In a thick rich brown gravy sauce...
Est-ce que votre grand-mère savait bien faire la cuisine ? Si oui, elle devait être d'ailleurs. Pas du Bas-du-fleuve, pas de la Gaspésie ni du Lac-Saint-Jean : elle devait être
d'un pays européen, de Chine ou de Katmandou car, let face it, comme disent les Américains, si la cuisine québécoise avait eu la moindre qualité, il y a longtemps qu'elle aurait fait le
tour du monde ; or, en dehors de la Belle Province, le nombre de restaurants québécois peut se compter sur les doigts d'une seule main. Une exception : la ville de Manchester (dans le New
Hampshire) mais les restaurants qui s'y trouvent ont tous pour origine des Canadiens Français qui s'y sont exilés au cours du siècle dernier. Autrement dit : cette ville ne compte pas.
N'en déplaise aux Québécois qui se disent d'origine française, notre cuisine est anglaise ou irlandaise. (À moins que vous insistiez pour classer la poutine dans
la catégorie des plats inspirés de France, ce qui vous vaudra des coups d'oeil disgracieux si jamais vous vous y pointez.)
Ce qu'elle a de bon la cuisine québécoise ? Elle n'est pas américaine ! - Elle est, en fait, si peu américaine que, de retour des États-Unis, il arrive souvent qu'on
trouve notre cuisine très respectable. - Je connais même des Américains qui font des détours pour venir manger notre poulet grillé, notre bacon et notre soupe aux pois mais ce n'est pas avec
ces trois plats qu'on réussit à se créer une personnalité à l'égale des pâtes italiennes, des légumes sautés à la Sichuane ou des Bifteck à La Helder (Belgique). (Vous remarquerez que je ne
donne aucun exemple français car là, ce serait de la véritable concurrence déloyale.)
Ma grand-mère, descendante au niveau culinaire des Borgia, a enseigné le peu qu'elle savait à ma mère qui, de surcroît n'avait aucun talent. À son tour elle a enseigné l'art
culinaire à ma soeur qui, avant qu'elle n'épouse son premier mari - qui était hongrois ! - a toujours considéré que les petits pots d'épices qui se trouvaient au dessus de sa cuisinière comme
des éléments décoratifs. Quant à sa fille, ma nièce, mettons que l'inviter au restaurant est une substitution à sérieusement considérer lorsqu'elle vous invite chez elle.
Heureusement, les choses se sont mises à changer depuis qu'il y a de plus en plus d'hommes qui vivent seuls. Sont pas tous brillants mais dans la cuisine de tous les
célibataires que je connais, se trouvent invariablement un, deux, et même plusieurs livres de cuisine et je n'en connais aucun qui oserait s'attaquer à une pièce de viande ou même une salade
sans les consulter. - Déjà un bon point.
Quant à la cuisine américaine, il faut remercier leurs chefs d'avoir inventé (?) le hamburger qui, bien fait, n'est vraiment pas à dédaigner ; cela exclut naturellement tous les
McDo, les Harvey's, les A&W qui se trouvent à toutes les sorties des autoroutes de l'Alabama au Wisconsin mais j'y reviendrai.
Et là-dessus, vous m'excuserez mais j'ai un gigot sept heures au four qui doit être arrosé et je dois monter mon effeuillade d'artichauts à la mousse de foies de volaille.
Simon
Tout Simon