Volume XXVII, n° 5

Le seul hebdomadaire de la région publiée une fois par mois Le mardi 3 janvier 2017

" Il n'est pas utile de bien écrire, mais c'est très utile de s'amuser en écrivant."  
Paul Léautaud     

Troisième édition

Nous rappelons à notre aimable clientèle que :

1 - L'édition régulière du Castor™ , tel que cité ci-dessus, paraît le premier lundi de chaque mois .

2 - L'édition corrigée du Castor™ , destinée au marché américain, paraît le jeudi suivant .

3 - De mini-éditions peuvent paraître le deuxième ou troisième lundi de chaque mois.

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Pour l'édition qui précède la présente, cliquez ICI.

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Écritures

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    Allez savoir pourquoi

Ce numéro devait avoir pour titre «Le Nouvel An» et voilà que presque tous les textes que nous avons reçus de nos chroniqueurs et correspondants ont eu pour objet, soit la lecture, soit la littérature, soit l'art d'écrire... bref : tout ce qui concerne l'acte physique de s'asseoir à une table ou un bureau et tenter de transposer en lettres, mots, phrases et paragraphes ces absurdités qu'on appelle «pensées», y compris un texte d'un - comment il se décrit déjà ? - un «fréquentateur» de la rue St-Denis [à Montréal] qu'il a adressé à une jeune fille qui veut devenir écrivain. Son avis est de commencer par écrire une ligne par jour. Pas fou comme idée sauf qu'avec cet apport et d'autres détails il nous a été impossible de résumer le contenu de ce numéro en un ou deux mots. Voici donc, dans le désordre, les affaires dont auxquelles nos assidus lecteurs pourront se régaler de, en ces premiers jours du Nouvel An (*) :

  • Un courrier particulièrement particulier
  • Un résumé de la triste et curieuse histoire d'un ténor du siècle dernier
  • Des commentaires sur "Le bon usage" du regretté Maurice Grevisse
  • Les livres qu'un de nos chroniqueurs n'aime pas lire... ou serait-ce ceux qu'il ne veut pas lire ? À vous de vous faire votre propre opinion sur cette épineuse question
  • Comment un autre de nos chroniqueurs s'y prend pour rédiger des commentaires sur les oeuvres des autres
  • Une curieuse critique sur un récent roman
  • Les problèmes associés au bilinguisme et leur influence sur le choix des livres destinés aux enfants
  • La Bible
  • John Updike
  • Un poème que Madame Malhasti nous dit intraduisible
  • ...

Le tout suivi d'une d'une pensée sur... la science.

Bonne lecture !

(*) Les lecteurs auront reconnu, à cette phrase, à qui a été confié la rédaction de ce résumé.


    Chroniques

Note : les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien.


L'écriture

J'ai lu, pour utiliser une des expressions de Paul, avec un intérêt non feint, la lettre ouverte d'un de nos lecteurs à une jeune fille qui voudrait devenir écrivain et que l'on publie dans cette édition du Castor™ - Et n'allez surtout pas m'écrire pour me dire «écrivaine». Ce genre de féminisme me fait scier. - Non seulement j'ai lu cette lettre, mais de concert avec Copernique et le consentement de son auteur, nous nous sommes permis de suggérer quelques modifications qui y ont été incorporées. - Essentiellement, comme vous pourrez vous en rendre compte, il s'agit de diverses remarques sur l'art d'écrire et le travail que cet art implique. J'en suis sorti plutôt perplexe dans le sens que je ne sais au juste quoi en dire. Non pas qu'en elle-même, cette lettre se passe facilement de commentaires, mais je me demande si, à l'aube du XXIe siècle, elle demeure pertinente.

Oui, je sais, comme dit le Professeur Marshall : il est difficile de faire des prévisions, surtout en ce qui concerne l'avenir,... sauf que j'ai toujours eu, par rapport à l'écriture, des pensées qui se rapprochent de plus en plus de celles que j'ai par rapport aux lecteurs électroniques, à l'automobile, à la télévision, à la diffusion de l'information... et qui se résument à peu près à ceci : nous sommes tous aveugles, sourds et incapables de savoir ce qui nous pend au bout du nez, même avec l'expérience et tous les changements survenus dans nos modes de vie depuis, disons, quelques décennies ( et il ne faut pas être centenaire pour s'en rendre compte ).

Quelques exemples :

Il n'y a pas si longtemps, lorsqu'on voulait savoir ce qui se passait dans le monde, nous lisions les journaux. Puis la radio est venue, suivie de peu par la télévision. Les journaux - et il est facile de s'en rendre compte - ne ressemblent plus du tout à ceux qu'ils étaient, en particulier, avant 1945 ; et ils ne sont qu'une pâle réplique de leurs versions électroniques qui elles, ressemblent de plus en plus à des émissions de télévision qui, elles, resemblent de plus en plus à des vidéos. - Les grands titres nous suffisent et nous sautons volontiers par-dessus les articles de fond si elles ne sont pas accompagnées de photos, dessins ou graphiques. - Question : qui, dans votre entourage, est prêt à admettre que les journaux sont sur le point de disparaître ?

Et il en est de même des livres, mais nous en avons déjà parlé.

Dans ces grandes modifications de notre style de vie, nous en sommes tous un peu conscients sauf que ce sont dans les détails que nous ne nous apercevons pas au jour le jour ce qui se passe.

Ainsi, jetez un coup d'oeil sur des photos des années, disons, cinquante et constatez à quel point la mode a changé. Je ne parle pas des revers de veston qui s'allongent ou qui se raccourcissent, ni de la hauteur des jupes, mais qui aurait dit dans ces années-là que les jeans, en ville, seraient omniprésentes alors que tous les hommes, sauf les ouvriers, étaient vêtus de complet-cravate... - Et puis jetez un coup d'oeil sur les vieillards de l'époque : ils avaient cinquante, soixante ans...

Au restaurant, je me souviens avoir vu, il me semble il n'y a pas si longtemps, des menus où des expressions comme «sauce gribiche», «à la veneur», «bigarade», «demi-glace» étaient courants. Petit à petit, elles ont été remplacées par d'autres qui ont nécessité des explications des serveurs (qui, avant la "Nouvelle cuisine" aurait osé servir des côtelettes de porc avec une sauce au chocolat ?) et puis voilà que dans les menus, chez le revendeurs de "Cuisine exotique", on a remplacé tout simplement les noms des plats par des photos... et des numéros. (Q. : vous êtes allé dans un bar sushi récemment ?)

Comme je dis souvent à des maîtres d'hôtel qui ont la moitié de mon âge : «Vous êtes peut-être un professionnel dans la restauration, mais je suis un client professionnel et c'est grâce à moi que vous avez du travail. Alors écoutez-moi.» - La dernière ? Dans un resto du Vieux Montréal, quand j'ai eu demandé la carte des vins, le sommelier m'a dit qu'il me l'apporterait dès que j'aurais choisi ce que j'allais manger car il pourrait en même temps me faire des suggestions. - N'eut été la dame qui m'accompagnait, je me serais levé tout de go et aurais pris la porte en courant. - D'autant plus qu'on ne parle plus de "Château Margaux", de "Puyfromage" ou de "Valpolicella", mais de cépages, de Californie, d'Argentine ou d'Australie... - (Quand pourrons-nous, enfin, commander du jus de pomme-raisin fermenté à la "Gorgonzali" ?)

Ça et l'écriture. - J'ai beau dire que les mandarins qui tiennent à conserver la langue pure sont en train de la tuer, on continue à répéter partout que l'écriture fou' l'camp.

De l'écriture, de la grammaire, de l'orthographe, je m'en décontrebalance, mais quand, par des règles absurdes on empêche les écrivains de s'exprimer... - Voir "La français langue" ci-après)

Sur le texte d'un de nos lecteurs publié aujourd'hui ?

Comme le faisait remarquer Walker Percy (1916-1990), auteur de «The moviegoer» ou «Le cinéphile», ceux qui lisent finissent par découvrir ce qu'est la vraie littérature non pas par les caractéristiques qu'on leur a décrites dans des établissements scolaires, mais malgré les caractéristiques qu'on leur a décrites dans des établissements scolaires.

En attendant, vive Louis-Ferdinand Céline :

Je te trouverai charogne un vilain soir !
Je te ferai dans les mires deux grands trous noirs !
Ton âme de vache dans la trans’pe prendra du champ !
Tu verras c'est une belle assistance
Tu verras voir comment que l’on danse
Au grand cimetière des Bons Enfants !

[...]
Mais la question qui me tracasse en te regardant !
Est-ce que tu seras plus dégueulasse mort que vivant !

...

***

Écrire des comptes-rendus ?

Vous devez connaître l'anecdote :

Deux amis se rencontrent. 

L'un ayant à la main, «Oedipe-Roi» de Sophocle, l'autre lui demande : «Intéressant ?» - «Oh, pas plus que ça. Une histoire de c... comme d'habitude. C'est l'histoire d'un gars qui, par erreur, a marié sa mère. Alors ça te donne une idée..

Parfois, il m'arrive de vouloir écrire le compte-rendu de certains livres avec une boutade semblable.

C'est le cas d'un de ceux sur lesquels je me suis permis quelques commentaires du genre dont on pourra lire les détails ci-dessous, dans la section «Book Review - Lectures», mais par respect, je me suis retenu. Par respect à celui qui me l'a refilé.

J’ai quatre règles que je m’impose quand il me faut donner mon opinion sur un livre, surtout un livre que je lis pour la première fois un livre qu’on m’a demandé de lire :

1 – J’essaie de comprendre ce que l’auteur a voulu faire (dire ou écrire).

2 – Je  le cite, soit directement ou indirectement, de telle sorte à ce que les lecteurs puissent décider s’il s’agit d’un livre qu’ils seraient intéressés à lire.

3 – Je fais tous les efforts pour y aller doucement sur le fond. Je ne révèle pas, par exemple, la fin d’un roman policier, ni n’insiste sur des détails qui en rendraient la lecture sans intérêt.

4 – Je n’en lis aucun résumé ou critique.

Dans le cas du roman qu'on m'a demandé de lire et sur lequel j'ai écrit quelques mots cette semaine, je me suis permis de passer outre à ma quatrième règle mais seulement pour en connaître la popularité.

J'ai été surpris.

En attendant :

La française langue

On me réfère si souvent au «Bon usage» de Maurice Grevisse que j'ai pensé en citer le deuxième et le dernier paragraphe de l'avant-propos de sa cinquantième édition :

(Les caractères en gras sont miens.)

«[Cet ouvrage] doit sa renommée à la nouveauté de ses principes (observer d'abord) ; à la solidité de son information sur la langue réelle, information enrichie et précisée d'une édition à l'autre ; à la modération de ses jugements normatifs ; à la clarté de la rédaction (et aussi de la présentation graphique. - car à tous égards, la maison Duculot est associé à la réussite du Bon usage.)»

(...)

«En conclusion, j'espère que cet ouvrage sous sa forme nouvelle rendra mieux encore les services qu'on s'en attend ; fournir une description du français moderne aussi complète que possible ; apporter des jugements normatifs fondés sur l'observation des USAGES ; permettre aux locuteurs et aux scripteurs de choisir le tour qui convient le mieux à l'expression de leur pensée et la situation de communication dans laquelle ils se trouvent.»

Vous avez bien lu :

«Observer d'abord», «modérer ses jugements normatifs», «[décrire] le français moderne» et «le tour qui convient le mieux à l'expression [de la pensée]».

EN D'AUTRES MOTS, GREVISSE NE CONTIENT PAS DES RÈGLES (QUELLES SOIENT NORMATIVES OU PRESCRIPTIVES), MAIS UNE DESCRIPTION DE LA FRANÇAISE LANGUE, TELLE QU'ON LA PARLE, TELLE QU'ON L'ÉCRIT AUJOURD'HUI.

Faudrait également renvoyer à Littré tous ceux qui ne voient en cet ouvrage qu'une série de fautes à éviter, mais ce serait une pure perte de temps ; à Littré qui, lui aussi, n'a fait qu'enregistrer dans son dictionnaire le sens des mots tels qu'on les utilisait à l'époque, méthode que le Robert a adopté avec peu de modifications.

Et tandis que je suis là, permettez-moi de citer, en dernier lieu - oh ! ce qu'on va me le reprocher ! - Lucien Francoeur :

«J'm'force pas pour parler en joual : je parle comme tout le monde parle
 

Simon

 



La Bible

On m'a demandé ce que je lisais ces temps-ci. - La Bible. - Plus précisément, l'Ecclésiaste. Et encore plus précisément  sur ce qu'on dit de l'origine de ce livre (ou de cette section de la Bible) et de son auteur que la tradition veut qu'il ait été Salomon. Dans différentes traductions, y compris, surtout, celle connue sous le nom de King James.

Je ne sais pas qui a dit que pour devenir athée, il suffisait de lire la Bible et je commence à le croire. Peut-être pas complètement athée, mais dans un état de perplexité quant aux enseignements et pratiques de l'Églie. En particulier des Église d'Angleterre et de Rome.

Tenez, par exemple :

Vous vous souvenez de : « Pierre, tu es Pierre et c'est sur cette pierre que..." ? (Matthieu, 16:18)

Il en existe plusieurs versions. En voici deux :

«Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle.» (Bible de Louis Segond - 1910)

«Et je te dis aussi, que tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon Eglise; et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle.» (Bible David Martin - 1744)
La plus courante, aujourd'hui, est est celle de l'École biblique de Jérusalem (1956) :

«Eh bien ! Moi je te dis : tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église...» 

Qu'ont-elles en commun ? - Elles suivent presque mot à mot la plus connue de toutes les Bibles, celle du roi James (1566-1625) qui, pour  concilier les Puritains et les membres de l'Église d'Angleterre, a convoqué tous les plus grands spécialistes de son époque pour qu'ils s'entendent sur une traduction anglaise digne de royaume. Voici ce qu'ils ont trouvé pour ce passage :

«And I say also unto thee, That thou art Peter, and upon this rock I will build my church; and the gates of hell shall not prevail against it.»

On la considère comme une des plus grandes traductions de tous les temps et un des chefs-d'oeuvre de la littérature anglaise.

Un seul problème :

Pour s'assurer l'appui de l'Église, il a ordonné à ses spécialistes de bien traduire le mot « ἐκκλησία » (ancien grec) non pas par sa véritable signification d'"assemblée" ou "congrégation" mais par le mot utilisé ci-dessus : « église ».

Une seule traduction, à ma connaissance, a bien voulu reprendre la signification première de ce « ἐκκλησία » suite à celle du Roi James. Il s'agit de celle de  John Nelson Darby (1872), qui n'a pas eu un grand succès :

«Et moi aussi, je te dis que tu es Pierre; et sur ce roc je batirai mon assemblée, et les portes du hades ne prevaudront pas contre elle.»

Et c'est ainsi que l'Église, depuis le bon roi James, a su conserver ses privilèges et son autorité ayant mis de côté toutes assemblées ou congrégations non aprouvées par ses dirigeants. (*)

La Bible ? - Décidément pas un livre à mettre dans les mains de tous.

Obédieusement vôtre,

H. Pérec

(*) Quoique divers théologiens et chrétiens ont, depuis le début du 18e siècle, sous le nom de "Churches of Christ" soient revenus au concept des assemblées ou des congrégations, ne reconnaissant aucune autorité suprême sauf celles de ses membres réunies dans des groupes totalement indépendants les uns des autres. - Voir, à ce propos l'article sous ce nom dans Wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Churches_of_Christ.

***



The Books I Don't Read

If I had to give one reason why I don't read certain books, I'd say because they're "poorly written" but that would be an easy way out, wouldn't ? "Poorly written» means a lot of different things to a lot of people. - One of my friends, for example, nearly had a fit when she heard stand-up comic Mitch Hedburg say : "I used to do drug. I still do, but I used to do too." - "We don't do drug, we use them", she said. Couldn't argue with that, could I ? Should have, but didn't. - When anybody who speaks English tells me that Captain Kirk of the USS Entreprise should have said "To go boldly where no-one has gone before" instead of "To boldly go where no-one has gone before." (the rule of split-infinitives) or that Mick Jagger should have sung "I can't get any satisfaction" instead of "I can't get no satisfaction" (two negatives)... I don't argue.

"Poorly written" is like W. C. Fields who said, when told he drank too much : "Root beer might be better but it doesn't get any laugh." But, basically, it means that it's difficult to understand what the writer is writing about. (Another rule : not ending a sentence with a preposition).

French is worst, but let's not get into that !

There are certain types of books from which I try to stay away or which I try to stay away from. Novels, for example. I am not, in that respect, as dead set as Paul who won't even consider looking at one (see, quand même, his review of «La succession» below!), but I do try to stay away from them  particularly those whose sole interest is telling a story. Unfortunatly, most novels I've read lately seem to make sure that they fall into that category or even worst : they tell stories to make a point, sometimes through entire chapters devoted to how to save forests, how to get rid of AIDS, how doctors should treat their patients, how the hidden agendas of certain politicans will lead to disaster and so on. - For God sake, if you want to talk about climate changes, write an essay, not a story about a poor farmer in South Dakota who's having problems with his crops or what's going on in China (pollution and so on).

I found detective and spy novels all right for a while, but after read a dozen or so, mainly on plane trips, I got bored with one notable exception : John Le Carré. Not because of the story he tells but for the way he tells them. Same thing with Sherlock Holmes' short stories, but I nearly gave up on Arthur Con Doyle after going through his «Study in Scarlet» with its long description of Joseph Smith and the Mormons. - If you like Sherlock, skip that part. - As to the likes of Agatha Christie, they've been out of my list of favorite books for a long while, now.

I do, however read novels whose purpose is not to tell a story - which, in a way, they all do - but tell it with panache, cleverness, twits and turns or simply funny. Thomas Pynchon, Georges Pérec and a few others, I do enjoy. So much that it takes me up to several weeks to read one of their so-called «novels» which, sometimes, they are not. «La vie, mode d'emploi», for example, is not a novel, nor is «Mason and Dixon» and most of the stuff written by Alphonse Allais or Marcel Aymé. - Stating that "Le parapluie de l'escouade» (Allais) or «Garou-garou, passe-muraille» (Aymé) are mainly stories, for example, would amount to to the «Oedipe roi» joke in todays' Simon column. Which reminds me of another joke I heard not too long ago :

Three women are in a restaurant. One asks to the other two ; « Have you seen the latest "Titanic" ?». One says yes, the other says no. She then asks the one who replied yes why the heroin throws the diamond into the ocean, at then end. - «Why did you have to tell her that ?» replied the woman, pointing to the third woman. «Well... I didn't tell her what happened to the ship, did I ?» was the answer.

Biographies, I don't read either.  Especially about those of Hollywood stars. And I do make my best to avoid anything written about politicians, sport heroes, scientists, Nobel Prize winners, Mother Therera or anyone that has gone somewhere and returned to tell about it, be it the moon, Afghanistan, South Dakota or the Great Barrier.

I have no doubt that novelists - A-hum : people who write novels or fiction - consider themselves as full member of the literary elite, that is : genuine artits whose purpose in life  is not only to describe the complexity of human lives but bring aesthetic delight in doing so. - Some do, did ; still do but used to do too.

To me they are like the jokers one invite to parties because they make people laugh or seem to have the ability to inject a sense of well being and hapiness to all who sourround them albeit with one difference : writers can make you laugh and cry, but think as well. They tell stories about what what we see everyday, what we thought when we were younger, what we could have tought had we lived five or six thousand years ago. and what might be thinking two centuries from now. They invent characters with whom we could interract or could have interracted in some imaginary world.

Woody Allen once said that he remembered vividly the scenery down to the last piece of furniture he heard about on radio shows but had difficulties in seeing the furniture in Ralph Cramden's flat which he saw every weeks for months... - I never had any diffculty in understanding that because it happens to be the lot of us all.

A novel to me, it seems, is just like that : a story built, not around the author's imagination but my own and I don't care how detailed were Balzac or Zola's descriptions of a room, a street or even an entire city, the room, the street or the city remain mine and not theirs. And this is where the power and failure fiction lies. With good novelists my imagination is stimulated ; with bad I feel like I'm being cheated.

There is no such deception in paintings, sculptures and moving pictures : what you see is literaly what the painter, sculptor or movie director wanted you to see ; «Here, he or they say : let me open a window and let me show show what the world looks like from my perspective.» (Albeit to some extent : some movies and some paintings have to be seen more than once.)

I wonder, at times, what Plinius the Younger would have thought had he been allowed to read Wuthering Heights or David Copperfield, all unusual vocabulary and anachronisms removed ; wether he would have reacted the same way modern readers do...

No, I have nothing against novels. I just find them tedius and repetitive at times : reading 600 pages about dresses and horses to learn about Mary being mistreated in her youth managed to rise to be the prime minister of her country is definitely not my cup of tea. That sort of story, and even cruder and more realistic, I read about or listened to everyday in dollar-a-copy newspapers or «free» tv news reports. Twists and turns and unusual acounts I can follow but they keep telling me that I'm less intelligent than Hercule Poirot or Sherlock Holmes and definitely less handsome and clever than James Bond which is kinda frustrating ; and, frankly, my cleaning lady has been through better stories than what I can read in today's novels. And I don't particularly give a damn how I would have performed at Azincourt...

So, are novels works of art ? Depends. If you read them as stories, they aren't and if you see in them what everybody seem to see in them, they aren't either.

So what's the solution ? - There's  none. People will continue to read stories however they're written. Not to change their lives, not to learn something but be entertained, to imagine how they might have been during the One Hundred Year war.

«Those were the good old days, as W. C. Fileds once said. I hope they never come again

I do read novels but only for one reason : to find out how they're written. This is why I like John le Carré.

And another thing : you remember the guy who's invited to every party . I'm always interested to know wether he is happy.

 Copernique


Alice au pays des merveilles et Le petit prince

Vous savez ce que Simon, Copernique et Paul ont en commun ? Je l'ai appris au début du mois dernier :

ILS ONT TOUS ÉTÉ ÉDUQUÉS DANS DEUX LANGUES !

Et les trois se plaignent constamment d'être «bilingues» ! Même que Copernique a laissé sous-entendre qu'il pensait écrire un petit livre sur «La malédiction d'être bilingue» ou, en anglais, «The Curse of Bilingualism». En un seul volume, dans les deux langues, il va sans dire.

Les raisons qu'ils avancent ? La première est évidente : ils sont constamment à la recherche de la traduction des mots dont les premiers qui leur viennent à l'esprit sont dans la langue autre qu'ils pensent, au moment où ils y pensent ou qu'ils sont en train d'écrire ou de parler. La deuxième est moins évidente, mais à bien y penser, c'est celle qui me frusterait le plus si j'étais à leur place et c'est celle qu'ils invoquent constamment, particulièrement Monsieur Popp (Simon) : la culture ! - D'où le titre de cette chronique : Alice au pays des merveillles (de Lewis Carroll) et Le petit prince (de Saint-Exupéry). J'y reviens tout de suite et vous comprendrez pourquoi dans deux minutes. (En sachant que  Simon a fait son primaire en anglais, son secondaire et son bac en français, puis ces études universitaires en anglais. À peu près comme Copernique, mais pas nécessairement dans le même ordre. Quant à Paul, il dit avoir constamment passé d'une langue à l'autre dès l'âge de trois ou quatre ans ;  étudié, en majeure partie en français, mais travaillé immédiatement après ses études en anglais, pendant sept ans, pour passer au français au cours des dix, douze années qui suivirent et revenir à l'anglais pour la suite.

Des trois, celui qui se plaint le plus (comme si c'était surprenant !) est Simon. Enfin : c'est celui qui en parle le plus. Son cheval de bataille, his pet peeves, comme il dit,  est relativement simple :


«Jeune, dit-il, j'ai appris les comptines, les personages de contes de fée, ceux d'Alice au pays des merveilles ; j'ai lu des Biggles, des Zane Grey, Frankenstein et Dracula dans le texte ; et mes premières expériences romanesques furent en rapport avec des auteurs d'aventures et de science-fiction américains ou britanniques. - Et ça a duré longtemps comme ça compte tenu du prix des livres de poche à l'époque (25 cents en anglais, 35 cents pour les "classiques" et 60 cents, minimum, pour ceux publiés en français...). J'ai donc connu Dickens avant Balzac, Shakespeare avant Molière et même l'abominable Trollope avant Zola. - Le résultat fut qu'à la fin de mon adolescence, je connaissais plus The Walrus and the Carpenter que Perrette et son pot au lait ; Edgar Allan Poe que Maigret ; John Ruskin qu'Hyppolyte Taine... - Et ça a été et demeure une source de frustration dans ma vie.»

«Je ne suis pa un imbécile, m'a-til dit, une fois. Mais me faire dire que j'écris en français comme un anglophone et que j'écris en anglais comme un francophone n'est pas de nature à me rendre patient.» (Et à cette phrase, il ajouta, je m'en souviens comme si c'était hier : «"De nature à me rendre patient !", tu vois ? C'est calqué sur l'anglais : "Try my patience"...»

Paul est un peu moins dogmatique. Il dit cependant avoir eu beaucoup de problèmes à se faire comprendre dans le sud des États-Unis - et même, souvent à Toronto - parce qu'il parle une langue anglaise qui est en voie de disparaître : celle du "proper English" où les contractions comme "shan't, musn't, mightn't, oughtn't" existent toujours ; celle où les mots "tempest, malady, mustiest..." sont encore utilisé. - «Ne me parlez pas des gens parfaitement bilingues, dit-il. J'en connais très peu. Et ne me parlez surtout pas de ces phénomèmes qui parlent trois, quatre cinq langues, mais qui n'en parlent aucune correctement.»

C'est l'histoire d''«Alice au pays des mervilles» et du «Petit prince» qui débouche sur la question suivante : est-ce que l'on doit enseigner à ses enfants «Le loup ou le chien» ou le «Jabberwocky» ?

'Twas brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe ;
All mimsy were the borogroves,
And the mome raths outgrabe.

Les deux ? - Ben, ça fera des frustrés de plus.

Personellement ? - Le Jabberwocky

Ils n'en comprendront peut-être pas le sens mais au moins ils en connaîtront la musique.

***

C'est, je suppose (avec un optimisme non feint), ce à quoi beaucoup de parents ont dû pensé en achetant récemment des livres pour leurs enfants sauf qu'à ces parents, j'ai deux mots à ajouter :  «Alice au pays des merveilles» est un livre pour enfant. «Le petit prince» est un livre que les adultes croient avoir été écrit pour les enfants. - Alors décidez-vous : faites leur plaisir ou donnez-vous bonne conscience.

Sérieusement,

Jeff


 Poème intraduisible

What lips my lips have kissed, and where, and why,
I have forgotten, and what arms have lain
Under my head till morning; but the rain
Is full of ghosts tonight, that tap and sigh
Upon the glass and listen for reply,
And in my heart there stirs a quiet pain
For unremembered lads that not again
Will turn to me at midnight with a cry.
Thus in winter stands the lonely tree,
Nor knows what birds have vanished one by one,
Yet knows its boughs more silent than before:
I cannot say what loves have come and gone,
I only know that summer sang in me
A little while, that in me sings no more.

Edna St-Vincent-Millay (1892-1950)

Fawzi

***


Pour la cusinière, voir sous le sachet

Préparer.
Couper en morceaux.
Désosser.
Enrober de farine.
Faire revenir.
Faire dorer.
Ajouter.
Assaisonner.
Couvrir.
Retirer.
Laisser reposer.
Répartir.
Parer.
Décorer.
Servir.

Calories - Lipides - Cholestérol - Sodium - Potassium - Glucides - Protéines - Vitamines.

Amidon de maïs - Extraits secs de sirop de maïs - Substances laitières modifiées - Oigonson séchées - Sel - Citrate de sodium - Extrait de levure - Maltodextrine - Inosinate disodique - Guanylate disodique - Mono et diglycérines - Arôme naturel - Phosphate de potassium - Silicate de calcium - Sulfites - Colorant naturel - Fines herbes - Peut contenir soja et blé.

Quatre portions.

Riesling.

Ce qu'on peut lire durant le temps des fêtes !

George


           

  La curieuse et triste histoire de José Lucioni

José Lucioni est né à Bastia (Corse) en 1903. Sa passion, c'est l'automobile et il abandonne très vite ses études pour s'y consacrer. Mais il aime également le chant et fréquente régulièrement l'opéra. Et il chante. - Partout. - Au travail, dans ses temps libres, chez lui, devant ses amis, lors des soirées d'amateurs, au café, à la garnison où il fait son service militaire... Libre, il monte à Paris en 1929 avec, comme seul bagage les airs qu'il a appris en écoutant des disques sur un phono qui tournait un peu trop vite.

Sa voix est si impressionnante qu'on l'accepte au Conservatoire, mais il lui faut réapprendre à chanter... à la bonne vitesse, à contrôler sa voix trop puissante, à jouer la comédie ;  le solfège également. Son talent est si extraordinaire qu'il est, même étudiant, engagé pour divers rôles à l'Opéra Garnier. Ses véritables débuts, il les fait, en 1931 à Rouen puis, après avoir fait la tournée de toutes les provinces françaises et obtenu un succès inégalé à Marseille, il remonte à Paris où, cette fois-là, l'Opéra Garnier lui ouvre toutes ses portes.

Viennent ensuite Monte-Carlo, le Covent Garden, Barcelone, Bruxelles, Madrid, Berlin... et deux erreurs de parcours : il chante pour la première fois en Italie à Rome plutôt qu'à La Scala et, en Amérique à Chicago, plutôt qu'au Met : ni Milan, ni New York ne lui pardonneront. - Qu'importe puisque tous les «autres» opéras du monde veulent l'entendre dans : Des Grieux, Samson, Mathô, Roméo, Calaf, les Faust de Gounod et de Berlioz, Chénier, Radamès, Werther, Mylio, Otello...

Des enregistrements, il en fait des centaines qu'il est difficile, de nos jours à trouver, même dans ses «compilations» que toutes les marques publient à raison de cent par année. - Une exception : Otello avec Régine Crispin et René Bianco enregistré à Paris en 1955 - La voix de son maître, FALP 531.

(Et vous pourrez le trouver dans deux bouts de film sur YouTube.)

Voici un extrait d'un de ses aujourd'hui-difficiles-à-trouver enregistrements qui date de 1936 où il chante, en français, sous le titre de «Le ciel luisait d'étoiles» que vous connaissez sans doute sous le nom de «E lucevant le stelle» de La Tosca de Puccini et que vous pourrez, ainsi, comparer à Pavoratti ou à Domingo.

José Luccioni est décédé à Marseille le 5 octobre 1978.

Cliquez sur la note :

paul

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Book Review - Lectures

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Une critique ?

Question :

Qu’ont en commun le Jaï-alaï de Miami, les villes de Toulouse, Bilbao et Pau, un chien nommé Watson qui se conduit comme un Frequent Flyer, la grève d’un groupe de joueurs de pelote basque, une Karmann Ghia, une Triumph ayant à l’origine appartenue à un certain Dennis Mason de Birmingham, une Norvégienne nommée Ingvild et un vieil immeuble Tropical Art Déco dessiné en 1947 par Robert Swartburg, une lamelle du cerveau de Staline, un quagga, Gelino Borlin qui remporta le marathon des jeux de Séoul, des parents qui se suicident en série , «La dopamine dans les insuffisances circulatoires aigües», le différence entre le huitième et le onzième étage d’un immeuble, deux carnets noirs, une bouteille de Glenlivet Archive (un malt de 21 ans)  et un dénommé Zigby ?

Réponse :

«La succession», un roman de 236 pages de Jean-Paul Dubois – Éditions de l’Olivier, 2016.

............................................................

Curieux roman que cette «Succession» dont on peut deviner la fin après avoir parcouru quelques paragraphes. Surtout après avoir lu sa présentation (jaquette) :

"Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Jamais il n'a connu un tel bonheur.   Pourtant, il se sent toujours inadapté au monde. Même la cesta punta, ce sport dont la  beauté le transporte et qu'il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasser le poids qui pèse sur ses épaules. - Quand le consulat de France l'appelle pour lui annoncer la mort de son père, il se décide enfin à affronter le souvenir d'une famille qu'il a tenté en vain de laisser derrière lui. - Car les Katrakilis n'ont rien de banal : le grand-père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l'URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le père, Adrian, médecin lui aussi, est un homme étrange, apparemment insensible; la mère, Anna, et son propre frère ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. C'est toute une dynastie qui semble, d'une manière ou d'une autre, vouée passionnément à sa propre extinction. - Paul doit maintenant rentrer en France pour vider la demeure. Lorsqu'il tombe sur deux carnets noirs tenus secrètement par son père, il comprend enfin quel sens donner à son héritage."

Et finalementt cette réclame :

"Avec La Succession, Jean-Paul Dubois nous livre une histoire déchirante où l'évocation nostalgique du bonheur se mêle à la tristesse de la perte. On y retrouve intacts son élégance, son goût pour l'absurde et quelques-unes de ses obsessions."

Pour ne pas dévoiler le contenu de ce roman, le texte de cette présentation aurait dû être précédé, comme on le fait en anglais dans les cas des films, de la mention «Attention : spoiler alert !» («Attention ce texte peut vous révéler l'ntrigue de ce roman». - Ce qui en dit long sur cette intrigue et la psychologie de son personnage principal (le narrateur). Je dis «psychologie» presque par politesse car, dans le cas de ce qu'on appelle un roman digne de ce nom, le lecteur finit par imaginer si bien la personnalité d'un narrateur qu'il peut, les yeux fermés, le voir entrer dans une pièce, se mettre à parler et même entrer en conversation avec les gens qui s'y trouvent. Or, après 236 pages, on n'a toujours aucune idée de ce à quoi ce Paul Katrakilis peut ressembler, ni de quoi il pourrait bien nous entretenir s'il apparaissait subitement devant soi.

Est-ce à dire que «La succession» est un «mauvais» roman ?  - Non. - Mais sur les 1 325 livres qu'on pourrait amener avec soi, sur une île déserte, il est plus que probable qu'il n'en fasse pas partie.

Je ne le rejette pas cependant du revers de la main et j'ai été quelque peu injuste, en posant la question au début de cette chronique («Qu’ont en commun...»), question qui laisse supposer qu'il s'agit d'un ramasis de pensées disparates plus ou moins alignées à la va-comme-je-te-pousse ou du coq à l'âne sans, c'est-à-dire, trop se soucier du lecteur quoique, personnellement, j'ai eu l'impression d' être attiré dans un sens, puis dans un autre, et un troisième, sans jamais savoir pourquoi. - Il m'a ainsi été difficile de comprendre le but des nombreuses diversions vers lesquelles l'auteur m'a attiré pour retomber dans une direction dont j'ai, au départ, compris l'ultime fin qui, en elle-même ne m'a révélé aucune surprise. - C'est ce qui me fait dire, aujourd'hui  : «Mais à quoi tout cela peut-il rimer ? - À remplir des pages ? - À allonger une anecdote qui pourrait tenir en une douzaine de paragraphes ?»

J'eusse bien aimé, ici, vous en citer quelques passages, mais je n'en ai trouvé aucun qui pourrait donner une idée du du contenu de ce roman ni du style de son auteur. - Ici et là, oui, il m'est arrivé d'avoir une pensée, un souvenir, mais cette pensée, ce souvenir n'était qu'accidentel et n'avait aucun rapport avec ce que je venais de lire. Les mots Karman Ghia, par exemple, m'ont rappelé un autre texte, lu, il y a des années, où un autre auteur avait dit que cette marque était celle de sa première voiture et que cette voiture avait déjà appartenu à plusieus célibataires, tous membres du «Cercle des conducteurs de cent mille kilomètres». -  Voilà, à l'époque ce qui avait attiré mon attention : il y avait là une réflexion que je ne pouvais pas oublier. - Aucun rapport, naturellement avec les intentions du narrateur de «La succession» qui ne pouvait deviner qu'un de ses lecteurs pouvait faire un lien semblable ; mais n'avons-nous pas tous des souvenirs de ce genre ? À cette différence-près que chez les grands auteurs (passez-moi l'expression), les souvenirs qu'ils soulèvent ou les réflexions qu'ils suscitent sont les mêmes chez tous leurs lecteurs...

Et c'est ainsi que j'ai parcouru ce roman qui m'a paru, entre autres, sans style particulier, sans véritable intrigue, sans - est-ce que je vais le dire ? - saveur. Sans couleur non plus, et sans goût. Un verre d'eau, quoi. - Surtout que les descriptions qu'il contenait ne m'ont rien révélé du sport qu'est la pelote basque, ni du monde médical, ni, surtout, de Toulouse ou de Miami.


Wolfie’s Deli – Miami, Floride
(Source : www.victualling.files.wordpress.com/)

Alors ? À déconseiller ? Pas du tout. Existe toute une littérature semblable, une littérature qui se manifeste de plus en plus sous la forme de films ou de sitcoms, tous tournés pour le divertissement des spectateurs. Et, de ce divertissement, je suis, comme tout le monde, très friand. - Rien de mieux qu'un James Bond ou une Mission Impossible, le soir, après une journée de travail. - Or, lire n'est pas une activité passive et pour lire, il faut faire un certain effort et cet effort, personnellement, j'aime le réserver à quelque chose de - disons - plus substantiel.

Simon

P.-S. : Par curiosité, je suis allé chez le site Babelio (http://www.babelio.com/) pour voir ce qu'on disait de ce roman et ai trouvé fort surprenant de constater que la plupart de ses lecteurs lui avaient décerné une cote de quatre étoiles sur cinq. Comme quoi...

Note de l'éditeur :

Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse. Il a publié de nombreux romans, dont Une vie française (L'Olivier, 2004, prix Femina et prix du roman Fnac) et Le Cas Sneijder (L'Olivier, 2011, prix Alexandre-Vialatte 2012). Il a aussi obtenu le prix France Télévisions pour Kennedy et moi (Le Seuil, 1996).


(Page de couverture)

 

***

   L'art d'écrire Etiemble (et Jeannine Etiemble)
    Seghers -1970 - 450 pages

Pas un livre nouveau, mais un livre dont je ne connaissais que le titre.

En voici quelques extraits :

Pline le jeune

« [La] concision, je l'avoue, il faut lui être fidèle si la cause le permet ; autrement, c'est prévariquer que d'omettre ce qui doit être dit. »

Vaugelas

« La plus grande de toutes les erreurs en manière d'écrire est de croire, comme le font plusieurs, qu'il ne faut pas écrire comme l'on parle. »

Pascal

« Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi, car on s'attendait de voir un auteur, et on trouve un homme. »

Stendhal (à Balzac)

« Rien de plus facile, Monsieur, que de vous écrire une lettre polie, comme nous savons en faire, vous et moi ; mais comme votre procédé est unique, je veux vous imiter et vous répondre par une lettre sincère. »

Balzac

« Avant que votre protégé puisse gagner quinze cents francs par an, il a pour dix ans de travaux. Il ignore la langue, la composition, tout. Il y a quelque chose à voir des gens qui ne savent ps faire une phrase, qui n'ont pas une idée, se jeter à corps perdu dans la littérature, en prenant un désir pour une vocation. »

Flaubert

« Découvrir à toutes les phrases des mots à changer, des consonances à enlever, etc. ! est un travail aride, long et très humiliant au fond. »

Léautaud

« Je n'ai jamais arrangé une phrase. Quand une ne me plaisait pas, j'en mettais une autre, voilà tout. »

Hemingway

« Disons qu'il [le futur écrivain] devrait aller se pendre car il découvrira que bien écrire est extrêmement difficile. Ensuite, il devra être impitoyable envers lui-même et s'obliger à écrire de son mieux le reste de son existence. Au moins, pour débuter, il aura l'histoire de sa pendaison. »

Simenon

« ...dans la simplification toujours plus grande et, aussi étrange que cela paraisse, dans la réduction du vocabulaire... »

William Styron

« J'éprouve un agréable sentiment de chaleur quand ça marche bien, mais ce plaisir est grandement contrebalancé par la peine de se mettre en train chaque jour. Voyons les choses en face, écrire est infernal. »

Camus

« Des notes, des bouts de papier, la rêverie vague, et tout cela des années durant. Un jour, vient l'idée, la conception qui coagule ces particules éparses. Alors commence un long et pénible travail de mise en ordre. Et d'autant plus long que mon anarchie profonde est démesurée. »

Simon

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 John Updike - Due Considerations

  (Alfred A. Knopf, a division of Random House, 2007)

If I remember correctly, last month, I said that John Updike was difficult to read ; «to decipher» was the word I used. (I think and as I am not in my office nor have access to the Internet, I can't verify.) What I should have said was that, as a novelist, he was difficult to read, «to decipher», if you want, but make that «to follow». - The problem is that he is mainly known as a novelist, a fiction writer. To his credit : more than twenty novels and hundreds of short stories and poems. - The problem is that, as a rule, I don't read novels. Particularly cmtemporary novels. Especially written by authors who have won literary prizes. And Updike won, not one but two Pulitzer Prizes. One in 1982 for Rabbit is Rich and another, in 1990 for Rabbit at rest, parts of a series of four novels (five including a novella) about an ordinary middle-class man named Harry «Rabbit» Angstrom, an ex-basket ball player caught up in an ordinary middle-class life. - I understand that this series is an accurate description of life in a small town during various presidential eras and that it is quite funny at times. Sorry but, I am living a particularly ordinary middle class life in an ordinary middle class small town and do want my novels (read : books) to, be it only psychologically, tell me something I don't know.

Surprizinly, or rather candidly, Updike seems to have understood this very well as he wrote the following in Forbes magazine (in 200) :

«The writer of fiction, a professional liar, is paradoxically obsessed with what is true, what rings true in the fabrication assembled on his desk. A career in writing begins with the sense that what has already been written by others, has not been quite true enough ; however revered, it lacks the latest information, the newest slant. For a while, the careerist confidently surfs near the curling crest of technological and culture change ; his genereation IS the new wave, and what he writes about himself and his peers is news. As he ages , the wave slips on, and he find himself, paddling in the foam-studded aftermath, indifferent to more and more fads and celebrities. [...] Certainly, speech patterns and thought patterns and social habits, not to mention the physical accoutrements of daily existence have greatly changed in the half century or more since I received my basic impressions of life in America...» (The Tried and the Treöwe - Forbes Magazine, 2000)

I wouldn't say it like so eloquently, but it does, in its way, explain my natural dislike of novels. Contemporary novels. Once they've passed five or six decades, are still being published and read, well... I must admit that I become less impartial. - Five or six decades is about as long as avoiding antiquarians trying to sell you back your old furniture...

Fortunately, inquiring about Updike, I found out, listening to an interview he gave on Book-TV (C-Span2) at the age of 73 (he passed away at 77) that, in his life-time, he had written more essays, criticism, articles, and so on that he had novels. Charmed by his wit, his control of the English language (rare in North America, if you exclude William F. Buckley, jr.) and, in a way, his self-depreciation, I rushed to my local library and looked up has last collection of miscellaneous writing, published under the title of "Due Considerations".

In accordance with the rules set forth in this month's column, I looked at the first line of his preface and this is what I read :

"Bills come due ; dues must be paid. After eight years, I was due for another collection of non-fictional prose. I had hoped, thanks to the dwindling powers of old age, the bulk would be signifiantly smaller than that of the two previous asemblages [but] my hope, as I sorted and rooted through my deposits of old tearsheets and typescripts ("Hard copies", we call them now), was slowly dashed..."

I immediately borrowed a copy and went through its 700 pages at lightning speed. To be perfectly honest, I would say that had I not this nasty habit of judging books by their cover, to use a familiar expression, albeit somehow diminished by an insasiable curuiosity, I would have missed the style, the panache, the, for all intents and purposes, unquestionable and immense talent of this writer and will be, in the next few weeks, reading all his collections of non-fictipon writings.

Here. Let me quote a few excerpts of the 120 or so essays contained in the above mentioned collection :

On Literary Biography :

First, he quotes F. Scott-Fitzgerald :

"There never was a good biography of a good novelist. There couldn't be. He is too many people, if he's any good."

Then goes on with his own thoughts on the subject :

"The main question concerning literary biographiy, is, surely, why do we need it at all ? When an author has devoted his life to expressing himself, and, if a poet or a writer of fiction, has used the sensations and critical events of his life as his basic material, what of significance can a biographer add to the record ? Most writers lead quiet lives or, even if they don't, are of interest to us because of the words they set down in what had to have been quiet moments..."

A Sense of Change

"A few years ago, my stepson, still a college lad of modest means, handed me the stray change on his bureau top-perhaps two dollars' worth-because he did not like to have it jangling in his pocket. Gratefully, even greedily, I accepted the handful of pennies, nickels, dimes, and quarters. To me, once, these coins were huge in value, if not as huge as the fabled "cartwheels"-silver dollars-that now and then rolled as far east from the Western states as Pennsylvania. One of the advantages of having been a child in the Depression is that it takes very little money to gladden the heart. The Lincoln pennies we used to collect in piggy banks and glass ashtrays were not negligible: five would buy a Hershey bar, six a Tastykake, one a licorice stick, eleven (including a wartime tax) a child's ticket to the movies. Two hundred of them, dutifully accumulated over months and packaged in four paper wrappers holding fifty each, could be exchanged at the Whitner's Department Store book counter for an album of cartoons from Collier's magazine or an agreeably lightweight novel by Thorne Smith or P. G. Wodehouse. The wrappers were solemnly broken open and each penny respectfully counted by the saleswoman. Now spare pennies sit like a puddle of sludge in a dish on the counter of the post office and the convenience store, and sometimes a salesclerk, rather than bother counting out four cents in change, blithely hands you you a nickel. I still stoop down to pick a penny up off the sidewalk, though..."

The Future of Faith

"Fins-de-siècles have been rocky times for Christianity. By 1900, the great shocks of nineteenth-century science-Lyell's exposition of fossils end the vast extent of geologic time; Darwin's theory of evolution through natural selection; the so-called higher criticism of Biblical texts, which undermined their status as the direct word of God, plus the biographies of Jesus, by Strauss and Renan foremost, that presented Him as a mere historical mortal-had settled a commonplace atheism into the minds of the younger generations. Materialism had the cosmos firmly in hand; the gospels of Nietzsche and Marx embodied the new idealism. A. N. Wilson, in his brilliant, albeit somewhat saucy and jittery survey, God's Funeral, states, "The closing decades of the nineteenth century were the true era of `the death of God.' " He quotes G. K. Chesterton's autobiography:"The background of all the world was not merely atheism, but Atheist orthodoxy, and even atheist respectability. That was quite as common in Belgravia as in Bohemia. That was above all normal in Suburbia."

The Late Works

"Last words, recorded and treasured in the days when the deathbed was in the home, have fallen from fashion, perhaps because most people spend their last hours in the hospital, too drugged to make any sense. And only the night nurse hears them murmur. Yet, at least for this aging reader, works written late in a writer's life retain a fascination. They exist, as do last words, where life edges into death, and perhaps have something uncanny to tell us."

Looking Back to Now
(Written in the later part of the 21st Century)

"The students in my seminar "A Hundred Years Ago: The End of the Twentieth Century" find many of the details difficult to believe. That way back then all but the exceedingly impoverished owned a  petroleum consuming automobile, and that middle-class families commonly owned two or three, and that everyone from teen-agers to ninety-year-olds drove them here and there on the most trivial errands, throughout a North America extensively paved in asphalt for the convenience of these private vehicles, naturally strains the credulity of children raised in an environment where the rare personal change of location is achieved by means of underground methane-powered transportation tubes, and every square foot of precious soil not devoted to three-hundred-story housing projects is reserved for the cultivation of soybeans and other high-protein legumes. The amount of freedom, choice, and waste present in what is now known as the Late Capitalist Interval strikes them as fantastic and indecent."

Against Ageolatry
(A one act play performed at the Loeb Drama Center's festival of one-minute plays, in Cambridge,
Massachusetts, on June 1, 1998.)

Cast: God, the Archangel Gabriel and the Archangel Michael

Scene : Heaven, a bare place with a few chairs


God : Uh, I've called you in today for a bit of a consult, a matter,I suppose of public relations, though I hate the term. (Pauses while the angels say nothing. Shows them a sheaf of papers.) These polls-and I know you can only trust them up to a point, but still, they show that among human beings, across the sectarian board, the popularity of angels is going up, while mine seems to be going down. Now, how do you guys explain it?

Gabriel : Sir, are You trying to make us feel guilty?

Michael : It's not something we can control. Ever since You gave them free will - a step, I may remind you, that several of us warned against - they have been creatures of fads and whims, Angels are in right now, God knows why. Or I guess You don't, actually.

Gabriel : If I venture a guess, sir, it relates to our greater accessibility, carrying all those messages back and forth, especially around Christmas time. We haven't let ourselves drift out of the loop.

God : As I have, you're suggesting. Without Me, let Me remind you, there wouldn't be a loop. I said, Let there be a loop.

Michael : My take on it, sir, is that with Your omnipotence people tend to blame You for their woe-for earthquakes and pestilence and war and so on. Also, we are easier to picture. White robes, golden sandals, our iridescent multi-colored wings, me in my armor, Gabe here with his lily-these have all been pretty vividly rendered, from the Sienese school on. Whereas You-no offense, sir-remain a bit cloudy.
Except for that little crosspatch humpback, what's-his-name- Michelangelo, how could I forget!-no artist has quite dared to do You justice. The rest, they just take the easy way out and show You as a
blur. People are increasingly visual. They only trust what they can see.

Carter's Proust
(Marcel Proust : A Life, by William C. Carter. 946 pp. Yale University Press, 2000)

"Proust is now as far from us in time as the early Romantics were from the generation of Shaw and Wells. Yet he continues to be loved; his work has not petrified into the intimidating mesas, the scarcely scalable formerly volcanic cones, that time and lessening literacy have made of Joyce, Musil, Mann, and even Kafka, who left his more ambitious works uncompleted. These vintage modernists, so bold and fresh in their lifetimes, have taken on the nature of assignments, to be worked through as the classic Greek and Latin texts were for earlier generations of the educated."
[...]
Though we may have trouble remembering where we were when we first opened Ulysses or The Castle, most of us can remember when we began to read Remembrance of Things Past.
[...]
... a splendidly Proustian two volume biography by the English scholar George D. Painter. Now a new biography, Marcel Proust : A Life, by an American professor of French at the University of Alabama at Birmingham, William C. Carter, has been published by Yale University Press - a formidable volume of over nine hundred pages, adorned by two generous sheafs of photographs and a striking jacket featuring the rather Draculaesque oil portrait by Jacques- Emile Blanche of the young Proust dressed to kill."


Proust, by Jacques-Émile Blanche
(Yes, he does look a bit Draculaesque)

Copernique


La parole est à nos lecteurs

Note : Pour toutes contributions que nos lecetrusveulent bien nous apporter, communiquez avec Monsieur H. Perec à l'adresse qui suit : (hperec@XXXudenap.org - Suprimer les trois "X").

Lettre ouverte à une jeune fille qui veut devenir écrivain

« J'aimerais tant voir Syracuse         
L'île de Pâques et Kairouan...         
A
vant que ma jeunesse s'use            
Et que mes printemps soient partis »

(Bernard Dimay)

Chère Mademoiselle,

Une ligne par jour

L'on confond souvent la tenue d'un journal et la tenue d'un carnet de notes. Il s'agit de deux modes d'écriture diffférentes :

Le journal classique ou intime est celui dans lequel on inscrit au fur et à mesure que le temps passe, en prenant soin de noter la date et parfois les heures, les événements importants de sa vie de même que les faits les entourant dans une enveloppe auxquels on ajoute parfois les pensées, les émotions et les réflexions qu'ils ont pu susciter en soi et autour de soi. - Il n'éxige pas, de ce fait, d'être tenu quotidiennement ni même régulièrement.

Le carnet de notes, par contre, ressemble plus à un agenda qu'à un véritable journal, mais à un agenda à rebours : un carnet dans lequel on ne notera pas les événements à venir, mais ceux du passé et plus particulièrement ceux d'un passé relativement récent : où on est allé, avec qui, jusqu'à de petits détails qui, sur le coup, peuvent paraître insignifiants, mais qui serviront d'aide-mémoire dans un futur qui n'est pas nécéssairement aussi lointain qu'on puisse l'imaginer.

La tenue d'un carnet de notes n'est pas une invention nouvelle :

Voici ce que le journaliste, le pamphlétaire, l'homme poilitique et le grammairien britannique, William Cobbett (1763-1835), écrivait à ce propos, en 1822, dans son “ Advice to Young Men, and (incidentally) to Young Women, in the Middle and Higher Ranks of Life ” :

« A journal should be kept by every young man. Put down something against every day in the year, if it be merely a description of the weather. You will not have done this for one year without finding the benefit of it. [...] It demands not more than a minute in twenty-four hours ; and that minute is most agreeably and advantageously employed. It tends greatly to produce regularity in the conducting of affairs : it is a thing demanding a small portion of attention once in every day... »

Outre l'habitude et la régularité qu'impose la tenue d'un tel “journal”, Cobett insiste un peu plus loin sur ses autres avantages dont l'un, très important selon lui, est d'être en mesure, dans le temps, de se rappeler exactement non seulement où l'on était à une date précise, mais également ce que nous y avons fait et, surtout, ce que nous avons pensé... de même que la personne que l'on était selon deux principes:

Le premier est que nous n'évoluons pas dans le temps : nous devenons, à chaque instant une personne différente.

Le deuxième étant qu'un simple détail, parfois, peut faire resurgir du passé des journées entières ou des épisodes complets de sa vie.

À ces évidences, j'ajouterai, pour ceux qui éventuellement voudraient tenir un véritable journal du type intime, qu'il y a dans la tenue d'un carnet de notes un aspect très important et c'est celui d'écrire à tous les jours – ne serait-ce qu'une description de la température, comme le mentionne Corbett – car l'acte d'écrire est non seulement un acte intellectuel, mais un acte physique qui, comme toutes les habitudes ou manies, se développe petit à petit.

Et puis il y a ceci :

Quand un rédacteur d'un carnet de notes aura inscrit cent fois la même entrée, il sera tôt ou tard tenté d'y ajouter un détail supplémentaire, le type de nuages, par exemple (i.e. : cumulus, nimbus, stratus...) la journée où il s'aprêtera à écrire tout simplement : “Journée nuageuse, partiellement ensoleillée”... - Et c'est ainsi que se développera son goût pour l'écriture car...

L'habitude de tenir un carnet de notes mène invariablement vers une plus grande facilité à non seulement rédiger de façon adéquate de fugitives pensées mais à une plus grande adéquation entre ces pensées et la réalité... car, combien de fois, chère future rédactrice, t'es-t-il arrivé de perdre le fil de tes idées en hésitant sur un mot, une expression qui t'ont amenée vers d'autres mots, d'autres expressions ?

(De nombreux linguistes, philologues, psychologues et philosophes se sont penchés sur ce phénomène de la non-concordance entre les mots et la pensée, le mot appelant la pensée et non la pensée le mot. - Le plus célèbre d'entre eux, Ludwig Wittgenstein [1889-1951] y a consacré une grande partie de sa vie, insistant, entre autres, sur les limites du langage.)

Il s'agit là d'un des problèmes les plus sérieux en ce qui concerne l'écriture:

L'écriture, la réalité et l'esprit

L'écriture, en elle-même, n’est pas un acte naturel. Dormir, manger, marcher, courir, sont des actes naturels et non pas, lorsqu’il fait beau ou lorsqu'il pleut, s’asseoir seul, à une table, et aligner des mots, des phrases et des paragraphes susceptibles de représenter des idées, des émotions, des sensations qui, intellectuellement ne sont que des rapports indirects avec la réalité.

L’écrivain – et j'entends par là quiconque écrit ne serait-ce qu'un bout de phrase régulièrement – est un être étrange ; non seulement est-il solitaire, mais il est obsédé par la mise en ordre de pensées la plupart du temps diffuses, désordonnées, sans suite et souvent incohérentes car les pensées, la pensée n'est pas une suite de mots, mais bel et bien, une suite ininterrompue de souvenirs, de flashs mystérieux, de couleurs, de sons, d'odeurs qui nous permettent de cohabiter dans un monde souvent énigmatique parce qu'il est extérieur à soi. Et c'est en cela que le produit de sa pensé est difficile à noter car ses aspects sont insaisissables et continuellement associés à d'autres découlant de souvenirs, de flashs, de couleurs... qui font partie d'une mémoire faillible sur laquelle il est évident que nul n'a un contrôle certain.

En d'autres mots, nos pensées ne sont pas textuelles (de textus ou trame) et vouloir les saisir et les exprimer au moyen de la parole (déjà) ou de l'écriture est un art auquel il faut consacrer beaucoup de travail.

«  I don't care what people think, writing is hard work  »

Shelby Foote (1916-2005)

L'abondance d'oeuvres écrites par un auteur ne veut rien dire. Tous vous diront qu'écrire est non seulement une chose que l'on doit apprendre, mais une chose qu'on ne maîtrise jamais et qui demande des années d'apprentissage. Sur son lit de mort, André Gide (1869-1951) se demandait encore si, avec le temps, ses phrases seraient encore « grammaticalement correctes »...

L'écriture, quitte à répéter ce que je viens de laisser sous-entendre, exige beaucoup de temps et de travail ; une certaine dévotion même et cette dévotion pourrait facilement se comparer à un sacerdoce. Elle exige également un entêtement et une imperméabilité à toutes épreuves, particulièrement aux critiques car il est plus facile de critiquer que d'écrire. D'aucuns ajouteront qu'il faut, pour devenir écrivain, posséder une colonne vertébrale en acier inoxydable, et ils n'auraient pas tort.

En d'autres mots, beaucoup sont appelés ou se sentent aptes à écrire mais peu sont élus. Et c'est d'autant plus malheureux que certains ne finissent qu'après des années de travail par le constater.

Car la véritable question que l'on doit se poser vis-à-vis l'écriture n'est pas si on en a la capacité, ni pour qui l'on veut écrire, ni dans quel but, mais bien pourquoi.

Pourquoi écrit-on, vraiment ?

C'est une question à laquelle il n'y a pas de réponse.

Pour faire fortune ? Autant acheter un billet de Loto.

Pour la gloire ? Devenir chanteur, danseur, acrobate, clown, musicien ou même se lancer en politique sont des avenues plus faciles.

Pour la postérité ? Pour laisser des souvenirs à ses enfants, à ceux qui nous suivront ? - C'est ajouter un autre fardeau à son travail : que voudront lire nos descendants dans dix ans, cent ans, mille ans ?

Pour faire découvrir à d'autres SA vérité, celle qu'un écrivain en puissance a retrouvé en lui, souvent par hasard ? - Pourquoi l'écrivain serait-il un être particulier, un être-à-part à la fois guide, enseignant, orateur, augure ou prophète ?

On pourrait insérer facilement ici, en la modifiant quelque peu, la réplique d'Everett Sloane (Mr. Bernstein) dans Citizen Kane d'Orson Welles à qui le journaliste venu l'interviewer dit (en parlant de Kane) :

« Mais il a fait beaucoup d'argent. » ...

« It's easy to make a lot of money. If that's all you want to do : make a lot of money... »

(« C'est facile devenir un écrivain populaire et être admiré. Si tout ce que l'on veut faire est de devenir un écrivain populaire et renommé... »)

L'écrivain malheureusement a un autre destin.

Il écrit parce qu'il n'a pas d'autres choix. C'est la seule façon qu'il a pu trouver pour mettre de l'ordre dans son discours intérieur, confus et incohérent, dans ses obsessions, dans la partie nébuleuse et incompréhensible de son existence.

Il écrit pour publier ? Parfois.

Écrire et publier

Le caricaturiste Sempé a bien illustré ce que signifiait vraiment la publication d’un livre :

Dans une librairie où s’entassaient des milliers de livres, sur et sous des tables, sur des comptoirs, des meubles, devant et derrière des étalages, au milieu d’une grande superficie ceinte de murs tapissés d’autres livres, percés d’ouvertures au dessus desquelles on pouvait lire « par ici, d’autres livres », deux hommes, l’un le commis, l’autre visiblement un client, le premier disant au second : « Vous avez écrit un livre ? Quelle veine ! Enfin sortir de la masse ! »

Bernard Pivot y est allé, quant à lui, d’une boutade qui résume très bien un autre aspect de la publication : « De nos jours, tout le monde publie, sauf certains écrivains. »

Suffit de rentrer dans une librairie ou une bibliothèque pour comprendre la futilité de ses écrits, de tous les écrits. Car pour lire, il faut, aussi, savoir écrire. Et c'est là, sans une sorte de demi-purgatoire, où tous les écrivains se rejoignent : ils lisent.

Ce qui m'amène à des aspects plus mondains :

Aux prix littéraires qui pourraient garantir une certaine forme de sécurité mettant l'écrivain à l'abri de tous soucis matériels, Paul Léautaud (1872-1956) disait à leur propos :

« Moi ? Recevoir un prix littéraire ? Je me sentirais déshonoré ! »

Je vous laisse, chère M., à vos propres réflexions sur ce sujet.

Personnellement, publier directement ou indirectement, pour un petit ou pour un grand nombre, n'est qu'un moyen – et j'insiste : un moyen – de savoir si ses phrases sont stylistiquement correctes et que ce que l'on écrit est compréhensible.

E non, je ne vous mentionnerai pas à nouveau Wittgenstein, l'incompréhensible Wittgenstein qui a réussi l'exploit de se faire comprendre.

En guise de conclusion

Je n'en connais qu'une :

Écrire est la moins dispendieuse de toutes les thérapies et la plus consolatrice des sérénités.

Votre ami,

Lucien D. (avec quelques ajouts et révisions de Copernique Marshall et de Simon Popp)

Et puisqu'il faut toujours ajouter un post-scriptum, voici le mien :

Les gens de mon âge ont l'habitude de dire que le temps passe vite. C'est faux. Lorsqu'on a tenu un cahier de notes toute sa vie, l'on constate que les jours, les mois et les années se déroulent lentement.


   Le courrier

        Pour nous écrire :

HPerec suivi de @udenap.org. - Indiquer le nom à qui le messsage est destiné dans le titre.

***

        Réponses diverses :

Mme Amilda Gouin  - Montréal, Québec

Comme le souligne le docteur Steven Pinker de l'Université de Harvard (Massachusetts), il est préférable de se fier au défilement de l'histoire qu'aux unes des journaux.

Ainsi, la pauvreté extrême, la mortalité infantile, l'illetrisme et les inégalités mondiales sont, depuis quelques années en chute constante dans le monde et à un point historique parmi les plus bas depuis des siècles.

Les vaccinations contre la plupart des épidémies, l'éducation (y compris celle des jeunes filles) et la démocrtaie sont en hausse continuelle. le nombre de morts dus à la guerre n'est également qu'à une fraction, si ce n'était présentement de la Syrie, de celui des années qui vont de 1950 à 1990 au moment où les gnocides faisaient encore rage dans le monde. 

L'arrêt des combats en Colombie a mis fin à toutes les guerres qui se sont déroulées dans l'hémisphère occidental depuis des décennies. Les homicides, dans le monde, sont à un niveau inférieure à tous ceux perpétrés de 1966 à 1990. Idem pour ce qui est des crimes en général. 

En dehors des zones où se déroulent présentement des combats armés (Moyen-Orient), les décès dus à des actes terroristes sont à un niveau qu'on ne peut même pas comparer  à ceux du temps de l'IRA, des Weathermen, de l'OAS ou des Brigades Rouges.

Oui, le Brexit n'est pas un événement qui prête à penser que tous les pays s'entendent entre eux, mais il est fort douteux que cela puisse amener l'Anglettere à déclarer la guerre à la France ou l'Allemagne (ou vice versa). Et oui, le raprochement que Trump semble vouloir faire avec la Russie n'est pas de bon aloi, mais il est également douteux que ce raprochement fasse en sorte qu'un troisième guerre mondiale soit sur le point d'éclater.

Préjudices raciaux ? - Tous les sondages effectués au cours des dernières années dans le monde entier démontrent un recul marqué des préjugés raciaux ou religieux, ce que confirme la baisse, depuis des mois et des mois, des insultes et blagues basés sur ces préjugés sur Google, YouTube et tous les réseaux sociaux. - La population mondiale rajeunit, Madame, et les jeunes sont tendance à être plus ouverts et conciliants vis-à-vis tous leurs semblables.

Y'a Trump qui vous inquiète ? Dites-vous qu'il a été élu, en grande majorité, par la génération des Baby Boomers et que celle qui la suit, constituée des gens qui ont entre 20 et 30 ans ont voté majoritairement contre lui.

Finalement, plutôt que de lire ce qu'on publie dans les journaux, regardez autour de vous, dans votre quartier, votre municipalité et constatez les efforts qui sont faits pour développer les pistes cyclables, les espaces où est absente la circulation automobile, la collecte des déchets recyclables, le transport en commun, les initiatives communautaires...

Ms Ashley Payne  - West Mifflin, Pennsylvania

La seule explication que l'on peut donner est que «Big Foot» est un personnage dont la première caractéristique est d'être flou. D'où ces photos qui semblent être hors foyer, ce qui ne convaincra personne qu'elles sont truquées.

Me Cornelius Simpsons  - Cincinnati, Ohio

Vous exagérez quand même quelque peu. L'Église de Rome, l'Unique, la Catholique et l'Apostolique a, au cours des dernières décennies :

    • Interdit la torture
    • Admis son erreur en ce qui concerne Galilée
    • S'est excusée pour son approbation au fil des siècles de l'esclavage

et surtout, mit fin à tous les traités que cette Église a signés avec :

    • Adolf Hitler
    • Benito Mussolini
    • Francisco Franco
    • Antonio de Oliveira Salazar
(Sans compter que l'Index et l'Inquisition ne font plus - depuis quelques décennies déjà - partie de sa politque).

M. Joachim Le Bidet  - Paris 8e

Vous avez raison : toutes les guerres ne sont pas «de religion». Je ne sais où vous auriez pu lire cela ici, mais nos membres sont tous d'accord sur un point : il est plutôt rare que l'on entende parler de soldats athées blessés ou tués suite à une attaque surprise de membres de l'armée des forces sceptiques (AFS).

Sir Arnold Whitby-Attenborough  - Wolverhampton, UK

The Great Lakes Paper Clip Company (Bob Williams, interviewer et Ray Goulding, président).

M. Marcial Maciel, fils - Ciudad de Mexico, Estados Unidos Mexicanos

L (tout cimplement).

Dédicace

Cette édition du Castor est dédiée à :


Charle Lutwidge Dodgson
(Lewis Carroll)

(1832-1898)
(Source : Wikicommons - Wikipedia)


    Le mot de la fin

«La science, avec ses méthodes, son ouverture d'esprit, l'absence totale en ses rangs d'autorités suprêmes, son approche honnête et  sa  transparence, cette science qui s'appuie strictment sur ce qui peut-être démontré et qui est continuellement sujette à l'examen minutieux de ses avancés, contribue plus à l'avancement de l'humanité que toutes les religions, que tous  les mythes, toutes les superstitions et toutes les certitudes fanatiques que certains tiennent toujours à répandre.»

(Lawrence Krauss)


    Autres sites à consulter

Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro


    Notes et autres avis

Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est, depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

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