Les chroniques de Jeff Bollinger

_________________________________________________________________________________________

Du 10 juin au 14 octobre 2013

Pour l'édition courante, voir le Castor™.

Chroniques précédentes

Chroniques suivantes_________________________________________________________________________________________

40 - 2013-10-14 - Le temps

Une coïncidence, peut-être, mais on m'a demandé une question semblable à celle qu'on a posée à Monsieur Copernique la semaine dernière, à savoir, dans son cas, le nombre de livres qu'il lisait dans une semaine, et, dans le mien, combien, durant la même période, d'heures je passais devant la télévision ; si, en particulier, j'avais vu, l'avant-veille une émision au cours de laquelle, X avait demandé à Y comment elle écrivait ses chansons ; si les mots venaient d'abord et puis la musique ensuite (et puis, forcéement, vice-versa).

Pas beaucoup et non. La télévision, chez nous, est un meuble presque inutile. Un simple problème d'arithmétique :

Nous avons quatre enfants.. La plus petite, Matisse, a six ans. La plus vieille, Alysée en a douze. Thomas aura bientôt dix ans et, il y a deux semaines, nous célébrions le huitième anniversaire de Frédéric.

Est-ce que je dois ajouter qu'avec les travaux scolaires, les repas, les courses, la lessive, les questions de tous et chacun, nous n'avons que très peu de temps à notre disposition ?

Les enfants, oui, regardent la télé, mais peu : les deux plus vieux préfèrent lire, Thomas dessiner et Matisse jouer avec ses poupées.

Le matin, nenni : il faut une heure, le matin - qu'une seule heure, grâce à Élyanne et à son sens de l'organisation, - pour que nous puissions, chacun de notre côté, nous préparer, déjeuner et nous rendre à nos occupations. Le soir, c'est presque trois heures que nous mettons à récupérer tout le monde, à préparer le repas, à manger en commun, à veiller au bain, au dodo et tout le reste.

Oui, ça nous rend un peu "gaga", en tant que parents, parce que nous ne sommes pas au courant de tout, particulièrement si "Y" écrit les paroles de ses chansons avant d'en rédiger la musique.

Non, ni Élyane, ni moi ne savons pas tout ce qui se passe dans l'univers, même pas une fraction de ce qui s'y passe, mais je peux vous une chose : à nous six, Élyane, Alysée, Thomas, Frédétic et Matisse, nous savons ce qui se passe entre nous.

A+.

Jeff

***

39 - 2013-09-30 - Les livres...

Est-ce qu'on vous prête des livres ? Est-ce qu'on vous en offre ? Est-ce qu'on vous suggère de lire ceci ou cela ?

Ça semble être mon lot.

Depuis quelque temps, j'essaie de faire des échanges. Oui, je lirai votre livre, à condition que vous lisiez un des miens. Oh, rien de difficile : je ne suis pas Copernique qui semble se spécialiser dans les livres obscurs avec des mots à regarder dans les dictionnaires à toutes les dix lignes. Je me suis essayé, l'autre jour, avec son John Ruskin et j'ai vite abandonné. Non : je vais vous refiler "La vie, mode d'emploi" de Georges Pérec, "Un amour de Swann" de Proust ou, à la rigueur, "Voyage au bout de la nuit" de Céline, mais jamais Joyce ou même Henry James.

Si mes échanges fonctionnent ? Pas du tout. La première chose que je sais, c'est que j'ai lu trois livres qu'on m'a suggérés contre la moitié de l'un des miens. Pourtant, s'il y a un livre facile à lire, c'est bien "La vie, mode d'emploi" que je viens de citer.

Même chose pour les films.

L'autre jour, je cherchais un Jean-Pierre Melville dans ma vidéothèque et je me suis aperçu que j'avais là des films que j'ai tout de suite déplacés parce que j'avais honte. Des films "d'action", des films "d'amour" et même des documentaires du genre, comme le veut la tradition à l'UdeNap, "La fabrication des archets de violon en Auvergne au XIXe siècle". - Mais qui a l'idée de m'offrir des choses semblables ? Et pourtant, elles sont bien là.

Autre chose :

J'essaie de lire de plus en plus sur mon lecteur électronique sauf que, un livre acheté via mon ordinateur, ne peut pas, sans certaines manipulations, être transféré sur mon lecteur. À cause de ces fameux "DRM" ou "GDN" qui ont pour buts de restreindre la lecture d'un texte à un seul appareil, une seule zone géographique ou empêcher, par exemple, le déroulement rapide d'un DVD ou la suppression des bandes-annonces.

Je ne fais plus affaire avec des revendeurs qui marquent ainsi leurs produits. Je trouve ça abject de leur part. Si on les laisse faire, ils en implanteront dans nos livres-papiers que nous ne pourrons plus lire sauf dans une pièce très précise de sa maison.

Pour de plus amples renseignements :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gestion_des_droits_num%C3%A9riques

Mais n'oubliez pas de consulter ce site :

http://www.livrespourtous.com/

Un passage, quand même, de Ruskin, qui m'a frappé :

"Nous ne sommes pas ce que nous faisons mais ce que nous aimons."

L'exemple qu'il donne est celui d'un homme qui préfère ne rien faire plutôt qu'aller travailler. C'est un être essentiellement paresseux, précise-t-il. Même s'il travaille 60 heures par semaine...

A+.

Jeff

***

38 - 2013-09-16 - Les manières d'antant et la rentrée

J'ai un ami qui ne cesse de me dire que. lorsqu'un homme meurt, c'est une bibliothèque qui disparaît. -  Façon de parler, naturellement : ce qu'il veut dire, c'est, lorsqu'un homme meurt, c'est l'expérience de toute une vie et de nombreux souvenirs qui disparaissent en même temps. Restent derrière lui, parfois, des enfants qui, s'il les a bien éduqués, n'ont, hélas, les yeux tournés que vers l'avenir et non son passé.

C'est mon cas, je crois, et ce sera inévitablement celui de mes enfants.

J'ai la chance, cependant, d'avoir un grand-père [du côté maternelle] encore en vie - qui a connu le père du Professeur - et quand je le vois, malgré la maigre éducation qu'il a reçue, je sens la somme de connaissances qui se sont accumulées en lui et qui, parfois, m'effraient. Il vient de célébrer son 97e anniversaire, ce qui est énorme (à mes yeux) et je ne manque jamais de lui faire parler de son grand-père, né avant la confédération (sic), décédé en 1937 alors que lui, n'avait que 21 ans.

Oh, sa mémoire n'est plus ce qu'elle était, mais pour le connaître depuis des années, je constate, chez lui, des réflèxes, des manières de s'exprimer, des manies même, qui datent d'une tout autre époque. Il me voussoie, entre autres, et qui ose encore dire, de nos jours : "J'eusse aimé que vous vinssiez plus tôt."

Passé, deuxième forme (au conditionnel) suivi d'un plus-que-parfait du subjonctif. - Si, si : je viens de regarder dans mon conjugueur.

Dire que j'ai de la difficulté, parfois, à lire Gide...

***

Chaque année, dès que je vois approcher le mois de septembre, je m'inquiète. Avec quatre enfants aux études, comment vais-je faire pour boucler mes fins de mois ? Mes enfants ne sont pourtant pas difficiles : pas question, pour eux, d'avoir le dernier sac à dos, le dernier stylo, les dernières espadrilles. Ils sont - comment dirais-je ? - heureux de ce qu'ils possèdent et n'envient pas leurs collègues de classe ni le fils et la fille d'un de mes amis qui trouvent leurs parents chiches de ne pas leur avoir remplacé leur iphone 4 par un 5 ou encore leur avoir acheté une tablette qui n'est pas un ipad. Je vois d'ici la honte qu'ils ressentiront quand ils se compareront aux autres.

Quel que soit, quand même, ce dont mes enfants se contentent, il n'en reste pas moins que la rentrée scolaire est un fardeau financier pour des familles comme la mienne, sauf que, dans toutes les familles, il n'y a pas une Élyanne. Me fait souvent penser à ma mère qui, bon temps, mauvais temps, savait trouver l'argent nécessaire pour combler tous nos besoins.

Et dire que l'une pense et que l'autre pensait, je ne m'en suis jamais aperçu.

A+.

Jeff

***

37 - 2013-09-02 - Tradaptation

Copernique avait raison (denier numéro) : ces séances pré-publication du Castor™ sont très intéressantes. Au début, convoqué presque solennellement par Monsieur Pérec, j'ai eu peur d'y assister songeant aux réunions qui se tiennent dans les milieux corporatifs (celles avec secrétaire, minutes d'assemblée, etc. - J'en ai quatre par année.) puis je me suis aperçu très vite que tout était d'un décontracté pas possible. "C'est juste que nous traitons souvent, chacun de notre côté, du même sujet." nous a dit Monsieur Pérec, la dernière fois. "Faudrait pas embêter nos lecteurs avec nos répétitions..." - Motion votée à l'unanimité. Cinq minutes.

Deux cafés plus tard, nous étions tous assis à une grande table à parler de n'importe quoi.

Formalité ? Un peu, oui : nous tous, sans exception, continuons d'appeler Monsieur Pérec, Monsieur Pérec. Pour le reste, nous nous tutoyons allègrement.

Éduqué dans une famille où les portes de chambre étaient continuellement fermées et qu'il fallait, pour entrer en communication avec son frère ou sa soeur, frapper avant d'entrer, ça m'a pris un bout de temps avant de dire "Simon" à Monsieur Popp, mais c'est fait. Y'a Paul [Dubé] qui a été quelque peu récalcitrant, mais il s'est plié rapidement au désir de tous. Quant à George, je ne me souviens pas avoir rencontré une personne qui nous fait rire comme elle. Totalement délicieuse.  Et vous savez quoi ? Copernique parle mieux français que vous et moi. Tout comme son père d'ailleurs.

Mais de quoi, je voulais vous parler cette semaine ?

Voilà, je viens de me souvenir : de traduction. - Je vous en ai déjà parlé, mais c'est Simon qui m'a refilé le bon mot : "On ne traduit pas, Jeff, m'a-t-il dit : on 'tradapte'..." Effectivement, quand on passe d'une langue à l'autre, on fait de la "tradapatation" : on traduit et on adapte.

C'est que j'ai un ami, anglophone, qui vient de perdre son père et j'ai pensé à cette phrase de Proust qu'on a déjà citée ici (par Simon Popp lui-Même, le huit avril dernier, et, à l'occasion d'un ami du Castor, le 28 novembre 2011):

"Nous disons bien que l’heure de la mort est incertaine, mais quand nous disant cela, nous nous représentons cette heure comme située dans un espace vague et lointain, nous nous pensons pas qu’elle ait un rapport quelconque avec la journée déjà commencée et puisse signifier que la mort - ou sa première prise de possession partielle de nous, après laquelle elle ne nous lâchera plus - pourra se produire dans cet après-midi même, si peu incertain, cet après-midi ou l’emploi de toutes les heures est réglé d’avance."

Je l'ai retrouvé, traduite en anglais, - merci Paul ! - comme ceci :

"We may indeed, say that the hour of death is uncertain, but when we say so we represent that hour to ourselves as situated in a vague and remote expanse of time, it never occurs to us that it can have any connection with the day that has already dawned, or may signify that death - or its first assault and partial possession of us, after which it will never leave hold of us again - may occur this very afternoon, so far from uncertain, this afternoon every hour of which has already been allotted to some occupation."

Je la relis souvent, cette phrase, pensant à Élyanne, Alysée, Thomas, Frédéric et Matisse...

A+.

Jeff

***

36 - 2013-08-19 - Honnêtement

Élyane m'a surpris il n'y a pas très longtemps quand elle m'a dit que je mentais "comme un arracheur de dents" (une autre expression à refiler à Copernique), que mon idée de la vérité était assez fantaisiste et qu'aux Olympiques de la fausseté et de la simulation, je gagnerais, au strict minimum, une médaille de bronze, mais que, me connaissant, elle devinait tout et que c'était devenu, "avec le temps", sans importance. "Tu devrais faure quand même faire attention avec les enfants" ajouta-t-elle.

Moi mentir ? Aux enfants ? - Qui , pensez-vous, leur a juré dur comme fer que le père Noël existait ou qu'une cigogne allait bientôt leur apporter un petit frère ou ou petite soeur ? (Alors qu'elle était enceinte de huit mois.)

Et puis, entre ne pas dire la vérité pour ne pas blesser ou fabuler...

Je me souviens de mon père, né à Mille-Vaches (par la suite St-Paul-du-Nord qui devint, finalement, avec la fusion avec le proche village de Sault-au-Mouton, en 1997, la municipalité de Longue-Rive), m'expliquant, un jour, l'origine du nom de son lieu de naissance :

"C'est qu'au XVIIe siècle, le bétail était rare dans le coin et l'un des habitants de la région, désolé de ne pas avoir du lait frais tous les jours et de ne pas manger de la viande d'élevage régulièrement, décida, un jour, d'y importer un troupeau de boeufs de l'ouest. Des mois plus tard, quand il est revenu avec deux mille têtes de bétail, il s'est aperçu qu'il devait traverser la rivière située de l'autre côté de ses terres et comme il n'avait pas de traversier à l'époque, il s'est trouvé bien embêté. C'est alors qu'il aperçut, en amont, six arbres creux suffisamment hauts pour rejoindre, une fois abattus, les deux rives. Bucheron d'expérience, il se mit à l'oeuvre et en l'espace d'une journée, il avait construit un pont comme on n'en fait plus aujourd'hui. Le lendemain, il enfouit ses bêtes une à une dans chacun des troncs pour se retrouver, stupéfait, le soir même, qu'avec la moitié de son troupeau, l'autre moitié s'étant égarée dans les branchages..."

Cette explication a bercé mon enfance et si c'est cela mentir, je vais continuer à mentir à mes enfants.

Pour ce qui est d'Élyane, à quoi cela pourrait-il me servir de lui dire constamment la vérité puisqu'elle dit tout savoir ?

Personnellement, j'aime les menteurs mais les vrais : ceux que personne ne croit, mais qui sont convaincus, eux, de dire la vérité. Je les préfère aux gens honnêtes, mais dont l'honnêteté change avec les vents et marées. Je chéris particulièrement ceux qui prennent des engagements et qui, pour se ramener dans le droit chemin, se sentent obligés de mentir.

Quant aux hypocrites, sont-ils figues ou raisins ?

A+.

Jeff

P.-S. : Mille-Vaches doit son nom à un mot indien qui signifait : "La baie où se baignent des vaches marines."

***

35 - 5 août 2013 - Farniente

Que j'aime ces journées d'été où il fait trop chaud pour faire quoi que ce soit ! Le climat québécois nous en offre cinq ou six par année. Au cours de ces weekends qui débutent vers midi le vendredi et qui ne se terminent que tard, dans la soirée du dimanche. Du cul-de-sac où j'habite, je n'en vois guère, mais je sais que les autoroutes sont bondées de vacanciers ou de gens qui tiennent absolument à se rendre dans ces temps-là près d'un lac où les hébergeront ces pauvres propriétaires de chalets ou de maisons secondaires qui tenaient absolument à fuir la ville et se retrouver en paix avec la nature.

La nature, chez moi, est dans mon jardin où ma femme cultive un potager,de quoi fournir des légumes à tout un canton, mais où se trouvent également trois magnifiques érables argentés où, entre deux, j'ai installé quatre chaises Adirondack (voir ci-dessous) et deux petites tables pour y déposer, en ces jours de canicule, un grand pot de limonade et des verres. Un livre ? Pas du tout. Quand il fait chaud comme avant-hier, je ne fais rien, nothing, nada, niente. Avant-hier ? J'ai regardé les enfants jouer et s'arroser mutuellement avec le boyau de la pelouse.

Puis, ils ont enfourché leurs bicyclettes et se sont rendus chez mon voisin qui s'est fait creuser une piscine (dans un pays où le sol est gelé six mois par année...). Ils en sont revenus épuisés et se sont endormis très tôt.

Certains se souviennent de ces journées d'enfance. D'autres pas. C'est mon cas. Oh, je veux bien me rappeler mes cousins et mes cousines, chez ma tante *** qui nous accueillait en son immense maison. Je suis passé devant, pas ma tante mais devant sa maison, il n'y a pas très longtemps. Immense ? Un tout petit bungalow à une dizaine de mètres d'une rivière aujourd'hui polluée. Je me souviens également être passé des jours entiers à la piscine municipale ou dans ces jeux du Far-West que nous inventions dans le boisé derrière la maison paternelle, mais tout cela est bien loin. Je me demande d'ailleurs si, lorsque je serai vieux, je me souviendrai de journées comme celle d'aujourd'hui. (Il est presque minuit et la chaleur m'empêche de dormir. Heureusement qu'un léger vent s'est levé et que je suis près d'une fenêtre.)

***

À propos des chaises Adirondack :

Je ne me souviens pas si c'est Simon Popp ou Paul Dubé qui m'a cité récemment Oscar Wilde pour qui la nature était une chose tout à fait abjecte car on ne pouvait y retrouver un seul fauteuil confortable. Malheureusement pour lui (Oscar), il est décédé trois ans avant qu'un certain Thomas Lee

(voir à http://en.wikipedia.org/wiki/Adirondack_chair)

... décida de se faire fabriquer des chaises de jardin qu'il nomma, au départ des "Westport chairs", et qui furent vite connues sous le nom de "Adirondack" :

Il en existe plusieurs modèles (on en a même fabriqué des pseudos-copies qui ressemblent vaguement à des fauteuils récamier) mais l'image ci-dessus en représente un classique.

Suffit de s'asseoir une fois dans une de ces chaises pour savoir jusqu'où le génie humain peut aller.

Dans ce cas-ci, très loin (*). - Le plus curieux dans tout cela, c'est que, faites de bois [dur], on peut dormir plusieurs heures dans ces chaises sans ressentir la moindre douleur, tant au niveau des jambes, des fesses ou du dos. L'équivalent extérieur d'un fauteuil voltaire.

A+.

Jeff

(*) Deuxième plus grand invention de tous les siècles (après le pain tanché) me dit Copermique Marshall.

***

34 - 22 Juillet 2013 - Écritures

Ce qui m'étonne et me plaît le plus dans le fait d'avoir - à la demande du Professeur et de son fils Copernique - à écrire "hebdomadairement" des chroniques dans le Castor™, c'est cet aspect trop ignoré de l'écriture et qui est de permettre, en quelque sorte, de revivre certains épisodes de sa vie pour une deuxième fois. Je crois qu'on n'a pas idée de ce que peut être, le soir, après le travail, que de s'asseoir, plutôt que devant la télé, devant son ordinateur et raconter un événement qui s'est passé la veille, l'avant-veille, il y a des années et même au cours de la journée qui vient de se terminer. C'est le revivre à nouveau, mais plus lentement, en en goûtant tous les moments.

C'est le sixième anniversaire de la plus petite, avec sa robe bleue, ses yeux éblouis, son étonnement devant son gâteau de fête. C'est la première chute à bicyclette de mon fils et son genou éraflé dont il portera des traces toute sa vie. Ou le premier baiser qu'on a donné, fébrile, gauchement, un peu gêné, à celle qu'on aime. Et même la tasse renversée par le tout petit chaton qui venait d'arriver et que ne voulait que savoir ce qui se passait devant lui.

Avec l'écriture, nous apprenons plus de choses que nous en enseignons.

Hier, je pensais à Georges Burns, un vieux comédien américain qui a presque atteint son centenaire, moment où il devait passer au London Palladium (un contrat signé des années auparavant). Combien de fois a-t-il dit à son auditoire, lors des ses one-man-shows : "Je ne sais pas ce que chacun de vous fait dans la vie, mais abandonnez-moi ça tout de suite et rentrez dans le show-business. Vous ne le regretterez jamais." Et c'est un peu comme ça que j'approche l'écriture depuis quelque temps.

J'oublie ces histoires d'écrivains torturés, mal compris, morts dans la misère : j'ouvre une page dans mon ordi et j'écris. N'importe quoi. Je me rappelle ma première journée à la petite école, la fois où j'ai été si malheureux quand ma première amie m'a quitté, ma première voiture, mes premières vacances, la tour Eiffel lors de mon premier voyage à Paris.

Hier soir, c'était à un livre que je pensais : "Three Men in a Boat" de Jerome K. Jerome. Le livre le plus drôle que j'ai lu de toute ma vie. Or, j'en avais une copie dans ma bibliothèque. Beaucoup moins intéressant que la première fois. Des longueurs, même. Sauf que me rappelant le plaisir que j'ai eu à le lire pour la première fois, je me suis souvenu comment j'avais été heureux de l'avoir eu entre les mains il y a des années de cela et... j'ai été à nouveau aussi heureux, aussi content d'en parcourir les pages.

On ne se penche jamais assez sur son passé, ce passé dont nous sommes tous tributaires.

Et puis, y'a la rencontre hebdomadaire avec les autres rédacteurs du Castor™, rencontre dirigée avec beaucoup d'empathie par Monsieur Pérec qui insiste pour que l'on l'appelle Herméningilde et même Hermy mais que, par respect, nous continuons d'appeler Monsieur Pérec, y compris Monsieur Popp qui, pourtant ne se gêne pas pour appeler Monsieur Dubé, Paul, même s'il est plus âgé que lui. C'est un de mes moments que j'aime le plus dans toutes mes semaines. Il y a là une atmosphère tout à fait chaleureuse, chacun félicitant l'autre pour sa dernière chronique ou les informations qu'il a recueillies. Un pur délice. Surtout pour moi quand je me vois assis autour d'une table avec des personnalités hors du commun.

Que ceux qui connaissent les secrets - j'allais écrire le secret - du Castor sachent que les choses se passent telles que je viens de les décrire.

A+.

Jeff

***

33 - 8 juillet 2013 - Et le son est venu

Après plusieurs mois de durs labeurs et la mise de côté de sommes frisant l'absurdité, je me suis enfin, procuré l'objet de mes rêves : un casque d'écoute de qualité.

Vous avez dû, comme moi, entendre à un ou deux mètres de distance des ados, dan le métro, qui écoutent au moyen de minuscule bouchons du rock ou quelque chose d'autre (à condition que ça soit bruyant) à partir de leurs iPhone, iPad ou Samsung S et dont les "boum-boum" vous ont rappellé certaines discothèques que vous avez fréquentées parce qu'"il le fallait". - Je me suis inquiété, un temps, pour les oreilles de ces jeunôts, mais j'ai décidé de ne plus m'en faire... Pas pour mes enfants, cependant : j 'aimerais bien qu'ils aient, à mon âge, le même sens de l'ouie qu'il me reste, moi qui ai travaillé trop longtemps dans des ateliers où le bruit des perceuses et autres outils, dépassait souvent les décibels généralement admises comme "raisonnables".

(En passant, allez donc voir, si vous possédez un téléphone "intelligent" du côté de Smart tools (https://play.google.com/store/apps/details?id=kr.aboy.tools&hl=en) et allez y récupérer leur application Sound Meter qui vous dira, où que vous soyez, si vous êtes dans un environnement sonore sécuritaire.)

Ce que je voulais, c'était :

1) un casque d'écoute qui me protégerai, entre autres, de ma perceuse, rabotteuse, planneuse...

2) quelque chose qui me permettrait d'écouter de la musique, mais de la meilleure façon possible.

J'avais, après plusieurs recherches, limité mon choix à quatre casques :

1) Le Circumaural high-end travel headphone, NoiseGard™ 2.0 & TalkThrough (à 349,98 $),

2) Le Casque supra-auriculaire sans fil Mixr de Beats du Dr Dre - Noir (à 279,99 $),

3) Le Harman Kardon BT (à 249,95 $)

4) Le Quite Comfort 15 Acoustic Noice Cancelling Headphone (à $329,99 $)

(Sans compter, parce qu'il m'aurait fallu prendre une deuxième hypothèque sur la maison, le Seinnheiser HD 800 à 1 499,95 $ - Vous avez bien lu : mille quatre cent... )

Finalement, j'ai opté pour le Bose Wireless Bluetooth Overhear AE2w (à $279.95). Pourquoi ? Parce que j'ai deux amies qui possèdent un de leur Wave® music system III qui est une pure merveille, capable de reproduire, dans une pièce de grandeur normale, ce que de systèmes dix fois plus volumineux avaient peine à reproduire il n'y a pas dix ans. - Fini les enceintes dans lesquelles on pouvait s'asseoir !

Mon système de son ? Un vieux PC auquel j'ai rattaché de minuscules hauts-parleurs (avec, quand même un ampli pour les graves). Des hauts-parleurs de marque Logitech, tout-à-fait adéquats. (C'est ce que j'ai au bureau - au cas où vous ne sauriez pas quoi faire de votre vieux PC.) Sauf que... dans mon atelier... Avec la scie, la raboteuse, le planneur... il m'en aurait fallu trois avec les décibels frisant le départ d'un 747. - Je cherchais, entre autres, de quoi protéger mes oreilles. Un casque bien sûr, mais tant qu'à joindre l'utile à l'agréable :

Avec mon Bose Wireless Bluetooth Overhear AE2w (à $279.95), voilà que je peux, dorénavant, non seulement couper le bruit infernal de mes machines mais écouter ma musique favorite dans un environnement absolument magnifique. Dans un autre univers, quoi.

La question que je me pose est... vivrons-nous, un jour, dans un univers sans rapport avec le reste du monde ?

C'est ce que j'essaie d'éviter avec mes enfants en les touchant, les caressant et leur parlant plusieurs fois par jour.

Après tout, nous sommes humains, Non ?

Et puis, est-ce Monsieur Copernique Marhall ou Paul Dubé qui disait, il n'y a pas si longtemps, que la musique enregistrée n'était qu'un aide-mémoire pour nous rappeler ce que nous devions avoir entendu, au moins une fois, en concert, et qu'elle ne servait qu'à nous aider à reconstruire sa vraie sonorité à nos oreilles si sollicitées, de nos jours, par les marteaux-piqueurs, les sirènes d'ambulances et de sapeurs-pompiers, par les bruits de la rue et pire encore : cette musique infâme qu'on nous fait jouer dans les magasins en tous genres.

Heureusement, je n'ai plus à aller me procurer mes vêtements, ni mes chaussures dans ces établissements "In" qui empoisonnent les centre-villes.

Ce qui me fait penser : je vais économiser encore pour acheter de véritables instruments de musique pour mes enfants. Sauront ainsi le véritable son d'une flute, d'une guitare ou d'une clarinette...

À +

Jeff

***

32 - 25 juin 2013 - Courrier, vous avez dit courrier ?

J'ai reçu plus de courrier à propos de mon ami Serge (je vous ai dit que c'était un nom fictif) et son syndrome d'Asperger que tout le courrier reçu depuis qu'on m'a demandé d'écrire une chronique régulière dans cet hebdomadaire qui paraît, oui, je sais à toutes les deux semaines.

Certains m'ont dit qu'enfin quelqu'un leur avait expliqué ce qu'était ces être "étranges" que l'on rencontre au cours de sa vie alors que d'autres m'ont signalé que je n'avais donné qu'une explication très limitée de ce qu'était ce syndrome d'Asperger et que j'aurais dû me taire. Alors permettez que je continue :

Les Anglais ont une très belle expression pour décrire ceux qui ne limitent pas leurs pensées à des paramètres précis : "thinking out of the box", expression pour laquelle le site Linguee traduit par "penser hors des sentiers battus".

[ http://www.linguee.fr/ ]

(un excellent outil de traduction soit dit en passant)

Elle me revient régulièrement quand je pense à mon ami qui, un jour, m'a demandé - alors que nous échangions des courriels électroniques ce que je pensais du "Fosbury flop". N'ayant aucune idée ce que c'étais, je suis allé sur le WEB pour, apprendre à ma grande surprise, qu'il s'agissait d'une technique [sportive] de saut en hauteur qu'un athlète, Dick Fosbury, utilisa pour remporter une compétion lors des Jeux olympiques d'été de 1968 à Mexico. "Que le diable m'emporte, me suis-je dit. Voilà que Serge s'intéresse au sport !" - Mais non : c'était une manière de m'expliquer qu'on pouvait utiliser d'autres méthodes que les classiques pour faire quelque chose. - Et de là, il me cita les noms de - tenez-vous bien - Gutenberg, Newton, Darwin, Kekulé, Einstein et... Sherlock Holmes.

Pour Kekulé, il m'a fallu faire des recherches, mais, le lendemain, j'étais plongé dans le premier récit du fameux détective de Baker Street (Londres) dont, depuis, j'ai relu au moins trois fois les aventures. J'y appris, dès le premier chapitre de "Une étude en rouge" ("A Study in Scarlet"), que Sherlock Holmes se fichait magistralement de savoir si la terre tournait autour du soleil ou autour de la lune "car ça ne lui servait absolument rien dans son métier" en précisant qu'un cerveau humain avait une certaine capacité et que de "l'encombrer de connaissances inutiles étaient non seulement une perte de temps, mais une habitude dont il fallait se débarrasser."

Et c'est ainsi que je me suis à envier encore plus mon ami dont la capacité de "penser hors des sentiers battus" et de n'en retirer que l'essntiel est renversante. - Une autre des caractéristiques des aspies...

... dont la plus difficile est sans doute leur difficulté à comprendre ce qui se passe dans la tête des autres, tout comme il est difficile de comprendre ce qui se passe dans leurs têtes qui, contrairement à ce qu'on peut s'imaginer - parce qu'ils sont souvent si concentrés sur un sujet quelconque, qu'ils perdent la notion de leur entourage - peuvent penser à plusieurs choses à la fois.

J'ai vu, par exemple, Serge, au beau milieu d'une conversation, sortir un carnet de sa poche et y écrire un mot, une phrase et même une équation mathématique n'ayant aucun rapport avec ce dont nous discutions.

Cela a souvent eu pour effet de choquer les gens avec qui il était. C'est que les aspies, règle générale, n'ont aucune idée des conventions sociales ou des rapports qui puissent exister entre humains ; surtout les rapports d'ordre émotif ou affectif.

Je lisais l'autre jour qu'ils pouvaient être charmants, captivants et même séduisants, mais pendant seulement de courtes périodes et que, s'ils prolongeaient ces périodes, il leur fallait souvent des heures pour réatblir la certaine paix dont ils ont de besoin et qui est au centre de leur univers.

Existe une anecdote à propos d'Oscar Wilde qui était, on le sait, brillant en société :

Un soir, ayant oublié sa cane ou un objet quelconque chez ceux qui l'avait reçu, il était retrourné une heure après son départ. Alors, raconta son hôte, on vit une créature totalement dépourvue de politesse, complètement épuisée, ayant peine à s'exprimer. "Il avait tout donné au cours de la soirée. Il ne lui restait plus rien", ajouta son hôte.

Est-ce que Oscar Wilde était Asperger ? Probablement pas ; certainement pas avec ses réparties et son sens de l'humour légendendaire, mais cela explique beaucoup ce que doivent ressentir les aspies quand on les force à demeurer longtemps en compagnie de plusieurs personnes.

Pour cela, je ne tiens pas précisément à être un aspie, mais pour le reste, l'intéressante solitude dans laquelle il vive, leurs pensées hors du commun, leurs extraordinaires talents et ces choses qu'ils font si facilement alors qu'elles nous demandent beaucoup d'efforts, j'avouerai, encore une fois, que je suis un peu jaloux.

Et en terminant deux autres choses :

La première est compréhensible : il y a des endroits où Serge refuse de mettre les pieds : les hôpitaux, les salons funéraires, les églises, les amphithéatres. Et c'est de peine qu'on peut l'amener au cinéma ou au concert. Quant aux cocktails, il est consentant à s'y présenter quelques minutes... à condition que tous les gens présents aient une étiquette où leurs noms et la firme pour laquelle ils travaillent soient inscrits.

La deuxième l'est moins ; sachez qu'avant l'äge de treize ou quatorze ans, les quatuors (à cordes ou autres) n'étaient, pour lui, qu'une cacophonie d' instruments qui émettaient des sons séparément ; qu'il lui a fallu des heures pour aprendre qu'ils jouaient ensemble une ou des pièces de musique unique(s).

Faut dire qu'on ne l'invite pas souvent...

Pour en apprendre un peu plus :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_d%27Asperger

Et bonne semaine.

Jeff

***

31 - 10 juin 2013 - Le syndrome d'Asperger

Vous allez me trouver peut-être bizarre aujourd'hui mais j'aimerais vous parler de mon meilleur ami atteint de ce curieux syndrome décrit pour la première fois, au début des années quatre-vingt, par le pédiatre et médecin théoriste Hans Asperger, et qui, jusque là, était considéré comme soit la conséquence d'un repliement sur soi (dû à différentes causes), soit une forme [faible] d'autisme.

Vous pourrez en lire plus sur le Web ou "la toile" (excellent article sur Wikipédia), mais, auparavant, je voudrais vous raconter ce qui m'est arrivé quand j'avais dix, douze ans, au moment où j'ai constaté les premières manifestations de ce syndrome chez, justement, celui qui allait devenir mon meilleur ami :

Vers cet âge-là, on m'a offert, pour mon anniversaire, ma première enregistreuse (à cassettes). Qu'est-ce que j'ai pu enregistrer à partir de ce moment-là ! Des émissions de télé (sic), des oiseaux, des bruits divers... - Un jour, cependant, j'ai fait une grande découverte, quand j'ai mis mon appareil en marche lors d'un dîner en famille :

Qu'en société, les conversations étaient totalement décousues, que les sujets de ces conversations changeaient continuellement, qu'elles comprenaient une quantité folle de phrases qui ne se terminaient jamais, qu'on interrompait constamment les interlocuteurs et, que tout compte fait, la communication verbale dépendait largement de gestes et de regards que mon enregistreuse, forcément, ne captait pas (*). Et c'est ainsi que j'ai appris que mon ami n'était pas "normal" car, de toutes les personnes que j'ai enregistrées au cours de ce dîner, il était le seul à revenir sur les sujets qu'on avait laissé tomber à mi-chemin comme s'il voulait absolument que tous les sujets soient clos avant de passer à un autre. En fait, il ne parlait pas beaucoup préférant la plupart du temps se taire et presque disparaître régulièrement dans un univers qui m'était tout à fait inconnu : le sien.

(*) D'où, me disait Monsieur Copernique, l'autre jour, la difficulté d'écrire pour le théâtre contemporain où tout doit être contenu dans les répliques et, en contre-partie, la réussite de certains scénaristes (ex. : Michel Audiard) qui annotent considérablement leurs textes rédigés en tenant compte des gestes et exressions faciales que l'on verra sur film. Voir : "Les tontons flingueurs".)

Las de ses attitudes étranges (il en avait des dizaines comme celui de me poser toujours les mêmes questions), j'en suis venu, un jour, à lui poser, moi, la question : pourquoi il ne faisait visiblement pas partie de "notre" monde. - Vous savez ce qu'il m'a répondu ? C'est que ce n'était lui qui était étrange, mais nous.

Et, comme deux chiens de faïence, nous nous sommes regardés pendant des années avant qu'il m'avoue être obligé de mentir, tricher, faire semblant de... pour vivre en société. Plus tard, il m'a appris être en constant contact avec un psychologue et qu'il devait suivre des règles pour "survivre" car, laissé seul, il serait condamné, comme je le disais ci-dessus, à se "replier sur lui-même", perdant ainsi tout contact avec la réalité ; bref : qu'il était atteint de ce fameux syndrome et qu'il ne pouvait rien y faire.

Ben, vous savez quoi ? - Il m'arrive parfois de l'envier.

Pour sa faculté de concentration tout d'abord car, croyez-le ou non, j'ai déjà vu Serge - appelons-le Serge - rédiger un rapport d'une extrême complexité, l'après-midi dans un aéroport et l'annoter, le soir, dans un bar où nous l'avions entraîné et où la musique était infernale - nous étions en voyage - et pas dans un coin tranquille : directement au bar et en face de l'endroit ou l'on préparait les cocktails. J'étais à ses côtés et j'avais de la difficulté à penser.

Et puis pour sa mémoire prodigieuse mais, oh combien ! sélective. Il se souvient, par exemples, de dialogues complets de films obscurs, de passages entiers de livres ou de pièces de théâtre (vous en connaissez-vous, des gens, qui peuvent citer "Finnegan's Wake" de James Joyce ?), mais ne lui demandez pas son code postal ou son numéro de téléphone. Pour ces choses triviales, il a de nombreux carnets rédigés dans une écriture que personne ne peut lire, sauf lui, naturellement. Y sont inscrits la grandeur de ses vêtements, un nombre incroyable de mots divers, un inventaire complet de sa bibliothèque...

Ses connaissances en littérature dépassent tout ce qu'on peut imaginer, sauf qu'il ne connaît aucun règlement d'aucun sport et n'en pratique, forcément aucun.

Me fait penser à Peter Walsh dans le roman de Virgina Wolf (Mrs. Dalloway) qui, dans le St.-James' Park, à Londres, ne voyait ni les arbres, ni la pelouse , ni les petites filles habillées en rose, trop absorbé qu'il était avec Wagner ou la poésie de Pope.

Hans Asperger - je l'ai lu par la suite - appelait les enfants atteints de "son" syndrome et qui lui étaient confiés, des "petits professeurs" parce qu'il pouvait discourir, avec moult détails, pendant des heures sur les sujets qui les intéressaient. Aucune difficulté à le croire.

Paraît que Newton, Eisntein, Mozart, Hitchcock, Jane Austen, Darwin, Edison et même Bill Gates ont été - ou est, dans le cas de Billl Gates - atteints d'une certaine forme du syndrome d'Asperger, y compris Hans Asperger lui-même !

Je n'ai pas d'opinion là-dessus. Ce que je sais, c'est que la compagnie de mon ami est stimulante, rafraîchissante même. Jamais je ne m'ennuie avec lui qui ne connaît absolument rien de la politque, des "grandes nouvelles de l'heure" (qu'il appelle des "faits divers") et même de la météo, mais ce qu'il peut connaître d'obscurs musiciens, ce qu'il peut comprendre d'états financiers complexes en quelques secondes, ce qu'il sait sur Paris (alors qu'il peu à peine se débrouiller dans sa ville natale (Québec) !, etc., etc. - Comment qualifier, en effet, quelqu'un qui se promène avec des carnets où il note les noms de toutes les personnes qu'il connaît car il lui est impossible de se souvenir de leurs noms même si ça fait des années qu'il les fréquante, mais qui dans le même souffe peut vous défiler son numéro de sécurité sociale, celui de son passeport et le numéro de téléphone d'un cousin éloigné..

Et il a appris à raconter des blagues, le bougre, cet individu qui, selon la définition d'un aspie (c'est ainsi qu'on les appelle dans la littérature journalistique) ne devrait avoir aucun sens de l'humour.

Il a cependant horreur qu'on le touche (ce qui complique quelque peu ce qui pourrait être appelé "une vie amoureuse"), achète tout en multiple de trois, passe ses soirées à aligner les ustensiles, les verres et les assiettes quand nous allons dîner au restaurant ; et puis ne lui lancer jamais un objet (une balle, un bout de bois, n'importe quoi) : il a les réflèxes d'un enfant de quatre ans.

Un "drôle de moineau", mais je serai le premier à ses côtés s'il a besoin de quelque chose.

À+

Jeff

***

Chroniques précédentes

Chronique suivantes

Retour à l'édition courante du Castor™


Autres sites à consulter :

Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro