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Numéro hors-série

             


Romans policiers

Série de commentaires
sans motifs précis

Copernique Marshall

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I

Novembre 1999

Je ne me souviens plus, si c'était Simon ou Paul (*), qui écrivait ici, il n'y a pas longtemps, sur les générations en insistant sur le fait qu'il était difficile de se libérer des poncifs, lieux communs et préjugés de sa génération ; qu'il était quasi impossible, sauf superficiellement, de se mettre dans la peau de ceux qui nous ont précédé ou de ceux qui nous suivent (ou qui nous suivront) ; que nous sommes tous en quelque sorte prisonniers d'une forme de pensée, d'une vision du monde provenant d'une période qui s'étend tout au plus sur une vingtaine ou une trentaine d'années, c'est-à-dire du moment où cette vision s'est formée en nous, généralement entre notre dixième ou quinzième année et notre quarantième. 

(*) Les deux. Dans l'édition de septembre. Simon à propos de Proust, Louis-Ferdinand Céline, Joyce et les imposteurs et que reprenait Paul dans sa chronique dite de disc jockey en se référant aux amateurs des Beatles et d'Elvis.- Note de l'éditeur.

Oh, c'est toujours possible, après 40 ans, mais cela demande un effort considérable. Cela consiste à abandonner les fondements mêmes d'une personnalité qu'on croit fixe et à laquelle on s'est habitué et aller au-delà de ce que l'on est ; se mettre dans l'état de celui qui se regarde se regardant ; se replonger dans un temps où ses idées étaient encore à l'état embryonnaire et reconsidérer sérieusement ce qui nous a influencé et que nous avons conservé, sans oublier ce à côté de quoi l'on est passé.

C'est à quoi il m'est venu à l'esprit quand j'ai pensé écrire quelques commentaires sur les romans policiers dont, par exemple, ceux que je lis - quand il m'arrive encore d'en lire - et qui ne dépassent guère en genres ceux que je  lisais dans les années ou j'en lisais régulièrement et, pourquoi, j'éprouve de la difficulté à comprendre pourquoi ceux qui en écrivent aujourd'hui (pas tous, mais un bon nombre) semblent vouloir systématiquement oublier les règles établis par ceux qui les ont précédés.

Pour renouveler le genre ? Pour faire nouveau ? Pour créer un nouveau style de suspens ?

Elles étaient pourtant très simples, ces règles :

- Un meurtre, un vol, un crime était commis.

- Entrait en scène un policier, un détective, un personnage chargés d'en trouver le coupable.

- Les faits étaient exposés un à un, parfois en détails pour que le lecteur puisse découvrir lui-même ce coupable.

- Suivait l'arrestation, la mort, parfois même la fuite de ce coupable.

- Fin du suspense.

Oh, il y en a eu des variantes sur ces règles, mais elles ne s'éloignaient très peu d'une certaine structure :

- Les crimes n'étaient pas décrits, ni expliqués : on était tout simplement à la recherche d'un criminel notoire auquel, comme cela arrivait souvent dans certains romans, le personnage central se trouvait accidentellement confronté.

- Ces crimes avaient été commis dans une chambre parfaitement close, à bord d'un paquebot, d'un train, en plein champs... ou il s'agissait d'une série de meurtres en série, de vols inexplicables et même d'absences de preuves qui auraient pu, au départ, démontrer qu'un crime avait été commis.

- Ceux à qui la découverte du ou des coupables d'une situation se servaient de leur logique, de leur intuition ou utilisaient des pièges... 

Ce qui était important dans ces plus ou moins définies structures, c'était qu'on apprenait le nom ou les noms du ou des coupables qu'à la fin et que le déroulement de l'enquête était mené par un personnage central.

Cela faisait partie du suspense.

Depuis, à moins que je me trompe, on a bouleversé ces règles :

  • On apprend, premier exemple, dès les premières pages le nom du coupable, la façon qu'il a utilisé pour commettre son crime et jusqu'à la raison de son geste. Le suspense se transforme non plus dans la découverte de ces fait, mais dans la méthode que l'enquêteur finira pour les découvrir et conséquemment découvrir en même temps le coupable. 

  • Qu'il n'y a pas, deuxième exemple, de crimes ni de coupable, mais une situation dans laquelle le personnage central se trouve par hasard mêlé et de laquelle il doit s'extirper, i.e. : au mauvais endroit, au mauvais moment.

  • Le crime, troisième exemple, est sans importance. Tout le récit tourne autour d'un criminel, souvent un psychopathe et tout ce qui doit nous intéresser, c'est comment il en est arrivé là et ce qui se passe dans sa tête.

Ne viennent, essentiellement dans le même genre, les romans d'espionnage (qui sont rédigés la plupart du temps dans une chronologie tout à fait particulière), les romans dits d'action où le héros est un super-homme capable d'escalader des montagnes, conduire un hélicoptère, tirer un fusil à la manière d'un franc-tireur, etc., les pseudos-romans biographiques où le sympathique rédacteur finit par n'être qu'un criminel, et ainsi de suite.

Le cinéma a beaucoup influencé le roman policier classique.

De l'énigme, il nous a enseigné à attacher plus d'importance à la personnalité d'un enquêteur qu'à son travail. Qui ne connaît pas aujourd'hui ou qui n'a pas son enquêteur favori : Sherlock Holmes, Jules Maigret, Father Brown, Miss Marple, Hercule Poirot... ? Le crime est devenu secondaire par rapport aux manies, au style de vie de ces personnages. - D'autant plus qu'ils sont devenus de véritable êtres en presque en chair et en os : Basil Rathbone a longtemps été le véritable Sherlock Holmes et Jean Gabin fut un temps le vrai commissaire Maigret. Et qui n'associe pas, de nos jours, David Suchet à Hercule Poirot ?

C'est sur tous ces aspects - romans policiers classiques, romans modernes, enquêteurs célèbres, comédiens... auxquels j'ai pensé qu'il serait intéressant de faire le point, mais, en ce premier volet (je ne sais encore combien il y en aura), il y a un côté littéraire sur lequel je voudrais tout d'abord attirer votre attention car, si, parmi les livres, commentaires articles que j'ai lus, il y en a un qui m'a beaucoup plus (j'y reviendrai le mois prochain), je tenais aujourd'hui à vous en signaler le début d'un autre qui est celui d'un roman de Georges Simenon, un roman rarement cité car ce n'est pas un des meilleurs, mais qui éclaire, chose rare car Simenon est un exemple parfait d'un auteur neutre, effacé, au style indéfinissable, les questions qu'il se posait avant d'écrire :

     «C'est déroutant ! Tout à l'heure, que dis-je, il y a un instant encore, en écrivant mon titre, j'étais persuadé que j'allais commencer mon récit comme on commence un roman et que la seule différence consisterait en la véracité.
     «Or, voilà que je découvre soudain ce qui fait l'artifice du roman, ce qui fait qu'il ne peut jamais être l'image de la vie : le roman a un commencement et une fin ! [...]
     «Je me souviens que, tout jeune, j'en dévorais à raison de trois par jour, et qu'ils me laissaient tous insatisfait. La dernière page lue, je soupirais : 'Mais après ?' - Pourquoi était-ce fini, puisque tous les personnages n'étaient pas mort ? Pourquoi l'auteur décidait-il ainsi, à son gré, gratuitement, qu'à un moment donné il n'avait plus rien qu'une page blanche avec le nom de l'imprimeur ?
     «Aujourd'hui, ce n'est plus la fin qui me gêne : c'est le commencement.»

(Georges Simenon - Les trois crimes de mes amis.)

***

II

Décembre 1999

   Question : quel fut le premier roman policier ?

Les historiens de la littérature policière semblent, pour la plupart, s'entendre pour dire que le premier roman policier date de 1841, l'année où Edgar Allan Poe publia un conte du nom de The Murders in the Rue Morgue (*) dans lequel fut introduit dans la littérature de fiction un personnage du nom de C. Auguste Dupin, une sorte de gentleman plus ou moins oisif qui utilise une certaine méthode d'analyse (qu'il n'appelle pas déduction, mais bien ratiocination) pour expliquer des situations qui, à première vue, peuvent paraître  inexplicables

(*) Ou, en français, Double assassinat dans la rue Morgue ou, encore, Les Meurtres de la rue Morgue. - Voir à ce propos l'Extrait du mois du numéro du 2 juillet 2018 du Castor™ où nous citons une version datant de 2014 d'Henri Justin suivie de commentaires sur la justesse de cette traduction par rapport à celle, trop connue, de Charles Baudelaire.

Cela, comme le fait remarquer Fereydoun Hoveyda (Histoire du roman Policier, Les Éditions du Pavillon, 1965), c'est oublier le juge Ti qui, au début du XVIIIe siècle, en Chine, aurait éclairci Trois enquêtes criminelles d'après des manuscrits publiés vers la même époque en Hollande.... et même Esope qui, dans une de ses fables fait dire à un lion questionnant un renard : "Pourquoi n'êtes-vous pas venu me présenter vos hommages ?". "Sire, répond lautre, j'ai relevé la trace de beaucoup d'animaux pénétrant dans votre palais ; mais aucune n'indiquant leur sortie, j'ai préféré rester au grand air."

Nous sommes, avec ces deux exemples, loin, j'en conviens, de la finesse d'esprit, de l'habilité de C. Auguste Dupin, mais très loin également du roman policier classique tel que rédigé par Wilkie Collins, qui en 1868, publia un roman intitulé The Moonstone dans lesquel : 

  • L'action de déroule dans un manoir anglais

  • Où un vol y est commis, conséquemment dans un espace clos

  • Avec sa Lady, prête à se trouver mal au moindre bruit

  • Son vieux serviteur qui fait partie de la famille depuis trois générations

  • Un diner avec des invités venus de loin parmi lesquels...

  • ... par hasard, s'y trouve un gentleman qui possède des dons singuliers de déduction

  • Puis un policer ou représentant de la force constabulaire plus ou moins maladroit

  • Plusieurs suspects dont un, en particulier, qui n'a rien à voir avec cette affaire

  • Une reconstruction de la scène et des circonstances du vol

  • Et une fin inatendue...

(Ce roman de plus de 400 pages, je l'ai lu, par curiosité. - Voir ci-dessous.)

D'autres récits impliquant des intrigues aussi compliqués, avec suspense, indices, recherches, dénouement inattendus, etc., connurent vers à peu près la même époque autant de succès. Ils furent écrits par Balzac (La Ténébreuse affaire, 1841), Dickens (Bleak House, 1853) et beaucoup d'autres auteurs trop nombreux pour être cités, sauf que le premier en ligne qu'on peut définitivement classé comme étant un véritable polar et rien d'autre, et auquel on pense encore aujourd'hui, que fut-il ?

A study in Scarlet (Une étude en rouge) qui parut  en 1887 et qui n'a jamais cessé depuis d'être imprimé. Pourquoi ? Parce qu'on y entend parler pour la première fois du plus grand dédective de tous les temps, un certain Sherlock Homes. - Son créateur : Arthur Conan Doyle.

Je reviendrai sur les grands détectives classiques des romans policiers classiques dans une prochaine chronique.

 De l'imprimé aux films

Je pensais l'autre jour que si le roman policier publié sous la forme de livres est toujours aussi populaire qu'il l'était il y a dix, vingt, trente et même soixante ans (et plus), c'est via les séries télévisées qu'on le retrouve de plus en plus depuis quelques années. 

Dans mon auto - et c'est pourquoi je n'ai pas noté tous les titres de ces séries qui me sont venus en tête - j'en ai compté une vingtaine de récentes mémoires. Parmi cette vingtaine, j'ai retenu les noms de Mannix, Rockford, Cannon, Monk, Ironside, Magnum P.I., The Equalizer, Frost, Foyle, Morse, Nero Wolfe... Et tout cela, c'était  en mettant de côté les séries où interviennent plusieurs personnages faisant partie d'une «équipe» : CSI (plusieurs variantes), NCIS, Hawaii Five-O, Miami Vice, Law & Order (US et UK - (plusieurs variantes également). - Et c'était en excluant systématiquement les classiques : Sherlock, Poirot, Maigret et compagnie.

L'Internet Movie Data Base liste 340 séries dites «policières» qui auraient été populaires depuis 1980. Encore aurait-il fallu qu'on y insère une bonne cinquantaine d'autres, tournées, pour la télé, en Angleterre, en Allemagne, en France et même au Québec durant cette période.

Ce transfert de l'écriture au petit écran provient du grand où déjà, dans les années vingt, des comédiens aussi connus que John Barrymore ou Ellie Norwood prêtaient leur visage à, puisque je viens de le mentionner, Sherlock Holmes qui a connu au fil des ans, des dizaines d'interprètes : Reginald Owen, Arthur Wontner et, naturellement, Basil Rathbone,  Ronald Howard, Geoffrey Whitehead, Peter Cushing, Christpher Lee et même Roger Moode jusqu'à ce que Jeremy Brett les surpasse tous avec ses 41 épisodes (sur les soixantes contes et romans écrits par Arthur Conan Doyle) entre 1984 et 1994.

La question qu'on est en droit de se poser en consultant ces statistiques est : «Est-ce que le film est plus efficace (j'allais écrire «adapté») que l'imprimé pour donner une idée de ce qu'est un roman policier ?» - Je hésite pas à dire oui. Sans le cinéma ou la télé, je doute que des personnages comme Phillip Marlowe ou  Mike Hammer auraient pu se forger une place dans nos univers. 

Chose qui m'apparaît certaine, c'est que sans Michael Kitchen, John Thaw ou David Jason,  Foyle, Morse ou Frost n'auraient jamais connu la popularité que la télévision leur a donnée. - Et qui se souviendrait de Sam Spade sans Humphrey Bogart dans Le Faucon Maltais de Dashiell Hammett ? La preuve : Ce Faucon Maltais, adapté pour la première fois à l'écran, en 1931 (dix ans avant le film de Houston) n'a eu aucun succès...

Deux petites notes :

  • Cecil Saint-Laurent décrit ce qu'est un détective [amateur] dans un roman policier comme suit :

«Un savant spécialisé dans l'étude des accidents singuliers du corps social.»

       Pas mal, non ?

  • Dans le même article (Correspondance avec Jean-Louis Bory in Histoire du roman Policier - Les Éditions du Pavillon, 1965), il ajoute ceci  :

«Ou bien nous considérons comme policier tout roman qui recourt, même épisodiquement au crime, au secret, à l'enquête, et nous ne sommes pas plus avancé que si nous classions dans la littérature gastronomique tout roman dont les héros s'attardent un jour à déjeuner.»

et ceci :

«Il y a roman policier lorsque le point de départ de l'ouvrage est une énigme singulière et que son développement est la recherche d'une solution ; lorsque cette solution est conforme à la logique et aux connaissances de l'époque et ne fait appel ni au surnaturel ni à un accès aux coïncidences contraire aux bon sens.»

Pour le moment, je m'en tiens à une définition semblable à celle que Louis Armstrong donnait du Jazz, à savoir que : si vous vous demandez ce qu'est un roman policier, vous ne saurez jamais ce qu'est un roman policier....

À suivre...

À quand mes suggestions de lecture ?  - Je ne sais pas. Au départ, j'ai pensé qu'il me fallait garder ces «dix meilleurs», «cinq meilleurs», «trois meilleurs» pour la fin, mais en deux mois, déjà, j'ai changé d'idées plusieurs fois...

*

P.-S. No. 1 : On m'a demandé l'autre jour si j'avais assisté à une représentation de «The Mousetrap» d'Agatha Christie qui en est, à Londres, à sa 67e année. (Sa 25,000 ième représentation a eu lieu le 18 novembre 2012.) - Oui. Deux fois. Et si je retourne à Londres, je crois que je vais y assister une troisième fois. - C'est un must ! - Vous saviez qu'on devait changer régulièrement l'ameublement scénique du lobby de l'hôtel où se déroule cette pièce ? - Forcément : il y a des clients qui s'y assoient tous les soirs... !

Pour de plus amples renseignements, voir (en français) à :

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Souricière_(Agatha_Christie)

***

P.-S. No. 2 : À propos de The Moonstone - Wilkie Collins, Londres, 1868 (Disponible en divers format sur le site Project Gutenberg)

Amateur de littérature anglaise du XIXe siècle (surtout de la deuxième moitié), je n'ai pas pu résister à lire cet affreux volume qui est un parfait exemple de ce qu'on pouvait faire de pire à l'époque :

Longues descriptions de ce que devait être la société anglaise telle que définie par ses classes : ses nobles, leurs serviteurs et la classe ouvrière de laquelle s'échappaient à peine une classe d'hommes libres, mais assujettis à des règles très sévères. Parmi ses derniers, les petits commerçants, les membres de l'armée ou de la marine, les policiers, les ministres du culte, ceux possédant une certaine fortune acquise on ne sait trop comment (dans les colonies), etc.

Vocabulaire suranné. Phrases ultra-longues. Paragraphes inexistants. Enfin : vous voyez le genre.

Quant à l'action, l'égigme, les deux sont prévisibles de chapitres en chapitres.

Un morceau d'anthologie...

À comparer à Dickens qui, lui, savait comment écrire pour le public de son époque... de tous les époques.

Et je n'en dirai pas plus sauf que, oui, il s'agit d'un roman policier classique.

***

III

Janvier 2020

Sherlock : le personnage

«When you have eliminated the impossible whatever remains, however improbable, must be the truth.»

Une fois éliminées toutes les impossibilités, l’hypothèse restante, aussi improbable qu’elle soit, doit être la bonne.»)

          (Arthur Conan Doyle - Le signe des quatre, chap. VI)

Ce n'est pas le fait que le personnage de Sherlock Holmes est paru pour la première fois il y a 132 ans (le mois dernier, tiens !) qui est surprenant, c'est qu'il demeure aujourd'hui, encore et toujours le plus connu des détectives, amateurs ou non, des romans de policiers, toutes périodes et toutes provenance confondues.

Beaucoup d'autres sont venus depuis lui : Sam Spade, Philip Marlowe, Mick Hammer, Hercule Poirot, Jules Maigret, Miss Marple... pour n'en nommer que les plus célèbres, mais aucun n'a atteint la notoriété de celui dont l'inexistante adresse demeure un des endroits les plus «visitées» à Londres : le 221b Baker Street.

Pour les rares qui n'ont jamais entendu parler de Sherlock Holmes :

Sherlock Holmes est un personnage de fiction créé par Sir Arthur Conan Doyle dans le roman policier Une étude en rouge en 1887.

Revendiquant la fonction particulière de « détective consultant », doté d'une mémoire remarquable pour tout ce qui peut l'aider à résoudre des crimes en général, il possède cependant très peu de savoirs dans les domaines de la connaissance qu'il estime inutiles à son travail. Lors de ses enquêtes, relatées dans les quatre romans et les cinquante-six nouvelles qui forment ce qu'on appelle le canon, Holmes est fréquemment accompagné du docteur Watson.

Personnage très « typé », Sherlock Holmes est devenu l'archétype du « détective privé » pour des générations d'auteurs populaires de roman policier éclipsant ses ancêtres historiques que furent le Chevalier Auguste Dupin d'Edgar Allan Poe et Monsieur Lecoq d'Émile Gaboriau, personnages auxquels Arthur Conan Doyle fait référence dans son œuvre.

(Wikipédia)

Fait à noter : Sherlock Holmes est un des rares personnages fictifs de la littérature qui, avec Don Quichotte, Tarzan et quelques autres sont considérés comme ayant réellement vécu.

Je ne me souviens plus du nombre de fois j'ai lu, en anglais et en français, les cinquante-six contes et quatre nouvelles ou romans de son canon. - Je ne me souviens pas non plus du nombre de fois que j'ai visionné des films tirés de ces contes ou nouvelles. 

J'avais treize ou quatorze ans quand j'ai lu mon premier Sherlock. C'était après avoir lu tout les Biggles qui se trouvaient dans la bibliothèque de mon père - à côté des Jules Verne, des quatorze volumes de l'Encylopédie de la Jeunesse (Grolier) et d'une série de romans de la Comtesse de Ségur dont, pour cette dernière,  je n'en ai lu qu'un seul : Les malheurs de Sophie ; dans une édition de luxe, bien avant qu'on m'eut dit que cette «Comtesse» n'écrivait des livres que pour les «petites filles»... - . Qu'est-il arrivé à tous ces livres ? Je n'ai aucune idée. Mon père dit les avoir donné au fil des ans à des organisateurs de ventes de charité. - Quel plaisir j'aurais, aujourd'hui, à les tenir dans mes mains, à les palper et qui sait, à en relire de longs extraits.

 

Ce premier Sherlock, le seul que nous avions à la maison, était, tout-à-fait par hasard, le premier en date écrit et publié par Conan Doyle en 1887. Celui cité ci-dessus :  Une étude en rouge ou A study in Scarlet. - Et si ma mémoire est exacte, c'était un fac-similé de sa première édition, avec les illustrations de David Henry Friston dans lesquels Sherlock n'apparaissaient pas, comme il a si souvent été incarné par la suite, sur scène et au cinéma, avec son fameux «dearstalker» ou «chapeau de traqueur», son manteau-cape «Inverness» et sa pipe «calabash». Non : ces accessoires sont venus après, avec les dessins de son deuxième illustrateur, Sidney Paget (1891), qu'ont rendu célèbres en les empruntant :William Gillette, Basil Rathbone, Ellie Norwood, Arthur Wontner, Ronald Howard, Geoffrey Whitehead, Peter Cushing,  Christopher Lee et même Roger Moore.


Basil Rathbone en Sherlock

Je vous raconte tout cela pour vous dire que je crois être le seul de ma génération qui s'est imaginé  Sherlock Holmes tel que décrit par Conan Doyle et non ce personnage non illustré dans les éditions de l'époque et surtout tel que  nous l'avait représenté pendant des années le cinéma et que la télévision l'avait visuellement repris. 

Le mien était, loin d'être aussi calme et énergétique que le Basil Rathbone des années quarante, par exemple. 

C'était, pour moi, toujours un hyper nerveux, impatient, souvent dépressif, aux réactions souvent imprévisibles et dont le comportement manifestait régulièrement des traits de caractères presque maniaques. Un génie, quoi. 

Tout ça alors que le Sherlock de Rathbone, quoique sympathique, n'était un être  superficiel quoique très intelligent et sûr de lui... comparé, il faut le dire, à son compagnon, le Docteur John Watson, incarné par par Nigel Bruce dans les 14 films qu'ils ont tournés ensemble où Watson n'a eu qu'un rôle de faire-valoir. Celui d'un idiot la plupart du temps maladroit. 

À ce propos, il faut souligner que des deux, Rathbone et Bruce, dans les Sherlock qu'ils ont tournés ensemble, Watson est un être fort intéressant au niveau cinématographique, par rapport aux clichés de Rathbone. Le mot anglais le plus près que j'ai trouvé pour le décrire est celui de «vernacular» qui correspond à son homonyme français, «vernaculaire», dont la signification originelle, dans les deux langues, est «relatif à un oncle», mais qui en anglais, en est venu à décrire un oncle plutôt gentil, jovial et ...indulgent que Nigel Bruce joua à la perfection. 

Pour ce qui est de Sherlock, même dans la version de Rathbone, la langue anglaise a un mot pour décrire une certaine habilité à découvrir rapidement la solution d'un problème, la raison ou la cause d'un événement, l'explication d'une série de faits à première vue incompréhensibles. - Ce en quoi excelle Sherlock. - Ce mot est «cleverness» d'où l'adjectif «clever» qu'on traduit généralement par «intelligent», mais dont cette traduction ne met pas en valeur pas sa signification réelle qui découle de son origine néerlandaise «to cleave» utilisé pour décrire comment on se trace un chemin à travers [quelque chose] comme on le fait dans la jungle avec un machette.

(Il faut noter par ailleurs que le mot «cleaver» est celui, en anglais, qu'on utilise encore de nos jours pour désigner ce que, en français, on appelle un «couperet», cet outil  tranchant et à large, plutôt que longue lame, utilisé en boucherie, notamment pour fendre ou couper des os.)

*

Je reviendrai plus tard sur les Sam Spade, Philip Marlowe, Mick Hammer et autres qui font partie de la littérature policière, mais je ne saurai vous quitter aujourd'hui sans insister sur le fait que si Sherlock Holmes est toujours là, après plus de cente trente ans - bientôt cent quarante -, c'est qu'il est dans une classe à part. La preuve est que, malgré les différentes interprétations qu'on en a fait, il est demeuré un personnage avec qui des lecteurs en tous genres en ont fait un seul et unique au même titre que - nous l'avons mentionné tout-à-l'heure - Don Quichote dont on peut rire, qu'on peut prendre en pitié ou admirer pour son courage, mais qui demeure toujours le même.

Pour ce qui est de son créateur, je crois qu'on peut, sans se tromper, affirmer que le style de Conan Doyle est égal à celui des romanciers de son époque.

Quant à son personnage, qu'on l'ait représenté. sur scène ou au cinéma en un méticuleux excentrique, en une sorte de génie un peu fou, en maniaco-dépressif ou tout simplement en raisonneur ignorant ses talents, c'est quelqu'un qui demeure toujours accessible intéressant, fascinant. Et il rend tous eux qui le connaissent plus intelligents.

On peut ainsi, sans jamais s'éloigner de la vérité :

  • admirer le talent de raconteur qu'a possédé Arhur Conan Doyle

  • trouver fort bien tournées les prestations que Basil Rathbone et Nigel Bruce ont fait des «aventures» de Sherlock

  • ne jurer que par l'interprétation qu'en a fait Jeremy Brett à la télévision (la plus près, à mon avis, du Sherlock tel que décrit par Doyle)

  • ou même admirer ce que Stephen Moffat, Mark Gatiss, Benedict Cumberbatch et Martin Freeman ont pu créer au cours de la plus récente série à la télévision.


Benedict Cumberbatch et Martin Freeman

 

Mon opinion ? Lisez et regarder ce que Jeremy Brett en a tiré.


Jeremy Brett

***

IV

Février 2020

   Who the hell is Dashiell Hammett ?
   
(Dashiell qui ?)

Tout simplement l'un des créateurs des romans-policiers du type  «hard-boiled» (voir note 1), probablement le plus important parmi lesquels on compte Carroll John Daly (The White Circle, Ticket to a Crime...), James Mallahan Cain (The Postman Always Rings Twice, Double Indemnity...) et Raymond Chandler (Farewell, My Lovely, The Long Goodbye...) (voir note 2), qui, collectivement, ont permis à ceux qui les ont suivi, notamment Mickey Spillane, à faire les délices des amateurs de séries télévisées américaines et anglaises tournant autour de crimes divers (meurtres, enlèvements, cambriolages, etc.) et ce, depuis les années cinquante et surtout celles qui ont eu comme personnages des détectives dits «privés» ou des consultants, tels que - j'en ai déjà cité quelques uns) Jim Rockford, Frank Cannon, Thomas Magnum, Columbo (Lieutenant), Remington Steele, Nero Wolfe (on en compte plus d'une centaine) sans oublier leurs pendants en France avec Nestor Burma, Lemmy Caution et les flics et criminels des films de Melville, Grangier, Lautner, Audiard et de nombreux autres.

En résumé Dashiell Hammett fut un écrivain américain, né en 1894, décédé en 1961 et l'auteur de romans, contes et nouvelles publiés entre 1929 et 1934. Pour en apprendre plus sur sa vie, son expérience en tant qu'«enquêteur» au sein de l'agence Pinkerton, sa courte carrière militaire, son implication anti-fascisme, sa politique, sa tuberculose, son alcoolisme, etc., se référer à la biographie que lui a a consacré Wikipédia.

Quant à son importance en tant que précurseur,  il suffit de mentionner que des écrivains comme Hemingway, Georges Simenon et plusieurs autres ont reconnu son influence sur leur travail. Et ce, c'est sans compter que Raymond Chandler se considérait comme son successeur.

Un écrivain mineur dans un genre mineur ?

Gide le considérait, tout comme Bernard Pivot l'a fait pour John Le Carré, non pas un écrivailleur sans importance [de romans policiers] (ou, dans le cas de Pivot, Le Carré un simple écrivain [de romans d'espionnage]), mais un grand écrivain :

«J'ai pu lire, avec un épatement considérable bien voisin de l'admiration, La moisson rouge de Dashiell Hammett (à défaut de La clef de verre, livre si fort recommandé par Malraux, mais que je ne puis trouver nulle part.»

[...]

«Lu avec un intérêt très vif (et pourquoi ne pas oser dire avec admiration) The Maltese Falcon de Dashiell Hammett, dont j'avais lu, mais en traduction l'étonnante Moisson Rouge, l'an dernier, de beaucoup supérieur au Falcon, au Thin man et à un quatrième roman, manifestement écrit sur commande  et dont le titre m'échappe. En langue anglaise, ou du moins américaine, nombre de subtilités des dialogues m'échappent ; mais dans la Moisson rouge, ces dialogues, menés de main de maître, sont à en remontrer à Hemmingway ou à Faulkner même, et tout le récit [est] mené avec une habilité, un cynisme implacables... C'est, dans ce genre très particulier, ce que j'ai lu de plus remarquable, je crois bien.»

(André Gide - Journal - 12 juin 1942 et 16 mars 1943) 


Dashiell Hammett

Son style, sans métaphores, sans images, sans ou presque sans jugements ou commentaires et dans lequel n'intervient aucun sentiment a fait école. Hammett décrit des faits, point, à la ligne (Voir note 3). Or ces faits tournent autour de gens sans morale, sans scrupule, la plupart du temps corrompus, prêts à tout pour arriver à leurs fins.

Les détails, ceux qui amènent la plupart de ses personnages à agir comme ils le font, les rapports causes-effets de leurs actions, les raisons de leur amoralité, jusqu'à leurs maniérismes et leur raison d'être viendront plus tard, tout comme les figures de style et les métaphores utilisés à outrance par Raymond Chandler cité ci-dessus et sur lequel je reviendrai. - Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les adaptations de ses nouvelles ou récits au cinéma où, par exemple, le Sam Spade de son Faucon Maltais, a peu de rapport avec le personnage incarné à l'écran par Humphrey Bogart revu et corrigé par John Huston (Voir note 4).

Son premier héros, si l'on peut appeler ainsi son Continental Op (Voir note 5) - dont on ne saura jamais le nom - , n'a rien pour retenir notre attention ou notre sympathie : c'est un bonhomme neutre, aussi neutre que celui du samouraï d'Akira Kurosawa (Yojimbo, 1961) ou de «Joe» (Clint Eastwood)  dans «Pour une poignée de dollars» de Sergio Leone (1964), deux films ayant pour fond un être qui s'insère entre deux bandes rivales dans un village sous le contrôle de voleurs, d'escrocs et de souteneurs... et dont la trame ressemble étrangement à - ou plutôt qui a inspiré - celle de son Red Harvest (Moisson rouge, 1929), un des six romans de Dashiell Hammett, dans lequel cet Op raconte comment il a créé la discorde qui a entraîné toute une série de règlements de compte dans une petite ville du nom de Personville (prononcée Poisonville - Voir note 6 et 7).

À lire. C'est son chef-d'oeuvre quoique certains lui préfèrent son Glass Key (La clé de verre). - Autant lire les deux.

À lire également, par ceux qui se disent blasés des polars contemporains, l'Intégrale de ses Nouvelles (traduites en français, parues dans un fort volume [1292 pages] chez Omnibus en 2011).

Et pour ceux qui sont amateurs de brillantes répartis, un conseil : jetez un coup d'oeil sur son Thin Man (regarder surtout les cinq ou six films qu'on en a tirés) qui vous fera connaître l'inoubliable couple que furent à l'écran Nick et Nora Charles (William Powell et Mirna Loy). 


Mirna Loy et William Powell

D'autres films ?  - J'ai cru lire : Mister Dynamite tiré d'une de ses nouvelles, On the Make, direction : Allan Cossard, en vedette : Edmund Lowe, 1935 - Watch on the Rhine (scenario original), direction Herman Shumlin, en vedette : Bette Davis et Paul Lukas,  1943. - Une série télévisée également : The Dain Curse mettant en vedette James Coburn, trois épisodes, 1978.

Fort différents des Agatha Christie et ses meurtres en milieu civilisé...

Pour de plus amples détails voir le «LIRE Dashiell Hammett» de Simon Popp (collaboration spéciale) en annexe.

         Notes :

1 - («Hardboiled») - Au pied de la lettre, «hardboiled» veut dire, en parlant d'un oeuf, «boulli au point où le jaune et le blanc ne sont plus liquides» - Dans la langue américaine, il est venu à sous-entendre, en parlant d'une personne, que cette personne était «dénudée de tout sentiment», l'équivalent, et de façon paradoxale, à l'expression française, d'origine militaire (XIXe s.), «dur à cuire». - Ce mot ou cette expression a été donné à un genre littéraire qui fit ses débuts à la fin des années vingt, un sous-genre de la fiction se rattachant au crime, particulièrement ce qu'on appelait alors le genre «romans policiers» dans lequel le personnage principal, généralement un dur à cuir (justement) peu scrupuleux, cynique et amoral avait à faire face à une société corrompue.

2 : À ces noms, certains critiques ajoutent le nom de Ross Macdonald (Kenneth Millar). créateur du personnage Lew Archer, parfois Harper, aussi dur, mais plus conscient de sa nature, que ceux créés par Hammett, Daly, Cain et d'autres, mais qu'incarna brillamment au grand écran, Paul Newman dans le film Harper de Jack Smight (1966), - Réf. :  «Hardboild Mystery Writers, A literary Reference - Carroll & Graf, 1989)

3 : (Fait sans importance, sauf pour futurs essayistes ou... curieux.) En conversation avec Jean D'Ormesson (Garçon de quoi écrire - Gallimard, 1989), François Sureau fait remarquer que, pour les écrivains -  dont Hammett - qui se servent d'une machine à écrire, «la psychologie est plus difficile à manier» [à cause du bruit qui correspond à la frappe des... touches...!] 

4 : The Maltese Falcon, pour ceux qui ne le savent pas, a fait l'objet de deux adaptations au cinéma : la première, en 1931 avec Ricardo Cortez dans le rôle de Sam Spade et la deuxième, celle qui a survécu, en 1941 avec Humphrey Bogart. Il en est de même de The Glass Key : une première fois fois avec Georges Raft et Clare Dodd, en 1935 et une deuxième f avec Alan Ladd et Veronica Lake, en 1942.

5 : Continental Op ou opérateur (c'est-à-dire enquêteur ou détective) à l'emploi de la Continental Detective Agency.

6 : Voir également, pour les amateurs des films des frères Joel et Ethan Cohen, leur Miller's Crossing (1990).

7 : J'en aurai (ou Simon) long à dire, éventuellement, sur la traduction en français non seulement des romans de Dashiell Hammett, mais sur ceux de Chandler, notamment leur usage de dialogues et d'expressions dites «urbaines» et surtout sur comment les interpréter. - À suivre.

   P.-S. :

Parmi les comédiens qui ont interprété un rôle dans les films inspirés par Dashiell Hammett, il faut absolument mentionner Sydney Greenstreet en Kasper Guttman dans The Maltese Falcon. - Il en était, à ce moment-là, à sa première apparition à l'écran, mais quelle apparition ! Âgé de 62 ans, il pesait alors 300 livres (136 kilos) et fut si remarqué qu'on l'utilisa par la suite dans 24 autres films, y compris dans le Casablanca de Michale Curtiz... jusqu'à sa retraite en 1949.


Sydney Greenstreet

***

V

Trois sujets retiennent mon attention depuis que j'ai commencé à écrire sur les romans policiers (et surtout les relire) : 1) les maîtres dans le domaine, 2) les différences linguistiques et de culture entre les romans en provenance des États-Unis, l'Angleterre et la France et surtout les personnages de policiers ou détectives issus de ces régions et 3) l'apport du cinéma dans la littérature dite policière.  

Après Sherlock Holmes, Dashiell Hammet, voici, aujourd'hui, le troisième de ceux qu'on pourrait qualifier de «créateurs des détectives ou policiers contemporains».

(Ne vous en faites pas, je reviendrai tôt ou tard sur Simenon et Agatha Christie de même que leurs contemporais et descendants.)

Messieurs, dames, pour ce cinquième volet, laissez-moi vous présenter :

Raymond Chandler

Si Dashiell Hammett - qui a fait l'objet du dernier volet de cette série de chroniques sur les romans policiers  - a incontestablement été celui qui «a contribué à retirer le meurtre des mains de la haute bourgeoisie anglaise et le remettre dans celles de ceux qui savaient s'en servir correctement, c'est-à-dire les véritables criminels», Raymond Chandler fut celui qui donna à tout ce beau monde, par un juste retour des choses, ses lettres de noblesse.

Rappelons que Hammett a cessé à peu près d'écrire à l'âge de 40 ans, en 1934, tandis que Chandler fit ses véritables début dans le roman dits hard-boiled, en 1939, à l'âge de 44 ans.

On pourra en apprendre plus sur ce dernier en lisant les biographies qui se trouvent en une dizaine d'exemplaires sur Internet. Celle que nosu trouvons sans reproche et que nous recommandons est celle qui se trouve dans l'encyclopédie Wikipédia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Chandler

Mais avant de verser dans une série de dates, de commentaires et de faits sans importance, nous vous suggérons de lire ce qu'il écrivit lui-même en réponse à son éditeur anglais (britannique) en 1950 et que nous joignons en annexe : dans sa version originelle anglaise et en tradaptation que Madame Malhasti a bien consenti à nous en faire :

Raymond Chandler's letter to his English Editor - Nov. 10, 1950

suivi d'une tradaptation:

Lettre autobiographique de Raymond Chandler

On y apprendra dans ce ou ces document(s), que Chandler, entre autres. tout en étant ironique,  se considérait plus qu'un simple écrivailleur de «romans policiers», qu'il détestait le monde hollywoodien et qu'il avait un parfait dédain de la littérature  «haute gamme», mais qu'il aurait voulu être un écrivain à part entière. C'est d'ailleurs la raison - ce qui n'y est pas mentionné - pour laquelle il choisit de changer d'éditeur en 1949, d'Alfred A. Knopf, un éditeur new-yorkais qu'il considérait peu sérieux, à Hamish Hamilton de Londres, celui à qui il écrit la lettre ci-dessus, et qui comptait alors, parmi ses clients, Camus, Sartre, Simenon... et plusieurs autres auteurs du même calibre, anglophones et... russes.

Mais les vies et les tracas d'écrivains de Dashiell Hammett et de Raymond Chandler sont sans importance. 

D'eux, il faut retenir deux noms : Sam Spade et Philip Marlowe ; et, lorsque nous parlerons de cinéma, d'un troisième qu'il faudra immédiatement oublier : Humphrey Bogart qui a incarné les deux premiers à l'écran et les a sans doute rendus plus populaires que leurs versions écrites car ni Sam, ni Philip avaient la moindre ressemblance avec les créatures cinématographiques que la vedette de The Maltese Falcon (troisième adaptation, en 1941) et de The Big Sleep (première adaptation, en 1946) en a faites. - Mais, comme nous venons de le dire, nous y reviendrons.

Pour le moment, il faut ajouter ces deux noms à la liste des plus célèbres personnages de polars parmi lesquels il faut classer Sherlock Holmes (il va sans dire) et auxquels nous ajouterons éventuellement, facile d'en prévoir les noms : Hercule Poirot, Jules Maigret, Miss Marple... mais surtout, dans la catégorie des hard-boiled, Mike Hammer.

Pour le moment, ce qui distinguera Raymond Chandler de tous, sauf peut-être Simenon, ce sera son style littéraire que nous traiterons dans notre prochain volet, sous la forme de l'impossibilité de l'impossibilité de l'adapter dans une autre langue, particulièrement le français.

Copernique

À suivre...

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