Volume XXVIII, n° 9 v. 3.0 Le seul hebdomadaire de la région publié une fois par mois Le lundi 6 mai 2019

  
    
Sommaire :

 1 - Notre nouveau format

Oh, rien de révolutionnaire : que deux légères modifications à vous  rappeler :

  1. De la page d'ouverture, on peut dorénavant passer directement à l'une des sections de ce Castor™ en cliquant sur un des liens dans la colonne à gauche de l'encadré ci-dessus.

  2. De l'icône «» qui apparaît à la fin de chaque section, vous pourrez revenir instantanément à ce même encadré.

En espérant que ces modifications sauront rendre votre lecture plus agréable.

***

2 - Un rappel :

Le site de l'Université de Napierville est, depuis le premier janvier dernier, en reconstruction.

Il s'agit là d'un travail qui pourrait, compte tenu de son ampleur, prendre plusieurs semaines. - Hé ! Nous sommes là depuis 2001 !

Certains liens, de ce fait, pourraient s'avérer brisés ou des pages pourraient être temporairement indisponibles.

Nous rapporter tout problème à l'adresse qui suit :

(Supprimer l'espace entre le «c» et le «@»)

hperec @udenap.org

Mercié

***

3 - Au programme cette semaine :

Félix Oudart - Pasolini - Hitchens - Offenbach - Lady Bracknell - Jean Calvin - Impôt sur le revenu - Décès d'un ami de longue date - Restif de la Bretonne - Malraux - Alain Rey - Ricky Gervais - Un type avec des maux de tête - Ô Canada - Kelvin et le zéro absolu - Une «Une» sans intérêt - The Blues - Pierre Louÿ - Un Brésilien - Maupassant - Tofu et glucides - Oscar Wilde - Mère Thérésa - Herméningilde Perec et ses vidéos - La richesse apparente et la solitude - Trump : ses échecs et mensonges.

 

 

         Chroniques

 
      Simon Popp

Sur la solitude
(Un nouveau regard)

Comme, à mon âge, on commence à avoir beaucoup de difficultés à se souvenir si on a fait ou dit quelque chose hier, la veille, la semaine dernière ou il y a deux mois (quand ce n'est pas il y a un an ou deux...) et, ne tenant pas beaucoup de notes, vous m'excuserez si je me répète, mais je suis presque certain d'avoir dit, le mois dernier, qu'il y avait trois règles à observer quand on lit :

    - Qu'il faut d'abord et avant tout essayer de comprendre ce qu'un auteur a écrit, 

    - Qu'il ne falut pas lire ce que l'on croit être ce qu
e l'auteur a voulu écrire,

et surtout :

    - Qu'il ne faut pas essayer de percevoir ce que l'auteur a dit sans le vouloir.

(Ou le contraire, ou des mots à cet effet. - Je vous laisse le loisir de vérifier et le choix d'être d'accord ou non. - Tout ce que je sais, c'est que, dans l'ensemble, je viens de répéter ce que je voulais écrire.)

Or, au cours de la tâche ardue que les dirigeants du Castor nous impose à chaque mois, c'est-à-dire nous relire avant de faire parvenir nos textes à des vérificateurs chevronnés (pour l'édition destinée au marché américain), j'ai réalisé que j'avais, selon la règle numéro trois ci-dessus, écrit, presque en filigrane, une vérité essentielle quant à la solitude et qui consiste tout simplement à réaliser qu'au fur et à mesure que l'on vieillit, les communications entre soi et les autres s'avèrent de plus en plus difficiles.

J'aurais bien des exemples à vous offrir, mais prenez le cas de la lecture. - Dans une autre chronique, aujourd'hui, je parle de la langue et elle pourrait tout aussi bien servir d'exemple, comme plusieurs autres : les sports qu'on a pratiqués (ou, dans mon cas, qu'on a suivis ou regardés), les voyages qu'on a faits, les musées qu'on a visités ou les malheurs (ou non) qui nous sont arrivés (ou pas), mais restons-en à la lecture :

Quand à vingt ans, je me suis mis à lire À la recherche du Temps perdu, j'ai connu, oui, des proustiens, mais quand je suis passé à Gide, je me suis aperçu que les gidiens étaient moins nombreux et que, surtout, les proustiens-gidiens étaient assez rares. - Faut dire que mon cercle social, même à l'époque, était plutôt restraint, mais quand j'en suis arrivé à Shakespeare, alors là je n'ai pas connu, ni encore rencontré des proustien-gidien-shakespeariens.

Parenthèse : J'ai cité des noms, comme ça, non pas pour épater la galerie, mais parce que ce sont les premiers qui me sont venus à l'esprit.  Ceux que j'aurais pu utiliser auraientt pu être tout aussi bien être Balzac, Robert e Montesquiou-Fezensac ou Pierre Saurel, alias le père Ovide, alias Pierre Daignault, alias le célèbre auteur des aventures d'IXE-13, d'Albert Brien et du Manchot - de même que le calleur dans J.A. Martin photographe de Jean Beaudin (1977) ou même Jean-Pierre Sainte-Marie et Mario Rossignol, co-auteurs d'Agrippa (Le livre noir, Les flots du temps, Le puits sacré, Le monde d'Agharta etc.) quoique non encore publiés à ce moment-là. - Substituez votre propres auteurs.

Le problème est que  j'ai continué après Proust, Gide et Shakespeare, maintes fois depuis relus : Joyce, Wilde, Greene, Camus, Marcel Aymé, Léautaud, Céline, Oscar Wilde, Suétone, Virgile, Euripide...

Tout ça pour vous dire que, qu'elles furent mes lectures ou les vôtres au cours des derniers - disons - dix, douze ans, il est plus que probable nos listes aient été totalement différentes.

Tout cela est sans gravité, je vous le concède, sauf qu'à moins que je me trompe, il me semble que, plus je vieillis, plus  je rencontre non seulement des gens qui n'ont pas lu ce que j'ai lu ou qui ont lu ce que je n'ai pas lu, mais qui - et c'est là que le bât blesse -  tiennent absolument à ce que je lise leurs livres tout en refusant systématiquement de lire les miens. - Trop difficiles, askondit. Comme si je ne lisais que des volumes sur les guerres puniques, les tapiseries médiévales ou les romans écrits sous l'époque tsariste... - Un ami qui voulait que je lise un de ses livres, il n'y a pas très longtemps, me disait, curieusement, exactement la même chose...

Non mais...

Entre lecteurs, serait-il possible de nous dire, entre nous, qu'il est plus que probable que les titres des livres que  nous avons lus et que nous avons oubliés, les autres n'en ont jamais entendu parler ? - Que voulez-vous ? C'est comme ça. - Et pour ma part, pour trois leurs livres que j'ai lus, il n'en ont jamais lu un des miens. - De ça, je suis prêt à démontrer.

mais qu'à cela ne tienne :

J'ai cité - encore une fois, je crois (et il n'y a pas si longtemps par dessus le marché) - John Ruskin (qui lit Ruskin de nos jours ?) qui disait que :

«Quelles que soient les lectures de tous et chacun, il y avait une chose sur laquelle nous devrions tous nous entendre, c'est que parmi les choses que chacun a lu, il y a eu des bons et des mauvais livres.»

Ce qui me fait ajouter qu'un mauvais livre, pour moi, peut-être un très bon livre pour un autre. Et le contraire aussi. Sauf que j'ai tendance à vouloir comprendre et à m'expliquer. - Et que je lis trop. - Surtout. - Et comme j'ai également tendance à penser (voir un peu plus loin) ...

Et l'on voudrait, en plus, que je m'intéresse à la course à pied, au jardinage, aux chars et à vous-savez-quoi.

Voilà ce que j'aurais dû écrire sur la solitude. 

***

Sur la française langue
(Encore !)

 Oui : encore ! 

C'est précisément ce que je me suis dit quand un ami m'a refilé l'un des derniers «dossiers spéciaux» du Nouveau Magazine littéraire (1) intitulé «Langue française - Amours et guerres».  - Sur sa couverture, une photo de Bernard Pivot et d'une jeune dame qui est sans doute celle qui a recueilli ses propos (Aurélie Marcireau, p. 43).


Cliquez pour agrandir

Pourquoi «encore» ? Parce que j'en ai jusque là de ces articles qu'on écrit à droite et à gauche sur la française langue, particulièrement rédigés par des chatouilleux qui, ayant constaté que la langue qu'il parle n'est plus celle qu'on leur a enseignée, en sont venus à la conclusion que la plus belle langue de tous les temps est attaquée de toutes parts et qu'il faut donc la défendre pour la conserver dans sa «pureté» originelle. (I.e. : Lire desfendre dans la phrase qui précède.)

En 1950, déjà, Raymond Queneau les avaient spottés :

«Il pourrait sembler qu'en France il y ait des questions plus urgentes ou plus vitales que celle de la Défense de la Langue Française. Pourtant un certain nombre de journaux ou hebdomadaires consacrent une ou plusieurs colonnes d'une façon régulière à la dite défense. Je ne trouve pas le propos futile, mais il me semble que l'entreprise est en général marquée par l'esprit de défaite, car c'est toujours du point de vue de la défense...» (2)

Déjà ? - En 1950 ? - C'est oublier que 400 ans auparavant un certain Joachim du Bellay, dont la poésie est aujourd'hui devenue presque illisible, n'écrivait-il pas un plaidoyer - que Queneau aurait sans doute jugé inutile : «La Deffence et Illustration de la Langue Francoyse» (notez l'orthographe)... ?

Quand j'étais jeune, à une époque où je ne lisais pas encore les journaux, du moins ceux qui se voulaient sérieux (et pour qui la sériosité consistait à parler uniquement de politique) et, comme magazines, que le Reader's Digest (pour les blagues en bas de page) et le Life (pour les photos), je... - Où en étais-je ? Ah oui : à quand j'étais jeune... - Quand j'étais jeune, donc, il n'y avait dans le coin où je vivais que deux  défenseurs de la française langue : les Bonnes Soeurs (surtout les Grises) et les éducationnés pour qui le plus-que-parfait du subjonctif qu'ils utilisaient à tort et à travers, était le nec plus ultra du bon parler. 

Il n'y avait également dans presque tous les foyer qu'un seul dictionnaire (dans les foyers où il y en vait un) : le Larousse, (Le petit et l'illustré), avec ses pages roses et sa section de noms propres (sic) où figuraient des hommes (peu de femmes) qui avaient été dans le temps célèbres pour... entre autres, avoir dirigé une clinique, découvert un bacille quelconque ou qui avait été sous-ministre sous MacMahon.

Chez un des cousins de mon père, ce Larousse se déclinait en six volumes sous le titre de «Dictionnaire encyclopédique», mais il était interdit d'y toucher. On y trouvait également un Littré (mais je n'en suis plus certain) qui, pour le moment est sans importance sauf pour ajouter que ce fameux «Dictionnaire encyclopédique» (en six volumes) j'en ai retrouvé une copie il y a une dizaine d'annés, rue St-Denis, à Montréal, et je m'en suis immédiatement porté acquéreur car c'est dans un Larousse identique que j'ai lu avant ma puberté, tout ce que j'ai pu sur l'astronomie du temps. Autrement dit : à peu près le dixième du quart d'une fraction que l'on connaît aujourd'hui.

De plus, c'était le seul oeuvre sérieux du côté de la bibliothèque, section jeunesse, près de mon école. - c,est dans ce dictionnaire que j'ai appris que le mot «formidable» voulait toujours dire  «qui est à craindre» et, tenz-vous bien : rien d'autre ! Ça m'a valut des points auprès d'un pédant professeur  quand je lui ai dit qu'il avait cette signification du temps où Corneille avait écrit son Attila, le roi des Huns (3) sauf qu'officiellement, encore aujourd'hui... (3 bis)

Bon ! Encore perdu le fil de mes idées... - Je disais donc :

De ces articles (sur la française langue), j'en ai trop lus. Les seuls qui ont vraiment retenu mon attention furent publiés dans un magazine - je ne sais pas s'il existe encore (4) - où, regroupés sous le titre de «Orthographe : le dossier du débat» l'on a abordé sous tous ses angles la question de la langue écrite par rapport à la langue parlé, telle que vue etétudiée par dix éminents linguistes ou spécialistes. Il y était en outre question de l'immobilisme relativement récent, mais qui a commencé à se développer dès la création de l'Académie française (1635) à qui - on le rappelait - il a été donné la charge de «définir la langue française par l'élaboration d'un dictionnaire qui en fixerait l'usage». L'Académie française ! Une institution dont il n'existe aucun équivalent dans le monde linguistique.

Je n'en dirai pas plus car s'il y a une chose que j'ai apprise au cours de mon exceptionelle vie, c'est que  - une chose qui m'a frappé un jour, le lendemain sans doute d'une fête savoyarde - ceux qui se portent généralement à la defffence de la française langue ne savent pas qu'elle n'a point de règles et que son histoire est assez curieuse ; qu'ils ne font que ne pas se rendent compte que ceux qui sont plus jeunes qu'eux ne parlent pas une langue différente de la leur et qu'eux-même ne parlent plus la langue de leurs parents. Et comme tous ceux dans le même cas, il leur paraissaient nécessaire de mentionner  fautes et règles, de citer les derniers diktats de l'Office québécois de la langue française,  la main posée sur les bibles qui sont, à leur avis, le Robert ou le Grevisse, sauf que : ils ne se sont jamais permis d'en lire les préfaces qui, toutes les deux, insistent pour dire que le contenu de leurs volumes est de décrire la langue française en tant que langue vivante toujours en évolution et non la codifier.

Et me voilà, enfin, rendu à celui dont auquel je voulais vous parler de, aujourd'hui :


Alain Rey

Qui est Alain Rey ? - Un linguiste et lexicographe français. Il est né à Pont-du-Château (Puy-de-Dôme) le 30 août 1928 et est aujourd'hui le rédacteur en chef des publications des éditions Le Robert. Il est un observateur de l'évolution de la langue française. Il est un fervent défenseur, à l'instar du Robert, d'une langue française moderne et n'hésite pas à inclure dans ses dictionnaires du verlan ou des régionalismes.

Son plus bel apport à la française langue - et je me permet de le citer souvent - est celui d'avoir résussi à rappeler à bien éminences grises de langue et de nombreux puristes que le mot «français» est d'origine germanique ; que le français devait une bonne partie de son histoire à un certain Calvin qui a traduit dans le français de son époque, mais élégamment, un livre que l'Église ne voulait pas à la portée de tous, la Bible ; et que - insulte capitale  ! - le français n'est pas issu directement du latin, mais d'une créolisation du latin.

De lui, entre autres, j'ai appris que ces anglicismes qu'on veut abolir à tout prix sont souvent des mots d'origine française qui nous reviennent après un long séjour en Angleterre : tennis qui vient de tener («tenez, je vous lance la balle»), budget de bouge (un petit sac de cuir), tunnel de tonnelle et même sport : du mot déport qui signifiat, à l'origine, se porter vers une autre activité.

Ce qui n'explique pas pourquoi dans 191 pays sur les 195 existant dans le monde, le mot computer est utilisé au lieu d'ordinateur.

Alain Rey ?

Je vous suggère fortement d'écouter une de ses conférences qui saura vous étonner sur l'origine et l'évolution de la française langue :

Le français, une langue à l'épreuve des siècles

Ensuite, faites-moi plaisir, lisez les préfaces du Robert et de Grevisse.


«Les jeunes ? Ils se           
écontresaintciboirisent de tout !

Même de leur langue.»

***

(1) Février 2019 - «Langue française - Amours et guerres» - (Les batailles de l'orthographe et la féminisation, La simplification des règles, L'enrechissemen par le métissage, La passion de Jean-Luc Mélenchon, L'inertie de la Réac Académie Française, etc.)

(2) Raymond Queneau - Bâtons, chiffres et lettres - Gallimard, 1950 - collection idées-gallimard en 1985.

(3) Pierre Corneille, Attila, roi des Huns - 1667 : 

«Rois, amis d'Attila, soutiens de ma puissance,
  Qui rangez tant d'États sous mon obéissance
  Et de qui les conseils, le grand coeur et la main
  me rendent
formidable à tout le genre humain...» 
  (Acte 1, scène 2).

  (3 bis) Voici, à ce propos la définition du dictionnaire actuel (*) de l'Académie française :

1. Class. Qui inspire une grande crainte ou est de nature à l’inspirer. L’aspect formidable des guerriers francs. La masse formidable d’un donjon.

2. Qui étonne par son intensité, sa puissance, sa taille. Un appétit formidable. Un vacarme formidable. Une foule formidable.

3. Fam. et le plus souvent par exagération. Pour exprimer l’admiration, l’approbation. Un livre, un film formidable. Dans cette affaire, il a été formidable.

(*) La neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française, dont la rédaction a commencé au siècle dernier, sous la direction de Maurice Druon puis Hélène Carrère d'Encausse, avec une publication du premier fascicule en 1986 puis du premier tome en 1992, en était au 28 décembre 2017 au mot « sabéisme ».

(4) Le Monde de l'éducation - Numéro d'octobre 1989. - Wikipédia : «Le Monde de l'éducation est un ancien magazine mensuel français publié de 1974 à 2008 par le groupe de presse Le Monde. / Ce magazine, le seul dans son domaine, faisait figure de référence dans le traitement des problématiques contemporaines du système éducatif français. / En 2008, Le Monde de l'éducation a annoncé la fin de sa parution, en invoquant le copillage dont il ferait l'objet. Le site internet a annoncé toutefois une survie sous forme d'un supplément au journal Le Monde.»

***

Fonds de tiroir

1 - Je pense donc...

Il m'arrive souvent de penser. Je ne sais pas, mais si ça vous arrive parfois, mais vous avez dû vous rendre compte, comme moi, qu'il s'agit là d'une activité intellectuelle dangereuse. - Demandez à n'importe quel prêtre, pasteur ou rabbin : les trois vous le confirmeront sur-le-champ. - Sauf que c'est peut-être là la raison ou une des raisons pour laquelle ou lesquelles je n'ai jamais été stressé de toute ma vie car c'est connu : un problème quand on y pense, quand on y pense correctement, n'est plus un problème. 

Cela ne m'a pas empêché d'avoir d'autres ennuis. Imprévisibles, ceux-là. Celui, par exemple, de réagir toujours en retard à ce qu'on appelle de plus en plus des situations : avoir oublié son portefeuille à la maison, fait une dépense exorbitante qui s'est avérée inutile, constaté les conséquences d'une erreur que j'ai commise, la mort d'un proche et que sais-je d'autres.... Ces situations (comment les appeler autrement ? des accidents ? des imprévus ? des circonstances ?), il semblerait que je les ai toujours empêchés de m'affecter au moment où elles se produisaient ou que j'en prenais connaissance. C'en est devenu presque un défaut car, machinalement ou par habitude, ou tout simplement pour protéger ma trop grande sensibilité (si, si : j'en ai une), je crois avoir toujours pris soin, d'en adoucir les aspérités avant d'en accepter la réalité.

C'est ainsi que, quand je vois des gens devenir histériques quand ils ont à traverser une période difficile, je ne sais pas comment réagir ni, surtout, quoi leur dire sauf ce à quoi j'ai pensé des jours, des semaines après qu'un événement semblable m'est arrivé des semaines, des mois, des années auparavant. De là, sans doute la froideur que je  je manifeste quand, impudiquement, quelqu'un me raconte ses plus récents malheurs. car une fois qu'une chose est du domaine du passé, aussi récent fut-il, et qu'on a eu le temps d'y repenser...

J'ai consulté un dictionnaire il n'y a pas très longtemps pour connaître la signification du mot «empathie». Quelques heures après qu'on m'ait dit, justement, que je n'en avais aucune à propos d'une chose - exemple - aussi grave que... d' avoir eu une crevaison ou être à court d'argent. J'ai trouvé ceci : «Capacité de s'identifier à autrui dans ce qu'il ressent.» - Au moins, me suis-je dit, il y a une personne au monde qui s'est aperçu que je n'avais jamais sur-le-champ une empathie quelconque... 

Ce qui m'a fait penser (voir le premier paragraphe de cette note) que, si la personne qui m'a accusé de ne pas être «empathique» l'avait été envers moi, elle ne me l'aurait pas dit.

Incidemment, est-ce que je me trompe ou les grands empathiques du monde sont ceux qui oublient le plus rapidement ceux qui les ont quittés ? -  Étant anti-empathique, je trouve souvent très difficile de penser constamment à ceux qui ne font plus partie de ma vie. Depuis des années, dans certains cas. - Ma seule consolation est que tant que je serai vivant, ils continueront à vivre. En moi.

Et puis :

Pourquoi confond-on nous causes et effets ?

L'exemple qui me vient en tête en ce moment est la quantitié de gens que je connais qui se stressent parce qu'ils sont toujours à court d'argent alors que cet «à court d'argent» est une conséquence d'une autre cause... comme, par exemple, la manie de trop et surtout d'avoir trop dépensé. 

Je pense trop.

Ah, mais j'ai une bonne histoire à vous raconter :

C'est celle d'un type dans la vingtaine qui, de gentil, prévenant, poli et très empathique dans sa jeunesse, était devenu irrascible, parfois même agressif, parce que, disait-il, il avait toujours mal à la tête.

Oh, il avait tout essayé : les cachets d'aspirine, les longs sommeils à la noirceur, le non-abus de tout ce qui pourrait déranger son estomac, rien à faire : il avait toujours mal à la tête.

Il avait consulté des médecins, des spécialistes, s'était soumis à toutes sortes d'expériences et même à quelques élrctroencéphalogrammes, ses maux de tête étaient restés récurants et devenait de pire en pire chaque jour.

On lui conseilla d'aller voir un psychologue. Il fut d'abord insulté : «Je pense clairement, je ne suis pas fou, j'ai mal à la tête, c'est tout. C'est physique !», dit-il.

Finalement, à court d'idées, il alla en conculter un. Et à la première question que ce dernier lui posa («Quel métier exercez-vous.»), il répondit : «Je suis boxeur..»

*

2 - Comment je suis devenu riche

Je ne sais pas ce qui a pu donner et qui semble encore donner l'impression que j'étais et que je suis toujours riche. - Je vis modérément dans une maison fort modeste (la plus petite sans doute de mon village). Mon auto est discrète et elle n'a remplacé qu'une autre fort peu luxueuse que j'ai conservée quatorze ans. Mon plus vieux chandail, celui que je porte régulièrement quand je suis seul, a quelque chose comme vingt ans. Mon dernier complet date d'au moins cinq ans. - Ah ! J'ai une montre-bracelet qui vaut dans trois à cinq mille dollars, mais je l'ai payé 125$, il y a cinquante ans ! - Je vis au milieu de vieilleries : la chaise sur lquelle je suis assis en rédigeant ces notes a plus de cent ans de même que la table sur laquelle est posé mon ordinateur AMD (Windows 7) ; les deux - les trois ! - ne m'ont pas coûté plus de 400 ou 500$, toutes taxes comprises.

Des livres ! J'oubliais mes livres ! Certains sont fort rares. C'est vrai. Et j'en ai beaoucoup. Ils ont été achetés du temps où on allait presque les élaguer. Des Pléiade ? C'est sûr. Plus de deux cents sauf que mon premier, je l'ai payé 12 $... il y a plus de cinquante ans... Et la plupart ont été achetés à rabais.- Pensez à 200$ par année... pendant cinquante ans et faites le compte.

Je pourrais continuer comme cela longtemps.

Je sais ! Y'a mes factures de bars et de restaurants et les nombreux voyages que j'ai faits au fil des ans en Europe. À Paris surtout...

Oui, mais... Je vis seul. Je ne reçois jamais personne.  Je n'ai pas de passe-temps dispendieux. Je ne joue pas au golf, ni au tennis et si j'en étais mordu, je ferai comme tous les descendants des nobles de l'Ancien et du Nouveau Régime, je fréquenterais les terrains et les courts municipaux... 

Simon

 

      Herméningilde Pérec


  Quand on me demande...

 ...ce que je lis, je ne sais plus quoi répondre. Que j'ai été un fervent, presque un fanatique de Claudel, de Fénélon et de Daniel-Rops, je ne m'en cacherai pas, mais cela ne fait que souligner que je suis resté dans mon temps et que je ne me suis jamais intéressé aux problèmes de la foi moderne. - Un temps, à cause de mon petit-fils, je suis devenu - comment disait-il, déjà ? - un accroc (!) de l'astronomie, mais j'ai reculé devant l'inexplicable grandeur du monde où la terre est un grain de sable dans un océan de sable. Un océan de sable ! Qu'est-ce que je dis là ! Un océan, oui, mais de la grandeur de notre système solaire qui, à lui seul, me donne le vertige.

Oh, il m'arrive parfois de ressortir de son étui les Propos d'Alain qu'on m'a offert dans une édition de luxe pour mon soixantième anniversaire, mais comme tous ceux qui possèdent des livres semblables, j'ai si peur de l'abimer que je le remet invariablement, après n'y avoir jeté un coup d'oeil..

Mais alors, qu'est-ce que je fais de mes temps libres allez-vous me demander et je vous répondrai : rien. Rien parce que je n'en ai plus. Non pas que je m'en suis trop mis sur le dos, c'est que, à mon âge ou plutôt en vieillissant, ce qui me prenait deux heures il n'y a pas si longtemps, m'en prend aujourd'hui trois ou quatre quand ce n'est pas toute une journée. Et le soir, avec ma vue qui baisse, je ne suis plus enclin à lire des livres qui, si je ne m'abuse, sont imprimés en de plus en plus petits caractères. Alors je regarde la télé. Non pas la télé en direct, mais la la télé-documentaire et, encore là, de moins en moins car le même documentaire peut se retrouver sur quatre chaînes différentes de semaines en semaines. Sauf que :

Je suis abonné à l'Internet et là, je m'en donne à coeur-joie. On y trouve de tout sur des sites comme Youtube, Radio-Canada, l'Ina... et comme je suis féru d'histoire, je n'en verrais jamais le fond. 

Mes derniers docus?

L'histoire des rois (dirigeants) français :

Elle va de Clovis  à Napoléon III. 30 documentaires (d'une heure ou à peu près) – 15 siècles!
    
https://www.youtube.com/watch?v=356sUghcSZg&list=PLPXF779xe6bRopE6ehVtwYOyWb1sjOuix 

L'histoire de l'occupation et de la Collaboration de La cagoule (conspiration de l'extrême droite à Vichy)  22 docus :

     https://www.youtube.com/watch?v=A5J__4qtJ5s&list=PL2mwZGzAgPemlnGF5P2weeEUq2RyN1Yvw 

Note : Si les liens précités ne fonctionnent pas, tout est une question de fureteurs... Vous avez, quand même dû comprendre ce Monsieur Perec désirait vous communiquer. - Faites du copier-coller. (Note de l'éditeur)

Et si vous voulez en savoir plus vous n'aurez qu'à taper Pétain, Laval, Jean Moulin... Il y a même un documentaire sur les artistes du music-hall et du théatre au cours de cette période.

Et vous pourrez continer comme ça longtemps : avec Dreyfus, l'histoire de la langue française, le Château de Versailles, le catholicisme...

Ah! ce que j'aurais donné, il y a des années, pour avoir de véritables détails sur les croisades !

Tout ça sur YOUTUBE mais n'oubliez pas non plus l'INA...

H. Pérec

 

       Copernique Marshall

 Rapidement 

S'il y a une forme littéraire que nous apprécions par dessus toutes, Simon et moi, c'est celle de l'essai. Libéré des personnages que la fiction et les dialogues que le théâtre imposent, libéré des entraves de la «vérité» historique ou des mythes de la religion ou des opinions toutes faites, l'essai permet, en effet, d'exprimer des idées, des opinions sans être obligés de prendre des détours et, surtout, de ne pas se sentir captif  d'avoir à en énoncer qu'une et de s'y conformer du début à la fin.

Le mois dernier, belle surprise, on m'a offert non pas un, mais deux volumes d'essais.

Plus de mille pages de lectures, mais comme il m'a fallu me déplacer constamment...

Voir la section «Notes de lecture» de ce Castor™.

Bonne lecture !

Copernique

 

       Jeff Bollinger


30 avril 

Je me suis laissé dire au début du mois dernier qu'un comptable était un type tout à fait comme tout le monde, mais que son univers consistait à une série de chiffres alignés sur du papier quadrillé et qu'il comprenait certaines parties de la loide l'Impôt sur le revenu ; qu'un actuaire était un étudiant qui, après avoir complété des études en comptabilité, s'était fait dire qu'il n'avait pas la personnalité pour devenir comptable ; qu'un économiste était un comptable qui, du système à double entrées, n'avait retenu qu'une chose : celui d'être capable de prédire l'avenir de deux façons totalement opposées et d'avoir raison dans les deux cas. 

Je me suis rappelé ces vérités en complétant mes déclarations de revenus en mars dernier que j'ai postées immédiatement pour l'un de nos Gouvrenements (qui devait me rembourser un certain trop-payé), et le 30 avril pour l'autre (à qui je devais faire parvenir une somme presque identique au premier). - Des heures de travail pour en arriver au même point.

D'une certaine manière, j'ai compris pourquoi l'on devait faire ces déclarations qu'une seule fois par année car s'il fallait qu'on se penche sur nos revenus et dépenses à tous les mois, la majorité des citoyens, comme moi, se révolteraient.

Et quelle complexité que ces formulaires ! Qui portent des numéros différents selon qu'on a des enfants, ou pas, des revenus autres que ceux pour lesquels sont prélevés des déductions à la source (quelle expression !) en plus des sous-formulaires où l'on est en droit de déduire certaines dépenses ou ajouter des prestations en provenance d'un gouvernement par rapport à l'autre et de l'autre par rapport au premier.

En rapportant le tout à la ligne 34 du formulaire de «base».

Je serais curieux de savoir le nombre de pays qui ont connu des révolutions à cause de leurs systèmes de taxation. Mais pas le temps de me pencher là-dessus ce mois-ci.

Il me faut d'abord et avant tout préparer mon budget de l'an courante sachant que le tiers est déjà du domaine du passé...

Très encourageant. 

Jeff

 


Tofu, glucides, protéines, gras saturés... 

Paraît que le guide alimentaire canadien a été récemment amendé ; que le précédent avait été trop influencé par le producteurs laitiers. Paraît que le petit déjeuner, le matin, a une certaine importance, mais que cette importance a fortement été exagérée dans le passé par les distributeurs de céréales en boites, notamment les terribles frères Kellog, des adventistes du septième jour. Paraît qu'il a du bon et du mauvais cholestérol ; qu'il faut manger des légumes et des fruits en abondance ; que les aliments protéinés sont meilleurs pour la santé que les viandes rouges ; que le pain brun a meilleur goût que le pain blanc ; que le quinoa est un aliment miracle et que le tofu, surtout celui coagulé avec du chlorure de magnésium, pourrait, sous certaines conditions, nous protéger contre l'hyperchylomicronémie, la peste bubonique et, sans doute, enfin : je le suppose, l'épanchement hélicoïdal de la paroi strangulaire du corps thyroïde.

Question : est-ce que vous vous savez comment se prononce «graines de chia» ? Car, ce serait, ça aussi, une source de protéine végétale de haute qualité. On me dit que c'est délicieux avec avec du yogourt - pardon : du yaourt -, le grec, naturellement. - Comme je n'en trouve jamais chez mon épicier, je n'ose pas lui demander s'il en vend... - Je sais : si je dis «shia», on va me dire que ça se prononce «kia» et si je dis «kia»... - On m'a déjà fait le coup.

Et puis y'a moi vis-à-vis tout ça. Moi qui se veut parfaite en tout : au travail, en amour, en mère de famille, au gym, en cuisine, dans l'art de recevoir et parfaite compagne en société, à pied, à bicyclette, en voiture. - Qu'ajoutez de plus ? Ben, y'a la texture de ma peau, mon teint, mon tour de taille, mon poids, mes ongles et puis ces rides qui se développent autour de mes lèvres et... ma diction. Très importante, ma diction. Sans compter que, quand même, je dois être un peu renseignée sur ce qui se passe dans le monde et être capable de feindre une certain pitié pour ces enfants qu'on fait travailler dans les usines en Asie ou qui meurent de faim en Afrique. - Et j'allais oublier le recyclage et le compostage.

Tout un menu !

Et si je me mettais à peindre comme ma deuxième chum de fille ? Paraît qu'elle va exposer ses toiles dans un supermarché bientôt. Ça me ferait des sous de plus. D'autant plus que le macramé est passé de mode. Puis y'a des cours de yoga qu'on annonce au centre culturel de mon quartier.

D'abord mon alimentation. C'est la base à ce qu'on m'a dit. Ce qui me fait penser : faut que j'achète du thé vert... à moins que je me mette aux tisanes. - J'vais m'renseigner auprès de la grande Léa, dans le service de la comptabilité. Paraît que...

George

 

        Fawzi Malhasti


Morceau choisi 

Confessions d'une femme

Mon ami, vous m’avez demandé de vous raconter les souvenirs les plus vifs de mon existence. Je suis très vieille, sans parents, sans enfants ; je me trouve donc libre de me confesser à vous. Promettez-moi seulement de ne jamais dévoiler mon nom.

J’ai été beaucoup aimée, vous le savez ; j’ai souvent aimé moi-même. J’étais fort belle ; je puis le dire aujourd’hui qu’il n’en reste rien. L’amour était pour moi la vie de l’âme, comme l’air est la vie du corps. J’eusse préféré mourir plutôt que d’exister sans tendresse, sans une pensée toujours attachée à moi. Les femmes souvent prétendent n’aimer qu’une fois de toute la puissance du cœur ; il m’est souvent arrivé de chérir si violemment que je croyais impossible la fin de mes transports. Ils s’éteignaient pourtant toujours d’une façon naturelle, comme un feu où le bois manque.

Je vous dirai aujourd’hui la première de mes aventures, dont je fus bien innocente, mais qui détermina les autres.

J’étais mariée depuis un an, avec un homme riche, le comte Hervé de Ker…, un Breton de vieille race, que je n’aimais point, bien entendu. L’amour, le vrai a besoin, je le crois du moins, de liberté et d’obstacles en même temps. L’amour imposé, sanctionné par la loi, béni par le prêtre, est-ce de l’amour ? Un baiser légal ne vaut jamais un baiser volé.

Mon mari était haut de taille, élégant et vraiment grand seigneur d’allures. Mais il manquait d’intelligence. Il parlait net, émettait des opinions qui coupaient comme des lames. On sentait son esprit plein de pensées toutes faites, mises en lui par ses père et mère qui les tenaient eux-mêmes de leurs ancêtres. Il n’hésitait jamais, donnait sur tout un avis immédiat et borné, sans embarras aucun et sans comprendre qu’il pût exister d’autres manières de voir. On sentait que cette tête-là était close, qu’il n’y circulait point d’idées, de ces idées qui renouvellent et assainissent un esprit comme le vent qui passe en une maison dont on ouvre portes et fenêtres.

Le château que nous habitions se trouvait en plein pays désert. C’était un grand bâtiment triste, encadré d’arbres énormes et dont les mousses faisaient songer aux barbes blanches des vieillards. Le parc, une vraie forêt, était entouré d’un fossé profond qu’on appelle saut-de-loup ; et tout au bout, du côté de la lande, nous avions deux grands étangs pleins de roseaux et d’herbes flottantes. Entre les deux, au bord d’un ruisseau qui les unissait, mon mari avait fait construire une petite hutte pour tirer sur les canards sauvages.

Nous avions, outre nos domestiques ordinaires, un garde, sorte de brute dévouée à mon mari jusqu’à la mort, et une fille de chambre, presque une amie, attachée à moi éperdument. Je l’avais ramenée d’Espagne cinq ans auparavant. C’était une enfant abandonnée. On l’aurait prise pour une bohémienne avec son teint noir, ses yeux sombres, ses cheveux profonds comme un bois et toujours hérissés autour du front. Elle avait alors seize ans, mais elle en paraissait vingt.

L’automne commençait. On chassait beaucoup, tantôt chez les voisins, tantôt chez nous ; et je remarquai un jeune homme, le Baron de C…, dont les visites au château devenaient singulièrement fréquentes. Puis il cessa de venir, je n’y pensai plus ; mais je m’aperçus que mon mari changeait d’allures à mon égard.

Il semblait taciturne, préoccupé, ne m’embrassait point ; et malgré qu’il n’entrât guère en ma chambre que j’avais exigée séparée de la sienne afin de vivre un peu seule, j’entendais souvent, la nuit, un pas furtif qui venait jusqu’à ma porte et s’éloignait après quelques minutes.

Comme ma fenêtre était au rez-de-chaussée, je crus souvent aussi entendre rôder dans l’ombre, autour du château. Je le dis à mon mari, qui me regarda fixement pendant quelques secondes, puis répondit :
«Ce n’est rien, c’est le garde.»

Or, un soir, comme nous achevions de dîner, Hervé, qui paraissait fort gai par extraordinaire, d’une gaieté sournoise, me demanda : «Cela vous plairait-il de passer trois heures à l’affût pour tuer un renard qui vient chaque soir manger mes poules ?» Je fus surprise : j’hésitais ; mais comme il me considérait, avec une obstination singulière, je finis par répondre : «Mais certainement, mon ami.»

Il faut vous dire que je chassais comme un homme le loup et le sanglier. Il était donc tout naturel de me proposer cet affût. Mais mon mari tout à coup eut l’air étrangement nerveux ; et pendant toute la soirée il s’agita, se levant et se rasseyant fiévreusement. 

Vers dix heures il me dit soudain :
«Êtes-vous prête ?» Je me levai. Et comme il m’apportait lui-même mon fusil, je demandai : «Faut-il charger à balles ou à chevrotines ?» Il demeura surpris, puis reprit : «Oh ! à chevrotines seulement, ça suffira, soyez-en sûre.» Puis, après quelques secondes, il ajouta d’un ton singulier : «Vous pouvez vous vanter d’avoir un fameux sang-froid !» Je me mis à rire : «Moi ? pourquoi donc ? du sang-froid pour aller tuer un renard ? Mais à quoi songez-vous, mon ami ?»

Et nous voilà partis, sans bruit, à travers le parc. Toute la maison dormait. La pleine lune semblait teindre en jaune le vieux bâtiment sombre dont le toit d’ardoises luisait. Les deux tourelles qui le flanquaient portaient sur leur faîte deux plaques de lumière, et aucun bruit ne troublait le silence de cette nuit claire et triste, douce et pesante, qui semblait morte. Pas un frisson d’air, pas un cri de crapaud, pas un gémissement de chouette ; un engourdissement lugubre s’était appesanti sur tout.

Lorsque nous fûmes sous les arbres du parc, une fraîcheur me saisit, et une odeur de feuilles tombées. Mon mari ne disait rien, mais il écoutait, il épiait, il semblait flairer dans l’ombre, possédé des pieds à la tête par la passion de la chasse.

Nous atteignîmes bientôt le bord des étangs.

Leur chevelure de joncs restait immobile, aucun souffle ne la caressait ; mais des mouvements à peine sensibles couraient dans l’eau. Parfois un point remuait à la surface, et de là partaient des cercles légers, pareils à des rides lumineuses, qui s’agrandissaient sans fin.

Quand nous atteignîmes la hutte où nous devions nous embusquer, mon mari me fit passer la première, puis il arma lentement son fusil et le claquement sec des batteries me produisit un effet étrange. Il me sentit frémir et demanda :
«Est-ce que, par hasard, cette épreuve vous suffirait ? Alors partez. » Je répondis, fort surprise : «Pas du tout, je ne suis point venue pour m’en retourner. Êtes-vous drôle, ce soir ?» Il murmura : «Comme vous voudrez.» Et nous demeurâmes immobiles.

Au bout d’une demi-heure environ, comme rien ne troublait la lourde et claire tranquillité de cette nuit d’automne, je dis, tout bas :
«Êtes-vous bien sûr qu’il passe ici ?» Hervé eut une secousse comme si je l’avais mordu, et, la bouche dans mon oreille : «J’en suis sûr, entendez-vous ?» Et le silence recommença.

Je crois que je commençais à m’assoupir quand mon mari me serra le bras ; et sa voix, sifflante, changée, prononça :
«Le voyez-vous, là-bas, sous les arbres ?» J’avais beau regarder, je ne distinguais rien. Et lentement Hervé épaula, tout en me fixant dans les yeux. Je me tenais prête moi-même à tirer, et soudain voilà qu’à trente pas devant nous un homme apparut en pleine lumière, qui s’en venait à pas rapides, le corps penché, comme s’il eût fui.

Je fus tellement stupéfaite que je jetai un cri violent ; mais avant que j’eusse pu me retourner, une flamme passa devant mes yeux, une détonation m’étourdit, et je vis l’homme rouler sur le sol comme un loup qui reçoit une balle.

Je poussais des clameurs aiguës, épouvantée, prise de folie ; alors une main furieuse, celle d’Hervé, me saisit à la gorge. Je fus terrassée, puis enlevée dans ses bras robustes. Il courut, me tenant en l’air, vers le corps étendu sur l’herbe, et il me jeta dessus, violemment, comme s’il eût voulu me briser la tête.

Je me sentis perdue ; il allait me tuer ; et déjà il levait sur mon front son talon, quand à son tour il fut enlacé, renversé, sans que j’eusse compris encore ce qui se passait.
Je me dressai brusquement, et je vis, à genoux sur lui, Paquita, ma bonne, qui, cramponnée comme un chat furieux, crispée, éperdue, lui arrachait la barbe, les moustaches et la peau du visage.

Puis, comme saisie brusquement d’une autre idée, elle se releva, et, se jetant sur le cadavre, elle l’enlaça à pleins bras, le baisant sur les yeux, sur la bouche, ouvrant de ses lèvres les lèvres mortes, y cherchant un souffle, et la profonde caresse des amants.

Mon mari, relevé, regardait. Il comprit, et tombant à mes pieds :
«Oh ! pardon, ma chérie, je t’ai soupçonnée et j’ai tué l’amant de cette fille ; c’est mon garde qui m’a trompé.»

Moi, je regardais les étranges baisers de ce mort et de cette vivante ; et ses sanglots, à elle, et ses sursauts d’amour désespéré.

Et de ce moment, je compris que je serais infidèle à mon mari.

Guy de Maupassant (1850-1893) - Contes divers, 1882.

Fawzi

 

         De notre disc jockey - Paul Dubé


La Vie parisienne 

(Une chanson pour célébrer le printemps... M'enfin..)

La Vie parisienne ! - Un opéra-bouffe. - Autrement dit : une opérette. - Ou, si vous préférez, une comédie musicale, mais française - Musique de Jacques (né Jakob) Offenbach, le plus français des Allemands, né à Cologne, Großer Griechenmarkplatz (aujourd'hui Offenbachplatz), en 1819, mort à Paris en 1880. 

Violoncelliste virtuose, il suit des leçons de composition et d'orchestration de Fromental Halévy, fait des tournées dans toutes la France, en Angleterre et en Allemagne, essait de rentrer en tant que compositeur à l'Opéra-Comique sans succès, puis, finalement loue un théâtre fermé depuis des années sur l'avenue des Champs-Élysées qu'il  baptise Bouffes-Parisiens et, avec le neveu de son mentor, Ludovic Halévy qui lui écrit un livret d'une piécette, il met en scène son premier spectacle. Qui était Ludovic Halévy ? Un fonctionnaire fort respecté qui, ayant une certaine passion pour le théâtre, finit par lui écrire 21 oeuvres au cours de 24 années qui vont suivre...

Le reste vous connaissez :

Orphée aux enfers, Barbe-Bleue,La Grande-duchesse de Gerosltein, La belle Hélène, La Périchole, La princesse de Trébizonde, La Fille du tambour-major, Madame Favart... et surtout La Vie parisienne (livret écrit en collaboration avec Henri Meilhac)

De cet opéra-bouffe, un rondo à retenir, celui du Brésilien. - Le voici, dans la meilleure version que nous avons pu trouver, chanté en 1931 par Félix Oudart (1881-1956), un des plus célèbres comédiens et artiste lyrique français de son époque. - Célèbre ? Il a participé à la création de Intermezzo et d'Ondine de Jean Giraudoux... aux côtés de Louis Jouvet (en 1933 et 1939) !


Félix Oudart

Mais d'abord les paroles :

Je suis Brésilien, j'ai de l'or, 
Et j'arrive de Rio-Janeire 
Plus riche aujourd'hui que naguère, 
Paris, je te reviens encor !

Deux fois je suis venu déjà, 
J'avais de l'or dans ma valise,
Des diamants à ma chemise, 
Combien a duré tout cela ? 
Le temps d'avoir deux cents amis 
Et d'aimer quatre ou cinq maîtresses, 
Six mois de galantes ivresses, 
Et plus rien ! Ô Paris ! Paris ! 
En six mois tu m'as tout raflé, 
Et puis, vers ma jeune Amérique, 
Tu m'as, pauvre et mélancolique, 
Délicatement remballé ! 
Mais je brûlais de revenir, 
Et là-bas, sous mon ciel sauvage, 
Je me répétais avec rage : 
Une autre fortune ou mourir ! 
Je ne suis pas mort, j'ai gagné 
Tant bien que mal des sommes folles, 
Et je viens pour que tu me voles 
Tout ce que là-bas j'ai volé ! 

Je suis Brésilien, j'ai de l'or, 
Et j'arrive de Rio-Janeire 
Plus riche aujourd'hui que naguère, 
Paris, je te reviens encor ! 

Houra ! Houra ! Houra !
Je viens de débarquer, 
Mettez vos faux cheveux, cocottes !
Houra ! Houra ! Houra !
J'apporte à vos quenottes 
Toute une fortune à croquer ! 
Le pigeon vient ! Plumez, plumez... 
Prenez mes dollars, mes bank-notes, 
Ma montre, mon chapeau, mes bottes,
Mais dites-moi que vous m'aimez !
A moi les jeux et les rires
Et les danses cavalières
A moi les nuits de Paris
Et qu'on me mène au bal d'Asnières
Sachez le bien seulement
Car c'est là ma nature
J'en prendrai pour mon argent
Je vous le jure

J'en prendrai pour mon argent
J'en prendrai pour mon argent
Venez, venez ! Venez, venez !

Cliquez sur la note : Second

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Note : pour nos suggestions et enregistrements précédents, cliquez ICI

***

Et pour notre émission radio :

(Nouveau format, nouvelle heure)

paul

 

 

L'extrait du mois

(Voir également, aujourd'hui, le «Morceau choisi» de Madame Malhasti.)


Les dix commandements (extrait)

Qu'est-ce qu'on dit déjà quand il faut changer un règlement, modifier une façon de procéder, ajouter ou retrancher un paragraphe dans l'application d'une loi, supprimer, entre autres, dans une liste de choses à observer, une clause qui ne sert plus à rien ou qu'on a cessé d'observer depuis longtemps ? Dans le  Code de la route, par exemple, l'obligation de sortir son bras pour signaler son intention de tourner ou à droite ou à gauche.

Que rien n'est écrit dans le ciment ! 
(ou gravé dans la pierre ou sur des tablettes de marbre). 

Un bout de phrase qui nous rappelle qu'il n'y a rien d'immuable dans la vie ; qu'il faut s'adapter à tout. 

Les pas-si-vieux qui nous lisent doivent se souvenir ou du moins avoir entendu parler du fameux étalon d'or ou du sacro-saint principe du marché libre ? - Ce sont deux principes qui, à une certaine époque, ont eu un certains sens, mais aujourd'hui... 

Voilà !

(Personellement, je me souviens des femmes qu'on arrêtaient dans le centre-ville parce qu'ils avaient les épaules découvertes ; d'un type renvoyé de l'École Normale pour avoir osé demandé à la cafétéria un repas de viande. un vendredi (!) ; de la communion obligatoire à Pâques... - Au fait : vous les avez faits, cette année, vos Pâques ?)

Sauf que :

Il existe dix règlements qui datent depuis trois ou quatre mille ans et qui n'auraient, à ce que je sache, jamais été modifiés et qu'on voudrait, encore de nos jours, notamment dans certains états du sud des États-unis (et probablement à bien d'autres endroits sur terre), inscrire sur une colonne en granite qu'on déposerait devant tous les palais de justice. - Vous avez sans doute entendu parler d'eux. Pas des palais, mais des :

DIX COMMANDEMENTS (de DIEU)

Question : est-ce que vous les observer encore ? Tous ? - celui-ci, par exemple :

Les dimanches tu garderas,
En servant Dieu dévotement.

Et si vous vivez en concubinage, que faites-vous du suivant ?

L'oeuvre de chair ne désireras,
Qu'en mariage seulement.

Bien embêtant, n'est-ce pas ? Mais pour éviter d'être traité de n'importe quoi ou d'avoir à répondre si l'on est pour ou contre l'inscription des dix commandemants «originaux» sur des pierres devant des édifices publics, j'ai un truc qui marche à tout coup :

Demandez à tous ceux qui vous les rappellent constamment ou qui ont un esprit civique désordonné, à quelle version des dix commandemants, ils se réfèrent. «Car, dites-leur, il en existe plusieurs.» Et de là, vous pourrez ajouter ceci :

Il y'a eu, d'abord, comme vous le savez, la version initiale, la première de toutes, celle que Moïse a reçue, après avoir jeûné pendant quarante jours et quarante nuits sur le mont Sinaï, des mains de Dieu lui-même qui lui est apparu sous la forme d'un buisson ardent et qui les a gravé sur deux tablettes pas très solides ; je dis pas très solides car d'après ce que l'Histoire a retenu, elles furent fracassées en mille morceaux par son récipiendaire, surpris de constater en revenant vers son peuple (dont il était le chef par intérim) qu'il était en train d'adorer un veau d'or.

Et puis y'a eu l'autre après, celle que ce même Moïse est allé rechercher, jeûnant moins longtemps cette fois-là, donnant une excuse quelconque pour avoir échappé la version décrite dans le paragraphe précédent. - Quelle excuse ? Nul ne sait, mais il suffit de lire attentivement le premier commandement pour supposer qu'il a dû garantir au buisson parlant que plus jamais il sera question d'autres dieux que lui. Appelons ce premier commandement, le commandement «négocié» ?

Un seul Dieu tu adoreras
Et aimeras parfaitement.

(Une parenthèse ici :

Excusez-moi si je cite les commandements dans la forme qu'on utilises aujourd'hui, du moins chez les Catholique québécois, mais c'est pour faire plus court : le texte exact est celui que le buisson lui aurait dit : «
Tu n'auras pas d'autres dieux que moi

Quoiqu'il en soit, si on en était resté là, je ne dis pas, mais Moïse ayant sans doute, par deux fois oublié ses pierres à la maison ou ne s'en rappelant que vaguement le texte, s'est mis à interpréter de façon assez particulière certains des réglements qui y étaient gravés, notamment en rapport avec le quatrième, celui qui se rapportait au sabat qui devint, par la suite, notre dimanche ou peut-être le troisième car, en plus, au fil des années, l'ordre de ces règlements - appelés par la suite commandements - s'est mis à changer.

Ainsi les dix commandements des catholiques romains, des catholiques orthodoxes, des juifs, des samaritains, des protestants, des mormons diffèrent quelque peu, non seulement dans l'ordre, mais dans leurs interprétations et cela de façons assez bizarres.

Au chapitre 5 du Deutéronome, par exemple, Moïse revint plus ou moins sur sa parole à propos du sabat (verset 14) :

« Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton boeuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l'étranger qui est dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi.»

Par rapport à ce verset beaucoup plus court de l'Exode, chapitre 34 (verset 21) :

« Tu travailleras six jours, et tu te reposeras le septième jour; tu te reposeras, même au temps du labourage et de la moisson.»

Dans ces dix commandements, il n'est pas question non plus des mariages entre gens du même sexe...

À qui donc se fier, dites-moi, de nos jours ?

Certainement pas aux fr`res kellog que Madame Gauvin mentionne dans sa chronique d'aujourd'hui. - Après tout, c'étaient des des adventistes du septième jour...

Simon Popp 

(D'après un sermon du Révérend Cornelius Chasuble (de l'Église Pentateutique des Saints de la Septième Venue du Christ) traduit de l'anglais par Madame Fawzi Malhasti.)

 

Book Review - Lectures


Note :

Il n'y a pas si longtemps un lecteur, deux  même... - et au cours du même mois ! - nous ont reproché d'être trop souvent négatifs dans nos comptes rendus de lecture attirant de ce fait, pour l'un, l'attention sur des livres qui ne méritaient pas d'être lus et, pour l'autre, de prendre plaisir (sic) à dénigrer des ouvrages qui, vus d'un oeil différent, ont certains mérites allant jusqu'à citer le lieux commun qui dit que la critique est facile, mais que l'art est difficile.

Pour répondre d'abord au second, nous allons tout de go proclamer que la critique n'est pas aussi facile qu'on peut le croire. Elle exige notamment une forte humilité car, souvent, il nous arrive, à nous tous - à nos chroniqueurs en particulier, qui vous le confirmeront n'importe quand - ,de ne pas avoir compris du tout ce que nous avons lu ; le but, en quelque sorte, d'un auteur qui, dans l'ombre, a dû parfois oeuvrer longtemps pour écrire ne serait-ce qu'une plaquette de cent pages qui nous a semblé sans intérêt. - Et de la bravoure également car écrire un compte-rendu, c'est exposer à la vue de tous et chacun nos préjugés, la médiocrité de notre culture et, disons-le, une véritable ignorance par rapport à certains sujets. - Sauf qu'il y a une réalité, une vérité, un dogme sur lequel il nous faut tous, vous, eux, nous et quiconque a, un jour, pris la peine de prendre entre ses mains ne serait-ce qu'un seul livre et le lire et cette réalité,  John Ruskin l'a résumée en quelques mots que nous avons plusieurs fois cités dans nos pages : 

«...que ce que l'un considère mauvais, un autre peut le considérer comme tout-à-fait admirable ; tout cela n'est qu'une question de point de vue ; une chose cependant demeure constante et indéniable, c'est que quelle que soit la nature de ce qu'un l'un ou l'autre lit, il y aura toujours, dans leur univers respectif, des bons et des mauvais livres.»

Vous aimez généralement le jugement d'un de nos chroniqueurs ? Suivez-le. Vous n'aimez pas celui d'un autre ? Cessez de le lire. - Permettez-nous, quand même, en terminant, de paraphraser St-Exupéry et de répéter que les mauvaises critiques nous en apprennent plus sur nous-mêmes que les bonnes parce qu'elles nous résistent.

Pour ce qui est du premier (de la première en fait, car il s'agit d'une lectrice), nous nous sommes rappelé à la lecture de son message d'un mot qu'un autre lecteur a adressé, il y a plusieurs années de cela, à un magazine disant qu'il trouvait curieux que tous les articles traitant de  logiciels (car c'était un magazine relatif à l'informatique) vantaient continuellement leurs mérites alors qu'il était fort connu que la plupart de ceux (de l'époque) n'avaient, à toutes utiles, aucune valeur. - La réponse de l'éditeur fut très à propos ; qu'il valait mieux concentrer ses efforts à faire connaître les bons logiciels que les moins bons. - C'était on-ne-peut-plus-raisonnable sauf qu'en feuilletant les pages du magazine où ces critiques étaient publiées, il arrivait plus souvent qu'autrement de constater que les distributeurs de leurs «bons» logiciels étaient ceux qui avaient réservé et payer la plupart de leurs pages de publicité. - Sur ce, il ne nous reste plus qu'à vous signaler qu'aucune des oeuvres sur lesquelles nos chroniqueurs se permettent d'écrire des comptes-rendus ne leur a été fournie gratuitement pas leurs éditeurs, qu'il les ont, pour la plupart, payés de leur poche.

La direction

***

1 - Christopher Hitchens - Arguably - Twelve (hachette Book Group) - 2012
(Articles, commentaires ou critiques parus The Atlantic, The Guardian, Newsweek, The New York Times Book Review, The Wall Street Journal, The Weekly Standard, The Wilson Quaterly, Vanity Fair, etc., entre 1999 et 2011)

Le mois dernier, Simon Popp citait en rapport avec Gide, une question posée par son plus célèbre biographe, Claude Martin, qui se demandait en 1963 si, douze ans après sa mort, Gide n'était pas en train traverser une sorte de purgatoire (où tous les écrivains devaient, après leur disparition, passer avant d'atteindre la «gloire éternelle») pour poser, à son tour, une question qui s'est avérée plus pertinente, à savoir si l'auteur des Nourritures terrestres n'avait pas tout simplement, même avant de mourir, cessé de faire partie de l'actualité littéraire rejoignant ainsi divers écrivains qui furent ses contemporains et qui sont aujourd'hui peu lus : Claudel, Giono, Malraux, Mauriac, etc. ... - À cette question, il [Simon] répondait que Gide lui faisait penser à «...ces auteurs qui, pour être à la page, se mêlaient au cours de leur existence de tous les débats et qui, quand ces débats finissaient par devenir vieillots, surannés, caduques, devenaient à leurs tours tout aussi vieillots, caduques, etc. [c.-à-d. : oubliés].» (Je cite de mémoire, n'étant pas chez moi.)

C'est à peu près ce j'ai pensé après avoir lu une cinquantaine de pages de cet Arguably qui en compte plus de 700 et qui consiste en plus d'une centaine d'articles (107 exactement) publiés de 1999 à 2011 par Christopher Hitchens dans les différents magazines ou journaux cités ci-dessus et dont font partie quelques préfaces dont une d'Animal Farm de George Orwell et de Things Worth Fighting For de Rebecca West.

Dans ces articles ou préfaces, il est (fut) question de la guerre en Irak, du démantèlement de la Yougoslavie, de Kissinger, de Mère Thérésa, des deux présidents Bush, bref : de sujets qui, aujourd'hui ne font plus la une des journaux ou qui ne sont mentionnés qu'à l'occasion lors de rares débats télévisés généralement autour d'autres sujets tout aussi éphémères. Une bonne quarantaine (toujours de ces articles) sont quand même des critiques de lectures d'auteurs comme Saul Bellow, Mark Twain, John Updike, Vladimir Nabokov ou des commentaires sur des biographies de Wodehouse, Ezra Pound, Somerset Maughan, Gustave Flaubert et André Malraux (sur lequel je vous reviens à la fin), ce qui rend l'ensemble moins, pour reprendre les mots que nous avons utilisés au début de ce compte rendu, «vieillot, suranné, caduque... etc.» Sauf que :

Dans ces articles, ces noms, ces événements, ces personnages ou livres lus, ne sont que des tremplins qui ont servi à Hitchens de donner son opinion sur divers aspects de ce que pense la majorité des gens qui vivent ou qui ont vécu à la fin du XXe ou au début du XXIe siècle (hier) avec cette touche typiquement hitchisienne qui consiste à se demander pourquoi cette majorité pense ou a pensé ce qu'elle a pensé être de sa pensée. (À relire si vous n'avez pas compris du premier coup.)

Reprenons tout cela, mais par un autre bout :

Quelle sera l'opinion des historiens de l'an 2100 ou 2150 en ce qui concerne ce que nous, les êtres supérieurs à ceux de nos prédécesseurs des années 1900 et 1950, avons pensé de ce que nous pensions, surtout en rapport avec ce qu'ils allaient penser  ? - Pas plus claire ? Alors ceci :

Tout est en réponse avec la question que se posait Restif de la Bretonne, en 1800 : «Que penseront-ils de nous, en l'an 1900, ceux qui comprendront peut-être pourquoi nous avons assassiné notre Roi ?»

Je disgresse, je sais, mais c'est justement ce que Hitchens a visé en réussissant dans ce volume les articles qu'il contient : un sorte de sommaire des opinions qu'il a maintenues toute sa vie dans ses écrits, ses conférences, dans les débats auxquels il a participé : toujours attirer l'attention de ses lecteurs sur autre chose que ce qui semble être le noeud d'un problème ou le sujet d'un débat quelconque, i.e. : «Vous croyez vraiment que Mère Thérésa aimait les pauvres ? Et si je vous disais qu'elle s'en fichait, qu'elle les laissait mourir dans la misère ; que ce qu'elle aimait, c'était la souffrance ; la souffrance et la pauvreté...des autres [car, peu de temps avant de mourir, les meilleurs médecins du monde étaient à son chevet...]»

Faut lire les raisons pour lesquelles il s'«acharne» ainsi sur cette «sainte» Mère Thérésa, sur Kissinger également, sans oublier le Prince Charles et les religions... Ah, ce qu'il aurait pu dire sur le fraudeur par excellence, qu'est Donald Trump !

Mais, parlant de fraudeurs, d'arrivistes, de faux intellectuels et de charlatans, si vous n'avez qu'une seule des chroniques à lire des 107 que contient ce livre, c'est la 39e où...  enfin ! j'ai pu confirmer, décrit en détails, mais sous forme de questions, ce que Simon Popp a toujours été réticent à me dire exactement : les raisons qui le poussaient à considérer André Malraux comme un véritable charlatan !

«Ministre de la culture ! m'a toujours dit Simon. J'eusse préférer Simone de Beauvoir. Oui, elle était peut-être plus stupide, mais elle aurait, au moins, eu l'air sincère...»

Tout cela et bien d'autres choses, écrit dans un style merveilleux ; qui vous fait penser plutôt que de vous imposer une pensée qui n'est pas la vôtre. - Attention : se munir d'un bon dictionniare.

Étoiles ? Oui, quatre et demi sur cinq. car qui veut, aujourd'hui entendre parler de Kissinger ?

Copernique

***

2 - Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires - Flammarion - 1976
 
(Traduit de l'italien par Philippe Guihon)

 «Aujourd'hui, tout le monde publie  
... sauf...  quelques auteurs....
»      
- Bernard Pivot     

Chose dont je suis convaincu c'est que sans la notoriété de son auteur, ce livre, composé de divers articles ayant été publiés auparavant dans divers journaux de l'époque, aurait été probablement été refusé par la majorité des éditeurs de cette planète.

Pier Paolo Pasolini !

Est-ce que je peux dire que j'en ai connu plusieurs de ces marginaux contestataires qui se sont crus uniques en leur genre et qui n'ont cessé au cours de leur existence de se croire issus de la cuisse de Jupiter ? - Et ne me dites surtout pas que Pasolini était un bourgeois conformiste ! - Certains étaient convaincus d'avoir un goût sûr, une sorte de génie transcendental qui faisait que tout ce qu'il pensait, voyait, sentait, ressentait, respirait était digne d'être connu de l'humanité toute entière car il était les premiers sur terre à avoir découvert, par exemple (chapitre un de ces Écrits corsaires), que - attendez que je cite - : «La longueur des cheveux tombant sur les épaules des jeunes [entrevus dans un hôtel] contenait en lui tous les signes possibles d'un langage articulé...» et qu'ils [ces jeunes], «appartenaient à une nouvelle catégorie humaine consciente de ses nouvelles responsabilité» etc., etc. - Je vous épargne le reste.

La plupart de ceux que j'ai connus, de ces marginaux, ne se sont jamais lancés dans la plomberie, la gestion d'usines ou la fabrication de planches à repasser. Révolutionner la plomberie ? Vous n'y pensez pas ! Tous, sans exception, sont devenus poètes, peintres, scénaristes, musiciens (mais d'avant-garde), comédiens (quelques uns), décorateurs, décorateurs-assembliers, tailleurs, dessinateurs de mode, coiffeurs, coiffeurs-stylistes, coiffeurs-coloristes et j'en ai même rencontrés, vêtus comme des cartes de modes, dans des boutiques d'objets d'art ou chez des antiquaires.

J'en ai fréquentés quelques uns qui, surpris de me voir intéressé à leurs choses, me croyaient mal à l'aise dans mon univers et ont essayé de m'entraîner dans le leur ; d'où un inévitable et prévisible éloignement à plus ou moins long terme. Cela a fait que j'ai vécu la majeure partie de ma vie avec des ingénieurs, des avocats, des comptables et des banquiers, ceux qui, sans provocation, : a) font que le monde tourne et b) qui l'influencent quelque peu. - Pauvre de moi ! - Ne m'a manqué, dans mon répertoire des êtres qui marchaient encore plus haut qu'à trente centimètres du sol : des politiciens.

Pier Paolo Pasolini !

La première fois que j'ai entendu parler de lui, ce fut lors de la sortie de son Theorama, en '66 ou '67. - On m'avait demandé ce que j'en pensais et comme, à ce moment-là,  je m'intéressais plus au dernier James Bond (You Only Live Twice avec Sean Connery), je fus maudit, non pas pour avoir été le voir, mais l'avoir dit (*) et c'est ainsi que ma réputation est devenue celle d'un pedzouille, d'un plouc, d'un cul-terreux, bref : on m'a dit que j'étais un béotien. Ce ne fut pas la première, ni la dernière fois d'ailleurs, et, malgré diverses tentatives effectuées par la suite pour me réhausser dans le monde cuturel pasolinien (détails au prochain paragraphe), voilà que, de ma récente lecture d'Écrits corsaires, j'en suis ressorti aussi béotien qu'au départ, mais un béotien un peu plus renseigné : un béotien au carré si vous le voulez... un béotien à ascendance philistine.

(*) Une référence à Crasibule et Pharice de Louis Marshall, dit Le Bégue. (Note de l'éditeur)

Oh, ne vous en faites pas, amateurs, amateures ou amatrices de Pasolini, ce n'est pas parce que je n'ai pas essayé de me pasoliniser avant de lire ses Écrits :

J'ai regardé avec attention, au fil des ans, son Il vangelo secondo Matteo (avec sous-titre en français), son Edipe Re (s.t., en anglais), son Medea (sans sous-titre) et me suis même tapé, en muet, quelques scènes de son Salò o le 120 giornate di Sodoma qui furent les dernières images que j'ai retenues de celui de qui j'ai toujours dit que sa notoriété provenait du fait qu'il a toujours voulu fimer les cauchemars de Fellini cauchemars que ce Salò, qui fut son dernier chef-doeuvre, a presque provoqué chez moi.

Et puis, voilà, dans le but sans doute de racheter mon évidente mauvaise foi non seulement quant aux marginaux, mais particulièrement à CE marginal, je me suis dit qu'avant de mourir, je devrais quand même essayer une dernière fois... et c'est là que, en ayant eu assez de ses images, j'ai pensé le lire.

Voici mon compte-rendu :

1 - Outre ce que je disais des marginaux au début de cette chronique, ce livre n'a pas supprimé ce côté biaisé par lequel j'ai toujours approché des marginaux. En fait, j'ai failli tomber dans ce nirvana où, béotien convaincu, il n'est plus question d'en sortir.

2 - Duplessis avait raison. En 1949. Il prédisait que, nonobstant l'excuse que leur seule existence lui permettait de les rendre responsables de tous les maux de la terre, les comunisses n'auraient jamais une quelconque influence sur la politique québecoise; qu'ils en seraient toujours, vingt ans plus tard, à distribuer des dépliants dans l'est de Montréal. Sauf que sa prédiction, il aurait pu la faire sur une plus longue échelle car, soixante-dix ans plus tard, où en sont-ils sujourd'hui ? Toujours à distribuer des dépliants dans l'est de Montréal.

(Jeune, peu après la période visionnaire du Cheuf, j'ai rencontré quelques uns de ces distributeurs de dépliants. Ils s'étaient redonnés un nouveau nom : celui de maxistes-léninistes. Même discours, même slogan, même message. Et puis tout récemment, j'ai vu des affiches annonçant une réunion monstre qui devait avoir lieu je-ne-sais-plus-quand ni ne-sais-plus-où de tous ceux intéressés à renverser le système capitaliste. Elle a dû avoir lieu mais on n'en a pas entendu parler.)

Alors, si vous voulez que je vous parle de l'anti-fachisme ou du communisme en l'Italie d'après-guerre...

3 - J'ai été mal éduqué et ma légendaire myopie n'a jamais été que visuelle. Intellectuellement, j'ai toujours eu de la difficulté à percevoir le côté génial de certains de ces  à-côté-sseyistes. Pas trop, quand même, je n'ai jamais dès qu'on me les a proposés, rejeté Lautréamont, John Cage, Jackson Pollock, Little Richard et les Rolling Stones.

4 - Et que voulez-vous que je fasse de ses écrits sur l'homosexualité (et la prison) l'Église, les pénis et les vagins (sic), en 2019 ?

Pier Paolo Pasolini !

Excusez-moi, mais voilà que depuis quelque temps il me revient en tête de relire Les Chansons de Bilitis de Pierre Louÿs. Décidément, il est grand temps que la belle température revienne.

Et puis une dernière remarque : le (saint) Joseph dans l'Il vangelo secondo Matteo... vous trouvez pas qu'il a une tête de cocu ?

Simon

P.-S. (quand même !) Écrits corsaires, dans l'édition que j'ai consultée, comprend trois préfaces dont une de Pierre Gavi, fondateur de Libération, qui mérite d'être lue.

***

3 - Elijah Wald - Escaping the Delta - Amistad (Harper Collin) - 2005
      (Sub-Title : Robert Johnson and the Invention of the Blues)
      (Being an open letter to one of our most regular readers, Mr. Gino M.)

First, a couple of words on what this book is all about :

It is a book about the Blues. What it is, where it comes from and what happened to it over the years, with, between all that, the life story of Robert Johnson, one of the - if not the - all-time Blues legends. - He had to be : in his entire life time (1911 to 1938), he managed to write, sing and record 29 songs, today considered as «classic Delta Blues», having in the process sold his soul to the devil (sic) and possibly having been poisoned by a jealous husband.

And now, my letter to Mr. Gino M. :

Dear you,

As usual, thank you for this sort of books, recordings, photos you've been - throwing is not the proper way to say this but I'll use it anyway - throwing at me for many years rightfully thinking that «it might interest me».

Gino, you know very well that I am always delighted to see what you found in the most unususal sales bins in book stores and libraries the likes of which I never heard of. - Don't kid yourself however : I know that some of the stuff you've - again - thrown at me were purchased at full price and that, too, I appreciate very much. particularly since you have the same respect I have for books : you keep them in mint condition.

Now, on with this latest «this might interest you» offering :

I have to admit that I haven't read it completely. Biographies are not on top of my favourite books and the obscure life details of an obscure bluesman wasn't that appealing to begin with. - Hell, I don't even know when my all-time favourite blues singer was born or if he still alive. His name is Lightnin' Hopkins... - Oh, I did read most of its details, skipped rapidly through its some eighty pages or so but didn't particularly paid any attention to it. But the stuff I read, the first part, most of all, I found to be the most intelligent and comprehensive description of what the Blues is and was all about. The reason for this is - you know me - I've stopped talking to anybody who think that the current Blues music is all there is, all there ever was and all that will ever be with its slidin' notes, electric guitar sounds and songs à la Nobody Knows the Trouble I've Seen by B. B. King wearing a Rolex on stage and insisting to be driven around Paris in a Rolls Royce.

My Blues recordings are those of Ma Rainy, Blind Lemon Jefferson, Bessie Smith and Barellhouse Buck's variety. That is what I heard, when I first listened to Blues recordings. - Later came John Lee Hooker, Muddy Waters, Willie Dixon and so on... - So was I glad to hear about them, the years they made their first recordings, where they came from, how they were liked in their early days, etc.

For example, I had never, in my wildest dreams, imagined that Ma Rainey was not a pauper but a consummate professional and so was Bessie Smith. Hell, even Blind Lemon Jefferson had a car... and a chauffeur who drove him from gig to gig.

One thing I will remember for the rest of my life though :

Elijah Wald's definition of the Blues :

«Music recorded on 78 rpm's that were bought by Black people in the twenties and thirties.»

Couldn't be more simple. And I won't mind anymore hearing Mick Jagger signing Love in Vain.

Many Thanks !

Copernique

 

Le courrier


Ms Moa Jansson-Eriksson - Dorotea, Suède

Dix échecs connus (sans compter deux casinos qui ont dû fermer leurs portes) : 

  1. Trump Steaks

  2. Trump Ice Bottle Water

  3. The New Jersey Generals (équipe de football américain)

  4. The Tour De Trump Bike Race

  5. The Trump Network

  6. Trump : The Game

  7. Trump University

  8. Trump Magazine

  9. Trump Vodka

  10. Trump Airlines

Quant à ses déclarations (parmi plusieurs autres), en voici une dizaine :

  1. L'effet de serre est un mythe inventé par la Chine pour rendre notre pays moins compétitif

  2. La paresse est une des caractéristiques de la race noire

  3. Les petits enfants ne sont pas des chevaux que l'on peut vacciner massivement

  4. Les ampoules électriques dites écologiques sont sources de cancer

  5.  Les certificats de naissance ne sont pas des certificats qui prouvent quoi que ce soit, notamment la preuve d'une naissance (sic)

  6. [Ce traité] implique que les États-Unis seront forcés de défendre l'Iran contre les attaques d'Israel

  7. Les importations en provenance de la Chine doivent être soumises à une surtaxe de 25% pour rétablir un certain équilibre commercial mondial

  8. Le Mexique exporte vers les États-Unis ses violeurs et meurtriers

  9. Pour enrayer le terrorismes, il n'y a qu'une solution : exécuter tous les terroristes... et leurs amis, et leurs familles.

  10. Ma politique en ce qui a trait à l'immigration aurait prévenu l'attaque du 11 septembre

M. Jonathan Fraser - Gananoque, Ontario

Correction :

Dans les paroles officielles de l'hymne national du Canada, le premier vers du troisième verset n'est pas «Ton histoire est une des pas pires», mais bien «Ton histoire est une épopée».

M. Xavier labelle - Saint-Priest, France

Notre Castor™ favori ? - Oh, il y en eu tellement... - Le numéro du 4 juillet 2016 est celui à propos duquel nous avons reçu le plus de courrier... - Sauf que c'est l'édition que Simon [Popp] déteste le plus. - «Trop personnelle», dit-il.

Sir Samual Field - Capenhurst, UK

Lord William Kelvin (1824-1907), celui qui ést à l'origine du «zéro absolu», était un ardent anti-darwinien. C'est lui qui disait, entre autres, que l'évolution, telle que proposée par Darwin, était du domaine de l'impossible car le soleil était beaucoup trop jeune au moment où cette «évolution» aurait débuté. - Parmi ses autres convictions, il avançait que : a) la radio était vouée à n'être qu'une invention inutile ; b) que les objets plus lourds que l'air ne pourraient jamais voler et c) que les rayons-X n'étaient qu'un canular.

M. Roger Auger - Petite Patrie, Montréal, Québec

Dans votre situation (nous avons, à ce propos, consulté le journal des frères A. et C. Skonmadit), la façon la plus rapide de devenir célèbre (i.e. : de passer, comme vous dites, à la télévision) sans trop de déboursés serait de déménager soit à l'Île Bizard (côté sud), soit à Pierrefonds, ou dans un des quartiers de Laval où les inondations sont fréquentes et... d'attendre. Tôt ou tard, vous serez interviewé, et en direct.

Mme Brigitte Thibault-Lamarche - Shawinigan, Québec

La «Une» la moins attirante a été suggéré par Claud Cockburn du Times (de Londres) au début des années trente :

«Léger séisme au Chili. - Peu de morts.» 

 

  Errata et ajouts

 Le mois dernier, dans sa chronique sur l'Éducationnement et [l']ignoranteté, Simon Popp citait de la façon suivante  un passage de la pièce la plus connue d'Oscar Wilde :

«Heureusement, comme disait Lady Bracknell dans The Importance of Being Earnest, le système d'éducation n'a aucun effet sur la jeunesse

La citation, in extenso, aurait dû se lire :

«I do not approve of anything that tampers with natural ignorance. Ignorance is like a delicate exotic fruit ; touch it and the bloom is gone. The whole theory of modern education is radically unsound. Fortunately in England, at any rate, education produces no effect whatsoever. If it did, it would prove a serious danger to the upper classes.»

Dont la traduction pourrait être :

«J’ai horreur de tout ce qui altère l’ignorance naturelle. L’ignorance est comme un fruit exotique délicat ; dès qu'on y touche, son parfum disparaît. Toute la théorie moderne de l’éducation est radicalement malseine. Fort heureusement, en Angleterre, l’éducation ne produit aucun effet, mais aucun. Sinon il s’ensuivrait de graves dangers pour les classes supérieures.»

(The Importance of being Earnest - 1895 - Acte I, scène 4)

Par ailleurs :

Dans ses notes de lecture relatives à The Cat Inside de William S. Burroughs, M. Popp citait deux livres sans en donner les sources. les voici :

1) Je ne suis pas plus con qu'un autre - Herry Miller - Buchet-Castel, 2015

2) Le chat et le diable de James Joyce traduit en français par Jacques Borel - Gallimard, 1966 - Imprimé en 3 000 exemplaires numérotés de 1 à 3 000 plus 150  exemplaires hors commerce numérotés de 1 à 150. - La copie que nous avons éxaminée portait le numéro 1 980.

 

La direction

 

        Dédicace

Cette édition du Castor est dédiée à :

Gérard Dollé
(4 juillet 1938 - 3 avril 2019

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         Le mot de la fin

 

«L'ignorance est peut-être une source de félicité pour ceux qui tiennent à ne rien savoir, mais pour nous, qui faisons partie de ceux qui sont curieux, c'est d'un emmerdement...»

- Ricky Gervais

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Vatfair, Planter, Hencourt

Avocats

Tour Marshalluk - Quartier Universitaire Napierville

Téléphone : 88-06 - Sonner deux coups.


           Autres sites à consulter

 

Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro

 

           Notes et autres avis

Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est , depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

Nous rappelons à notre aimable clientèle que :

1 - L'édition régulière du Castor™ paraît le premier lundi de chaque mois.

2 - L'édition corrigée du Castor™, destinée au marché américain, paraît le premier jeudi de chaque mois.

3 - De mini-éditions peuvent paraÎtre le deuxième ou troisième lundi de chaque mois.

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