarde et lui dise que tout cela n'avait pas d'importance et que, pour lui, seuls comptaient les onze ans de bonheur qu'ils avaient connus ensemble.

Et pas les trente-sept années qu'elle avait vécues avant de le rencontrer.

Mais il préféra allumer la radio et remplir l'habitacle d'une tonitruante distance. Sting les conduisit à travers le Seeland vers le sud, Sade les accompagna pendant qu'ils roulaient dans l'île de Falster et Madonna leur fit traverser Guldborgsund. C'était la nuit des voix jeunes et bizarres. Le seul lien qui les unissait encore.

Tout le reste avait volé en éclats.

Quelques centaines de mètres avant le village de Blans et à deux kilomètres du manoir, il tourna dans un chemin vicinal.

« Bon. Je t'écoute », dit-il, le regard braqué sur l'obscurité devant lui. Pas une parole chaleureuse. Même pas son prénom en guise de consolation. Juste : « Bon. Je t'écoute. »

Elle ferma les yeux. Essaya calmement de lui faire comprendre que certains événements dans sa jeunesse l'avaient conduite à vivre des choses terribles et que l'homme qui l'avait accusée était aussi celui qui avait été la cause de son malheur.

« Mais tout ce qu'il a dit était vrai. », avoua-t-elle à voix basse. Tout était vrai.

Pendant un instant pénible qui lui sembla durer une éternité, elle n'entendit plus que sa respiration. Puis il se tourna vers elle et la regarda d'un oeil noir. « C'est pour ça que nous n'avons jamais pu avoir d'enfant », dit-il.

Elle hocha la tête. Serra les lèvres et dit les choses comme elles étaient. Oui, elle s'était rendue coupable d'inexactitudes et de mensonges par omission. Oui, elle avait été internée à Sprogo quand elle était jeune, mais elle l'avait été par erreur, suite à une série de malentendus, d'abus de pouvoir et de trahisons. Oui, elle avait subi plusieurs avortements et on l'avait stérilisée, mais l'immonde individu qu'ils avaient croisé ce soir...

Il posa la main sur son bras et le froid qui s'en dégageait la traversa comme un électrochoc et l'arrêta au milieu de sa phrase.

Andreas Rosen passa la première, lâcha l'embrayage, traversa lentement le village et quand ils roulèrent le long des prairies qui bordaient l'eau noire, il mit le pied au plancher.

« Je regrette, Nete. Je ne peux pas te pardonner de m'avoir laissé vivre pendant des années dans l'espoir que nous pourrions être parents ensemble, j'en suis incapable. Et pour le reste, le simple fait d'y penser me donne envie de vomir. »

Il se tut quelques secondes et elle sentit des picotements glacés dans ses tempes et sa nuque se raidit.

Puis il redressa la tête avec la même arrogance que lorsqu'il négociait avec les gens qu'il ne jugeait pas dignes de son respect. Aussi sûr de son fait que lorsqu'il rejetait un faux diagnostic.

« Je vais rassembler mes affaires, dit-il d'un ton coupant. Je te laisse une semaine pour trouver un autre endroit où habiter. Tu pourras emporter tout ce que tu voudras de Havngaard. Tu ne manqueras de rien. »


Elle cessa de le regarder et tourna la tête vers l'eau. Elle baissa la vitre pour respirer l'odeur des algues, portée par les vagues d'un noir profond qui semblaient vouloir l'anéantir.

Et elle se souvint de sa solitude, de son désespoir, de ces jours passés jadis à Sprogo à regarder ce même océan, l'invitant comme aujourd'hui à mettre fin à une existence misérable.

Tu ne manqueras de rien, avait-il dit. Comme si les choses matérielles avaient la moindre importance. Il n'avait rien compris.

Sans y penser elle enregistra la date sur le cadran du tableau de bord, on était le 14 novembre 1985. Ses lèvres s'étaient mises à trembler quand elle avait tourné la tête vers lui.

Ses yeux noirs étaient comme des orbites creuses dans son visage. Il ne voyait rien d'autre que le virage et la route devant lui.

Elle leva une main et l'approcha doucement du volant. Elle l'agrippa sans lui laisser le temps de protester et tira de toutes ses forces.

L'énorme puissance du véhicule se développa dans le vide tandis que la route disparaissait sous ses roues. Les dernières protestations de son mari furent noyées par le fracas de la chute par-dessus le parapet.

Quand ils touchèrent la surface de l'eau, elle eut le sentiment de rentrer chez elle."

 

Jussi Adler Olsen
Dossier 64
Chez Albin Michel

Jeff

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47 - 2014-04-07 - Paysages

Je n'ai pas connu mon arrière-grand-père, né en 1889 et décédé en 1967, dix ans avant  ma naissance, mais j'ai connu et je connais toujours mon grand-père qui aura, cette année, 97 ans. C'est un bonhomme qui a peu voyagé contrairement à son grand-père, né sur l'île de Jersey, en 1866, qui est passé par l'Angleterre, la France, les États-Unis, avant d'aboutir au Québec en 1889 à l'âge de 23 ans. Ce fut le grand voyageur de notre famille car, né à St-Rémi, mon grand-père demeure l'homme le plus sédentaire que j'ai connu. Quant à mon père, je crois qu'il est allé une ou deux fois à Toronto, peut-être une fois à New York et, au gros maximum, cinq ou six fois à Montréal, pas plus.

En ce qui me concerne, j'ai si peu voyagé que je me demande si je pourrai, pour cette chronique, me permettre de citer ne serait-ce qu'un seul paysage parmi les six ou sept qu'on m'a fait connaître ou que j'ai remarqués. Je peux quand même préciser que, de tous les paysages qui m'ont frappé, il y en a eu un - je crois même que ce fut le premier - que j'ai particulièrement détesté. Il s'agit de celui connu sous le nom des Chutes Niagara.

J'avais, à l'époque, six ou sept ans, peut-être huit. Mes parents avaient, à ce moment-là des cousins à Buffalo, du côté américain de ces fameuses chutes, et, après leur avoir rendu visite, en juillet ou août, mon père eut l'idée, pour revenir en les célèbres Jardins de Napierville, où nous habitions, de passer par St-Catherines, Hamilton, Toronto et Kingston (au Canada) plutôt que par la route plus rapide que nous avions empruntée pour nous rendre à Buffalo (via Watertown et Syracuse tout en passant  à travers le Montezuma National Wildlife Refuge [sic] et contournant Rochester). - Ce fut, soit dit en passant, le seul "grand" voyage de sa vie. - De ce fait, nous devions passer par une petite ville qui s'apellait, et qui s'appelle toujours, Niagara-in-the-Lake et tant qu'à être là...

Niagara Falls ! En y repensant - j'y suis retourné depuis - il me semble que, même avec beaucoup d'imagination, l'endroit ne ressemble plus du tout à ce que c'était à ce moment-là, mais je me trompe sans doute. Ce dont je me souviens, c'est que pendant tout le temps que je fus présent devant ces eaux qui coulaient avec dans un fracas épouvantable, mes lunettes étaient pleines de buée et ça, ça m'avait beaucoup déplu.

Depuis, j'ai lu la boutade d'Oscar Wilde qui disait que : "Les chutes Niagara étaient la deuxième plus grande déception d'un voyage de noces..." car nul n'ignore que l'endroit est un lieu de prédilection pour les nouveaux mariés.

Alors les chûtes Niagara, pfft !

Pour le reste, je peux dire que je suis allé à Québec plusieurs fois,, à New York (deux fois), une fois à Washington, quelques fois à Toronto en oubliant les randonnées ou visites rendues à des amis répartis un peu partout dans l'Estrie (que tout le monde continue d'appeler les Cantons de l'Est), ou dans les Laurentides (au nord de Montréal). Je travaille sur la Rive-Sud et donc, n'ai pas beaucoup l'occasion ni le besoin réel de me rendre en ce regroupement plus ou moins artificiel de villes que l'on surnomme pompeusement "La Communauté Urbaine [de Montréal]", surtout depuis que les banlieues, rives nord, sud, est et ouest, se sont développées au point où l'on peut trouver à peu près tout sans avoir à traverser un pont.

Je peux quand même ajouter qu'Elyanne et moi avons l'intention de visiter Londres et Paris dès que les enfants auront grandi ; et puis pourquoi pas une partie de la France et de l'Angleterre. Le reste, nous nous contenterons de les visiter virtuellement grâce à l'Internet qui nous permet, entre autre, de visiter à peu près tout ce qui nous intéresse.

Tenez, je vais vous donner une adresse qu'un ami m'a refilée l'autre jour et qui m'a coupé le souffle :

http://wtc.gigapan.com/wtc/?xml=wtc.xml&view.hlookat=380.87&view.vlookat=31.45&view.fov=150.00#panorama

Vous me direz, après ça, s'il est possible de voir quelque chose de semblable "en personne". Oui, d'accord, une ville, c'est plus qu'une photo : y'a les odeurs, les bruits, la population... sauf que... à moins d'être un globe-trotter et perpétuellement en voyage, on ne peut visiter qu'une infime partie de cette planète. Alors, mon opinion ? Vaut mieux connaître à fond son patelin que d'effleurer, au passage, une ville comme Chicago, Berlin, Rome, Moscou, St-Petersburg ; mais il y en a - j'en connais plusieurs - qui, chaque année, se rendent à un endroit différent, une journée ici, une journée là, et qui ne sauraient se rendre de St-Rémi de Napierville à Châteauguay sans consulter un plan, Châteauguay qui n'est pourtant qu'à une vingtaine de kilomètres d'ici.

Tout cela étant dit, permettez que je vous joigne une photo d'un de mes endroits favoris :

Il sagit du pont suspendu de la Gorge de Coaticook, près de Sherbrooke, Qc. - Pour plus de renseignements :

http://www.gorgedecoaticook.qc.ca/

Mais voir également cette photo :

http://www.gorgedecoaticook.qc.ca/fr/360

(Attention vous pourriez avoir le vertige)

A+.

Jeff

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46 - 2014-03-03 - La Bible

J'ai une amie ("Une autre !" me dit ma femme) qui ne se dit pas non-croyante, mais aspostasiée, c'est-à-dire qu'elle a abandonné volontairemnent et publiquement la religion chrétienne.

Je pensais à elle en regardant un documentaire sur le créationisme la semaine dernière. Vous savez... le genre de docu où l'on interview des personnes aux opinions opposées, les uns brandissant la Bible, les autres "Des origines des espèces" de Darwin dont l'originalité, justement, est quelque peu floue. Copernique en parlait dans sa chronique du 28 octobre dernier (voir au numéro 46 en page cinq).

Il y avait longtemps que je n'avais pas vu et entendu certaines personnes pour qui la Bible est la vérité absolue, toute la vérité et rien que la vérité. "Jusqu'à ce qu'on nous prouve le contraire, tout est là" disait l'un deux. Curieuse réfléxion, n'est-ce pas ? Tout le contraire de la science où tout est théorie tant et aussi longtemps qu'on n'en a pas démontré la preuve.

La Bible ? C'est bizarre, mais on m'a enseigné qu'elle pouvait être l'une des quatres choses suivantes, mais pas les quatre en même temps :

  • Un livre où chaque mot a été dicté directement par le Père Tout-Puissant, créateur du ciel et de la terre.

  • Un livre inspiré par le même Père, mais écrit par des hommes.

  • Un livre, toujours écrit par des hommes, qui ont tenté de faire comprendre aux autres ce que Dieu attendaient d'eux (via des poèmes, des paraboless, des histoires, etc.

  • Un tentative de comprendre la liaison qui puisse exiser entre les hommes et le monde spirituel.

Et j'en suis toujours là.

Et je m'en tiens également à ce que George Carlin sisait de la Bible :

  • Pourquoi jurer sur la Bible ?

  • Pourquoi la main droite avec la main gauche levée ?

  • Et si on mettait la main gauche sur la Bible et qu'on levait la main droite ?

  • Est-ce que Dieu tient vraiment à ses simagrés ?

  • Et si la Bible qu'on vous présente était à l'envers ? Qu'il lui manquerait certains chapires ? Quelle serait en chinois ? Ou en braille ?

  • Personnellement, Monsieur le Juge, je suis prêt à dire autant de vérités que ce livre en contient.

A+.

Jeff

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45 - 2014-02-03 - Oisive jeuness à tout asservie...

Oui, je sais, je suis beaucoup trop jeune pour donner des conseils, mais je suis convaincu d'une chose que Copernique Marshall m'a dite plusieurs fois et que j'ai entendue de la bouche de M. Simon Popp et même du Professeur : que ce qui nous a rendus heureux à vingt ans, nous rendra heureux toute notre vie.

J'aimais les beaux meubles quand j'étais jeune ; et j'aimais lire. À vingt-trois ans, quand j'ai épousé Élyanne, je l'aimais et je l'aime encore. Elle a changé, forcément. Moi aussi d'ailleurs, mais par la grâce de dieu-sait-qui, j'aime toujours les beaux meubles, j'aime toujours lire et j'aime toujours Élyanne pour, dans son cas, une raison très simple : nous sommes restés unis. Peut-être est-ce le fait que nous ne nous sommes jamais véritablement quittés. - J'en ai déjà parlé à propos d'un couple célèbre : Wyatt Earp et Josephine Marcus (*), mais je vois, autour de moi, autour de nous deux, des amis, des couples qui se séparent. Parfois, je reste ami avec lui et Élyanne avec elle, mais il y a une brisure que nous n'arrivons pas à comprendre.

Je les regarde, elle et lui, je les étudie, je me pose des questions et ne cesse de voir qu'une seule cause pour leur séparation, deux et même peut-être trois, mais qui me semble être toujours la même :

  • L'éloignement.- Elle a été de plus en plus préoccupée par sa carrière et lui, a été trop souvent absent, en d'innombrables voyages pour ses affaires.

  • La recherche d'"autres choses" que la vie familiale dans un pavillon de banlieue avec deux autos, le jardin à aménager et les voisins à supporter.

Mais la principale, à mon avis est :

  • L'illusion de se sentir devenir mutuellement quelqu'un d'autre.

Oui, de la hauteur de mes trente-six ans - bientôt trente-sept -, je sens bien que j'"évolue", que je "change", que je deviens, au fur et à mesure que les années s'accumulent (qu'est-ce que ce sera quand j'en aurai soixante-dix!) quelqu'un de différent, que je ne suis plus le jeune fringant que j'étais à vingt-trois ans ans, mais, dans le fin fond de moi-même, il y a une chose qui ne cesse de me dire que je suis toujours le même, que je n'ai pas changé ; que, ce que je disais au début, ce qui me rendait heureux à cet âge-là me rend toujours heureux et que je n'ai pas trouvé d'autres "bonheurs".

Les enfants m'ont fait vieillir, m'ont fait réaliser que j'étais, par rapport à eux, un bonhomme considérablement avancé en âge, mais je crois que s'il me revoyait, aujourd'hui, à l'âge où je me suis marié, ils me reconnaîtraient facilement.

La question est : vont-ils me reconnaître dans vingt, trente ans ? - Je crois que oui. Si je ne fais pas trop de folies, si je ne m'embarque pas dans des projets qui n'auront ni queue, ni tête.

En d'autres mots, je crois que je suis ce que je suis et que je ne serai jamais une autre personne.

Ce soir, tiens, je vais amener Élyanne au restaurant... et, curieusement, je pense que je vais être aussi gauche que la première fois où nous sommes sortis ensemble.

A+.

Jeff

(*) Chronique no. 15 - 12 novembre 2012 (Note de l'éditeur)

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44 - 2014-01-06 - Oui, je sais, j'en demande trop...

Élyanne me disait, il n'y a pas très longtemps, que je rêvais en couleurs. C'était à la suite d'une discussion que nous avions eue concernant l'avenir de l'informatique.

Très compliqué à expliquer mais je vais essayer via un court détour.

Disons au départ que j'ai eu un ami, aujourd'hui décédé, qui me disait que "jamais un ordinateur allait contrôler sa vie ! ". Tout-à-fait acceptable, cette boutade, non? À tout le moins, de son point de vue. Pour lui, les ordinateurs allaient supprimer les musiciens, les artistes, les comédiens, la création... en rendant tous et chacun de nous des êtres semblables, sans distinctions aucunes. - J'ai eu beau lui expliquer que les ordinateurs étaient des outils, il ne ne voyait, en eux, que ceux des "Big Brothers", ce qui est une de leurs possibilités, mais je les vois, je les toujours vus autrement. Et voici le détour :

J'ai eu un aimi libraire pendant plusieurs années. À lui, je dois 99% de ma "culture" littéraire. Savait ce qui m'intéressait, réservait des livres pour moi et me permettait même de lui retourner ceux que je n'avais pas aimés. C'est à lui que dois ma connaisance de Tite-Live, Montaigne, Proust, Dickens, Joyce, Oscar Wilde, Pessoa et cie.

Avait compris qui j'étais et ce que j'aimais.

Il travaillait dans une mini-chaîne de librairies, mais dont chaque succursale avait "son" quartier, "sa" clientèle et "ses" clients particuliers et dont chaque employé connaissait les goûts, les préférences, jusqu'aux manies. On ne les respectait pas pour leur "fidélité", ni pour leur fortune (je n'en avais pas et n'en ai toujours pas), mais parce que, en vrais libraires, ils aimaient leur métier et le considéraient important.

(C'est, je ne sais pas si vous l'avez remarqué, devenu de plus en plus rares.)

Ce libraire me servait, en quelque sorte de guide et de filtre, tout comme il existe des filtres, aujourd'hui, qui éliminent les pourriels qu'on nous envoie de plus en plus. De ces filtres, il en existe depuis quelques années pour la protection de nos enfants. Pas tous géniaux (j'ai surpris Thomas, l'autre jour, en train de regarder des photos de "stars" à demi-vêtues, mais one ne peut pas tout de même brimer la curiosité de nos enfants), sauf que, quand même, c'est un bon début.

Or, ce n'est pas précisément à cela que je pensais, mais à une autre forme de - disons - "contrôle" qui permettrait à chacun de soi de choisir, parmi des millions de pages (milliards, au dernier compte), les sites et, conséquemment, les choses qui nous intéressent.

Pensez aux nouvelles, par exemple. Peu me chaut de savoir ce qui se passe en Birmanie ou en Afraghanistan,à six heures du matin, mais j'aimerais bien savoir ce qui se passe sur les routes entre ma maison et mon lieu de travail, la température qu'il fait et par où je dois passer. Je ne tiens pas à me taper une demi-heure de bavardage, sur une chaîne de radio spécialisée, en ce qui concerne les ponts sur la rive-sud ou les autoroutes au nord de Montréal. - Ce n'est pas par là que je m'en vais.

Deux, trois lignes sur les routes que je dois emprunter ou deux, trois grands titres me suffiraient sauf que ce n'est pas de ces choses en particulier dont nous discutions, Élyanne et moi :

Je lui disais que, dans un avenir rapproché, chaque individu allait, sur le web, avoir à sa disposition un logiciel "robot" qui, sachant ce qui "nous" intéresse, allait être en mesure de"nous" fournir les informations qui pourraient nous intéresser sous la forme d'un court bulletin.

Par exemple :

Nouveaux livres :

Les nouvelles parutions qui ne seraient pas du domaine de la fiction, mais qui concernenaient (mon cas) l'ébinistrerie.

Nouveaux enregistrements :

Les nouvelles version des quatuors à cordes de Beethoven, avec critiques assorties (Copernique)

Dernières nouvelles économiques :

Les fluctuations du Dow-Jones (pour ceux qui compte là-dessus)

Etc., etc.

La veille d'un départ vers New York, pourquoi ne pas le dire à son robot de telle sorte qu'il nous avertisse des détails que nous devrions connaître avant notre départ.

Vous voyez ce que je veux dire ?

Suffirait de rentrer son profil, ses goûts et ses "surprenez-moi" pour que, au cours de la nuit, d'heure en heure et, à la vitesse que tout fonctionne, de minute en minute, un logiciel accumulerait des informations comme ceci:

"Si vous êtes sur le point de quitter votre bureau, dépêchez-vous car la circulation sur l'autoroute XYZ est en train de s'envenimer." Ou encore : "Cette année le musée de Shelburne organisera une exposition sur les meubles de l'époque coloniale."

Et puis, pourquoi pas, un logiciel-robot qui s'adapterait à nos goûts changeants, apprendrait à classer, selon les choix que nous aurions faits selon nos choix précédents, les éléments qui nous intéressent dans l'ordre qu'ils nous intéressent ?

Ce n'est pas à lui que je demanderais de payer mes comptes, d'élever mes enfants, ni faire l'amour à Élyanne à dix heures et demie chaque mercredi soir, mais s'il me disait que, demain soir, ou dans une semaine, il y aura un documentaire sur Boule qui sera présenté sur la chaîne X et qui m'offrirait, parce qu'il connaîtrait mon agenda, la possibilité de l'enregistrer...

C'est rêver en couleurs, ça ?

Déjà que j'ai un agenda qui m'avertit quand et où je dois être un jour à l'avance, une heure à l'avance et qui se dit prêt à signaler le numéro de téléphone de la personne que je dois rencontrer si je suis en retard...

Il y a eu les logiciels de traitement de textes, les chiffriers, les Photoshops, les MP3liseurs, c'est logique de penser à une telle application, non ?

...

Et les enfants ? Ont passé les derniers dix jours à programmer leurs tablettes. Moi aussi, d'ailleurs.

A+.

Jeff

***

43 - 2013-12-02 - Lecture rapide

C'est un de mes profs, en théologie (un jour, je vous expliquerai comment et pourquoi j'ai suivi des cours de théologie - et dogmatique, par dessus le marché !), qui m'a enseigné à lire. - Pas à interpréter ce que je faisais depuis que j'avais cinq ou six ans, mais véritablement à lire. - Parce que, contrairement à l'opinion généralement répandue, lire ne consiste pas tout simplement à déchifrer des lettres et à comprendre que, dernières ces lettres, se cachent des mots, des phrases et certaines idées qui ont été consignées... par écrit, mais bien à assimiler intellectuellement ces mots, phrases et idées, et à les comprendre.  - Et plus encore : à ne pas seulement les comprendre, mais à les laisser faire partie de sa vie.

"La chanson de Roland" (ennuyeux comme la pluie soit dit en passant), ce n'est pas parce qu'il n'y a plus de troubadour pour venir vous la chanter, chez vous, que vous êtes obligé de vous en tenir à sa déclamation : c'est ÉCRIT. Vous pouvez le lire à la vitesse que vous voulez. Un peu comme le "Passons au déluge" de Corneille ("Les plaideurs"). Et puis vous pouvez passer les passages ennuyeux. - C'est un des avantages de l'ÉCRIT.

Ce prof, dont je viens de vous parler, c'est justement ce genre de choses qu'il m'a enseignées. Et beaucoup d'autres.

La lecture rapide, par exemple.

Je suis certain que vous avez entendu parler de ces phénomèness capables de lire un livre de 500 pages en quelques minutes. Vous les avez peut-être même vus à la télé. Ils existent. Leur technique consiste d'abord et avant tout, à ne jamais lire "à voix haute", c'eat-à-dire en lisant les mots un à un. Une autre est "l'expansion de son champ visuel" qui consiste à ne pas lire des mots, mais des lignes.. Facile à expliquer, mais difficile à pratiquer.

Mes deux favorites sont la lecture des premières phrases de chaque chapitre, puis les premières phrases de chaque chapittre. Essayez une fois, vous serez surpris du résultat, surtout en ce qui concerne les livres de fiction.

Et puis toujours, lorsqu'elle existe, lire la préface de tous les volumes. Les titres des chapitres, il va sans dire.

Vous trouverz toutes ces techniques (je les appellent "trucs") sur le WEB, notamment sous forme de vidéos dans YouTube. Vous n'avez qu'à taper "lecture rapide" dans son moteur de recherche. Ça en vaut vraiment la peine.

Tenez, commencez par ce vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=-5sKOW45sYg.

A+.

Jeff

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42 - 2013-11-11 - T.V.

Je viens de lire qu'en moyenne, les Américains regardent la télévision plus de cinq heures par jour ; qu'au cours de leurs vies, les Américains auront passé neuf ans devant leur petit écran. Leurs petits écrans ? Chaque foyer, aux USA, possèderait, toujours en moyenne, 2,24 téléviseurs et que 65% des familles possèdent trois téléviseurs ou plus. Tout-à-fait démentiel.

(Source : BLS American Time Use Survey, A.C. Nielsen Co.)

Je n'ai pas trouvé de statistiques semblables pour le Canada, mais je suppose, considérant que 56% des foyers canadiens sont abonnés à un service de télé par câble ou satellite, ça doit être à peu près la même chose.

À la maison, je ne sais pas si nous passons plus que cinq heures par semaine devant notre unique téléviseur. Et la plupart du temps, c'est pour visionner un film et, comme il n'y en a très peu qu'on y présente nous intéressent, nous préférons les écouter sur nos ordinateurs via YouTube ou des sites semblables. Nous en avons trois, quatre, si je compte celui - portable - que ma firme me fournit : un dont Élyanne se sert pour son travail, un qui est mon ordinateur principal et un autre que les enfants se partagent quoique, souvent, ils empruntent le mien avec interdiction, quand même, d'y installer leurs logiciels.

Quels logiciels ? Alysée, comme toutes les filles de son âge a une sorte de maison imaginaire, avec poupées et tout, oèu elle fait la cuisine, la lessive, son repassage et ainsi de suite. - Fort ingénieux. - Thomas, le plus vieux des deux garçons, est authorisé à aller sur Internet mais sous haute surveillance. Il s'intéresse beaucoup à la science-fiction et à l'astronomie. Depuis des mois, il suit les véhicules de la Nasa sur Mars. - Quand aux deux plus jeunes, c'est avec un logiciel de dessins en provenance de chez Disney.. Ils y exellent tous les deux.

Le reste du temps, ils lisent ou s'amusent entre eux avec des jouets, la plupart éducatifs. Nos enfants sont des intellectuels !

Je crois qu'ils imitent ou tentent d'imiter, comme tous les enfants, leurs parents.

En fait, nous écoutons si peu la télévision que nous avons décidé, Élyanne et moi, de nous désabonner de notre service par satellite, nous étant rendu compte que nous payions près de 75$ par mois pour ne pas regarder la télévision. - 900$ par année ! 

Et vous savez ce que nous avons songé faire avec ces 900$ ? Offrir à chacun de nous enfants un petit ordinateur ou une tablette. - Ils les trouveront au pied du sapin de Nol le 25 décembre prochain.

Ah, vous auriez dû voir leurs têtes quand nous leur avons annoncé.

Pas un mot sur la dorévant absence d'une télé.

A+.

Jeff

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41 - 2013-10-28 - Le futur

"T'es aussi fou qu'eux autres." m'a dit, Élyanne, en lisant, jeudi dernier, le brouillon de cette chronique. et, vous savez quoi ? Je pense qu'elle avait raison. Pas pour la folie (c'était une façon de parler), mais pour les influences. Je ne peux pas, en effet, faire autrement que de subir celles de Simon [Popp], de Copernique [Marshall] ou de ce souvent oublié Paul [Dubé] que, je qualifierais, ce dernier, de "cauteleux". - Vérifiez dans le dictionnaire. - Ça m'a pris plusieurs minutes pour m'assurer de l'exactitude de ce mot qui siginife : "Qui manifeste une prudence souvent mêlée de ruse", mais j'aurais beaucoup d'autres choses à dire à son propos ; qu'il est, par exemple, généreux, affable, régulièrement intransigeant et, la plupart du temps, prisonnier d'un univers qu'il s'est construit parce qu'il n'avait pas d'autres choix. Me fait penser, parfois, à mon ami Serge, celui atteint du syndrôme d'Asperger dont je vous ai entretenu récemment.

Mais ce n'est pas de lui, aujourd'hui, dont je voulais vous parler.

Je ne sais pas, mais depuis deux semaines - et c'est très compliqué quand j'y mêle Alysée, Thomas, Frédéric et
Matisse -, j'ai un film qui n'en finit pas de  tourner dans la tête. Pas un grand film, oublié par tout le monde ou presque, et qui n'a certes pas rapporté des millions au box-office. S'agit de "La nuit de Varennes" d'Ettore Scola, tourné en 1983 et qui mettait tout de même en vedette Marcello Mastroiani, Jean-Claude Brialy, Harvey Keitel, Jean-Louis Barrault et plusieurs autres "grands noms" dont Hanna Schygulla et Andréa Ferréol.

Une sorte de regard plus ou moins imagé (et imaginé) sur la Révolution Française et la tentative de Louis XVI de rejoindre  ceux qui lui étaient restés fidèles, en 1791.

Ce qui m'a frappé dans ce film, ce ne sont pas les dialogues, quand même fort intéressants, entre Casanova (Mastroiani), Thomas Paine (Keitel) ou Monsieur Jacob (Brialy), ni le "qu'est-ce-qu'on-fait-de ce-roi" ? des gens qui l'ont stoppé dans sa fuite, mais deux, trois phrases  prononcées par Barrault, en Restif de la Bretonne, débarquant en 1793, au pied du Pont Saint-Michel et, ayant gravi les marches de la berge, il se retrouve sur le quai des Grands Augustins, en plein XXe siècle, se demandant ce que les passants qui l'entourent allaient penser de lui et de sa génération : "Que diront-ils, en leur temps, ces gens, de nous, qui auront assassiné notre roi ?"

Existent plusieurs extraits de ce film sur YouTube.

Évidemment, il n'y a pas de réponse à cette question car elle est posée par quelqu'un qui ne connaîtra pas la façon de penser de ceux qui viendront après lui ; un peu, à l'inverse, ne connaîtront jamais, ceux qui nous suivent, notre façon de penser.

Personnellement, ce n'est pas en termes de deux cents ans que je m'interroge, mais plutôt en termes de mille et même deux mille ans.

Que penseront de nous les gens de l'an quatre mil ?

Dans l'immédiat, je pense surtout à ce que penseront mes enfants dans quarante, cinquante et soixante ans.

A+.

Jeff

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