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Numéro hors-série

             

Romans policiers

Une série de chroniques de

Copernique Marshall

(Pour une introduction à cette série, cliquez ICI.)

Pour un Index, ICI.

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II - Arthur Conan Doyle

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Question :

Qui doit-on, dans les romans policiers, considérer comme le plus grands détectives de tous les temps ?

Mais Sherlock, voyons : Sherlock Holmes.

«When you have eliminated the impossible whatever remains, however improbable, must be the truth.»

Une fois éliminées toutes les impossibilités, l’hypothèse restante, aussi improbable qu’elle soit, doit être la bonne.»)

          (Arthur Conan Doyle - Le signe des quatre, chap. VI)

Ce n'est pas le fait que le personnage de Sherlock Holmes est paru pour la première fois il y a 132 ans (le mois dernier au moment oèu j'écris ces lignes) qui est surprenant, c'est qu'il demeure aujourd'hui, encore et toujours le plus connu des détectives, amateurs ou non, des romans de policiers, toutes périodes et toutes provenance confondues.

Beaucoup d'autres sont venus depuis lui : Sam Spade, Philip Marlowe, Mick Hammer, Hercule Poirot, Jules Maigret, Miss Marple... pour n'en nommer que les plus célèbres, mais aucun n'a atteint la notoriété de celui dont l'inexistante adresse demeure un des endroits les plus «recherchés» par les touristes qui visitent pour la première fois la ville de Londres : le 221b Baker Street.

Pour les rares qui n'ont jamais entendu parler de Sherlock Holmes :

Sherlock Holmes est un personnage de fiction créé par Sir Arthur Conan Doyle dans le roman policier cité au début de cette chronique, A Study in Scarlet ou Une étude en rouge en 1887.

Revendiquant la fonction particulière de « détective consultant », doté d'une mémoire remarquable pour tout ce qui peut l'aider à résoudre des crimes en général, il possède cependant très peu de savoirs dans les domaines de la connaissance qu'il estime inutiles à son travail. Lors de ses enquêtes, relatées dans les quatre romans et les cinquante-six nouvelles qui forment ce qu'on appelle le canon, Holmes est fréquemment accompagné du docteur Watson.

Personnage très « typé », Sherlock Holmes est devenu l'archétype du « détective privé » pour des générations d'auteurs populaires de roman policier éclipsant ses ancêtres historiques que furent le Chevalier Auguste Dupin d'Edgar Allan Poe et Monsieur Lecoq d'Émile Gaboriau, personnages auxquels Arthur Conan Doyle fait référence dans son œuvre.

(Wikipédia)

Fait à noter : Sherlock Holmes est un des rares personnages fictifs de la littérature qui, avec Don Quichotte, Tarzan et quelques autres sont souvent considérés comme ayant réellement vécu.

Holmesmania !

Je ne me souviens plus du nombre de fois j'ai lu, en anglais et en français, les cinquante-six contes et quatre nouvelles ou romans de son canon. - Je ne me souviens pas non plus du nombre de fois que j'ai visionné des films tirés de ces contes ou nouvelles. 

J'avais treize ou quatorze ans quand j'ai lu mon premier Sherlock. C'était après avoir lu tout les Biggles qui se trouvaient dans la bibliothèque de mon père - à côté des Jules Verne, des quatorze volumes de l'Encylopédie de la Jeunesse (Grolier) et d'une série de romans de la Comtesse de Ségur dont, pour cette dernière,  je n'en ai lu qu'un seul : Les malheurs de Sophie - dans une édition de luxe - bien avant qu'on m'eut dit que cette «Comtesse» n'écrivait des livres que pour les «petites filles»... - . Qu'est-il arrivé à tous ces livres ? Je n'ai aucune idée. Mon père dit les avoir donné au fil des ans à des organisateurs de ventes de charité. - Quel plaisir j'aurais, aujourd'hui, à les tenir dans mes mains, à les palper et qui sait, à en relire de longs extraits.

 

Ce premier Sherlock, le seul que nous avions à la maison, était, tout-à-fait par hasard, le premier en date écrit et publié par Conan Doyle en 1887. - Hé oui :  Une étude en rouge ou A study in Scarlet. - Et si ma mémoire est exacte, c'était un fac-similé de sa première édition, avec les illustrations de David Henry Friston dans lesquels Sherlock n'apparaissaient pas, comme il a si souvent été incarné par la suite, sur scène et au cinéma, avec son fameux «dearstalker» ou «chapeau de traqueur», son manteau-cape «Inverness» et sa pipe «calabash». Non : ces accessoires sont venus après, avec les dessins de son deuxième illustrateur, Sidney Paget (1891), pour devenir essentiels dans les interprétations que voulourent faire de Sherlock William Gillette, Basil Rathbone, Ellie Norwood, Arthur Wontner, Ronald Howard, Geoffrey Whitehead, Peter Cushing,  Christopher Lee et... Roger Moore.


Basil Rathbone en Sherlock

Je vous raconte tout cela pour vous dire que je crois être le seul de ma génération qui s'est imaginé, pour l'avoir découvert et l'avoir lu dans sa version originale,  Sherlock Holmes tel que décrit par Conan Doyle et non ce personnage illustré dans diverses éditions qui ont suivi la première et surtout tel que  nous l'a représenté pendant des années le cinéma et que la télévision a visuellement repris... jusqu'à ce que Jeremy Brett en reprenne la possession.

Le mien était, loin d'être aussi calme et énergétique que le Basil Rathbone des années quarante, par exemple. 

C'était, pour moi, toujours un hyper nerveux, impatient, souvent dépressif, aux réactions souvent imprévisibles et dont le comportement manifestait régulièrement des traits de caractères presque maniaques. Un génie, quoi. 

Tout ça alors que le Sherlock de Rathbone, quoique sympathique, n'était un être  superficiel malgré son intelligent et sa personnalité... comparé, il faut le dire, à son compagnon, le Docteur John Watson, incarné par par Nigel Bruce dans les 14 films qu'ils ont tournés ensemble où Watson semble n'avoir eu qu'un rôle de faire-valoir. Celui d'un simple d'esprit la plupart du temps maladroit. 

À ce propos, il faut souligner que des deux, Rathbone et Bruce, dans les Sherlock qu'ils ont tournés ensemble, Nigel Bruce est un être fort intéressant au niveau cinématographique, par rapport aux clichés de Rathbone. Le mot anglais le plus près que j'ai trouvé pour le décrire est celui de «vernacular» qui correspond à son homonyme français, «vernaculaire», dont la signification originelle, dans les deux langues, est «relatif à un oncle», mais qui en anglais, en est venu à décrire un oncle plutôt gentil, jovial et ...indulgent que Nigel Bruce joua à la perfection. 

Pour ce qui est de Sherlock, même dans la version de Rathbone, la langue anglaise a un mot pour décrire une certaine habilité à découvrir rapidement la solution d'un problème, la raison ou la cause d'un événement, l'explication d'une série de faits à première vue incompréhensibles. - Ce en quoi excelle Sherlock. - Ce mot est «cleverness» d'où l'adjectif «clever» qu'on traduit généralement par «intelligent», mais dont cette traduction ne met pas en valeur pas sa signification réelle qui découle de son origine néerlandaise «to cleave» utilisé pour décrire comment on se trace un chemin à travers [quelque chose pleine d'embûches] comme on le fait dans la jungle avec un machette.

(Il faut noter par ailleurs que le mot «cleaver» est celui, en anglais, qu'on utilise encore de nos jours pour désigner ce que, en français, on appelle un «couperet», cet outil  tranchant et à large, plutôt que longue lame, utilisé en boucherie, notamment pour fendre ou couper des os.)

*

Je reviendrai plus tard sur les Sam Spade, Philip Marlowe, Mick Hammer et autres qui font partie de la littérature policière, mais je ne saurai vous quitter aujourd'hui sans insister sur le fait que si Sherlock Holmes est toujours là, après plus de cente trente ans - bientôt cent quarante -, c'est qu'il est dans une classe à part. La preuve est que, malgré les différentes interprétations qu'on en a fait, il est demeuré un personnage avec qui des lecteurs en tous genres en ont fait un seul et unique au même titre que - nous l'avons mentionné tout-à-l'heure - Don Quichote dont on peut rire, qu'on peut prendre en pitié ou admirer pour son courage, mais qui demeure toujours le même.

Pour ce qui est de son créateur, je crois qu'on peut, sans se tromper, affirmer que le style de Conan Doyle est égal à celui des romanciers de son époque.

Quant à son personnage, qu'on l'ait représenté. sur scène ou au cinéma en un méticuleux excentrique, en une sorte de génie un peu fou, en maniaco-dépressif ou tout simplement en raisonneur ignorant ses talents, c'est quelqu'un qui demeure toujours accessible, intéressant, fascinant. Et il rend tous eux qui le connaissent plus intelligents.

On peut ainsi, sans jamais s'éloigner de la vérité :

  • admirer le talent de raconteur qu'a possédé Arhur Conan Doyle

  • trouver fort bien tournées les prestations que Basil Rathbone et Nigel Bruce ont fait des «aventures» de Sherlock

  • ne jurer que par l'interprétation qu'en a fait Jeremy Brett à la télévision (la plus près, à mon avis, du Sherlock tel que décrit par Doyle)

  • ou même admirer ce que Stephen Moffat, Mark Gatiss, Benedict Cumberbatch et Martin Freeman ont pu créer au cours de la plus récente et étonnante série pour la télévision, du moins pour les trois premières années.


Benedict Cumberbatch et Martin Freeman

 Mon opinion ? Lisez et regarder ce que Jeremy Brett en a tiré.


Jeremy Brett

*

P.-S. :

   DétectiF ou détectiVE ?

Dans l'avant-propos de cette série - vous vous en souvenez ? -,  j'ai parlé des poncifs, lieux communs et préjugés de chaque génération : 1) ceux de celle qui nous a précédés, 2) ceux de celle qui est la nôtre, et 3) ceux de celle qui nous suit. 

En voilà un.

J'ai eu comme patron, dans le premier des jobs où j'ai travaillé, du temps où j'étais étudiant, un homme qui, toute sa vie, n'a jamais appris à dire «détectiVE». Pour lui, «détectIF» était la norme à suivre. Mais il avait appris, en anglais, qu'on disait «LEFTenant» pour «LEWtenant» comme on prononce «Lieutenant» aux États-Unis.

 Cela donnait, bizarrement : «Leftenant-detectif» quant il parlait d'un de ses amis, anglophone, lieutenant-détective dans un des corps policiers dans le «West-Island» de l'île de Montréal.

Jamais, même lorsque repris constamment, a-t-il pu constater son erreur.

***

Prochain commentaire : 

III - Dashiell Hammett

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