Vol. XXX,  n° 10 - v. 02.03

Le seul hebdomadaire de la région publié une fois par mois Le lundi 1er juin 2020
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Victimes du COVID-19 aux U.S.A. :

70 000 ... 80 000 ... 90 000 ... 100 000 ... 110 000 ... 120 000 ... 130 000 ...

Ce matin, à l'aube :

106 241 

 

«It'll go away very quickly... It won't have a chance against us ... Just see whar happens in April ... We have it very much under control ...»
«We have the best doctors in the world.... And it's all fake news... Nothing a germ killer house product won't cure...»

«Sure... but...»

«What about my reelection ?»

 

 
   À lire cette semaine :

George Floyd - Ingrid Bergman - Montesquiou - Mayol - Le Cardinal Pell, Edgar Fruitier et Marcel Brisebois - Villeneuve, père et fils - Renée Falconetti - Maquis, Trébitsch et de Nola - William Claude Dukenfield - Maurice Le Noblet Duplessis - Albert Camus - Jeanne d'Arc - Seize ou dix-sept premiers ministres dont Paul Sauvé et les deux fils de Daniel Johnson -  Léo Ferré - Beaumarchais - Louis Fréchette - Carlos Gardel - Nikola Tesla - Adélard Godbout et Louis-Alexandre Taschereau.

Bonne lecture !

 
Éditorial  

George Floyd

Je me suis souvenu longtemps avoir vu, dans le sud des États-Unis, plus précisément  entre Mobile (Alabama) et la Nouvelle-Orléans, au tout début des années soixante, des affiches interdisant aux noirs certains restaurants, certaines hôpitaux et même des pompes à essence ; puis, des services de transport public dont certaines parties, comme l'avant des autobus, réservées aux blancs; mais surtout le regard étonné de paisibles citoyens me regardant aider une vielle dame, noire il va sans dire, à traverser une rue.

Je me suis souvenu longtemps m'être fait reprocher d'avoir invité chez moi un bon ami, sa femme et ses deux enfants... à souper ; parce que c'est une chose qui ne se faisait pas. C'étaient des juifs. - Mais on a jamais su que j'avais d'autres amis... huguenots.

Je me suis souvenu longtemps m'être fait dire chez un client, à Toronto, que je devais parler la langue de la majorité. Et d'avoir perdu ce client après lui avoir demandé : «Quoi... le chinois ?»  

Et dans la même semaine m'être fait traiter de «vendu» par un groupe de «pures laines» dans un petit village non loin d'ici. À cause de mon nom et pour m'être adressé en anglais à la «tête carrée» locale.

Puis, j'ai tout oublié.

Jusqu'à hier.

Jusqu'à ce que je vois, le regard méprisant d'un policier le genou sur la tête d'un noir mennoté, étendu sur la chaussée.

Et, sur le même site, se trouvait une autre photo prise le lendemain :

... le tout suivie de reportages condamnant les manifestations qui se déroulent toujours au moment où j'écris ceci.

E. M.

 
Chroniques  

  Les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur CE LIEN.

 
Simon Popp

Montesquieu - Lettres persanes - 1721...
«Il y a une espèce de livres que nous ne connaissons point en Perse, et qui 
me paraissent ici fort à la mode : ce sont les journaux.»     
(Lettre CVIII) 

Est-ce qu'il faut que je le répète encore une fois ?

Je ne lis pas les journaux. Depuis des années. 

«Oui, mais vous semblez être au courant de tout.» (C'est une chose qu'on me disait du temps où il était encore possible d'aller luncher seul, assis aux bars de certains restaurants.)

Je l'étais, oui, la plupart du temps. (Voir le P.-S. à la fin.)

C'est que...

Dans les bars, y'a toujours eu des journaux et, n'étant pas tout à fait aveugle, il m'a été la plupart du temps difficile de ne pas en voir les grands titres. Et puis, depuis des années, on y a installé des écrans où les nouvelles du jour, faute de sports, sont diffusées en boucles : circulation, météo, incendies suspects, éternels scandales politiques, Trump et compagnie - Sans oublier les clients qui insistent pour se répéter entre eux les bulletins de nouvelles que je n'ai pas écoutés dans mon auto.

Uniquement dans les bars ? Mais non. Suffit d'avoir des oreilles et, à moins d'être sourd, l'on apprend ce qui se passe dans le monde. Au bureau, chez le coiffeur, sur Internet, dans toutes les familles, les conventions et même là où l'on s'est arrêté pour acheter un bout de fil ou des boutons de manchette.

J'ai toujours fait attention, quand même, les lendemains d'élections. Juste pour ne pas savoir le plus longtemps possible quel crétin avait été élu la veille. - Une sorte de repos passager. - Mon record a été de six jours. - S'agissait d'élections provinciales et j'étais en France au moment où les téléphones portables ou cellulaires n'existaient pas encore, ni leurs SMS. - «T'es libre pour le lunch ? - Oui. - Où veux-tu aller ? - Je ne sais pas, moi... Chez La Pérouse ? - Où ? - Quai des Grands-Augustins. -  Où ? - En face du Quai des Orfèvres. - Où est-tu ? - À Paris. - FU !» (Histoire vraie)

Mais là, avec la pandémie, l'isolementation promulgué par l'état, il m'est venu à l'esprit qu'il serait peut-être important que je sache quand et où je pourrais m'aventurer plus loin que la porte avant de ma chaumière. Et plutôt que, via l'Internet, de faire des recherches sur le personnage du prêtre dans l'oeuvre de Balzac ou la pensée relativiste dans les écrits post-proustiens, je suis allé voir du côté des nouvelles. Et voilà sur quoi je suis tombé :

  • Un meurtre à Rawdon en 2019. Cinq hommes inculpés

  • Des tours de communications incendiées. Un couple de Sainte-Adèle soupçonné

  • Un sexagénaire coupable de meurtre non prémédité

  • Évaluation psychiatrique pour la mère d'une fillette assassinée dans le quartier Villeray

  • Un immeuble de Laval rasé par les flammes

  • Des ossements humains retrouvés dans Lanaudière

  • La panique anti-5G atteint le Québec (?)

  • Une énorme cache d’opium découverte dans les Laurentides

  • Une ex-enseignante sortant de prison blâme ses victimes

  • ...

Bout de bon dieu ! À quoi peut bien cela peut rimer que de savoir qu'il y a plus de meurtres du côté nord-est de l'Île de Montréal et d'attaques à l'arme blanche (sic) lors de la fermeture des bars sur la rue Saint-Laurent ?

Je sais : ne pas aller du côté nord-est de l'Île de Montréal, à ne pas faire mon épicerie à trois heures et demi du matin sur le boulevard Saint-Laurent...

(Remarquez que les deux n'ont jamais fait partie de mes projets, même à long terme.) 

Sauf qu'on ne me parle jamais des vraies nouvelles :

Ce qui est arrivé, par exemples, après l'arrestation des célébrités suivantes, accusées (à la une) de crimes d'origine sexuelle :

  • Le cardinal George Pell (d'Australie), le numéro trois au Vatican

  • Le comédien, musicomane et conférencier Edgar Fruitier 

  • Marcel Brisebois, l'ex-directeur du Musée d'art contemporain de Montréal...

                   
   Pell                   Fruitier                Brisebois

Tant qu'à publier n'importe quoi...

Simon

P.-S. : Renseigné, Simon ?  - Un jour, dans un bar (toujours), j'appris que Villeneuve venait de remporter je-ne-sais-plus quelle course... - «Y'est pas mort ?» ai-je posé comme question. - «Pas Gilles : son fils, Jacques !» qu'on m'a répondu. Et c'est là que j'ai appris que Gilles Villeneuve avait eu un fils. - Tout finit par se savoir, Même sans les journaux.

 

      Herméningilde Pérec


Retour à la normale

J'entends depuis plusieurs jours que les gens ont hâte que l'on retourne «à la normale». - Je veux bien, mais quelle normale ? - Celle d'il y a trois mois (déjà !) ? - Ou celle d'avant le nouveau Pont Champlain ? À moins qu'on veuille parler du temps où Gérald Tremblay était maire de Montréal ? Ou serait-ce Doré ? Je sais : du temps des Olympiques. À moins que ce soit de l'Expo... Y'a quelqu'un dans la salle qui se souvient des boîtes à chansons, du retour triomphale de Paul-Émile Léger nommé cardinal à Rome ? C'était à la défunte gare Windsor....

Julien Green se faisait dire un jour par sa tante ou sa grande-tante qu'il n'avait pas connu l'avant-guerre... - Un peu tout de même parce que Green était quand même né en 1900. - Mais non : elle parlait du temps où l'Empereur, Napoléon III se promenait aux Champs Élysées avec ses chevaux.... d'avant la guerre de 1870, naturellement

Alphonse Allais disait dans une de ses chroniques que les témoins de l'époque napoléonienne (du premier, celui mort à Ste-Hélène) se faisaient, en 1900, de plus en plus rares...

Mon «à la normale» ? - J'y pense depuis plusieurs jours et je n'arrive pas à me faire une idée.

Ce n'est pas - ce qui suit - une chose à laquelle on pense régulièrement. J'en ai parlé à d'autres «p'tits vieux» [lire : d'autres personnes de mon âge] et tous m'ont confirmé qu'ils n'y pensaient pas beaucoup. M'ont même demandé pourquoi je leur posais la question. 

Un copain m'écrivait récemment qu'il faudrait peut-être cinq, et même dix ans, avant que la rue Saint-Denis (à Montréal) redevienne «comme avant».

Passons à autre chose. À une nouvelle «normale». Je n'ai pas l'âge pour attendre. Et puis comme disait l'autre : «Vous savez, le bon vieux temps, j'espère qu'il ne reviendra jamais.» (*) - Devait se souvenir de la cuisine de sa grand-mère.

(*) William Claude Dukenfield, dit W. C. Fields (Note de l'éditeur)

Chez la mienne, il fallait lui dire merci avant de se mettre à table. De peur d'oublier. Plus tard, j'ai appris qu'elle avait appris à cuisiner chez les Borgia.

La «normale», c'est ce qui s'en vient : en mieux ou en pire. Entre les deux, quoi. Un peu comme les quotients intellectuelles : quoiqu'on fasse, la moitié des gens seront moins intelligents et l'autre, plus.

H. Pérec

 

       Jeff Bollinger


Éducationnement

Êtes-vous dans la même situation que nous sommes, Élyanne et moi ? Vous êtes au début de la quarantaine, vous avez des enfants à élever et vous vous demandez ce que vous pouvez bien leur enseigner... qui leur sera utile... plus tard.

Plus tard...

Mais c'est demain, plus tard.

Et ce demain ne ressemblera en rien à ce que nous avons connu tous les deux et encore moins à ce que nos parents ont connu. Quant à nos grands-parents, à ceux de Simon ou de Monsieur Pérec, qui disent avoir connu les leurs, autant ressortir des manuels de bienséance du temps de Louis XIV, des livres de cuisine du Moyen-Âge ou un manuel sur l'art de se protéger contre le scorbut.

J'ai eu un oncle qui est mort après avoir blasphémé jusqu'à son dernier souffle (il y a deux ans). Contre la médecine et ses charlatans. Pendant des années, souffrant d'un ulcère «gastro-duodénal», tout ce qui était le moindrement épicé, le tabac et l'alcool lui furent interdits et il passait ses journées à se frapper la poitrine et à boire du lait de magnésie pour d'éternelles brûlures à l'estomac. On lui parlait de stress, de nervosité, de tension nerveuse, rien à faire. Bon an, mal an, ses douleurs revenaient. Au printemps parce qu'il avait besoin de vacances. À l'automne car il lui fallait les payer. - Puis, une dizaine d'années avant de mourir, il apprit que ces maux étaient dus à une bactérie, l'«Helicobacter pylori» (j'ai vérifié), et en une quinzaine de jours, grâce à des antibiotiques, ses problèmes disparurent pour être remplacé par un désir fou d'assassiner tous les médecins qu'il avait consultés pendant des années.

Faut dire qu'il avait eu de la pratique.

Mais pour en revenir à nos enfants. Il nous faut des heures pour comprendre ce qui se trouve dans leurs manuels scolaires. Même leurs jouets nous sont étrangers.

Quant à leur avenir...

Mes parents ne m'avaient pas préparé à faire face un jour à une pandémie et des masques.

Et l'on a tué toutes les Cassandre, je crois. 

[Une pause]

Oui, oui, les enfants. J'arrive !

(Ça fait dix semaines qu'ils sont dans la maison.)

Jeff

 


   George Gauvin


Pis les masques ne nous vont pas

Je me suis souvenu cette semaine avoir entendu, y'a pas si longtemps, une femme, même pas de la «haute», une femme bien ordinaire, une femme dont le mari était le propriétaire d'une petite entreprise, une femme pas plus inintelligente qu'une autre, relativement bien éduquée, dire, au cours d'une banale conversation, qu'elle ne comprenait pas comment une famille normale pouvait réussir à joindre les deux bouts avec des revenus sous la barre d'un certain  montant qui, à ce moment-là, était le double de ce que nous gagnons présentement mon chum et moi.

Je me demandais ce qu'elle pouvait bien faire ces temps-ci. pas de coiffeuse, pas de manucuriste, pas de masseuse, pas de bridge et les boutiques de linge fermées.

Doit faire venir de la pizza. - Ben quoi, elle a de l'argent pour payer. - «Pas d'anchois et pas d'appartement...»

Une chose que j'ai réalisé ces temps-ci :

J'ai plus de talent pour faire «des lunchs» que de la véritable cuisine..

Chose que mon chum a réalisé :

Qu'à part sa job pis les sports, y sait pas quoi faire de ses deux bras.

Et, incapable de me comparer à d'autres depuis quelque temps, j'ai pris la décision de ne plus jamais enfiler un maillot de bain.

Docteur Kildare, Marcus Welby, comme disait Lucien Francoeur... S'il vous plaît, v'nez nous chercher !

George

 

       Copernique Marshall


Québec libre anyone ?

«I used to care but things have changed»
(Bob Dylan  from "Wonder Boys")
         

J'ai été bien content l'autre jour quand le nom de Duplessis ne fut pas mentionné au cours d'une discussion sur l'indépendance du Québec, une discussion à laquelle j'ai bien fait attention de ne pas me mêler.

D'abord, je ne savais pas que cette indépendance faisait encore partie du paysage politique de notre «Belle Province». Faut dire que je ne suis pas, depuis longtemps, du groupe, relativement petit, de ceux qui veulent faire évoluer la société (ce qui ne veut pas dire qu'à un moment donné, je l'ai été) et puis, surtout, que si j'avais ouvert la bouche, on m'aurait tout de suite relégué parmi ceux qui sont nés avant la Révolution Tranquille et donc issu d'un temps où tout était gratuit et beau.

(Pas tout à fait, tout de même, je suis né avec elle. En '60. Je vais donc me sexagénérisé cette année. - Cléo, quant à elle, aura 49 ans bientôt. Pour une dixième fois. Mais vous c'est entre vous et moi, hein.)

Mon père, lui, n'est pas né, comme la rumeur le veut, sous le régime de Duplessis, mais bien de celui du prédécesseur de son prédécesseur, Louis-Alexandre Taschereau, celui à qui on doit l'inoubliable (quand on a y circulé ne serait-ce qu'une seule fois) boulevard qui va de Laprairie à Longueuil, sur la rive sud de Montréal, mais il ne l'a pas connu. À trois ans, ce Taschereau avait déjà cédé sa place à l'Honorable Joseph Adélard Godbout qui...

... nous dit-il, ne fut - avec le recul que seuls des gens de sa génération peuvent se permettre d'ajouter - ni plus bête, ni plus intelligent, ni plus efficace, ni plus avant-gardiste, ni plus «révolutionnaire»  que furent ces successeurs :

Le ci-dessus nommé Maurice le Noblet Duplessis, Paul Sauvé, Antonio Barette, Jean Lesage, Daniel Johnson (père), Jean-Jacques Bertrand, Robert Bourassa, René Lévesque, Pierre-Marc Johnson, Robert Bourassa (à nouveau), Daniel Johnson (fils), Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Bernard Landry, Jean Charest, Pauline Marois, Philippe Couillard et, présentement, François Legault.

Vous les avez compter ? Seize (dix-sept si vous êtes prêt à admettre que le Robert Bourassa qui a suivi Pierre-Marc Johnson était différent de celui qui a précédé René Lévesque). Dix-sept en 76 ans...

Vous n'avez pas fait de moyenne, j'espère car, si Duplessis à été là 15 ans, Pierre-Marc Johnson, Sauvé et Barette n'ont pas été là plus que 6 mois ; Pierre-Marc Johnson n'a duré précisément que 70 jours et donc moins que les «100» jours de Sauvé (119 pour être exact). Et vous savez la plus surprenante statistique qu'on peut tirer des partis qui ont été au pouvoir au cours des derniers 76 ans ? J'irai même plus loin : au cours des derniers 100 ans, le siècle qui nous sépare de la (re)prise du pouvoir par le Libéral Taschereau mentionné ci-dessus le 9 juillet 1920 (car son prédécesseur, libéral lui-aussi, était là depuis 1905), le parti libéral n'a été là que 55% du temps, moins que la moité (48%) entre l'occupation des Unionistes de Duplessis et depuis l'arrivée des «Séparatisses» (c'est ainsi qu'on les nomma à Ottawa) de Lévesque, en 1985 .

D'autres chiffres tout aussi intéressants :

  • 149 jours seulement séparent la longueur des régimes de Duplessis (5,490 jours) et des deux Bourassa (5,341).

  • Charest a été au «pouvoir» plus longtemps que Lévesque (plus de six mois)

  • Bouchard et Bernard Landry (ensemble) ont duré moins longtemps que Couillard...

                                     

Duplessis                                                 Bourassa 

Deux inoubliables et inoubliés des premier ministres du Québec

*

Qu'est-ce à dire ? 

Il semblerait que même depuis Duplessis, aucun parti politique a réussi à changer quoique ce soit  au Québec depuis 1867 : que le Québec a été et demeure toujours une province canadienne. Que malgré toute les lois qu'on a adoptées au Québec, rien n'a changé dans sa situation en général, malgré ses deux référendums, les  clameurs à la «Maître chez nous» de Lesage», le Fleur de Lys et les impôts provinciaux de Duplessis, les tentatives de souveraineté-association de Lévesque, l'étapisme de ses successeurs, le rapatriement de la Constitution à laquelle le Québec dit de s'être jamais joint et puis Mulroney, le ti-gars d'Iron Ore.

(Sans compter les discussions fort sérieuses qui eurent lieu à la fin du XIXe siècle qui devaient mener à l'annexation du Québec aux États-Unis... parce que, même aujourd'hui, un état américain a plus de pouvoir par rapport Washington qu'une vulgaire province puisse en avoir à Ottawa...)

Duplessis disait, dans les années trente et quarante qu'on n'avait rien à craindre des communisses ; que dans cinquante ans, ils seraient toujours dans l'est de Montréal à distribuer des dépliants. - S'est trompé de trois, quatre décennies.

Non pas un, mais des politiciens fédéralistes, ne l'ont jamais dit, mais ils ont eu la même idée à propos des séparatisses, dès qu'ils ont entendu parler, en 1957, de la Laurentie  de Barbeau et la fondation du RIN. - L'histoire, cinquante ans après - et c'est pas fini - leur a donné raison.

Je m'arrête ici je signe «un homme né sous le régime de Lesage» (et donc «maître chez lui» ?

Permettez que j'ajoute un mot :

Vous voulez l'indépendance du Québec ? Mêlez-vous donc de politique fédéral. Fondez un parti pan-canadien et commencez très tôt à être d'accord avec les habitants de la Colombie Britannique ; que ce n'est pas à un petit groupe d'Ontariens de leur dire comment ils doivent transiger avec les Asiatiques avec qui ils ont plus en commun qu'avec leur concitoyens (sic) de l'île du Prince-Edouard. Soyez à l'écoute des gens des prairies qui revendiquent le droit de disposer de leur blé et de leur pétrole quand, à qui et à quel prix . Présentez-vous dans l'est et appuyer ceux qui disent que la pêche n'est pas du domaine de gens qui n'ont jamais vu un navire de leur vie. Dites aux gens de Toronto que ce qui empêche l'expansion de leur économie c'est le fardeau du Québec (que ce soit vrai ou faux, ça n'a aucune importance)...

L'idée est de :

Faire éclater le Canada, ce pays artificiel, ingouvernable qui est la cause des maux des Provinces, pas juste du Québec (voyagez un peu, posez des questions de St-Jean Terre-Neuve à Victoria, Colombie Britannique. vous allez le constater) et qui est devenu centralisateur grâce à des pouvoirs qu'on ne pouvait soupçonner en 1867.

Pensez en plus grand : à un pays formé de régions qui remettraient à Ottawa les seuls pouvoirs qu'elles, conjointement, ces régions seraient consentantes à lui donner. La défense, par exemple, le transport inter-régions, la justice même (mais pas son administration), mais certainement pas le pouvoir de taxation, du moins dans sa forme actuelle.

Vous verrez très vite les allégeances qui se formeront entre les provinces des prairies, les provinces des maritimes, le Québec, l'Ontario et ces lointains cousins de l'autre côté des Rocheuses...

Après, décidez, quoique cela ne sera pas facile, si le Québec doit devenir carrément une bonne vielle dictature, une société socialiste, socio-capitaliste, capitalo-socialiste ou même communiste.

(Hé : riez pas le communisme existe depuis plus de mille ans dans les abbayes, les monastères, les couvents... ce qui prouve que ce n'est pas un régime qu'il faut craindre.)

Maintenant je signe :

Un qui est  né sous un des régimes provinciaux pas plus autonomes que tous les autres.

Copernique

P.-S. : Vous direz ce que vous voudrez, mais on avait plus de fun avec les Créditistes.

 

        Fawzi Malhasti


 Morceau choisi

C'est beau l'écouter, mais parfois, il faut le lire...

Les vieux copains
Tout ridés fatigués
Qui vous tendent la main
Après bien des années

Les vieux copains
Que l'on voit s'en aller
En se tenant par la main
Pour ne pas culbuter

Les vieux copains
Qu'ont les yeux comme les cieux
Quand les cieux sont tout gris
Et qui voient pour le mieux

Les vieux copains
Tout salis par le temps
Qui n'est plus qu'à la pluie
Quand il pleut dans les yeux

Je suis un de ceux-là mon Dieu!
Donnez-moi des jardins
Pour cueillir la jeunesse
Pour couper les années
Pour en faire des tresses
Pas ma jeunesse à moi
Elle n'était pas heureuse
Mais celle que voilà
Dans les bras d'une gueuse
Avec ses seins trahis
Sous la robe trompeuse
Avec le reste aussi
Et croyez-moi, Petite
J'étais souvent gentil
Avec le coeur devant
Et mes rêves dedans

Les vieux copains
Qu'on avait cru des fois
Prendre l'or de leur voix
Pour t'offrir un bijou

Les vieux copains
Qui te prenaient le temps
Pour se faire un printemps
Et t'en donner un bout

Les vieux copains
Qu'ont le passé passé
Dans leurs pas trop pressés
A marcher sur l'Amour

Les vieux copains
Qui disent "Comment vas-tu"
Et qui ne savent plus
Ni leur nom ni le tien

Je suis un de ceux-là mon Dieu!
Rendez-moi la Folie
Celle que je cachais
Dans le fond de mon lit
Lorsque la nuit venait
Et que je dénonçais
Dans le froid du silence
Les raisons de la chance
A faire que la vie
Se raconte ou se vit
Ça dépend du talent
Qui se donne ou se vend
Quand on a décidé
D'écrire ou de chanter
L'Amour et l'Amitié
Qui ne font que passer

Les vieux copains
Que je ne reconnais plus
Qui passent dans la rue
En traînant des chagrins

Les vieux copains
Tout courbés par le temps
Quand le temps est au Nord
Quand le Nord est d'accord

Les vieux copains
Qu'ont des rides souillées
Par des larmes séchées
A travers les années

Les vieux copains
Qui mangent à la Sécu
Et qui ne savent plus
Où est le quartier Latin

Les vieux copains
Tout courbés par le temps
Quand le temps est au Nord
Quand le Nord est d'accord
Je suis pas de ceux-là mon Dieu!
Je vous rends la passion
Que vous m'avez prêtée
Un jour de déraison
Pour croire à vos conneries
Pour croire à vos enfants
Alors que cette vie
N'est faite que d'un instant
Je naîtrai demain matin
Quand les chevaux vapeurs
De tous mes vieux copains
S'électriseront
Et réinventeront
Dans leur âme fanée
Les roses de l'Enfer
La Folie du plus Fou

Et tous ces vieux copains
Se mettront à chanter
Camarades, électrisons-nous!
Et si quelques étoiles
Veulent nous voir
On pourra toujours leur prêter
Quelques VOLTS en supplément

Et alors... et alors...

Elles nous verront DEBOUT

Avec nos mains dans leurs coutures

Camarades

Ciao !

Léo Ferré - Les vieux copains - 1990

Fawzi

 

  De notre disc jockey - Paul Dubé


Mozart, Bach, Beethov, Brel et Julio Iglesias
(Étant un simonesque plagiat)

« […], pendant 30 ans, sous les Borgias, les Italiens ont connu la guerre, la terreur, le meurtre et des massacres, mais ils ont fini par découvrir Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. Après 500 ans d'amour fraternel, de démocratie et de paix, qu'est-ce les Suisses ont eu à s'offrir ? L'horloge à coucou ! » dit Harry Lime à Holly Martin dans Le Troisième Homme, un film réalisé en 1949 par Carol Reed, sur un scénario de Graham Greene.- Harry lime : Orson Welles. Holly Martins : Joseph Cotten.

Vous savez... 

Ce que j'écrivais le mois dernier à propos des fans des Beatles peut facilement s'appliquer aux inconditionnels de Bach qui sont prêts à écouter ses trois mille huit cent vingt sept variations pour, au choix : flûtes (en tous genres), hautbois, bassons, trompettes, trombones, violons, violoncelles, viols de gambe, contrebasses, claviers (surtout celles écrites pour son clavier  bien tempéré), etc. ... et les trouver toutes géniales ; je pourrais, dans la même veine mentionner ceux pour qui il est impensable de parler de Mozart sans lui ajouter le mot «divin» ; quant aux membres frénétiques munis de torches qui se présentent régulièrement devant ma porte pour clamer haut et fort que Brel était le plus grand de tous...

Parallèlement, j'ai connu des gens pour qui Proust était d'un prodigieux ennui, qui lisait Léautaud que pour les bouts «cochons» ou qui insistait pour dire que certaines pièces de Shakespeare n'étaient pas historiquement correctes. - Ou qui ne lisait que les livres ayant été vendus à plus de 50 000 copies.

Et si vous êtes de mon milieu, vous avez dû, comme moi, connaître des mères et des grands-mères qui pleuraient en lisant des cartes de souhaits «Hallmark».

Puis, comme tout le monde, j'ai appris l'expression passe-partout qui sert d'excuse à tous ceux qui sont incapables d'expliquer leur penchant pour les romans d'Harlequin, les vêtements en lycra, Céline Dion et la poutine de chez «Margot, la reine du pain "à'" viandes» (*). Cette expression est :

Tous les goûts sont dans la nature.

 (*) Voilà une marque de commerce dont j'utilise rarement le nom depuis que, il y a des années de cela, à l'Exposition Provinciale (du Québec), j'ai vu, en face du «Bingo des Zouaves» (sic) un comptoir dont l'affiche se lisait, justement, «X, la reine» de ce fameux pain.» Qui sait ? Peut-être a-t-elle (ou a-t-il) des droits commerciaux sur cette appellation, tout comme, dans le coin, ici, on ne peut pas dire «Le spot à Ben» sans faire une génuflexion...

Toutes les excuses finissent par être bonnes pour dire n'importe quoi.

Je crois que c'est Copernique qui disait l'autre jour, en citant je-ne-sais-plus-qui, que tout ça, c'était bien beau, mais que quels que soient ses penchants, il y avait un fait incontestable pour tous et chacun de nous : «Il y a des oeuvres, des plats, des paysages... des affaires que l'on trouve plus belles ou moins belles que d'autres.»

   
      

Tenez :

Je ne suis pas un fan d'Elvis, mais je peux vous dire qu'écouter un de ses premiers enregistrements, «That's All Right, Mama» est une chose qu'il faut avoir entendu dans sa vie. En voici un extrait (j'ai coupé le solo de guitare qui est affreux) :

Extrait de That's All Right, Mama chanté par Elvis Presley :

Sauf que je n'aurais aucune difficulté à trouver chez lui, tout comme chez Bach ou le chez le divin Mozart des guirlandos emmerlandos (comme disait Mayol dans sa «Fifille à sa mère» lorsqu'elle exécutait des sonates tout entières)...

Jadis, je demandais aux fans de Bach qui n'en connaissaient que deux morceaux (Je parle de «Jean-Sébastien Bach» qu'il ne faut pas confondre avec «Offen») s'ils préféraient ses suites françaises à ses suites anglaises et si, dans le lot, y'en avait un qui disait «les françaises», je lui demandais par qui. - Aux amateurs du divin Mozart, c'était plus facile : je n'avais qu'à mentionner les quatuors prussiens ou une de ses inconnues opéras, en particulier Mitridate, re di Ponto (Mithridate, roi du Pont) pour qu'ils se taisent

 Finalement , j'ai opté pour dire qu'à ce moment-là j'étais plutôt du côté des symphonies de Mahler et, quand il s'est mis à devenir populaire, je suis passé à Scriabine.

Tout ça pour dire que Wittgenstein (le snobisme passe par toutes les formes) avait raison : que la communication entre les êtres humains est impossible.

Elle l'est toujours ; quand on ne sait rien, on a tout à apprendre et que c'est généralement à deux ou trois qu'on découvre, comme ce fut le cas de plusieurs dans les années soixante, le «dernier» des Beatles, leur pseudo-révolutionnaire musique qui l'était, quand même, par rapport à Patti Page, Perry Como et Guy Lombardo (and His Royal Canadians) Sauf qu'il ne fallait pas s'arrêter là.

Ben quoi ? Vous n'êtes pas me reprocher d'avoir cessé de pleurnicher avec Tchaikovski pour passer au découragement total avec Mahler et ses lieder sur la mort des petits enfants, non ?

(Hé : je viens d'apprendre que les Ice Capades (*), une calamité si jamais on m'a amené à en voir une, ont cessé d'exister en 1995, plus de cinquante ans après leur création. - Faut croire qu'il y a une certaine justice dans le monde....)

(*)Voir à la fin - Note de l'éditeur.

*

Ce qui me fascine en ce moment, car, pour une raison quelconque je ne l'avais jusqu'à présent jamais noté, c'est l'étonnement des quadragénaires devant la découverte qu'ils sont bien obligés de faire devant l'impossibilité de communiquer avec la génération qui les suit.

Oh, c'est une chose à laquelle ils finiront par s'habituer sauf qu'il leur restera une étape encore plus difficile à franchir - et peu seront en mesure de le faire - c'est celle de constater que ceux qui les ont précédés dans l'océan des âges, ceux qui sont venus avant eux, ont oublié ce qui leur reste à découvrir.

Leur reste une solution temporaire : s'impatienter devant les deux. Trouver les jeunes trop bêtes et le vieux trop lents ou trop radoteux.

J'ai appris en même temps pourquoi les vieux se répètent : parce que ceux à qui ils parlent ont toujours l'air de ne jamais les écouter.

Et en terminant ?

Ceci :

Au début, ce genre de réflexions me fascinaient. Puis elles ont fini par me lasser. Et finalement, plutôt que de me lever et m'en aller quand elles se mettent en branle dans les conversations - une preuve irréfutable de mon ignoranteté (ou pire encore : de mes jugements à l'emporte-pièce) - j'ai appris à changer les sujets des conversations sans qu'on s'en aperçoive. - Quoi ? Vous vous en êtes jamais aperçu ? - Ben voilà.

Oui mais... Julio dans tout ça ? - Oh, tout simplement un des meilleurs crooners qu'il m'a été donné d'entendre. - Dans la lignée de Carlos Gardel.

Oui, je sais : c'est pas connu.

Carlos Gardel - El dia que me quieras (1935)

Carlos Gardel est né Charles Romuald Gardès, à Toulouse, en France et est décédé le 24 juin 1935 dans un accident d'avion près de Medellin, en Colombie, à l'âge de 44 ans.

Son oeuvre et sa voix font partie des Mémoires du Monde de l'UNESCO depuis 2003.

paul

P.-S. : 

(Une note à propos des Ice Capades, en réponse à Madame*** qui relit parfois mes textes avant que je les envoie à l'éditeur du Castor™.)

Oui, Madame, les Ice Capades, une véritable calamité. Sur glace par dessus le marché, moi qui n'ai jamais appris à patiner. - Pire qu'un sermon sur la concupiscence ou Lemelin qui avait de la difficulté à lire ses propres textes parce qu'ils étaient trop mal écrits. - J'ai toujours cru qu'on m'y avait amené de force (per vim) pour me punir, sauf que je n'ai jamais su précisément de quel crime on me soupçonnait. Sans doute grave au point où passer deux mois enfermé dans ma chambre aurait été un doux châtiment. - En existe deux ou trois extraits filmés sur YouTube. Sait-on jamais ? Si l'un de vos petits enfants devient un pédophile ou un assassin... - Vérifiez d'abord si les Benoit Sisters y paraissent.

_______________________________________________________________________________

In memoriam

Richard Penniman mieux connu sous le nom de
«Little Richard» 
1932-2020

 

L'extrait du mois


Gall et Sheldon

Dans sa chambre, Gaal trouva un homme qui l’attendait. La surprise l’empêcha d’articuler tout de suite l’inévitable « Que faites-vous ici ? » qu’il avait sur les lèvres.

L’inconnu se leva. Il était assez âgé et presque chauve, et il boitait légèrement, mais il avait le regard vif.

« Je suis Hari Seldon », dit-il, et Gaal reconnut aussitôt ce visage dont il avait tant de fois vu la photographie.

«Bonjour, monsieur, dit Gaal. Je... je...

Vous pensiez que nous n’avions rendez-vous que demain ? C’est exact. Il se trouve seulement que, si nous voulons employer vos services, nous devons faire vite. Il devient de plus en plus difficile de recruter du personnel.

— Je ne comprends pas, monsieur.

— Vous parliez avec quelqu’un sur la tour d’observation, n’est-ce pas ?

— Oui. Un nommé Jerril. C’est tout ce que je sais de lui.

— Son nom importe peu. C’est un agent de la Commission de la Sécurité Publique. Il vous a suivi depuis l’aéroport.

— Mais pourquoi ? Je suis désolé, mais je ne vous comprends pas très bien.

— Cet homme ne vous a-t-il rien dit à mon sujet ?
»

Gaal hésita un instant.

« Il vous appelait Cassandre Seldon.

— Vous a-t-il dit pourquoi ?

— Il a prétendu que vous prédisiez le désastre.

— En effet. Que pensez-vous de Trantor ?
»

Décidément tout le monde semblait tenir à connaître son opinion sur Trantor. Gaal ne put que répéter : « C’est superbe...

— Vous dites cela sans réfléchir. Que faites-vous de la psychohistoire ?

— Je n’ai pas pensé à l’appliquer à ce problème.

— Quand vous aurez travaillé quelque temps avec moi, jeune homme, vous prendrez l’habitude d’appliquer la psychohistoire à tous les problèmes... Regardez.
» 

Seldon tira d’une poche de sa ceinture son bloc à calcul. On disait qu’il en avait toujours un sous son oreiller pour s’en servir en cas d’insomnie. Le bloc avait à l’usage perdu un peu de son brillant. Les doigts de Seldon pressèrent les touches de matière plastique disposées sur les bords de l’appareil. Des symboles mathématiques se détachèrent en rouge sur la surface grise.

« Ceci, dit-il, représente la situation actuelle de l’Empire. »

Il attendit un moment.

« Il ne s’agit sûrement pas d’une représentation complète, fit enfin Gaal.

Non, pas complète, dit Seldon. Je suis heureux de voir que vous n’acceptez pas aveuglément mes affirmations. Toutefois, c’est une approximation qui suffira aux besoins de ce que je veux découvrir. Vous êtes d’accord ?

— Sous réserve que je vérifie plus tard la dérivation de la fonction, oui
»,

Gaal prenait bien soin de ne pas se laisser entraîner dans un piège.

« Bon. Ajoutez à cela la probabilité d’un assassinat de l’empereur, d’une révolte du vice-roi, de la récurrence des crises économiques, de la diminution des voyages d’exploration... »

A mesure qu’il parlait, de nouveaux symboles apparaissaient sur le petit tableau pour venir s’adjoindre à la fonction primitive, qui s’étendait et se modifiait sans cesse.

Gaal n’interrompit Seldon qu’une fois : «Je ne vois pas l’intérêt de cette transformation.»

Seldon répéta celle-ci plus lentement.

« Mais, dit Gaal, vous utilisez une socio-opération interdite.

— Parfait. Vous avez l’esprit vif, mais pas tout à fait assez. Elle n’est pas interdite dans ce cas-là. Je vais recommencer en utilisant la méthode d’expansion. »

Ce procédé était beaucoup plus long et, quand Seldon eut terminé le calcul, Gaal reconnut humblement : « Ah ! oui, je comprends maintenant.
»

Seldon enfin annonça : « Et voici Trantor dans cinq siècles d’ici. Comment interprétez-vous cela ? Hein ? » La tête penchée de côté, il attendit.

« La destruction totale ! fit Gaal, incrédule. Mais... mais c’est impossible. Trantor n’a jamais été... »

Seldon était vibrant d’excitation ; on sentait que son corps seul avait vieilli. « Mais si, mais si. Vous avez vu comment on parvenait à ce résultat. Exprimez cela en mots. Oubliez un instant les symboles.

A mesure que Trantor devient plus spécialisée, dit Gaal, elle devient plus vulnérable, moins apte à se défendre. Or, à mesure que s’y développe l’administration centrale de l’Empire, la planète devient une proie plus enviable. D’autre part, étant donné les difficultés croissantes que soulève le problème de la succession impériale, les querelles toujours plus violentes qui opposent les unes aux autres les grandes familles, le sentiment de la responsabilité envers la société va s’affaiblissant.

— C’est assez. Et quelles sont les probabilités numériques de destruction totale d’ici cinq siècles ?

— Je ne saurais vous le dire.

— Voyons, vous savez tout de même faire une différentiation de champ ?
»

Gaal se sentit pris de court. Seldon ne lui proposa pas son bloc à calcul ; il dut donc faire ses opérations de tête. La sueur se mit à couler de son front.

« Environ 85 pour cent ? dit-il enfin.

Pas mal, dit Seldon, pas mal, mais ce n’est pas tout à fait cela. Le chiffre exact est 92,5 pour cent.

Voilà donc, dit Gaal, pourquoi on vous appelle Cassandre Seldon. Comment se fait-il que je n’aie jamais rien vu de tout cela dans les journaux ?

— On ne peut pas publier des choses pareilles, voyons. Vous ne pensez tout de même pas que l’Empire irait révéler ainsi sa faiblesse. C’est une démonstration de psychohistoire élémentaire. Mais certains des résultats de nos calculs sont venus aux oreilles de l’aristocratie.

— C’est ennuyeux.

— Pas forcément. Nous en tenons compte.

— Voilà donc pourquoi on me questionne ?

— Exactement. On cherche à se renseigner sur tout ce qui touche à mon projet.

— Êtes-vous en danger, monsieur ?

— Bien sûr. Les probabilités en faveur de mon exécution sont de 1,7 pour cent, mais ce n’est naturellement pas cela qui nous arrêtera. Nous en avons également tenu compte. Nous vous verrons, je suppose, demain à l’université. 

— C’est entendu
», fit Gaal.

Isaac Asimov (1920-1992) - Foundation, vol. 1 - Gnome Presse, 1951

 

Book Review - Lectures


Les textes qui suivent - et les précédents - ne doivent pas être considérés comme de véritables critiques au sens de «jugements basés sur les mérites, défauts, qualités et imperfections» des livres, revues ou adaptations cinématographiques qui y sont mentionnés. Ils se veulent surtout être de commentaires, souvent sans rapport direct avec les oeuvres au sujet desquelles les chroniqueurs qui les signe désirent donner leurs opinions, opinions que n'endosse pas nécessairement la direction du Castor™ ni celle de l'Université de Napierville.


Louis Fréchette

Las d'avoir lu et relu, au cours des deux derniers mois (et demi) de confinement, des classiques ou d'avoir regardé sur Internet des pièces filmés de Molière, Racine, Corneille ou Shakespeare et même des films de Passolini (sic !), j'ai fouillé dans un des recoins les moins explorés de ma bibliothèque pour retrouver deux volumes de Satires et Polémiques de Louis Fréchette (voir à la fin pour les détail) qu'une admiratrice, non pas de moi, mais de Fréchette (quoique, avec le recul...), m'a offerts lors d'un mes trop nombreux anniversaires (il y a quelques années) et dans lesquels elle a eu l'amabilité, sinon la prévoyance, de ne pas inscrire son nom, de peur sans doute d'être éventuellement, citée. ici ou ailleurs. - Sauf que je n'arrive pas à me rappeler de son nom.

«Mille trois cent trente-deux pages, que je me suis dit. Une affaire de deux jours, trois au gros max»...» - Vous savez : quand on passe ses grandes journées à la maison... - Mais non, je m'y suis vautré presque deux semaines, une bouteille d'eau-de-vie à la main, il va sans dire (*).

(*) Tandis que j'y pense : faudrait que je me mette à cette fameuse diète à la vodka et à l'eau. Paraît qu'en une seule semaine, on peut perdre jusqu'à deux jours.

Pas eu le temps, encore, de lire la biographies de ce Louis-Honoré Fréchette  (1839-1908) qui fut poète (ugh !), dramaturge (au XIXe, au Québec ?), homme politique (re-ugh !), mais un fort délicieux écrivain comme on n'en fait plus aujourd'hui : drôle, satirique, vicieux même et qui avait comme têtes de turc les curés, les abbés, bref : tous les religieux de l'époque (y compris le pape), les monarchistes (je ne savais pas qu'il y en avait eus ici, parmi sans doute mes arrières-grands-parents) et tous les pompeux personnages du temps qui, eux, ne sont jamais disparus complètement.



Louis Fréchette
(Pas la tête de l'emploi, je vous prie de me croire !)

Je me suis particulièrement attardé sur sa Petite histoire des rois de France qu'il a publiée sous la forme d'un feuilleton dans la Patrie en 1883.

Tenez, je vais vous en citer le début :

«Commençons par Childéric ler qui fut, à vrai dire, le premier roi de France - Pharamond, Clodion et Mérovée n'ayant pas été autre chose que de simples chefs de bande.
Childéric Ier commença à régner en 458. Ses débauches furent telles que les leudes le chassèrent du trône. Déjà la révolution !
L'aimable monarque se réfugia chez Basin, roi de Thuringe, qui lui accorda généreusement l'hospitalité.
Pour l'en récompenser, il séduisit Basine sa femme, et pendant huit ans souilla la demeure de son bienfaiteur.
Rappelé par les leudes, il remonta sur le trône, et recommençait ses beaux exploits, lorsqu'il vit arriver Basine, qui avait déserté son mari pour retrouver son séducteur.
Le bon évêque Grégoire de Tours, l'aîné des historiens français, raconte la chose dans tous ses détails.
Suivant lui, Childéric ayant demandé à cette guenon pourquoi elle le poursuivait ainsi, voici ce qu'elle répondit.
Il faut mettre cela en latin, le latin dans les mots bravant l'honnêteté :

"Quia utilitatem tuant noverim et quant sis strenuus, ideoque veni ut cohabitem tecum  ; nam noveris, si [in] transmarinis regionibus aliquem cognoviscem UTILIOREM quant tu, issem UT COHABITEM CUM."

("J'ai su apprécier votre mérite et votre vigueur ; c'est pour cela que je suis venue ; car vous n'ignorez pas que, si j'avais connu au-delà des mers un homme mieux fait pour plaire à une femme, c'est avec lui que je serais allée habiter.")

La réponse était éloquente, et Childéric l'épousa.
Elle était déjà mariée, mais les rois n'y regardent pas de si près. Quand on est sur le trône, on joue au mariage comme on joue au bouchon.
Vous pourrez en juger dans le cours de mes petits récits. En tout cas, cette Basine fut la première reine de France.
Cette grue, dont le dernier polisson de nos jours renierait la parenté, donna le jour à Clovis, le vainqueur de Tolbiac...

Ainsi, la vie du premier des rois de France peut se diviser en chapitres dont les titres seraient ceci :

Luxure immonde
Révolution
Exil
Trahison
Concubinage effronté
Restauration
Mariage déshonorant
Bigamie.

Bien commencé, n'est-ce pas ?
Hé bien, vous allez voir que cela continue magnifiquement.
»

Magnifiquement, oui. Mais si l'auteur de ce - disons le mot - pamphlet insiste plutôt sur certains côtés et oublie quelque peu certains autres (qui ne sauraient faire oublier les premiers), l'ensemble de cet essai historique n'en demeure pas moins fort agréable en ces jours pluvieux qui, sauf pour les trois, quatre derniers, furent assez exécrables au cours du mois dernier.

Et puis y'a une section sur Jeanne d'Arc, une sur l'enfer, une sur l'Index...

À recommander, mais pas pour les jeunes filles qui pourraient être à l'écoute. - Je dis cela pour qu'elles s'empressent de lire les deux volumes de :

Louis Fréchette
Satires et polémiques, vol. I et II
Édition critique par
Jacques Blais, Luc Bouvier et Guy Champagne
Les Presses de l'Université de Montréal, 1993

Attention : il se peut que ce soit épuisé. Et si ça ne l'est pas, c'est pas bon marché.

Simon

* 

Romans policiers...

Le volet VI de cette série est toujours en phase rédactionnelle, les bibliothèques publics étant fermées depuis le 15 mars dernier. On nous annonçait leur réouverture pour le 29 du mois qui vient de s'achever, mais celle qui nous permettait d'y effectuer des recherches n'a pas encore établie le protocole qui nous permettra de mettre un point final à nos commentaires sur Ross Macdonald, le troisième des innovateurs américains dans le domaine des private eyes. Pour le moment, nous poursuivons l'accumulation de nos notes quant aux personnages qui ont suivi ceux de ces trois précurseurs.

Qui sait ? Lors du prochain Castor™, peut-être allons-nous réussir à publier, et un volet VI et un volet VII.

Copernique

 

Le courrier


M. Grégoire Chevrette - Laval, Québec

Le mot «menottes» vient du latin «manciola» d'où le mot anglais «manacles».

Dr. Alphonse Massé - Ste-Rose de Watford, Québec

Nous regrettons, mais l'échangeur Turcot, direction, a été fermé cette fin de semaine-là (ce week-end-là, pour nos amis européens)..

Ms Aubrette Tessier - Palaiseau, France

Les recherches effectuées par le Professeur Lebrun de l'Institut n'ont pas réussi à démontrer le rapport entre la Rosine du Barbier de Séville de Beaumarchais et la chanson Questions indiscrètes crée par Mayol en 1905 (dont les paroles et la musique étaient de Maquis, Trébitsch et de Nola).

M.  Romain Goddu - Saint-Malo, France

Elle avait dix-neuf ans. Ingrid Bergman, 33 et Falconetti, 36.

Mme Jacquenette Poirot - Sint-Gillis-Wass, Belgique

Un fer huit, si vous venez de la droite, un sept, si vous venez de la gauche.

M. Benoît Gaudreault - Salaberry-de-Valleyfield, Québec

Cher Monsieur,

J'ai bien peur que le Fonds Solidaire d'Action Locale Concertée et de Développement Sectoriel, Trans-culturel et Post-partenarial ait été absorbé par l'A.R.N.A.Q. il y a quelques années. - Aux dernières nouvelles, son unique membre, Gaston «Two reels» Gingras oeuvrait dans le domaine de la décentralisation des mouvements latéraux d'émergence près de Sainte-Pie [de Bagot] dans le MRC des Maskoutains.

Cordialement,

Roger Pochette-Normandin,
Directeur administratif de
La Fondation des Organismes para-universitaires de l'UdeNap

 

Dédicace


Cette édition du Castor est dédiée à :

Guy Maufette
(1915-2005)

 

Le mot de la fin


«Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie. Le reste, si le monde a trois dimensions, si l'esprit a neuf ou douze catégories, vient ensuite. Ce sont des jeux ; il faut d'abord répondre. Et s'il est vrai, comme le veut Nietzsche, qu'un philosophe, pour être estimable, doive prêcher l'exemple, on saisit l'importance de cette réponse puisqu'elle va précéder le geste définitif. Ce sont là des évidences sensibles au cœur, mais qu'il faut approfondir pour les rendre claires à l'esprit.»

Marcel Camus - Le mythe de Sisyphe - 1942

 

 

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Téléphone : 88-06 - Sonner deux coups.

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Téléphone : 88-09 - Demandez Sam.

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Autres sites à consulter :


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Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro

 

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Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est , depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

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Frequenter hortatus es ut opiniones, si quas paulo curatius scripsissem,           
colligerem plublicaremque. Superest ut nec te consilii nec me paeniteat obsequii...
»

(Pline le Jeune à son ami Septicus)         )