Un chausson aux pommes avec ça ?
J'ai toujours aimé l'histoire de celui qui invitait les Témoins de Jéhovah à rentrer chez lui quand ils se pointaient à sa porte : il en profitaient pour leur vendre des balais
mécaniques, des encyclopédies, des accessoires pour la cuisine...
Y'a aussi celle du vendeur qui, après avoir réussi à refiler à des naïfs une maison dont le sous-sol était inondé, avait poursuivi sa lancée en leur vendant une chaloupe.
Bon vendeurs, oui, mais il y a aussi de bons acheteurs. Mon père, par exemple, ne s'est jamais fait vendre quoi que ce soit. Il écoutait une minute de n'importe quel
boniment, disait non, tournait les talons et s'en allait. Malheur à celui qui insistait. - Je me souviens, entre autres, de ce qui est arrivé à un assureur qui tentait de lui expliquer les
avantages d'une police «vie entière» : mon père s'est tout simplement levé, est allé chercher son journal et a commencé à le lire jusqu'à l'autre s'en
aille.
Personnellement, je n'ai pas aussi bien réussi. Quand je regarde les choses que j'ai accumulées au fil des ans, je vois bien que là, là et là, je me suis
fait avoir. Qu'ai-je de besoin, entre vous et moi, de cette encyclopédie en douze volumes que je ne consulte que rarement ? Ou de ce gadget qui coupe, râpe, épluche, assèche, mélange n'importe
quoi, garanti pour cinq ans et qui sera encore fonctionnel dans vingt ans parce que je m'en suis jamais servi...
J'ai quand même ramassé, au fil des ces mêmes années, quelques trucs de résistance vis-à-vis certains revendeurs, des trucs de résistance dite «passifs»
mais qui, dans certaines circonstances, agressent suffisamment pour qu'on me fiche la paix.
Le premier de ces trucs consiste à dire «non» au départ, quelque soit l'offre que l'on veut vous faire ; et de dire ce «non» sans même savoir
l'objet de cette offre. - La curiosité est le premier signe d'un mauvais acheteur.
Le deuxième est de ne jamais rentrer dans un établissement sans savoir précisément ce que l'on cherche. Au supermarché, particulièrement, il faut entrer,
une liste en main - de préférence après avoir déjeuné copieusement - et, double défense, il faut faire fi de tous les soldes. Un solde est généralement le résultat d'une erreur d'achat qu'il
faut solder faute de débouchés.
Le troisième - mais celui-là est financier - consiste à ne jamais suivre les conseils d'un directeur de banque, d'un comptable, d'un courtier en valeurs,
si ce directeur de banque, ce comptable ou ce courtiers en valeurs n'est pas millionnaire. - Quiconque doit travailler dans une banque, un cabinet de comptables ou de courtage n'a vraiment pas
les capacités pour vous dire quoi faire avec votre argent.
Le quatrième n'est pas de marchander, le marchandage est une perte de temps. Dites toute simplement que vous allez voir ailleurs pour comparer le produit
qu'on vous offre parce que, mis à part la publicité, y'a-t-il vraiment une différence entre deux voitures identiques en tous points sauf celui de la marque de son fabriquant ?
Le cinquième est un peu plus subtil. Quand on vous demande ce que vous faites dans la vie, dites que vous êtes vendeurs d'assurance-vie et membre d'une
secte quelconque. Parce que, chez les arnaqueurs, existe quand même une certaine hiérarchie. Dans le haut tout à fait, y'a les politiciens mais qui veut devenir politicien ? En deuxième lieu,
mais tout près, les vendeurs d'assurance-vie dépassent largement l'aboyeur dans les foires. - J'ai déjà vu des revendeurs d'ordinateurs reculer à l'idée qu'ils pourraient se faire
prendre à leur propre jeu.
Et puis, finalement, soyez donc prudent.
Qu'a-t-on de besoin, à vingt-cinq ans, d'un régime épargne-retraite quand c'est à cette âge-là que les dépenses les plus importantes commencent à peine à
se pointer du nez ?
Quel est le crétin qui est capable de prédire l'avenir et vous dire qu'à 55 ans vous pourrez cesser de travailler ?
Et cet ensemble de golf qui remplacera la raquette de tennis que vous utilisiez l'an dernier qui remplaçait la bicyclette tout-terrain de l'année
précédente qui remplaçait les bottes de randonnée de l'année d'avant qui, elles, remplaçaient les basquettes de l'autre avant-avant... en avez-vous vraiment de besoin ?
Inutile, je suppose, de vous rappeler que l'être humain a une faculté extraordinaire pour trouvez des raisons qui expliquent le pourquoi de ses actions. -
Inutile de vous pencher sur ce que vous avez fait : penser à ce que vous allez faire. - Écoutez les banlieusards : vous verrez que j'ai raison.
Simon
Tout Simon